Speaker #0Merci par avance de vous abonner à ce podcast si vous l'aimez, ça m'aide beaucoup pour sa création. Psst, quand Aristote écrit dans l'Antiquité, une hirondelle ne fait pas le printemps. Il nous éclaire sur l'importance de la constance, de la répétition, de ce vivant qui s'incarne dans l'instant et dans sa continuité. Bienvenue dans Animaterae. Murmure du vivant, chaque jour, la terre nous raconte une histoire. Je suis Flore, j'aime contempler la nature, chercher à la comprendre et partager ce bonheur immense. Bonjour, je suis une hirondelle russie. Vous me voyez apparaître au printemps, légère, rapide, presque comme un souffle. Et pourtant, pendant des siècles, vous ne saviez pas où j'allais quand je disparaissais à l'automne. Vous me prêtiez des refuges improbables sans vraiment me suivre. Certains pensaient que je passais l'hiver dans la vase des étangs, d'autres que je dormais dans des grottes, et en Chine, on racontait que je devenais coquillage. Il faut dire que je suis légère, à peine une vingtaine de grammes, alors envisagez que je puisse traverser des... continents entiers semblait improbable. Puis un homme a douté. Georges-Louis Leclerc de Buffon, naturaliste français du XVIIIe siècle, a proposé une idée simple. Je partais vers des terres plus chaudes pour continuer à me nourrir. D'autres, comme Lazzaro Spallanzani, savant italien spécialiste du vivant, et Johann Leonhard Fritsch, naturaliste allemand, ont apporté des preuves. Peu à peu, Vous avez compris, je ne disparaissais pas, je voyageais. Je ne mange que des insectes en vol. À la fin de l'été, l'air est encore dense. Alors je mange davantage, j'accumule de la graisse, mon corps se prépare. Puis quelque chose bascule. Les insectes se raréfient, le vide s'installe. Et comme par instinct, je pars. Nous nous rassemblons d'abord, vous nous voyez sur les fils électriques, immobiles en apparence. Puis nous nous élançons, direction l'Afrique subsaharienne. Parfois jusqu'au sud du continent, plus de 10 000 kilomètres, je traverse la mer, je survole le Sahara, immense, étendue, brûlante, sans ressources. Chaque battement d'elle compte. Je me repère au soleil, aux étoiles, aux reliefs que je mémorise, et aux champs magnétiques de la Terre. Même celles qui partent pour la première fois trouvent la direction. Comme si la route était inscrite en nous. Je ne traverse pas le monde, je le lis. Et je le vois autrement que vous. Les scientifiques ont observé ma rétine. Ils y ont trouvé un photorécepteur supplémentaire, sensible à une lumière que vous ne percevez pas. Puis ils l'ont confirmé par l'expérience. Là où vous voyez une source uniforme, je distingue des contrastes. L'espace devient relief, circulation, information. je suis née ici dans l'hémisphère nord dans des zones habitées souvent sous vos toits dans une grande sous une avancée de maison mes parents ont construit un nid avec de la boue et leur salive une petite coupe solide accrochée au nid c'est là que j'ai grandi à chaque saison une femelle pond en général entre trois et cinq oeufs parfois deux fois dans l'année les petits naissent nus fragiles entièrement dépendants et très vite Tout s'accélère. Ils ouvrent le bec, attendent, grandissent, jusqu'au moment où ils s'élancent à leur tour. Je vis en couple, mais jamais vraiment seul. Et quand l'ombre d'un rapace traverse le ciel, nous nous rassemblons, nous tournons, nous plongeons, nous insistons. Ce mouvement porte un nom, le mobbing. À plusieurs, nous devenons trop nombreuses pour être une proie. Vous me confondez souvent avec le martinet noir. Pourtant, nous sommes différents. Lui appartient à une autre famille, les apodidées. Moi, aux iruns d'une idée. Il vit presque entièrement en l'air, mais moi, je reviens, je construis, je m'attache. Peut-être est-ce pour cela que vous m'avez tant regardé. Les scientifiques ont cherché à me comprendre. Les artistes ont tenté de me saisir. Le sculpteur Alfred Boucher a imaginé une hirondelle blessée. Une femme ailée, suspendue entre chute et élan. À la Villa Médicis, les photographes Edouard Taffonbeck et Bastien Pourtout ont capté mon vol comme un mouvement libre dans un monde suspendu. La musique de Régis Campo en prolonge les spirales. Les poètes aussi m'ont suivi. Dans l'île Bondel au printemps, Victor Hugo me décrit, cherchant les lieux discrets, les abris. Les silences. Les équilibres se transforment pourtant. Je m'ajuste un peu, je retarde mon départ, je modifie ma route, mais mon rythme reste inscrit profondément en moi. Et parfois, ce qui m'entoure va plus vite que mon adaptation, et d'année en année, je vois disparaître certaines de mes congénères. Et pourtant, je reviens, avec dans mon corps des milliers de kilomètres et cette fidélité au même endroit. Dans le prochain épisode. Je mettrai à l'honneur un amateur de ma superbe et je vous montrerai comment un poids plume peut bouleverser votre rapport au monde. Merci d'avoir écouté Anima Terrae, Murmure du vivant. Et souvenez-vous, gardez les yeux grands ouverts sur la beauté simple du monde qui nous entoure.