- Speaker #0
Hello les voyageurs et bienvenue sur A ton tour du monde, le récit des voyageurs. Aujourd'hui je vous emmène à la rencontre de nouveaux aventuriers. Alors préparez-vous à être transportés au bout d'une bonne écoute. Aujourd'hui on est avec Adrien, Adrien qui a quitté l'école à 16 ans sans diplôme, sans plan précis et puis quelques années plus tard il a décidé de tout plaquer, plaquer pour faire un tour du monde avec un objet bien précis, un appareil photo. qui va définir la suite de l'histoire. Il a parcouru le monde, il va nous raconter l'histoire de projets humains solidaires. Son fameux terrain de jeu, ça va être les villages du Sénégal, les quartiers populaires de Colombie ou encore les sommets du Kilimanjaro. Mais avant tout, il a décidé d'oser sortir du cadre et c'est ce qui m'intéresse d'écouter aujourd'hui. En tout cas, bienvenue Adrien.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #0
J'ai hâte d'écouter ton récit et j'ai surtout envie de repartir en immersion sur le tout début et de retrouver un peu cette adolescente de 16 ans qui était, je ne sais pas si on peut dire un peu larguée, mais en tout cas qui a décidé d'arrêter ses études et puis c'est de là que tout commence. Donc j'ai envie que tu reviennes un peu là-dessus, de retrouver tes émotions de cette époque-là, qui sont les prémices d'une grande aventure.
- Speaker #1
Ouais, alors je ne sais pas si justement, je pense que... Je pense que le mot larguer, il est intéressant parce que je pense que c'est ce que la société et tout ça voulait. Mais je pense qu'au contraire, je savais exactement ce que je voulais. Et c'était peut-être ça le problème, en tout cas pour le système, c'est que je savais que ça, ça ne m'allait pas. Je savais que moi, je suis un fils de prof, fils de prof d'instit. Donc forcément, le système scolaire, le milieu scolaire, l'école, ça a fait partie. partie intégrante de ma vie parce que c'est ce qu'on parle à la maison et il n'y a rien d'autre. Et moi, ça, depuis le petit, j'ai une frustration par rapport à ça. Je ne comprenais pas comment la vie, ça pouvait être l'école. Je ne comprenais pas pourquoi la vie de mes parents, ça pouvait être l'école. Et je ne comprenais pas comment la vie pouvait se résumer par l'école. Pour moi, il y avait beaucoup d'autres choses et je voulais voir ces autres choses et j'étais frustré. Je pense que ma mère, elle pourrait le dire en primaire. Je ne comprenais pas la routine d'aller à l'école tous les jours. Je ne comprenais pas ça. Donc c'est vraiment ancré en moi, je pense. Du coup, forcément, je n'écoutais pas, je faisais le bordel, je n'étais pas fait pour ce système-là. Je n'étais pas fait pour rester sur une chaise, clairement. Et donc, je suis passé de collège en collège, de lycée en lycée, jusqu'au moment où ça y est, ce n'était plus possible d'être pris dans aucun lycée parce que je me suis fait beaucoup trop virer. Et du coup, ma scolarité s'arrête à la moitié de la première. Je n'étais pas un mauvais élève, mais c'est juste que ça ne matchait pas avec l'autorité, ça ne matchait pas avec le système. Et je voulais aller voir ce qui se passe dehors. Je voulais être dehors. Je voulais vivre des aventures, je pense. Aujourd'hui, je crois que c'est vraiment un sujet qui est vraiment intégré en moi, c'est de vivre des choses. Et j'avais l'impression qu'à l'école, je ne vivais pas assez de choses. Et voilà, du coup, c'est compliqué. 16 ans, à Reims, j'ai l'origine de Reims, viré de tous les établissements. Les parents ne sont plus du tout derrière moi parce qu'ils ne sont pas chauds avec pas mes décisions, mais en tout cas, la fatalité, on va dire. qui m'est arrivé, mais moi je suis là pour prouver, je suis là pour montrer que je peux y arriver autrement, que l'école c'est pas une fin en soi, qu'on peut y arriver sans école, on peut y arriver sans études, sans ce système qui finalement ça va être quoi ma vie, si je fais des études, ok qu'est-ce qui va se passer, et bien moi je suis là pour prouver l'inverse et donc voilà, me voilà en train de une chemise sous le bras avec des CV vides, en train de trouver chercher du travail Merci. Moi, mon rêve, c'était de devenir, à ce moment-là, c'était de devenir un commercial, parce que j'avais des potes à mon père qui étaient commerciaux. Ils avaient une voiture de fonction. Ils se baladaient à droite, à gauche. Et je me disais, waouh, c'est cool. Pour moi, c'était un peu le graal sociétal d'être commercial. C'était ceux qui gagnaient bien leur vie. En tout cas, qui pouvaient gagner bien leur vie. Et du coup, je me suis dit, bon, c'est dans la vente. Donc, on commence à aller au centre-ville, à aller chercher dans les magasins. Sauf que j'avais pas de code, mais j'avais vraiment zéro code. Moi, j'allais chercher du travail en short hawaïen et en tee-shirt de foot, quoi. Donc, je n'avais pas les codes en casquette, etc. Je n'avais pas les codes, je ne comprenais pas. Et malgré tout, je pense que... Ma good vibes et mon côté un peu qui ose avec un short hawaïen d'aller délivrer un CV à quelqu'un, on m'a pris. On m'a pris dans une chaîne de magasins d'habits. On m'a pris en CAP, alternance. Je gagnais 250 euros par mois à l'époque. Je travaillais comme un chien. Ça a été ma vie jusqu'à mes 18 ans. Forcément, je me suis fait virer. Bref, ça n'a pas marché, mais j'en ai fait plusieurs. Jusqu'au jour où je passe mon permis. Et du coup, je me retrouve à faire du porte-à-porte pendant deux ans, quasiment même plus de trois ans avant des arnaques. On était à l'époque de la sortie de la privatisation de EDF, GDF, etc. où on a commencé à avoir des... ça y est, il fallait choisir vers quel truc d'électrique on allait, etc. Et moi, je me retrouve à vendre pour des sociétés qui n'étaient pas du tout bienveillantes. Sauf que moi, j'étais jeune, je ne comprenais pas. Et du coup, j'allais faire du porte-à-porte dans les quartiers, à vendre des trucs qui n'étaient pas forcément ouf pour les gens qui n'avaient déjà pas beaucoup d'argent. Et je me suis pris des portes. Et je pense que c'est un moment important de ma vie parce que c'est ce qui m'a forgé. Faire deux ans de porte-à-porte tous les jours, à se mettre des coups de pied au cul pour aller gagner rien parce qu'on ne gagnait pas grand-chose, à essayer de vendre des contrats, qu'au bout d'un mois, deux mois, trois mois qu'on vend les contrats, on comprend qu'en fait, c'est de l'arnaque. Mais il faut continuer parce qu'il n'y a pas d'argent. Et il faut cette discipline qu'il faut pour se réveiller le matin et aller toquer aux portes. et chaque porte c'est un courage qu'il faut, c'est un coup de pied au cul qu'il faut se donner. Et à des moments on se fait recevoir avec un fusil, à des moments on se fait recevoir avec un thé et un café, à des moments on se fait recevoir avec des pauvres gens, des gens super gentils. J'ai rencontré l'humain, j'ai rencontré plein de choses, j'ai appris beaucoup à la discipline, et j'ai surtout compris qu'il ne fallait plus faire quelque chose qu'on ne veut pas faire. et pas faire quelque chose d'aussi sans sens et vendre quelque chose qui n'est pas bien pour les gens. Moi, il y a des gens qui m'ont servi un verre de thé et qui étaient super sympas. Et au final, je les ai fait signer un truc qui va les foutre dans la merde. C'était horrible pour moi. C'était important finalement de me rendre compte qu'il faut faire quelque chose dans lequel je pourrais me regarder dans la glace et avoir du sens.
- Speaker #0
Quel a été le déclic de se dire stop et je change le curseur ?
- Speaker #1
Le déclic, c'est comment on fait pour entrer dans une entreprise. Moi, je suis persuadé d'être le meilleur commercial du monde. Je suis persuadé d'après avoir toqué autant de portes et après avoir réussi à vendre autant de choses aussi jeune, j'étais un très bon commercial. Ça, j'en étais persuadé. Et du coup, j'ai réfléchi et je me suis dit, peut-être que dans les mois de juin de Reims, Reims, c'est le champagne. Nous, il n'y a que ça. À part le champagne, il n'y a pas grand-chose. Et pour entrer dans le champagne, il faut un nom, il faut quelque chose que je n'ai pas. et donc Et donc, je me suis dit peut-être que dans le champagne, peut-être que dans ces choses-là, tu peux rentrer, mais par la porte stage, par la porte comme ça. Moi, j'étais à la mission locale à l'époque et la mission locale me dit, écoute, nous, on fait des conventions de stage ou si tu veux, fais une formation. Dans la formation, il y a un stage et à travers ça, tu peux essayer de trouver du taf. Moi, tout ce que je voulais, c'était un stage en fait. Et du coup, je me retrouve à faire une formation commerciale à l'AFPA. Et en fait, je la prends juste pour la partie stage parce qu'il y avait deux, trois mois de stage. Je me retrouve à faire un stage chez un mec que j'ai rencontré qui est en train de monter une marque. de champagne, etc. Mais bon, finalement, ils me disent, écoute, moi, je pourrais pas t'embaucher à la fin, ça sert à rien, je vois pas pourquoi je peux rendre un stage. Je sais c'est quoi ta stratégie, ta stratégie, tu veux te faire embaucher, mais moi, j'ai rien à te proposer. T'inquiète, moi, je viens, je veux apprendre, je veux comprendre, c'est sûr, je vais rencontrer des gens autour de toi, etc. Vas-y, on y va. Et il s'avère que mon dernier jour de stage, il y a un gars qui vient, qui vendait des verres, etc., de la publicité pour le champagne, qui vient et qui dit, ah putain, il me faut un commercial, machin, etc. Moi, j'étais dans le bureau d'à côté et le patron il me dit, bah tiens, j'ai un petit jeune là derrière, il finit demain. Il finit ce soir, prends-le. Ah bon ? Bon bah vas-y, je vais le prendre. Et du coup, le lendemain, je me retrouvais avec lui, on part à Lyon, à un salon, etc. Et il m'embauche en CDI, c'est mon premier CDI, j'ai 20 ans. Graal Sociétal, je gagne bien ma vie, je vendis de la pub pour le champagne, j'ai ma petite voiture, j'ai ma carte essence, j'ai mon ordinateur, j'ai mon téléphone pro. Ça y est, c'est fini, pour moi j'ai fini le jeu. Sauf qu'en fait, je me rends compte que c'est nul, que c'est totalement nul et que c'est pas du tout ce que je veux. Moi, à cette époque-là, j'ai une copine, on est en train de se fiancer, on est en train de se préparer à faire des choses sérieuses. Et on parle de mariage, on parle de maison, on parle d'enfants, on parle de trucs. Et moi, je pense à me dire, du tout, en fait, si j'ai réussi ça à 20 ans, je peux faire beaucoup mieux. Donc, j'en parle avec mon patron. Mon patron me dit, ouais, pars Adrien, va voyager, kiffe. Moi, je ne l'ai pas fait. Profite. Il me fait une rupture conventionnelle. Et lui, il était fan de photos. Et juste avant de partir, il me dit, prends un appareil photo quand même, c'est important. À l'époque, on est en 2000... 15, je crois. Bon, les téléphones, ce n'était pas foufou. Du coup, l'appareil photo, c'était un appareil photo. Pour prendre des photos, il fallait un appareil photo. Ce n'était pas comme aujourd'hui ou potentiellement l'iPhone 15, il fait des belles photos. Là, à l'époque, ce n'était pas trop ça. Donc, je m'achète un tout petit appareil photo à 400 balles. C'était les tout débuts des hybrides, pour ceux qui connaissent. Et me voilà parti. Et lui, il me donne deux, trois chaînes YouTube pour apprendre la photo, des tutos, etc. Et il me dit, vas-y, regarde, tu vas voir, c'est génial. Tu vas kiffer. Amène des souvenirs, c'est important. et voilà comment l'aventure commence je me sépare de ma copine et je pars à l'aventure, je quitte tout c'est difficile, très difficile je suis jamais parti, j'ai jamais voyagé je parle pas un mot d'anglais, je parle pas un mot d'espagnol je suis jamais trop sorti de chez moi et c'est dur parce que le déchirement pour les potes tout le monde me voyait comme le gars qui était ici qui galérait, qui bossait et d'un coup on me voit en mode qu'est-ce que tu vas faire, tu pars voyager, t'es sérieux Merci. ceux qui voulaient voyager, ceux qui me voient voyager, qui jamais auraient pensé que ce soit moi qui parte le premier, etc. Donc ça a créé beaucoup de choses dans mon quartier, autour de moi. Mais voilà, je pars, je pars avec le chômage. J'ai deux ans de chômage devant moi, je suis bien. Je n'ai pas d'économie, mais vas-y, c'est parti. Il y a 800 balles qui tombent tous les mois, on va y arriver. Et voilà, je pars pendant un an, un an et demi.
