- Speaker #0
Tu vas aller autour d'Italie pour gagner une étape, tu vas aller autour de France pour gagner une étape. Voilà, j'ai fait mon aventure directe, je me suis dit c'est quand la prochaine ?
- Speaker #1
Ah mec, enfin je t'ai suivi dix bornes parce que j'ai dit bon il est malade mental.
- Speaker #0
Je me suis dit bon un jour il faut que je sois un marathonien, j'essaye de ne pas faire ça de manière égoïste aussi, et de le partager un maximum. Je pense que t'es comme moi, on est un peu des junkies, l'année prochaine en 2026 ça va être solide.
- Speaker #1
Cet épisode est réalisé en collaboration avec Aliber Tricking. Aliber, c'est une agence de voyage spécialiste de l'aventure pour tous. Il suffit parfois d'un déclic pour oser sortir, faire ce premier pas, et vivre quelque chose de plus intense, de plus vrai. Aliber est là pour ça, vous accompagner, vous inspirer, vous ouvrir la voie. Pas pour cocher des destinations, mais pour vivre des expériences qui comptent vraiment. Alors peut-être que l'aventure qui changera tout, elle commence ici. Qui est Pierre Roland ?
- Speaker #0
Faux ! Vaste question, tu rentres dans le vif du sujet direct. Moi je suis un ancien cycliste professionnel, je pense que je peux me qualifier comme ça. Je suis un ancien cycliste, j'ai arrêté ma carrière il y a trois ans. J'ai parcouru les routes du Tour à 13 reprises, le Tour d'Italie, le Tour d'Espagne. Voilà, ça c'est on va dire la face visible de l'iceberg. Et puis désormais je suis consultant sportif. ambassadeur du Tour de France, peut-être plus ambassadeur du vélo en général. On m'a qualifié de ça il y a quelques semaines et je trouve que ça me correspond plutôt bien.
- Speaker #1
T'as passé un cap quoi. T'es devenu Poulidor quoi. Ça fait jeune pour devenir Poulidor.
- Speaker #0
Poulidor, je sais pas, mais voilà, j'étais un coureur, un bon coureur, je pense qu'il a été apprécié. Et puis maintenant, il faut devenir une personne différente de la caricature du coureur cycliste.
- Speaker #1
Oui, il faut devenir.
- Speaker #0
Il faut devenir parce que ça fait partie du passé, on ne vit pas dans le passé. Donc c'est important de passer à autre chose et de devenir quelqu'un d'autre dans la nouvelle vie. Et je pense que c'est un challenge aussi grand que de devenir un bon coureur.
- Speaker #1
Et tu l'aimes bien cette vie, cette nouvelle vie d'après carrière ?
- Speaker #0
Je l'aime bien. Au début, je l'aimais bien, mais au bout de trois ans maintenant, je commence à l'adorer. Je commence à adorer ce que je fais. parce qu'il m'a fallu un petit moment pour assimiler et puis aussi faire les choix, les bons choix. Et désormais, tout ce que je fais, je l'aime et je le fais à 100%. J'ai envie de dire, comme j'ai couru ma carrière, ma vie d'aujourd'hui, elle est à fond aussi, elle est full attaque. Mais c'est différent parce que, en fait, c'est des choix que moi je fais, on ne m'impose plus rien. Je ne dis pas qu'on m'a imposé beaucoup de choses dans ma carrière, mais il y avait des contraintes. Quand il fait 3 degrés, la pluie, et qu'il faut aller rouler, il faut y aller. Là, ce n'est plus une passion, ce n'est plus un hobby, c'est un métier. Et désormais, j'ai envie de dire que je fais quasiment uniquement ce que j'aime. Ça, je pense que ça n'a pas de prix.
- Speaker #1
Tu peux expliquer comme c'est dur, le sport de haut niveau ? Parce que moi, je pourrais parler des heures de ça, parce que j'en ai souffert beaucoup. Ça a été très dur. Pourtant, j'ai eu une toute... toute petite carrière par rapport à toi, mais c'est dur d'être coureur cycliste pro. J'en ai parlé avec Johan, Alfredo aussi. Est-ce que tu peux dire combien ça peut rouler vite ? Combien c'est dur en sacrifice d'être athlète pro ?
- Speaker #0
C'est dur, c'est des sacrifices, mais c'est aussi des choix en fait, parce qu'il n'y a personne qui te pousse à y aller, à le faire. Le mot de sacrifice, il est souvent employé. pour quand tes choix deviennent uniquement une contrainte. Et moi, j'ai toujours raisonné en choix. C'est-à-dire que tu fais le choix de courir cycliste, tu fais le choix de vouloir te donner les moyens d'aller le plus haut et le plus loin possible. Et dès l'instant où ça devient des sacrifices, ben oui, c'est dur. Mais ces choix-là te donnent des sacrifices, des sacrifices avec ta famille, avec tes amis. Moi, j'ai perdu des copains au début de ma carrière. C'est pas mal, ça fait le tri. Parce qu'ils ne comprenaient pas que je ne vienne pas à un anniversaire, que je ne vienne pas à une fête, que je ne mange pas, que je ne boive pas, que je ne sois pas très présent. Parce qu'un copain, comme eux l'entendent, c'était d'être présent, d'être là. Il y a ça, et puis après, il y a toutes les contraintes liées au métier, les deux sandwichs d'hôtel. loin de la maison, j'ai envie de dire, tant que t'as pas d'enfant et de proche, de femme, c'est pas tellement des contraintes. Quand on demande à un jeune coureur qui a 20 ans, qui a pas d'attache, lui, il part juste de chez ses parents, il est plutôt content d'aller rouler en Espagne. On a calpé pendant tout l'hiver. Donc oui, c'est des sacrifices, des choix. Et toi,
- Speaker #1
tu avais déjà la femme ?
- Speaker #0
C'est plus à la fin. Plus les années au début de ma carrière, tout était limpide. Je vivais chez mes parents. Et puis après, petit à petit, je me suis émancipé. Je suis parti de chez eux. Puis j'ai rencontré ma copine qui est devenue ma femme, la mère de mes enfants. et forcément plus les années... Plus les années passent, plus la famille commence à s'agrandir, plus au début, quand tu as des enfants en bas âge, au final, c'est presque le meilleur moment de ta carrière parce que si tu as une carrière honnête, tu peux mettre la carrière de ta femme entre parenthèses pour qu'elle te suive. Mais après, dès que les enfants sont scolarisés, tu es contraint à respecter quand même l'éducation nationale et pas déscolariser tes enfants la moitié de l'année parce que tu as envie. égoïstement qui te suivent partout. Mais voilà, donc moi j'ai eu deux enfants et au bout d'un moment, il n'y avait plus beaucoup d'espace pour qu'ils puissent m'accompagner, donc c'était uniquement des séparations. Et là forcément, on peut parler clairement de sacrifice parce que tu manques un bout de la jeunesse de tes enfants, c'est des moments importants et ça c'est dur et c'est de plus en plus dur, surtout quand tes enfants te font ressentir tes absences.
- Speaker #1
Et puis, on en a parlé la dernière fois que tu es venu sur une de mes épreuves, sur Gravelman. Sur la fin de ta carrière, tu as vu le vélo évoluer, le sport de haut niveau évoluer. Là, on avait parlé justement de sacrifice, où ça devenait de plus en plus dur de partir de la maison, de faire des stages en altitude, puisque les mecs sont de plus en plus forts, en fait, c'est ça ?
- Speaker #0
C'est en fait pour atteindre le même niveau tous les ans, ça te demandait de plus en plus d'exigences sans forcément être plus performant. Parce qu'en fait, le niveau global n'a fait qu'augmenter. Et au bout d'un moment, tu atteins tes limites physiques. Donc, tu fais encore plus de sacrifices, plus d'efforts pour parfois moins de résultats. Et ça, forcément, c'est assez dur à accepter. Donc, il faut être capable de se réinventer un petit peu. il faut être capable si on a un profil qu'on est capable de gagner à la pédale en montagne quand on n'y arrive plus il faut essayer de changer sa stratégie en s'échappant comme un sprinter qui ne va plus être capable de gagner au sprint massif il va falloir qu'il trouve d'autres solutions donc il faut être capable d'accepter ça de se dire bon il faut que je change mon fusil d'épaule il faut que je change de tactique mais voilà les sacrifices les déplacements tout ça ça fait Merci. Ça fait partie du jeu et je suis bien content d'avoir eu cette fenêtre, c'est-à-dire d'être coureur entre 2010-2020, parce que là désormais, au jour d'aujourd'hui, depuis l'après-Covid, les exigences des équipes et des structures sont trop importantes. Et c'est vrai qu'il y a trop de...
