- ArtEcoVert Pauline Leroux
Bonjour et bienvenue dans le podcast ArtEcoVert, le podcast qui vous parle d'art, d'écologie et de verdure. Je suis Pauline Leroux, ingénieure agronome passionnée de plantes, et je vous emmène à la découverte de la couleur végétale et de toutes ses applications. Que ce soit dans le textile, l'ameublement, l'artisanat, la décoration et dans d'autres domaines, chaque jeudi et samedi à 7h30, je vous propose des épisodes riches avec des invités passionnants pour approfondir le sujet de la couleur végétale sur toute la chaîne de Valeur. Mon but, fédérer et démocratiser la couleur végétale dans le monde. Alors c'est parti, bonne écoute ! Bonjour à tous, je vérifie que nous ne sommes pas en direct sur YouTube parce qu'on s'est fait une petite frayeur avec Charlène. Je suis ravie d'accueillir sur le podcast ArtEcoVert Charlène Poret. Bonjour Charlène !
- Charlène Poret
Bonjour Pauline !
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Alors Charlène, tu es déjà intervenue auprès d'un récovert dans un article que tu avais fait sur le point d'Alençon dans le magazine numéro 3, il me semble. Aujourd'hui, on va encore creuser parce que tu as une large palette de techniques, de couleurs, d'origines de la couleur qui m'intéressent fortement et une connaissance des fibres naturelles. Bref, on va se régaler dans cet épisode. Est-ce que tu pourrais te présenter pour les invités qui ne te connaissent pas ? ne te connaissent pas, pardon, expliquer un petit peu ton parcours et comment t'en es arrivée à la couleur végétale justement.
- Charlène Poret
Alors moi je m'appelle Charlène Poré, je suis artisane d'art et formatrice en art textile, gardienne de savoir-faire et donc mes spécialités c'est les dentelles et broderies à l'aiguille et la teinture naturelle. Donc moi j'ai commencé mon parcours dans mon cursus scolaire puisqu'après un bac pro technicien outilleur, je me suis dirigée vers un... un brevet des métiers d'art en broderie main, puisque j'avais fait la rencontre de dentelières qui m'avaient fascinée et qui m'ont fait découvrir le monde des arts textiles. Donc je suis partie en école de broderie où j'ai obtenu mon brevet des métiers d'art en broderie main, avec une spécialité broderie or, mais que je ne pratique plus aujourd'hui. Et puis en sortant de l'école, je suis retournée voir les personnes qui m'avaient fait découvrir le métier en leur disant que je cherchais du travail. Plutôt en dentelle qu'en broderie, puisqu'elle m'avait fascinée par la dentelle, mais il n'y avait plus d'école de dentelle à proprement parler dans le cursus scolaire. Donc j'avais été obligée de passer par la broderie, ce qui a aussi été génial puisque j'ai adoré tout ce que j'ai appris comme technique. Suite à ça, je découvre qu'à Alençon, ils cherchent des personnes pour recruter, puisqu'à l'époque, ils étaient sur le dossier pour être classés à l'UNESCO. Et donc il s'avère que moi j'étais normande, j'habitais à 1h30-2h d'Alençon, c'était un secteur que je ne connaissais pas vraiment puisque je n'avais pas eu l'occasion d'y aller. Mais du coup je suis allée voir les dentelières et ça m'a fascinée de voir cette technique de dentelle exceptionnelle qui était maintenue uniquement par l'atelier national. Et donc, suite à ça, j'ai pu être recrutée avec un collègue. À l'époque, on est rentré à deux à l'atelier national en tant qu'apprenti pour pouvoir apprendre la dentelle au point d'annonce. J'ai passé cinq ans au sein de l'atelier où j'ai appris des choses formidables. J'ai appris une technique. Voilà, j'ai découvert pas mal de choses. Et puis, il s'est avéré qu'au bout de cinq ans, je me suis rendu compte que je n'étais pas du tout faite pour rester dans un atelier. Moi, j'avais besoin de diversité, j'avais besoin de pouvoir pratiquer plusieurs techniques. Et voilà, ce n'était pas du tout en accord avec ma personnalité. Je pense que si j'étais restée, j'en aurais souffert et elles aussi, parce que je pense qu'au final, je serais devenue assez exécrable sur le long terme. Mais voilà, le problème, c'est que du coup, j'avais acheté une maison à retaper et que j'étais en train de retaper toute seule dans le fin fond de l'Orne, dans la forêt des couves. Il s'est avéré que j'adorais le territoire, que je commençais à me refaire un réseau, ce qui n'est pas toujours évident quand on débarque tout seul dans un secteur. Et je n'avais pas du tout envie de quitter le territoire. Donc ça, c'était il y a une dizaine d'années. Et le seul moyen d'être brodeuse et dentelière dans le fin fond de l'orne, c'était de se mettre à son compte. Donc j'ai tenté l'expérience, mais alors sans connaître vraiment ce qu'était l'entrepreneuriat. Voilà, donc je me suis jetée à l'eau. Avec dix ans de recul, j'ai appris plein de choses, j'ai découvert plein d'autres techniques. Et aujourd'hui, mon activité est vraiment en train de s'offiner et de s'orienter vers des directions vraiment chouettes. Donc, voilà.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord. Alors, je reviens sur plusieurs choses, si tu me permets. Oui. Est-ce qu'on peut reposer, donc, dentelle, broderie, on voit la différence à première, comme ça, dentelle. Est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu, pareil, le lien, est-ce qu'en France, c'est un savoir-faire qui était fort connu, est-ce qu'on est reconnu pour ça, entre dentelle et broderie, et nous expliquer un petit peu, broderie, derrière broderie, qu'est-ce qu'il y a derrière broderie aussi ? Tu comprends ma question ? Aller un petit peu plus dans les différences pour qu'elles soient claires pour tout le monde. Et ensuite, descendre sur broderie. C'est quoi tes techniques ? C'est des points ? C'est quoi que tu apprends ?
- Charlène Poret
Ok. Donc, la broderie, on part d'un tissu, on vient décorer le tissu. La dentelle, on part d'un fil et on vient tisser notre dentelle. Dans le monde de la dentelle, il y a trois grands groupes. On parle de la dentelle au fuseau, qui est plus connue. où on travaille sur un carreau sur lequel d'un côté les fils sont maintenus par des épingles et vont dessiner le motif et de l'autre côté les fils sont suspendus à des bouts de bois qui vont permettre de venir tisser la dentelle. À côté de ça on a aussi la dentelle à l'aiguille, donc à Alençon c'est de la dentelle à l'aiguille où là on travaille avec un fil qui est encore plus fin, on travaille sur la main, sur un support provisoire pour pouvoir réaliser notre dentelle. Et donc la dentelle d'Alençon, elle demande 7 heures pour faire 1 cm². Et on a aussi la dentelle mécanique qui est arrivée à Calais au 19ème et donc qui est assez différente. Mais ça c'est grosso modo les trois grands groupes de dentelles. Parmi ces grands groupes, la dentelle mécanique, je ne vais pas en parler parce qu'aujourd'hui, on ne fait quasiment plus que ça. Mais en tout cas, pour ce qui est de la dentelle au fuseau et la dentelle à l'aiguille, on est quand même principalement concentré sur l'Europe. Même si la dentelle au fuseau s'est éparpillée un petit peu partout dans le monde, notamment par les colonisations, puisque les femmes migraient aussi avec leurs travaux d'aiguille et notamment leurs carottes dentelles. donc moi j'ai déjà découvert des... des carreaux de dentelle dans des musées en Nouvelle-Zélande, par exemple. Par contre, pour ce qui est de la dentelle à l'aiguille, on est dans une famille beaucoup plus restreinte, puisque c'est une technique qui est beaucoup plus difficile à diffuser, qui est beaucoup plus longue à acquérir au premier abord, puisqu'en fait, tout est une question de gestes. Donc, pour avoir une bonne régularité, il faut avoir déjà beaucoup pratiqué. Et la dentelle à l'aiguille, on la rencontre uniquement en France, en Normandie. en Italie et en Belgique. C'est vraiment beaucoup plus restreint. La Normandie est la seule à avoir préservé son savoir-faire tel qu'on le faisait au XVIIIe siècle, avec les fils fins et avec toutes les connaissances techniques pour pouvoir avoir une dentelle solide malgré la finesse de la dentelle. Aujourd'hui, le savoir-faire du Point d'Alençon est classé à l'UNESCO sur le registre du patrimoine culturel immatériel depuis 2010. Donc, c'est son savoir-faire qui est classé. Donc, pour pouvoir appeler ça le point d'Alençon, il faut qu'il y ait les dix étapes qui soient présentes. Il faut qu'on utilise aussi les tailles de fil qui sont inscrites dans le registre. Et on est, du coup, moins de 20 dans le monde, enfin, moins d'une vingtaine de personnes dans le monde à pratiquer ce savoir-faire.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Je suis contente. Et alors ? Pour rester sur la dentelle, parce que c'est passionnant et on passera à la broderie. Donc, du coup, tu nous expliques les méthodes artisanales au fuseau à l'aiguille et les méthodes industrielles mécaniques à caler. Tout à fait. Alors, pour moi, ce que je ne comprends pas, c'est est-ce qu'il y a un fil, est-ce qu'il y a une matière particulière pour faire de la dentelle ? Ou est-ce qu'aujourd'hui, on fait de la dentelle en synthétique ? Ou est-ce qu'en fait, non, il y a une matière spécifique pour que ça soit appelé dentelle ?
