- Speaker #0
Mais oui,
- Speaker #1
je vois des parents qui mettent une pression dingue,
- Speaker #0
et en fait qui taillent des costumes trop grands à leurs enfants, ou alors qui appuient trop, et ensuite il y a une espèce de descente, une fois que le souffle est passé, et bien on ne sait pas construire soi-même. C'est toujours maman qui a tout fait, donc ce n'est pas facile ça.
- Speaker #1
Je suis Pascale Wakim.
- Speaker #2
Je suis Rang Khalek.
- Speaker #1
Vous écoutez Agent Double, le podcast qui dévoile les secrets des relations agent-talent.
- Speaker #2
Un jeudi sur deux, nous recevons un ou une invitée qui vient nous parler de ce métier si particulier, celui d'agent. Le podcast Agent Double, c'est mettre pour une fois dans la lumière celles et ceux qui œuvrent dans l'ombre pour le succès des autres.
- Speaker #1
Pour ne rater aucune de nos missions, abonnez-vous à notre chaîne YouTube Agent Double ou sur votre plateforme d'écoute préférée.
- Speaker #2
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- Speaker #1
Le monde de la musique classique peut souvent paraître élitiste, voire cloisonné. Heureusement, notre invité, cofondateur de l'agence Pasco de Wolf, vient casser ces clichés à travers sa passion et son caractère enjoué. Un épisode à cœur ouvert, où l'on vous plonge dans les coulisses plus ou moins roses de la musique classique, où virtuosité et santé mentale sont étroitement liées. Bienvenue, Mathis Pasco.
- Speaker #0
Ça va ? Oui, ça va et vous ?
- Speaker #1
Comment tu te sens ?
- Speaker #0
Très bien, il fait magnifiquement beau à Paris. C'est vrai.
- Speaker #1
On en profite.
- Speaker #2
J'en ai clair.
- Speaker #0
On en profitera dans une heure.
- Speaker #1
Alors nous, on aime bien commencer nos interviews en demandant à nos invités c'est quoi leur premier souvenir lié à quelque chose dont toi forcément, c'est quoi ton premier souvenir de musique classique ?
- Speaker #2
Ouais, parce qu'on va juste préciser, tu es agent. de musique classique, de musiciens qui sont donc dans la musique classique. C'est pour ça qu'on va parler spécifiquement de la musique classique.
- Speaker #0
Ce sont des disques que j'ai eu chez mes parents, dont je me souviens avec un... une image très vive, c'était les bases de Chopin, le troisième concerto de Beethoven et un pot pourri des deux ballets Casse-Noisette et Le Lac des Cygnes de Tchaïkovski. C'était des disques que j'écoutais en boucle.
- Speaker #1
Tu fais ce geste là, c'était des vinyles en fait ?
- Speaker #0
Oui, je mime le haut-parleur. C'était à peu près à cette taille. Et voilà, j'étais absolument fasciné par ces trois idées. Comme quand on est petit, parfois on regarde le même dessin. Absolument. Tu le remets en boucle. Je ne sais pas, je les ai écoutés en boucle pendant des années d'enfance, vraiment. Et pareil pour Tchaïkovski,
- Speaker #2
pareil pour Metov. C'est évidemment tes parents qui te l'ont fait découvrir.
- Speaker #0
Oui, mes parents écoutaient de la musique, mais de moi-même, j'étais particulièrement attiré par ces trois CD-là qu'on m'avait offerts.
- Speaker #2
Tu avais quel âge ?
- Speaker #0
Je ne sais pas, 7 ans, 6 ans.
- Speaker #1
Ah ouais, on t'a offert des CD de musique classique.
- Speaker #2
Moi, je voulais des Power Rangers. Ouais, chacun ses délais.
- Speaker #1
en écoute cette chanson. S'il veut une Switch.
- Speaker #0
J'étais un enfant normal, mais c'est vrai que j'étais très attiré par la musique et par le piano.
- Speaker #2
Mais ça provoquait quoi quand tu l'écoutais ? Tu te rappelles un peu de la sensation ?
- Speaker #0
Ça provoque les mêmes sensations qu'aujourd'hui, c'est-à-dire que ça m'ouvre tout un monde comme un film ou comme un livre, en fait. Je suis complètement absorbé par ce que j'entends, si j'aime ce que j'entends, évidemment.
- Speaker #1
Mais donc très tôt, tes parents ont remarqué que tu étais sensible à la musique classique. Tes parents sont musiciens ? Non. D'accord. il voyait que tu accrochais, que tu...
- Speaker #0
Ouais c'est ça, on écoutait quand même pas mal de musique à la maison, du jazz, du classique, d'autres choses mais j'ai toujours aimé ça.
- Speaker #2
Et par la suite tu vas commencer à jouer du piano ? Tout à fait. Pareil à 6-7 ans dans ces deux-là ?
- Speaker #0
Non, plus tard, 8 ans et demi. Ouais. Parce que t'es pas très jeune en fait, mais j'étais assez doué très vite, donc voilà après j'ai fait des études de piano jusqu'à un niveau professionnel et ensuite je Je suis devenu agent il y a trois ans maintenant.
- Speaker #2
T'es passé du monde professionnel en tant qu'artiste à celui d'agent.
- Speaker #0
C'est ça, que je n'ai pas tout à fait quitté en tant qu'artiste, mais je me consacre quand même beaucoup au métier d'agent.
- Speaker #1
Quand tu disais que tu faisais des études de musique, tu te destinais à la base à être pianiste professionnel ?
- Speaker #0
Oui, c'est ça, à être professeur, donner des concerts. Je l'ai fait d'ailleurs. Je l'ai fait, j'en ai vécu pendant... Parce que bon, la définition de musicien professionnel, elle est un peu floue, mais ça peut être pouvoir en vivre. Et j'ai pu en vivre.
- Speaker #1
Pendant combien de temps ?
- Speaker #0
Pendant deux ans. J'ai travaillé en Suisse, j'ai eu des projets un peu partout en Europe, Luxembourg, Belgique, en France. Je travaillais dans le théâtre avec des comédiens. Je faisais des récitals, de la musique de chambre. J'étais prof dans des stages de musique de chambre.
- Speaker #1
Tu as vraiment touché à tout. Et en fait, qu'est-ce qui fait que tu diriges ?
- Speaker #0
Qu'est-ce qui fait qu'on devient agent ?
- Speaker #1
En quelle année déjà c'était ?
- Speaker #0
C'est trois ans. Ouais c'est ça, il y a trois ans. L'amour des artistes en fait, l'amour de ce contact avec les musiciens et avec la musique et de certains concerts absolument sublimes qui touchent aux divins quasiment. Je trouve qu'il y a quelque chose d'utilité publique à ça. Et les musiciens ont besoin de personnes pour les aider. Donc, c'est un peu dans cette démarche. Donc, en fait,
- Speaker #1
tu t'assistes à des concerts, tu tombes amoureux de leur travail, et là, tu te dis, il y a quelque chose à faire, et moi, je peux leur apporter ça.
- Speaker #0
Oui, ou alors, une fois qu'ils sont chez moi, je développe les choses et je leur fais faire des très beaux concerts.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Mais oui, ça peut aussi commencer par là.
- Speaker #1
OK. Et alors, tu disais, en fait, la particularité de ton profil, c'est que comme t'es musicien toi-même et que tes agents, ça te donne un petit peu cette double casquette où tu comprends ce profil hybride, fait que tu comprends vraiment bien leurs enjeux. C'est ça. Qu'est-ce qui fait la différence pour toi ? Est-ce que, je vais reformuler ma question, est-ce que tu penses que... Tous les agents devraient être, en tout cas de musiciens de musique classique, devraient être musiciens à la base ?
- Speaker #0
Non, pas devraient être, mais avoir quand même de grandes connaissances du répertoire. Je pense que c'est ça qui est important, c'est de pouvoir du tac au tac. comprendre un programme ou élaborer un programme en une minute, ou au moins une ébauche, mais être quand même très agile sur toutes ces questions-là. Oui,
- Speaker #2
ça donne une légitimité aussi vis-à-vis d'eux.
- Speaker #0
Oui bien sûr et ils me donnent des missions aussi que d'autres agents ne remplissent peut-être pas forcément. Par exemple l'écoute des disques, des corrections, des enregistrements. Ou voilà quand je communique sur eux sur les réseaux sociaux ils me font une entière confiance pour l'extrait que je vais choisir. Alors qu'en général ils savent que quelqu'un a filmé, le premier réflexe c'est « Ah vous m'envoyez avant si vous voulez poster sur les réseaux sociaux etc. »
- Speaker #1
Ouais alors que là ils savent qu'ils sont entre de bonnes oreilles.
- Speaker #2
C'est pas mal comme expression.
- Speaker #1
Et en fait, tu disais, en fait, tu m'as dit au téléphone quand on s'est parlé, tu m'as dit finalement, j'étais un meilleur agent pour eux que pour moi-même.
- Speaker #0
Ah oui, tout à fait, mais c'est encore le cas.
- Speaker #1
Mais c'est-à-dire que quand toi, tu étais musicien, tu ne savais pas forcément te vendre ? Non,
- Speaker #0
je me vendais très mal. Et puis, c'est aussi pour ça qu'il m'a poussé à un peu quitter le monde de la scène, parce que j'étais absolument...
- Speaker #2
désastreux pour m'occuper de mes propres affaires et de me vendre C'est pas paradoxal de pouvoir s'occuper des autres et pas très bien de soi-même ?
- Speaker #0
Les cordonniers sont souvent les plus malchaussés Ah non je suis vraiment un mauvais agent pour moi et j'ai toujours été
- Speaker #2
Et t'as pas l'impression que maintenant que tu t'occupes d'autres personnes tu peux utiliser cette expérience pour toi-même ?
- Speaker #0
Si si quand même Mais après il faut quand même bien séparer, je veux pas brouiller les pistes et j'ai déjà des activités en tant que pianiste en tant que prof Là par exemple, je suis sur une série Netflix, je fais du coaching pour une comédienne. En même temps j'enregistre, ce sera mon enregistrement qui passera sur la série, etc. Donc voilà, je fais des choses, mais je veux pas... Il n'y a aucune concurrence envisageable avec mes artistes, on n'est pas dans les mêmes réseaux. Ouais,
- Speaker #1
vous n'avez pas les mêmes enjeux en fait.
- Speaker #0
Pas les mêmes enjeux, ils ont des carrières internationales. Et voilà, ça ne fait pas de moi un musicien moins profond, mais on n'a pas la même carrière.
