- Speaker #0
Merci par avance de vous abonner à ce podcast si vous l'aimez, ça m'aide beaucoup pour sa création. Bienvenue dans Anima Terrae, Murmure du vivant. Chaque jour, la Terre nous raconte une histoire. Je suis Flore, j'aime contempler la nature, chercher à la comprendre et partager ce bonheur immense. Bonjour vous ! La semaine dernière, je vous ai présenté l'hirondelle rustique. J'espère qu'elle vous a suffisamment inspiré pour poursuivre le voyage avec elle. Si j'aime profondément la nature, je dois confesser un faible pour l'ornithologie. Plus jeune, j'observais les oiseaux en cochant des cases dans mon guide de la LPO, comme une chasse au trésor naturaliste. Ce qui est formidable avec eux, c'est qu'on peut en observer partout, en ville comme en pleine nature. et que débutants comme professionnels y trouvent leur place. J'aime la posture de l'amateur, non pour la défendre, mais parce que je suis convaincue que chacun peut s'ouvrir à la richesse de son environnement. C'est d'ailleurs ce que je tente de transmettre avec simplicité à travers ce podcast. Aujourd'hui, j'ai choisi de donner la parole à l'un de ces passionnés, un homme profondément touché par la beauté du vivant. Car au-delà de l'approche scientifique, C'est bien souvent l'amour qui guide notre regard. Notre interlocuteur a un surnom particulier, Papa Ours. Oui, en référence à Boucle d'or. C'est le père d'une amie chère. Il vit dans la Drôme où il a rénové avec son épouse une ferme devenue un lieu de vie chaleureux. C'est là que je l'ai rencontré au milieu des animaux, autour d'un bon repas, et bien sûr en parlant d'oiseaux. Cet épisode est une ode à l'essentiel. l'amitié, les rencontres, le lien, la simplicité, la nature, ces instants baignés de lumière et de rire partagés. Rien n'est mièvre dans ces valeurs fondamentales. En donnant la parole à François, alias Papa Ours, c'est aussi à chacun de vous que je m'adresse, à vous qui, par votre écoute et votre curiosité, accordez aux vivants la place qu'ils méritent. Laissons à présent François nous emporter avec le vol des hirondelles.
- Speaker #1
Je m'appelle François, j'ai 77 ans. Je suis retraité dans la Drôme.
- Speaker #0
Pourrais-tu nous décrire le lieu où nous sommes ?
- Speaker #1
On est au fin fond de la Drôme, dans un département exceptionnel, un ensoleillement magnifique, et on est dans une propriété de 5 hectares en pleine nature.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qui fait que cet endroit est particulièrement propice aux hirondelles ?
- Speaker #1
D'abord parce qu'il y a beaucoup d'animaux, il y a des élevages. de chèvres et de brebis. Le fait qu'il y a des élevages, il y a plein d'insectes, c'est normal. D'ailleurs, les hirondelles arrivent au printemps, quand il y a de nouveau des insectes. Il faut savoir qu'une hirondelle, ça pèse 17 grammes, donc elle est vite rassasiée. Et puis il y a des plaines qui permettent des espaces, des parcelles suffisamment larges pour que les hirondelles se nourrissent correctement.
- Speaker #0
Et alors concrètement, comment on fait pour reconnaître une hirondelle dans notre oiseau ?
- Speaker #1
Pour reconnaître une hirondelle, il y a plusieurs espèces, il faut s'y connaître un petit peu. Mais quand même, la caractéristique d'une hirondelle, elle a les ailes en demi-cercle. Ici, il y avait avant, il y avait la rustique, elle y est toujours. Il y avait des culs blancs. Les culs blancs, il y en avait des centaines, il y a une trentaine d'années. Elles ont disparu. Et puis, il y a les martinets. Entre les hirondelles et les martinets, les gens confondent beaucoup. Les martinets nichent dans des falaises. Mais c'est un peu plus gros qu'une hirondelle. C'est plus vivant, c'est plus puissant. Ça vole très très vite. Des fois, elles se mélangent avec les hirondelles et on les confond. Les hirondelles nichent dans des maisons, sur les bords de toitures, sur un abri, à l'abri du vent, à l'abri de l'eau. Ça fait son nid, ça construit son nid avec de la glaise.
- Speaker #0
Elles nichent ici, directement dans ta propriété, dans ta maison ? Oui,
- Speaker #1
les hirondelles nichent ici, dans la cour. Il y a une cour magnifique avec des hauts vents et elles construisent leurs nids sous les hauts vents. Elles aiment bien la proximité de l'homme.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a un moment de la journée où tout s'anime vraiment ?
