Speaker #0Merci par avance de vous abonner à ce podcast si vous l'aimez, ça m'aide beaucoup pour sa création. Psst, qui en veut ? Des champipis, des champignons ? Tu t'en souviens, toi, de cette réplique de Ni vu ni connu d'Yves Robert avec Louis de Funès ? Peut-être n'étais-tu pas encore né. Bienvenue dans Anima Terrae, Murmure du vivant. Chaque jour, la Terre nous raconte une histoire. Je suis Flore, j'aime contempler la nature, chercher à la comprendre et partager ce bonheur immense. Bonjour vous ! Depuis l'enfance, les champignons habitent notre imaginaire. Un village de schtroumpfs sous des chapeaux rouges, des contes où ils brillent comme des lanternes de forêt. On les voyait comme des abris miniatures, des promesses de mystère. Et même en grandissant, leur beauté intrigue encore. Et pourtant ce que nous voyons n'est qu'une façade, le véritable champignon se cache ailleurs. Le vrai corps, c'est le mycélium, un réseau blanc, invisible, qui serpente sous la terre ou dans le bois, comme des racines mais en bien plus vaste. C'est lui qui explore, qui nourrit, qui relie. Le chapeau visible n'est qu'un signal, une passerelle vers la reproduction. Car pour se multiplier, le champignon libère des spores, de minuscules poussières de vie si légères qu'elles voyagent avec le vent, l'eau ou sur le dos d'un animal, jusqu'à donner naissance ailleurs à un nouveau mycélium. Et quand on les observe de près, une autre question surgit. Comment font-ils pour s'adapter si finement ? Les champignons n'ont ni cerveau, ni nerfs. Leur mycélium agit comme un réseau. Il choisit ses chemins, contourne les obstacles, optimise ses ressources, transmet des signaux aux arbres. C'est ce qu'on appelle parfois ... Le Wood Wide Wave, l'Internet des forêts. Une forme d'intelligence distribuée, sans centre de commande, mais capable de relier et de réagir, presque comme nos neurones qui, eux aussi, communiquent par connexion multiple et adaptative. Certains champignons ne dirent qu'un instant, quelques jours, le temps d'assurer cette dispersion. D'autres semblent traverser les siècles. Le plus grand organisme vivant connu est un champignon, Armillaria ostoyae, dans l'Oregon. Son mycélium couvre près de 9 km², soit la moitié de la ville de Grenoble. Vous imaginez ? La moitié d'une grande ville, rien que pour un seul être vivant. Et il aurait environ 2500 ans, un âge vénérable. Face à une telle longévité, on aurait presque envie de s'incliner. Pourtant, tous les champignons ne nous veulent pas du bien. La manie de phalloïde surnommée le calice de la mort cause la plupart des intoxications graves en Europe. Le danger c'est qu'elle ressemble à s'y méprendre à de nombreuses espèces comestibles. Chaque année, des cueilleurs s'y trompent. Le conseil reste le même. Toujours faire vérifier sa récolte par un pharmacien. Même si en ville beaucoup n'ont plus vraiment cette formation. Et même les puissants n'y ont pas échappé. Claude, quatrième empereur de Rome, serait mort après avoir avalé une amanite phalloïde, servie par sa femme Agrippine pour installer son fils Néron sur le trône. Certains champignons jouent d'autres partitions. L'Ophiocordyceps, par exemple, colonise une fourmi, prend le contrôle de son corps, avant d'éclore depuis sa tête. Cruel, oui, mais dans l'équilibre du vivant, ces parasitismes régulent les populations et poussent les espèces à évoluer. D'autres transforment nos vies. avec douceur. La levure qui fait lever le pain, fermenter le vin et la bière. Le pénicillium qui a donné la pénicilline. Certains produisent aussi des molécules utilisées en cosmétique pour protéger et régénérer la peau. Et puis, il y a ceux qui bouleversent la conscience. Les psilocybes, champignons hallucinogènes, agissent sur la sérotonine et ouvrent des voyages intérieurs. Longtemps associés à des rituels chamaniques, ils sont aujourd'hui étudiés en psychiatrie. Depuis les années 2010, plusieurs essais cliniques montrent des résultats prometteurs. Ils sont aussi une métaphore. L'anthropologue Anat Singh, dans « Le champignon de la fin du monde » en 2015, raconte comment le Matsutake renaît dans des forêts détruites. Il nous apprend que la vie continue après les ruines, que de nouvelles alliances peuvent naître du chaos. Et les artistes s'en emparent. Marguerite Humeau imagine des mondes où les champignons deviennent des créatures sensibles, presque spirituelles. Même les contes en ont gardé la trace. Souvenez-vous d'Alice au Pays des Merveilles, qui croque dans un champignon et change aussitôt de taille. Derrière le conte, c'est bien l'écho des psilocybes qui affleurent, symbole d'un passage vers un autre monde. Alors la prochaine fois que vous croiserez un cèpe au bord d'un chemin, Une amanite éclatante ou une colonie fragile sous une souche. Souvenez-vous, ce n'est pas seulement un petit chapeau coloré. C'est le signe d'un organisme ancien et discret qui relie la vie à la mort, le visible à l'invisible. Dans le prochain épisode, nous quitterons l'ombre des forêts pour plonger dans l'eau, à la rencontre de l'un des animaux les plus étranges de la planète. Un mammifère qui pond des œufs, qui allaite sans mamelles, avec un bec de canard et une queue de castor. Vous l'avez deviné ? Oui, l'ornithorynque. Merci d'avoir écouté Anima Terae, Murmure du vivant. Et souvenez-vous, gardez les yeux grands ouverts sur la beauté simple du monde qui nous entoure.