- Speaker #1
Alors justement, tes artistes, on va en parler un peu. de ton roster. Donc, tu comptes une douzaine de musiciens à peu près ? Un petit peu moins.
- Speaker #2
On est généreux.
- Speaker #1
Je t'ai rajouté le prochain que tu vas signer. Alors, on a Philippe Bianconi, qui est l'un des plus grands pianistes français. Alors lui, en quelques mots, c'est juste de dire qu'il met un point d'orgue à l'interprétation des auteurs français, comme par exemple Debussy.
- Speaker #0
Debussy et Ravel, dont il joue d'intégrale en 2022, qui a beaucoup parlé d'elle. et... et qui a vraiment ruissellé sur toute une longue série de concerts sur deux saisons, dont on est absolument ravis. C'est bien ça ? C'est vraiment vraiment vraiment bien. Pour moi c'est une grande réussite, ce disque à tout point de vue.
- Speaker #1
Comment tu évalues un disque réussi ?
- Speaker #0
Par les concerts qu'il va provoquer.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Par la suite. Bon après, bien sûr, fiscalement, est-ce qu'il est bien ?
- Speaker #1
Par les critiques de la presse ?
- Speaker #0
Par les critiques de la presse, et par tout ce que ça va ensuite générer comme conflits.
- Speaker #2
Tu as également Clément Lefebvre, qu'on a eu l'occasion et la chance d'aller voir. À la salle Corizo.
- Speaker #1
Ouais, franchement, c'était super.
- Speaker #2
C'��tait trop bien. Ça m'emporte. Il est associé au mot poète parce qu'il a une manière de jouer qui est vraiment propre, très intense.
- Speaker #1
Très tendre aussi, non ? Il y a beaucoup de tendresse dans son jeu.
- Speaker #2
Beaucoup d'image. sa personnalité d'ailleurs après quand il s'exprime à la salle c'était très sympa.
- Speaker #1
Trop mignon.
- Speaker #2
Nous on avait un programme où il y avait pas mal de choses un peu différentes, tu peux nous dire ce qu'il y avait ?
- Speaker #0
Il a commencé par le deuxième cahier d'images de Bussy, cloche à travers les feuilles. Et la lune descend sur le temple qui fut, et Poisson dort, c'est le deuxième cahier. Ensuite il a joué deux impromptus de Scriabine qui sont très peu connus, de la première période créatrice de Scriabine, ce qui est un peu le fil conducteur de son disque, c'est la première période créatrice de Scriabine, du Chopin avec impromptu de Scriabine, plus 53, quatrième balade.
- Speaker #1
Mais alors attends, je suis fascinée par ta mémoire là. On parle d'un concert il y a un mois. Tu connais l'ordre du programme par cœur.
- Speaker #2
Tu l'as programmé du coup ? Non,
- Speaker #0
c'est Clément qui a fait ça. Mais je me souviens très bien des concerts.
- Speaker #1
On a aussi Caroline Sagemann, pianiste. Elle, on peut dire que c'est un peu l'enfant prodige du piano. À 9 ans, elle fait son premier concerto à la Salle Pleyel. Et puis, elle est la plus jeune lauréate du concours Chopin à Varsovie. Des choses peut-être un peu plus actuelles qu'elle a faites. Est-ce qu'elle a fait une collaboration avec Patrick Bruel ?
- Speaker #0
Oui, elle a fait avec Patrick Bruel un spectacle autour du musée Chopin. Elle travaille aussi dans le cinéma. Elle a fait toute la bande-son de l'avant-dernier film. parce qu'elle vient de sortir de nouveau, de Karine Tardieu, qui s'appelle Jeunes Amants, avec Fanny Ardant, Nadine Poupot et Saint-Germain-de-France. Je vois, tout à fait. Et le compositeur s'appelle Éric Slabiac, c'est celui qui fait la musique, c'est un grand ami de Caroline. Donc c'est elle qui joue toute la bande-son.
- Speaker #2
On peut s'arrêter sur cette info quand même. À 9 ans, elle joue à la salle Playel.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #2
C'est fou.
- Speaker #0
Il y a une de ses biographies qui dit « Le public stupéfait voit débarquer une fillette, une gamine... » Avant,
- Speaker #2
pour la tonne.
- Speaker #0
Et qui domine l'orchestre, qui tient tête à l'orchestre. Elle a toujours eu ce tempérament-là, très très jeune.
- Speaker #2
Incroyable, ouais. C'est vraiment prodigieux.
- Speaker #0
Prodigieux, ouais.
- Speaker #2
Tu as également le quatuor Talik.
- Speaker #0
Ouais, tout à fait. Talich.
- Speaker #2
Talich, pourquoi j'ai dit Talik ?
- Speaker #0
C'est drôle.
- Speaker #2
C'est toi de valeur. Elle m'a contaminé. Quatuor Talich, évidemment, puisqu'ils sont... Tchèques.
- Speaker #0
Tchèques,
- Speaker #2
ouais, exact.
- Speaker #1
Roslaine Thalas, violoniste. Qu'est-ce que tu peux nous dire de Roslaine ?
- Speaker #0
Un jeune violoniste... Là, la rencontre est assez typique entre un agent et un artiste, parce que je l'ai écouté par hasard cet été à un festival. Ça m'a beaucoup plu, vraiment beaucoup. On a réfléchi quelques mois l'un et l'autre, et on s'est rappelés. Et on s'est re-rappelés. Il habite à Francfort, donc on a pas mal échangé par téléphone, et on a décidé de signer, et les choses se sont mises en place très vite.
- Speaker #2
et aller le démarcher après le congé. concerts quoi ?
- Speaker #0
Non. Non ? Non, non. Non, non, mais j'étais là, j'ai fait des photos, mais je ne l'ai pas démarché, non.
- Speaker #2
C'est pas toi qui lui as fait comprendre que tu voulais travailler avec lui ?
- Speaker #0
Si, comment dire, j'ai fait comprendre que j'ai beaucoup aimé ce qu'il faisait et on s'est très bien entendus en fait. C'était plus une rencontre que des arrières-pensées. Et en fait, le temps faisant son travail, on a décidé de travailler ensemble et voilà, je lui ai fait faire ses débuts. à Paris, salle comble, il y a deux mois, le premier grand concert parisien et il y a beaucoup de choses qui se mettent en place pour lui en France.
- Speaker #2
Un album bientôt,
- Speaker #0
en 2026 ? On travaille dessus.
- Speaker #1
Donc lui a commencé à jouer très très jeune ?
- Speaker #0
Ouais, Roslan très très jeune.
- Speaker #2
C'est l'école un peu russe, c'est ça ?
- Speaker #0
C'est vraiment l'école russe. Voilà, il a été un père musicien, il travaillait au Kazakhstan jusqu'à 12 ans et ensuite il part à Central Music School, et l'école pour enfants avant le conservatoire Tchaïkovski, conservatoire tchaïkovski donc ça n'est pas le bon moment sur deux et à moscou à moscou et ensuite conservateur tchaïkovski et après il est venu en europe en suisse et là il en allemagne mais oui un parcours de militaire travail très très intense une grande rigueur mais du coup des résultats artistiques exceptionnels ouais ouais ça peut être avec l'instrument une oreille un toit on
- Speaker #1
On a aussi Lilian Lefebvre, qui est le frère de Clément. Tout à fait. natan myrdel un violoniste qui est l'un des plus jeunes ou le plus jeune résident de l'orchestre de radio france c'est ça il est violon solo de radio france d'accord il a eu le poste à 25 ans si là il a quand même 25 ans mais il a eu très très très très jeune et
- Speaker #0
c'est rare vraiment Ouais, d'avoir un des plus grands postes de soliste en France, voilà c'est un... C'est un des principales orchestres, l'Orchestre Philharmonie de Raleigh.
- Speaker #2
C'est hyper prestigieux.
- Speaker #1
Et ensuite, trois pianistes, donc Pierre et Hacq. Tout à fait. Rodolphe Mangui et Alain Planès.
- Speaker #0
Alain Planès qui est le dernier arrivant de mon agence.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et le doyen.
- Speaker #1
Et le doyen ? Alors justement, c'est intéressant parce que tu as quand même un grand écart entre les âges de tes talents. C'est quoi les défis pour arriver à gérer des carrières de jeunes talents qui viennent d'arriver un petit peu sur la scène et des carrières plus confirmées de grands musiciens qui sont là depuis des années ?
- Speaker #0
C'est une bonne question. C'est bizarre quand il nous dit ça. Chaque artiste est tellement différent, mais pour schématiser les jeunes, on essaye beaucoup de leur faire faire des disques. Déjà, il faut les lancer d'un point de vue du disque. Alain Planès, il a enregistré peut-être... 45 disques. Donc ça, c'est plus vraiment à faire déjà. Oui c'est vraiment ça je pense qui me...
- Speaker #2
Mais faire des disques à notre époque c'est un peu... C'est pas forcément ce qui rapporte le plus dans l'industrie du disque aujourd'hui.
- Speaker #0
C'est pas ce qui rapporte le plus, non.
- Speaker #1
C'est pas un peu la valeur d'autorité quand t'as fait... Quand t'as fait un disque, c'est la référence en fait.
- Speaker #0
Ça veut quand même dire quelque chose. Et c'est pas facile de faire un disque.
- Speaker #2
J'allais te demander, c'est facile de faire un disque ?
- Speaker #0
Non, c'est pas facile. Parce que bien sûr, on a plein de prises, etc. Mais ça passe très vite, on a 3 ou 4 jours d'enregistrement. Non, non, c'est un très beau disque, c'est pas facile à faire. Malgré toutes les petites corrections et petites cuisines internes qu'on peut faire, non, un beau disque, ça veut dire quelque chose quand même.
- Speaker #1
C'est quoi les ingrédients d'un beau disque ? Comment on fait pour réussir un beau disque ?
- Speaker #0
belle salle, un très beau piano, un très bon ingénieur du son et un très bon pianiste.
- Speaker #2
Et un très bon agent, accessoirement.
- Speaker #0
Oui, oui,
- Speaker #2
oui. Pour réunir tout ce monde, il faut quand même...
- Speaker #0
Et un beau label, plutôt. Et un bon agent, évidemment. Mais un très très beau piano et très belle prise de son. Et puis un très bon musicien, mais c'est ça qui va faire la différence entre des maisons de disques un peu plus confidentielles ou des maisons comme comme Deutsche Gramophone ou Sony même. le résultat est quand même absolument impeccable.
- Speaker #2
Parce que c'est pas des instruments studio ?
- Speaker #0
Non, pas forcément, non.