- Speaker #1
Il y a plus d'argent, c'est parce qu'il y a plus d'argent peut-être, non ?
- Speaker #0
Il y a plus d'argent et plus d'exigences, le niveau est plus haut, donc on demande beaucoup plus à beaucoup plus jeunes. Et bon, ça génère aussi quelques arrêts prématurés. On a vu quelques coureurs... 20 ans, quoi.
- Speaker #1
Des arrêts à 20 ans, quoi. Ouais,
- Speaker #0
ouais, ouais. On a encore vu la féminine de Suivisma, la championne du monde de cross, arrêter sa carrière à 22 ans en étant triple championne du monde et en ayant le maillot de championne du monde sur le dos. Donc, ça donne une idée de la pression qu'elle doit ressentir et du mal-être à être professionnelle. Il y a des contraintes, mais après, quand tout fonctionne, ça reste le plus beau métier du monde, parce que c'est ta passion.
- Speaker #1
Et tu m'as parlé la dernière fois, tu as eu une longue tirade, je crois que c'était dans la voiture ou à table, je ne sais plus, sur une des années qui t'avaient le plus marqué, quand tu es allé à l'étranger. Tu m'as parlé d'une évolution, presque d'une révolution pour toi, d'être à l'étranger.
- Speaker #0
Oui, en fait, ma carrière s'est clairement décomposée en deux parties. Une première partie où j'étais au Créa École et puis après chez WIC Télécom qui est devenu Europe Car. Et au bout de neuf ans chez les pros, j'ai eu envie de changer. J'ai eu envie de changer pour changer. Je ne voulais pas changer pour aller chez le voisin qui fait exactement la même chose. Donc, j'ai décidé d'aller à l'étranger. J'avais plusieurs équipes. qui m'ont demandé, des équipes italiennes, une équipe lamprée qui est devenue UAE désormais. Donc Movistar, Tim Koff, et puis l'équipe de voteurs, ce qui s'appelait Cananda à l'époque, qui est devenue IF. Et ça a été... Une très très belle expérience humaine et d'un point de vue sportif, je suis arrivé dans un monde que je ne connaissais pas, dans une équipe avec une toute nouvelle approche. Tu étais leader ? J'étais leader d'une équipe américaine avec des équipiers de renom, des coureurs comme Van Barl qui a gagné Roubaix derrière, Langeveld, podium sur Roubaix, Mathieu Bréchel, vainqueur du Grand Prix E3, Grand Vuelgain. Des vrais solides qui étaient vraiment présents pour moi, pour m'accompagner sur des étapes de plaine que je craignais tant. Et donc, on a eu une approche complètement différente. Je suis allé cinq fois en altitude avant le Tour. J'étais prêt, quoi. Franchement, j'étais prêt. Et les chiffres parlaient vraiment pour moi. Et Jonathan Waters, quand on a fait le dernier camp d'entraînement entre le Dauphine et le Tour, on était en Andorre. Et oui. Il me disait très clairement avec les chiffres que j'arrivais à sortir, c'était lui, il pensait vraiment au podium. Top 5, c'était le minimum. Le minimum syndical pour lui, c'était top 5 du tour. Et le podium était vraiment jouable avec quelques-ci. Mais en tout cas, derrière Froome, Contador, il y avait de la place sur une 3-4ème place. D'après lui, d'après ses calculs.
- Speaker #1
Et tu tombes.
- Speaker #0
Et je tombe, oui. Ça, c'est le sport. Ça, c'est le vélo. Ça, c'est le vrai vélo. Ça, c'est le vrai vélo. Quand tu as tout bien fait, quand tu as tout bien fait, c'est là qu'il t'arrive ce genre de truc. La première étape de montagne. Déjà, je sors de la plaine. C'était en 2016. Je sors de toutes les étapes de plaine. En plus, on était parti en Normandie avec tout ce qu'il faut pour que ça soit bien tendu. J'arrive. Huitième du général sur la première étape de montagne, ça ne m'était jamais arrivé. J'arrivais toujours sur les étapes de montagne avec plusieurs minutes de retard. Et voilà, première étape de montagne, je crève dans une descente, je m'éclate dans la descente. Je m'ouvre la main, j'ai des cicatrices, on doit me suturer la main. Et puis voilà, c'est la fin du rêve. Au début, je ne veux pas croire forcément que c'est la fin tout de suite. Mais voilà, je dois me résigner. En plus, ma main s'infecte, elle gonfle. Je ne peux plus tenir le guidon. Et puis voilà, je prends mon mal en patience pendant 7-8 étapes. Et puis à deux jours de la fin, je me retrouve de nouveau devant, sur les Alpes, sur mon massif. Et puis voilà, je fais un mauvais choix stratégique en termes de pneumatique. Premier virage, il pleut trois gouttes. Premier virage par terre. Voilà, c'est... Comme ça, je suis rentré à la maison, j'étais beurré des deux côtés. J'étais bien.
- Speaker #1
T'avais tout, quoi. T'avais raté ton tour l'année où t'es le plus fort, non ?
- Speaker #0
Je pense,
- Speaker #1
ouais.
- Speaker #0
Ouais, je pense. Et je me suis dit, ce jour-là, au fond de moi, je sais que je ne serai plus jamais le général de ma vie. Du moins sur le tour, sur un grand tour. Et je vais à la Vuelta, je termine troisième d'une étape. Enfin voilà, j'enchaîne tant qu'à faire. Troisième d'une étape, la Vuelta, c'est le seul grand tour où je n'ai pas gagné. Et Voters me convoque tout seul aux Etats-Unis, juste après la saison. Il me dit, tu viens, je t'ai pris un vol. Je crois que c'était sa secrétaire.
- Speaker #1
On va faire deux heures ensemble.
- Speaker #0
Oui, mais ça fait loin quand même pour faire un zoom, pour faire un call. Il m'a fait faire un aller-retour. Et vraiment, en aller-retour, je suis resté une journée et demie au Colorado. C'est pas très RSE, c'est pas terrible. Pour me parler. Et en fait, il voulait juste manger avec moi, aller rouler. On était roulés une heure, un coup à la salle de gym, pour me faire voir trois mouvements que je connaissais. Et en fait, il voulait juste me dire...
- Speaker #1
C'est pas grave.
- Speaker #0
Que c'était pas grave. Donc on voit le degré d'humanité, parce qu'on est honnête, à l'époque, il me payait quand même gracieusement pour que je fasse podium du tour. Et en gros, ce n'est pas grave. Et tu vas faire un an, tu vas aller au Tour d'Italie pour gagner une étape. Tu vas aller au Tour de France pour gagner une étape. Mais je ne veux plus que tu fasses le classement général l'année prochaine. Tu feras le général sur le Pays Basque, la Catalogne, le Dauphiné. Mais par contre, sur le Tour d'Italie, tu te pointeras sur le Tour d'Italie pour gagner une étape. Tu auras une mission, je vais te préparer comme on a préparé le Tour, et tu vas gagner une étape. Au bout d'une semaine, je termine une deuxième fois troisième. Une étape, je fais n'importe quoi, mais je sors un record de Watt à la Pierrot. Et je gagne la 17e étape. Il était temps. Oui,
- Speaker #1
mais il avait réussi son pas.
- Speaker #0
Il avait réussi. Franchement, les trois années chez Voters, Canada, l'EIF. Ça n'a pas été les années les plus prolifiques en termes de résultats. Mais pourtant, on s'est donné. J'ai gagné autour d'Italie, j'ai fait quelques bons résultats sur le Dauphiné et autres. Mais franchement, on n'a pas été payé. On n'a pas été payé des efforts consentis, mais ça, c'est le vélo. C'est vraiment le vélo et l'injustice de ce sport.
- Speaker #1
Et puis, je ne sais pas, ce mec, j'ai toujours eu une espèce d'attirance pour sa philosophie de vie. Je n'avais pas du tout ton niveau. Ce mec, je ne sais pas, ce voteur, ce qui arrivait, je me souviens de ce mec, il s'était fait piquer par des abeilles. Tour de France en 2004. Il était au Crédit Agricole. Je me souviens de cette image du gars, et je m'identifie à ce truc, du gars qui ne lâche jamais rien. J'avais l'impression qu'il était bienveillant avec ses coureurs. Je ne dis pas que c'est rare, mais c'est quand même un monde de soldats. Tous les managers ne sont pas super sympas. Mais ils sont durs. Mais lui, j'avais l'impression qu'il était un peu sympa.
- Speaker #0
Ouais, il est différent. Il est différent déjà dans sa manière de s'habiller. Je ne sais pas si tu pourras l'illustrer.