- Charlène Poret
On peut faire de la dentelle avec tout. Nous, à Alençon, on utilise le coton égyptien parce que c'est le seul, entre autres, qui est assez fin. En fait, c'est le seul fil qui est assez fin pour pouvoir refaire aussi fin qu'avant. Et encore, les fils ont grossi, on ne peut plus faire... Enfin, il n'existe plus les fils qui existaient autrefois en termes de finesse.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord. Et il faut une certaine... Il faut que le fil soit fin, ça, j'ai compris. Mais est-ce qu'il faut une certaine... structure, parce que pour qu'elles se tiennent, par exemple, est-ce qu'on pourrait faire de la dentelle avec de la soie ?
- Charlène Poret
Oui, on pourrait.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Oui ? Oui,
- Charlène Poret
on pourrait.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord, ok. Donc, en fait, peu importe, entre guillemets, le fil, du moment qu'il est fin et qu'on respecte la technique.
- Charlène Poret
Oui, c'est ça. En fait, c'est vraiment la construction qui va faire que la pièce va se tenir.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord, ok. Bon, donc super. Là, c'est vraiment pour moi comprendre. Donc, je rappelle aux auditeurs que dans le magazine, tu as expliqué tous ces différents points et qu'on voit en détail, et je me souviens de ce chiffre, 7 heures pour 1 cm². Donc, franchement, bravo de, comme tu dis, de garder ce savoir-faire et de le transmettre. Franchement, génial. Donc ça, c'était la partie dentelle. Comme ça, on comprend mieux. En tout cas, moi, je comprends mieux. Sur la partie broderie, donc tu disais, on part d'un tissu. Pareil, n'importe quel tissu peut être brodé.
- Charlène Poret
Alors oui, on peut travailler sur à peu près tout et n'importe quoi et c'est pareil en termes de fils, on peut broder à peu près tout et n'importe quoi. En fait, il existe pléthore de techniques pour pouvoir travailler, on peut poser des galons, on peut poser du fil d'or, ce qu'on appelle la cantille. Donc la cantille, on est sur un système de ressort qui est tout serré et qu'on va découper en petits bouts pour venir enfiler comme des perles en fait. Et alors là, on peut vraiment s'éclater parce qu'en broderie, il existe des quantités de techniques et de matières possibles. C'est un peu comme la teinture, on n'a jamais fini d'explorer tellement il y a de possibilités.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord. Donc ça, on comprend la broderie sur n'importe quel support et plein de techniques. Du coup, un peu l'histoire de la broderie, le lien à la France, les... Ne refais pas toute l'histoire, mais essaye de nous poser des grands jalons, qu'on comprenne un petit peu le lien entre la France et la broderie, et des grandes étapes,
- Charlène Poret
ce qui nous permet de clarifier. Alors, en fait, la broderie, on la connaît depuis la préhistoire, parce que depuis les tout débuts, on a cherché à décorer les vêtements, notamment pour pouvoir se démarquer en termes de hiérarchie. À savoir qu'en France, on a une très riche histoire en termes de broderie. On a différentes techniques en fonction des périodes et des époques. On a notamment le Moyen-Âge qui nous a apporté toutes les riches broderies, les broderies or qui nous venaient de Byzance. On a aussi une grosse période de broderie blanche qui a suivi jusqu'à nos grands-mères qui brodaient encore leurs bras. Et après, par la suite, on a vu différentes techniques apparaître au fur et à mesure. Donc aujourd'hui, on peut parler de la peinture à l'aiguille, on peut parler du crochet de l'Unéville, mais qui avant était utilisé pour faire une technique qu'on appelle le point de Beauvais. Dans les grandes techniques, alors il y en a plein d'autres, mais là, comme ça...
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Mais voilà,
- Charlène Poret
en fonction des périodes, on a vraiment plein de... Enfin, de la broderie, on en a vu en France à toutes les époques et on en pratiquait absolument partout, que ce soit dans la famille, à la campagne ou même la bourgeoisie. Il y a eu beaucoup de tapisseries à l'aiguille de réaliser par la bourgeoisie, la frivolité aussi. On s'éloigne un peu de la broderie, mais on était sur des techniques qui étaient beaucoup pratiquées par... par de nombreuses personnes dans n'importe quelle classe sociale.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord, ok. Et aussi pour se démarquer, comme tu disais, se montrer la hiérarchie, plus c'était fin, je me doute, plus ça a démontré qu'on avait des richesses, etc. Oui,
- Charlène Poret
dans ce qu'on portait, oui. Oui, oui. Et puis... Pendant très longtemps aussi, les codes étaient dictés par la monarchie et en fonction de ce qui était décidé, les techniques et ce qu'on portait aussi étaient vraiment décidées. Je peux donner un exemple. Alors, on n'est plus dans la broderie, on revient à la dentelle, mais notamment Louis XIV avait imposé le port de la dentelle valencienne l'été et le port de la dentelle du point d'Alençon l'hiver. Enfin, on a longtemps aussi été dicté par ce que la monarchie imposait.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord, ok. Hyper intéressant. Je ne savais même pas qu'il y avait de la dentelle à Valenciennes alors que j'habitais à une demi-heure.
- Charlène Poret
Dentelle au fuseau qui fait partie des plus fines en fuseau.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Oh là là, tu vois. Il faut vraiment plus d'une vie pour tout découvrir. Bon bref, hyper intéressant.
- Charlène Poret
Les arts textiles, c'est tellement riche que...
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Déjà sur la couleur végétale, il y a du boulot. La couleur végétale et du vivant, on va se... Bon alors, du coup, on a reposé le contexte. On a reposé... On a montré le côté vaste des techniques, notamment en broderie. Aujourd'hui, j'aimerais voir avec toi quels sont les débouchés de cette dentelle, de cette broderie. Est-ce que c'est, on va dire, toujours employé ? Est-ce que c'est en train de revenir ? Est-ce que c'est destiné qu'au luxe ? Est-ce que tu peux nous reposer un peu les débouchés, le contexte de ton point de vue sur ces deux techniques ? Comment on pourrait dire ? C'est deux techniques dans telle broderie ou c'est deux savoir-faire ? Oui, c'est juste avoir peur.
- Charlène Poret
Alors, pour la partie dentelle, c'est assez vite réglé. Pour ce qui est de la dentelle à l'aiguille, le débouché, il n'est pas énorme. Moi, je ne travaille uniquement sur des pièces de collection, en fait. Et je m'adresse à des particuliers, à des collectionneurs qui souhaitent vraiment contribuer à préserver le savoir-faire, qui ont une... Une vraie sensibilité à la valeur du travail ancien, du savoir-faire tel qu'il était réalisé autrefois. Puisqu'à 7 heures le centimètre carré, le moindre petit bout de dentelle, on arrive très vite à 1000, 2000 euros pour une petite pièce. Et là, le débouché, je veux dire, même la haute couture, ce n'est pas possible à cette hauteur de centimètre carré. Il faut savoir qu'à l'époque, on faisait des grands morceaux. Alors, quand je dis grands morceaux, on restait sur des accessoires de mode. On a travaillé des châles, on a travaillé des volants, on a travaillé que des, entre guillemets, des petites pièces. Et à l'époque, au XVIIIe siècle, elles étaient entre 8 000 et 10 000 dentelières dans la région pour réussir à faire des grandes pièces. Donc vous imaginez qu'aujourd'hui, à moins de 20 dans le monde à détenir le savoir-faire, même si on travaillait tous ensemble, on ne ferait jamais de très grosses pièces. On n'aura jamais une grosse production. On a travaillé pour la haute couture, on est hors du temps. En plus, quand ils commencent une formation, eux, ils veulent que ce soit fait en moins de trois semaines. En général, ils vous appellent, ils vous laissent faire pour hier. Donc la dentelle, c'est vraiment beaucoup plus compliqué. C'est pour ça que je ne pouvais pas faire une activité où je ne faisais que du point d'alençon. Ça, c'était un peu rêvé. Après, pour ce qui est de la broderie, par contre, c'est différent. La broderie, elle existe encore. Il y a encore des écoles de broderie, notamment grâce à la haute couture. C'est vraiment la haute couture qui a permis de préserver tous ces savoir-faire et qui fait qu'aujourd'hui, on a encore la possibilité d'apprendre et d'en travailler. Alors même si ça reste pas si simple non plus de réussir à vivre de ces métiers-là, comme tous les savoir-faire métiers d'art, de toute façon c'est quand même assez connu qu'on réussit pas forcément en claquant des doigts, mais ça reste pas impossible, et l'avantage de la broderie c'est qu'on peut assez facilement se démarquer, puisqu'il existe tellement de techniques, tellement de possibilités, qu'on peut très vite avoir sa propre personnalité dans son travail.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord. Une autre question. Tu parlais de la dentelle artisanale versus mécanique. Est-ce que la dentelle mécanisée est aussi fine qu'une dentelle artisanale ? Est-ce que ça fait le même job ? Ou en fait, non, on voit bien que ce n'est pas de l'artisanale. C'est quoi ton avis là-dessus ?
- Charlène Poret
Alors, moi, je suis capable de reconnaître une dentelle faite main et une dentelle artisanale. La dentelle mécanique, pardon. La dentelle mécanique, elle peut très facilement reproduire la dentelle au fuseau, parce que la dentelle au fuseau, ça fait ça, les fils, en fait. Par contre, la dentelle mécanique n'a jamais pu reproduire une dentelle à l'aiguille, parce que la dentelle à l'aiguille, on est des systèmes de nœuds, on est sur un système qui vient rebrotter par-dessus, en fait, ce qui fait que la machine n'a jamais pu reproduire. Le même travail. Et en plus, n'obtiendra jamais la finesse que nous, on peut avoir en dentelle d'Alençon, ça c'est clair.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord. Et côté broderie, tu parles des broderies. Donc, on a parlé de beaucoup de points, de techniques différentes, mais est-ce qu'il y a de la broderie mécanisée ?