- Speaker #0
Ton premier billet d'avion, c'est quoi la première destination ? C'est quoi l'optique du web ? Tu veux dire je pars sans savoir où je vais ?
- Speaker #1
Je pars en Inde, il ne faut pas me demander pourquoi, je n'en ai aucune idée. Je n'ai jamais voyagé de ma vie, j'arrive à New Delhi à 4h du matin, je ne parle pas un mot d'anglais. Pour moi, c'était le premier pays qui m'intéressait sur la droite, c'est simple. J'ai pris une carte et je me suis dit, ok, à droite, c'est quoi le premier ? L'Inde, ça me paraissait le truc qui m'attirait le plus. Je me suis dit, on va commencer par là. Et puis, si ça ne me plaît pas, j'irai en Thaïlande et tout. Les mecs dans mon quartier vont en Thaïlande, j'irai en Thaïlande. Et puis voilà, je pars en Inde et là, c'est le choc.
- Speaker #0
Est-ce que tu te souviens de cette première émotion où tu descends de l'avion, tu arrives en Inde, tu ne parles pas un mot d'anglais ?
- Speaker #1
Oui, je m'en souviendrai toute ma vie. C'était le truc le plus fou que j'ai fait dans ma vie, littéralement. Et je n'en ferai jamais des choses plus folles que ça. En tout cas, en rapport, aujourd'hui, je ferai des choses beaucoup plus folles, mais qui me paraissent beaucoup moins folles aujourd'hui. Mais en tout cas, le gars que j'étais ce jour-là, c'était traumatisant. Moi, il faut savoir, c'est que je n'avais pas de sous, c'est que je n'avais jamais voyagé, que je ne savais pas comment voyager en fait. Je ne savais pas, on ne m'a pas appris. Et du coup, moi, j'avais regardé des blogs, j'avais regardé des trucs. Les gens, ils parlaient de couchsurfing. C'était le début de couchsurfing. Je me retrouvais à faire du couchsurfing en Inde parce que pour moi, il fallait économiser de l'argent. Et donc, il fallait aller dormir gratuit, il fallait trouver, il fallait rencontrer des gens. Qu'est-ce que je vais foutre ? En un moment, en fait, je n'avais pas d'attirance. Je ne sais pas, juste l'un de ces connus. Du coup, je vais aller là-bas. Il y a le Taj Mahal, je vais aller au Taj Mahal. J'ai ça en fond d'écran depuis que je suis petit. Je vais aller voir ce qui se passe là-bas. Et je me retrouve à Delhi. Le vol, il a dû arriver à 3-4 heures du matin. Une horaire horrible. Il faisait chaud. C'était humide. C'était tout poussiéreux de ouf. Et il y avait cette odeur, il y avait cette énergie hyper chelou. Je prends un taxi. Du coup, j'ai un gars avec le couchsurfing. Le gars que j'ai réussi à matcher avec lui. sur Couchsurfing, parce qu'il avait vu que j'avais mis l'émoji appareil photo et du coup, il aimait bien la photo. Et je me retrouve chez ce gars, il n'y a pas d'adresse. Du coup, le taxi qui commence à parler avec le gars, moi, je ne parle pas un mot d'anglais. J'ai sur un petit bout de papier le croisement qui m'a dit qu'il est dans les quartiers populaires de Delhi. Et je me retrouve dans un endroit qui est sale, j'ai jamais vu autant de saleté, j'ai jamais vu autant de misère. Il est 4h du matin, la ville n'est même pas réveillée, que c'est horrible. Enfin, c'est souvent le pire, il y a toutes les gens dans la rue. avec les vaches et des trucs. Pour ceux qui connaissent Delhi, c'est quand même une ville qui choque une paire de gens. Et je me retrouve sur ce croisement, le gars qui appelle, etc. On se retrouve là-bas et le gars me ramène et c'est une cave, quoi. C'est littéralement une cave, il n'y a pas de fenêtres, il n'y a rien. C'est une pièce qui fait, je ne sais pas, 15 mètres carrés, 12 mètres carrés. Il n'y a même pas d'eau, il n'y a rien. Il n'y a pas de toilettes, il n'y a rien. Les toilettes, elles sont sur le palier. Et il a un espèce de matelas de yoga par terre et voilà, c'est tout. Et il n'y a rien d'autre. Et je me retrouve là. Et je me dis, ah ouais ! Sauf que moi, j'avais prévu de rester un peu à Delhi quand même. Et on avait parlé. Et en fait, j'apprends que le gars était un étudiant et qu'il a décidé de ne pas aller en cours pendant une semaine pour me faire découvrir Delhi. Et donc, il m'explique qu'il est riche, que son père, c'est un policier dans son village natal, qu'il fait partie des castres. Pour lui, ce n'est pas la pauvreté, etc. Qu'il a de la chance. que ses parents peuvent lui payer cette chambre à Delhi, etc. J'ai dit, mais frère, c'est une catastrophe dans quoi tu habites. Et là, c'est là que je prends ma première douche. Il faisait froid la nuit à Delhi. Il faisait très, très froid la nuit. Il faisait très, très chaud la journée. Et voilà, première fois de ma vie que je prends une douche au saut. Première fois et je me douche devant lui, il n'y a rien, il n'y a pas d'endroit pour se laver. Il y a un petit trou sur le côté qui part dehors, etc. Bref, c'est vraiment l'aventure, l'aventure, mais vraiment. Et voilà mon premier jour à Delive, voilà mon premier jour. On parle avec Google Traduction qui était éclaté à l'époque, qui était vraiment très très nul. Donc il n'y a rien qui marchait, on ne se comprenait pas, il y avait des heures de vide entre lui et moi. Et la photo, ça a été vite un moment, un truc qu'on a partagé. et qui nous a resserré les liens. On arrivait à parler un peu avec la photo. Et il prenait ses photos, je prenais mes photos. Il regardait mon petit appareil, il kiffait, etc. Et voilà comment tout a commencé. Et finalement, je suis resté quasiment dix jours, je crois, chez lui avant de partir à Agra. Et voilà, après, j'ai voyagé. Je suis resté au moins deux ou trois mois là-bas.
- Speaker #0
Est-ce qu'à ce moment-là, tu dis putain, mais qu'est-ce que je fous là ? Et en fait, je vais faire demi-tour ? Ou au contraire, tu dis je suis là et en fait, je vibre ?