- Speaker #1
Bah si, cette chemise par exemple.
- Speaker #0
Ça peut lui arriver. Je pense les chaussures. Paul Smith. Mais déjà, c'est quelqu'un de très intelligent. D'une intelligence, mais très intelligent, hyper sensible et timide. malgré des sorties sur Twitter et autres il est différent il est différent et moi ça a marché avec lui, ça a fité t'as pas besoin d'un siècle pour voir si quelqu'un ça fit et puis il a cru en moi donc dès l'instant où le gars il y croit vraiment et puis moi j'ai cru aussi en lui parce que quand il me faisait faire des trucs de débile parce qu'il a été mon entraîneur Mmmh Il a été mon entraîneur, mon manager qui a été mon entraîneur. C'est quand même assez particulier. Il m'a entraîné pendant près de deux ans. C'était une relation particulière.
- Speaker #1
Un espèce de père spirituel, un truc qui est rare dans le vélo, je pense.
- Speaker #0
C'est déjà un manager qui entraîne ses coureurs. Ça n'existe pas. Encore moins aujourd'hui. Non, non. En fait, c'est complètement... C'est à dissocier en vrai, c'est à dissocier parce que tu peux pas avoir le mec qui te paye, qui te dit va faire ci, va faire ça et toi si tu le fais pas... Ah il le voit direct en plus ! Non mais c'est quand même particulier parce que tu te sens toujours un petit peu redevable du mec qui te paye et c'est un peu malsain. Et puis fliqué par son entraîneur.
- Speaker #1
Ouais fliqué par son entraîneur qui est mon manetteur. Donc là il te flique deux fois, plus les courses.
- Speaker #0
C'est pas ouf !
- Speaker #1
Mais ouais moi je t'ai fait venir aussi parce que j'ai découvert une nouvelle personne, clairement. Tu vois, on s'est connus, on avait 18 ans, je pense, 17, 18 ans, où je te voyais mettre un braquet fou et tout, dans le trophée du Bois-Chaux ou je ne sais plus quoi. C'était où ? C'était un certain moment ? Oui,
- Speaker #0
un certain moment, oui.
- Speaker #1
Et je dis, putain, avec son maillot de l'Orléanais, mais c'est qui ce gars ? Tu vois, tu mettais plus de braquets que moi, ce qui était rare. Moi, je dis, bon, c'est quand même très fort le gars. Après, tu es passé équipe de France, passé pro assez vite. Tu as fait deux ans chez les amateurs ?
- Speaker #0
Oui, je suis passé pro à 20 ans. À l'époque, c'était jeune.
- Speaker #1
et Et tu as marché direct ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Tu as marché au Crédit Agricole ? Oui, direct. Non, tu n'as même pas fait stagiaire.
- Speaker #0
Si, j'ai fait un an et demi. Je suis passé stagiaire au mois d'août. Et puis après, il y a eu une place qui s'est libérée au Crédit. Roger Leger, qui était le manager général du Crédit Agricole, qui était le manager général de cette équipe, en fait, il avait le choix entre un autre jeune, Moi et Nicolas Vaugondi. Nené. Donc ils hésitaient parce que Nené, il fallait lui faire signer un contrat de six mois parce que Nené, c'était par contrat de six mois. Et moi, j'ai Jean-Jacques Henry qui était celui-là qui s'occupait de la cellule des jeunes au crédit qui a insisté pour me faire passer. Mais ça se joue à rien. À l'époque, c'était des équipes de 23. Ce n'est pas des équipes de 30 plus une réserve de 15.
- Speaker #1
C'était une grosse équipe.
- Speaker #0
C'était une grosse équipe. On était plus autour des... 19-20, donc voilà, chine mon contrat, c'est un petit peu inespéré, en toute transparence, j'avais deux-trois équipes amateurs qui avaient commencé à me contacter, voilà, tu connais mieux que moi le cyclisme amateur, et voilà, ça ne faisait pas rêver, j'ai eu l'opportunité, je suis allé direct, de toute façon, je n'avais pas de roue de secours, et Et quand je suis arrivé, le Crédit à l'école, ils avaient leur petite coutume. C'était l'avant-veille de Paris Tour. Ils faisaient la photo de famille. Donc, ils réunissaient tout le monde entre Paris-Bourges et Paris-Tour. On allait en région parisienne, dans un petit château, la photo individuelle, les petits entretiens. Et puis, la photo, le poster, le fameux poster. Maintenant, on s'embête plus, on fait ça avec Photoshop. Avec les Vélos Look. Les vélo-looks, les voitures, les assis sur les Skoda. Tous les ans, c'était la même chose. C'était une équipe, ça ne bougeait pas beaucoup, mais c'était stable. Et là... J'ai une personne du crédit qui me dit, c'est quoi toi ton truc toi ? C'est quoi toi ? T'es un peu bourru. Je dis, bah moi je suis un peu polyvalent, je suis bon partout quoi. Oh non ! C'est bon, on en a plein des comme ça. On en a plein des... Faut que t'aies un truc toi. T'es grand là, t'es grand comme un... T'es long comme un Echoverk. Dis-toi ! Faut que tu sois grimpeur. Vraiment, faut que tu te mettes focus là-dedans. Parce que des grimpeurs, il n'y en a pas. Des grimpeurs français, il y en a encore moins. Et vraiment, là, il y a un créneau à prendre. Tu ne seras peut-être pas le meilleur, mais au moins, tu auras un truc. Et moi, ça s'est rentré dans ma tête. Et ce n'est plus jamais ressorti. Je me suis dit, il faut que tu aies un truc à toi. Donc, j'ai commencé à bosser. Je bossais déjà.
- Speaker #1
En venant d'Orléans.
- Speaker #0
en Orléans et donc je me suis dit tu vas être grimpeur et dès qu'il y aura une bosse il va falloir en mettre partout et l'hiver j'ai bossé j'ai bossé comme un fou parce que la petite histoire c'est que mes deux dernières années amateurs je les ai passées en Bretagne à Super Sport 35 en Bretagne et à côté de Rennes et c'était une équipe qui était managée par Stéphane Lowe Avec son bras droit, c'était Lilian Le Breton et Xavier Jean. Donc, trois anciens pros. Il fait entre 10 et 15 ans de carrière pour les trois. Et qui venaient juste d'arrêter. Donc, eux, ils étaient tout frais. Tout frais, tout frais. Et Lilian est devenu un peu mon mentor. J'ai vécu chez lui. Et lui, il m'a dit, t'as qu'une seule occasion de marquer le coup, faut le faire tout de suite.
- Speaker #1
Il m'a dit,
- Speaker #0
t'as tout ton hiver, faut que tu charbonnes. De toute façon... Au mois de mars, tu vas être en pause. Nous, on n'avait pas l'habitude. Parce qu'en amateur, tu cours tous les week-ends, toute l'année. Et là, il m'explique que...
- Speaker #1
Tu commences plus tard. Maintenant, les mecs sont en forme toute l'année.
- Speaker #0
On commence en février, c'est à peu près pareil. Mais il me dit qu'il faut que février, mars, il faut que tu casses tout. Tu sois présent. S'il y a un bidon à aller chercher, il faut que tu ailles. Il faut vraiment que tu te rendes utile et il faut que tu sois présent. Parce que de toute façon, au mois de mars, tu vas couper. Ce qui m'explique que Paris-Nice, je ne vais pas le faire. Tireno, je ne vais pas le faire. Et que cette période-là, après, ça va s'enchaîner avec les classiques flandriennes. Et que du coup, au mois de mars, quoi qu'il arrive, je serai au repos.
- Speaker #1
Donc,
- Speaker #0
il m'a dit, en gros, tu as un mois, tu as février, pour vraiment charbonner. Et donc, tout l'hiver, je pense qu'à ce mois, où il ne faut pas que je loupe mon entrée. Donc, la Marseillaise, Bessèges.
- Speaker #1
Et tu gagnes à Bessèges ?
