- Emmy
Bonjour et bienvenue sur Antichambre, ton nouveau podcast sans tabou dédié à la sexualité pour toutes et tous. Je m'appelle Emy, j'ai 22 ans et je t'invite à débuter cette aventure ensemble pour explorer et vivre pleinement ta sexualité. Alors mets-toi à l'aise et viens écouter les voix d'Anti. Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode d'Antichambre. Aujourd'hui je suis avec Will, merci beaucoup d'être venu.
- Will
Merci de me recevoir.
- Emmy
Dans cet épisode nous allons parler des munchs. Mais avant tout, est-ce que tu peux te présenter rapidement s'il te plaît ?
- Will
Salut Emmy, moi c'est... Will McLink. J'ai 35 ans. Je navigue dans le monde sex-positif et BDSM depuis 2017, à peu près. Et j'organise, avec la Will Kiway, qui est le projet que j'ai monté, des événements d'exploration des sexualités. Je le fais à travers différents formats d'événements, que ce soit des soirées, des ateliers guidés ou non, des séjours, entre 3 nuits ou 1 semaine, avec 40 ou 100 personnes. Et... Merci. Et généralement la porte d'entrée dont on va parler c'est, j'organise aussi des munchs
- Emmy
Je ne me suis pas renseigné, qu'est-ce qu'un munch ?
- Will
On dit un munch, je ne suis même pas sûr que, en tout cas on est beaucoup à dire un munch Donc je pense que ça va rester comme ça Le munch à la base c'est un apéro rencontre de la communauté Sexpo Kinky d'une grande ville Ça se passe un peu dans toutes les villes et dans le monde C'était généralement, initialement des gens qui se retrouvaient, qui avaient une passion commune et qui se retrouvaient dans un bar juste pour pouvoir discuter de cette passion, pouvoir rencontrer des gens qui ont cette même passion sans avoir à pratiquer. Ça peut être pour des jeux de rôle par exemple, ça peut être autour de la musique, on va venir discuter mais c'est pas l'endroit où on va faire une jam musicale. Et donc du coup on a le même principe avec le monde Sexpo et BDSM qui est donc des apéros, rencontres où les gens se retrouvent dans un bar et rencontrent des personnes. de la communauté, de différents groupes, différentes entités, de différents univers, de l'exploration des sexualités qui existent dans les grandes villes, notamment à Paris, pour le coup. Et c'est vraiment un moment de connexion. C'est aussi un moment où on peut surtout venir poser des questions. C'est généralement recommandé comme lieu quand on vient découvrir le milieu sexueux ou BDSM. L'idée, c'est... on m'en a parlé, comment je fais pour entrer un peu dans ce milieu ? Et dans ces espaces-là, il y a généralement des organisateurs, il y a des personnes qui viennent vous accueillir, qui vous expliquent un peu le fonctionnement, et c'est l'occasion de discuter, de poser nos questions sur quel type d'événement existe, quel type de pratique existe, sans avoir à être directement jeté dans un espace de pratique, ce qui peut aller très bien pour certaines personnes, mais qui est généralement plutôt engageant.
- Emmy
Tu as à peu près tout type d'âge, tout type de personnes ?
- Will
Ça va dépendre des munchs. En fait, on a la chance, nous, ici à Paris, en France, d'avoir plusieurs collectifs, plusieurs entités qui créent des munchs. Et le fait que plusieurs entités créent des munchs, elles ont un peu, aujourd'hui, toutes leurs spécificités. Tu vas dans des villes moins grandes, il y a généralement un ou deux munchs, généralement centrés autour du BDSM. Mais aujourd'hui, à Paris, on a par exemple le groupe Paris M, qui est le groupe historique qui crée des manches depuis... plus de 10 ans maintenant, et le rendez-vous est mensuel, c'est tout le premier vendredi du mois, et à chaque fois il y a une cinquantaine de personnes, selon les saisons, une cinquantaine de personnes sur une tranche d'âge plutôt haute, c'est-à-dire que la majorité des gens ont autour de 50 ans dans ces munchs, mais pas exclusivement. Il y a à côté de ça des communautés qui sont plus jeunes, par exemple on sait que dans le BDSM, il y a une Il y a un mot spécifique un peu partout dans le monde et j'ai oublié comment ça s'appelle. Mais en France, on a appelé ça différemment. Mais en tout cas, c'est une communauté de gens qui ont moins de 35 ans et qui font des munchs et des événements entre personnes de moins de 35 ans. L'idée, c'est d'avoir un espace pour des jeunes qui veulent rester entre jeunes pour découvrir et explorer ce milieu. On va avoir des munchs qui sont faits pour les communautés queer exclusivement, donc uniquement accessibles aux personnes... qui sont queer. On va avoir des munchs, par exemple, sur une dimension, un munch pour des pratiquants du shibari, par exemple. Le shibari, c'est une des disciplines du BDSM, qu'on appelle bondage, donc tout ce qui est restriction du corps. Et on fait plutôt ça avec des cordes. Donc, toute une technique à comment faire passer ces cordes, d'abord en sécurité, puis après sur un niveau artistique, puis après pour rentrer dans des jeux SM, ou donc SM, donc sadomasochiste, ou alors DS, donc domination, soumission, les jeux d'échange de pouvoir. On reviendra sur ces points un petit peu plus tard, je pense. Tout ça pour dire qu'en fait, il existe différents munchs, que ce soit pour des communautés différentes. Et dans ces mêmes communautés, il peut y avoir des tranches d'âge très larges ou alors des tranches d'âge spécifiques, si c'est ce qui regroupe en fait ces personnes.