- Speaker #1
Ouais, non, je ne vibrerai pas du tout. Je ne vibrerai que la main, pas. J'étais costaud, il n'y avait pas de problème. On a l'habitude des choses dures, mais là, pourquoi je me fais ça ? Pourquoi je fais ça en fait ? Pourquoi je suis en train de voyager ? C'est nul en fait de voyager. Pourquoi les gens ils voyagent ? Ça ne sert à rien du tout. Mais bon, en même temps, le mec était cool. Voilà, c'est l'Inde, c'est dur l'Inde. On vit comme lui en fait. Parce que du coup, lui, il vit comme un mec local, etc. Donc le petit Dej, c'est dalle dans la rue, qui pique sa mère. Je ne suis pas trop malade, mais c'est horrible. On vit dans la rue, on mange dans la rue. Lui, c'est un étudiant, donc il mange dans la rue, ça ne coûte pas cher. Et on vit vraiment comme ça, en fait. Et on vit vraiment comme des Indiens locaux qui n'ont pas beaucoup d'argent, comme des gens locaux normaux. Donc, je n'ai pas mangé de pâtes, je n'ai pas mangé un repas normal pour moi pendant dix jours. Et c'était dur. Et un soir, on a été, pour la petite anecdote, un soir, on est arrivé dans un quartier un peu bogosse. Je dis « Waouh, mais en fait, il y a ça ici ! » Moi, j'ai cru que c'était que la merde partout. Et donc, il y avait une espèce de mall, etc. Il y a un mall. Puis je lui dis « Ouais, vas-y, viens, je t'invite à manger. » Parce qu'il refusait, on était dans la rue, lui, il avait l'argent, il gérait, il ne me laissait jamais rien payer. Bref, c'était un peu compliqué. Et je dis « Vas-y, je vais te payer un resto, etc. » Moi, un resto, c'est faisable. Finalement, c'était un truc, lui, il n'était jamais rentré dans ça. Et en fait, les gars l'ont mal servi et l'ont pas respecté. Parce qu'en fait, il ne venait pas de la caste supérieure. On était à Delhi. Ma carte n'est pas passée parce que ma carte n'était pas prête pour passer en Inde, etc. Ça avait bloqué. Du coup, on se retrouve. Moi, je me retrouve à m'embrouiller avec eux. Lui, il est gêné parce qu'en fait, eux, ils ne lui respectent pas. Ils ne voulaient même pas lui dire bonjour. Ils ne voulaient même pas parler avec lui. Ils voulaient à peine le servir à manger. Du coup, moi, je m'embrouille avec eux. Je dis comment ça, vous ne le laissez pas. C'est mon invité, il est avec moi. C'est la même chose en fait. Et on galère, bref, des problèmes, on n'a pas pu payer. Finalement, c'est lui qui a dû payer, sauf que c'était une somme qu'il n'avait même pas. Du coup, ça a foutu dans la merde, parce que ce n'était pas cher. Ce n'était pas 30 euros, un truc comme ça, mais c'était hyper cher pour eux. Et du coup, moi, je lui devais des trucs. Enfin bref, ça a été un bordel, mais cette anecdote-là, elle a été importante pour moi, parce que déjà, j'ai découvert qu'il y avait un autre Inde que je n'avais pas vu encore. Et surtout, j'ai découvert cette différence avec... avec lui, comme il était gêné. Je n'avais jamais vu quelqu'un d'aussi gêné dans ma vie que lui ce jour-là. En lui voulant lui faire un cadeau, je l'avais mis dans le mal. Et ça a été horrible pour lui. C'était une expérience oeille même pour moi. Et donc, voilà un petit peu mon expérience à New Delhi, la superbe ville d'Inde que j'adore, mais qui est ma première destination de voyage de ma vie. J'aurais pu faire un peu plus cool quand même.
- Speaker #0
En même temps, c'est passionnant parce que dès le départ, ça y est, t'étais dedans. Sans le vouloir, sur des anecdotes qui te paraissaient assez banales, t'es rentré directement dans le monde du voyage et de l'intégration, de l'immersion.
- Speaker #1
Ouais, carrément. Et en fait, je ne savais pas voyager autrement. En fait, je ne savais pas comment voyager. Du coup, pour moi, j'avais un peu écouté ça. Pour moi, voyager, c'était aller chez les gens. C'est à peine s'il y avait des hôtels là-bas. Moi, j'avais zéro. Moi, je ne savais pas. En fait, je ne savais rien de là-bas. Pour moi, l'Inde, c'est pauvre. Il n'y a rien. Je ne sais pas, moi. Je n'y connaissais rien.
- Speaker #0
La suite, une fois que... Ça, c'est ta première rencontre qui va quand même être déterminante. Tu parles de l'appareil photo. Qu'est-ce qui a donné la suite de se dire, bon, allez, vas-y, je passe à autre chose et je pars dans une nouvelle destination ?
- Speaker #1
C'est bon, j'avais fait mon temps et moi, je voulais voir le Taj Mahal. Donc, forcément, c'est à Agra, là. Et du coup, je pars à Agra, qui est sûrement, je pense, pour moi, la plus... la ville la pire que j'ai jamais vue dans ma vie. Et en fait, là, je me prends une claque. dans un Airbnb, tout l'inverse. Le mec, c'est un blindé. Il a une maison énorme en plein milieu d'un quartier populaire de Delhi, un quartier musulman populaire où les gamins jouent au criquet dans un terrain vague, grand terrain vague. En fait, il avait sa maison en plein milieu du terrain vague. Et à côté, il y avait un gros bidonville énorme. Et lui, il avait une maison rose. Et donc, on ne voyait que sa maison. Et là, je me retrouve dans une... Là, c'est des anecdotes de fous, mais en gros, je me retrouve là-bas et je ne comprends pas ce qui se passe. Je vois que le gars, il est chelou, mais vraiment chelou. Et en fait, moi, je devine qu'il est un peu gay, etc. Mais qu'il ne veut pas l'assumer, que du coup, on est en Inde, il n'a pas le droit. Sa mère, elle essaie de lui présenter des femmes tous les jours. Du coup, tous les jours, il part le matin pour aller visiter des femmes que sa mère veut lui présenter. Ses potes arrivent le soir pour boire le thé, etc. Machin, chai et tout. Et en fait, ils partent dans la chambre pour regarder du porno. Et ils m'invitent à ça. Et du coup, ils me disent, « Ouais, bah viens, on va regarder du porno ensemble, etc. » Là, je dis, « Quoi ? Mais vous êtes des grands malades. » Et du coup, moi, je me mets dans la chambre, parce que du coup, j'avais une chambre à moi tout seul dans la maison, elle était tellement grande. Et je m'enferme, quoi. Il n'y a pas d'eau en plus dans la maison. Bref, ces trucs. Je dis, « Ah ouais, je peux même pas me doucher, je peux rien faire. » J'attendais comme ça, « Ouais, l'eau, elle va venir la nuit, etc. T'es sûr que tu veux pas venir ? » Et je dis, « Non, je peux venir. » Ça, c'est ma deuxième destination. Le lendemain matin, j'ai mon tuktuk qui vient, qui m'a... Le gars m'a appelé un tuktuk pour que je puisse aller voir le Taj Mahal, etc. Bref, la veille, il m'a donné à bouffer. Je me retrouve malade comme un chien à cause de ce qu'il m'a donné à manger. Je me retrouve à voir le Taj Mahal, qui est sûrement le plus grand rêve de ma vie de voir, qui était mon fond d'écran de toute ma vie. Enfin bref, voilà, c'est l'icône de l'Inde, l'icône du monde, en tout cas en termes de monuments, etc. Et je me retrouve au Taj Mahal et quand le tuktuk me dépose, il me dit « c'est là-bas au bout de la rue » . Je dis « non, c'est pas au-dessus » . Il me dit, si, si, là, quand tu es la rue, là, c'est Taj Mahal, l'entrée, elle est là-bas. Je dis, non, c'est pas possible. Le truc le plus beau de la planète, là, il est ici, là. Ici, là. Il y a des gens, ils sont à moitié morts par terre, là. Il y a des enfants dans des poubelles, il y a des vaches. C'est pas possible. Et je suis malade. Bref, horrible. Du coup, je vais au Taj Mahal. Je suis content, mais je ne suis pas content. Je reprends mon tuktuk, je rentre. Et en fait, là, j'appelle mon père et je lui dis, je ne sais pas ce que je suis en train de faire. Je viens de réaliser mon rêve. C'est une catastrophe. C'est sûrement une des pires journées de ma vie. L'autre, il veut se masturber avec moi. C'est n'importe quoi ce qui se passe. et là il y a un couple de français et il y a un frère et une soeur une fratrie de français qui arrivent et qui font couchsurfing aussi qui se retrouvent dans cette même maison c'est eux qui m'ont redonné le peps parce que ça faisait 6 mois que j'étais en Inde ils revenaient d'un mariage ils me disaient Adrien ça fait quoi ? ça fait 10 jours que t'es là ? c'est normal c'est les 10 jours c'est les 15 jours de toute façon c'est en Inde si tu passes les 15 jours je sais plus combien ils disent 10 jours, 15 jours ou tu t'en vas et tu t'enfuis et t'as le traumatisme de l'Inde ou tu tombes amoureux donc force et t'inquiète Merci. tu vas voir, c'est incroyable comme pays. Mon père me dit, ah, mais t'inquiète, vas-y, continue, change de manière de voyager, on reprend pas un couchsurfing, machin, etc., etc. Prends un hôtel, j'en sais rien, etc. Et voilà, du coup, je pars, je sais plus où c'était après, Jaipur ou, bref, là-bas, le Rajasthan. Et là, effectivement, je commence à kiffer, je commence à prendre des hôtels, je commence à voyager. Et là, c'est là où je me retrouve un peu tout seul, par contre, parce que se faire des potes en Inde, c'est un peu difficile. Bon, tout le monde te parle. tu prends 18 000 selfies par jour, mais tu ne fais pas de potes. Et mon pote, c'est mon appareil photo finalement. Et du coup, moi, je regarde des tutos quand j'ai un peu Internet. J'essaie d'apprendre des trucs. Je prends mon trépied, mon appareil photo. Je monte la montagne pour aller prendre des photos au coucher du soleil. Et voilà, je m'amuse, je teste des trucs. Je retouche mes photos sur mon téléphone. Et en fait, ça devient mon kiff. Ça devient mon « vas-y, je voyage, je rencontre un peu du monde, je rigole, je prends mes photos » . Et ça, ça ne s'est jamais arrêté. Pour le coup, j'ai vraiment voyagé comme ça après. C'est là où j'ai commencé vraiment à bien voyager. Après, j'ai fait toute l'Asie du Sud-Est. J'ai beaucoup voyagé jusqu'à l'Australie. L'Australie, je voulais travailler. Je commençais à demander un PVT. Finalement, ça ne passe pas. Je n'aime pas du tout l'Australie. Ce n'est pas mon délire, mais je retrouve des potes. Donc, c'est cool que j'aille rencontrer en voyage. Et du coup, c'est là où je décide de faire le tour et de partir au Pérou. Et de Pérou, je fais pareil, toute la corne. Pérou, Bolivie, machin, etc. Donc, tout ça. Je le passe parce que pour moi, il y avait le début. Après, j'ai appris à voyager, j'ai découvert comment voyager. Je faisais mes photos. J'avais à peu près assez d'argent pour voyager de cette manière-là. J'arrivais à faire des petits volontariats de temps en temps. Et voilà, c'est tout voyage classique en vrai. Rien de fou, super cool. J'ai découvert le monde, j'ai appris l'anglais. Je commence à apprendre un petit peu l'espagnol. Et l'anecdote finale, on va dire dans tout ça, c'est que... qu'on est en 2016, un truc comme ça. Et je suis à Buenos Aires et à Buenos Aires, je rencontre des Colombiennes le soir de la France qui perd contre le Portugal en finale de l'Euro parce que c'est là-bas que je les ai rencontrés, je me rappelle. Et moi, ça y est, je suis un voyageur, je ne réserve plus aucun hôtel, je suis