- Speaker #2
D'accord. Non,
- Speaker #0
non, rarement d'ailleurs, je pense. D'accord. Enfin, rarement, je connais pas la proportion, mais... Non, on en résulte plutôt dans des salles.
- Speaker #2
Ok.
- Speaker #1
C'est intéressant,
- Speaker #2
parce que l'acoustique est meilleure...
- Speaker #1
J'aurais pensé que c'était un studio. Ouais,
- Speaker #0
ouais. Non, non, non.
- Speaker #2
C'est une question d'acoustique,
- Speaker #0
on est là pour avoir l'acoustique. Ouais. Donc c'est pour ça qu'il faut un bon ingénieur du son qui arrive à capter l'acoustique, etc. Ouais. Ça se fait en studio, hein, bien sûr. Ouais. Bien sûr, ça se fait, mais... Mais non, en général on enregistre dans des salles, ou dans des églises, enfin voilà, dans des endroits...
- Speaker #2
T'as un souvenir comme ça d'un endroit un peu particulier ?
- Speaker #0
La salle Cortot par exemple, qui est un très bel endroit pour enregistrer, mais où il y a certains problèmes liés à la rue. On est quand même en plein Paris, et il peut y avoir du bruit. Et il y avait une prise magnifique, et en fait un camion de pompier passe et ruine tout le temps.
- Speaker #2
Là tu vas avoir le seum bien quand même.
- Speaker #0
Donc il faut aussi trouver un endroit bien isolé ou alors le faire la nuit. Ça, c'est déjà fait. D'accord.
- Speaker #2
Et la camion poubelle. C'est le truc qui est un peu l'écho.
- Speaker #1
Coincé à Paris. Le prestige de Paris. Camion pompier, camion poubelle.
- Speaker #2
Il y a cette question sur, on a vu ce gap parfois entre les jeunes talents et les talents plus confirmés. Le rapport à l'instrument, tu sens qu'il évolue, que ce n'est pas le même entre le jeune et celui qui est plus confirmé ?
- Speaker #0
la même passion et la même passion oui après peut-être qu'on est un peu plus détaché de l'instrument quand même avec l'expérience on est peut-être moins s'accrocher vraiment au piano pour se rassurer et c est on monte moins de choses nouvelles peut-être aussi donc on reprend du des choses, je pense que le travail est pas tout à fait le même les jeunes il faut qu'ils montent le répertoire surtout les pianistes, le répertoire est tellement vaste à 25 ans on a pas fini ou même, prends par exemple Rodolphe comme exemple, qui est sorti du CNSM jeune il est rentré jeune à 16 ans aussi donc voilà, ce sont des gens quand même assez précoces et c'est pas parce qu'on a fini son master au CNSM à 21 ans ou 22 ans qu'on s'arrête là, pas du tout du tout en fait,
- Speaker #2
vraiment et ils en sont conscients ?
- Speaker #0
Oui, oui, bien sûr et on essaye de monter des avant-nouvelles le plus tard possible le plus longtemps possible et ça devient de plus en plus difficile. Ça c'est ce que tout le monde...
- Speaker #2
Mais à quel niveau c'est difficile ?
- Speaker #0
Pour la tête, parce qu'on vieillit, le cerveau est moins agile.
- Speaker #1
Pour la mémoire, tu veux dire ?
- Speaker #0
La mémoire, beaucoup, beaucoup, beaucoup la mémoire. Énormément.
- Speaker #1
Mais l'agilité musculaire, est-ce que avec le temps, est-ce que c'est un avantage l'âge ou c'est un inconvénient sur l'agilité ?
- Speaker #0
C'est un inconvénient en général.
- Speaker #1
C'est pas un enregistrement, il n'y a pas une mémoire musculaire qui fait que...
- Speaker #0
Si, bien sûr, mais bon, on tend quand même un peu moins... Par contre on a souvent un meilleur son, un meilleur toucher, il y a d'autres choses. Parfois on est à l'économie complètement, donc on bouge moins, avec des sonorités extraordinaires. Il faut aussi adapter le répertoire. Quand on vieillit, on ne peut pas jouer les mêmes choses qu'on jouait quand on avait 16 ans en audition de conservatoire.
- Speaker #2
Tu as des petits conseils de mémotechniques pour entraîner son cerveau justement à... même ont des techniques qu'on peut appliquer, que quelqu'un qui nous écoute pourrait appliquer.
- Speaker #0
Honnêtement,
- Speaker #2
un jeune pianiste comme moi qui s'est saisi dans son synthé pourri...
- Speaker #0
En fait, il y a plusieurs mémoires pour la musique. Il y a la mémoire auditive, la mémoire visuelle et la mémoire musculaire. Donc voilà, il faut essayer d'entraîner tout ça. Parce que vraiment on retient par l'oreille, on retient par ce qu'on voit, par la partition, par nos mains, etc. Par le texte et la mémoire du corps. Qui est aussi celui-là qui est la plus... euh... traître, peut-être. Ouais, s'il reste que celle-là, c'est là où ça peut un peu... Tu vois, science sans conscience n'est que ruine de l'âme, non ?
- Speaker #1
C'est beau ça !
- Speaker #2
Même à Vendoux, ça met la barre très haut.
- Speaker #0
Non mais il faut... Je pense que pour bien mémoriser la musique, il faut très bien la comprendre. Très très bien la comprendre. Il faut comprendre le texte. C'est comme apprendre des mots. Oui,
- Speaker #2
oui.
- Speaker #1
En fait, j'avais fait quelques cours à Berkeley. Super. Et en fait, on te dit, d'abord tu t'entraînes, tu t'entraînes et en fait, tu finis par tellement posséder que... Là c'est dans ton ADN, la partition est dans ton ADN. Oui,
- Speaker #0
sur scène, dans l'idéal, il faut toujours être dans cet état-là. Parfois on n'a pas eu beaucoup de temps pour monter un truc, alors c'est un peu plus frais. Mais oui, je pense que le vrai moment de grâce, c'est quand il n'y a plus la partition derrière, il faut que je sois détendu dans mes octaves ou j'en sais rien. On ne pense plus du tout à ça. qu'à la musique.
- Speaker #2
Mais tu le vois d'ailleurs je pense, non ? Tu vois quand l'artiste il est habité, il y a une sorte de transe, c'est visible quoi.
- Speaker #1
Et c'est là où il est quand même beaucoup plus en état de connecter avec son public, c'est là où la connexion se fait en fait.
- Speaker #0
concert qui était très bien et j'ai vécu quelque chose d'assez fort puisque la pianiste jouait des claviers en chute de Schoenberg, c'est de la musique atonale super difficile d'écoute, enfin vraiment c'est comme la musique un peu pour initier et elle disait que le premier morceau c'était une sorte de grande angoisse etc et en ce moment j'ai plein de trucs à gérer et mon angoisse a été un peu absorbée par cette musique qui décrit l'angoisse. Et il y a une sorte de guérison quoi.
- Speaker #2
thérapie
- Speaker #0
Oui, franchement, j'ai senti qu'elle pouvait absorber quelque chose du public avec cette musique. J'ai trouvé ça formidable.
- Speaker #2
De toute façon, les vertus de la musique sont prouvées.
- Speaker #1
Tu as souvent ce genre de ressenti ? Est-ce que c'est l'effet de la musique classique sur toi ?
- Speaker #0
Non, moi, la musique souvent me rend plus triste. Ce n'est pas quelque chose de consolateur.
- Speaker #1
Alors que là, hier, ça t'a déchargé de quelque chose.
- Speaker #0
Ce n'est pas me rendre triste. Mais si je suis triste, il ne faut pas que j'écoute de la musique classique. Je peux le faire en plus et je le fais tout le temps Mais dans des moods Mais ça n'aide pas, c'est pas consolateur C'est plutôt l'inverse Ça m'enfonce quasiment en fait
- Speaker #2
Mais ça dépend des morceaux non ?
- Speaker #0
Ça dépend bien sûr des morceaux
- Speaker #2
Tu peux mettre un Dvorak, c'est un peu entraînant Oui tu peux mettre des symphonies
- Speaker #0
Mais j'ai pas tout le temps envie d'écouter ça
- Speaker #2
Un Ravel c'est plutôt gay tu vois Ah ça dépend Oui ça dépend mais je veux dire les notes elles ont une expression Elles disent quelque chose C'est rare que la musique m'apaise comme ça
- Speaker #0
ça en concert. Après évidemment ça dépend du répertoire, mais l'émotion du concert c'est les larmes aux yeux qui montent tout de suite qu'on ne sait pas vraiment expliquer pourquoi. On associe ça à de la tristesse ou à une émotion vive quoi. C'est plus ça, hier vraiment en live c'était exceptionnel grâce à la pianiste.
- Speaker #1
Tu peux juste expliquer c'est quoi une musique à ton âle à nos auditeurs ? Oui,
- Speaker #0
alors... Merci.
- Speaker #1
Voilà. Je vous conseille d'en écouter.
- Speaker #0
Un tonal, c'est-à-dire qu'il n'a pas de tonalité.
- Speaker #1
Il n'y a pas de référence de tonalité.
- Speaker #0
De manière très prosaïque, c'est une musique qui nous paraît très confuse, qu'on ne comprend pas du tout a priori, qui nous paraît très très éloignée de tout ce qu'on peut connaître. Quand on écoute du Mozart et ça après, c'est complètement fou.
- Speaker #2
Elle n'est pas mélodieuse, tu veux dire ?
- Speaker #0
À sa façon, si, moi j'aime beaucoup, mais non, on n'est pas du tout dans...
- Speaker #1
Mais c'est marrant, ça a eu l'effet de guérison chez toi, comment on appelle ça ? Une catharsis. Voilà, une catharsis, exactement. C'est une catharsis pour moi.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Mais la musique contemporaine peut me faire cet effet-là.
- Speaker #2
Et ce qui est drôle aussi, donc, tu évoques les passions que tu as pour la musique classique, mais ce qui est paradoxal, ou pas forcément, mais tu écoutes aussi de la techno. Et ça te provoque aussi pas mal d'émotions ?
- Speaker #0
Euh... ouais, ouais, ouais, tout à fait. Et c'est plutôt la musique classique que je pourrais affilier à ce que la techno peut m'apporter comme énergie.
- Speaker #2
Donc t'as la musique classique qui te down un peu, et la techno qui va un peu... Non,
- Speaker #0
non, là je parle de... on en avait parlé avec Pascal au téléphone, il y a... évidemment beaucoup de musique classique complètement énergisante et vitalisante que j'écoute comme de la techno en fait ou comme des grosses basses.
