Speaker #0Merci par avance de vous abonner à ce podcast si vous l'aimez, ça m'aide beaucoup pour sa création. Hé, pssst ! Lorsque nous entendons le cri d'une grue, nous n'entendons pas seulement l'oiseau, nous entendons la trompette dans l'orchestre de l'évolution. Dixit, Aldo Léopold, écologue visionnaire. Bienvenue dans Anima Terrae, Murmure du vivant. Chaque jour, la Terre nous raconte une histoire. Je suis Flore, j'aime contempler la nature, chercher à la comprendre et partager ce bonheur immense. Bonjour vous, peut-être l'avez-vous écouté ? J'ai récemment réalisé un épisode mettant en lumière la manière dont le monde végétal a influencé nos représentations symboliques, mais j'aurais tout aussi bien pu l'étendre aux animaux, aux vents ou aux océans. Car notre environnement façonne profondément notre culture et notamment l'art. D'ailleurs, lorsque l'on cherche la place des animaux dans les œuvres humaines, les références semblent infinies. Des chevaux, des grottes de Lascaux, au carnaval des animaux, des oiseaux d'Igor Stravinsky, aux créatures fantastiques du cinéma contemporain, les animaux sont partout. Mais depuis quelque temps que nous nous connaissons, Une idée revient souvent, l'humain est rarement à l'origine des choses. Attendez, qu'est-ce que je suis en train de dire ? L'art serait-il présent dans le monde animal avant même que nous nous le soyons approprié ? Avant de répondre, encore faudrait-il nous entendre sur ce qu'est exactement l'art. Certaines définitions le présentent comme une création proprement humaine, destinée à provoquer une émotion esthétique. Mais d'autres ouvrent une perspective bien plus vaste, car si l'art désigne aussi une manière d'agir, une maîtrise du geste, une organisation complexe de comportement ou une capacité à produire une expérience sensible, alors il devient peut-être difficile d'en faire une exclusivité humaine. La sémiologie étudie les signes et la manière dont ils produisent du sens. Un ensemble de formes, de sons, de couleurs ou de gestes capables de transmettre quelque chose. Et difficile dans cette perspective de ne pas envisager que certains comportements animaliers puissent eux aussi évoquer, mettre en scène ou communiquer. La phénoménologie, elle, s'intéresse davantage à l'expérience sensible. L'art n'est alors plus seulement un message à comprendre, mais une expérience à vivre. Quelque chose qui nous tient. touchent et transforment notre perception du monde. Pour Gaston Bachelard, la terre, l'eau, l'air ou le feu façonnent profondément notre imaginaire. Pourquoi seuls les humains auraient-ils développé une relation esthétique avec cette matière du monde ? Peut-être avons-nous simplement posé notre mot sur quelque chose qui existait déjà bien avant nous. Et les exemples sont innombrables. Les tisserins gendarmes. peuplent les savannes d'Afrique subsaharienne. Ces petits oiseaux jaunes et noirs sont célèbres pour leur nid suspendu d'une complexité stupéfiante. Le mâle sélectionne des fibres végétales, les noues, les tresses, et construit de véritables architectures aériennes. Tunnels d'entrée, protection contre la pluie, isolation, rien n'est laissé au hasard. Les femelles inspectent l'ouvrage avec attention. Si celui-ci... leur semble médiocre, elles repartent en observant ces nids difficiles de ne pas penser à la vannerie humaine. Et certains oiseaux vont encore plus loin. Dans les forêts d'Australie et de Nouvelle-Guinée, les oiseaux jardiniers satinés construisent de véritables scènes nuptiales décorées de fleurs, de baies, de plumes ou d'objets bleus soigneusement triés. Oui, certains collectionnent même des bouchons ou des morceaux de plastique Merci. simplement parce qu'ils les trouvent jolis. Et je vous invite sincèrement à aller voir leur construction. Les œuvres des oiseaux jardiniers sont fascinantes. D'autres espèces utilisent des procédés proches de la perspective forcée afin