- Emmy
On trouve comment ? Tu trouves que c'est mis en avant ? Parce que, par exemple, j'ai fait un master sur la sexualité. Donc, j'ai fait huit mois de recherche sur la sexualité et je ne suis jamais tombée sur des munchs.
- Will
Déjà ? j'ai envie de poser la question en faisant 8 mois de recherche sur les sexualités est-ce que t'as eu accès à des espaces d'expression de la sexualité c'est-à-dire qu'il doit avoir des espaces d'éducation on a vu tous les comptes qui existent maintenant depuis un peu moins de 10 ans mais qui nous ont fait beaucoup de bien comme les comptes type jouissance club ou enfin tout plein d'autres dans ce sens ben en fait ça nous a fait beaucoup de bien bien de voir des comptes Instagram qui ont commencé à parler de sexualité. On a pu voir par exemple Merci Beaucoup, Jouissance Club, Orgasme et Moi. Ça a été des comptes qui ont commencé un peu à faire de l'éducation autour de la sexualité, qui est un point important pas uniquement autour du consentement, mais comment voir la sexualité comme un aspect ludique et pas uniquement reproductif, mais aussi beaucoup son côté consenti, et comment on construit une relation sexuelle à deux. Donc on a vu beaucoup ces espaces-là, mais on a beaucoup moins vu les espaces où on pouvait nous-mêmes aller explorer la sexualité. Aujourd'hui, ce qui existe, on va beaucoup, je pense que tu as dû voir, parler des clubs et des Ausha libertins, un monde libertin, qui existe depuis très longtemps, notamment très longtemps. Et aujourd'hui, ce qui existe beaucoup plus depuis quelques années, c'est un monde sex-positif, où en fait, il y a cette envie d'explorer sa sexualité, de pouvoir jouer avec la... la sexualité, mais tout en mettant en avant une culture du consentement qui n'existait pas et qui était peu présente jusque maintenant, notamment parce qu'on n'a pas d'éducation à la sexualité qui est faite. Et le mouvement sexe positif, c'est un mouvement féministe qui est né dans les années 90, qui faisait justement à mettre en avant le côté ludique, mais le côté inhérent, la place prépondérante de la sexualité dans la vie de tous. Aujourd'hui, on parle beaucoup de sexe positif comme un milieu qui prend en compte les différentes orientations sexuelles, les différentes identités de genre, les différentes morphologies, la nécessité du consentement dans les relations sexuelles. Et tout dans ces milieux-là, il y a non seulement une éducation à la sexualité, mais des espaces pour explorer la sexualité. Du coup, c'est dommage. Tu t'es arrêtée à côté de ça, parce qu'en même temps, on n'en parle pas tant que ça.
- Emmy
En fait, mon sujet de master, c'était pour les 15-25 ans. Donc, je cherchais justement que pour les très jeunes. Et en fait, si tu ne les connais pas, tu ne les trouves pas ?