- Speaker #1
C'est peut-être particulier à la propriété ici. À 5h du soir, à 17h, les hirondelles... débarque à la piscine pour boire tout son cœur. Elles viennent, elles sont nombreuses, elles planent au-dessus de l'eau et elles écopent pour boire. Ça c'est magnifique. Je les observe, je les filme, je vois les petits, les adultes, les petits sont beaucoup plus maladroits, des fois ils manquent de se noyer. Non, c'est très beau. Et c'est un rendez-vous de 17 heures, elles sont là. Alors quand j'arrose le potager, elles adorent venir jouer avec moi. Elles viennent traverser le jet. Alors moi je les provoque un peu parce que je fais un jet suffisamment large pour qu'elles puissent passer au travers, surtout quand il fait bien chaud. Elles sont vraiment... Elles viennent jouer, elles me connaissent et c'est une relation que j'ai. particulière avec les hirondelles.
- Speaker #0
Et le retour au printemps, alors, tu le ressens comment ?
- Speaker #1
Ah, le retour au printemps, c'est pour moi une merveille. J'ai des cris de joie quand je vois la première hirondelle. Je crie de joie, parce que c'est vraiment... Elle arrive au printemps tapant. Le 20 ou le 21 mars, elles sont là. Quand je dis qu'elles sont là, C'est pas toutes, toutes ne sont pas là. Il y a une hirondelle qui arrive, et moi je n'ai même pas vérifié, mais je pense que c'est un mâle. qui vient reconnaître le lieu si les choses sont toujours en place, reconnaître les nids, s'il y a toujours la piscine, voilà, elles viennent reconnaître le lieu où elles sont nées. Donc cette hirondelle, elle vient, elle passe la journée et elle disparaît. Pendant 7-8 jours, on ne voit plus rien. Et tout d'un coup, de nouveau, la joie éclate et De nouveau, là, il y a 5-6 hirondelles qui arrivent avec. Après, il y en a 7 ou 8. Et tout de suite, les hirondelles se mettent à nicher. Tout de suite, parce qu'elles ne se reproduisent pas dans les pays où elles... où elles migrent, elles ne se reproduisent qu'en Europe. Donc elles se mettent tout de suite à nicher, à pondre et à nicher.
- Speaker #0
Et il vient d'où alors ton attachement aux hirondelles ?
- Speaker #1
Ah là, c'est un peu particulier. Mon attachement aux hirondelles, il est d'abord parti d'un truc dont je ne suis pas fier. C'est quand j'étais gamin, j'avais 10-11 ans, je vivais avec mes parents en Algérie. Et avec les copains de classe, on avait fabriqué des tirs moulettes et on tirait les hirondelles. On les tuait en fait. Mais il y en avait tellement, on ne se rendait pas compte. Et donc, ça ne me choquait pas à l'époque. Et puis, le jour où je suis arrivé dans la drone, tellement longtemps après, Je me suis dit là, il faut que j'aie ma revanche. Je ne veux plus me sentir coupable et je vais accueillir les héromèles comme il se doit, parce que c'est un oiseau merveilleux. J'ai été jusqu'à construire des nids en imitant. leur façon de faire avec une petite spatule. J'ai mélangé de la boue avec un peu d'herbe, un peu tout ça. J'ai maquillé des nids du rondel en poterie. Je les ai maquillées avec cette glaise que j'avais fabriquée. Et les hirondelles ont fini par adopter ces nids que j'avais trafiqués.
- Speaker #0
On perçoit clairement ton attachement à ces dernières. J'imagine que leur départ est un moment particulier.
- Speaker #1
Alors quand elles partent, quand les hirondelles partent, c'est quand même un moment un peu triste parce que... Parce que ça veut dire que c'est l'hiver, qu'il va faire froid. Même si l'hiver est nécessaire, dans notre drôme chéri, on est quand même content d'avoir ce soleil tout l'été. Jusqu'à l'automne, des fois jusqu'à mi-décembre. Mais les hirondelles partent. Ça me donne l'occasion quand même de dire que les hirondelles, elles arrivent le 20 et le 21 mars, pile au printemps, et elles repartent la dernière semaine d'août, début septembre. Ça veut dire que l'automne arrive, l'hiver arrive. Avec l'évolution du climat, il est probable que les hirondelles ne fassent pas forcément des voyages jusque dans le pays d'Afrique. Il s'est observé des hirondelles qui passaient l'hiver sur la côte.
- Speaker #0
Est-ce qu'elles t'ont appris quelque chose, les hirondelles ?
