Speaker #0Bienvenue dans Anima Terrae, Murmure du vivant. Chaque jour, la Terre nous raconte une histoire. Je suis Flore, j'aime contempler la nature, chercher à la comprendre. et partager ce bonheur immense. Bonjour vous ! Depuis toujours, les animaux ont été associés à la fin de vie. Le corbeau, compagnon des champs de bataille, le cheval, guide des âmes dans tant de mythologies. Autant de figures qui, dans nos récits, ont servi de médiateurs entre le monde visible et ceux qui nous échappent. Mais certains n'ont pas seulement été des symboles. Dans l'Antiquité et dans plusieurs cultures, ils furent sacrifiés pour accompagner les humains jusque dans l'inconnu. Chez les Sith et les Vikings, on a retrouvé des chevaux enterrés avec leurs cavaliers. L'animal devenait alors instrument, destiné à servir encore, même sur l'autre rive. Et pourtant, ce qui frappe, c'est à quel point nous avons longtemps nié leur rapport propre à la disparition. L'animal, en tant qu'être vivant et sensible, semblait incapable ou jugé incapable d'émotion face à la perte d'un congénère. Pendant des décennies, l'éthologie s'est concentrée sur des comportements mesurables, mettant à distance ce qui relevait de l'affect. Par crainte d'anthropomorphisme, on évitait d'évoquer la peine ou l'attachement. Mais ailleurs, d'autres visions du monde reconnaissaient déjà cette intériorité. Dans de nombreuses traditions animistes, comme celle des peuples amérindiens, africains, Chaque être animal, humain, plante, possède une âme ou une force vitale. Tuer un animal exigeait alors un rituel, une gratitude. Ces cosmogonies, ces récits qui organisent le monde, affirmaient d'emblée ce que la science n'osait pas. L'animal est sensible, il participe à la continuité du vivant. Et même l'art a su entretenir ce pressentiment. À Paris, le musée de la chasse et de la nature en témoigne. Il interroge la manière dont nous avons traité les animaux et rappellent aujourd'hui l'importance de leur conservation, de leur place vivante à nos côtés. Certaines artistes, comme la japonaise Aki Inomata, prolongent cette réflexion autrement. Elle imagine des coquilles imprimées en 3D que des Bernard Lhermitte adoptent comme abri, ou encore des vêtements miniatures confiés au verre à soie. Dans son travail, l'animal n'est pas un objet, mais un partenaire de création, comme si l'intuition poétique rejoignait ce que la science commence à admettre. Car certains gestes du vivant ne cessent de nous troubler. Chez les insectes, les choses paraissent claires. Les fourmis pratiquent la nécrophorese. Elles déplacent les dépouilles hors de la colonie pour éviter la contagion. Une logique sanitaire qui rappelle nos propres pratiques funéraires. Protéger le groupe avant tout. Mais d'autres scènes défient l'explication utilitaire. Chez les primates, des mères continuent de porter leurs petits défunts plusieurs jours. En 2018, L'orque Taleka, dont vous avez certainement entendu parler, a bouleversé le monde entier en maintenant son nouveau-né disparu à la surface pendant 17 jours et plus de 1600 km. Ce qui demande pour le singe, comme pour l'orque, une énergie et une organisation conséquentes. Les cerfs-vidés, parfois, s'attardent auprès d'un congénère immobile. Autant de gestes qui interrogent. Simple automatisme ou trace d'une émotion ? Ces observations ont intrigué au point de faire émerger une discipline récente, la thanatologie comparée. Elle s'attache à étudier comment différentes espèces réagissent à la perte et à distinguer ce qui relève de l'instinct de ce qui pourrait traduire une émotion consciente. Un cas avait déjà pourtant marqué les esprits, Coco. Gorille née en 1971, à qui Francine, Penny Patterson, avait appris la langue des signes. En 1983, son chaton, Olbol, est mort, accidentellement. Coco a signé sad, triste, cry, pleurer. Elle gémit, refuse de s'alimenter. Pour la première fois, nous voyons exprimer par signes et traduites en mots la singularité du rapport d'un animal à la perte d'un être cher. Depuis, des éthologues comme France Deval, Marc Bekoff ou Vinciane Desprez défendent l'idée qu'il existe chez de nombreuses espèces attachement et parfois peine. La science reste prudente, mesurer une émotion demeure complexe, mais elle ne peut plus l'ignorer. Alors, que nous disent les animaux lorsqu'ils affrontent la disparition d'un proche ? Peut-être pas une réponse, mais une question. Chaque éléphant qui effleure un ossement, corbeau enveillé, chaque orque en deuil, nous tend un miroir. Et ce miroir n'est pas tourné vers la fin, mais vers une transformation. Dans la nature, rien ne s'éteint vraiment. Tout devient matière. Et qui mieux que les champignons pour nous le rappeler ? Dans le prochain épisode, nous plongerons dans ce monde souterrain fascinant, où la disparition se transforme en vie. Merci d'avoir écouté Anima Terrae. Murmure du vivant. Et souvenez-vous, gardez les yeux grands ouverts sur la beauté simple du monde qui nous entoure.