- Will
C'est difficile. C'est vrai que je me pose aussi la question, et c'est une question que j'ai peu posée, de comment les gens ont découvert ça. Je sais que, par exemple, pour le monde BDSM, il y a toute une dimension où les gens vont parler de leur envie, de leur kink. Donc, quand on parle de kink, c'est leur attrait spécifique pour une pratique, pour un jeu. Et la première chose qu'ils font, c'est juste taper sur Google parce qu'en fait, ils n'ont personne avec qui en parler. On n'a pas le droit d'en parler. C'est mal vu d'en parler même avec ses potes. Sauf quand on a des super potes. Je veux dire, par exemple, en tant que garçon, quand on parle de sexualité, généralement entre potes, c'est plus pour se moquer. On a un peu du mal à parler de choses sincères. Bon, ça a été beaucoup comme ça pendant la fin de mon adolescence et début de mon quotidien. C'est plus trop ma difficulté aujourd'hui. Mais donc du coup, tu fais tes recherches là. Et donc, en fait, il existe des sites qui vont parler de BDSM. Notamment, on a un réseau social qui s'appelle FetLife, pour Fetish Life, qui est un réseau social mondial. On peut l'appeler le Facebook du King, par exemple. Et là-dessus, en fait, on voit des événements qui sont dédiés à l'exploration des sexualités. Pas uniquement du BDSM, mais du reste. Mais à côté de ça... C'est difficile d'avoir accès à des événements pour exprimer sa sexualité. Parce qu'aujourd'hui, les réseaux sociaux qu'on utilise, c'est majoritairement ceux qui sont issus de méta. Donc on va dire Facebook, Instagram, voire même WhatsApp. Et ils ont une restriction forte sur tous les sujets autour de la sexualité. On sait que c'est hyper hypocrite parce qu'en fait, la sexualité, c'est quelque chose qu'ils utilisent pour faire vendre. Et on voit plein de corps dénudés, des corps modèles dénudés sur ces plateformes-là. Mais en effet, c'est assez difficile d'accès. Mais ces comptes Instagram dont on a parlé tout à l'heure, je sais qu'ils proposent des formations et des événements pour que les gens se rencontrent et pour pouvoir parler de sexualité, ce qui est un bon point. Maintenant, pour pratiquer la sexualité ou avoir des espaces de jeu de sexualité, en effet, c'est beaucoup plus difficile d'accès.
- Emmy
J'y pense, mais munch, exactement, ça signifie quoi ? Ça vient d'où ?
- Will
Je crois que je ne sais plus. Du coup, si je me souviens... Alors, je crois que c'était quelque chose comme meat and lunch, mais on n'est pas sûr. Juste, on trouve que c'est une traduction qui marche bien. Sauf qu'on fait ça le soir. Alors, meet and lunch, pour le jeu de mots, c'est un jeu de mots anglais, se rencontrer, lunch, déjeuner, quoi. Mais en fait, oui, c'était aussi l'idée. On se retrouvait, les premiers munchs, c'était plutôt une resto, voire bar. Et on se pose et on discute, mais on pratique pas dans ces espaces-là.
- Emmy
Ce qui est intéressant, c'est que t'as pas la pression de devoir pratiquer. Tu viens découvrir. Si jamais ça te plaît pas, c'est vraiment juste de la discussion. Y'a pas du tout d'acte ou de pression de faire ou de même regarder.
- Will
Alors par exemple si on va dans un club libertin ça va se passer autour de nous C'est à dire que même si on a un peu moins on n'a jamais l'obligation de participer dans un club libertin mais en tout cas il y a une pression qui existe parce que l'activité qui se passe autour de nous et même en fait sur l'aspect si on n'est pas voyeur, voir la sexualité c'est quelque chose qui peut être gênant, un peu oppressant pour soi exactement comme tu le dis, le fait d'être un munch c'est l'endroit où tu peux arriver avec très peu d'engagement, c'est à dire tu peux prendre de ton petit diabolo, regarder les gens autour de toi, voir ce qui se passe, et en fait, tu verras rien de particulier, tu verras pas des jeux particuliers, tu verras juste un grand groupe dans un bar, où certains ont l'air de se connaître, d'autres pas. Si tu sais pas qu'il y a un munch, tu pourrais théoriquement passer à côté, mais en général, les munchs, c'est aussi dans ces moments-là, où tu peux, en fait, dire, j'ai des questions, et parler avec des gens qui vont te parler très aisément et très librement. pas forcément de leur sexualité, mais en fait des événements de sexualité qui existent, qui vont pouvoir répondre à tes questions. La plupart des gens sont plutôt bienveillants à un munch.
- Emmy
Ton premier munch, du coup, tu l'as fait quand ? À quel âge ? Tu l'as découvert comment ?
