Speaker #0Merci par avance de vous abonner à ce podcast si vous l'aimez, ça m'aide beaucoup pour sa création. On parle souvent de super pouvoir lorsque l'on évoque certaines capacités du monde animal, comme s'il s'agissait d'exceptions spectaculaires, presque magiques. Pourtant, ces capacités ne sont ni marginales ni anecdotiques, elles sont des réponses précises à des contraintes bien réelles. Bienvenue dans Anima Terrae, Murmure du vivant. Chaque jour, la Terre nous raconte une histoire. Je suis Flore. J'aime contempler la nature, chercher à la comprendre et partager ce bonheur immense. Bonjour. Je le dis simplement, sans provocation, l'humain est un animal comme les autres. Avec ses singularités, bien sûr, mais nous sommes issus de la même histoire évolutive soumis aux mêmes lois physiques, biologiques et environnementales que n'importe quelle espèce. Si je commence par là, c'est parce que notre manière de penser l'intelligence est très centrée sur nous-mêmes. On l'a longtemps cherché là où elle nous ressemble, dans le langage, l'abstraction, la technique. Aujourd'hui, je vous propose simplement un léger pas de côté, afin d'apprécier combien le monde vivant regorge de formes d'intelligence diverses et donc de capacités d'adaptation variées. je pourrais faire un podcast uniquement sur ce sujet, mais j'ai choisi de recentrer mon propos en me limitant à un seul milieu déjà riche en lui-même, le milieu aquatique. Ce milieu est exigeant à cause de la densité, de la pression, de la lumière capricieuse, de l'oxygène parfois rare ou encore d'une prédation constante. Autant dire qu'on n'y philosophe pas très longtemps car il faut percevoir vite, ajuster finement et éviter de terminer dans un estomac, dans l'eau. Percevoir, décider et agir relèvent souvent d'un seul et même mouvement. Il faut alors une lecture attentive de son environnement pour apporter une réponse instantanée. Différentes stratégies sont à l'œuvre. La première, se fondre. Dans les zones côtières encore éclairées, la sèche, le calmar et la pièce par exemple, modifient leur apparence en temps réel grâce à la chromatophorie, des cellules spécialisées de la peau. change couleur, luminosité, parfois même texture. Le corps devient alors un véritable maître du camouflage. Comme protée, figure de la mythologie grecque, capable de changer de forme pour échapper à toute contrainte, ces espèces ont affiné leur méthode de survie jusqu'à la rendre presque invisible. Si vous ne possédez pas ce talent, comme l'artiste chinois Liu Bolin, célèbre pour se fonder visuellement dans des décors urbains ou naturels, il vous est toujours possible d'en développer un autre, celui d'attendre. Dans les mousses humides, les sédiments ou les films d'eau, vit un animal minuscule, le tardigrade, aussi appelé ourson d'eau. Lorsque les conditions deviennent extrêmes, il entre en cryptobiose. Son métabolisme chute presque à zéro. Puis, il reprend son activité lorsque l'environnement redevient favorable. Nous sommes loin d'un éloge de l'attentisme, mais plutôt... Face à la confirmation que selon le contexte, toutes les stratégies peuvent avoir du sens. Si la patience n'est pas votre fort, reste alors la possibilité d'être réactif et de frapper vite. Dans les récifs tropicaux, la crevette menthe projette son appendice à une vitesse fulgurante, provoquant un phénomène de cavitation. Une bulle de vapeur se forme, puis inclose dans l'eau, libérant une onde de chocs capables d'assommer ou de tuer la proie. Tout se joue. en une fraction de seconde. Dans un environnement saturé, l'intelligence se doit parfois d'être radicale. Mais si cette fois encore vos capacités de ninja sont limitées, rassurez-vous, la nature est d'une créativité sans fin. Elle le prouve avec ses corps pensants. Dans les forêts de kelp, ces grandes algues brunes qui forment de véritables forêts sous-marines dans les mers tempérées et froides, la pièvre déploie une intelligence incarnée. Une grande partie de ces neurones se trouve dans ses bras. Ces ventouses touchent, goûtent, sentent et explorent. Chaque ventouse est reliée à un réseau nerveux local capable de traiter l'information sans passer systématiquement par le cerveau central. Ici, décider, c'est palper. Le sublime documentaire « La sagesse de la piède » réalisé par Pippa Elrich et James Reed montre à quel point cette rencontre peut transformer notre regard. Reconnaître une autre forme de sensibilité, c'est déjà accepter de ne plus en être la référence. Et cette dernière, la pieuvre, possède une autre compétence que nous pourrons. Rion lui enviait la capacité de se reconstruire. Chez de nombreux organismes aquatiques, la régénération joue un rôle central. La pieuvre peut refaire un bras, les étoiles de mer régénèrent leurs membres. Et dans les eaux douces et tempérées du Mexique, l'axolote, amphibien strictement aquatique à l'âge adulte, peut reconstituer pattes, queues, organes internes et même certaines structures cérébrales. Évidemment ! Cela captive les scientifiques qui ont identifié certains mécanismes, comme le rôle des cellules souches et de signaux moléculaires très précis. Mais une large part nous échappe toujours, notamment la manière dont le corps conserve la mémoire de sa forme. Une fois de plus, la mythologie fait écho à cette faculté de régénération, avec l'hydre de l'herne, créature dont les têtes repoussaient lorsqu'on les coupait. Derrière le monstre, les anciens pressentaient déjà ceci. La blessure n'est pas. Toujours une condamnation. Difficile de ne pas éprouver une forme d'admiration face à l'ensemble de ces intelligences que nous comprenons encore mal, alors même que nous détruisons rapidement le milieu qui les rende possibles. Détruire ces vies, ce n'est pas seulement perdre des espèces, c'est peut-être renoncer à l'une des questions fondamentales qui nous anime, celle de nos origines et de notre évolution. Et quand bien même la curiosité ne serait pas une raison suffisante, il semble... essentiel de respecter ce qui nous dépasse par sa cohérence, sa créativité et sa capacité à durer. Dans le prochain épisode, nous parlerons des graines, ces petites formes que l'on ne regarde pas assez. Vous vous souvenez peut-être que j'avais abordé dans l'épisode sur les séquoias la façon singulière dont leurs cônes s'ouvrent en réponse au feu. Nous irons plus loin en prenant conscience des enjeux, des tensions et des passions que ces minuscules objets peuvent cristalliser. Merci d'avoir écouté Anima Terrae, Murmure du vivant. Et souvenez-vous, gardez les yeux grands ouverts sur la beauté simple du monde qui nous entoure.