- Charlène Poret
Oui. Oui, oui. Beaucoup de vêtements industriels aujourd'hui contiennent de la broderie. Après, toutes les techniques ne sont pas forcément réalisées. C'est un peu comme dans la dentelle, la mécanique utilise principalement des fils assez gros. On ne va jamais dans la finesse, rarement dans la délicatesse. Mais oui, il y a même des machines à broder où il y a des entreprises qui ne font que ça. Mais en termes de visuel, on a une réelle différence.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord. Alors, pour rester dans dentelle et broderie, donc sur le domaine de la couleur végétale, j'ai vu l'entreprise DMC qui lançait, donc déjà il y a un an, je pense, ces fils à broderie en couleur végétale. Est-ce que c'est un signal pour toi ? Ah, tu ne savais pas ? Eh bien, top, tu vois, je suis contente qu'on puisse… En fait, ils ont fait, tu sais, tout un panel de fils à broderie de toutes les couleurs avec les origines végétales, donc rhubarbe. brou de noix, écorces, etc. Et tu vois tout un... C'est magnifique d'ailleurs leur présentation. Est-ce que pour toi, comme je t'apprends la Noël, mais est-ce que tu trouves que c'est un signal fort ? Ça veut dire que même eux... se tournent vers du végétal ? Qu'est-ce que ça te dit ? Ou ça ne te dit peut-être rien ?
- Charlène Poret
Non, mais si, au contraire. En fait, c'est même assez incroyable parce qu'il se trouve que c'est très compliqué de trouver des matières naturelles, 100% naturelles, en fil à broder. Ça, c'est vraiment une grosse problématique. Notamment le fil à dentelle, il est naturel, mais il n'est certainement pas bio. Pour les fils à broder, c'est pareil, c'est extrêmement compliqué. La plupart des fils naturels, et en plus, si on les veut biologiques, en fait, ils sont souvent faits à la main. Et en fait, un fil filé à la main, il n'est pas assez régulier pour pouvoir être travaillé en broderie, parce qu'il faut qu'on puisse passer au travers le tissu. Et en fait, s'il y a trop d'irrégularités, ça ne passe pas. En plus, moi, j'ai quand même une particularité, c'est que je ne travaille que du très fin. Voilà, je suis un peu toquée là-dessus. Et en fait, au tout début de mon activité, pour moi, travailler des matières naturelles, c'était indispensable. si en plus il pouvait être bio et si en plus je peux avoir la traçabilité de toute la matière alors là c'est le top. Et j'ai vraiment galéré en fil à broder parce que ça n'existe pas. En fait, il y a une problématique mondiale qui fait que, en tant que les brodeuses et dentelières, elles n'utilisent pas des grosses quantités de fil, contrairement au tissage où on va très rapidement utiliser beaucoup de fil. Si je parle de l'atelier national par exemple à l'époque où j'y étais il y a une dizaine d'années Merci. Elle travaillait sur des vieux stocks de fils qui avaient pas loin de 50 ans, voire même plus. Donc, en fait, pour les entreprises qui fabriquent du fil, pour pouvoir faire du fil à broder, il faut une machine supplémentaire puisqu'on a besoin d'un double fil retordu. Ce qui fait que c'est un investissement supplémentaire, mais en termes de quantité de vente, on n'est pas du tout intéressant, puisque même à l'échelle mondiale, on n'est pas hyper... pertinents, en fait. J'imagine que s'il n'y avait qu'une seule entreprise, ce serait intéressant, mais si tout le monde s'y met, ça ne devient pas du tout intéressant. Et donc, avoir des matières naturelles, c'est déjà très compliqué. Et alors, avoir des matières naturelles qui, en plus, sont teintes naturellement, ce n'est pas évident. Donc, c'est assez intéressant que des structures comme des MC arrivent à commencer à aider à démocratiser la teinture végétale. Parce que moi, j'ai quand même entendu... Plusieurs fois, les brodeuses et dentelières me disent que le fil, ça coûte cher, alors que quand je vois les quantités de fil qu'on utilise, le fil, ça coûte peanuts. Donc, on peut bien mettre un ou deux euros de plus dans une bobine pour avoir une matière 100% naturelle et en plus avec de la couleur végétale. Ça me paraît… Moi, je m'étais dans mon travail, je me suis orientée vers la soie puisque c'était une des choses qui étaient le plus naturelle. En broderie, je travaille principalement la soie. et la laine. Trouver de la laine à broder, ce n'est pas si évident. Il n'en existe pas des grosses quantités, mais on peut en trouver. Il y a des structures, je pense à la nolaine notamment, qui en plus le teint naturellement. Alors moi, maintenant, je l'achète naturelle et puis je le teins moi-même puisque ça fait partie de mon job et de ce que je veux faire dans mes projets. mais je trouve qu'une entreprise comme DMC valorise et permette de continuer à aider à démocratiser un petit peu les teintures naturelles et tout ça c'est hyper intéressant moi je suis
- ArtEcoVert Pauline Leroux
200 pour alors du coup est-ce que sur cette partie dentelle broderie on a fait le tour je pense que De toute façon, on va y revenir à chaque fois dans l'épisode, mais je pense qu'on a quand même été dans le détail. Maintenant, je voudrais faire un lien avec la couleur végétale, justement. Qu'est-ce que tu as essayé en teinture végétale ? Est-ce que tu as essayé de teindre ta dentelle ? Alors, est-ce que tu teins d'abord le fil ? Est-ce que tu teins la pièce ? Est-ce que tu teins la… Bon, bref, raconte-nous un petit peu comment tu as démarré sur la teinture végétale, les couleurs que tu utilises et comment tu fais ?
- Charlène Poret
Alors... Pour la partie dentelle, je ne teins jamais le fil en amont et je teins la dentelle après. Je ne le fais pas systématiquement, ça m'arrive de le faire. Pourquoi je ne teins pas le fil ? Entre autres parce qu'on est sur du tellement fin que je pourrais m'abîmer les yeux à travailler. Je sais que les dentelières de l'Atelier National, à une époque, ont fait un projet notamment en fil noir. Et ça a vraiment été douloureux pour elles de travailler un fil de couleur. En plus, il était noir, peut-être que c'était une autre couleur, mais j'imagine que même travailler du jaune sur des heures entières, ça ne doit pas être simple. Pour cette raison, je travaille en blanc et je teins à la fin. Il y a aussi le fait que je n'utilise pas beaucoup de variétés de couleurs. En général, je travaille beaucoup l'uni ou en tout cas des tons qui sont assez proches. Donc, ça me va très bien aussi comme ça. Pour ce qui est de la broderie, là, c'est différent. Là, je vais teindre... Alors, ça dépend. J'ai testé les deux. À une époque, je brodais en... Donc, je préparais mes matières, je mordansais mes matières, je brodais et après, je teignais. Et en fait, comme je travaillais une fibre végétale, puisque je travaille principalement sur du lin et que je travaillais avec un fil de soie qui est une fibre animale, voire même la fibre de laine, la couleur ne prend pas exactement de la même manière et j'aime bien les subtilités que ça apporte. Donc, ça, c'est des choses que j'ai expérimentées et que je referai sans doute. Et il m'arrive aussi de teindre mon fil et de broder après. Ça, c'est vraiment en fonction des besoins.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord, OK. Alors, comment tu t'es formée sur la teinture végétale ? Déjà, on va parler de ça. Et ensuite, on ira explorer ton autre palette de couleurs qui est hyper intéressante. Mais restons. Tu vois, j'essaye de garder le... Le suspense. De ne pas aller trop vite. Le suspense. Donc, vas-y, raconte-nous teinture végétale. Comment tu as découvert ? Qui t'a formée ? Quel livre t'as lu ? Comment t'as fait ? Raconte-moi un petit peu.
- Charlène Poret
Alors, moi, en fait, j'ai commencé à en avoir eu marre de travailler le blanc pour la dentelle. Et en fait, j'ai fait mon premier stage de dentelle à l'époque où j'étais encore à l'atelier national. C'est déjà quelque chose qui me titillait, parce que j'étais un peu fatiguée du blanc. Et pour moi, aller vers la couleur naturelle, il se trouve que je suis militante de l'environnement à côté depuis un certain nombre d'années aussi. et c'était... évident que si je me mettais à la couleur, ce serait du végétal. Donc j'ai commencé un premier stage avec Couleur Garence, avec qui j'en ai suivi quelques autres quand j'ai démarré mon activité, puisque la teinture a vraiment été un outil pédagogique très intéressant pour moi, puisque depuis le début de mon activité, mon objectif est de préserver, valoriser et faire perdurer notre patrimoine culturel immatériel, tant dans le domaine des arts textiles que de l'environnement. Et je n'arrive pas à faire le lien direct entre le textile, le fil et l'environnement. Pour moi, c'est une évidence, mais pour le public, ça ne marche pas du tout. Par contre, la teinture végétale, quand tu prends des fleurs, que tu les mets dans le tissu, que tu as de la couleur, alors là, tout de suite, ça marche. Donc, depuis le début de mon activité, notamment au début, je ne savais pas encore trop dans quoi j'allais me jeter. Et ça m'a vraiment permis de démarrer mon activité, d'être visible sur des événements. Et de pouvoir commencer cette sensibilité à faire le lien entre le textile et l'environnement, puisqu'on sait quand même que le monde du textile n'est clairement pas bon pour la planète. Donc ça, ça a été un super outil. J'ai fait plusieurs formations. Et puis, il s'est avéré qu'au bout d'un moment, Michel Garcia est arrivé en Bretagne. Il habite à 40 kilomètres de chez ma sœur. Et donc, il y avait longtemps que je voulais faire un stage aussi avec lui. Et donc là, je suis allée une première fois. Et mes couleurs ont quand même beaucoup évolué. J'ai appris des techniques qui m'ont vraiment fait avancer. Et là, j'ai... Enfin, voilà. Du coup, depuis, je vais en stage très régulièrement chez lui pour continuer à apprendre, à faire évoluer. Une fois que j'ai expérimenté. Puis lui, ce qu'il adore, c'est quand t'as expérimenté et que t'y vas avec des vraies questions. Et du coup, enfin, voilà. Il faut apprendre à connaître le personnage, mais une fois qu'on comprend son fonctionnement, en fait, on a vraiment possibilité d'apprendre et d'avancer. Donc ça, c'est chouette. Et aujourd'hui, moi, je suis ravie des couleurs que je fais. Des fois, je me dis presque, elles sont presque trop vives, mes couleurs. Il va falloir que je travaille des tons un peu en dessous, parce que je sais que là, il y a une entreprise avec qui on a commencé à échanger. Je me dis, au vu de son travail, il va falloir que je descende un peu d'un ton.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
C'est fou. T'es bien la première qui me dit ça. D'habitude, il y a des gens qui arrivent avec leur préjugé que c'est pas assez c'est pas envoyant.