en mode, t'inquiète, je verrai, on s'en fiche, je suis avec mon backpack, j'arrive dans la ville, t'inquiète. Ça y est, je connais, je connais comment ça fonctionne, c'est simple, etc. Les rencontres, viens dormir à la maison, machin. Et du coup, je me retrouve à la communauté colombienne de Fou à Buenos Aires. Je reste un petit bout de temps quand même là-bas. Et du coup, moi, mon voyage en Argentine, c'est avec des Colombiens. Et donc, je découvre la Colombie, la culture. la bienveillance des gens, etc. Et tout le monde me dit, Adrien, mais pourquoi t'es pas allé en Colombie ? Moi, pour moi, c'était encore Pablo Escobar, c'était encore, je suis bon, qu'est-ce que je vais aller foutre là-bas ? C'est encore un peu dangereux, 2016, etc. Non, mais on vient de signer le traité de paix, c'est le prix Nobel de la paix, notre président, ça y est, machin, tu peux y aller, c'est cool et tout. Donc on était pile l'année où ça a ouvert. Ça a réouvert, on va dire, un peu au tourisme. Et du coup, moi, je finis mon voyage au Brésil, etc. Et je me mets dans la tête qu'il faut absolument que j'aille en Colombie. et que ma prochaine destination, c'est la Colombie, parce que ça vient d'ouvrir, parce que c'est là-bas, parce que je n'ai pas grand-chose à faire en France. Et ça y est, mon but, c'est de voyager. Là, j'ai appris un peu l'espagnol, mais j'aimerais bien parler bien espagnol, etc. Et vas-y, la Colombie, pourquoi pas ? Ça peut être la nouvelle destination. Donc, je rentre en France et je travaille pendant 6, 7, 8 mois pour faire un peu d'argent, parce que le chômage commence à s'arrêter. Et je commence à faire de l'argent pour me dire, vas-y, je commence la photo. professionnellement. En tout cas, j'essaie de vivre la photo réellement en partant en Colombie et ça y est, mon Instagram, il fonctionne plutôt bien. Les gens, ils aiment bien mes photos. Là, en rentrant en France, il y a des gens qui m'ont demandé pour faire un mariage ou deux. Je vais essayer de me caler sur deux, trois prestas. Je vais demander à des gens, même gratuits, je vais essayer de faire des prestations comme ça, je me rends compte un peu de ce que c'est de travailler avec la photo et voilà. Et puis, je pars en Colombie et on voit si j'arrive à vivre avec ça et la France venait de créer un PVT pour la Colombie. donc j'ai fait partie des tout premiers pvtistes colombiens et donc je pars avec ce visa là d'un an en mode bon bah est-ce que si ça me plaît, ça me plaît, si ça me plaît pas je pars quoi, c'est pas grave de toute façon maintenant j'ai la pchute de voyager donc ça devient plus très compliqué en fait quand on comprend et donc là je pars avec mon nouvel appareil photo qui est un petit peu mieux et je pars pour vivre de la photo et pour voir si je peux vivre de la photo en fait
- Speaker #0
Je suis impressionnée depuis tout à l'heure en t'écoutant. En fait, tu ne te poses pas trop de questions. Tu vis le truc. La première expérience de voyage, elle n'est quand même pas easy. Ça a l'air quand même un peu fou au départ. Et puis, tu ne te poses pas trop de questions. Il y a quand même cette histoire avec l'appareil photo qui a l'air assez inné. Tu vois comme si c'était ton partenaire depuis toujours sans trop connaître le fonctionnement. Et puis, tu ne te poses pas de questions. Ça dure deux ans. Et puis, en fait, ça roule. C'est comme si c'était écrit.
- Speaker #1
Maintenant que tu le dis, ouais, carrément, Écoute, je ne sais pas. Je pense que la relation avec l'appareil photo, moi, je n'ai jamais été tout seul, en fait. Je pense que je n'ai jamais, jamais, jamais, jamais été tout seul dans ma vie. Je suis le grand frère d'une fratrie. J'ai toujours grandi avec mes potes. Depuis que je suis petit, je suis avec du monde. Et ça, je me rends compte, j'ai eu une vie qui n'a jamais été solitaire, jamais, jamais. Peut-être ma première année de ma vie, quand je n'ai pas eu encore de frères et sœurs. Mais encore, voilà. Et en fait, je pense que cette dépendance à avoir toute ma vie, était tous les soirs avec mes potes, tous les jours avec des gens, toute ma vie, toute ma vie, toute ma vie. Même quand j'étais viré à l'école, j'étais devant les lycées, j'étais devant les collèges, j'ai toujours été avec des gens. Et vraiment, on est 365 jours sur 365. Et bien en fait, de se retrouver tout seul, on apprend à se découvrir, on apprend à se gérer. En même temps, on n'est jamais tout seul non plus parce qu'on rencontre vite du monde. En Inde, j'étais quand même assez tout seul. Mais bon, quand on arrive à Thaïlande, il y a des auberges, il y a toujours du monde, c'est toujours facile. Donc en fait, je retrouve un peu ce mode de vie que j'ai toujours eu. Mais en même temps, je peux me barrer tout seul et être qui je suis. Et en fait, je pense que d'avoir été toute ma vie avec des gens, je suis qui ils veulent que je sois. Ils sont qui on veut qu'ils soient, que la société veut. Et que dans notre quartier, c'est comme ça l'école. Donc il faut être comme ça. Dans notre ville, c'est comme ça. Et puis, il y a les meufs, du coup, on doit être comme ça. Et puis, en fait, on n'est jamais vraiment soi. Et avec le voyage,
- Speaker #0
on l'est.
- Speaker #1
Et avec le voyage, on l'est parce qu'en fait, si ça ne te plaît pas, tu ne vas pas. Si tu n'aimes pas ça, tu n'aimes pas ça, en fait. Et là, je ne fais que des trucs qui m'ont kiffé. S'il y a quelqu'un qui me saoule, le plus dur, c'est de lui dire tu me saoules. Mais en fait, je n'ai aucun souci. Je peux apprendre à le dire ou l'esquiver. Ou attends, demain, je vais changer de ville. Comme ça, toi, tu n'es plus là. Ou voilà, il y a une mauvaise énergie dans cette auberge, etc. Voilà, on devient... Moi, je me suis découpé. J'ai découvert qui j'étais, j'ai découvert une passion qui était la photo. Je voulais montrer aussi à tous mes potes et à tous les gens que voilà comment c'est ailleurs. Moi, je n'avais jamais vu. À l'époque, il n'y avait pas beaucoup de photos. On était les débuts d'Instagram, etc. Donc, Instagram, ce n'était que des photographes. Ce n'était que des photos de voyage. Ce n'était que des paysages. Et donc, voilà, on découvère. Moi, je voulais que les gens découvrent le monde à travers mes yeux parce que je sais que dans mon entourage, la majeure partie, ils n'avaient jamais voyagé, ils n'avaient jamais vu tout ça. et moi, grâce à la photo, je pouvais leur montrer.
- Speaker #0
Je pouvais leur montrer que le Cambodge ressemblait à ça, que l'Inde ressemblait à ça. Quand je suis rentré en France, je me suis rendu compte que les photos que je montrais aux gens, c'était mes photos selfie, toutes les photos à la con que j'avais dans mon téléphone. Et ce n'était jamais mes photos que j'avais prises. J'avais fait un livre photo, que je dois avoir par là, en mode autour du monde, je m'étais fait un petit livre, un petit kiff, pour avoir quelques souvenirs de ça. Mais en fait, quand je l'ai fait, je me suis dit, putain, mais ça ne montre pas. du tout ce que j'ai vécu, alors pas du tout la belle photo du Machu Picchu, la belle photo du Taj Mahal à quel moment le jour du Taj Mahal on voit là dans la photo que j'étais en train de chialer que j'étais malade comme un chien qu'à aucun moment on parle de ça et c'est là où je me suis dit ah mais en fait il manque un truc il faut que dans ma photo il faut que j'explique vraiment ce que je vis en fait là je suis en train de mentir à tout le monde pas de mentir à tout le monde mais c'est pas ça que je vis en fait et c'est pas ça qui m'intéresse de montrer Merci. Et quand je suis arrivé en Colombie, c'est là où j'ai commencé à chercher un petit peu de sens à ma photo. Et un peu de... Je vais essayer de faire des photos qui racontent ma vie. Et quand je vais envoyer, les gens, ils vont comprendre c'est quoi ma vie.
- Speaker #1
Donc, tu avais trouvé, ça y est, le cadre de ta future mission, quoi. C'était continuer à voyager avec du sens, mais de montrer la réalité des choses.
- Speaker #0
Ouais, après, c'était flou comme concept. C'était flou parce qu'on veut quand même montrer, on veut prouver, on veut montrer qu'on est dans les plus beaux endroits de la planète. Voilà, et puis je sais le faire, je sais faire des très belles photos de paysages, c'est devenu facile pour moi. Et donc en Colombie, je me retrouve propulsé assez rapidement. En Colombie, je fais beaucoup d'échanges avec la photo, je deviens un peu un influenceur, mais alors il n'y avait pas d'influence parce qu'il n'y avait pas de compte, je ne sais même pas si j'avais un compte Instagram quand je suis arrivé, ou je venais d'en recréer un parce que je l'avais supprimé l'autre. Et je viens en fait en mode, votre booking il est nul. votre TripAdvisor, il est nul, votre... C'était quoi les autres sites, là ? Enfin bref, tous les sites de réservation. Les photos, elles sont nulles, ça donne pas du tout envie de venir chez vous, etc. Moi, je viens, je vous fais des photos, vous me maquez pendant une semaine, deux semaines, un mois, et en échange, moi, je vous fais community manager, je vous fais vos photos, je vous gère, et puis si vous avez besoin de faire les petits-déj le matin, les trucs, je peux aider, quoi. Donc moi, j'ai commencé comme ça, et c'est comme ça qu'au début, j'ai découvert la Colombie comme ça. J'ai fait des petits volontariats un peu à droite, à gauche, jusqu'à faire un gros volontariat de trois mois sur la côte. et parce que je voulais vraiment parler espagnol avant de m'installer et je voulais connaître la Colombie avant de m'installer n'importe où. Et en fait, assez rapidement, je suis arrivé à Medellín. Medellín, j'avais compris que c'était ici qu'il fallait que j'habite. Donc, je suis vite parti de Medellín et je me suis dit « Ok, il faut que je découvre la Colombie avant de me poser parce qu'en fait, là, une fois que je vais être posé, je ne vais pas y aller là-bas. » Donc, voyageons et je découvre un peu et voilà. Et donc, à travers ces volontariats, c'est des volontariats dans des hôtels, donc rien de bien fou. Je comprends bien le pays, je commence à comprendre un petit peu comment ça se passe, etc. Et en m'installant à Medellín, c'est là où j'avais eu pas mal de contacts, grâce à tout ça. Et je me retrouve propulsé dans un projet qui aujourd'hui est, je crois, la destination numéro 2 touristique de Colombie, qui est la Comuna 13, qui est la favela, on va dire, type le quartier populaire. de Medellín, un grand quartier populaire qui a été décimé pendant le conflit, etc. Bref, qui a une histoire assez forte et qui a renaît de ses cendres par la culture, par le graffiti, par la danse, par toute cette culture. Et en fait, ce quartier-là, personne n'y va, c'est dangereux, c'est sous couvre-feu tous les jours, c'est compliqué. Et moi, je me dis... On est en quelle année,
- Speaker #1
là ?
