Speaker #0Merci par avance de vous abonner à ce podcast si vous l'aimez, ça m'aide beaucoup pour sa création. Eh psss, l'été à la mer, les garçons, ça veut toujours nager jusqu'à la bouée. Et nous, sur la plage, pendant ce temps, on doit leur faire coucou pour leur faire croire qu'on est contentes. Florence Foresti, j'aime pas les garçons. Les garçons, je vous laisse juger. Mais les coucous, eux, ont réussi à se faire une place dans nos horloges, nos légendes. et même nos salutations. Bienvenue dans Anima Terrae, murmure du vivant. Chaque jour, la Terre nous raconte une histoire. Je suis Flore. J'aime contempler la nature, chercher à la comprendre et partager ce bonheur immense. Bonjour vous. Oui, oui, je sors à nouveau. Enfermée dans ma... pendule depuis des siècles, je rythme votre temps sempiternellement. Enfin, depuis quelques siècles seulement, les humains ont commencé à me loger dans leur célèbre horloge au 18e siècle, dans la forêt noire allemande. Une drôle d'idée quand on y pense, transformer un oiseau migrateur en gardien du temps. Je compte vos secondes, j'espère vos minutes, puis soudain une petite porte s'ouvre et me voilà. Coucou ! Vous connaissez mon nom bien sûr. Vous l'utilisez pour saluer ceux que vous aimez, pour apparaître doucement dans la vie des autres, pour jouer avec les enfants derrière des mains cachées. Mais ce mot, chers humains, vous me l'avez emprunté. Car avant d'être une salutation, coucou fut d'abord mon chant. Une simple onomatopée née dans les forêts européennes. Cuculus chez les Romains, coucouchka en russe. Coucou en anglais ! Partout, les humains semblent avoir entendu la même chose dans ma voix. Et pourtant, peu d'entre vous me voient réellement. Vous connaissez ma voix mieux que mon visage, comme le rossignol ou l'alouette. Je fais partie de ces oiseaux qui chatouillent d'abord vos escourdes avant vos mirettes. Car lorsque vous finissez enfin par m'apercevoir, je surprends souvent. Je mesure un peu plus de 30 cm, presque la taille d'un faucon cresserelle. corlongilignes ailes pointues longues queues poitrines rayées en vol beaucoup me prennent d'ailleurs pour un épervier peut-être est-ce aussi pour cela que je demeure si difficile à saisir chez moi tout semble affaire d'apparition d'imitation et de disparition même votre langage s'en est souvenu dès le quatorzième siècle apparaît en français le mot cocu son origine est généralement associée à ma réputation car je ne construis pas de nids Je ne participe pas à l'élevage de mes petits et je confie mes œufs à d'autres parents. Aux yeux des humains, cela ressemblait à un oiseau faisant des enfants dans plusieurs foyers sans jamais fonder le sien. L'image était trop tentante. Mon nom est progressivement devenu une métaphore de l'infidélité. Je dois reconnaître que cela n'a pas vraiment aidé à soigner ma réputation. Enfin, une partie seulement. Car derrière le mot coucou, se cache en réalité une immense parenté d'oiseaux. Les scientifiques la nomment les cuculidés. On y trouve bien sûr les coucous, mais aussi les coucales, les géocoucous ou encore... Les Malkoas. Plus de 140 espèces existent dans cette famille à travers le monde. Et toutes ne pratiquent pas ce fameux parasitisme. Certaines construisent leurs nids, élèvent leurs petits et mènent une existence parfaitement classique. Mais moi, le coucou gris, j'ai choisi une autre voie. Et je ne suis d'ailleurs pas le seul animal à faire cela. Chez les oiseaux, les vachés d'Amérique, certains indicateurs africains ou encore quelques canards pratiquent eux aussi. cette étrange délégation parentale. Mais chez moi, ce procédé est devenu un art extrêmement sophistiqué. Au printemps, la femelle observe discrètement les rousseroles dans les roseaux, les rouges-queues dans les jardins ou les pipites dans les prairies. Puis tout va très vite. Quelques secondes suffisent pour déposer un oeuf dans un nid déjà occupé avant de disparaître. Pourquoi faire cela ? Parce qu'en laissant d'autres oiseaux nourrir ses petits, elle peut pondre davantage d'oeufs dans différents nids. et augmenter ainsi les chances de survie de sa descendance. Mais le plus fascinant reste sans doute l'œuf lui-même, car certains oiseaux finissent par reconnaître l'intrus. Une couleur suspecte, un motif inhabituel, alors ils percent l'œuf, le poussent hors du nid ou abandonnent parfois toute la nichée. Alors génération après génération, les coucous perfectionnent leur imitation. Certaines femelles pondent aujourd'hui des œufs si ressemblants à ceux de leur espèce hôte qu'il devient presque impossible de les distinguer. Une véritable course aux contrefaçons biologiques. Et lorsque le petit éclot, l'histoire devient plus brutale encore. Benne, l'oisillon expulse généralement du nid les autres œufs ou les oisillons présents, simplement en les soulevant avec son dos. Les parents adoptifs, eux, continuent de le nourrir avec un dévouement bouleversant. Longtemps, vous avez vu là une forme de tromperie presque immorale. Mais dans le vivant... Il s'agit surtout d'une course infinie entre stratégie et résistance. Mon chant a également nourri bien des croyances. Dans plusieurs régions d'Europe, entendre le premier coucou du printemps a été considéré comme un présage. Certains comptaient mes appels pour deviner les années qui les séparaient d'un mariage, d'un voyage ou d'un grand changement. Les Grecs racontaient même que Zeus prit l'apparence d'un coucou pour approcher Hera, recueillie contre le cœur de la déesse, Le petit oiseau révéla soudain sa véritable identité. Même dans les mythes, décidément, je demeure un maître du déguisement. Malgré cette réputation de squatter à plumes, mon champ reste pour beaucoup celui du retour des beaux jours. Dans certaines régions, entendre le premier coucou du printemps avec quelques pièces dans sa poche était même censé attirer l'argent pour toute l'année. Comme quoi, vous pardonnez beaucoup aux voix qui annoncent la lumière. Il est déjà l'heure pour moi de disparaître à nouveau. Étrange destin que le mien, invisible dans les feuillages mais installé depuis des siècles dans vos langues, vos légendes, vos horloges et vos souvenirs. Dans le prochain épisode d'Animaterae, nous irons cette fois du côté des rats. Oui, des rats, des rats capables de sauver des vies, de détecter des mines, de mémoriser des labyrinthes complexes et peut-être aussi de nous obliger à regarder autrement l'un des animaux les plus méprisés de notre imaginaire. Bref, nous allons ratisser l'art. Merci d'avoir écouté Anima Terae, Murmure du vivant. Et souvenez-vous, gardez les yeux grands ouverts sur la beauté simple du monde qui nous entoure.