Speaker #0Merci par avance de vous abonner à ce podcast si vous l'aimez, ça m'aide beaucoup pour sa création. Hé ! Psst ! Dani Laferrière, écrivain haïtien et membre de l'Académie française, a écrit « Il y a des graines que le vent aime semer ailleurs » . Moi, je suis celle qui accompagne ce mouvement. Voulez-vous suivre ce vent avec moi ? Bienvenue dans Animatérae. Murmure du vivant, chaque jour la terre nous raconte une histoire. Je suis Flore, j'aime contempler la nature, chercher à la comprendre et partager ce bonheur immense. La semaine dernière, moi, la semeuse, je vous ai présenté cette merveille de la nature, la graine. Et si je suis votre narratrice, c'est que depuis longtemps, je suis présentée comme une figure de la terre. terre nourricière, héritière de Déméter et de Cérès. J'apparais suite à une commande à Oscar Rotti, graveur, d'abord pour une médaille de récompense du ministère de l'agriculture en 1887. La silhouette d'une jeune italienne lui servira de modèle, mais reléguée aux oubliettes, il faudra attendre plusieurs années avant que je trouve ma place sur vos pièces, à la demande de Paul Doumer en... 1890. Je deviens alors le lien entre la terre, le travail humain et l'avenir. Car oui, si la graine est une merveille biologique, elle est aussi un enjeu pour nos civilisations, et ce, dès l'émergence de l'agriculture. Au départ, pendant des millénaires, les humains vivent en chasseurs-cueilleurs. Puis, peu à peu, les nomades commencent à apprivoiser Il y a environ 14 000 ans, dans cette région du monde que l'on appellera plus tard le croissant fertile, entre l'Égypte, la Turquie et l'Irak actuel, les Natoufiens récoltent intensivement des céréales sauvages, utilisent des faucilles, des meules et reviennent saison après saison. À travers le monde, certaines cultures émergent à différentes périodes. Le blé au Proche-Orient, le riz en Asie... le maïs en Amérique centrale, la pomme de terre dans les Andes. Partout, la même nécessité, nourrir, sécuriser, transmettre. La carpologie discipline qui étudie les restes de graines archéologiques permet d'observer les régimes alimentaires selon les époques et le déplacement des graines en lien avec les échanges commerciaux. Elle nous éclaire ainsi sur l'histoire de l'humanité. Nous découvrons alors que les graines voyagent aussi avec les guerres. On les appelle les plantes obsidionales, du latin obsidio, le siège militaire. On les nomme aussi polemochores, du grec polemos, la guerre, et koros, le déplacement. Celles que les conflits disséminent sans le vouloir. Ce sont celles qui apparaissent là où les armées passent, s'installent, repartent, laissant derrière elles des sols bouleversés. Elles ne viennent pas par le vent, elles viennent avec les hommes. Et si la graine peut être liée au conflit de façon forfuit, elle est parfois l'origine même de drames et vient s'inscrire dans les récits humains. Vous vous souvenez-vous de Pont Saint-Esprit, le 16 août 1951 ? Des dizaines d'habitants sombrent dans des hallucinations et des crises de panique. L'une des hypothèses les plus sérieuses évoque un pain contaminé par l'ergot de seigle, un champignon microscopique qui pousse sur les céréales et produit des alcaloïdes très puissants. Au Moyen-Âge, on appelait cela le mal des ardents. Des villages entiers étaient saisis de convulsions et de visions. La littérature n'est pas en reste. Agatha Christie, qui avait travaillé en pharmacie pendant la guerre, utilise dans Le Cheval Pâle un empoisonnement au thallium comme arme discrète de son intrigue. Puisque la graine s'est octroyée une place de choix dans nos civilisations, dans notre histoire, Elle est aussi un élément fondamental de notre économie. Dès le néolithique, lorsque l'on a pu stocker des graines, les surplus apparurent. Elles deviennent ainsi objets d'échange, de négociation, parfois de dépendance. Vous l'aviez pressenti avec mon portrait en début de l'épisode, n'est-ce pas ? Et l'expression « avoir du blé » prend tout son sens. Aujourd'hui encore, les céréales sont ce que l'on appelle des matières premières agricoles. Elles sont échangées sur des marchés mondiaux sous forme de contrats sur les récoltes futures. Leur prix fluctue selon les sécheresses, les guerres, les rendements, les stocks, parfois même avant que les graines ne soient semées. La graine est donc une richesse. La protéger est une question de survie pour notre espèce. Par conséquent, au XXe siècle, le botaniste russe Nikolai Vavila comprend le danger de cultiver partout les mêmes variétés. Il parcourt le monde pour collecter des milliers de graines convaincu que la diversité est une assurance pour le futur. Pendant le siège de Leningrad, ses collègues protègent ces semences au prix de leur vie. Vavilov, lui, triste sort, meurt de faim en prison en 1943. Aujourd'hui, cette idée se prolonge dans des réserves de graines sur tous les continents. La plus connue se trouve aux Valbardes, dans l'Arctique. Ce lieu ne possède aucune graine, il les garde pour les autres. Ce qui est conservé là n'est pas... pas destinées au marché, mais à l'avenir. Des variétés anciennes, libres, génétiquement diverses. En cas de crise climatique, de guerre, de catastrophe agricole, ce sont ces graines libres qui permettraient de reconstruire des cultures adaptées. Mais en parallèle, d'autres graines suivent un chemin très différent. Brevets, standardisation, dépendance-économie, comme celle développée autrefois par Monsanto, aujourd'hui intégrée au groupe Bayer. Contrôler la graine, ce n'est pas seulement nourrir, c'est orienter les rapports de force. Ainsi s'achève ce diptyque sur les graines. Un podcast sur le vivant pouvait-il ne pas déceviller ? La graine est une mise en lumière de l'ingéniosité du vivant, s'adaptant sans cesse sous réserve qu'on lui en laisse le temps, ce temps sur lequel la nature ne transige jamais. En protégeant cette richesse, à nous de choisir si nous préférons semer la disque... Dans le prochain épisode, nous irons découvrir un organisme bien étrange qui devrait lui aussi faire germer votre curiosité. Le blob ! Ça ne vous dit rien ? Parfait ! Ça n'en sera que plus intéressant. Merci d'avoir écouté Anima Terrae, Murmure du vivant. Et souvenez-vous, gardez les yeux grands ouverts sur la beauté simple du monde qui nous entoure.