- Speaker #0
On est en 2017.
- Speaker #1
Et il y avait encore cette énergie un peu craignose, entre guillemets ?
- Speaker #0
C'était chaud, 2017 était chaud. Moi, j'ai fait partie des premiers pilotes, un des premiers pilotes qu'ils ont fait là-bas pour essayer de découvrir comment ils peuvent raconter l'histoire de ce quartier-là. Et il y avait un gars qui connaissait ça, bref, il m'avait ramené. Et ouais, en plus, toi, tu fais de la photo, vas-y, viens, je pense que tu peux les aider, etc. Et du coup, je suis allé, on était cinq. Il y a une meuf du quartier qui commence à nous raconter comment elle a grandi ici, c'est quoi l'histoire, etc. Elle commençait à présenter des gens, toque au port, elle sait où on vient chercher les glaces. C'est la grand-mère qui vient nous donner, on peut lui acheter des glaces, si vous voulez, ah bah lourd, vas-y, je peux prendre ton contact, etc. Vas-y, je te fais deux, trois photos, machin. Moi, je commence à faire des photos, etc. Je me retrouve propulsé dans ce projet-là, qui est un projet porté à moitié par une MJC, une des maisons de quartier, mais en même temps par la population en général. Et il s'avère que je crois que, du coup, on commence à faire des photos, je commence à aller là-bas, je crois qu'un mois après, il y a sept morts dans la nuit. Et donc, on se retrouve couvre-feu. tous les jours, et non, même, interdiction d'aller dans le quartier pendant un mois, je crois, et couvre-feu, le couvre-feu, il a duré six mois, quatre mois, cinq mois. Et c'était chaud, c'était vraiment chaud. Moi je me retrouvais du coup comme c'était chaud pour y aller etc. Je me suis retrouvé à dormir dans une famille, et justement la famille qui faisait les glaces là justement. Et moi ça devient un peu ma deuxième famille. Ils commencent à ouvrir un petit business etc. On commence à ramener, eux ils ramènent des touristes sauf que les Colombiens ne veulent pas y aller. Donc ils se retrouvent à avoir que des Américains ou des Français etc. Et ça moi c'est moi qui les ramène parce que c'est moi qui vis dans les quartiers où il y a les étrangers. C'est moi qui connais les étrangers parce que tous mes potes ils ont des hostales, des trucs etc. Et donc moi je commence à les ramener Et donc moi je fais le lien entre les guides locaux Et les trucs et c'est moi qui fais la traduction En français ou en espagnol Et moi je commence à leur dire ouais mais tu vois en termes de tourisme Tu devrais développer comme ça Tu devrais raconter cette histoire là le cimetière On devrait passer Tu devrais aller chercher au métro parce que le métro il est loin Bref je commençais à changer un petit peu le truc Et je prends des photos de tout ça en fait Moi je prends des photos ils font des tours Les gamins je commence à les connaître Les gamins un jour j'y vais Je ramène deux, trois potes qui sont photographes, qui voyagent. On va là-bas et en fait, on commence à passer. Et en fait, le jour qui a tout changé, c'est ce jour-là, parce qu'on part à trois ou quatre photographes. Donc, on a trois ou quatre appareils photo. Et je donne pour la première fois mon appareil photo à un petit. Et en fait, les petits, ils commencent à prendre des photos différentes. Ils nous prennent, nous, en photo. Nous, on les prend en photo et ils nous prennent, nous, en photo. Et nous, on a des photos de tout ça. Et en fait, on se dit, putain, mais il y a un truc à faire avec la photo. Il y a un truc à faire avec tout ça. Et là, je parlais avec une maison de quartier là-bas. des gens qui font un peu de l'associatif et on commence à faire des ateliers photos et du coup je commence à faire des ateliers photos dans ce quartier là, dans un autre encore dans un autre, bref je commence à développer des projets photos et les projets photos ils partaient d'un truc simple, on prenait les enfants, on leur disait qu'est-ce que tu aimes, qu'est-ce que t'aimes pas dans ton quartier, on allait prendre des photos de ce qu'ils aimaient et de ce qu'ils n'aimaient pas on les imprimait les photos, on faisait une petite exposition et on ramenait les parents, on ramenait les gens du quartier etc et en fait les grands frères et tout ils disaient ah putain vous aimez pas ça et du coup on Merci. On expliquait, ça c'est la partie qu'ils aiment, ça c'est la partie qu'ils n'aiment pas. Et du coup, ils se rendaient compte que c'était le billard, le billard du quartier qui met la musique à fond, tous les darons sont bourrés, etc. Ils n'aiment pas, parce que du coup, leur papa vient, il est bourré. Et du coup, ce n'est pas ouf. Et du coup, les parents commencent à prendre conscience de choses, etc. Et bref, moi, je me dis, il y a des belles choses à faire avec tout ça. Et petit à petit, ce quartier-là a commencé à devenir touristique. Aujourd'hui, c'est Disneyland, mais Disneyland pour de vrai. C'est des... que, mais c'est des bouchons de gens dans le quartier.
- Speaker #1
C'est marrant parce que moi, je l'ai fait en 2019.
- Speaker #0
Ouais, 2019, c'était le début du cool. C'était la fin du cool.
- Speaker #1
Ouais, en fait, il y avait une énergie folle, tout en étant quand même, il fallait rester prudent. Tu sentais qu'il y avait des moments, il était temps de rentrer, mais en fait, je me retrouve entre les deux dans ce que tu racontes. Donc, c'est marrant de voir l'évolution où maintenant, tu dis que c'est Disneyland, c'est fou.
- Speaker #0
c'est incroyable j'étais là l'été dernier j'ai pris une claque,
- Speaker #1
j'étais pas allé depuis fin 2019 justement génial dans ce que tu racontes c'est aussi le projet encore une fois ton leitmotiv il reste autour de la photo mais le projet humain et c'est d'ailleurs ce qui va amener la suite de ton histoire c'est
- Speaker #0
là où en fait j'ai commencé à comprendre qu'il pouvait y avoir une relation entre les deux parce que pour moi il y avait zéro relation entre les deux, je comprenais pas Et là, j'ai commencé, je me suis dit, parce qu'en fait, moi, naturellement, j'étais dans tous ces projets-là, j'allais tout le temps dans les projets, moi, c'est ça qui m'animait en fait. Et c'est pour ça que je me suis dit, j'arrête de voyager comme je voyage. Là, je retourne à Hanoi, je ne connais personne. Je retourne à Truc, je ne connais personne. Je renais à Truc, je ne connais personne. Ce n'était que des étrangers, ce n'était que des voyageurs. Moi, j'ai envie de construire un truc, j'ai envie de connaître les gens, j'ai envie de construire quelque chose. Là, je retourne à Medellín, je connais les gens. Donc, je vais à la boutique, les gens se rappellent de moi. C'est important pour moi de créer ça. Et c'est là où je me dis que les deux peuvent être mêlés. C'est là-bas que je prends conscience de ça. Et surtout, moi j'habite à Medellín, je commence à vouloir aller voyager dans des endroits. J'ai pas mal bourlingué en Colombie, mais je veux commencer à aller dans les endroits compliqués de la Colombie. Et là, pour le coup, il y a pas mal de gens qui me parlent du Choco, de la région Pacifique, etc. De pas mal de zones, etc. Du Cordoba. Bref, de zones où il n'y a pas forcément beaucoup de gens qui vont, où en tout cas c'est compliqué, etc. J'ai dit, OK, vas-y, c'est pour ça que je vais y aller. C'est dans ces endroits-là que je vais y aller. Et je me retrouve à me faire des missions, aller à Quibdo, pour ceux qui ne connaissent pas, c'est la capitale du Choco. Le Choco, c'est la zone la plus pluvieuse du monde. C'est l'Amazonie, mais Côte-Pacifique. Ce n'est pas l'Amazonie, mais c'est comme si c'était un bout qui a été sorti de l'Amazonie. C'est plus dense que l'Amazonie. Et c'est toute la zone oubliée de la Colombie. Et en plein milieu de cette jungle, Du coup, il y a une partie Côte Pacifique et tu as en plein milieu de la jungle un rio qui s'appelle le Rio Atrato et le Rio Atrato qui dose jusqu'au delta. de turbo, etc., qui est la frontière avec le Panama, qui est toute la zone qui est gérée par le clan du Golfe, qui est une des zones les plus dangereuses au monde, qui est où toute la drogue passe, et toute la cocaïne, etc., elle est fabriquée dans cette zone-là. Donc c'est des zones historiquement très difficiles, encore aujourd'hui très difficiles à cause de la drogue, et très difficiles parce que historiquement, c'est des zones qui ont toujours été gérées par les paramilitaires, qui ont toujours été gérées par tout ça, et qui ont vécu la plus grosse partie du conflit en Colombie, ça a été là-bas. avec les FARC, avec l'ELN, avec tous les groupes armés là-bas. Et donc voilà, c'est une des zones qui a été les plus décimées de la Colombie. Et c'est une des zones où tout le monde a fui, et c'est une zone noire, parce que historiquement, c'est où les esclaves sont arrivés, et se sont mélangés avec, ou pas, mais se sont mélangés de temps en temps avec les indigènes, les cultures, les autochtones. Et du coup, il n'y a aucun blanc qui vient des Espagnols, etc. Là-bas, c'est vraiment noir ou indigène. Ce qui rend tout différent. Et c'est une zone qui n'a aucune route d'accès. Aucune. Il y en a une et c'est une catastrophe. Et elle est en, comme on dit, dérombée. Les pierres qui sont tombées là. Donc moi, je me retrouve à aller dans ces endroits-là, à remonter tout l'attrato pour aller prendre des photos. Mais je ne comprends pas pourquoi je fais tout ça, en fait. Mais je me dis, je veux aller là-bas, je veux voyager. Je me prends des flingues sur la tempe. Je suis mal accueilli. C'est difficile. C'est des voyages très, très, très, très durs, etc. Moi, j'essaie de trouver des petites assauts. qui m'accueillent parce que là on est dans des zones où il n'y a pas d'hôtel, il n'y a rien. Donc des petites assos qui m'accueillent et puis j'essaye de leur échanger contre un atelier photo et puis contre quelques photos. Je fais la même chose du côté pacifique, vraiment côté océan. Bon là il y a un peu plus, il n'y a pas d'hôtel mais bon c'est plus facile de trouver une maison etc. Et je fais pareil et là où je le fais vraiment c'est dans le Cordova qui est historiquement une des zones les plus paramilitaires de Colombie où il y a les grandes plaines etc. et c'est où il y a énormément d'eau. et où il y a eu tous les problèmes avec les barrages, etc. Enfin bon bref, c'est des zones très gérées par les paramilitaires depuis des années et très très très dangereuses. Et en fait, je me retrouve pour aller là-bas, pour le coup, il n'y a pas d'hôtel, il n'y a rien. Et donc, je me retrouve avec une asso locale, la mère d'une pote qui vient de là-bas, etc. qui a une asso et du coup, elle me dit « Vas-y, on va faire des ateliers photo partout, dans toutes les petites villes, dans tous les petits quartiers, dans tous les trucs, etc. » Et on se retrouve dans des... camps de réfugiés vénézuéliens, dans des villages reposés sur des mines de charbon où les gens vivent. Il n'y a pas un arbre, c'est une catastrophe, il n'y a pas d'eau potable. Des conditions très difficiles. Et on se retrouve à aller là-bas et c'est là où je prends tout le sens de la photo et c'est là où je me dis, wow, on est en train de faire des choses super intéressantes. Il faut pousser le truc, mais c'est déjà super intéressant. Les gamins font des expos, on travaille toujours ce truc-là, un peu j'aime, j'aime pas. où on travaille sur d'autres choses. L'asso, elle repart avec énormément de contenu pour faire ses dossiers, d'aller chercher des financements, pour montrer où vont les financements, etc. Tout de suite, ça les a beaucoup aidés. Et c'est là où je me dis, il y a de l'impact dans tout ça. Et voilà pour ma vie en Colombie, finalement. Et ça, ça vient dans un creux de ma tête. Je ne comprends pas comment je peux vivre de ça. Mais en tout cas, c'est ma manière de voyager au sein de la Colombie en y habitant. Moi, à côté, du coup, je fais guide, je fais traducteur, j'envoie... Je travaille avec toutes les agences touristiques de Medellin qui commencent à développer un peu tous les tours. Je fais le lien entre tout ça, donc je prends des comms de partout sur tout le monde. Du coup, moi, c'est ce qui me permet de vivre. À côté, je vends des cartes postales, je vends des trucs. Bref, j'arrive à me débrouiller, mais rien de ouf. Je gagne ce que je dépense. Et voilà un peu ma situation mi-2019.