- Charlène Poret
Quand j'ai démarré, j'ai une amie qui était persuadée que la teinture végétale c'était que des couleurs pastelles. Et j'ai réussi à lui dire...
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Je pense que c'est un... Ça, c'est un mythe. Et en plus, je pense que le fait que certaines essayent de passer le savoir, mais sans forcément maîtriser la technique, ont peut-être sorti des couleurs un peu pâles. Et on a un peu cette image qui reste. Alors qu'en fait, tu l'as dit toi-même, toi, tu as des couleurs trop vives. Alors, je ne suis pas teinturière. Je dois me concentrer sur le podcast. Je ne peux pas être partout. Mais je me souviens qu'en revenant de stage de Michel, j'avais fait des couleurs dans ma buanderie et tout le monde m'avait fait des messages en disant « Mais t'as mis quoi dedans ? T'as vu comme c'est ? » Et j'ai encore cette photo et les gens débloquaient de la couleur parce que j'avais de l'étudeau jaune, mais jaune flashy. J'avais du bois de campèche. Bon, bois de campèche, on sait que ça peut partir. J'avais de la garance, j'avais des trucs, mais les couleurs étaient folles. Et les gens étaient là, attends, elle a mis quelque chose, c'est pas possible, mais non. Non, mais tu vois, c'est hyper intéressant de le dire, quoi. C'est intéressant de le dire.
- Charlène Poret
En plus, moi, je n'utilise pas les plantes qui ont le plus de pouvoir colorant, puisque moi, en étant brodeuse et dentelière, et en plus, en voulant travailler sur l'environnement, je travaille principalement avec des plantes sauvages locales. Donc, j'ai vraiment une palette. Alors, je commence à ajouter quelques plantes cultivées, mais... toujours des plantes qui se cultivent en Normandie puisque moi, toute mon activité tourne autour des savoir-faire normands. Je ne travaille pas du tout de plantes exotiques. Même avec une palette de couleurs végétales, elle est moins intense et peut-être moins diversifiée. C'est pour ça que j'ajoute quelques plantes cultivées. En tout cas, on a quand même des couleurs hyper intéressantes et à portée de main.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Et donc, vu que tu dis, tu peux nous en dire ou pas de ton côté normand ? Oui, bah oui,
- Charlène Poret
moi je travaille... Alors la carotte sauvage, j'aime beaucoup la couleur, mais c'est pareil, c'est une couleur qui ne va pas forcément durer dans le temps. Par contre, je travaille énormément la feuille de bouleau, la reine des prés, la boque de châtaigne, on a la quille et millefeuille aussi, qu'on trouve pas mal par chez nous. Enfin voilà, on a... Une riche diversité à portée de main, en fait. C'est vraiment intéressant.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
La feuille de bouleau, je l'ai découvert chez Michel. Je ne savais même pas que c'était possible.
- Charlène Poret
Un beau jaune. Un jaune.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
OK. Et donc, du coup, tu les glanes, tu les cueilles. Je veux dire, tu t'organises aussi là-dessus à avoir tes moments de cueillette, dans le respect de ne pas disséminer un espace. Je le précise parce qu'à chaque fois qu'on parle de cueillette... J'ai des messages ensuite pour me dire, attention, la cueillette, il faut qu'elle soit raisonnée, qu'on laisse la plante vivre, qu'on laisse les abeilles butiner jusqu'au bout. Donc, tout ça, je vous le dis, on fait très attention. Mais du coup, tu cueilles dans ton espace autour de chez toi.
- Charlène Poret
C'est ça. Et dans les règles de l'art. Alors après, moi, je ne suis pas sur des grosses quantités. Je ne cueille pas des kilos et des kilos de plantes, puisque je travaille principalement des petites quantités. Quand je travaille des grosses quantités, là, je travaille avec des plantes cultivées. mais effectivement et avec j'ai plusieurs spots je ne vais pas toujours sur les mêmes spots quand je cueille je cueille à peu près 30%
- ArtEcoVert Pauline Leroux
sur la zone de façon à pouvoir en lisser pour les animaux et pour la reproduction de la plante c'est des règles que je respecte aussi et alors en plantes cultivées cultivées en France mais que tu importes chez toi en Normandie qu'est-ce que tu utilises en cultivée ?
- Charlène Poret
Alors, en cultiver, moi, j'utilise pour le bleu. Alors, je fais un peu une dérogation, puisque là, je travaille avec la persiquaire des teinturiers, notamment parce que moi, je suis sur terrain acide et pas terrain calcaire. Donc, c'est une plante qui se fait quand même mieux. Et puis, en termes de quantité, il faut moins de surface, puisque moi, je n'ai pas un gros jardin non plus. Même si j'en achète un peu, l'idée, c'est d'en cultiver aussi une partie pour pouvoir, quand je fais des expos, présenter un peu les plantes. je travaille aussi en plantes cultivées un petit peu la garance mais alors c'est assez drôle parce que je la découvre et en fait je me suis rendu compte que je commençais à être vachement calée sur les plantes sauvages j'avais des chouettes couleurs mais la garance c'est pas encore ça donc voilà là je suis en train d'expérimenter et puis je travaille la racine de rhubarbe la pelure d'oignon aussi des choses qu'on a très facilement dans le jardin puisque Euh... puisqu'il se trouve que je fais un jardin pour mon alimentation et donc c'est une évidence d'aller aussi les deux génial,
- ArtEcoVert Pauline Leroux
pelure d'oignon super résultat aussi ah bah ouais en termes d'expérimentation c'est chouette tu peux aller jusqu'au verre kaki avec un peu de fer c'est vraiment beau l'oignon tout le monde aurait cru qu'il n'y avait aucun intérêt donc top
- Charlène Poret
qui ne coûte rien, qu'on peut demander assez facilement aux copains de récupérer. Moi, j'ai mon ami qui m'en récupère et du coup, j'en ai des stocks. Et là, j'ai pu me permettre d'expérimenter sur des grands métrages avec la pelure d'oignon sans frais. Ça, c'était vraiment intéressant.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Et tu as la pelure rouge, l'oignon rouge ou l'oignon jaune. Chacun a ses avis. Il y en a qui mélangent. Et tu peux aussi faire, pour tout ce qui est écoprint, découper des petits cœurs ou des petites formes dans la pelure d'oignon directement. Et quand tu roules et que tu mets à la vapeur, ça te fait des petites formes. Bref, l'oignon qui a l'air si banal, en fait, ça fait plein de trucs.
- Charlène Poret
Pour le bac aussi, on peut teindre les œufs sans avoir forcément de garances ou de campèges dans les placards. Avec juste la pelure d'oignon, on peut s'amuser à faire des décos assez chouettes pour les copains.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
C'est vrai que la pelure d'oignon est sous-cotée.
- Charlène Poret
Alors, attention à ne pas la mettre à la poubelle. C'est une matière qu'on peut vraiment revaloriser en termes de déchets. C'est le déchet par excellence.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Tu cuisines et tu ne peux pas l'acheter la peau. Tu te dis non, tu la gardes. Tu la gardes et à un moment, tu as des sacs énormes. Exactement. Donc là, on était sur les plantes. Mais Charmaine a exploré un autre domaine qui nous intéresse fortement. Dans quelle matière as-tu découvert encore de la couleur et que tu expérimentes ?