- Speaker #0
Non, en fait, au premier groupement, il m'explique, bon, ben... On vient de s'engager avec le Tour du Gabon parce que c'est important, c'est une course en Afrique, c'est le développement du cyclisme en Afrique. Donc on ne va pas envoyer nos leaders, on va envoyer que les jeunes et puis les plus expérimentés qui n'ont pas d'appétence pour le début de saison. Donc tu vas aller faire ton vaccin pour la fièvre jaune et puis tu vas aller faire le Gabon. Je dis OK, pas de problème, je vais aller faire le Gabon. En plus, dans ma tête, je me dis que c'est moins dur que de me faire un stage. En vrai, c'est moins dur, une course au Gabon qu'un stage. Et donc, je vais au Gabon et je gagne la première étape du Tour du Gabon. Je réussis mon entrée, je termine deuxième général. Et puis après, je pars sur la Marseillaise. Une échappée de 20, je ne la loupe pas, je suis dedans. Je termine dans le top 10. Bessé, je rebelote. Une échappée, je suis dedans. Et donc, c'est parti. c'est parti je prends le truc du bon pied Tour du Ausha qui était l'une des premiers gros rendez-vous français je termine top 10 aussi et en fait j'ai le boulevard il s'est ouvert je me suis ouvert les portes je me suis ouvert les portes clairement et puis tu enchaînes dans cette deuxième année tu gagnes là tu gagnes une course pro ce
- Speaker #1
qui était rare pour un néo pro
- Speaker #0
Oui, je gagne après au Limousin. La première année ? Oui, la première année, je gagne au Limousin. Je termine deuxième du Tour du Doubs. Je fais quelques belles performances. La deuxième année, c'est le début avec le World Tour. C'est le début avec le World Tour où ils me prennent pour Paris-Nice. Je me souviens de l'appel de Roger ou de Serge Beuchery. Je crois que c'est Serge Beuchery qui m'avait appelé en... En me faisant bien comprendre que j'étais le dernier sélectionné et que je serais le premier de corvée. Je serais le premier à aller rouler pour Torushov. C'est vraiment parce que j'ai eu des résultats et qu'ils n'avaient pas le choix. Je l'ai vraiment senti. Je me suis dit, il me prend, mais il y a l'impression que ça l'embête un peu. En fait, je suis allé, j'avais la rage. Je me suis dit, ok, je vais te faire voir. Le premier jour, j'ai roulé, du début à la fin. Le deuxième jour, on m'a demandé de rouler, j'ai roulé du début à la fin avec Christophe Lemével. On était les deux, la première étape de montagne, cinquième.
- Speaker #1
Deux qui sont devenus grimpeurs en plus. Ouais ! Deux mecs qui sont...
- Speaker #0
Oui, on était... Mais à l'époque du crédit, c'était vraiment très orienté sur le sprint.
- Speaker #1
Ouais, sur les chauffes.
- Speaker #0
Et donc, je prends mes deux premiers jours. Première étape de montagne, arriver à Saint-Etienne, deux échappées de vent. Je termine troisième, je règle le rébellion et compagnie au sprint. Et puis c'est parti, quoi. Je dis, voilà, étape. Deux jours plus tard, on arrive au Ventoux, je termine 7e. Et en fait, je me dis, ah bah mince, on ne l'aurait peut-être pas fait rouler. Ils nous auraient claqué un top 10 sur Paris. Parce que forcément, quand tu roules en pleine, tu t'écartes après, à un moment donné, quand il y a le coup de bordure.
- Speaker #1
Bah les gens en ont.
- Speaker #0
Oui, oui. Je reste... Je terminais de premier jour à deux minutes à chaque fois.
- Speaker #1
Donc voilà,
- Speaker #0
je termine Paris-Nice 13e. Et ça me donne une ouverture pour le Dauphiné derrière. Je prends le maillot de meilleur grimpeur, je termine deuxième d'une étape. Voilà, ma carrière, elle est lancée. Derrière, je vais aux Jeux Olympiques.
- Speaker #1
C'est les seuls jeux que tu as fait ?
- Speaker #0
C'est les seuls jeux que j'ai fait, oui, à Pékin.
- Speaker #1
Moi, je suis impressionné pour ta carrière parce que j'ai vu de manière microscopique ce que c'était que le sport de haut niveau. Mais au-delà de ça, je t'ai vu en off, tu es un enfant. Tu es quand même un enfant, tu es quand même un mec qui aime jouer, qui aime s'amuser. Ça demande une rigueur incroyable d'être cycliste professionnel pendant autant de temps, pendant 15 ans. Combien tu as fait ? 17 ?
- Speaker #0
J'ai été 16 ans pro. 16 ans pro, oui. ça demande une rigueur monstrueuse ouais ça demande une rigueur mais après en stage j'ai toujours été le premier à flinguer mes camarades à la sortie de l'hôtel à vouloir rentrer le premier à l'hôtel donc ouais je l'ai encore je l'ai encore j'ai fait un gravelman je voulais être le premier au début le premier à l'arrivée je l'ai encore cette flamme elle s'est pas éteinte elle s'est jamais éteinte j'ai arrêté parce que j'avais mes raisons d'arrêter j'avais envie d'arrêter j'avais peur très honnêtement dans le peloton et c'est la raison principale pour laquelle j'ai arrêté ma carrière et je pense que la flamme si tu l'as plus de toute façon t'arrêtes c'est
- Speaker #1
trop dur ça roule plus vite ça frotte plus qu'avant avant ça frottait dans des moments clés Mmh.
- Speaker #0
Et après le Covid, ça s'est mis à frotter tout le temps et n'importe où et n'importe quand.
- Speaker #1
Frotter,
- Speaker #0
c'est rouler les uns à côté des autres, faire un sprint avant chaque virage, avoir, quand tu freines, que tu mets une distance de sécurité de 10 mètres dans une descente parce que tu sais que tu vas reboucher, il y a quelqu'un qui vient te faire l'intérieur. Et ça, c'est... Et en fait, du coup, si tu ne fais pas comme les autres, tu es aspiré par l'arrière. C'est-à-dire que si tu ne fais pas... Ça va être un peu vulgaire, mais si tu ne fais pas le salopio comme... C'est vulgaire, mais pour moi, t'as vu ? Non, c'est pas très vulgaire, pour moi, c'est... Non, je voulais faire... Ça fait pas partie du... J'avais un mot, j'avais...
- Speaker #1
Non, mais faut être dur. Mais il faut faire comme eux,
- Speaker #0
parce que sinon, tu te fais aspirer par l'arrière, t'es dernier, et en fait, quand t'as pas ça en toi et que t'es un gentil, c'est compliqué après d'être devant, c'est compliqué de jouer devant.
- Speaker #1
Je ne sais pas s'il y a des gentils dans le vélo. Sur un vélo. Je pense qu'il y a beaucoup de gentils en dehors du vélo. Mais dès qu'ils ont mis... Oui,
- Speaker #0
ils mettent le casque. Il n'y a plus de connexion. Mais bon, quand tu as un brin de lucidité et que tu te dis que ce que tu fais, c'est dangereux et que tu te mets toi en danger et les autres. Moi, j'ai toujours eu un peu ce garde-fou de me dire ne fais pas des trucs bizarres. Oui,
- Speaker #1
parce que tu roules à... Les sprints, ça va entre 60 et 75 km heure maintenant, si c'est faux plat descendant, sur des pneus qui font moins d'un centimètre avec le contact avec le sol. Mais dans les descentes de col, ça dépasse les 90.
- Speaker #0
On va plus de 100 à l'heure tout le temps. Les vélos, ils sont très rapides. Avec deux ou trois virages un peu en fond de droite. Non, mais les vélos sont rapides. Après, il y a des choses qui poussent quand on voit la descente de Pitcock dans le Galibier quand il gagne un peu d'US. Ou ce qu'on voit un peu partout, forcément ça pousse un peu tout le monde dans ses retranchements. Ouais, et puis si t'es là pour gagner, c'est une chose, mais quand t'es derrière même Groupe Eto, je pense que c'est presque beaucoup plus dur de suivre le Groupe Eto. Le peu d'expérience que j'ai en Italie, je devais m'accrocher au poteau de la moto qui a envoyé l'antenne parce que je pouvais pas suivre dans les descentes. Parce que sinon t'es hors délai.
- Speaker #1
j'ai fait quelques groupes éto dans ma carrière et c'est vrai que quand on m'ont basculé j'appréhendais la descente parce qu'ils vont beaucoup plus vite que le groupe des leaders et puis t'étais tout seul derrière une fois que tu te fais larguer dans le groupe éto c'est un autre monde parce qu'en plus y'a rien à gagner c'est juste terminé dans les délais c'est encore plus
- Speaker #0
Tu ne passes pas à la télé. Non, non,
- Speaker #1
non.
- Speaker #0
Très peu de micros qui vont se tendre à l'arrivée. Sauf si tu es Pierre Roland ou quelques personnalités. Encore,
- Speaker #1
tu es vide. Quand tu es dans le compéto, tu arrives à la douce.