- Speaker #1
Si on fait la transition entre la Colombie où tu comprends vraiment qu'il y a un sens et qu'il y a un moyen de communication avec la photo, tu décides de partir encore sur un autre continent.
- Speaker #0
Oui, il y a une transition que je suis obligé de passer, je suis désolé mais elle est trop importante, c'est que moi, comme je te dis, je ne gagne pas d'argent en fait. Donc je vis. mais je vis très bien mais voilà là si demain il y a un problème moi à un moment ma mère elle a eu un accident de voiture etc j'étais là-bas elle était en coma etc je déçus 3 jours après et ça commence à me faire réfléchir moi j'ai toujours gardé 1000-1500 balles de côté pour être sûr de pouvoir acheter un billet mais la Colombie c'est loin la Colombie ça coûte cher pour rentrer et aujourd'hui c'est un peu plus connecté qu'avant mais avant c'était une galère de ouf pour rentrer Merci. Et moi, je ne suis jamais rentré pendant quasiment deux ans et quelques. Je suis resté là-bas, je ne suis jamais rentré. Donc, c'est un moment où c'est un... Si je continue à être ici, je n'aurai jamais l'argent pour pouvoir rentrer en France comme ça, faire des allers-retours. C'est compliqué, etc. Et donc là, moi je parle avec un pote et il me dit, écoute, viens on va faire une saison, il faut que tu investisses ici, moi je voulais investir en Colombie, je dis mais j'ai pas d'argent en fait. Donc il me dit, viens on va faire une saison dans les Alpes, on va faire serveur, t'inquiète, j'ai un plan, j'ai un pote, il a un resto, etc. Et du coup on se retrouve à Courchevel, hiver 2018, et je me retrouve serveur. Et donc nous c'était, moi mon pote il avait un hôtel à Medellin, et moi je lui avais dit, vas-y viens on ouvre une antenne à Cali, on refait un autre. Moi je sentais que Cali c'était là. la prochaine destination qui allait péter après Medellin. Donc je disais, vas-y, on ouvre le même, mais à Cali, moi je m'en occupe, etc. Bon, mais alors quoi, tu venais de Cali, du coup je disais, vas-y, on va aller vivre là-bas, moi j'aime bien. Et donc on va faire une saison, il me dit, t'inquiète, on a une saison, on gagne assez d'argent pour aller faire ça. Donc moi en fait, je suis en train de me déconnecter mais total de la photo. Et je me dis, c'est ma dernière chance, la photo ça va marcher, mais il y a des belles choses, mais bon, comment je vais faire pour en vivre, je ne vais jamais en vivre, donc autant que je trouve un truc pour gagner de l'argent. Et c'est tout, je continuerai à faire de la photo à côté, en mode hobby. Et donc, on fait ça. Je suis quand même pas trop… Je suis toujours un peu stratégique. Et du coup, j'arrive, je découvre le resto, je découvre Courchevel. Moi, je n'ai jamais été au ski de ma vie. Je n'ai jamais été dans les Alpes de ma vie. Donc, j'arrive là-bas, Courchevel, 1850. Je vois que c'est des milliardaires. Moi, je ne savais même pas que c'était une station de riches. Et donc, je commence à voir la clientèle, etc. Je dis à mon patron, ouais, les murs, là, il n'y a rien. Je peux te mettre des photos et tout. Il me dit, ouais, vas-y, t'inquiète, t'as pas de souci. Du coup, j'imprime des photos. Je fais imprimer des photos chez un pote à Reims. Il m'envoie les photos. Je mets des photos au mur de la Colombie du Choco. Et j'en mets partout. Et je mets des prix. Je dis, ah ouais, il y a des galeries d'art. Les mecs, ils vendent des trucs à 30 000 euros. Tu te rends compte, je peux mettre 300 euros. Moi, je vais être riche avec 300 euros. Et donc, je commence à mettre les photos. Et au bout de même pas un mois, c'est un épisode important. Mais je pense que c'est un épisode qui résume aussi en général ce qui... Ce que tu viens de dire aussi, c'est qu'il y a un cher, je ne sais pas, du Qatar ou d'Arabie Saoudite, je n'en sais rien, qui vient d'Ikart du corps, il vient toute la semaine, tous les jours. Et il vient et il me kiffe, il vient à 15h, je suis le seul serveur l'après-midi. Et moi, je lui montre mes photos, je lui raconte ma life, il est super intéressé, moi, il me parle de la sienne, etc. Et il a un appareil photo de ouf, 70-200 gros objectifs, etc. Et il me dit, tu dois avoir un superbe appareil photo pour faire des photos comme ça. Je dis, un appareil photo éclaté, mais mon appareil photo de rêve, c'est le vôtre. Et je lui dis, mais vous êtes photographe et tout. J'ai acheté ça pour les vacances. Et en fait, à la fin de la semaine, son garde du corps vient et il me dit, mon patron, on doit partir, machin. Il voulait absolument vous dire au revoir et vous dire merci, etc. Il a passé une bonne semaine. Vous l'avez super bien accueilli tous les jours. C'est pour ça qu'il est venu tous les jours. du coup il voulait vous donner un tips etc il n'avait pas le temps et il me donne l'appareil photo et donc là il me donne un sac photo avec appareil photo, 5 objectifs littéralement il y a 10 000 euros de matos donc là moi je pleure à moitié je vois mon patron qui était en cuisine en train de préparer une pâte à pizza je lui dis regardez tout ce qu'il vient de m'offrir l'autre il me dit mortel et tout trop bien bienvenue à Courchevel combien de Rolex on m'a offert ici, combien de trucs combien de machins, c'est normal c'est Courchevel c'est que t'es bon, que t'as un bon serveur Adrien, très bien Et du coup, là, moi, je suis en train de me dire, ouais, parce que moi, mon appareil photo, là, je ne pouvais pas devenir vraiment pro avec ce que j'avais. Et donc, j'étais en mode, putain, en fait, jamais j'aurais eu l'argent. Même là, demain, je gagne avec l'argent qu'on est censé gagner avec Courchevel. Je ne vais pas m'acheter ça, en fait. C'est trop, ça va, ça va nickel la moitié du budget. Je peux acheter un hôtel avec ça.
- Speaker #1
C'est un signe incroyable.