de modifier la perception des femelles lorsqu'elles observent leur construction. Les objets les plus grands sont placés au fond, les plus petits à l'avant, créant une illusion visuelle qui agrandit l'édifice. Un principe que l'on retrouve également dans certaines formes d'architecture, de scénographie ou de peinture depuis la Renaissance, voire dans le cinéma avec les premiers effets spéciaux, avec les gros dinosaures qui mangeaient tout le monde. Mais l'océan lui aussi abrite ses créateurs. Au large du Japon évolue un minuscule poisson globe, bâtisseur d'à peine 12 cm. Pourtant, il réalise sur le sable des rosaces pouvant atteindre 2 mètres de diamètre. Pendant plusieurs jours, il sculpte méthodiquement le fond marin et décore son œuvre avec des coquillages. Le résultat évoque parfois un mandala ou une sculpture de Landart. Pourquoi un tel effort ? Mais pour séduire une femelle, mais aussi pour protéger les futurs œufs des courants marins. Comme si l'efficacité et l'esthétique s'étaient rencontrées. Mais si vous préférez le mouvement, corps, Alors, Entrons dans la danse. Les araignées pan se rencontrent dans les zones sèches d'Australie. Minuscules, les mâles semblent pourtant tout droit sortis d'un spectacle contemporain. Leur abdomen iridescent se déploie comme un éventail coloré, tandis qu'ils effectuent des mouvements extrêmement précis, accompagnés de vibrations complexes. Une véritable chorégraphie. Et les femelles observent attentivement, car une erreur peut coûter cher. Certes, Horten dévore le mal après la parade. Ambiance. Mais difficile là encore de ne pas voir dans ses comportements une forme de mise en scène du corps, du rythme et de l'apparence. Évidemment, si nous parlons de danse, la tentation d'évoquer la musique devient grande. Asseyez-vous un instant au milieu d'une forêt. Écoutez, les sons semblent surgir au hasard. Et pourtant, le bio-acousticien Bernie Krause a montré que de nombreux milieux naturels fonctionnent presque comme des orchestres. Les espèces y organisent leur vocalisation. afin d'éviter de se couvrir les unes les autres. Chacune semble occuper sa propre niche sonore, un peu comme les instruments dans une partition. Difficile alors de considérer la nature comme un simple bruit de fond. Et d'autres animaux semblent même jouer avec nos perceptions. Le ménure superbe, aussi appelé oiseau-lire, peuple les forêts humides du sud-est de l'Australie. Il est capable d'imiter Des dizaines de sons, chants d'autres oiseaux, alarmes, appareils photos, voire tronçonneuses. Oui, oui, tronçonneuses. Son organe vocal, le syrinx, lui permet même parfois de produire plusieurs sons simultanément. Un illusionniste sonore, en d'autres termes. Comme si le vivant pratiquait lui aussi une forme de trompe-l'œil acoustique. Et puis, il y a peut-être l'exemple le plus bouleversant de tous. Entre 2016 et 2019, la compositrice Aline Penito et le bio-acousticien Olivier Adam ont imaginé un projet fascinant, diffusé sous l'eau de la musique afin d'interagir avec des baleines à bosse dans l'océan Indien. Et les baleines ont répondu. Leurs vocalistes se sont mêlés au sens humain dans une sorte de dialogue déroutant. Alors évidemment, les baleines ne composent probablement pas des symphonies au sens humain du terme. Mais plus j'explore le vivant, plus une question me traverse. Et si l'art n'était pas apparu avec l'humain ? Et si nous étions simplement l'une des espèces qui avait décidé de le définir ? Mais si certains animaux bâtissent, sculptent, dansent ou composent ? D'autres semblent surtout philosopher, enfin, à leur manière. Et croyez-moi, l'âne mérite largement qu'on s'y attarde. Alors dans le prochain épisode, nous irons découvrir la sagesse de celui qu'on traite bien trop vite, titio. Merci d'avoir écouté Anima Terrae, Murmure du Vivant. Et souvenez-vous, gardez les yeux grands ouverts sur la beauté simple du monde qui nous entoure.