Speaker #0Psst, vous connaissez une famille qui rassemble plus de 20 espèces différentes ? Parmi elles, certaines ne pèsent pas plus qu'une petite noisette, à peine 20 grammes. D'autres, plus imposantes, peuvent atteindre 2 kilos. Bienvenue dans Anima Terrae, Murmure du vivant. Chaque jour, la Terre nous raconte une histoire. Je suis Flore. J'aime contempler la nature, chercher à la comprendre. et partager ce bonheur immense. Bonjour vous ! Aujourd'hui, je vous propose la création d'un hérisson. Commençons par choisir lequel. Le hérisson est un mammifère qui appartient à la famille des Hérinaceidae. Cette famille est répartie en deux lignées. Les vrais hérissons et les gimnures, leurs cousins sans piquant. On les rencontre naturellement en Europe, en Asie et en Afrique. Nous allons concevoir un Erinaceus europaeus, le hérisson européen, celui qui traverse parfois nos jardins le soir. Pour commencer, imaginons son enveloppe, une forme simple, archaïque, si efficace qu'elle a peu changé depuis 15 millions d'années. Pendant que Tigre à dents de sabre et Mammouth disparaissaient, lui poursuivait sa route sans presque rien modifier. En même temps, quand une structure fonctionne, pourquoi la réinventer ? Sur son dos, nous ferons pousser environ 6000 piquants, des poils métamorphosés, gorgés de kératine. Chacun vivra 18 mois avant d'être remplacé. Et de temps en temps, notre hérisson secrètera une mousse de salive, stimulée par une odeur nouvelle, Puis il étalera sur ses piquants. Ce geste portera un nom, le self-annoting. Nous ignorerons encore à quoi cela servira vraiment. Camoufler son odeur, tenir les parasites à distance, ou simplement goûter le monde à sa manière, marqué par une odeur qu'il voudra garder sur la peau. Le mystère demeurera. Pour qu'il puisse se protéger, nous glisserons sous sa peau un muscle précieux, le paniculus carnosus. Grâce à lui... Il se contractera en boules, défiant le renard. Côté proportions, nous le ferons mesurer une vingtaine de centimètres, 25 peut-être, et peser entre 600 grammes et 1,2 kg, parfois davantage avant l'hiver. En revanche, s'il descend en dessous de 450 grammes à l'automne, ses réserves ne suffiront pas. L'hibernation l'emportera, car l'hiver sera rude. Son cœur va ralentir, sa température chuter, et à chaque réveil intempestif, il consommera une part trop précieuse de son énergie. Énergie dont il aura besoin quand le temps de la séduction arrivera. Un soir, le mâle tournera autour de la femelle, soufflera, grognera. Lui qui s'exprime déjà intensément, deviendra un véritable soliste, oublieux des dangers, exposé, vulnérable. Ce balai aura un nom, le Hedgehog Carousel, le manège du hérisson. 35 jours plus tard, dans un nid discret, apparaîtront 2 à 7 petits, roses et les yeux clos, avec des piquants encore mous. La science les appellera hérissonnaux. Mais en 2009, un biologiste français, Pierre Kerner, proposera un mot devenu culte, choupisson. Et je l'adopterai volontiers car c'est vraiment trop mignon. Pour qu'il existe vraiment notre hérisson, il lui faut une histoire. Les humains auront le temps de l'observer pendant des millénaires. En Égypte antique, il reposera dans les tombes, symbole de protection. Au Moyen-Âge, les bestiaires chrétiens le décriront comme un petit démon, chapardeur de fruits. Plus tard, il deviendra presque une célébrité. Une chanson dans Émilie Jolie, une course supersonique sous le nom de Sonic. Du tombeau sacré au pixel bleu électrique, quel voyage ! Notre hérisson aimera les endroits un peu en désordre. Et lisière, feuilles mortes, trop de propreté et la nourriture se raréfiera. Nous lui laisserons limaces, escargots, chenilles, vers. On le dira insectivore, mais il sera surtout opportuniste. Un oisillon imprudent, il ne refusera pas. Et comme tout vivant, il devra composer avec les dangers. Blaireau, Grand-Duc, mais surtout les voitures. Sa carapace arrêtera un renard, pas un pneu. Même s'il sera déjà protégé depuis longtemps, il sera classé quasi-menacé par l'UICN à partir de 2024. Alors nous ne le ramasserons pas, nous ne le garderons pas. Nous pourrons seulement l'aider. Un tas de feuilles mortes, un passage de 13 cm sous la clôture. Un bol d'eau, jamais de lait. et un appel aux associations si besoin. Ainsi, notre hérisson pourra espérer vivre sa meilleure vie. Quatre ans, parfois huit, voire douze exceptionnellement. Il glissera dans la nuit comme un mot discret, laissant sur la terre des traces minuscules, cadeaux infimes hérités des contes. Nous pensions le créer, mais c'est lui qui nous transformera, nous rappelant combien la création demeure fragile et combien elle exige notre respect. La semaine prochaine. nous descendrons dans un monde à l'abri des regards. Nous nous immergerons les abysses. Merci d'avoir écouté Anima Terae, Murmure du Vivant. Et souvenez-vous, gardez les yeux grands ouverts sur la beauté simple du monde qui nous entoure.