- Speaker #0
Voilà, c'est un signe incroyable. Et c'est exactement vers ce à quoi je voulais venir. Parce que je pense que moi, je fonctionne à ça. Je fonctionne juste à faire. et essayer d'observer les signes. Et donc là, moi, quand j'ai ce signe-là, c'est bon, il faut retourner en Colombie. Et je ne vais pas retourner en Colombie pour acheter un hôtel. Et je vais retourner en Colombie pour faire les choses comme elles doivent être faites. Et il s'avère qu'à la fin de la saison, il y a le mec qui a la galerie d'en face qui vient, qui me dit, Adrien, que si tu vas aller foutre en Colombie, tu retournes en Colombie, viens à Paris, machin, il faut qu'on parle. Du coup, avant de prendre mon avion pour la Colombie, je vais le voir. Et il me propose un taf à Paris en galeriste. pour vendre de l'art parce qu'il m'a dit ouais t'es un super vendeur machin etc mais je lui dis mais tu sais que je suis un commercial de base mais non ah bah tu vois c'était sûr et ce gars là m'offre l'opportunité je lui dis écoute moi franchement fout ta Paris j'ai pas envie moi je suis bien en Colombie je vais aller faire de la photo il me dit franchement réfléchis-y machin etc donne moi tes conditions voilà et du coup moi je pars je reste une semaine en Colombie je réfléchis je réfléchis et là je lui donne les conditions je me dis c'est quoi les conditions de rêve que tu veux je lui dis écoute si tu me donnes un appart à Paris le salaire plus comme machin avec une obligation de ci, de ça. Moi, je veux aller faire les salons parce que je savais qu'ils faisaient des salons d'art à Miami, à Los Angeles, etc. Moi, je veux faire les salons là-bas, là-bas, là-bas dès la première année, etc. Ça, c'est mes conditions. Et si je commence, c'est dans trois mois que j'ai des trucs à faire en Colombie. Et il me dit, vas-y, c'est bon. Et donc, moi, c'est comme ça que je me retrouve en France. Et du coup, pendant ces trois mois-là, je me suis dit, OK, vas-y, je pars partout en Colombie, je ne m'installe plus ici. Je pars partout en Colombie, je fais des photos, je vais voir des associations. Je prends des photos partout, je retourne dans le Choco, je retourne là-bas, etc. Ces photos-là, je vais essayer de les foutre dans les galeries, je vais essayer de les mettre dans les trucs, je vais essayer de les vendre. Je vais faire des expos, je vais me mettre à Paris. Il faut que je retourne en France un peu. Moi, depuis que j'ai 20 ans, en fait, je suis parti, j'ai quitté mon quartier. Et en fait, je n'ai jamais rien construit en France. Donc en fait, c'est peut-être quand même le moment de reconstruire un truc en France. Et Paris, finalement, est-ce que ce n'est pas le plus simple ? Moi, j'habite à Reims, ce n'est pas très loin. Je peux me retrouver proche de la famille. Et là, on est fin 2019. Je fais 3, 4, 5 mois, meilleures conditions. Le gars, la partie qu'il me donne, c'est Place des Vosges à Paris, dans le quatrième, dans la place la plus chère de Paris. J'apprends qu'il a tout l'immeuble. On a des galeries partout en France. En fait, moi, je découvre son univers. Je ne savais même pas qu'il était comme ça. On a les galeries à Courchevel, à Saint-Pierre. Paul-de-Vence, à côté de Nice, bref, partout, Montréal, Miami. Et donc, moi, je commence à bosser avec lui, je fais les salons à Miami, je fais les trucs, je parle espagnol, ça l'arrange bien pour toutes ces destinations-là. Et finalement, Covid. Et c'est là où tout change, parce que moi, Covid, je gagne super bien ma vie, etc. Moi, j'appelle mon patron, j'écoute Covid, les trucs, on est enfermés, etc. Il n'y a plus rien, il n'y a plus de touristes, on ne fait plus d'oseille. Moi, je vais retourner à ma vie. Moi, je t'ai dit, c'est temporaire. Je viens, j'accepte ta mission, un an, comme ça, je me remets un petit peu dans tout ça. Il faut que je me remette dans ma mission à moi. Ma mission à moi, c'est la photo, tu sais très bien. Donc moi, pendant ces six mois, j'ai commencé à me faire un réseau à Paris, faire mes premières expos sur la Colombie, dans des bars, dans des trucs. J'essaie de rencontrer du monde, faire un peu ma vie. Et voilà, moi, j'ai un gars, il est au Sénégal, il m'a contacté sur Instagram. Il est chaud pour me dire, vas-y, viens, trois, quatre mois, fais ton... projet, fais des photos. Moi, j'ai confiance, ça pourra donner de la visibilité au village et du coup, donner de la visibilité à nos projets, donner de la visibilité à tout ce qu'on fait depuis 20 ans, etc. Moi, j'ai monté un lieu il y a 20 ans. Viens, t'inquiète, t'es logé, nourri, blanchi, fais ta life. Juste fais des photos. Et du coup, moi, je lui dis, moi, je vais aller chez ce gars-là. Franchement, je pense que je vais aller au Sénégal et tout le truc. C'est fini. C'est fini entre nous. Ah ouais ? Et du coup, moi, j'arrête la galerie. J'ai gagné tellement d'argent. C'était... c'était n'importe quoi j'avais un appart gratuit place Devo j'étais dans des conditions c'est même pas imaginable et en fait moi je quitte tout et je pars au Sénégal je pars au Sénégal parce que moi c'est ça ma vie donc moi c'est le voyage c'est le truc et je me retrouve au Sénégal pendant à la base 3 mois qui finissent 6 mois parce que tout est fermé en France etc donc c'est pas au premier confinement c'est dans le deuxième fin 2020 début 2021 et du coup je fais 6 mois de photo dans un village perdu je connais même pas Dakar en fin fond de la Casamance Merci. Un village que personne ne connaît, même le village d'à côté, ils ne connaissent pas forcément le village où on est là. Et je raconte la vie, en fait. C'est tout. Et je prends les photos de la vie de tous les jours, notre vie là-bas, tout va bien, c'est cool. La culture, les trucs, la fête. Et là, je prends 500 photos par jour. Et là, c'est mon identité. Là, c'est exactement la lumière que j'ai toujours voulu. En termes de photos, c'est exactement ce vers quoi je voulais aller. Et là, j'ai un village qui m'accepte, qui me connaît. Je suis le photographe du village.
- Speaker #1
Et tu ne gagnes plus d'argent ?
- Speaker #0
Je ne gagne plus d'argent, sauf qu'on est fin de Covid, donc j'ai le chômage partiel. Moi, j'ai la chance et je suis tellement honnête et je suis tellement sans filtre qu'en fait, lui, il savait que j'allais partir et il m'a dit « Vas-y, t'inquiète, de toute façon, c'est l'État qui paye ton salaire, fais ta vie. » Quand l'État, il commence à me demander de l'argent, je te vire. Je dis, vas-y, pas de souci. Du coup, ça a duré. Moi, tout ce temps-là, j'étais payé. Tout allait bien. C'était très bien. C'était Covid. On était dans les meilleures conditions possibles en France avec tout ce qu'ils avaient mis en place. On était super bien. Donc moi, je n'avais pas de problème d'argent. C'était l'État qui payait mon salaire. Tout allait bien. J'étais au Sénégal. Je faisais mes photos. Et quand je reviens, c'est quand même une partie très importante de moi et de comment j'ai pu réussir. Parce que quelqu'un dans un autre pays ne pourrait pas faire tout ce que j'ai fait. Moi, j'ai la chance d'avoir eu le chômage, d'avoir eu la France qui a pu payer tout ça. Et je suis content parce que je l'ai utilisé à bon escient. Il y a beaucoup de gens qui m'en ont voulu au début en mode « Ah, tu piques l'argent de l'État, tu devrais être en France en train de chercher du boulot. » J'ai fait mieux que de chercher du boulot. J'ai trouvé une passion. En soi,
- Speaker #1
tu as raison, tu cherchais en fait du boulot. Mais j'ai fait exprès d'insister là-dessus parce que c'est marrant, parce qu'en t'écoutant, tu as toute cette... partie où tu dis, bon voilà, j'ai tes places des Vosges dans un quartier incroyable, etc. J'attendais le mais ou le... Je sentais qu'en fait, c'est marrant, comme même dans ton récit, à ce moment-là, tu ne vibres plus. Et puis tu dis, j'arrive dans ce village et la lumière est dingue. Ça y est, en fait, tu as retrouvé ta mission de vie.
- Speaker #0
Ouais, c'est ça. Moi, j'étais heureux. Place Zéro, j'étais incroyable. Cette vie, cette vie parisienne au cœur de Paris, de vivre...
- Speaker #1
C'était un shoot, quoi.
- Speaker #0
Ouais, voilà, c'est une expérience de dingue. C'est trop bien. Ça m'a reconnecté avec mon pays. Ça m'a reconnecté avec tout. et ça a été génial et ça a été important d'avoir eu tout ça donc non non mais oui quand j'arrive au Sénégal je suis à la maison en fait je comprends tout de suite que je suis à la maison et je comprends tout de suite que ça me va moi je connaissais pas l'Afrique et là je trouve un peu le sang je trouve le système en fait je cherche le système économique parce qu'en fait moi elle est là mon grand sujet il est dans ça il est dans comment on cherche un système économique derrière tout ça et là bon bah c'est bien l'état qui me paye etc. mais bon ça va durer un temps et après comment je fais pour vivre de tout ça Et donc, en rentrant, je cherche plein de choses. J'ai fait un livre que j'ai auto-édité, qu'on a essayé de mettre un peu d'argent, l'a vendu en précommande. On savait que je n'allais pas trop perdre d'argent. Je fais des expos dans tous les sens. Moi, j'avais un gros réseau de potes qui avaient des bars, etc. Du coup, je commence à mettre des photos dans tous les bars. J'essaie de vendre, mais bon, c'est difficile. Je peux me faire un site Internet. J'essaie de vendre des photos à travers ça. Mon premier voyage au Sénégal, j'avais fait un crowdfunding en mode tu payes 50 euros et tu auras une photo à la fin de mon voyage. Et c'est ce qui va permettre de faire des projets, etc. là-bas. Mais à la fin, ça supportait mon projet. J'ai essayé plein de systèmes économiques, j'ai tout essayé. Tu vois, en Colombie, je vendais des cartes postales. Bref, j'ai essayé plein, plein de trucs, mais rien de bien concluant. Et je retourne encore là-bas parce qu'en fait, j'ai tout essayé, mais il faut que je refasse du contenu. Du coup, je retourne là-bas. Je me dis, c'est là-bas que je suis bien, je repars encore 3-4 mois. Là, il commence à y avoir des projets, je commence à avoir des trucs. Je me dis, je ne suis pas payé, mais vas-y, je vais essayer d'aller mettre en avant cet assaut-là, je vais essayer d'aller faire ci, faire ça. Je commence à travailler avec des marques à Paris qui travaillent entre la France et le Sénégal, qui commencent à se monter, etc., dont le petit Dakarois avec qui je travaille toujours aujourd'hui de manière… C'est ma famille maintenant. Et donc, on fait des shootings à Paris, on fait des shootings à Dakar. Je commence à découvrir un peu Dakar, je commence à découvrir les… et le Sénégal du Nord, etc. Et voilà, et du coup, moi, j'ai des potes qui sont un peu coach, développement personnel, développement business, etc. Et c'est eux qui m'accompagnent beaucoup. Et je me dis, OK, bon, en fait, je suis un photographe pour les assos, pour les ONG, pour les projets sociaux, etc. Et j'essaie de me revendiquer ça. Au début, bon, il