- Charlène Poret
Alors, il s'avère que j'habite en plein cœur de la forêt des couves, qui est l'une des plus grandes forêts du Grand Ouest, que dans le département de l'Orne, on a la chance d'avoir plusieurs grandes forêts. Et donc moi, j'ai expérimenté, j'ai commencé à expérimenter depuis quelques années la couleur. couleurs avec les champignons, puisque j'ai tout à portée de main, qui se trouve que je fais partie d'associations naturalistes, notamment une qui s'appelle ADN, Association Découverte de la Nature, et qui organise un week-end champignons tous les ans. Donc grâce à eux, j'ai commencé à découvrir les champignons, parce que je ne connaissais pas ce monde-là. J'ai commencé à pouvoir en reconnaître un ou deux qui se mangeaient. Donc, voilà. Je commençais à cueillir de la chanterelle, du cèpe, du pied de mouton, du bolébé. Et puis, de fil en aiguille, j'ai commencé chaque année, j'ai ajouté un ou deux champignons, un ou deux champignons. Et au fur et à mesure, je me suis dit quand même, voilà, ce serait intéressant de découvrir aussi en teinture ce que ça donne. Donc, j'ai commencé avec des champignons qui sont faciles à trouver. Et au fur et à mesure, je me suis dit, là, ce qui serait intéressant, ce serait vraiment de faire un inventaire des champignons à couvrir. couleur qu'on peut trouver dans le département de l'ordre. Il se trouve qu'en plus, il y a deux ans, je me suis trouvée en arrêt maladie juste au moment de la période de champignons, que je suis allée un week-end sur la Ferté-Massé et que j'ai pu faire mon petit marché avant qu'ils remballent tout et qu'ils jettent les champignons. J'ai pris plein de champignons qui m'intéressaient et j'ai commencé à vraiment faire des expérimentations pour un inventaire. Et j'ai commencé à avoir 10, 15 couleurs différentes. Voilà, et donc au fur et à mesure, j'ai poursuivi ce travail. Donc là, cette année, j'ai établi une vraie liste des champignons considérés comme Tinctoriaux pour le moment. Donc pour ça, j'ai utilisé les bouquins. Je n'ai rien inventé du tout. C'est celui-là ? Ah non, je n'ai pas celui-là.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Celui de Marie Marquet ?
- Charlène Poret
Ah bah si, ou là. Elle a changé la pochette. c'est celui-là tu vois je sais pas pourquoi ils ont changé la couverture elle est moins parlante celui de Marc on voit pas vraiment que c'est des champions de quoi ça parle ouais c'est ça j'aimais bien la première couverture mais effectivement j'ai travaillé avec le livre de Marie Marquet qui est déjà un très bon registre j'ai travaillé aussi avec les livres de Dominique Cardon puisqu'elle en parle un petit peu aussi dans ses bouquins et j'ai aussi acheté le livre de l'américaine alors attends Merci. Voilà, c'est un livre qui est paru cet été, que je me suis aussi offert. Je l'ai vu,
- ArtEcoVert Pauline Leroux
mais je n'ai pas craqué.
- Charlène Poret
Non, mais en fait, ce ne serait pas hyper pertinent, parce qu'il y a quand même beaucoup de champignons. En fait, tous les champignons qu'on peut trouver chez nous, je l'ai déjà trouvé dans nos bouquins français. Et après, il y a beaucoup de champignons qu'on ne trouve pas dans notre territoire et dont on ne connaît même pas les noms, et qu'on trouve uniquement aux États-Unis. Donc voilà.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
On va rester sur les deux références.
- Charlène Poret
Oui, c'est ça. Je pense que ça ne vaut pas le coup d'aller chercher aussi loin pour pouvoir commencer à travailler avec les champignons. Après, l'idée, ce n'est pas de dévaster la forêt et de dévaster la forêt de champignons. Donc pour le moment, je fais vraiment un inventaire. Donc il y en a qui sont très rares et que j'utilise très peu. Juste une fois. En gros, mes recherches sur la teinture avec les champignons, il y a trois volets. Il y a un volet inventaire, il y a un volet un peu plus production, où là je teins du fil à broder. Les couleurs, elles ne sont pas encore... Je ne sais pas si... Oui, les couleurs, elles ne passent pas très bien à la caméra. Mais voilà. J'ai une partie production. Et puis, j'ai une partie vraiment plus recherche, plus affinée. Mais ça, c'est encore un autre travail que je fais en partenariat avec Michel Garcia, d'ailleurs. C'est génial. Avec qui... Voilà, là, je lui ai renvoyé mes derniers échantillons. Je travaille pour le moment sur trois polyports parce que je peux les avoir toute l'année, je peux les faire sécher. Et l'idée, c'est d'essayer d'aller voir quelles molécules teinturiales on utilise vraiment à l'intérieur pour voir si on peut agrandir la palette et trouver d'autres champignons aussi qui pourraient être intéressants. Donc, sur la partie un peu plus production, je teins uniquement des fils à broder pour rester sur des petites quantités de matière. Et puis, je propose aussi des tableaux. pédagogiques pour présenter un petit peu les différentes couleurs qu'on peut obtenir avec la couleur végétale. Mais ça, je le fais aussi avec les plantes. Donc, si je vous montre quelques couleurs, là par exemple, le fameux polypore des teinturiers, les couleurs ne ressortent pas du tout correctement. Tu verras, la qualité,
- ArtEcoVert Pauline Leroux
elle sera meilleure. On est toujours surpris, mais entre l'enregistrement et le final, tu verras.
- Charlène Poret
En tout cas, ce marron, il est fait avec le polypore des teinturiers. Ça, c'est le Gymnopile pénétrant. Et vraiment, c'est un jaune... Non, le Spectabilis, pardon. Donc, c'est son cousin qui est plus gros. Et vraiment, j'ai été scotchée de voir le jaune que je pouvais obtenir avec ce... C'est un jaune orangé qui est vraiment intéressant. Dans les couleurs pertinentes aussi, on a ce jaune sur laine. Donc ça, c'est avec le bolet à pied rouge. Alors, dommage, il est aussi comestible. Mais alors, du coup, quand je le ramasse, je ramasse les plus jeunes pour les manger et les plus gros pour mettre dans mes casseroles de champignons. Puisque c'est un très bon champignon. Voilà, donc là, alors, une des surprises, ça a été le cortinaire violet, par exemple. Je m'attendais à avoir une couleur un peu violacée. Et en fait, pas du tout. J'ai plutôt un gris. Un gris qui ne nous paraîtrait pas forcément pertinent, mais qui peut être intéressant.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Est-ce que ce n'est pas parce qu'il contient des anthocyanes et que ça change avec le pH ou un truc comme ça ? Est-ce que ce ne serait pas une surprise dans ce genre ? Parce que généralement, quand on entend du violet, il y a toujours un genre. Je ne sais pas,
- Charlène Poret
parce qu'on n'est vraiment pas sur les mêmes molécules que les plantes.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord,
- Charlène Poret
ok. Donc voilà. Alors ça, c'est un autre que j'ai fait avec le cortinaire.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Il y a eu des couleurs vraiment diverses et variées.
- Charlène Poret
Un champignon qu'on trouve, en tout cas cette année, on en avait vraiment en quantité, mais on le trouve tous les ans, c'est la russule noircissante. C'est l'une des seules russules qu'on utilise en teinture. Il y a plein de possibilités, plein de couleurs. Si je vous remontre le bolet à pied rouge, ce jaune, je le trouve absolument magnifique.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Alors,
- Charlène Poret
c'est vrai que ça fait la brûlée à pied rouge et il donne du jaune. Oui.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
C'est un peu plus fort qu'en brûlée.
- Charlène Poret
Exactement. Et quand on le coupe, il devient bleu. Il bleuille très, très vite. D'ailleurs, c'est un champignon qu'on appelle la récompense du mycologue. Parce que justement, vu qu'il bleuille très, très vite et qu'en plus, il est rouge, alors tout le monde dit, oh là là, va des rétrocètes, ah là, s'il n'est pas comestible. Et du coup, les gens le laissent. Et donc, nous, on peut en manger plein parce que... Parce qu'on sait qu'il est comestible. C'est d'ailleurs un des excellents comestibles. Et donc, la petite trouvaille de cette année, je suis tombée sur un bolet des pains. Un bolet pommes de pain, pardon. Qui est aussi très intéressant en teinture. Parce qu'en plus, lui, on ne l'utilise qu'à 50% du poids de la fibre. Alors qu'il y a beaucoup de champignons, on est au minimum à 100%, voire plus. Pour avoir des couleurs intéressantes. Et vraiment, alors lui, je l'ai essoré jusqu'au bout. Parce que j'en avais un. Et que je ne suis sans doute pas prête de le revoir. Donc, je l'ai vraiment poussé jusqu'au bout. Donc, j'ai teint un peu de fil à broder. J'ai teint de quoi faire un tableau de présentation et puis de quoi mettre dans mon inventaire. Et voilà, il y a des couleurs qui sont vraiment chouettes.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Et l'inventaire que tu as fait, donc tu m'avais envoyé des photos avec tous tes petits fils accrochés, le nom des champignons, etc. Est-ce que cet inventaire, il bouge à la lumière ? Est-ce que tu fais aussi des tests de lumière avec une partie exposée ? exposer une partie que tu laisses dans le noir pour voir un petit peu sans outils compliqués mais déjà voir s'il ya un changement alors Pour le moment, je ne fais pas.