- Will
C'est assez incroyable. Je crois que si je me rappelle bien, je crois que c'était au 3M ou 3T, quelque chose comme ça, du côté de Saint-Michel. Donc en fait, ma meilleure amie était déjà dans le monde BDSM depuis un certain temps. Et j'ai entendu justement parler de ce groupe de jeunes parisiens du BDSM, donc du moins de 35 ans, qui organisait tous les mois des munchs. Et je me suis dit, si j'ai envie de rencontrer des gens, si j'ai envie de voir un peu comment ça se passe, je n'ai qu'à commencer par là, tout simplement. J'avais eu l'info justement par ma meilleure amie, qui avait décidé d'y aller. Cette soirée est assez marrante. J'arrive donc dans ce bar où... C'est un nouveau monde et en théorie, je ne connais personne en fait. J'ai déjà créé mon compte sur FetLife, mais il y a longtemps, juste parce que c'était la période où dès qu'il y avait un réseau social qui se créait, je créais un compte juste pour moi. J'ai arrêté ça, je ne suis toujours pas sur TikTok, je ne suis pas pressé. Mais c'est peut-être un des rares dans lesquels je ne suis pas. Et donc du coup, j'arrive dans cette soirée qui est dans un bar classique et donc je vois des gens qui discutent un très lieu. et je sais pas peut-être de 10-15 minutes après mon arrivée, il y a un mec qui vient me voir et qui se présente en tant que l'organisateur de l'événement. Il me fait, mais t'es Will McLean, toi ? Je dis,
- Emmy
pardon. Déjà connu, en fait.
- Will
Il me dit « Non mais attends, j'ai fait une soirée, mais je crois que c'était ton anniversaire sur une péniche et tout, il y a quelques années. » Je dis « Mais telle soirée ? » Il me dit « Ouais, ouais, c'était trop bien. » Et en fait, il s'avère que ce type était venu avec un pote à lui qui était un pote à moi, qui était venu à cette soirée qui était ma soirée d'anniversaire de mes 23 ou 24 ans, je crois, que j'avais fait sur une péniche du côté de Saint-Michel. Bon, il y avait 200 personnes, c'était super chouette, mais... Il était là à cette soirée et il m'a reconnu à ce moment-là. Et je dis, mais en fait, je viens de débarquer, on me connaît déjà en fait. Ça m'a pas mal amusé. Et donc, du coup, ma meilleure amie connaissait deux, trois personnes. Moi, j'ai retrouvé une autre personne que je connaissais. Je savais à peu près qu'elle était dans ce milieu, mais je savais, j'étais pas sûr. Donc, on a fait cette soirée-là. Du coup, j'étais venu avec une personne que je connaissais. J'ai croisé deux autres personnes que je connaissais. Ça m'a un peu aidé. Mais en fait, j'ai pu parler avec plein de gens. qui étaient là c'est un peu facile pour moi puisque je suis aussi quelqu'un de très sociable et à l'aise dans les espaces nouveaux donc ça a été plutôt facile pour moi et ça m'a amusé et ça m'a fait du bien de voir en fait que tous ces gens là sont des kingsters donc ça veut dire qu'a priori ils font pas mal de BDSM en fait j'ai juste l'impression de voir une bande de gens qui boit des coups il n'y a rien de particulier c'est vraiment ça et c'est un point qui est Merci. Je trouve très amusant quand on va en munch, en tout cas les premières fois, de voir que tout le monde est normal en fait. C'est un peu surprenant, mais ouais on est normal puisqu'en fait on est pas mal à jouer avec la sexualité, enfin je veux dire ça fait partie de notre vie à quasiment tout. Je pense à tout en fait, c'est dire qu'on ne la pratique pas en fait. le monde nous parle tellement de sexualité tout en nous disant on n'a pas le droit d'en parler et pas être trop à l'aise là-dessus que ça fait forcément partie de la vie de tout le monde.
- Emmy
Et à partir du coup, de quel moment tu t'es dit que t'allais toi en organiser ou créer ton collectif dont tu nous parlais tout à l'heure ?