- Speaker #1
Tu disais que ça te faisait le même effet en fait.
- Speaker #0
Ça peut me faire le même effet ouais complètement. C'est marrant.
- Speaker #2
Tu t'en es rendu compte tout seul ou il y a un moment où tu t'es dit c'est fou ?
- Speaker #0
Non je sais pas c'est venu comme ça, j'ai toujours été attiré par la techno mais la bonne techno enfin des trucs vraiment bien que je trouve j'adore la sonorité et puis cette espèce de pulsation en fait qui s'arrête jamais qu'on comme on le pouvait par exemple chez Vivaldi, complètement. Je m'en sers écoute les concertos de Vivaldi transcrit à l'orgue par Bach par Simon Preston qui était un grand grand grand organiste anglais je vous ferai écouter tout à l'heure c'est la même chose qu'un club berlinois quoi ok c'est énorme pour moi en tout cas d'ailleurs c'est drôle parce que je me mets même le jazz il ya des morceaux de de
- Speaker #2
Bach qui ressemble un peu au jazz qui sont un très très jazzy et tout sont les préludes vraiment de des rythmiques de jazz en fait
- Speaker #0
Bach, on peut le mettre dans tous les systèmes. On peut le faire à tous les temps.
- Speaker #2
C'est fou !
- Speaker #0
Bach, c'est vraiment le Saint-Père. C'est notre père à tous. Non, c'est vrai !
- Speaker #1
Trop simple !
- Speaker #0
C'est vrai, c'est un point de départ et surtout d'inspiration de tous les compositeurs qui ont inspiré Mozart, Beethoven, Chopin, jusqu'à Ravel. Vraiment, il y a des filiations énormes, listes évidemment.
- Speaker #1
Parce qu'il a joué avec la désynchronisation des mains, ce qui n'est pas du tout le classique. Il y a une synchronisation déjà en fait dans le jazz, c'est désynchronisé. Donc Bach a commencé à trouver des choses comme ça.
- Speaker #0
Et je ne sais pas qu'il y a du swing. C'est inexplicable. Et moi, j'aime Bach quand ça swing. Tu peux vraiment faire swinger Bach. Le jouer comme c'est écrit, rien rajouté. Mais si tu as du rythme, ça swing. La preuve,
- Speaker #2
c'est qu'il a été samplé dans tous les styles musicaux, dans le rap, le hip-hop. la variété, il a été pris partout.
- Speaker #0
Tu peux le faire à tous les instruments, vraiment. À la candéon, à la guitare, à la guitare électrique, j'en sais rien. Ça sonne tout le temps. Et je connais quelque chose que j'adore qui s'appelle Back in Brazil. Et le concerto italien en mode samba, c'est irrésistible.
- Speaker #1
Attends, est-ce que c'est dans ma playlist ? Parce qu'il faut quand même que je dise que tu m'as préparé une playlist, je trouve ça trop sympa, adorable. Parce que je te l'avais demandé, je t'avais dit, tu sais, moi, je ne suis pas quelqu'un qui écoute beaucoup de musique classique. Donc, comment je pourrais commencer ? Tu m'as dit, je vais te préparer une playlist. C'est adorable. Est-ce que c'est comme ça que tu fais des convertis ? Parce que tu me disais que tu, justement, autour de toi, enfin, quel âge t'as, Mathis ? 28 ans. T'as 28 ans. Comment tu fais pour intéresser les personnes autour de toi à ça ?
- Speaker #0
Eh bien, mes amis sont quand même plus ou moins intéressés. Par le classique, franchement.
- Speaker #1
Grâce à toi ?
- Speaker #0
Peut-être que je les porte un peu, ouais.
- Speaker #1
Tu leur fais des playlists ?
- Speaker #0
Non mais je les emmène à des concerts, on en parle, je fais écouter des trucs. C'est sûr que c'est toute ma vie, ça fait partie de moi. Ils m'ont forcément accompagné à des concerts, on m'a forcément mis des disques dans la voiture en vacances.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que t'as mis dans cette playlist ? Est-ce que t'as mis du bac ?
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Ah bah oui, forcément. Comment t'as choisi ?
- Speaker #0
Comment j'ai choisi ?
- Speaker #1
Comment tu fais une sélection à quelqu'un à qui tu veux faire découvrir la musique classique ?
- Speaker #2
Mais surtout quelqu'un que tu connais pas du coup, parce que tu connais pas assez goût à Pascal.
- Speaker #0
Non mais... J'ai senti que cette chose de techno t'avait interpellé, donc j'ai essayé de prendre des trucs très rythmiques. Ah j'adore. Mais ça a souvent été remixé d'ailleurs quand même, la musique les signes. Ah bien sûr. Mais Bach, t'as raison, ça s'y prête à toutes les formes.
- Speaker #1
Il est universel en fait. On va revenir un petit peu aux jeunes musiciens. À ton avis, à quel âge se joue vraiment la différence entre un futur grand musicien et un bon musicien ?
- Speaker #0
Tôt. Assez jeune quand même.
- Speaker #1
Quel âge ?
- Speaker #0
Je pense qu'à 18-19 ans, c'est...
- Speaker #1
D'accord, j'aurais pensé même plus tôt que ça. T'allais dire à 9 ans.
- Speaker #2
Non, peut-être pas 9 ans, mais moi j'attendais genre 15 ans. Ça dépend,
- Speaker #0
non, parce qu'il y a quand même des parcours aussi différents, de gens très très forts mais qui n'ont pas vraiment beaucoup travaillé, et qui se mettent à travailler un peu tard, vers 18, 17, 18 ans.
- Speaker #2
Et c'est pas trop tard ?
- Speaker #0
Si t'es très fort au départ, et que t'as beaucoup travaillé petit, non, c'est rattrapable. Par contre, commencer tard, non. Mais voilà, je pense à peu près à cet âge-là.
- Speaker #2
Et tu sens que c'est la même exigence de travail pour tous les instruments ? Ouais. Il y en a pas un où c'est un peu plus compliqué ? Moi, je vois le violon, par exemple. dans ma boîte de prod on travaille avec Catherine Lara c'est jusqu'à maintenant je sais pas quel âge elle a mais jusqu'à maintenant c'est 5-6 heures de vie en par jour c'est incroyable tu vois et je sais pas si le piano demande autant d'exigence en termes d'investissement de temps le piano si,
- Speaker #0
parce que le piano contrairement aux autres instruments il joue tout le temps En musique de chambre, dans un quintet, dans une sonate, en duo, en trio, que sais-je, le piano est tout le temps là. Avec les chanteurs c'est pareil, et en solo évidemment. Toute la musique à gérer seule. Donc non, le piano, c'est quand même un instrument où il faut passer beaucoup, beaucoup de temps parce qu'il y a beaucoup d'informations à récupérer. Après, il y a des instruments, peut-être qu'on n'y passe pas 9 heures par jour non plus au bout d'un certain moment. Mais il y a quand même une rigueur à garder, oui. Ça,
- Speaker #2
c'est sûr.
- Speaker #1
Et la concurrence entre les jeunes musiciens, est-ce que tu trouves que c'est une concurrence saine qui va les pousser en avant ou ça peut être destructif ?
- Speaker #0
Ça dépend de quel bois on est fait mais... Oui, il faut quand même être bien accroché, ouais.
- Speaker #1
Non mais dis les choses, parce que je sens que tu te retiens. Non, non,
- Speaker #0
mais c'est vrai que la concurrence est hyper rude, ça reste quand même des artistes, donc des gens très sensibles, il faut avoir en soi cette force.
- Speaker #1
Vraiment. Et toi, tu décèles les personnes qui l'ont ou qui l'ont pas ?
- Speaker #0
Ouais. J'ai pas l'oreille absolue de... pour détecter ça, mais oui, quand même. On voit bien. Et d'ailleurs, il y a des gens qui n'ont pas les carrières qu'ils devraient avoir, parce que justement, il en manque, ça. Je pense que c'est un génial.
- Speaker #2
Et puis il y a aussi, j'imagine, l'entourage qui joue beaucoup dans ça, surtout quand t'es jeune, en fait.
- Speaker #0
Quand t'es jeune, c'est vraiment l'entourage qui va faire la différence.
- Speaker #2
Justement, on va arriver à l'entourage, donc la présence des parents. Alors, on sait que les parents sont quand même indispensables, je pense, dans la construction d'une carrière quand t'es jeune. Ils vont soit pousser ou soit ils vont peut-être pas être là. Ça t'est arrivé de devoir mettre des parents un petit peu de côté parce que tu sentais qu'ils étaient trop présents ?
- Speaker #0
Non ça m'est pas arrivé de moi mais ça m'est arrivé de vouloir le dire à des parents que je peux voir, vraiment
- Speaker #2
Et tu t'es pas senti, enfin tu l'as pas fait pour quelles raisons ?
- Speaker #0
Parce que j'ai eu peur de que ce soit malvenu en fait ou mal poli ou mal... Mais oui,
- Speaker #2
je vois des parents qui mettent une pression dingue.
- Speaker #0
Et en fait, qui taillent des costumes trop grands à leurs enfants. Ou alors qui appuient trop. Et ensuite, il y a une espèce de descente. Une fois que le souffle est passé. on ne sait pas construire soi-même. C'est toujours maman qui a tout fait. Ce n'est pas facile, ça.
- Speaker #1
Mais c'est propre à la musique classique, tu crois ?
- Speaker #0
Oh non, il y a ça sûrement dans le sport aussi.
- Speaker #1
Ou le projet Mbappé, tu sais.
- Speaker #0
Oui, Mbappé, à mon avis, c'est toute une entreprise familiale. Un talent, des parents malins qui ont tout de suite vu qu'il y avait un talent exceptionnel chez l'enfant. Et ensuite, on sait où ça va mener.
- Speaker #2
mais Est-ce que justement il y a des leçons qu'on peut tirer du sport et qui peuvent nous servir dans la musique classique parce qu'on a un peu les mêmes enjeux au début ?
- Speaker #0
Pour moi c'est vraiment très similaire parce que le sport il faut avoir commencé tôt les gymnases ils ont commencé, c'est pareil dans le classique pareil puis tout, athlétisme au foot, n'importe quel grand joueur ou de basket, peu importe le sport je pense quasiment ça se joue dès l'enfance, un talent en fait enfant, vraiment un talent comme ça inné et un peu un goût de la chose, de la discipline.
- Speaker #2
En musique classique, justement, tu dirais le point de départ, c'est quel âge ? À quel âge c'est trop tard ?