- Charlène Poret
J'en avais fait pour les plantes, mais je n'ai pas encore fait pour les champignons. Et alors oui, l'inventeur, il va sûrement bouger. Mais tableaux qui présentent les matières colorantes bougent. Ça, c'est indéniable. Et c'est justement ce qui est intéressant et ce que je veux découvrir par le biais de ces tableaux. Alors oui, c'est des tableaux qui sont vivants, mais en fait, c'est de voir quelles couleurs sont résistantes, lesquelles ne le sont pas, et du coup, quelles couleurs sont vraiment pertinentes et intéressantes à travailler. Mais ça, ça fait partie du jeu dans ces cadres-là. Et en plus, c'est une partie qui est vraiment destinée à de la pédagogie. C'est des tableaux que je ne vends pas et qui ont vraiment pour objectif de faire de la pédagogie. Et mon rêve, ce serait de réussir à les faire tourner en muséum d'histoire naturelle, parce que dans les bouquins, ceux qui parlent des plantes, qui parlent des champignons, on parle toujours des propriétés médicinales ou comestibles et on ne parle jamais des propriétés à couleur. Donc voilà, j'aimerais bien qu'un jour, on en parle un peu plus. Merci.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
On va avoir des invités en 2026 sur les champignons, justement là-dessus, parce que je suis d'accord avec toi, il faut creuser. Après, moi, ça me semble, de mon point de vue déjà, comme je te disais tout à l'heure, déjà la diversité sur le végétal, déjà de l'explorer, c'est chaud, je trouve. La reconnaissance, identifier bien sa plante, savoir la travailler, comme tu rappelais, est-ce qu'on doit en mettre 100 %, est-ce qu'on doit en mettre 50 %, combien on doit mettre, les procédés, etc. Les couleurs obtenues, le nuançage, je trouve ça déjà très large. Mais je pense qu'il ne faut pas s'affranchir de parler des autres couleurs du vivant, d'où la série qui a été lancée l'été dernier, mi-2025, pour parler justement des autres couleurs. Donc, on a commencé un épisode pour défricher les champignons avec Élodie Choc, qui est chercheuse. On a regardé déjà tous les pouvoirs des champignons. Et elle paraît hyper curieuse de voir comment on pouvait avoir de la couleur. Donc, ça va continuer tout ça. On va continuer à explorer. Mais c'est vrai que quand tu regardes, je ne sais pas si tu vois bien le livre de Marie, et je le montre pour les gens qui nous regardent, les couleurs, elles sont dingues. Et j'ai, enfin, voilà. Donc, tu en as cité quelques-uns, mais j'avoue, je ne me suis pas encore penchée là-dedans parce que, déjà, je trouve que les champignons, il faut vraiment encore moins se planter que les plantes. C'est le cas de le dire, de vraiment avoir une reconnaissance. Donc, vraiment, il faut se former. Ça prend du temps à acquérir, etc. Mais les couleurs sont incroyables. Ma question, c'est... Est-ce que tu as des différences de protocoles ? C'est-à-dire, est-ce que de travailler du champignon versus de la plante, tu mets en place des protocoles différents pour avoir de la sécurité différente ?
- Charlène Poret
Comment tu gères l'atteinte des champignons ? Pour le moment, non. Je travaille quasiment comme avec les plantes. Alors, il y a beaucoup de champignons où le mordantage n'est pas forcément nécessaire. Moi, dans mon inventaire, j'expérimente sans mordant sage avec un mordant à l'alumine et un mordant au fer. Vraiment pour déjà dégrossir un peu le bazar. Et je suis d'accord avec toi, la mycologie, c'est encore plus compliqué que la botanique. Et c'est une science qui est beaucoup plus difficile. Après, il y a aussi beaucoup moins de champignons. En parallèle, c'est aussi bien parce que l'idée, ce n'est pas d'aller dévaster la forêt. Et moi, je le fais vraiment dans le cadre d'expérimentation. Après, tu allais dire quelque chose, non ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Non, j'allais dire, par rapport au sans-mordant sage, mais ça, peut-être que tu le mettrais en avant dans tes travaux avec Michel Garcia, mais quand on parlait avec les différents acteurs et chercheurs qui sont venus sur le podcast sur les champignons, il y a notamment la présence de mélamine, mélanine ? qu'on a aussi, nous, dans la peau, etc., mais que les champignons ont beaucoup. Et ce qui pourrait expliquer cette absence de mordant sage, mais je serais ravie que, quand vous ayez terminé vos recherches avec Michel, que vous fassiez un petit retour là-dessus, parce que ce serait intéressant de savoir, notamment, qu'on sait que les champignons contiennent des tannins, mais pas...
- Charlène Poret
C'est ça. En fait, on en est vraiment au balbutiement. Moi, j'ai fait un stage de chimie cet été où on a commencé à explorer l'amadoufier. Donc là, moi, j'ai enfin pris le temps de réexplorer ce qu'on avait fait en stage et d'aller un petit peu plus loin. J'ai refait les mêmes protocoles avec le polypore des teinturiers et avec le ganoderme plat. Mais on est vraiment dans les tout débuts, donc il va falloir un peu de temps.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Oui, mais c'est chouette.
- Charlène Poret
Mais oui, parce qu'en fait, pour le moment, ça n'a pas beaucoup été exploré d'un point de vue scientifique. Alors moi, l'aspect chimie, malheureusement, je n'ai pas beaucoup. C'est pour ça que je suis obligée de le faire avec Michel, parce qu'en fait, lui, il maîtrise quand même très bien cette partie-là. Moi, ça me permet d'apprendre en plus au fur et à mesure, mais je pratique déjà beaucoup de choses, donc je n'apprends pas très vite. Et puis bon, j'ai la tête un peu dure. il faut répéter, répéter pour que ça rentre Mais je suis curieuse, donc voilà, j'ai toujours envie d'apprendre. Non, mais je trouve que c'est un champ d'exploration vraiment intéressant. Alors après, l'idée, ce n'est pas forcément de démocratiser à fond non plus pour que tout le monde se mette à faire de la teinture avec les champignons. Ce n'est pas forcément l'objectif. Moi, je suis vraiment dans l'objectif d'un inventaire, de se dire, ben voilà, on a plein de natures qui nous entourent. qu'est-ce qu'on peut faire avec ça, qu'est-ce qu'elle nous apporte, qu'est-ce qu'elle peut nous offrir, et est-ce que dans ces matières-là, il n'y a pas, tu vois, le polypore des teinturiers, par exemple, moi je le trouve à foison, je ramasse des quantités intéressantes, c'est même un champignon que j'arrive à travailler sur voile de lin, donc voilà, est-ce qu'il n'y a pas des champignons qu'on trouve beaucoup plus en abondance, et qui pourraient être utilisés ponctuellement pour certains projets, voilà, ça reste... N'oublions pas que moi, je ne fais quasiment que de la pièce unique. Donc, je peux me permettre de travailler avec des plantes, des matières un peu plus rares.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Tu n'as pas des longs métrages à faire régulièrement.
- Charlène Poret
Je ne suis pas teinturière à faire. Je ne cherche pas forcément à reproduire toujours exactement la même couleur. Donc, ce champ d'exploration, il est tout à fait cohérent avec le fait que moi, je sois avant tout brodée et dentelière, en plus d'être teinturière.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Est-ce qu'on peut citer ton compte Insta pour que les gens aillent voir ton inventaire ? Parce que je pense qu'entre la vidéo que je mettrai après et l'audio, j'aimerais bien qu'ils puissent quand même aller voir parce que moi, ça m'avait vraiment impressionné.
- Charlène Poret
Sur mon site Internet aussi, il y a quelques photos et je vais commencer à en rajouter. Mais si vous allez, mon Insta, ça doit être chapeau, C-H-A-P-O, Art Textile, en un seul mot, avec un seul T et un S. Et puis, mon site Internet, c'est pareil. Si vous tapez Charlène Poré sur Internet, vous allez me trouver.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Donc, top pour aller regarder l'inventaire des champignons. Bon, donc, hyper preneuse de vos retours, de vos expérimentations. Moi, de mon côté, je cherche aussi des chercheurs, le monde scientifique qui explore cette partie-là. J'avais justement une question qui regroupe un peu les plusieurs sujets. mais donc d'un côté on va avoir Voilà, connaître les champignons qui donnent de la couleur. D'un autre côté, il y a tout ce qui est biomatériaux à partir de champignons qui est en train d'exploser. Donc, le mycélium et tous les dérivés, toutes les nouvelles matières. Est-ce que tu as déjà, toi, en tant que… Parce que franchement, ça ressemble franchement à de la dentelle, clairement, mais de la dentelle faite par les champignons. Est-ce que tu as déjà essayé de travailler des fils issus de biomatériaux ? Est-ce que tu as déjà essayé de teindre des champignons sur du biomatériau ? est-ce que tu as des retours sur les biomatériaux ?
- Charlène Poret
Non, j'avoue que ma spécialité, c'est vraiment les fibres naturelles et puis les fibres ancestrales. Les biomatériaux, je n'ai pas du tout expérimenté. Ce n'est pas forcément pertinent dans le cadre de mon activité, mais par contre, s'il y en a d'autres qui ont envie d'essayer, bien au contraire. Et une autre question qui se pose avec le champignon, j'utilise des champignons comme le cortinaire sanguin, qui me donne des rouges vraiment intéressants, même si on ne le trouve pas en très grosse quantité, pour du fil à broder, c'est hyper pertinent. Ouais, moi je crois que j'ai...
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Il donne un petit, ouais, un bordeaux marron, enfin je ne sais pas comment...
- Charlène Poret
Ouais, là j'ai un rouge, enfin là c'est le semi-sanguin en plus, ce n'est pas encore le sanguin, donc voilà, le cortinaire semi-sanguin, et à savoir... que le sanguin donne un rouge encore plus fort. Sauf que les cortinaires sont extrêmement toxiques et notamment, ils abîment beaucoup les reins. Alors à savoir que moi, je fais des fils à broder et que quand je brode mes fils, je mouille toujours le petit bout pour venir en filer mon aiguille. Et là, il se trouve que j'ai rencontré en plus des scientifiques, puisque j'expose mon travail sur des week-ends champignons, et j'ai rencontré un ancien chercheur qui a beaucoup travaillé sur la toxicité des champignons, et qui me demandait si je savais si la toxicité se transférait aussi dans la couleur. Puisque on sait quand même que pour les plantes, il y a quand même des choses qui se disent, comme quoi les propriétés médicinales se transmettent également dans la couleur. couleur, donc j'imagine que la toxicité c'est un peu pareil, et j'imagine que c'est pareil en champignon. Donc il s'avère que a priori, de ce que j'ai pu voir, alors peut-être que je me trompe, qu'il n'y a jamais vraiment eu d'étude de fait sur le sujet. Et donc lui, alors il est à la retraite aujourd'hui, mais il va quand même essayer de voir si un jour il n'y aurait pas un petit jeune qui voudrait nous faire une thèse sur le sujet. Parce que ce serait vraiment intéressant de savoir, et notamment si jamais un jour quelqu'un veut faire une layette pour un enfant ou quelque chose comme ça, que l'enfant va mettre à la bouche. Il faut quand même qu'on sache aussi si c'est dangereux ou pas de teindre avec les champignons. Et ça, pour le moment, on ne le sait pas encore vraiment.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Alors, dans l'épisode de Marie Marquet, le premier épisode que j'ai fait avec elle, justement, on en parle, on se pose des questions, même sur le protocole, comment elle met en place, est-ce que les vapeurs, notamment, sont… Donc, elle en parle là-dedans, mais je pense que tu as raison, le mieux, enfin, le plus rassurant, ce serait d'avoir, oui, une analyse factuelle, mesurable, plus poussée sur ça. Comme on aime bien lancer des bouteilles à la mer pendant les épisodes, ça c'est fait.