- Will
Moi, j'organise des événements depuis très longtemps. C'est-à-dire que dans ma vie, j'ai toujours eu ce plaisir d'organiser des moments, des fêtes où j'allais amener les gens à se rencontrer et à créer des liens entre eux. J'ai aussi eu différents groupes de copains et de copaines. Du coup, quand je crée un événement, c'est plutôt « Ah, on fait la fête ! » C'est l'occasion pour mélanger ces différents groupes de copaines. C'est quelque chose que j'ai fait beaucoup. Les premières grandes soirées que j'ai organisées chez moi, je devais avoir 12 ans, je pense. Donc j'en ai fait pas mal derrière. Et à côté de ça, du coup, moi, j'ai décidé d'en faire mon métier. Donc je voulais devenir chef de projet événementiel, enfin organiser des événements. Et donc du coup, j'ai fait mes études là-dedans en alternance jusqu'au master pour organiser des événements. Et donc je l'ai fait pas mal pendant un temps dans des entreprises, dans des agences. Et en parallèle de mon boulot, quand je suis rentré dans le monde BDSM, j'ai découvert que... peu de gens organisaient des événements. En fait, il y avait les Munch qui étaient là, peu de gens à côté organisaient des événements. C'était beaucoup des énergies bénévoles, des gens dont ce n'est pas forcément le métier, mais qui faisaient ça comme assez bien, parce qu'ils connaissent le monde BDSM, donc il y avait une expertise dont ils ont développé à ces endroits-là. Mais ça leur demandait aussi énormément d'énergie. Et dès qu'il y avait un petit groupe qui s'essoufflait, il n'y avait plus d'événements du tout. En parallèle, j'ai découvert le monde sexe positif. Et en fait, il y a eu un moment où j'ai eu un peu envie de changer de carrière. Je me suis dit, mais faire des événements pour des entreprises, ça m'ennuie un peu. J'aimerais bien pouvoir faire des événements pour cette communauté. Donc avant de me poser la question de comment me rémunérer, je me suis juste dit, hé, j'ai une expertise et j'ai envie de faire ça, pourquoi pas créer des événements dans cet espace-là ? Du coup, j'ai commencé avec un collectif qui organisait beaucoup d'événements et qui a été un peu précurseur en France, à Paris. Enfin, plutôt en France, dans ce type d'événements. qui est J'ai créé beaucoup de séjours pendant toute une année. Et un an et demi après, j'ai vu que ce qui me manquait, moi, c'était un peu toute la dimension BDSM dans ces événements-là. Et donc, du coup, j'ai décidé de lancer mes événements à moi, plus sous le même format. On a commencé par les formats séjours pour avoir un espace d'exploration des sexualités et sentir l'air de découvrir, expérimenter, explorer le BDSM avec des gens. C'est comme ça qu'ont été créées les Nuits Perverses, qui sont des séjours de trois nuits, du jeudi au dimanche, avec un groupe de 40 personnes. Et les Nuits Perverses, l'intérêt, c'est qu'on passe du temps ensemble, on vit ensemble, on co-construit les choses. J'en participe à faire des shifts pour faire les repas, pour faire l'installation de la déco. Tout le monde peut proposer des ateliers ou des animations. Moi, en tant qu'organisateur... je pose le cadre, je suis garant du cadre, j'anime quelques temps forts, et le reste, c'est tous les participants et les participantes qui créent ça. Et le fait de vivre ensemble comme ça pendant plusieurs jours, ça permet d'avancer lentement pour ceux qui en ont besoin, qui ont besoin de se mettre en confiance, de créer un lien avec les personnes, avant de se lancer dans un jeu, et pour d'autres qui veulent aller... plus vite ou qui sont plus à l'aise ou même qui veulent aller plus loin dans leurs explorations et expérimentations. Le fait qu'on crée ce cadre-là, qu'on ait une maison que pour nous et qu'on puisse être libre de faire énormément de choses, c'est un point fort pour nous tous.
- Emmy
Et tu vois, c'est fou parce que le fait qu'on n'en entende pas parler, on pourrait se dire, mais personne ne va y aller. Moi qui suis du coup complètement en dehors de ce monde, je me disais, est-ce que tu trouves des gens à tes événements ? Et au final, quand on en parle, il y a tellement de gens. Des séjours à 40, je veux dire, c'est qu'au final, ça parle vraiment à tout le monde et juste que pas ouvertement. Enfin, je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire, que le crier haut et fort ou le clamer, c'est compliqué, alors qu'en fait, ça touche tout le monde.