- Speaker #1
J'ai appris quelque chose qui me fascine, c'est la façon dont elles élèvent leurs petits. C'est-à-dire que... Toujours la même chose. Et quand elles sont prêtes, qu'elles ont été nourries par le père, par la mère, avec des centaines d'allées et venues par jour, elles sont prêtes à s'envoler. Et à ce moment-là, que ce soit la mère ou le père, arrêtent de les nourrir, se tiennent à distance du nid, et les appellent, leur disent « Allez, il est temps de partir, de vous envoler, vous allez voir, c'est très agréable de voler, et vous n'aurez pas à manger tant que vous n'aurez pas quitté le nid. C'est exactement ça. Et moi j'en tire une. Je dis, et si les humains, on pouvait élever nos petits de cette manière-là, en disant, c'est la vie qui va t'apprendre, les choses sont... sont pas aussi simples il y a des prédateurs il y a tout ça, il faut se battre donc pour vous nourrir, il faut sortir du nid on va quand même, une fois que vous serez sorti du nid on va quand même vous nourrir un peu mais juste ce qu'il faut pour que vous ayez de quoi de quoi voler. Voilà. Donc, c'est... En observant tout ça, on est émerveillé.
- Speaker #0
Donc, les hirondelles sont un peu des enseignantes de la vie, même pour nous, les humains.
- Speaker #1
Il ne faut pas se laisser aller à la facilité et tout ça. La nature, elle est... Elle est très dure, la nature. Elle est très... C'est grave ce qui se passe dans la nature, mais elle s'en sort toujours. Elle s'en sort toujours. Elle reprend le dessus.
- Speaker #0
Tu as observé des comportements collectifs qui t'ont intrigué ou intéressé ?
- Speaker #1
Elles vivent en communauté, elles sont très solidaires les unes des autres. Quand il y a un rapace qui en veut, souvent les rapaces attaquent les petites hirondelles. Quand un rapace en veut, toutes les hirondelles se mettent à poursuivre, à voler, à foncer vers le rapace pour le chasser. Ça, voilà, c'est un instinct grégaire. C'est impressionnant de voir ça, de voir les hirondelles qui foncent. Il y en a une qui fonce, il y en a une autre qui fonce. Elles n'arrêtent pas jusqu'à ce que... Le rapace s'en aille. Il y en a qui se font attraper, les petites, elles ne volent pas aussi vite que les autres, les adultes.
- Speaker #0
Tu sais un peu comment ça se passe, toi, la migration des hirondelles ?
- Speaker #1
Pour migrer, je pense qu'il ne faut pas oublier que ces hirondelles, ça pèse entre 15 et 20 kg. et 18 grammes. Donc, c'est vraiment très très léger. Et elles choisissent toujours un vent portant, c'est-à-dire que si il y a le vent du sud, elle est en avant, on se fait trimballer par le vent, et puis on s'arrête, on fait des pauses, mais il y a beaucoup de petits qui décèdent pendant ce voyage, c'est quand même très périllé.
- Speaker #0
Tu as observé une évolution dans les populations des rondelles ?
- Speaker #1
Moi ici dans la Drôme, c'est la quantité qui a diminué. Il y a beaucoup moins. Alors depuis quelques années, ça a dégringolé. Pendant des années, pendant des décennies, leur nombre a dégringolé. Depuis quelques années, c'est stable. Moi ici, elles arrivent, elles sont une quinzaine, une vingtaine, elles repartent, elles sont une trentaine, une quarantaine, et elles ne reviennent pas une trentaine, une quarantaine, elles reviennent toujours dans le nombre d'origine. Donc ça ne grimpe pas, mais ça ne diminue plus. Me concernant, il y a des endroits... où les gens n'en voient plus. Donc ici, ce qui sauve la propriété, c'est que maintenant, il y a encore des brebis, il y a des chevaux, il y a des chiens, il y avait des volailles. Parce que qui dit élevage, dit insecte. Et donc, insecte dit hirondelle.
- Speaker #0
En tenant compte de ton environnement, tu aurais une explication pour cette évolution ?