- Speaker #0
Sauf si tu as Thomas Vauclair qui a pris le maillot jaune ou un truc du genre. Mais souvent, tu n'étais pas loin. Donc, oui, moi, comme j'ai dit, je suis impressionné par l'homme que tu es devenu. Et puis, tu t'aventures. Là, je t'ai vu sur un gravelman qui a un microscopique effort d'ultra-endurance qui dure quand même 350 bornes. Mec, je t'ai suivi d'e-born parce que j'ai dit, il est malade mental. Il roulait à 40 à l'heure avec des pneus de marmel.
- Speaker #1
Il faisait froid avant d'être échauffé.
- Speaker #0
Mais là, j'ai dit, ouais, j'ai vieilli. Et tu avais envie de jouer, mais tu te lances encore, ce qui est rare dans les mecs qui ont réussi, clairement, dans le cyclisme pro et dans le sport professionnel, tu te lances encore des gros défis. T'es venu chez moi, t'as fait BikingMan et t'as encore des trucs. C'est quoi le truc ? Le why ? C'est ta femme qui veut pas te voir ?
- Speaker #1
Je l'amène avec moi. La plupart du temps, elle vient, elle filme aussi un petit peu pour essayer de partager. J'essaye de pas faire ça de manière égoïste aussi, essayer de le partager un maximum. Mais le pourquoi ? Le pourquoi déjà quand j'étais en carrière... quand je te suivais toi par exemple ou quand je suivais les autres aventuriers ça me donnait envie de me dire un jour je le ferais ça mais voilà l'après-covid quand on a été libéré l'une des premières choses que j'ai fait au bout de quelques semaines c'est que je suis parti d'Orléans, je suis allé à Superbest tout seul 350 km euh
- Speaker #0
ça m'a pas... c'est quoi ces 10h ?
- Speaker #1
non j'ai mis un petit moment à l'aller parce que j'avais pas le vent super favorable et puis bon ça fait que monter par contre au retour j'ai bien roulé parce que du coup après 2 jours plus tard je me suis fait le retour et là j'ai fait 36 de moyenne j'ai bombardé, j'ai mis 3h j'ai mis 10h et... Je savais que c'était ce que j'aimais faire. Et quand j'ai arrêté, au début, je me suis dit, il faut vraiment que j'en profite. Là, j'ai la condition. Ça ne s'est pas fait tout de suite parce que j'ai eu deux opportunités professionnelles. Ce qu'il faut savoir les saisir quand ça s'arrête. Et j'ai été happé par ça. J'ai mis un petit peu ces envies de côté. J'ai continué à faire du vélo. J'en ai... L'année dernière, au mois de février-mars, je me suis dit vraiment je me prends une semaine et je vais faire un BikingMan. J'ai regardé ce qui collait un peu le mieux dans mon planning et je me suis retrouvé au Maroc à faire le BikingMan et ça m'a plu. C'est bon, je n'en doutais pas. J'ai fait un Half BikingMan, donc un 500. Puis bref, ce qui s'est passé... ce qui devait se passer c'est pas ça t'as crevé 72 fois j'ai crevé j'ai fait mon aventure ce qui s'est passé c'est que direct je me suis dit c'est quand la prochaine j'ai fait un marathon l'année dernière aussi j'avais tout ça j'avais tout ça dans une liste où je me suis dit bon un jour il faut que je sois marathonien je veux faire un marathon pour me dire j'ai fait un marathon voir ce que ça fait peut-être un jour je ferai un ultra trail et puis un ironman mais Merci. Pour l'instant, ça m'attire. Je ne sais pas. Il y a Paris-Dakar en vélo-silent.
- Speaker #0
C'est moi qui ai le record encore, je pense. 20 jours,
- Speaker #1
ça se passe. Mais voilà, et du coup, j'ai regardé le planning et j'étais frustré de ne pas en faire un. Je voulais en faire un autre en 2025. Il y avait du coup Verdun-Paris qui s'est présenté. Ça s'est super bien tombé parce que ça m'a permis d'évacuer quand même une frustration de ne pas en faire davantage. Et l'année prochaine, en 2026, ça va être solide. Ça va être très solide. Ça va être très solide.
- Speaker #0
Tu peux en parler ou tu... Oui,
- Speaker #1
je vais en parler. Je vais en parler. Ça dépend, ça sort quand. Moi, je vais le sortir début d'année. Non, mais je vais en parler parce que du coup, ça va être une année dédiée à l'Ultra. Ça va être une année dédiée à l'Ultra. Je vais commencer avec le Gravelman Paris-Est en plein hiver, fin janvier, dans des conditions qui vont...
- Speaker #0
J'ai fait roulant, j'ai fait roulant.
- Speaker #1
Non, mais ça va être roulant. Mais moi, c'est la météo, quoi. C'est la météo. Il y a deux,
- Speaker #0
trois passages où tu vas... Tu vas me frapper, je pense.
- Speaker #1
C'est pas grave. Pas de cale de route cette fois-ci. Pas de chaussures. Je suis en chaussures DTT.
- Speaker #0
Il roulait en chaussures de route. Donc les mêmes chaussures qu'il utilisait sur le Tour de France, sur mes épreuves. C'est graveul, ça.
- Speaker #1
C'est graveul. Cale de route. Et du coup,
- Speaker #0
c'est pas trop adapté. Parce qu'en fait, il y a une petite cale pour les non-initiés qui dépasse un peu et tu peux pas marcher avec.
- Speaker #1
Si tu marches, tu... Tu casses tout, parce que c'est en plastique. C'est dans la boue, quoi.
- Speaker #0
Et tu m'as fait ça la dernière fois.
- Speaker #1
Je suis arrivé chaussure blanche.
- Speaker #0
pédale de route j'ai voulu j'ai voulu marquer un tournant dans le gravelman après ouais après t'as la vitesse je dis il va y avoir un problème à la fin il va découper un truc c'est pas possible putain t'as rien vu quoi t'arrivais quoi 19h ? 13h j'ai mis ouais t'arrivais à 19h c'était du jamais vu je crois si il y a un gars qui m'a fait ça sur ce Verdun Paris il a perdu sur toi 45 minutes je pense tu vois et un des meilleurs de France donc Donc... Et après ? Parce que là, tu parles du...
- Speaker #1
En janvier, je vais les prendre dans l'orne. Après, je vais aller faire le Bikingman au Brésil. Fin mars, je vais faire une tentative du record... Tentative de record du GT20, l'itinéraire cyclable en Corse. C'est 600 km avec le Cap Corse, la traversée de la Corse. C'est quoi le record ? Le record est en 23h38.
- Speaker #0
Combien de bornes ?
- Speaker #1
600.
- Speaker #0
Je vais le faire avant toi peut-être.
- Speaker #1
Franchement, le record est prônable, mais il ne va pas être simple. Combien t'es plus, t'as dit ? Il y a 9000. Presque 10. Et je vais enchaîner avec la semaine après. Donc ça, ça va être le gros défi. Ça va être d'enchaîner ça la semaine après avec le Bordeaux-Paris qui revient en mode ultra.
- Speaker #0
Et pourquoi tu fais juste avant ?
- Speaker #1
C'est juste mon planning et c'est un long pont au mois de mai et après j'essaie de caler au mieux.
- Speaker #0
15 jours avant ce qu'il y a, alors.
- Speaker #1
15 jours, là je vais essayer de le... Je pars sur le pont, un grand pont du mois de mai, je vais essayer de le caler le plus vite possible. On va essayer de récupérer le Bordeaux-Paris. C'est Bordeaux-Paris ultra, mais pour moi Bordeaux-Paris dans la version dont il est construit désormais, On est sur une... Cyclosportive longue distance, c'est-à-dire qu'on peut rouler en peloton, en groupe de 10, rafting autorisé et déravitaillement par l'organisateur tous les 150 km. Et vacances quoi. En gros, aucune gestion de ton alimentation, base de vie avec des lits, repas chauds. Pour moi, c'est une cyclosportive.
- Speaker #0
Pourquoi des lits ?
- Speaker #1
des lits de camp pour dormir un petit peu et pour dormir quoi ? c'est une bonne initiation c'est une bonne initiation je pense qu'il faut tout type de format dans l'ultra non mais pour toi là pour toi 700 bornes ah bah non je vais pas m'arrêter non c'est 20h t'es en vacances c'est ouais on va essayer de le casser 20h ? 20h 700 km 650 on va essayer de le plier 650 ? on va essayer de le plier ça se fait je pense peloton large en groupe de 10 ça dépend des 10 gaillards que t'as
- Speaker #0
Tu les laisses rouler un peu.
- Speaker #1
Il faut qu'ils me déposent aux 300.
- Speaker #0
Tu fais tourner tout le monde. Tu fais semblant que tu vas chercher à manger à chaque fois.