- Will
C'est un point qui est très difficile et tu le dis très bien, en fait, le sujet de la sexualité nous... touche tous, notamment parce que le monde et la société dans laquelle on vit jouent avec les codes de la sexualité que ce soit pour nous vendre des produits que ce soit pour nous mettre la pression quand on parle, enfin on va pas parler de sexualité par contre si tu dis que t'as plus de sexe dans ton couple, à tout de suite ça va pas alors que tu peux très bien vivre en couple sans avoir de sexualité du coup en fait ce qui me manque énormément c'est tout ce côté, bah en fait la sexualité elle est là, donc on doit en parler la sexualité c'est un enjeu énorme c'est de l'intimité mais on partage tout ce sujet là Merci. et le fait qu'on ne nous apprenne pas les enjeux autour de la sexualité les enjeux relationnels et motifs autour de la sexualité, les enjeux de santé morale et sexuelle autour de ces points là c'est un souci énorme puisqu'en fait du coup
- Emmy
Il faut bien qu'on l'apprenne quelque part, de toute façon. Et donc, du coup, la majorité des gens l'apprennent dans le porno. Enfin, dans le porno ou dans des films où on ne montre pas la sexualité, où on montre juste tout ce qui est autour. Et ça ne va pas. Enfin, moi, je dis souvent qu'apprendre à avoir la sexualité à travers les pornos, c'est comme apprendre à faire du sport en regardant des films d'action, en fait. Ce n'est pas comme ça que ça se passe, en fait. C'est cool les films d'action et c'est sympa le porno aussi quand il est bien fait. Mais on parle de performance, on parle de spectacle, de show, on ne parle pas de ce qui s'est réalisé réellement. Et il y a des pornos qui sont éducatifs, mais en fait ils sont très minimes et ce n'est pas du tout ce qui est produit, ce n'est pas du tout ce qui est accessible non plus. Donc du coup les gens apprennent à voir la sexualité de cette manière-là et ça crée des catastrophes énormes. Tout le sujet autour du consentement, c'est-à-dire comment apprendre à demander, à voir la sexualité, comment savoir comment on a envie. d'avoir de la sexualité ou comme on ne veut pas avoir de la sexualité apprendre à poser son nom apprendre à poser ses envies et ses désirs et ses limites c'est des choses qui sont essentielles et pourtant on ne nous l'apprend pas tout ça il y a une chape énorme sur ces sujets là et donc les comptes Instagram dont on parlait tout à l'heure c'est essentiel le travail que ces personnes ont apporté, généralement des femmes en plus, merci à elles et c'est un boulot énorme et qui fait beaucoup de bien, moi je sais qu'il y a des gens qui viennent dans mes événements parce qu'ils sont passés par ce cap là en premier donc c'est difficile de pouvoir montrer que ces événements là, on les crée et qu'il y a le côté jouer mais il y a un côté aussi éducation parce qu'en fait, les gens qui On sait pas mal de choses, on est déjà sur des terrains de jeu qui sont plus ou moins avancés. Mes événements se situent plutôt de ce côté-là, mais pas uniquement. Depuis quelques temps, on commence à créer aussi des espaces d'apprentissage, des codes, comment exprimer ses limites, comment faire des propositions, tous ces éléments-là, pour ensuite aller dans des espaces de jeu un peu plus libres. Mais commencer par ce point-là, c'est des questions sexuelles qu'on fait et c'est essentiel.
- Will
Je réagis, mais j'ai jamais regardé de porno, mais si on prend les films où la plupart du temps ils ont forcément une scène de sexe, on avait parlé une fois avec des amis, on s'était dit, je sais même pas pour les hommes, mais les femmes, on doit aller faire pipi après un rapport, et on se disait, mais en fait, dans les films, ils le montrent jamais. Et récemment, dans quelques films, tu vois la femme après un rapport qui va aux toilettes et qui dit pourquoi elle y va. Mais en fait, dans les films, il y a toujours de la musique, ça se passe, il n'y a jamais de problème, c'est fini, hop, et voilà. C'est vrai que si on n'a pas pu en parler, s'éduquer, à part peut-être taper dans ses recherches internet et tomber sur je ne sais pas combien de sites et tu ne sais même pas si c'est vrai, ce qui va être dit ou pas, en fait, tu ne peux pas t'informer. Et encore plus, du coup, je trouve pour les jeunes où il y a peut-être... pas aussi cette démarche de justement je vais aller chercher des réponses. Plus je suis jeune, je découvre, bon ben voilà, ça se passe comme ça. Mais il y a aussi un peu ce tabou de si je vais voir ou si je me renseigne ou si je me pose des questions, c'est peut-être que j'ai un problème. Et je pense que la démarche, elle est encore dure de se dire quand t'es jeune et que tu découvres, je vais aller dans un grand endroit. Enfin, un peu la peur. Alors qu'au final, pas du tout comme tu le décris. C'est juste des gens qui boivent des coups. Ou si on va dans des séjours sexpo, on est peut-être déjà un peu plus confiant. Mais c'est vrai que c'est dur. Ouais,