n'y a pas beaucoup de clients. Mais il y a beaucoup, moi, il y a beaucoup la diaspora sénégalaise que je connais à Paris, etc. qui me suivent, qui me donnent de la force. et qui eux commencent à faire des projets entre la France et le Sénégal, d'aller faire des voyages là-bas, d'aller faire des voyages business, d'aller faire des voyages ceci, d'aller au Mali, d'aller machin, etc. Et du coup, moi, je me retrouve le photographe de tous ces projets-là, des projets communautaires, des projets d'entrepreneuriat communautaire, d'entrepreneuriat ceci, cela. Et moi, je me retrouve le photographe de tout ça, ce qui me permet de me payer mon billet d'avion pour aller au Sénégal, qui me permet de me payer un petit peu de petits trucs, parce que là, ça y est, il n'y a plus de chômage, il n'y a plus rien. Et petit à petit, ça a été la direction. Et mon grand, grand tournant finalement, j'accompagne les associations à mettre en lumière leurs actions à travers la photographie. On est toujours dans la photo, dans la photo. Jusqu'au jour où je reçois un message sur Instagram des filles de ville juif que j'avais suivi la semaine d'avant sur Instagram, que j'avais vu. J'ai dit, c'est cool. Ces filles de ville juif, elles m'écrivent, elles me disent, écoute, on veut monter le Kilimanjaro, on a besoin d'un vidéaste. pour faire un docu sur l'ascension, etc. T'es chaud ou pas ? On a un petit budget, mais on te prend en charge le Kili. Je dis, vas-y, viens, on se voit. Déjà, viens, on se voit. On voit si ça match entre nous, mais ouais, je suis chaud. Et du coup, on se voit dans un parc. Je crois qu'ils m'ont écrit le matin. Je crois que l'après-midi, on s'est vu dans un parc à Paris. Et on a parlé, et je crois qu'on partait pour le Kili deux mois après. Là, on est un jour où j'ai dû faire deux vidéos dans ma vie. et c'était des plans drone fixe avec zéro montage parce que j'avais un drone et que j'avais fait des petits montages avec mon drone mais je n'ai jamais filmé avec ma caméra je n'ai jamais filmé tout court de ma vie et je n'ai jamais monté je ne connais rien au logiciel de montage je ne veux pas monter, ça fait un an, deux ans qu'on me dit fais de la vidéo, fais de la vidéo c'est ça qui paye, etc, la photo tu ne gagneras jamais ta vie avec la photo, il faut faire de la vidéo c'est ça qui gagne de l'argent, etc moi je dis non, il y a du montage moi le PC je n'aime pas donc moi les photos ça va je m'en sors, l'itroom etc mes vidéos, non non je peux pas moi faire rester des heures sur l'ordi ma vie elle est sur le terrain elle est dehors, elle est pas sur un PC donc j'ai refusé le montage et là je me dis non c'est montage ou killi donc faut faire, on va accepter On va accepter. Moi, c'est mon rêve. J'ai toujours monté des montagnes. Enfin, à travers mes voyages, voilà, moi, la montagne, elle est rentrée en moi. La Colombie, si tu y as été, tu as compris la puissance de la montagne quand tu es en Colombie. Quand tu es à Medellín et que tu es dans cette vallée et que tu vis au 15e étage et que tu vois ces montagnes tous les jours, c'est... Et là, moi, je suis au Sénégal depuis un an, deux ans, et je t'avoue que les montagnes, ça commence à me manquer de ouf. Et on me propose d'aller au Kilimanjaro, de l'autre côté de l'Afrique, dans une autre culture, dans des autres pays. dans une autre langue, dans plein d'autres choses, et surtout avec une montagne. Donc, vas-y, on y va. Parce qu'au Sénégal, il n'y a pas beaucoup de montagnes, malheureusement. Donc, je me retrouve à monter le Kilimanjaro, à suivre ses filles, à faire un documentaire de 43 minutes pour ma première vidéo de toute ma vie. Et moi, je connaissais un peu de monde, donc on fait la projection, 600 personnes, salle comble, standing ovation. Et là, en fait, je me prends une claque. Et ça a été... Je pense que l'épreuve la plus dure de ma vie, ça a été le montage de ce documentaire-là.
- Speaker #1
T'es sorti de ta zone de confort une nouvelle fois.
- Speaker #0
Horrible, mais genre horrible. Ça a été tellement horrible pour moi. Je comprenais rien au programme, je regardais des tutos pendant que je montais, je comprenais pas comment on faisait ça. Mais t'aimais pas ça ? Moi j'aime pas le PC en fait. Mais j'aime pas rester sur une chaise en fait. Depuis que je suis petit, j'aime pas rester sur une chaise. Donc rester sur une chaise, c'est dur pour moi. Et là, travail de minutie, avoir... 15 heures de rush d'un truc il faut en faire 40 minutes comment on fait pour passer de 15 heures à 40 minutes comment on fait en fait je ne sais pas comment on fait tout ça moi je n'ai jamais fait de vidéo je n'ai jamais j'apprends comment ça s'appelle un dérush que ceci que cela je regarde des tutos je ne sais même pas comment il fonctionne le programme et en fait le docu le docu que je sors il est visible sur YouTube ? non il n'est pas visible je vais m'embrouiller avec les filles assez simplement parce qu'on me le demande beaucoup en ce moment et on est censé le mettre sur YouTube, mais je ne sais pas ce qui se passe. Mais je vais les appeler, on va le mettre. Mais après, voilà, il est passé en festival. En fait, il a duré beaucoup en festival. On a eu des prix il n'y a pas longtemps. Donc, c'est pour ça qu'on attendait pour le mettre. Et moi, j'ai eu des contacts pour des diffuseurs potentiels. Du coup, je sais qu'elles sont plutôt là-dessus et c'est pour ça qu'elles ne l'ont toujours pas mis. Mais bon, là, ça commence à faire longtemps que ça fait trois ans jour pour jour qu'elle m'a appelé.
- Speaker #1
Moi, j'ai l'impression que si je t'interviewais dans 4-5 ans, il y aurait 5 nouveaux pays, 5 nouvelles aventures, 5 nouvelles passions. Ah oui,
- Speaker #0
dans un an, je pense.
- Speaker #1
C'est quoi la prochaine mission et qu'est-ce qui t'anime aujourd'hui ?
- Speaker #0
Aujourd'hui, c'est simple. Moi, ce jour-là, j'ai pris une claque le jour de la projection. Je me suis dit, moi, je recherchais une manière pour que les associations soient rentables dans le fait de me payer et prouver le fait que si une photo, si des vidéos, etc., s'ils me payent une somme, ils arrivent à en récupérer plus. Donc moi, ça a toujours été ma lubie un peu de trouver une solution par rapport à ça. Et ce jour-là, avec le documentaire, je me suis dit, la solution, elle est là. La solution, elle est là. Le documentaire, c'est le plus simple. En plus, c'est le plus puissant. Si tu le vends bien, en fait, tu as un produit, tu as un vrai produit. Et ce produit-là, tu peux le balader, tu peux le balader en festival, tu peux faire des projections, tu peux le faire en scolaire, tu peux le faire de un million de raisons. Et tu promeux tes actions, les gens, tu leur mets de l'émotion, tu leur mets tout ça. Donc aujourd'hui, moi, je me suis spécialisé dans le documentaire. Maintenant, un documentaire de 45 minutes, ce n'est plus du tout un problème pour moi. Je fais des vidéos YouTube pour 35 minutes qui sont aussi gros, voire... plus gros que le docu que j'ai monté qui a été le truc le plus dur, là je l'ai fait en une semaine et voilà, genre juste pour moi quoi, donc ça a vite évolué, voilà une fois qu'on sort de sa zone de confort finalement on rentre vite dedans enfin en tout cas on apprend à être dedans après la difficulté donc aujourd'hui c'est le documentaire aujourd'hui c'est de transmettre comme je suis au Sénégal, au Sénégal il y a énormément de talents, il y a énormément de choses, il y a peu de moyens, et moi mon idée c'est de C'est de former ces gens-là. Donc depuis deux ans, là, je fais des... Depuis un an, un an. Je fais des immersions dans le village où je suis arrivé, qui s'appelle Kabadjo. Comme moi, je suis... Maintenant, c'est ma deuxième maison, voire même ma première. Donc je ramène des créateurs, j'ai ramené des Français, des Européens, etc. là-bas pour qu'ils se reconnectent au sens de la création de contenu. Et surtout, aujourd'hui, je le fais pour les créateurs de contenu sénégalais et ouest-africains. Là, j'en ai fait une en octobre et ce dimanche-là, on est le 5 mars, pour ne pas spoiler. Donc ce dimanche-là, le 8 mars, je sors justement le documentaire sur la deuxième immersion qui a été forte, où j'ai ramené 13, 14. créateurs de contenu sénégalais et ouest africain, Gabon, Cameroun, etc. Pour la même chose, se reconnecter au sens par rapport à la création de contenu, apprendre à créer de l'impact grâce à la création de contenu, apprendre à valoriser des actions grâce à tout ça. Et tout ça au cœur d'un village en Casamance, c'est d'aller visiter un peu tous les projets locaux, les mamans qui se mettent en association, qui vont faire des huîtres, etc. Et de valoriser un peu ces gens-là. Et à travers cette valorisation-là, apprendre à créer ce genre de contenu. Moi, je veux vraiment créer une nouvelle génération de créateurs de contenu qui veulent impacter positivement, qui veulent créer avec du sens, qui veulent se reconnecter à leur création avec du sens. Moi, j'ai trop de potes qui sont perdus dans les projets corporate, etc. Je ne dis pas que ce n'est pas bien, parce qu'il y en a plein qui passent des très bons moments dans tout ça. Mais voilà, aller se reconnecter avec vraiment sa personnalité, sa sensibilité. de raconter toutes ces histoires. Aujourd'hui, je ne fais quasiment que de la vidéo, très peu de photos, je fais toujours de la photo, mais que pour le plaisir. Quand je fais mes vidéos, je prends toujours des photos à côté, mais c'est pour moi, parce que j'aime trop ça. Et voilà, aujourd'hui, c'est ça, ça s'appelle Créateur d'Impact. C'est ma boîte de prod aujourd'hui, c'est avec ça que je vends mes docu, c'est avec ça que je vends de la formation pour les ONG, pour les associations, etc. Et j'organise toutes ces expériences-là, immersion, etc., pour des créateurs de contenu. Du coup, aujourd'hui, je me lance dans cette partie-là qui est vraiment valorisée avec de l'impact, avec de la sensibilité, remettre l'humain au centre de tout ça, remettre des projets qui changent des vies, qui font du bien et qui montrent qu'il y a des belles choses sur Terre et pas parler de la guerre, pas parler de tout ça. On en parle, on parle de problèmes, mais on parle surtout des solutions aux problèmes plutôt que des problèmes en eux-mêmes.
- Speaker #1
C'était vraiment passionnant. Je savais que ça allait être intense. Mais en tout cas, on est passé par plein d'aventures et c'était vraiment top de t'écouter. Merci de ce parcours.
- Speaker #0
Merci à toi de vouloir valoriser mon parcours. En tout cas, c'est très bien. Merci.
- Speaker #1
Et voilà, cet épisode est terminé. J'espère qu'il vous a plu. Si c'est le cas, n'hésitez pas à le partager avec votre entourage. Abonnez-vous pour ne manquer aucun épisode et prenez quelques instants pour laisser un avis ou une note sur votre plateforme préférée. Vos retours sont précieux et m'aideront énormément. Merci d'avance et à bientôt pour de nouvelles aventures.