- Speaker #1
On est sur une cyclosportive. On est sur une course. On a un petit peu compétition. Tout ça, ça va nous amener au mois d'août. Au mois d'août, je vais refaire un BikingMan. Ça va être le BikingMan Pérou. La route des Incas. L'Inca Divide. Il refait l'Inca Divide. C'est la troisième édition de l'Inca Divide. 1200 km. 2500 mètres d'altitude moyen, passage à 5000. Là, on franchit un cap. Là, on franchit un cap parce que l'oxygène, parce que les chemins, parce que tu sais pas. Là, on n'est pas entre Paris et Vannes.
- Speaker #0
Tu serais obligé de rouler sur le tour un peu.
- Speaker #1
Je sais pas ce que je vais faire sur le tour, mais je crois que je ferais une nouvelle aventure.
- Speaker #0
Là, il faut rouler tous les jours.
- Speaker #1
Moi, je fais le tour. Alors, il y a une petite histoire. Je fais le tour et sur le tour, j'officie en tant qu'ambassadeur, donc des journées de 8h à 20h tous les jours. Et pas beaucoup de place pour s'entraîner, des petits fours et du champagne.
- Speaker #0
Tu n'es peut-être pas obligé de les boire.
- Speaker #1
Non, tu n'es pas obligé. Les petits fours, tu n'es pas obligé de les manger.
- Speaker #0
C'est 10 heures de bagnole. Attention. Non, c'est solide.
- Speaker #1
Ce n'est pas des vacances en vrai. On a l'impression comme ça.
- Speaker #0
Qui paraît être le soir. Tous les soirs, tu as à pomper l'eau.
- Speaker #1
Le soir, je n'ai pas d'obligation. Mais ça reste comme des vraies journées. Dîner, tu n'avais pas de dîner ? Non, je n'ai pas d'obligation le soir. C'est principalement le matin jusqu'à la matinée.
- Speaker #0
Les voitures, on va les inviter. Après, ils repartent. ça c'est dur j'ai fait ça une fois dans les voitures Skoda j'étais mort, j'étais démonté sur toutes les étapes de pleine voiture ma vie que je me suis endormi pendant
- Speaker #1
6 heures c'est les batteries sociales les personnes que tu as en face de toi ils n'ont qu'une envie dans leur vie c'est de te poser des questions et puis c'est voilà t'es
- Speaker #0
à côté dans la voiture c'est ça ?
- Speaker #1
Je ne suis pas toujours en voiture. On va dire que moi, j'officie surtout le matin. Et après, mon programme de journée évolue selon les étapes, selon les courses, selon les invités.
- Speaker #0
Ah oui, des fois, tu vas direct à l'arrivée.
- Speaker #1
Je peux aller direct à l'arrivée. Je peux aller aussi… Il y a des espaces au milieu des tables, des espaces repas. Ça vaut du champagne.
- Speaker #0
On se met avec modération.
- Speaker #1
Voilà, exactement.
- Speaker #0
Oui, oui. Il y a une vie dans la vie pour les gens qui ne regardent pas trop le Tour. Le Tour,
- Speaker #1
c'est un village.
- Speaker #0
C'est un village qui dure 200 bornes, voire des fois plus. Et c'est avec un bal de voitures. Je ne sais pas, il y a combien de voitures ? 500 ou 600 voitures ?
- Speaker #1
Je ne peux pas dire.
- Speaker #0
Et c'est monstrueux le nombre de gens qui gravitent et le nombre d'invités qu'il y a sur le Tour. Je ne sais plus combien c'est d'invités.
- Speaker #1
Les invités, je n'ai pas le nom, mais le Tour, pour donner une idée, c'est 6000 personnes.
- Speaker #0
6000 personnes en itinérance sur pas loin de 4000 bornes, plus que ça pour les bagnoles puisque il faut relier et tout. Et t'es cramé, t'es cramé.
- Speaker #1
T'es cramé, t'es cramé, t'es mort.
- Speaker #0
Émotionnellement, tous les soirs, il faut dormir. Je me souviens des mecs qui avaient déjà fait 5-10 tours, qui faisaient la caravane et à 6h du mat, ils allaient courir 10 bornes. Je l'ai fait 3 jours et après je me suis dit, je suis un peu... J'ai un peu fatigué.
- Speaker #1
L'année dernière, vu que je savais que j'allais faire le Maroc, j'ai été courir, j'ai fait 170 bornes de course à pied. Tu sortais du marathon. J'avais fait la prépa jusqu'au mois de mars. Quand tu dis 170 bornes en un mois, maintenant, tout le monde rigole.
- Speaker #0
Les pro-athlètes font ça par semaine. Moi,
- Speaker #1
j'étais content d'aller courir une heure. Ça m'a fait des belles petites semaines. Ça a permis de...
- Speaker #0
Ça fait 17 fois 10 kilomètres. Ça fait 17 jours d'activité. C'est bien. C'est pas mal. Je fais des sorties de 10 mois. Après, si tu le fais en une fois, c'est...
- Speaker #1
Non, mais j'ai fait deux semis. J'avais bien couru quand même. Et après ?
- Speaker #0
Tu veux devenir aventurier professionnel ?
- Speaker #1
Après, je ne sais pas. Peut-être qu'il y en aurait marre. Et je vais faire... Je ne sais pas. Mais déjà, là, c'est une belle année. Alors, pourquoi j'ai construit l'année avec... Parce que souvent, on se donne un but et après, on s'en donne un autre une fois. Mais le coup de blues post-tour, pas post-tour, mais post-épreuve, tu vois. En fait, le coup de blues après objectif, en fait, je n'ai pas envie de l'avoir. Tu sais, tu as ce vide après. Tu n'auras pas. Là, je ne vais pas l'avoir vu que je les ai enchaînés. Non,
- Speaker #0
mais même, ultra, ce n'est pas pareil. Enfin, tu verras après. Après, le Pérou, on en reparlera. Mais en fait, tu es tellement dématé, mec, que la seule chose que tu veux déjà, un, c'est dormir. Deux, c'est revoir des gens que tu aimes. Si ta femme est là, ça va être incroyable parce que tu auras vécu un truc incroyable et tu pourras la raconter avec elle parce qu'elle n'aura pas vécu... Enfin, je m'avance. Et trois, tu seras tellement riche. d'un truc, tu vois. J'ai jamais fait le tour à ton niveau, jamais eu ta carrière, mais ça te remplit de vie parce que tu vas passer par des phases de l'enfer. Quand t'as pas d'oxygène, bon, tu connais ça, mais quand t'es au-dessus de 4000,
- Speaker #1
c'est encore autre chose.
- Speaker #0
Rencontrer des locaux, pas avoir à bouffer, pas avoir à boire, pas avoir à dormir. En gros, tout ce qui est vital va te ramener à une certaine humanité à te dire... C'est quand la prochaine, mais pas demain. Tu vois, c'est pas 300 bornes. C'est plus... Tu me diras, mais je pense que c'est... Ouah, peut-être ça va être un plus grand rêve où ça, j'ai adoré, mais je veux découvrir un autre pays, tu vois. Ou peut-être tu vas dire, putain, je fais deux et je vais regagner celle-là, tu vois.
- Speaker #1
Je ne sais pas. Honnêtement, j'y vais. Je vais sur chacune de ces épreuves en commençant par Paris, par le Brésil. C'est tranquille. Mais c'est... Le Paris, s'il fait moins 3, je vais me découvrir aussi une facette.
- Speaker #0
Tu l'as fait toute ta vie.
- Speaker #1
300 bornes dans le froid.
- Speaker #0
Je te donnerai des gants. Bref.
- Speaker #1
Tu auras du café au Ravito. J'ai vraiment envie de prendre... Le but, c'est le Pérou. Parce que c'est énorme. Déjà, c'est un rêve d'aller au Pérou. D'aller visiter. Et de rouler le Pérou, ça va être... Fou, en fait.
- Speaker #0
Tu prends du temps là-bas quand même en famille ?
- Speaker #1
Je vais arriver 5-6 jours avant l'épreuve. Avec les enfants ? Tout dépend du temps. Non, c'est pas possible. Vu qu'on veut reporter, c'est-à-dire vu qu'on veut filmer, ça aurait été compliqué. Ça aurait été compliqué. Donc voilà, peut-être qu'on les amènera plus tard, quand on sera vraiment détendu. Mais on a envie de... Toutes ces aventures, j'ai envie de les partager. J'ai envie de les partager, j'ai envie d'en faire des... des belles vidéos, d'envie d'en faire des beaux contenus, pour pouvoir en amener, et au final, ne pas pédaler seul. Quand tu pédales seul, au final, on ne pédale pas seul, on pédale avec des milliers de personnes qui vont suivre ça, soit en instantané, soit quelques semaines après, une fois le temps de monter tout ça. Et c'est aussi les faire voyager. Donc il y a aussi une part de partage dans cette aventure solitaire. Je pense que tu connais ça mieux que moi. Et ça aussi, tu n'as pas envie de les décevoir. Décevoir,
- Speaker #0
non.