- Emmy
il y a vraiment ce truc de... C'est, comme tu dis, difficile de trouver l'info. Et en fait, le peu d'infos qu'il y a, quand on commence à les rechercher, est-ce que j'ai vraiment le droit de rechercher ça ? C'est la responsabilité de beaucoup d'entités. Je pense que les parents doivent parler de sexualité. à leurs enfants, mais en fait, je veux bien que les barons en parlent, mais si eux-mêmes, ils n'ont pas eu d'éducation à la sexualité, ils n'ont pas grand-chose à dire. Donc du coup, à Coteta, il y a l'école, où à l'époque, on avait deux fois un cours d'éducation sexuelle, mais c'était en gros, attention aux IST, et voilà comment mettre un préservatif, et attention, vous pouvez tomber enceinte. Et rien d'autre. Aujourd'hui, je sais qu'il y a tout un sujet autour de l'éducation à la vie affective et sexuelle, je crois. Je vais oublier exactement, Non, mais en tout cas, c'est des cours d'éducation. à la sexualité qui commence très tôt. Et moi, je trouve que c'est essentiel parce qu'on va parler de consentement dans ces endroits-là. Donc, en fait, la possibilité de réduire toutes les violences sexuelles qui existent, notamment sur les mineurs. À côté de ça, comme on disait, il y a des réseaux sociaux. En fait, les réseaux sociaux, c'est super cool s'il y a une éducation sur tous ces sujets-là. Je pense que le travail d'entreprise telle que Meta devrait un peu changer, en tout cas sur le ban ou sur le fait de cacher tous les sujets autour de la sexualité. Il y a une différence entre montrer du porno et éduquer à la sexualité. Pas à la sexualité, il y a différentes manières de le faire. Et aujourd'hui, on ne parle pas de sexualité, mais on utilise la sexualité pour vendre des produits. Je pense que c'est un immense souci. Donc c'est très difficile pour les jeunes d'avoir accès à tous ces éléments-là. Et puis là, j'ai hâte qu'on trouve des pistes. Mais de ce que j'entends et que je dis, le fait que notamment les réseaux sociaux soient accessibles dès 13-14 ans, je crois. Ces pages existent, donc les gens commencent à se questionner sur l'orientation sexuelle, sur l'orientation romantique, sur comment ils pourraient faire du sexe, quelles sont exactement les limites autour de tout ça. Moi, j'ai commencé à me questionner sur mon orientation sexuelle très tardivement, je pense. Enfin, très tardivement, je veux dire au début de la vingtaine. Mes premières expériences homosexuelles, c'était fin de la vingtaine. J'aurais aimé qu'il y ait des questions qui existent et un côté un peu plus... C'est ok en fait, il y a différentes orientations qui existent, et même l'orientation sexuelle, ça peut être fluide, le genre peut être fluide, et pas être obligé d'être enfermé dans un schéma binaire qui est pour le coup faux.
- Will
Dans le master que j'ai fait sur la sexualité, ça partait de la sexe récession. Donc c'est la baisse de rapport chez tout le monde, mais mon sujet c'était chez les jeunes. Et c'était en 2022, seulement 40% des 15-25 ans n'avaient pas eu de rapport durant l'année de rapport sexuel. Dans les années 80, c'était 20%. Et c'était un phénomène qui touchait les pays occidentaux. Et donc il y avait plusieurs livres à tute pour expliquer pourquoi. et il y avait... Le premier point, c'était on est vachement sur la quantité avant la qualité. Et c'était une manière de consommer qui n'allait plus aux jeunes, ils ne se retrouvaient pas dedans. Et le fait d'être dans des cases. Et qu'en fait, on ne balançait continuellement hétéro, de plus en plus homosexuel, bi, mais c'est hyper rare. Et en fait, du coup, cette obligation d'être dans une case très vite. En fait, tu n'as pas encore pratiqué le sexe, mais tu dois déjà savoir ce que tu aimes ou pas. Et même pour le commencer, j'avais fait le parallèle avec choisir son premier sextoy. Des fois tu peux choisir sur des sites, ils te font un questionnaire. Est-ce que tu aimes Qu'on Savit ? Bah oui mais si j'en ai jamais eu. Et en fait c'est que ça sur tout, tout, tout et ça bride tout le monde. Et une fois qu'on arrive un peu à sortir de ce cadre là, on se rend compte qu'en fait il y a une infinité de possibilités, qu'il y a plein de gens qui sont dans le même cas, mais il faut réussir à sortir de ce cadre et s'il n'y a pas les informations, en fait on... On ne le sait pas et on ne va jamais réussir à sortir de ça. Donc je suis d'accord avec toi que les réseaux, ça a le côté néfaste de la quantité. Mais justement, dans le mal, il y a quelques petites choses bien qui ressortent. Et au final, quand des jeunes tombent dessus, je pense que ça fait écho.