- Speaker #0
Je ne sais pas. À l'adolescence, commencer à l'adolescence, ce n'est quand même pas facile. Ça s'est vu, mais il faut être très très fort. Je sais pas si c'est vraiment un âge ou si c'est trop tard, bon après dans l'âge adulte c'est trop tard. Franchement on pourra jamais rivaliser avec un enfant ou avec un adulte qui a commencé enfant. Ça pourra jamais...
- Speaker #1
C'est sûr. Non.
- Speaker #0
Et le sport c'est pareil, faire de la gym tu seras jamais... aussi souple que telle athlète chinoise ou russe ou française qui a fait les JO par exemple cet été.
- Speaker #2
Vas-y, pardon. Je suis dans mon courant d'idées là. Non, je ne sais plus, je l'ai perdu.
- Speaker #1
Non mais justement quand tu es avec ce genre de cas où tu sens qu'il y a une pression qui peut être malsaine de l'entourage vis-à-vis de l'enfant tu vois des signaux d'alerte ? Tu sens que l'enfant est impacté ? Ou est-ce qu'au contraire il est encore dans son moule et puis c'est plus tard que ça va se déclencher ?
- Speaker #0
Oui, on peut voir quand même des enfants assez étranges socialement je pense franchement,
- Speaker #1
pas très adaptés ça c'est sûr Mais c'est des parents qui sont souvent musiciens eux-mêmes ? Parce que toi par exemple, t'es devenu pro mais t'avais pas de parents musiciens.
- Speaker #0
Non, non souvent. Bon bien sûr ça existe les fils de musiciens, mais c'est pas les enfants de grands musiciens qui sont en général les plus grands musiciens. C'est quand il y a un musicien qui a pas vraiment fait carrière mais qui du coup met toute son énergie dans son enfant, il projette là ça marche, là ça marche à 200%. En général les grands musiciens veulent pas faire eux-mêmes de leurs enfants des produits.
- Speaker #2
Oui, parce qu'ils savent ce que ça coûte.
- Speaker #0
pas du tout du tout. Et si on revient sur Bach, tu sais la famille Bach c'était une des plus grandes familles en fait de musiciens de l'histoire et ils sont tous tous musiciens, c'était des familles assez incroyables. Ses enfants étaient très doués, son père aussi.
- Speaker #1
Et pourquoi on connait que Jean-Sébastien ?
- Speaker #0
Ah non, les gens qu'il tient...
- Speaker #1
Non mais pour Philippe-Emmanuel... Oui mais pour les gens comme nous qui sont plus confidentiels les autres, c'est vrai. Je savais même pas que c'était des familles de musiciens par exemple.
- Speaker #0
Ah si, la famille Bach c'est une énorme famille de musiciens. un peu comme des artisans, en fait, de père en fils. Oui.
- Speaker #2
Et toi, à défaut de faire une réflexion aux parents, comment tu protèges ou en tout cas, comment tu réagis quand tu vois un enfant vraiment trop mis sous pression avec ses parents ? Quel est ton rôle à toi dans ça ?
- Speaker #0
Moi, mon rôle, il est... Je ne sais pas, je leur parle mentalement. Je ne me vois pas de leur dire, honnêtement. Ce n'est pas à moi de le faire.
- Speaker #2
Ce n'est pas ton rôle.
- Speaker #0
C'est un rôle peut-être maintenant ou au jour.
- Speaker #1
Pourquoi tu dis que ce n'est pas ton rôle, justement ?
- Speaker #0
Parce que ce ne sont pas mes artistes. Donc voilà, ce sont des gens que je vois dans le paysage. Ah d'accord. Ce ne sont pas tes artistes.
- Speaker #1
Si t'étais artiste, t'aurais eu...
- Speaker #0
Si t'étais artiste, oui.
- Speaker #2
D'accord, ok.
- Speaker #0
d'accord mais je vois les enfants tu vois la relève qui arrive là les très jeunes 14 15 ans qui sont assez connus qui joue pas mal que je suis d'assez près voilà c'est pas mon rôle même si je de l'amitié en plus pour eux, on se connaît, mais ce ne sont pas mes artistes. Donc je ne me voyais pas vraiment, si on soit quelqu'un d'autre. Tu vois, c'était peut-être un peu malvenu, mais c'est sûr que si je vivais ça avec un artiste, ça serait quelque chose que je prendrais en compte.
- Speaker #1
Justement, on parle beaucoup aujourd'hui de la santé mentale. C'est vraiment un thème qui revient, c'est une question qui est hyper importante. Tu sens que justement, les musiciens de musique classique, ils ont une santé mentale plus fragile ou au contraire plus forte vis-à-vis de leur expérience ou des problèmes de l'entourage ?
- Speaker #0
C'est tout le propre des artistes qui réussissent, je crois. C'est une grande fragilité et en même temps une force énorme qui leur permet de tenir et de ne pas s'effondrer. Mais oui, ce n'est pas les gens les plus heureux et les moins tourmentés du monde, ça c'est sûr.
- Speaker #2
Est-ce qu'il y a des outils aujourd'hui, des recours, des méthodes auxquelles peuvent avoir recours les jeunes musiciens par exemple s'ils veulent arriver à mieux s'équiper mentalement, supporter cette pression que ça leur demande ?
- Speaker #0
Pas franchement, je crois pas je vois pas ce que a priori, non un très bon entourage mais ça c'est pas vraiment un recours qu'on peut... Il est là où on peut avoir accès. Oui,
- Speaker #2
c'est pas actionnable à la demande.
- Speaker #0
Non, non. Et je crois que les choses ont assez peu évolué dans l'enseignement. Ça reste quand même toujours la même chose. Comme j'imagine le ballet de l'opéra, ça évolue un peu, mais bon, ça reste quand même la même chose.
- Speaker #2
C'est quelque chose que t'aurais aimé voir évoluer aujourd'hui ? Ou t'aurais aimé qu'il y ait des solutions, justement, pour l'avoir ? Pour en avoir été témoin ?
- Speaker #0
C'est assez étonnant parce que ça peut briser des existences et en même temps c'est ça qui crée des talents immenses. Non mais c'est terrible. Mozart, son père était un grand compositeur reconnu de son temps, etc. tout de suite vu le talent de son fils et il lui a fait faire le tour de l'Europe jusqu'à le rendre malade en voyage, etc. Et pour le faire jouer partout. Et ça a donné Mozart. Donc, c'est très étonnant. On vole une enfance pour ensuite donner une vie de talent et une vie d'art. Mais c'est... Le prix à payer est très fort. Et je vois pas vraiment comment on peut changer ça. Finalement.
- Speaker #2
Est-ce qu'il n'y a pas une façon plus équilibrée de voir les choses ?
- Speaker #0
Si, si, bien sûr. après ça dépend dépend aussi beaucoup des parents parce que quand on a huit ans c'est quand même nos parents qui sont responsables de nous et qui auront géré la plupart des choses. Donc ça c'est entre leurs mains.
- Speaker #1
Mais Pascale faisait une remarque intéressante quand on est sorti du concerto de Clément Lefebvre l'autre fois. Elle a noté que finalement le classique n'a pas évolué. C'est toujours dans ses codes. C'est toujours le soliste, son instrument, le public qui attend.
- Speaker #2
On n'applaudit peintes, le morceau,
- Speaker #1
on écoute, la tenue vestimentaire... Tu vois, il y a un truc comme ça qui est un peu...
- Speaker #2
Un peu sacralisé.
- Speaker #0
Ça, c'est un truc que j'aimerais bien faire avancer, par contre.
- Speaker #2
T'aimerais bien voir André Agassi arriver avec sa tenue violette et sa...
- Speaker #0
Ouais, ou je sais pas, au moins, s'habiller comme on veut, quoi. Avec style, genre...
- Speaker #1
Sofiane Pamard, il le fait un peu.
- Speaker #0
Sauf Yann Pamar, c'est encore autre chose.
- Speaker #1
Oui, mais du coup, il a son style vestimentaire, tu vois.
- Speaker #0
Il est très décrié dans le milieu du classique. Moi, c'est quelqu'un que je trouve doué, honnêtement. Je n'écouterais pas sa musique des heures, mais je ne trouve pas ça inaudible ou désagréable. C'est quelqu'un qui a des moyens pianistiques et qui a une bonne tête pour faire de la musique improvisée.
- Speaker #1
Mais tu ne trouves pas qu'il vient un peu casser les codes, justement, du classicisme ?
- Speaker #0
En fait, il ne s'est pas du tout fait intégrer dans le milieu. Et il n'est pas du tout dans le réseau classique.
- Speaker #1
Est-ce qu'il casse les gottes peut-être qu'il n'a pas été intégré ?
- Speaker #0
Parce qu'il ne joue pas vraiment du classique. D'accord. Il a une formation classique et ça ressemble à du classique.
- Speaker #2
Aujourd'hui, c'est plus du piano pop, je dirais.
- Speaker #1
Oui, oui, oui.
- Speaker #0
Piano pop ou je ne sais pas comment on pourrait appeler ça, le néoclassicisme. On revient à des trucs un peu simples qui est complètement opposé à Schoenberg dont on parlait ou Boulez ensuite. On est rentré dans un XXe siècle avec une musique un peu déchiquetée. parfois, et là on revient à des choses beaucoup plus simples comme Philip Glass ou Harvo Part, que j'aime beaucoup en plus. Et Sophie-Anne Pabart, elle est peut-être un peu plus dans cette vête-là. Et surtout il n'interprète pas de partition, à priori, il ne joue jamais une sonate de Mozart.
- Speaker #2
Mais est-ce que tu trouves pas justement que ce côté un petit peu... ça rend pas la musique classique un peu à part, tous ces codes vestimentaires ? Comment t'aimerais casser ça ?
- Speaker #0
Bah ça c'est pas facile mais... je sais que dans d'autres pays c'est pas du tout comme ça notamment les pays slaves où la musique est beaucoup plus accessible à tout le monde si je reparle de Ruslan il sait improviser,
- Speaker #1
il sait faire de la musique traditionnelle il touche un peu au jazz voilà il y a quelque chose de beaucoup plus organique en fait il a plus de cordes aussi il peut à la fois jouer des choses très classiques et du folklore il fait un peu tout ce qu'il entend sans cloisonner c'est
- Speaker #0
parfois les Les musiciens classiques certains peuvent être quand même très très enfermés, tu vas pas avoir beaucoup de rythme, pas beaucoup de lâcher prise, pas beaucoup de charisme sur scène, des choses qui sont quand même importantes. Et oui, ils peuvent créer peut-être une distance avec le public et après, pour changer ça vraiment... Je sais pas si j'ai la réponse ce matin.
