Speaker #0Merci par avance de vous abonner à ce podcast si vous l'aimez, ça m'aide beaucoup pour sa création. Hé, pssst, vous voyez cette chose jaune, visqueuse, qui ressemble à, pardonnez-moi, du vomi de chien ? Ce n'est pas une insulte, c'est littéralement l'un de ses surnoms. Bienvenue dans Animateraé. Murmure du vivant, chaque jour la terre nous raconte une histoire. Je suis Flore, j'aime contempler la nature, chercher à la comprendre et partager ce bonheur immense. Bonjour vous ! Aujourd'hui je vous emmène rencontrer un être vivant que certains Scandinaves associaient à la régurgitation d'un troll, que des peuples du Mexique appelaient Caca de Lune. et que les biologistes nomment très sérieusement Physarum polycephalum, le blob. Le blob n'est ni un animal, ni une plante, ni un champignon. Il appartient au amybozoaire, une lignée très ancienne du vivant. Pendant plus d'un siècle, on l'a classé chez les champignons. Puis on a compris qu'il ne rentrait en réalité dans aucune case. Et ça, la science n'aime pas. pas beaucoup. Le blob est composé d'une seule cellule. Une cellule comme celle de votre peau. Sauf que celle-ci peut mesurer plusieurs mètres carrés et contenir des millions de noyaux. On appelle ça un syncytium, une cellule géante qui ne se divise jamais. Ce sont seulement ces noyaux qui se multiplient. Elle grandit, elle s'étale, elle rampe. Et si vous voulez le voir pour de vrai, il faut aller en ce moment dans une forêt. humide. Regardez au sol, sur une branche mât, sous une écoce, au milieu des feuilles qui se décomposent, au printemps, à l'automne, après la pluie. Et là, parfois, vous verrez une tache jaune fluo visqueuse étalée comme une éclaboussure. On dirait un vomi d'animal malade posé sur le bois. C'est lui. Et il rampe comment, alors ? À l'intérieur du blog, Il y a un liquide vivant qu'on appelle le cytoplasme. Le cytoplasme, c'est la matière fluide qui remplit la cellule. Une sorte de soupe épaisse dans laquelle baignent les noyaux et tout ce qui permet à la cellule de fonctionner. Et chez le blob, ce liquide circule en permanence. Il va dans un sens, puis dans l'autre, environ toutes les 90 secondes. Ce va-et-vient pousse la membrane vers l'avant. avance parce que son intérieur coule. Il n'a ni pattes ni muscles. Il avance en faisant circuler sa propre matière. Et derrière lui, il laisse une trace de mucus comme un escargot. Sauf que cette trace lui sert de mémoire. Il sait ainsi où il est déjà passé et évite d'y retourner. Oui, une cellule qui a une mémoire. Le blob commence sa vie sous forme de sport microscopique. Dans un milieu humide, elle libère de petites cellules mobiles. Ces cellules vont chercher à en rencontrer une autre pour fusionner. Et c'est là qu'on dit souvent une chose surprenante. Le blob possède 720 sexes. Mais attention, ce ne sont pas des sexes comme chez nous. Ce sont 720 types de compatibilité génétique, comme 720 serrures différentes. Pour fusionner, deux cellules doivent simplement avoir une serrure différente. Cela permet d'éviter la consanguinité. et de favoriser le brassage génétique. Rien de visible, tout est moléculaire. Quand deux cellules compatibles se rencontrent, elles fusionnent. Les noyaux se multiplient encore et encore, jusqu'à former le plasmodium, le blob adulte. Les chercheurs ont réalisé une expérience célèbre. Ils ont pris une carte du Japon. Ils ont placé des flocons d'avoine, sa nourriture préférée, à l'emplacement des grandes villes. Puis, ils ont posé le blob sur Tokyo. Le blob s'est alors étendu physiquement pour aller chercher chaque flocon. Son cytoplasme a circulé dans toutes les directions, formant un réseau de veines jaunes. Au début, il explore partout. Puis il abandonne les trajets inutiles. Pourquoi ? Parce que faire circuler du cytoplasme dans une veine, ça coûte de l'énergie. Alors le blob garde uniquement les chemins les plus courts, les plus efficaces. Et à la fin, le réseau qu'il a construit ressemble presque exactement... au réseau ferroviaire japonais. Non qu'ils connaissent le Japon, mais parce qu'ils cherchent comme un ingénieur le trajet le plus économique entre plusieurs points, encore plus étonnant. Si on l'oblige à traverser du sel qu'ils détestent, il finit par s'y habituer. Et si on fusionne ce blob habitué avec un blob naïf, le second adopte le comportement du premier. Le blob apprend. et transmet 100 neurones. Quand l'environnement devient trop sec, le blob se transforme en sclérose. Il se dessèche complètement. Il peut rester ainsi pendant des années. On ajoute de l'humidité et il repart. Mais ce n'est pas tout. Vous commencez à comprendre qu'il est toujours très surprenant. Des chercheurs du CNRS ont observé que les blobs âgés deviennent plus lents. Puis, ils ont placé ces blobs en dormance. Et lorsqu'ils les ont réveillés, ils n'étaient plus lents et ils s'étaient rajeunis. Leur vitesse était redevenue celle d'un jeune blob. Mieux encore, lorsqu'un blob âgé fusionne avec un jeune, il retrouve lui aussi sa jeunesse. Le blob est l'un des très rares organismes connus capables d'inverser son vieillissement en continuant à vivre, à faire rêver. Mais s'il peut échapper à notre regard, dans les forêts il est essentiel en se nourrissant de bactéries. et en participant à l'équilibre du sol. Ainsi, il nous murmure quelque chose de profondément dérangeant. Et si l'intelligence n'était pas une affaire de cerveau ? Et si le vieillissement n'était pas une fatalité ? Dans le prochain épisode, nous quitterons cette cellule géante et étonnante des sous-bois pour rencontrer un animal qui, lui, a une tête, des dents et une patience vieille de 200 millions d'années. Nous irons voir du côté du crocodile. Merci d'avoir écouté Anima Terrae, Murmure du vivant. Et souvenez-vous, gardez les yeux grands ouverts sur la beauté simple du monde qui nous entoure.