Speaker #0Merci par avance de vous abonner à ce podcast si vous l'aimez, ça m'aide beaucoup pour sa création. Hé, psss ! Quand dans le corbeau est le renard, la fontaine conclut, tout flatteur vit au dépens de celui qui l'écoute. Ils révèlent nos faiblesses couvertes d'une fable. Ils n'affirment rien, mais ils laissent une brèche. Et si parfois le second degré n'était pas uniquement humain ? Bienvenue dans Anima Terrae, Murmure du vivant. Chaque jour, la Terre nous raconte une histoire. Je suis Flore. J'aime contempler la nature, chercher à la comprendre et partager ce bonheur immense. Bonjour vous ! Aujourd'hui nous allons explorer un territoire inattendu, l'hypothèse d'un humour chez les animaux. Avant de chercher des farces dans la nature, il faut comprendre ce que nous appelons humour. Et ce n'est pas si simple, nous confondons souvent deux réalités. Être drôle, c'est provoquer le rire chez l'autre. On peut rire sans comprendre et comprendre... sans jamais rire. Le rire est une réaction du corps. L'humour est une manière de penser. Schopenhauer voyait l'humour comme la rencontre entre notre représentation du monde et la réalité, lorsqu'elle ne coïncide plus. Si l'humour est une manière de saisir l'imprévu, alors certains animaux pourraient-ils en manifester une forme. C'est là que l'éthologie intervient. Et il faut ici une rigueur absolue. Dans les publications scientifiques, le mot « humour » n'existe pas. Il est trop humain, trop culturel, impossible à mesurer. On ne peut travailler qu'avec ce qui est observable. Les chercheurs parlent donc de jeu social, de taquinerie, d'interaction ludique intentionnelle. Parce que si l'humour n'est pas mesurable, le jeu, lui, l'est. Et le jeu est très présent dans le monde animal. Il permet d'apprendre à chasser, à fuir, à maîtriser son corps et les règles du groupe. Marc Bekoff, spécialiste du jeu animal, dit ceci. Le jeu est un laboratoire du réel. Chez les jeunes chiens, cela commence par un signe très clair. Les pattes avant posées au sol, l'arrière-train levé. Ce geste est un code social, un contrat qui signifie « ne te défends pas, ce qui va suivre est un faire semblant, nous allons jouer » . Winnicott, philosophe et psychanalyste, Écrivez que le jeu est un territoire suspendu entre le réel et l'imaginaire, un espace où l'on peut être soi. Mais ce qui intrigue les scientifiques, c'est que certains animaux continuent de jouer même lorsqu'ils savent déjà faire. Ils provoquent quelque chose, ils déclenchent un imprévu, ils cherchent une réaction. C'est dans cet excès gratuit que surgit quelque chose qui ressemble à une forme primitive d'humour. Quittons le laboratoire. Et envolons-nous dans les montagnes du sud de la Nouvelle-Zélande. Un perroquet olive, le kéa, marche comme s'il possédait le sentier. En 2020, des chercheurs de l'Université de Vienne ont montré que certains kéas produisent une vocalisation capable de déclencher instantanément le jeu chez les autres. Et comme si cela ne suffisait pas, les kéas adorent tirer les lacets des randonneurs, voler un bonnet, cacher un objet... puis s'éloigner en bondissant dès que l'humain réagit. Pas pour se nourrir ou pour survivre, mais pour provoquer une réaction. Quittons les montagnes et plongeons dans l'eau. Les dauphins fabriquent des anneaux de bulles, les laissent monter, puis les traversent comme dans un cerceau invisible. Ils simulent des attaques, freinent au dernier moment, émettent un souffle particulier. Ils ne semblent plus s'entraîner. Ils jouent avec leur univers. Et puis, il y a les loups. Une bio-acousticienne, Patricia Simonnet, a enregistré un son particulier lors de poursuites amicales. Un souffle irrégulier, plus bref que le halètement, réservé uniquement aux interactions ludiques. Quelque chose qui, scientifiquement, n'est pas un rire, mais qui s'en approche dangereusement. Alors non, nous ne pouvons pas dire que les animaux ont de l'humour. Ce serait inexact. Mais nous pouvons affirmer ceci. Certains animaux créent volontairement un imprévu et l'offrent à l'autre. Depuis toujours, dans les contes, les mythes et l'art, les animaux rusent, provoquent, détournent le sérieux du monde. En Afrique de l'Ouest, Anansi, esprit araignée du Ghana, incarne ce que l'on appelle un trickster. Un personnage qui renverse l'ordre établi, non par la force, mais par l'astuce et la surprise. Il manipule les règles plutôt que de les subir. Dans les récits à Caen, Anansi obtient même la garde des histoires du monde. L'animal devient alors le messager de nos travers, mais peut-être aussi de quelque chose qui nous échappe. Une façon de jouer avec son environnement, de le déplacer légèrement, juste assez pour créer un décalage. L'humour n'est pas un privilège, c'est un lien, une rencontre fugace entre deux intelligences qui se reconnaissent. Dans le prochain épisode, nous quitterons les acrobaties des perroquets pour suivre un marcheur nocturne, discret, avec une autre forme de piquant. Nous parlerons des hérissons. Merci d'avoir écouté Anima Terae, Murmure du vivant. Et souvenez-vous... Gardez les yeux grands ouverts sur la beauté simple du monde qui nous entoure.