- Speaker #1
Moi j'ai des musiciens qui ont travail dans la boîte de prod qui parfois viennent du classique et ont du mal à improviser quoi, ou à jouer sans partition. Pour eux c'est quelque chose qui est quasiment inconcevable. Ils ont beaucoup de mal tu vois à... Alors bah là c'est ton solo, amuse-toi et tout, et là ils sont un peu perdus...
- Speaker #0
Impossible.
- Speaker #1
Mais c'est drôle je trouve parce qu'ils maîtrisent tellement d'instruments, tu devrais te dire bah tu peux t'amuser avec, faire ce que tu veux. En fait non, ça les bloque un peu.
- Speaker #0
Ouais c'est vraiment bloquant. Il faut avoir travaillé ça aussi en fait. Si t'as travaillé l'improvisation, c'est quelque chose qui s'est perdu au fil de l'histoire de l'enseignement de la musique parce que l'improvisation c'était obligatoire. Tu vois, Bach, Mozart, Beethoven, Liszt, Chopin, c'est des improvisateurs hors du commun, des génies de l'improvisation. Vraiment. Et ça faisait complètement partie de la formation musicale pendant très longtemps.
- Speaker #1
Mais ça signifie jouer sans partition. C'est ça la définition.
- Speaker #0
Improviser, c'est ça. on te donne un thème, tu le développes t'imprécises
- Speaker #2
impromptu.
- Speaker #0
Tu crées une mélodie, tu la développes. C'est vrai que c'est quelque chose qui s'est pas mal perdu. C'est dommage.
- Speaker #2
Tu veux dire que dans les concerts classiques à l'époque, il y avait une part d'interprétation de partition et une part de freestyle ?
- Speaker #0
Notamment dans les concertos, qui sont les œuvres avec orchestre. Traditionnellement, dans le premier mouvement d'un concerto, il y a ce qu'on appelle une cadence qui est à la fin du morceau, la fin du mouvement. où le soliste va avoir un grand solo et va pouvoir montrer toute sa virtuosité toute son explosivité sans l'orchestre et ça c'était improvisé avant c'est génial il
- Speaker #1
revient après dans le thème donc il arrive,
- Speaker #0
il rebondit c'est comme du jazz dans un premier mouvement de concerto il y a deux thèmes en général il va prendre un thème, il va le transposer il le transpose, il le développe il le mélange avec le deuxième thème. Enfin voilà, on reconnaît les éléments du mouvement très très bien.
- Speaker #2
Mais alors ces éléments ont disparu aujourd'hui donc le classique se renferme encore plus sur ce qu'il est, le classique. Donc voilà ce qu'on disait avant, on applaudit pas entre les morceaux etc. C'est code en fait. C'est quoi l'avenir alors du classique dans une époque qui évolue dans notre époque contemporaine ? Comment est-ce que le classique trouve encore sa place, se développe ?
- Speaker #0
Je rebondis juste sur les applaudissements. C'est vrai qu'applaudir parfois entre les oeuvres, ça peut vraiment déconcentrer. Et ça peut être contre-productif musicalement. Parfois c'est vrai que c'est gênant, on a envie d'applaudir, et on n'applaudit pas, ou là il y a une chaîne. Parfois c'est vraiment nécessaire. de garder le silence et d'enchaîner les mouvements sans applaudissements.
- Speaker #2
Et le signal doit venir de l'artiste ? Oui,
- Speaker #0
de l'artiste. J'ai un exemple très marrant d'un grand concert de Vadim Kolodenko, qui est un magnifique pianiste. et qui a enchaîné ces deux parties de programme sans applaudissements. Et il a quand même joué une grande oeuvre qui durait 20 minutes. Donc bon, les gens commencent à applaudir et il a fait comme ça. Et d'un coup, il s'est posé au clavier et il a fait tu. Et là, ça c'est tu !
- Speaker #2
Il a éteint l'interrupteur.
- Speaker #0
C'était extraordinaire. Et en fait, il y avait une vraie volonté artistique derrière. Il voulait que ça s'enchaîne. Tu vois, il voulait que ça partit de concert. Il n'y ait pas d'applaudissements. Glenn Gould détestait les applaudissements aussi. C'est pour ça qu'il a arrêté la scène, notamment. notamment, enfin, une des raisons, à ce point-là. C'est pas que pour ça, mais c'est quelque chose qui le gênait énormément.
- Speaker #2
Je reviens à ma question, c'est quoi l'avenir de la musique classique dans une époque contemporaine où on reste assez attaché au cérémonial ?
- Speaker #0
Bah pour moi la musique classique son avenir c'est que c'est une musique live en fait. C'est bien en live le classique, je trouve. Moi pour faire découvrir du classique aux gens je les emmène au concert. Parce qu'il y a un truc magique qui se passe... ...quand c'est un bon concert.
- Speaker #1
Ouais tu peux pas le savoir en avance.
- Speaker #0
Et ça euh... voilà ce... ce... Cet aspect là vraiment de musique live qu'on essaie quand même de retrouver un peu de plus en plus, j'ai l'impression. Quelque chose de plus authentique pas d'autotune, vraiment un moment de partage. Ce que j'adore dans les clubs de jazz exemple tu vois où là c'est complètement ça fait partie de l'adn en fait c'est j'allais dire le jazz est fait pour le live ouais et le classique pour moi aussi en fait donc il ya vraiment se amener les gens au concert c'est ça vraiment faire les disques etc évidemment c'est génial mais ça concerne quand même pas la
- Speaker #1
grande plus grande majorité et tu sens que les jeunes on arrive à les attirer encore dans le classique
- Speaker #0
Bah Paris surtout ouais quand même là quand tu vas dans les salles de concert comme la Fille d'harmonie c'est très jeune ou aux grandes Halles de la Villette tu vois je suis allé voir deuxième symphonie de Mahler mise en espace par Castellucci qui était un truc qui a fait un peu de et franchement il y avait que des jeunes quoi. Vraiment. C'est bien, ouais c'est bien. C'est bien, c'est bien. Et aussi ouais, ramener la musique classique pour tous les gens qui aiment la culture globalement, disons si on schématise, tu vois si t'aimes aller au musée, faut aller aussi aux concerts classiques quoi. Parce que j'ai plein de copains... qui sont passionnés de peinture mais qui peuvent peut-être mettre cet art-là un peu de côté parfois, ou du cinéma mais il faut le raccrocher je pense.
- Speaker #2
Il faut la vivre cette expérience. C'est comme aller au théâtre,
- Speaker #0
c'est vraiment le théâtre tu peux lire la pièce, c'est super mais aller au théâtre c'est une expérience. Il se passe un truc. Et au concert classique, parfois, je m'ennuie terriblement. Et en fait, ça me met en difficulté parce que j'ai envie de partir, mais il reste 1h15 de programme. Non, mais c'est vrai,
- Speaker #1
tu vois.
- Speaker #0
Et je trouve aussi que le concert classique, qui demande de l'attention, de la concentration pendant de longues minutes, de longues heures en fonction des œuvres, par exemple un opéra, ça, c'est très important. Aujourd'hui, où on est tellement interrompus tout le temps, On fait tout le temps par nos téléphones, dès qu'on a une seconde dans le métro, on scrolle, on regarde des vidéos pendant deux secondes, on fait vraiment des trucs débiles. C'est vrai. On se rend compte, je pense que les gens ont une prise de conscience en ce moment.
- Speaker #2
C'est méditatif presque. Tu te concentres.
- Speaker #0
Voilà, tu arrêtes. Et même si c'est pénible, et bien moi des concerts pénibles m'ont sûrement apporté des choses. J'adore. Que j'ai médité pendant ce temps-là. J'ai réfléchi, je me suis ennuyé, j'ai pas bougé et voilà. Et en fait j'étais content à la fin parce que...
- Speaker #1
Et c'est important de s'ennuyer, on oublie en fait. que ne rien faire ou juste être en prendre quelque chose et pas forcément dans l'action permanente c'est hyper important pour le cerveau c'est pas grave,
- Speaker #0
tu vas s'ennuyer c'est essentiel alors il y a des concerts où on s'ennuie pas du tout, on en redemande et il y a des concerts où on s'ennuie mais je crois que ça fait partie de l'expérience mentale on va se le dire, les meilleures siestes au concert c'est les meilleures c'est vraiment t'es assis dans quelque chose disons les choses tu n'es plus réparatrice,
- Speaker #1
t'es au fond,
- Speaker #2
t'es bercé Moi je me posais une question par rapport à ton roster, donc quand tu fais cohabiter deux univers, donc on l'a dit, les jeunes talents et des artistes qui sont là depuis beaucoup plus longtemps, il n'y a pas un risque que l'un écrase l'autre ?
- Speaker #0
Alors non, par contre il y a plutôt un risque sur la même génération. Là ça peut être difficile quand tu as le même profil, c'est à trois pianistes qui ont entre 25 et 30 ans, qui sont tous les trois en train de faire leur premier disque, là c'est pas facile. De toute façon il faut avoir des personnalités différentes, je crois. vraiment faux, chacun soit...
- Speaker #2
Et de toute façon, tu le disais, le répertoire est tellement grand que chacun trouve aussi son langage. C'est ce qui différencie aussi un pianiste d'un autre.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Dans tout cet écosystème de musique classique, comment tu tu es très mineur toi ?
- Speaker #0
Alors j'ai des frais mensuels que je facture à mes artistes qui sont en fait une sorte de cotisation pour être dans l'agence ça ne m'amène pas à un fixe réellement c'est pas ça qui peut... mais sans ça une agence ne peut pas tenir s'il n'y a pas une cotisation mensuel ou annuel, ça dépend comment... Et ensuite, 15% du montant brut des cachets, et en général négocié à part. Je ne facture jamais 15% sur le cachet. Donc si un article... gagne 2000 euros je sais de mille demandes jusqu'à 200 300 euros de com en plus de la commune donc ça c'est et je suis très malheureux quand j'arrive pas à voir macom payer en plus ça commence à le c'est assez confortable pour l'artiste en fait là où il où les agences anglo-saxonnes facturent sur le cachet direct. Donc, on peut avoir une impression quand même, ils prennent 20 %, où en fait, là, c'est vraiment moins 20 %, c'est comme une sorte d'impôt, en fait, de taxe. Enfin, ça peut être ressenti comme ça. C'est 20 % sur tout.