- Speaker #1
L'arrêt des petits élevages. Ici, dans toutes les fermes, ce qui fragilise les hirondelles, c'est qu'il n'y a plus d'élevage. Ici, dans cette partie de la Drôme, c'était un coin qui était connu pour l'élevage de chèvres. Il y avait des trompeaux dans toutes les fermes. Aujourd'hui, il n'y a plus. Il n'y a plus d'élevage de chèvres. Il y a des chèvres qui sont élevées dans la vallée du Rhône, en stabulation, où tu as 1 000 chèvres ou 1 500 chèvres dans un bâtiment. Donc ça, c'est ça le drame. Ceux qui font un retour à la terre, et qui font des petits élevages et tout ça, peuvent contribuer. Ça peut peut-être expliquer que la chute, la disparition des hirondelles, s'est à peu près stoppée. dans certains coins. Bah que de toute façon on est indissociable, notre rapport au vivant, l'homme, l'homme et la nature on est indissociable, l'homme et la faune sauvage on est indispensable, on est indissociable, on est dépendants les uns des autres. C'est pas possible autrement. Nous-mêmes, la disparition des hérondelles, c'est pas bien pour nous. Ça veut dire qu'il y a des déséquilibres qui se sont enclenchés. C'est pas bon pour l'avenir. C'est pas bon.
- Speaker #0
Alors l'oiseau vient titiller nombreux de nos sens. Est-ce que tu les écoutes aussi, ces hirondelles ?
- Speaker #1
C'est pas un chant classique des autres oiseaux. C'est... Ah, c'est joyeux, c'est joyeux. Ouais, le chant des hirondelles, c'est joyeux. Mais il doit y avoir un langage.
- Speaker #0
Alors à défaut de connaître leur langage, est-ce que tu leur parles ?
- Speaker #1
Si, je leur parle, bien sûr, j'en dis mes chéries. J'en dis mes chéries, ben quand elles arrivent. Cette année, quand l'hirondelle est arrivée, la première, j'ai hurlé, j'ai dit, merci chérie ! Et j'ai fait peur à mon épouse parce qu'elle se demandait ce qui se passait. Le cri de joie.
- Speaker #0
Tu pourrais les décrire en trois mots ou c'est trop réducteur ?
- Speaker #1
Merveille, beauté. C'est intelligent aussi. Ce n'est pas possible de décrire en trois mots.
- Speaker #0
Tu as un souvenir peut-être encore plus marquant que les autres avec les hirondelles ?
- Speaker #1
Oui, quand les hirondelles sont petites. qui viennent de naître et qui ont été nourries un certain temps et qu'elles sont prêtes à l'envol, il y a toute la communauté qui vient dans la cour. Ils volent, ils montrent que c'est le moment d'aller voler. Ça, c'est très émouvant. Il y a les parents qui stimulent, mais il y a toute la communauté qui vient. C'est une fête. L'envol du nid, pour la communauté des hirondelles, c'est la fête. On vient fêter ça. Alors, la première qui sort du nid, c'est l'excitation collective. Pour terminer, j'ai quand même vécu un truc exceptionnel ici, avec les hirondelles. C'était période de migration. Les hirondelles de la propriété étaient déjà parties. Il y a un vol de migration qui s'est arrêté, qui a investi toute la maison des centaines d'hirondelles qui se sont agrippées sur le mur. Et le ciel à l'horizon était noir, il y avait un orage qui se préparait. Elles se sont arrêtées, mais les murs étaient, c'était plus du crepit, c'était des centaines d'hirondelles qui étaient accrochées, qui étaient accrochées aux murs, qui étaient posées sur le toit pour se protéger d'un orage qui arrivait. Ça c'est l'orage a claqué, l'orage est parti, et hop, les hirondelles sont reparties. Mais c'est impressionnant, hein ? Des grappes sur les murs, sur les fils électriques qui pouvaient casser. Alors que tu sais qu'une hirondelle pèse 17 grammes. Les fils, il y en avait, mais dans les arbres, dans tout. Je ne suis pas spécialiste, mais est-ce qu'il n'y avait pas d'immigrantes hirondelles ? Peut-être, je ne sais rien.
- Speaker #0
Je sens que tu ne nous as pas tout dit.
- Speaker #1
Moi, en fait, ma passion, c'est l'observation de moi. Et je ne suis pas forcément quelqu'un qui va se documenter énormément. Je ne suis pas un scientifique. Je ne vais pas chercher l'info. Je base ma connaissance sur l'observation. C'est une bonne conclusion, ça.
- Speaker #0
Merci encore François l'Empiriste pour cet échange qui nous rappelle l'essentiel, la nature s'observe d'abord, se ressent. Et puisque nous étions au printemps et que nous y sommes encore, la semaine prochaine, l'épisode sera consacré aux plantes et à leur place dans notre culture populaire artistique. Merci d'avoir écouté Anima Terrae. Murmure du vivant. Et souvenez-vous, gardez les yeux grands ouverts sur la beauté simple du monde qui nous entoure.