- Charlène Poret
Exactement, on est là pour ça.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
S'il y en a un ou une qui se sent de… D'ailleurs aussi, s'il y a un ou une auditrice ou auditeur qui a des infos sur la transmission de la bioactivité dans les tissus qu'on teint pour les plantes, on en a un peu parlé aussi avec Delphine Talbot, on en a abordé avec pas mal d'acteurs, mais je pense tout de suite à Delphine Talbot. S'il y a des personnes qui sont intéressées ou qui travaillent déjà là-dessus, ou qui ont travaillé, n'hésitez pas à vous manifester, parce que du coup, ce serait hyper intéressant d'avoir ce retour-là sur les champignons. Ok, top. Donc, on l'a dit. Enfin, franchement, moi, je réinsiste là-dessus. La reconnaissance des champignons, déjà, c'est du high level. Ensuite, de teindre et de comprendre les colorants à l'intérieur, c'est c'est complexe, donc c'est hyper intéressant que vous vous penchiez là-dessus. Et comme tu dis, il y a deux super sources, le livre de Marie Marquet et le livre de Dominique Cardon. Et je le redis aussi là, si vous êtes expert de champignons, si vous êtes expert couleur, si vous travaillez le champignon, sortez du bois. Oh, elle est bien, il faut s'y adapter celle-là. Sortez du bois et venez sur le podcast nous raconter. Et puis,
- Charlène Poret
ce serait hyper intéressant qu'en France, on arrive à créer un groupe de recherche collectif. qu'on puisse travailler tous ensemble pour justement répondre à toutes ces questions qu'on se pose et welcome, moi je suis tout ouïe pour participer à des projets collectifs
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Top. Et je relance Elodie Choc, passionnée des champignons, qui nous a fait un super épisode. Je ne sais pas si tu l'as écouté, mais franchement, j'ai appris tellement de choses sur ce monde-là. Et encore, je pense qu'on aurait pu parler cinq heures et qu'elle aurait encore eu plein de choses à nous raconter. donc écoute, cette bouteille à la mer elle est lancée sur les champignons j'espère que ça prendra et qu'on aura des retours j'ai aussi des auditeurs qui m'ont envoyé de la documentation mais comme tu dis, des Etats-Unis ou d'autres territoires et on n'a pas forcément les mêmes. Donc, avoir pour consolider un truc pertinent. Mais l'idée, c'est aussi d'aller explorer les autres couleurs du vivant. Est-ce que tu as testé les lichens ? Parce que Marie en parle dans son livre. On sait que Dominique Cardon a commencé avec ça en Écosse ou en Irlande, je ne sais plus, mais c'est quelque chose qui l'a intriguée. Est-ce que tu as essayé les lichens ? Oui, j'ai essayé. Je pense que oui.
- Charlène Poret
Ben oui. Surtout que c'est pareil, on en a quand même un peu à portée de main. J'habite en Normandie, dans une région pas mal humide. Il se trouve qu'il y a quelques années, il y a eu un colloque sur les lichens à la maison du parc régional Normandie-Mennes, qui est à 12 kilomètres de chez moi. Et il se trouve qu'on a eu même une école de lichénologie dans l'Orne. Donc je connais la personne qui a mis ça en place. Moi, je ne suis pas encore à l'école parce que... Parce qu'en fait, j'ai déjà la botanique, j'ai déjà la mycologie et je ne peux pas tout de suite ajouter la lichénologie. Après, quand vraiment j'ai un lichène que je veux travailler, en général, je lui montre et je lui fais identifier. C'est carrément plus simple. Et en plus, m'intéresser à la lichénologie, ce ne serait pas tant pertinent parce qu'en fait, il n'y a qu'une dizaine ou une quinzaine de lichènes sur les milliers. qui existent, tout autre monde, avec une complexité. Je pense que là, on atteint un peu les summums en termes de complexité. Donc voilà, je fais simple. Quand je cherche à identifier un lichen, je suis quelque sorte avec eux, mais quand je cherche vraiment à travailler un lichen, je le cueille, je lui fais identifier et après, je le travaille. Là, pour le moment, les lichens, je travaille principalement par famille. Je ne cherche pas à les identifier réellement. un par un parce qu'en fait un jour ce sera intéressant de prendre l'hélicène un par un et de voir s'il y a vraiment des différences dans chaque famille mais pour le moment moi je fais vraiment par famille et je en plus il y en a beaucoup qui sont protégés quand même sur le territoire notamment le limonère je sais qu'on n'a pas le droit de le cueillir donc moi j'ai eu l'occasion de le travailler une fois parce que des amis m'en avaient ramassé parce qu'il était tombé par terre et voilà Alors... Peut-être qu'il n'aurait pas fallu le ramasser, puisque je sais que le lichen peut se plaire aussi. Mais voilà, il se trouve que j'ai été détentrice d'un lichen pulmonaire que je me suis permise de l'expérimenter une fois. Mais voilà, c'est le genre de choses que je ne vais pas m'amuser à refaire plusieurs fois.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Ce que j'allais dire, justement, c'est que quand on a parlé lichen, je pense que c'était avec Marie Marquet et Dominique Cardon, justement, comme tu dis, c'est vraiment poussé à l'extrême. et en plus les gens Les lichens, comme tu dis, sont souvent protégés, rares. Et en fait, même par rapport aux quantités que tu peux collecter, déjà, tu es souvent dans des espèces protégées. Et en plus, vu les quantités que tu obtiens, ça n'aurait pas d'intérêt, sauf peut-être toi qui vraiment as un peu de fil, par exemple. Mais voilà, c'est vraiment poussé à l'extrême, comme on disait toutes les deux. C'est ça. Et après,
- Charlène Poret
ça a été pertinent, le lichen, dans des régions où il y en avait vraiment en très grosse quantité. Par exemple, en Laponie, où on avait le lichen des reines, la cladonie qui poussait en abondance. Là, c'était pertinent. Je sais que les Inuits, je crois, au Canada ont énormément travaillé avec des lichens, mais parce que c'était une des matières qu'ils avaient à portée de main et j'imagine qu'ils n'avaient pas une grosse quantité de plantes. mais voilà effectivement en France c'est chouette à expérimenter ponctuellement pour des projets où on est sur du fil à broder alors pourquoi du fil parce qu'en fait par rapport au tissu on est sur des poids tout de suite qui vont être beaucoup plus fins et donc pour du fil on reste dans un truc qui peut être pertinent pour un projet ponctuel mais effectivement aller cueillir du lichen pour faire de la teinture à façon il n'y a aucun intérêt ça c'est clair mais voilà quand on Merci. Moi, dans mon idée de registre de matière colorante normande, c'était évident que j'allais expérimenter à un moment ou à un autre.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Et alors, autre question, et après j'arrête de t'embêter, mais les algues, est-ce que tu as testé les algues ?
- Charlène Poret
Non, alors j'avais échangé un peu avec Michel sur le sujet. Alors les algues, déjà moi j'habite dans le seul département normand qui n'a pas la mer, donc déjà aucun intérêt, aucune...
- ArtEcoVert Pauline Leroux
pas de bol
- Charlène Poret
Je suis à une heure et demie minimum de la mer, donc voilà, pas de peau. Et en plus, pour avoir échangé avec Michel, ce que lui m'avait dit, c'était qu'en fait, pour le moment, les colorants des algues, on n'avait pas du tout réussi à les capter et à les utiliser. Et en fait, la partie du lichen qu'on doit utiliser est sans doute la partie plus champignon qui se travaille quand même beaucoup plus facilement. Mais je sais que pour le moment, les algues, moi, de ce que j'ai pu voir, on n'a pas encore réussi à travailler avec.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Moi, j'ai vu quelques choses tourner. Je pense que c'était notamment Color Ton Monde, il me semble, qui avait fait des essais sur les algues. On avait la Posidonie, j'ai vu des trucs tourner aussi. Mais pareil, s'il y a des gens qui sont familiers avec les algues et qui ont essayé la teinture, on en parle ici avec grand plaisir. Mais voilà, c'était une question parce que tu es en Normandie. normalement il y a la mer, mais je suis tombée à côté.