- Speaker #1
Tu as envie d'aller au bout du truc. Et donc, en fait, toutes ces épreuves, c'est pour ça que ça commence avec Paris, le Brésil. En fait, ça va crescendo. Ça va crescendo jusqu'au Pérou. Et puis après, je ne sais pas, en fait. Et j'y vais vraiment sur toutes les épreuves. et aussi... Même Paris, quand tu me dis que c'est facile pour toi. Non, j'y vais vraiment avec beaucoup d'humilité. Humilité, tu veux dire ? Humilité au Brésil. Et humilité parce que tu ne sais pas comment ton corps va réagir. Tu ne sais pas ce que la course, le matériel te prépare. Et donc, oui, c'est des compétitions. C'est une sorte de compétition en soi. Parce qu'il y a un classement, il y a une balise, il y a tout ça. Ce qui te pousse un peu à te sortir un peu sur l'entraînement. Mais le challenge, il est vraiment purement personnel, en vrai. C'est vraiment, là, c'est toi, tu veux te retrouver toi, avec toi-même. Et à la fois, le paradoxe de ces aventures, de la manière dont je les conçois, c'est que j'ai envie de me retrouver seul avec moi-même et j'ai envie de le partager. C'est assez contradictoire, quand même.
- Speaker #0
Mais c'est parce que tu ne l'as pas fait avant. Tu as très peu expliqué. C'est pour ça que je te pose la question. Tu vois, cette histoire avec Vauter, toutes ces histoires, on ne les raconte pas. Tu les as rarement racontées, je trouve. Et ton intimité de ce que ça peut être un coureur professionnel, une journée, le truc dans la tête de toujours aller au charbon et puis les peurs que tu peux avoir. On est dans un monde de soldats, de testostérone quand même. Les mecs, c'est un monde de bonhommes, on ne montre pas les sentiments. C'est un peu comme ça, le vélo. Et moi, j'ai découvert chez toi un mec sensible. tu vois Tu m'as fait le plaisir de venir au Grand Rex, tous ensemble, regarder les films. Et là, j'ai vu un mec, même tu m'as envoyé des messages pendant les séances. Et après, avec des félicitations, avec un truc de « Ouais, j'ai bien aimé le film pour ça » . Tu vois, t'es connecté en fait. Et t'aimes ce truc, t'aimes les beaux objets, tu vois, les beaux objets visuels. Ça sera demain ça, je pense, les beaux films. On va faire des gros documentaires.
- Speaker #1
J'aimerais bien, c'est le but. C'est le but. Je ne sais pas. Après, tu as tes idées. Tu ne sais pas ce que la course va te proposer, ce que l'événement va te proposer. Savoir aussi mon état d'esprit, vu que j'y vais sans plan. Je n'y vais pas avec un plan de me dire je vais faire la course au Brésil, je vais faire la course au Pérou. Je vais défier des mecs qui font ça depuis des années. Et je ne suis pas dans cet état d'esprit parce que la course pure et dure, je l'ai fait pendant 15 ans, 20 ans. Et j'ai envie d'autre chose. Si je vais devant, c'est aussi pour pousser les autres et m'amuser avec les autres. C'est ça. Et puis surtout, il ne faut pas oublier, c'est de... d'en faire, de le reporter, de le partager. Et de jouer aussi. De jouer, de tout ça. J'ai envie de tout ça. Puis j'ai aussi envie qu'on ait l'ultra. J'ai envie de déconnecter. J'ai envie de commencer à parler à des animaux sur le bord de la route. Et j'ai aussi envie... Je pense que t'es comme moi, on est un peu des junkies. On est un peu des junkies. Et dans l'ultra distance, il y a un truc qui s'appelle le flow. Et quand on y a goûté, on a envie d'y retourner. Et c'est une maladie grave. Je ne l'ai pas eu au Maroc. Je ne l'ai pas eu au Maroc. Pourtant, c'était plus long. Et je l'ai eu sur Paris-Vernin. Ce moment où le Maroc, je ne l'ai pas eu. Je sais pourquoi. C'est parce que j'ai eu un ennui mécanique dès le début. Et en vrai, ça m'a tellement angoissé. Ça m'a mis en mode... Non, ça ne m'a pas mis en mode course, mais ça m'a mis en mode... de tension, de dire je vais peut-être pas finir. Et en fait, ça m'aurait tellement frustré d'avoir mis tout ça en place, parce que c'est une logistique de se déplacer, de faire venir du monde.
- Speaker #0
S'entraîner un peu.
- Speaker #1
Ouais, si tu sollicites des partenaires, des sponsors, c'est beaucoup d'enjeux pour... Et de dire putain merde en fait ouais si tu casses tout en fait c'est fini quoi. En fait c'est nul quoi.
- Speaker #0
C'est pour ça qu'il faut rouler un peu moins vite.
- Speaker #1
Ouais il faut savoir faire des choix aussi sur le matériel, de prendre quelque chose qui a moins de rendement mais qui va t'amener au bout. Et sur Verdun Paris j'étais beaucoup plus détendu. Et du coup là les 150 derniers kilomètres j'avais ce flow. où tu as l'impression d'avoir la meilleure optimisation de ton corps, ton esprit, ta vitesse et ton matériel. C'est-à-dire que tu as l'impression de tout optimiser.
- Speaker #0
C'était la nuit, non ?
- Speaker #1
Même pas. C'est venu super vite et ça m'a tenu jusqu'à l'arrivée où tu roules à 40 et c'est facile.
- Speaker #0
Ouais, pas moi, mais... Tu roules à 40 et c'est vraiment arrivé vite.
- Speaker #1
C'est vraiment arrivé très, très vite. Et c'était... Ouais, c'est comme ça, c'est magique. Franchement, t'as 5-6 heures, là, moi ça a duré 5-6 heures, où tu te dis, bon, en fait, ton corps, il peut t'amener n'importe où. Et c'est quoi,
- Speaker #0
alors, tes peurs, tes freins ? Tu vas aller jusqu'où ?
- Speaker #1
Je sais pas.
- Speaker #0
En ultra, c'est quoi ? La nuit ?
- Speaker #1
Moi, ce que j'ai peur, c'est le matériel. Franchement, c'est la nuit, la nuit, c'est usant. Après, j'ai jamais fait plus de 500 kilomètres, donc je sais pas, je sais pas. Le moment de m'arrêter, de dormir, l'appréhension que j'ai, c'est de m'arrêter. Je t'ai posé la question d'ailleurs, quand on a mangé ensemble la veille de Verdun, je t'ai dit mais comment tu fais pour repartir ? Parce que quand j'ai terminé le Maroc, à aucun moment le lendemain, je me dis, après avoir dormi une vraie nuit, je me dis je remonte sur mon vélo et je refais la même chose. Parce que voilà, le corps il s'était vraiment endormi, j'étais cassé. T'es cassé et toi tu me dis non mais bon la science ils ont pas d'explication pour mon cas.
- Speaker #0
Non mais c'est pas ça, c'est sur le tour. J'ai eu Johan juste avant et Alfredo. Repartir tous les jours sur le tour quand tu sais que ça va rouler très vite, que tu vas ramasser. Quand t'es limite, c'est dur quand même de remettre le couvert. Je pense que c'est pareil. Quand tu te mets en mode soldat, moi quand j'ai ce truc là je dis quand je deviens un animal. Bah je sais qu'il me reste 4000 bornes, tu vois, donc évidemment je vais pas me dire « Oh, je ferais bien une sieste de 8 heures » . Tu vois, j'ai le dossard, j'ai la balise, j'en ai parlé au monde entier, j'ai fait des posts sur mes réseaux, j'ai signé avec tant de partenaires pour ce truc. Et au départ, par exemple, de la Tour Divide, ça fait 4400 bornes. Bah tant que je suis pas arrivé au Nouveau-Mexique, j'ai pas posé mon vélo sur la barrière, je suis un animal. Après, par contre, je suis une merde. Je suis une merde pendant... Il y a un an de trois semaines. Ouais, non, t'as deux jours où tu dis, OK, je sais pas comment j'ai fait. Mais tu vas le faire. Tu vas le faire. Le seul truc, c'est, si tu roules aussi vite, il va t'arriver tellement de merde que tu vas ralentir. Et faut juste pas trop péter de matos, pas trop te péter toi, et se dire tout le temps, j'ai quatre dents de moins, et pas j'ai une dent de moins derrière. Et... Je ne vais pas te dire de mouliner parce que tu ne le feras jamais de ta vie, mais soulager un peu le corps, les genoux, le dos. Moi, je suis typiquement comme toi, à mettre presque tout à droite, notamment quand je suis en VTT ou en gravel, à dire bon, tu tournes à 80 tours minutes, on a fait ça toute notre vie. Ça joue, quoi. Mais quand c'est très long, au-dessus de trois jours... Fais attention quand même. Au-dessus de 1500 bornes, je dis ça, les gens doivent se dire « Putain, là, ça veut dire que ça fait 500 bornes par jour pendant 3 jours. » Mais oui, je pense que c'est un peu ça. Donc, je pense que tu vas faire autour de 400 bornes par jour, entre 350 et 500, on va dire, s'il y a un peu de route. Gère un peu ton matos. Et si je devais te donner un conseil, au début, tu dors. Tu peux dormir 3 heures, après, tu vas aller rechoper, les gars. Mais tu vois, si tu... Fais quatre nuits sans sommeil.