- Speaker #2
Et ton rôle, c'est de leur trouver des concerts, des festivals, de les placer ? Bien sûr, bien sûr,
- Speaker #0
tout à fait.
- Speaker #2
Et comment tu places un artiste ? Comment tu défends un artiste ? Auprès de qui, déjà ?
- Speaker #0
Auprès d'organisateurs que je connais, en général. Moi, je crois beaucoup au réseau. On croit beaucoup à connaître les gens. lancer des bouteilles à la mer, alors ça marche et il faut le faire mais ça reste des bouteilles à la mer et on n'est jamais sûr de l'endroit où elle atteigne le rivage donc comment faire t'as déjà un exemple comme ça,
- Speaker #1
t'as jeté une bouteille à la mer et puis ça a fonctionné,
- Speaker #0
comme tu l'espérais oh oui oui bien sûr, ça peut arriver bien sûr bien sûr et je suis assez sensible en termes de timing aussi parfois je repousse des mails et je me réveille je me dis c'est maintenant et en fait ça marche ah putain c'est drôle c'est un fils Il y a un feeling, c'est des gens qui sont à l'autre bout du pays ou qui n'ont aucun contact, mais je ne sais pas. Il y a des moments pour recevoir des mails, parce que les organisateurs de concerts, ce sont des gens en général assez cultivés, qui ont des gros égaux aussi. Il faut dealer avec les égaux des organisateurs.
- Speaker #1
Les artistes et les organisateurs du coup.
- Speaker #0
Voilà, il faut dealer avec...
- Speaker #2
Qui a plus d'égo ?
- Speaker #0
Ça dépend. Ça dépend. C'est vrai ? Ouais, ça dépend. C'est bizarre. Non, non, il y a des gens... je peux comprendre aussi il y a des directeurs artistiques qui sont des véritables bâtisseurs, qui ont fait des choses incroyables qui ont lancé des carrières donc voilà il faut dealer avec ça il faut quand même, il faut beaucoup de doigté il faut beaucoup d'habileté et comment je défends ? En connaissant très très bien ce qu'ils jouent en fait mes artistes en connaissant parfaitement leur programme, leur répertoire et en pouvant tout de suite du tac au tac même sur un coup de fil où tu sens que tu perds la prise tu vois parce qu'on vient de reposer du Ravel et en fait elle te dit qu'elle en a déjà trois. Tout de suite rebondir, et même une deuxième fois où tout de suite, musique de chambre, alors, j'en sais rien. C'est pour ça que connaître le répertoire c'est important, parce que sinon tu te retrouves un peu bête. Si t'es pas très vif, si t'es pas au taquet sur le truc, la personne te dit merci.
- Speaker #2
En tout cas t'as l'air d'avoir une mémoire gigantesque, parce que tout à l'heure, tu étais capable de me donner dans l'ordre le programme de Clément d'il y a un mois.
- Speaker #0
Je ne sais pas, j'ai une bonne mémoire.
- Speaker #1
Du coup, on va s'en servir tout de suite. Tu te rappelles de ton premier concert ?
- Speaker #0
Ah oui ! Tu vois, j'ai joué Dr Gradus à Parnassum. Pas avant, t'étais qui ? Dr Gradus à Parnassum, c'est une pièce des Children's Corner de Debussy.
- Speaker #1
Ok,
- Speaker #0
le Doctorat de Soparnation, je crois que c'est un traité de musique genre 17e, tu vois, en latin et tout, un peu aride. Et Debussy avait repris le nom, il a fait une petite pièce virtuose pour enfants, c'est un petit clin d'oeil, un petit hommage.
- Speaker #2
Est-ce qu'il y a un talent que t'aimerais représenter ou peut-être qui n'est plus de ce monde et que t'aurais adoré représenter ?
- Speaker #0
Mozart !
- Speaker #1
Non, non,
- Speaker #2
calme-toi. Agent de Mozart.
- Speaker #0
C'est ça, regarde.
- Speaker #2
Non, agent de Bach.
- Speaker #1
Agent de Bach. Agent de Bach, c'est ça.
- Speaker #0
Je ne sais pas représenter, mais en tout cas, côtoyer, c'est le duo Liszt-Chopin, Georges Sand, Marie Dagou. J'aurais bien voulu être dans un petit coin. cette période là et accompagner les concerts de ces gugus là oui Liste Chopin.
- Speaker #1
Chopin qui est né au même jour que moi. C'est vrai ? Oui, 1er mars.
- Speaker #0
Ah ouais c'est juste pour finir. C'est une fête nationale en Suisse. dans le canton de Neuchâtel.
- Speaker #1
Ah bon ?
- Speaker #0
1er mars.
- Speaker #1
D'accord. Tu es suisse, t'as Dorine ? Comment tu sais ça ?
- Speaker #0
Il est vécu en Suisse. Il en mange de la tarte aux prunes.
- Speaker #1
D'accord. Le 1er mars. Je crois que ça découle de plein d'infos, en fait. C'est fou.
- Speaker #2
Un rêve que tu aurais pour la musique classique ? Un rêve de développement ?
- Speaker #0
Un rêve que je ferais, ce serait vraiment de donner l'opportunité de jouer aux enfants beaucoup plus. Parce que tu parlais du cloisonnement au concert, mais au conservatoire c'est encore pire. Au conservatoire, c'est les fils de profs, c'est les fils de médecins, il y a quand même une reproduction sociale énorme dans ce milieu. Et ça, si on pouvait amener la pratique instrumentale... un peu mieux, voire beaucoup mieux que ce qu'on fait aujourd'hui.
- Speaker #2
La démocratise et l'armement élitiste.
- Speaker #0
Il faut le dire,
- Speaker #2
c'est très élitiste. C'est un milieu quand même très élitiste. Oui,
- Speaker #0
c'est élitiste sur beaucoup d'aspects, en fait. C'est élitiste sur l'exigence de la pratique, c'est élitiste aussi financièrement. C'est vrai que les instruments, ça coûte quand même cher, même si le conservatoire, c'est gratuit, mais bon...
- Speaker #1
Mais le mot fait peur.
- Speaker #0
Tu vois, le conservatoire ? Ouais. Non, mais c'est vrai.
- Speaker #2
Le mot veut qu'il...
- Speaker #1
Moi, je me rappelle à l'époque...
- Speaker #0
Oui, ça fait peur. Ça le fais-je.
- Speaker #1
Tu me parles pour une bonne expérience, tu vois.
- Speaker #2
Ça le fait, je vois.
- Speaker #1
Je faisais du piano.
- Speaker #2
Tous les enfants.
- Speaker #1
Mais c'est ça. Je faisais du piano avec une prof à domicile, tu vois. Je jouais du violon et tout. Mais le conservatoire, c'était un truc qui me bloquait. Je ne voulais pas le faire. Il y avait un truc un peu... Je ne sais pas. Le mot, il n'est pas attrayant.
- Speaker #2
Oui, c'est vrai.
- Speaker #1
Je trouve que c'est peut-être un... L'univers qui tourne autour, il est peut-être un peu à modifier ou à assouplir ?
- Speaker #0
Ouais, il est quand même assez rude. C'est difficile en tant qu'enfant, tu vis des... Sortir de cours en pleurant, ça nous est tous arrivé, tu vois. Ça c'est sûr.
- Speaker #2
T'as le souvenir de... T'as vu le film Whiplash ?
- Speaker #0
Ouais,
- Speaker #1
ouais, j'ai vu,
- Speaker #2
ouais. Est-ce que t'as croisé dans ta vie des profs un peu comme ça ? Ouais, ça. Ah ouais ?
- Speaker #0
Moi personnellement non, mais oui j'ai des histoires de gens vraiment comme ça. Les profs à certains niveaux, les profs qui vont former des professionnels, peuvent avoir un côté un peu gourou. Ça, ça arrive.
- Speaker #1
Oui, il y a même des histoires. un peu de harcèlement dans les jeunes filles et tout. Des histoires pas très clean. Mais tu retrouves ça dans le sport aussi. C'est la même chose. Des profs de gym, des profs de natation.
- Speaker #2
La proximité, à un moment donné, il y a ce... risque.
- Speaker #1
Il y a cette dérive parfois dans l'emprise.
- Speaker #0
Une espèce d'admiration énorme pour la personne, donc tu lui dis oui quoi.
- Speaker #1
Et puis les parents qui ont trouvé cette personne venue, tu vois, prendre en charge l'enfant et l'emmener le haut ou loin et tout, et donc ils font une confiance aussi.
- Speaker #0
Oui ça c'est beaucoup vu ça, ouais ça c'est sûr. Alors pas forcément peut-être des trucs, enfin si en plus sûrement des trucs qui pourraient être passibles de poursuites largement, mais du moins d'emprise et de... Ouais, ça c'est sûr.
- Speaker #1
Tu connais des cas toi qui ont vécu ça ? Ou des gens autour de toi ? Ah ouais ? C'est vrai ? Mais qui en parlent aujourd'hui ou qui sont encore...
- Speaker #0
Discrètement même. Mais ouais bien sûr, je connais des gens qui s'y sont arrivés.
- Speaker #1
On va pas dénoncer aujourd'hui. Mais bon, ça reste un problème à soulever. Ça fait partie du milieu et malheureusement c'est pas le seul milieu qui est impété.
- Speaker #2
Il n'y a pas encore de recours. Ça reste un peu tabou, caché comme dans beaucoup de milieux encore.
- Speaker #0
Ah si, il y a eu quand même une histoire qui a fait beaucoup de bruit au conservatoire avec...
- Speaker #1
Il y a un an je crois que je connais ça.
- Speaker #0
Oh un peu plus, mais peut-être que les derniers jugements c'était il n'y a pas longtemps, c'était peut-être il y a encore un an, c'était un peu le point de départ de tout ça, ça a presque coïncidé avec MeToo je pense. Ouais, d'accord. En fait, tu vois... Et après moi tous les gens que je connais qui sont pas en lien avec ce sujet là, eux ils diront rien. Mais j'en connais plein. J'en connais vraiment plein.
- Speaker #1
Mais ils disent rien parce que... C'est une omerta ou parce que...
- Speaker #0
Il y a la prescription, ouais et puis non c'est difficile de...
- Speaker #2
C'est mettre le doigt dans un engrenage.
- Speaker #0
C'est ça, tu mets le doigt dans un engrenage. Ça, ça le voit. Oui, exactement.
- Speaker #1
Les familles aussi qui n'ont pas vu, les parents qui n'ont pas vu, c'est problématique. Ou qui veulent l'avoir,
- Speaker #0
je ne sais pas. Peut-être même plus là. Oui, genre. comme l'affaire Beta c'est ça non ?
