Speaker #0Merci par avance de vous abonner à ce podcast si vous l'aimez, ça m'aide beaucoup pour sa création. Psst, il est des mots qui sonnent comme des rêves. Funambule est de loin mon préféré, à l'image de la vie dans cette recherche d'un équilibre fragile. Mon golfière lui aussi ouvre des horizons, promet des élans, des dérives, des paysages suspendus. Tous sont portés... Et par cette force que nous célébrons ici. Bienvenue dans Anima Terrae, murmure du vivant. Chaque jour, la Terre nous raconte une histoire. Je suis Flore. J'aime contempler la nature, chercher à la comprendre et partager ce bonheur immense. Bonjour vous. Vous vous souvenez ? La semaine dernière, nous avons tâché de comprendre comment fonctionne le vent. Cette semaine, voyons voir comment ils s'articulent dans nos vies. Bien avant les éoliennes, ce qui circule dans l'air structure des techniques très concrètes. Dès le 7e siècle, en Perse apparaissent des moulins capables de moudre le grain en captant un flux dominant. En Europe, quelques siècles plus tard, ces machines se développent. Aux Pays-Bas, dès le 16e siècle, elles permettent de drainer des... terres entières gagnées sur la mer. Avec le temps, les formes se précisent. En Écosse, des ailes à jalousie s'adaptent à l'intensité du souffle. En France, au XIXe siècle, les frères Berton conçoivent un système réglable depuis l'intérieur du moulin permettant d'ajuster la surface exposée en fonction des conditions. A la fin du XIXe siècle au Danemark, Poul la Courte, transforme ces dispositifs en machines capables de produire de l'électricité. En étudiant les profits d'elles, il améliore leur rendement et pose les bases des éoliennes modernes. Le mouvement de l'air prend alors une valeur énergétique. Cette ressource dépend pourtant fortement du lieu. Un flux exploitable se caractérise par sa régularité, sa fréquence et une vitesse adaptée. Les littoraux exposés, comme ceux de la mer du Nord, offrent ces conditions. L'air circule librement sans être ralenti par le relief. Cette configuration explique la forte implantation d'éoliennes au Danemark, dans le nord de l'Allemagne ou dans certaines régions d'Espagne. Dans d'autres contextes, l'adaptation passe par l'habitat. En Bretagne, les maisons traditionnelles. s'organisent en fonction des vents dominants venus de l'ouest, chargés d'humidité et de sel. Les façades exposées présentent peu d'ouverture, tandis que les portes et les fenêtres se placent côté sud ou est, où les conditions sont plus favorables. Il ne s'agit pas là de juste penser avoir une vue sur la mer. Les bâtiments s'implantent dans le sens des rafales, afin de réduire la surface exposée. Les murs épais et les volumes... compacte assurent une meilleure protection thermique. L'orientation devient ainsi une réponse directe au climat. Dans les régions chaudes, cette logique prend une autre forme. En Iran, les batguirs, présents depuis l'époque perse, captent l'air en hauteur et le dirigent vers l'intérieur des habitations. L'air chaud s'évacue par le sommet, tandis qu'un courant plus frais descend, parfois refroidi au contact de l'eau. L'organisation de l'espace intérieur repose alors sur ces circulations. Cette lecture précise existe également en mer depuis plusieurs siècles. Sur l'océan, certains flux deviennent de véritables routes. Les Alizés permettent de traverser l'Atlantique vers l'ouest, tandis que les vents d'ouest facilitent le retour vers l'Europe. Les navigateurs construisent leur trajet en fonction de ces régimes. Afin de les décrire, des outils se mettent en place. En 1805, l'amiral britannique Francis Beaufort propose une échelle qui classe la force du vent de 0 à 12 en fonction de ses effets visibles. À 0, la mer est parfaitement lisse. À 6, les vagues se forment et commencent à se briser. Et à 12, la mer devient entièrement déchaînée. Cette échelle permet d'associer une observation visuelle à une intensité. Une autre unité s'impose également le nœud. Il correspond à un mile nautique par heure, soit 1,852 km heure. Cette mesure provient d'une technique simple, consistant à laisser filer une corde nouée à intervalles réguliers afin d'estimer la vitesse du navire. Au XIXe siècle, Matthew Fontaine mourit. compile des journaux de bord et publie les premières cartes de vents et de courants. Ces données permettent d'optimiser les routes maritimes et de réduire les temps de traversée. À bord, chaque manœuvre dépend de cette lecture. L'orientation des voiles détermine la trajectoire du bateau qui progresse selon un angle précis par rapport au flux d'air. Cette relation se prolonge aujourd'hui dans les loisirs, en voile, en kitesurf ou en parapente. La position du corps se modifie en permanence pour capter une énergie en mouvement. Le vol à voile repose, lui, sur l'utilisation des ascendances pour prolonger la durée du vol. Ces pratiques prolongent une relation ancienne. En Chine, il y a plus de 2000 ans, apparaissent les premiers cerfs-volants. Fabriqués en bambou et en soie, ils s'élèvent tout en restant reliés au sol par un fil. Leur utilisation permet d'observer les courants de mesurer des distances ou de transmettre des signaux. Un lien se crée ainsi entre le sol et ceux qui circulent juste au-dessus, dans l'air. En 1783, en France, les frères montgolfiers font décoller le premier ballon à air chaud, transportant des humains. L'air chauffé s'élève et entraîne la nacelle dans un déplacement guidé par les courants. Cette expérience inspire Jules Verne dans Le Tour du Monde en 80 jours. où le ballon devient symbole de voyage et d'exploration. Au XXe siècle, cette relation atteint une forme spectaculaire. En 1974, à New York, Philippe Petit, funambule français, tente un câble entre les deux tours de feu, le World Trade Center, à plus de 400 mètres du sol. Il prépare son geste comme une opération clandestine, comparable à un hold-up aérien. Pendant 45 minutes, environ, il avance sur ce film. Son exploit est raconté dans le formidable documentaire Men on Wire, réalisé par James Marsh en 2008, que je vous invite vivement à découvrir. À cette hauteur, les flux s'accélèrent et se déforment entre les tours. Le câble oscille en permanence, ce qui imp... un ajustement constant à chaque pas. Ses forces influencent également les grandes structures. En 1940, le pont de Tacoma Narrows aux États-Unis s'effondre sous l'effet d'oscillation provoquée par ses mouvements. Cet événement conduit à intégrer ces phénomènes dans la conception des ponts et des bâtiments. Les formes et les matériaux évoluent pour accompagner ces contraintes. Depuis les moulins perçants jusqu'aux cartes marines, des maisons bretons, tonnes aux grandes infrastructures, des cerfs-volants aux exploits suspendus. Ces circulations organisent nos usages. Elles orientent les constructions, les déplacements et les techniques. Dans le prochain épisode, le vent nous portera vers ceux qui, eux aussi, façonnent des formes, des gestes, des traces, vers ces animaux capables de créer, et peut-être même de tisser leur propre culture. Les animaux seraient-ils eux aussi ? des artistes. Merci d'avoir écouté Anima Terae, Murmure du vivant. Et souvenez-vous, gardez les yeux grands ouverts sur la beauté simple du monde qui nous entoure.