- Speaker #1
Non, ce n'est pas le projet.
- Speaker #0
Le flot, tu vas l'avoir.
- Speaker #1
Oui, là, oui. C'est un bon flot, là. Ah ouais, là,
- Speaker #0
tu vas regarder les gens comme ça. Waouh ! Tu vas voir un Péruvien. Tu vas croire que c'est un animal qui sort de... Waouh ! Qu'est-ce que tu fais ? Et tu vas voir des trucs traversés alors qu'il n'y a rien. C'est un poteau électrique qui est allumé de l'autre côté de la route. Et là, évidemment que, ouais, là, tu es très proche des vieilles charrues au troisième jour. Un peu défoncé, quoi, tu vois. Non,
- Speaker #1
on va s'arrêter. Je n'ai pas de plan. le plan il s'arrête au Pérou si je vais faire le championnat de France gravel Pérou c'est 2000 bornes ? 1200 ça reste raisonnable c'est l'altitude ça reste raisonnable mais 1200 en altitude donc tu réduis entre 5 et 7 km en altitude pour donner une idée pour ceux qui ne connaissent pas le Pérou des ascensions de 80 km et très
- Speaker #0
haut qui commencent très hautes et qui vont encore plus haut que très haut. Ça commence comme si tu étais en haut de l'Alpe d'Huez, en gros. C'est le départ du col et ça monte 80 bornes.
- Speaker #1
Oui, on démarre à 2005.
- Speaker #0
Et tu fais ça tous les jours, tu enchaînes des journées. Selon moi, je n'ai pas de conseils à te donner, on en reparlera en off, mais ça se gère de col en col,
- Speaker #1
ces épreuves-là. Et col par col.
- Speaker #0
Pas journée par journée, mais col par col. Et village, village. Parce qu'à un moment, si tu gères jour, jour, quand tu vas regarder... Tu as fait 110 bornes. Et tu vas regarder le truc, aujourd'hui, je m'étais programmé 400.
- Speaker #1
Ah non, si tu montais de 80 et qu'il passait 10 heures...
- Speaker #0
Et regarder ce que tu as dans tes poches, anticiper, toujours avoir 10 heures d'alimentation sur toi. J'ai vu ton dos au Maroc, tu es habitué à avoir tout tes ravitaillements. Tu as les poches qui touchent le derrière-arrière.
- Speaker #1
comme les petits babis franchement pour moi l'un des trucs les plus durs en tant qu'ancien cycliste pro habitué à être super light sur moi le matos mais mettre des sacoches mais alourdir mon vélo c'est un sacrilège là je vais pas dire ce que j'ai fait récemment mais ça va bientôt sortir mais Mon vélo de gravel, je l'ai allégé d'un kilo deux en changeant du matos. J'ai mis du matos, c'est un truc de fou. J'ai mis un matos de malade. Et je me dis, je vais saccager tout ça. Mais t'es obligé. T'es obligé. À 5000 mètres, bah oui, il va falloir un pantalon, un sur-pantalon. Il va falloir une surveste avec des capuches. Il va falloir deux, trois bricoles.
- Speaker #0
C'est ta nourriture qui pèse le plus lourd. C'est ton matos de réparation qui pèse le plus lourd. Les chambres aériennes, etc. Et c'est ta nourriture, c'est ça qui pèse lourd, c'est pas le reste. K.O.S. ça pèse rien et...
- Speaker #1
Ça prend de la place quoi. Y'a des grosses sacoches là, le machin de l'Aria. Oui mais des fois y'a rien,
- Speaker #0
des fois y'a rien.
- Speaker #1
Je suis pas prêt, je suis pas prêt. Non mais on va, je pense que dans l'esprit des personnes qui vont suivre, y'a toujours des gens qui sont très bienveillants, 99%, puis y'a le 1%, ils vont imaginer que j'ai mes sacoches remplies de papier bulle. Et puis que c'est ma femme qui trimballe tout mon matos. Mais j'ai peut-être un projet comme ça.
- Speaker #0
Non, mais en fait, par contre, j'ai appris une chose après dix ans dans ce job. C'est qu'avoir une grosse pochette, les Américains font beaucoup ça. Par exemple, Laëlle Wilcox, qui est une légende américaine de l'Ultra, qui j'ai passé beaucoup de temps sur la Tour Divide. Laëlle a une très grosse pochette arrière. Elle est vide. Il n'y a rien. Et au début, je lui dis mais il y a quoi dedans ? Elle me dit il y avait mes baskets, mais je les ai jetées au jour 2, parce qu'il n'y avait plus de hike-a-bike, parce qu'elle avait ses baskets pour marcher. Parce qu'il y avait un hike-a-bike qui faisait 3-4 heures quand même. Et après, par contre, elle était capable d'acheter 6 sandwiches et mettre tout dedans. Elle avait de la bouffe pour 24 heures, quoi. Ce que tu ne feras jamais...
- Speaker #1
Dans le dos.
- Speaker #0
Ouais, mais à un moment, ça va toucher ta roue,
- Speaker #1
je pense. Eh ben, ce sera intéressant à raconter.
- Speaker #0
ce sera intéressant moi j'ai hâte de voir le jour où tu mettras une pochette c'est pas si lourd en fait moi je suis tellement lourd naturellement c'est le balancier moi qui me petit mouvement de balancier Non, non, il faut tout serrer à bloc. Il faut tout serrer comme un cheval, en fait. Il faut serrer les cales, c'est terrible. Non, mais il faut serrer toutes les pochettes.
- Speaker #1
Non, je suis en train de réfléchir à vos setups. Je vais commencer... Encore un racer. Ouais, non, mais c'est pas ça. C'est que je vais te dire, pour le Maroc, j'avais prévu de mettre deux sacoches, une à l'arrière, une devant, une sous le cadre. J'ai essayé... deux trois jours avant j'étais vraiment j'étais un peu à l'arrache sur le Maroc parce que tout le mois de juillet est parti le mois d'août il est passé en un commandement et puis c'était en septembre et quand j'ai mis les sacoches j'ai mis ma ma poche d'eau dans le dos les bidons les machins je suis allé rouler j'ai fait 20 bornes j'ai dit bah là non ah là ça va pas le vélo c'était plus le même tu sais quand on voilà vous vous dites Merci. Moi aussi je dis, tester le matériel avant, charger, parce que le vélo il n'a pas le même comportement selon où tu mets les sacoches. Mais je dis non, je ne peux pas monter un col, en fait je ne pouvais plus me mettre en danseuse. Quand je me mettais en danseuse, le vélo ce n'était plus mon vélo, c'était le balancier, le poids, tout était... Je dis là, tant pis.
- Speaker #0
Là, j'ai sélectionné, ça tu vires, ça tu vires. Et au début, je n'ai mis que la sacoche de cadres. Et puis, je mets tout le matériel obligatoire. Et puis, ce qui me reste de place, je mets de la bouffe. Et puis, c'est terminé. Et puis, le reste, ça ira dans le dos. J'ai la chance, c'est que Norey m'a fait un super maillot avec une poche énorme derrière, qui fait tout le dos. Et du coup, j'ai pu bourrer de nourriture. Et ça l'a fait. Sur 500 bords.
- Speaker #1
Si tu avais un conseil pour terminer ce moment ensemble, un conseil à donner à un môme ou au môme que tu étais quand tu avais 10 piges ?
- Speaker #0
De croire en ses rêves et de croire en ses rêves, d'y aller, de ne pas réfléchir parce qu'il n'y a rien de pire dans la vie que d'avoir des regrets. Voilà, on finira là-dessus. Musique de générique