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
c'est vrai, les gens qui ont 45 ans maintenant, ils ne courent jamais rien dit de leur vie. Donc là, c'est plutôt ce cas de figure-là, tu vois, d'accord ? Les gens que moi je connais en tout cas.
- Speaker #2
Un conseil que tu donnerais à des parents de jeunes musiciens talentueux ?
- Speaker #0
Peut-être que si on découvre un talent très très fort, envoyer l'enfant ailleurs en fait. Tu vois, le laisser se développer tout seul en internat ou dans des écoles spécialisées.
- Speaker #2
Donc l'éloigner en fait.
- Speaker #0
Peut-être pas trop le couver, enfin j'en sais rien mais c'est des choses qui ont plutôt bien marché de ce que j'ai vu en tout cas. Laisser l'enfant développer son très grand talent tout seul.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu changerais toi sur ta carrière si tu devais changer quelque chose ?
- Speaker #0
Moi, des parents qui me soutiennent beaucoup plus, ça c'est sûr. Merci.
- Speaker #2
Parce que toi tu as fait l'expérience inverse ?
- Speaker #0
J'ai fait l'expérience inverse de...
- Speaker #2
De l'absence peut-être ?
- Speaker #0
Ouais de l'absence de... Alors j'adore mes parents vraiment, c'est pas du tout la question, mais c'est pas du tout des gens qui m'ont poussé dans la musique. J'ai tout fait tout seul, tout, à force de mes bras. Il n'y a que moi qui... Personne ne m'a fait travailler.
- Speaker #1
Et tu sais pourquoi ils étaient comme ça ?
- Speaker #0
C'est leur nature je pense, c'est leur nature. Ils n'avaient pas envie, c'est pas du tout la nature de mes parents de créer un espèce de petits phénomènes. c'était vraiment plutôt l'inverse ce sont des gens assez discret assez et en même temps qu'ils m'ont énormément rapporté tu vois de leur richesse nous ont fait beaucoup voyager enfin voilà je leur dois absolument tout en fait de ce que je sais de mais ils m'ont pas poussé comme comme ils auraient pu comme d'autres parents m'auraient poussé avec un profil comme le mien étant été conscient à l'époque ouais j'ai été conscient très tôt assez vite tu leur as reproché ou pas du tout oui Oui. Plus tard, oui. On reproche souvent des trucs à ses parents. Oui,
- Speaker #1
mais je veux dire, ils ont entendu. Oui,
- Speaker #0
ils ont entendu.
- Speaker #2
On passe notre vie à guérir de notre enfance. Ça,
- Speaker #1
c'est vrai. On a reçu ma mère,
- Speaker #2
du coup. En fait, si je reformulais ma question, un juste milieu, ce serait quoi ?
- Speaker #0
Pour toi, dans l'accompagnement d'un enfant par un parent ?
- Speaker #1
Je pense que c'est aussi arriver à adapter l'école. Parce que l'école en France, c'est très lourant. Quand tu es fort et qu'en même temps tu es en bac S, tu vois, SP, maths, etc. Que tu es en latin, je ne sais pas quoi. C'est des énormes journées.
- Speaker #0
Tu n'as pas des parcours comme sport-école pour la vie ?
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Oui, tu as ça, tu as ça. Ce qui n'existe pas partout. Oui. Donc,
- Speaker #2
tu dois être dans les grandes villes.
- Speaker #1
Tu dois être dans les grandes villes. Bon voilà, arriver à trouver cette balance parce que sinon moi je m'en sortais pas, j'ai séché le lycée pour travailler mon piano. Tu vois ? Ah ouais ! Bien sûr, bah quand est-ce que t'as le temps ? Tu regardes un emploi du temps, t'es de 8h à 17h ou 18h quasiment tous les jours.
- Speaker #0
Plus les devoirs.
- Speaker #1
Plus, bon, les devoirs, si tu les fais...
- Speaker #2
Et un minimum de vie sociale. Et puis voilà,
- Speaker #1
un minimum de vie sociale, ta vie, et tu devrais faire deux heures de piano par jour, c'est pas possible. Quand t'es... Voilà, au lycée, j'avais déjà un bon niveau, je passais des concours et tout, donc...
- Speaker #2
Mais donc au lycée, déjà, t'avais l'ambition d'en faire ta vie, quoi.
- Speaker #1
Ouais, déjà, je savais, ouais. Ouais, je savais. Je pense. Je savais que ça allait être toute ma vie, la musique, en tout cas.
- Speaker #2
et tes parents pareil ils étaient pas là
- Speaker #1
à toi quand tu leur as dit si si mais bon c'était un peu trop tard tu vois à 18 ans à 17 ans ça fait déjà longtemps c'est quand j'avais 10 ans qu'il fallait me tu voulais me pousser à fond quoi mais encore une fois aucun reproche non mais je pense que ça aurait changé quelque chose fondamentalement bien sûr tout changé Et comme je vois aujourd'hui des gens qui ne sont pas spécialement forts, mais qui sont poussés sur le devant de la scène, du coup, qui existent, tu vois.
- Speaker #0
On parlait de techno et de musique classique. Si tu avais un espèce de rêve fou qui mélange ces univers, ce serait quoi ?
- Speaker #2
Très bonne question, Pascal.
- Speaker #1
Eh bien, peut-être reprendre un peu le grand rêve que Scriabine, le compositeur, avait eu, parce qu'il pensait quand même détenir un peu la vérité sur le monde, jusqu'à se prendre pour Dieu. C'est quelqu'un de très mystique et qui avait pour projet de faire construire un immense temple au flanc de l'Himalaya et de faire un concert qui réunirait tous les sens. Donc le toucher, l'odorat, la lumière. Il était synesthète, donc il associait les couilles. couleurs à la musique.
- Speaker #0
C'est génial, attends,
- Speaker #1
où est-ce que je peux prendre mes tickets ? Et donc, il est mort à 42 ans piqué par une mouche. Donc tout ça, on n'a jamais vu le jour. Par une mouche ? Par une mouche. Mais qu'est-ce que...
- Speaker #0
Quel est le karma ?
- Speaker #1
Une sorte de moustique qui lui a donné une maladie et qui l'a fait alors que Scriabine, c'est un des compétiteurs les plus novateurs.
- Speaker #2
C'est une mort de merde, c'est ridicule.
- Speaker #1
On peut vivre avec beaucoup de panache et avoir une mort de merde.
- Speaker #2
Le mec je le voyais mégalomane de ouf, il se prend pour Dieu et tout, et il se fait piquer par une mouche.
- Speaker #1
Mais ça, un truc comme ça...
- Speaker #0
Ça l'a ramené à sa ré... à sa ré... réinsolvéscence !
- Speaker #2
Ça a calvé tout de suite !
- Speaker #0
Voilà ! Tu ne vaux pas vivre cette mouche !
- Speaker #2
Une mouche va te tuer frère, bon cœur !
- Speaker #1
Mais peut-être un truc comme ça, tu vois, une sorte de spectacle total, avec 3000 musiciens sur scène...
- Speaker #2
Ouais grandiose quoi.
- Speaker #1
Tu vois, un peu comme Balleur, il a fait la symphonie des milles... Un immense truc avec des milliers de musiciens.
- Speaker #2
Ça me fait penser, ça n'a aucun rapport, mais ça me fait penser au batteur qui s'était réuni au Stade de France pour jouer Smell the Acting Spirit de Nirvana. Et donc ils jouaient tous ensemble, c'était incroyable.
- Speaker #1
Et ben ça ouais, ça j'ai... Je sais pas si vous connaissez les gamelanes, c'est une musique de Bali. Et c'est un peu l'inverse de la musique occidentale, parce que ça fait une musique très compliquée, mais c'est le nombre qui rend le truc possible. Chacun fait un truc simple, et ça fait un truc hyper compliqué. qui est l'inverse d'un soliste qui doit jouer le deuxième concerto de Brahms, où il doit rivaliser avec tout un orchestre. Et donc là, au contraire, chacun fait quelque chose. Et il y a une espèce d'énergie. C'est une sorte de trance à la fin.
- Speaker #2
C'est pas mal ça.
- Speaker #1
Donc ça, tu vois, des grands événements comme ça, avec beaucoup de gens, beaucoup de chanteurs, beaucoup de choristes. Énormément.
- Speaker #0
Moi, j'attends que tu le crées.
- Speaker #2
T'as besoin de budget, par contre. La petite aide régionale. Je l'appelle la draque.
- Speaker #0
on finit Ira, avec une dernière question, quel conseil tu donnerais à un jeune talent qui veut travailler avec un agent ? Qui cherche un agent ?
- Speaker #1
Arriver avec des concerts, déjà. C'est ça qui va faire basculer les choses ou pas. C'est pas juste arriver avec un... Arriver avec son talent et... Faut pas montrer qu'on... Non, c'est... Regarde, il y a déjà ça, et j'aimerais faire ça. Mais il faut arriver avec un agenda. Avec des projets, avec... Et c'est un conseil que je donne même à des gens qui sont plus si jeunes que ça aujourd'hui.
- Speaker #0
Super façon de finir. On a une petite tradition.
- Speaker #2
La fin de ton allure d'ongles. Donc, on dit, Matisse, mission accomplie.
- Speaker #0
Merci beaucoup. C'était génial de te recevoir ici. Merci. Tu es le premier agent de musique classique qu'on reçoit. donc on était vraiment ravi et c'était une discussion passionnante.
- Speaker #1
Merci à vous, c'était une super rencontre et j'espère vous voir très souvent à des concerts.
- Speaker #0
Avec plaisir !
- Speaker #1
On emmènera des amis et pour des playlists techno classiques.
- Speaker #0
Exactement, contactez-moi pour la part.
- Speaker #2
Je la partagerai d'ailleurs, moi je la veux aussi.
- Speaker #0
Hors de question !
- Speaker #3
Merci de nous avoir écoutés jusqu'au bout. Et maintenant, c'est à vous d'entrer en action. Votre mission, si vous l'acceptez, laissez 5 étoiles et un commentaire sur votre plateforme d'écoute. Abonnez-vous au podcast, à notre chaîne YouTube et à notre compte Instagram pour des contenus exclusifs. Et surtout, n'hésitez pas à partager autour de vous. Agent Double est un podcast indépendant. S'il vous a plu, et pour qu'on puisse continuer à le développer, vous pouvez nous soutenir en cliquant sur le lien dans le descriptif de l'épisode. On compte sur vous, et on se retrouve dans deux semaines. pour un nouveau numéro d'agenda.