- Emmy
Et c'est ça, tu dis très bien. Moi, je trouve que c'est quelque chose qui est énormément frustrant. On nous fait croire en tout cas que la sexualité, c'est exclusivement dans le couple. C'est exclusivement hétérosexuel. Et il existe 3-4 positions, tout le reste c'est le camastro et c'est hyper athlétique. Alors qu'en fait, dès que tu commences à... Si tu as la chance de trouver cette porte et de commencer à en trouver, il y a un monde qui est énorme. Ça ne veut pas dire que tu dois absolument tout pratiquer. Mais ça veut dire qu'avoir ces portes et voir qu'il y a beaucoup de choses qui existent permet de te questionner, savoir comment te poser les questions et où est-ce que tu peux trouver les réponses. Et en fait, il y a un côté faire... exploration et je parle pas de uniquement l'exploration par la pratique, juste par l'enseignement, par la découverte, par le fait de lire des choses et parler avec des gens et faire une exploration faire un tour et dire ok en fait il y a d'autres choses qui pourraient me plaire et c'est totalement ok de faire ce tour là et de revenir au début mais en fait t'es d'autant plus sûr de ta place parce que t'as vu ce qu'il y avait ailleurs tu te dis en fait ah oui je vois ce qui pourrait me plaire ou pas, je vois où sont mes limites et en fait c'est cet endroit là qui m'intéresse ou alors cet autre endroit et heureusement que je peux faire ce chemin là donc c'est un point qui est fort puisqu'on vient du coup sur le sujet des munchs la force des munchs c'est d'avoir des gens qui ont quand on voit des munchs plutôt généralistes qui ont Tout. toutes sortes de pratiques qui font tout type d'événements ou non. Et ça ouvre des clés pour se questionner. Tu peux préférer parler avec des personnes ou alors tu peux préférer lire des livres ou écouter des podcasts. Il y aura toujours quelqu'un qui aura une recommandation à te faire ou un partage d'expérience. Et ça, c'est très enrichissant.
- Will
On arrive à la fin de l'épisode. Alors, le rituel, c'est qu'il y a un bol avec des questions. Tu pioches. Et c'est un peu des questions tac au tac.
- Emmy
Trop bien. C'est moi qui pioche la question ?
- Will
Tu pioches ta question.
- Emmy
Ok, super. Je vais prendre celle-ci. Plutôt matin ou soir ? Matin. Je me réveille, je suis orni le matin, généralement. Et ça permet de démarrer bien la journée. Et le soir, déjà je me couche tard. Et quand je me couche, je dors. Donc ça m'est arrivé de m'endormir pendant le sexe. Donc du coup, je préfère me réveiller. Avec le sexe.
- Will
Moi, je trouve que ça dépend des périodes en soirée. J'aime bien quand il y a une soirée, une fête et tout. Mais quand j'ai un partenaire régulier... Je préviens le matin.
- Emmy
C'est ça.
- Will
Alors, lubrifiant indispensable ou optionnel ? Alors, avant, j'aurais dit optionnel, et maintenant, ça devient un indispensable. Je trouve qu'avoir dans son sac, en fait, ça peut sauver des situations. Donc,
- Emmy
voilà. Voilà, moi, j'aurais dit optionnel, dans le sens, je ne vais pas forcément l'utiliser tout le temps. Par contre, il faut qu'il soit à proximité. toujours qu'il soit à proximité parce qu'on sait à quel point on peut être excité et pas avoir c'est bien d'avoir le bréchet
- Will
Merci beaucoup Will d'être venu, c'était très intéressant et je pense qu'on a encore plein de choses à se dire alors on se retrouve dans le prochain épisode Merci de m'avoir reçu Merci à vous d'avoir écouté et à bientôt sur Antichambre
- Emmy
Production Studio Moya. Studio Moya.