- Charlène Poret
C'est ça. Mais après, voilà, moi je sais que je ne travaille pas du tout avec des extractions, par exemple, notamment comme peut faire Greening. Alors peut-être qu'il y a des champignons, ou peut-être qu'il y a des algues qui pourraient être pertinents à travailler en extraction, parce que là on va chercher vraiment la matière jusqu'au bout, qu'on en récolte plus en quantité dans la matière. Enfin, j'ai conscience que moi mon travail n'est pas optimum, je n'optimise pas la plante à fond. Mais ce n'est pas ce que je cherche. Et puis, par rapport aux quantités que je travaille, ce n'est pas pertinent. Il n'y a pas d'utilité non plus. Par contre, le travail des extraits, pour pouvoir travailler des plus grosses quantités, me semble complètement pertinent. Et c'est tout à fait logique. Après, je ne travaille pas du tout à la même échelle. Mais peut-être qu'un jour, on trouvera que le polypore des teinturiers, il est intéressant à faire des extractions. Ça vaudrait le coup. Peut-être même que je pourrais en envoyer à Greening pour qu'ils fassent des premiers essais.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Tu vois, moi, mon premier retour comme ça, je sais que la couleur vachement recherchée en naturel, c'est le rouge. Si tu as des champignons qui donnent du rouge, qu'en plus ils sont, comment on va dire, fortement présents. qu'on n'est pas sur une espèce protégée, qu'on ne va pas tout ravager, qu'on va faire avec mesure, les travailler en extrait, ce serait encore plus pertinent parce que tu puisses au max, tu ne laisses rien de la matière. Il n'y a pas de gâchis, entre guillemets. Mais encore une fois, est-ce que les gens sont raisonnables ? Est-ce que les gens sont mesurés ? Et ça, on n'a pas la priorité. Là,
- Charlène Poret
pour les rouges, on n'est pas sur des champignons qu'on trouve en grosse quantité. En plus, c'est ceux qui vont plutôt être... toxiques, donc pour le moment, ce n'est pas du tout pertinent. Oui,
- ArtEcoVert Pauline Leroux
ce n'est pas du tout pertinent. Mais en tout cas, ça intéresse pas à creuser, il faudrait poser la question.
- Charlène Poret
Pour certains polyports qu'on a en grosse quantité, qu'on peut faire sécher facilement aussi, parce que l'une des grosses difficultés aussi du champignon, c'est qu'il se sèche pas très bien. Même si on déshydrate, bon, il ne ressemble plus à grand-chose, parce que le champignon est constitué de, je ne sais plus, 80 ou 90% d'eau.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
C'était énorme.
- Charlène Poret
Oui, c'est ça, c'est très gros. Une fois sec, il est tout petit, il est tout ratatiné. Pour réussir à le réhydrater, ce n'est pas forcément évident. Il n'y a pas beaucoup de champignons qui sèchent. Ma période de travail de recherche, c'est vraiment octobre. Octobre, je suis quasiment tous les jours, sauf les jours où la cueillette n'est pas autorisée. D'ailleurs, ce qui est très drôle, c'est qu'en forêt, la cueillette n'est pas vraiment autorisée, elle est tolérée. Et on a des jours d'interdiction pour que les champignons puissent se régénérer. Et qu'ils vont être différents en fonction des forêts. Donc attention à vous si vous allez explorer. Mais voilà, il y aurait des choses intéressantes à creuser, mais ça ne sert à rien de partir tout chousse et de vouloir chercher à tout travailler partout. Soyons raisonnables.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
C'est ça, soyons raisonnables et mesurés.
- Charlène Poret
Et mesurée,
- ArtEcoVert Pauline Leroux
complètement,
- Charlène Poret
c'est ça.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Bon, donc top. Charlène, merci de nous avoir partagé ce pan encore de tes compétences, j'ai envie de dire. Donc, allez regarder sur le site et sur l'Insta de Charlène, parce que franchement, les photos que tu m'as envoyées, je trouvais ça génial. Et puis, j'aime bien l'idée de, comme tu disais, de faire un inventaire, de regarder ce qui se passe. Je trouve ça vraiment chouette. Alors, on a parlé dentelle, broderie. On a parlé champignons, on a parlé couleurs végétales, et ce qu'on se fait... Quelques minutes sur les fibres naturelles, parce que pendant la quinzaine de l'agriculture trinctoriale, donc l'édition, donc la quatrième édition, qu'on vient de terminer, je t'ai encore découvert un talent et une connaissance sur les fibres naturelles, je me suis dit, waouh ! Du coup, l'idée qu'on a eue pendant cette quinzaine, c'est de rapprocher davantage les faiseurs de fibres naturelles, qu'elles soient celluloses, qu'elles soient végétales, on va faire simple, végétales ou animales. Côté animal, les éleveurs, la soie, l'alpaga, on a eu l'angora. Et côté végétal, je vais y arriver, on a incité fortement l'un chanvre et on a Florent Valentin qui est venu nous faire une super présentation sur les fibres végétales, ce qu'on pouvait trouver. On a eu aussi la contribution d'Henri Joseph de Guadeloupe et de Nathalie Le Turc des Canaries pour nous parler des fibres un peu plus exotiques. Franchement, c'était hyper passionnant. Il y a eu un engouement sur cette journée de la quinzaine. Donc, je sais d'emblée que ça fera partie intégrante au moins une journée sur les fibres naturelles. Surtout qu'en France, on n'est pas sans rien avec le chanvre, le lin et la laine. Est-ce que tu peux nous raconter un petit peu, toi, les fibres naturelles que tu travailles, les choses que tu as testées et nous faire un petit retour là-dessus sur ce qui, toi, t'intéresse sur ce sujet-là ?
- Charlène Poret
Alors, effectivement, en fait, moi, je fais pas mal de conférences et des interventions au milieu scolaire. Et notamment, j'ai fait plusieurs années des ateliers avec des PTSGPN, donc gestion et protection de l'environnement. Et l'idée, c'était d'aller découvrir les plantes sauvages qu'on avait sur le secteur pour les travailler en teinture. Et on s'amusait à les expérimenter sur plein de fibres différentes. pour qu'on puisse voir, parce qu'on sait que la couleur ne prend pas pareil sur fibre animale ou fibre végétale, et c'est vraiment intéressant. Donc moi, dans mon travail de production, je travaille quasi exclusivement que le lin, parce que, une fois de plus, je valorise les traditions normandes, donc forcément le lin, le chanvre un petit peu, sauf que moi je cherche des matières biologiques, ça devient de plus en plus rare, et le chanvre, je n'en avais jamais trouvé en bio. Mais j'en travaille un petit peu quand même. Donc moi, je suis plutôt vraiment spécialisée sur les grandes quantités, sur les grands métrages. Je travaille principalement fibre végétale. Il se trouve qu'on a la chance aussi d'avoir de la laine à portée de main, mais que moi, je ne peux pas beaucoup travailler dans mon travail parce que c'est plutôt pour du tissage ou pour du tricot, puisque la laine est plus grosse. Mais on a notamment Anna Wanger qui est près de Flair. qui récolte de la laine sur des élevages normands, qui l'envoie en nettoyage et filature, et qui fait la teinture derrière. Donc j'ai accès à une laine aussi locale, 100% normande, c'est plutôt chouette. Donc j'ai expérimenté la laine, j'ai expérimenté la soie par le biais de fils à broder, et je me suis amusée une fois, en stage avec des PTS, on a voulu aussi teindre du capoc. Et en fait, il se trouve qu'il y a des matières naturelles qui sont naturellement imperméables. Et le capoc en fait partie. Donc déjà, le capoc, ça flambe en général. Je fais vraiment le test du feu pour qu'on arrive à voir si c'est une fibre animale ou végétale, voire même synthétique. Parce qu'à la façon de brûler et à l'odeur, on va pouvoir reconnaître la fibre. Même si dans les fibres animales, on ne saura pas dire si c'est de la laine ou de la soie. Ou dans les fibres végétales, on ne sait pas. On ne peut pas identifier un coton d'un lin. mais en tout cas voilà comprendre déjà comment est-ce qu'on définit si notre fibre elle est animale végétal ou synthétique c'est hyper important pour la teinture naturelle puisque ça va définir tout notre mode de travail c'est ça tout le monde en fait ça flambe la première fois j'ai failli foutre le feu au labo de chimie parce que c'est parti en flambée donc ça c'est donc ça prend feu très vite et surtout... quand on a voulu le teindre j'arrivais déjà pas à l'humidifier tellement c'est imperméable alors après je m'étais posé la question est-ce que c'est parce que j'ai acheté du capoc qui était pour le bourrage et du coup il a été imperméabilisé mais je pense que déjà naturellement il l'est aussi donc ça c'était une expérimentation que j'avais faite et après alors il y a beaucoup de fibres que j'ai pas expérimenté mais effectivement le... avoir un répertoire, un registre de toutes les matières existantes sur la planète, moi ça m'intéresse notamment pour mes conférences de pouvoir expliquer que en fait en fonction des régions, on utilise toujours les matières locales et qu'on ne cultive pas forcément du lin ou du chanvre partout sur la planète parce qu'il y a des régions où ça va être moins propice, où il va faire trop chaud, où il va faire pas assez humide, enfin voilà. Il faut savoir qu'on a quand même d'autres matières qui peuvent être travaillées. À toute échelle, bien entendu, mesurées, puisque quand on va travailler le bananier, par exemple, l'idée, ce n'est pas d'aller dévaster les forêts de bananier non plus. Soyons raisonnables, même si j'ai conscience qu'on est dans un monde qui ne sait plus vraiment ce que ça veut dire. Mais voilà. En fait, il existe plein de choses. Je m'étais amusée à trouver aussi de la fibre de YAC pour montrer aux élèves les différentes fibres. J'ai des échantillons, j'ai de la fibre de chac, j'ai du chameau, j'ai quelques bios synthétiques aussi, parce que je dois avoir de la fibre de rose, et puis je dois avoir un truc à la... à l'amidon de maïs ou un truc comme ça.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Oui, c'est très tendance dans les biomatériaux, tout ce qui est à base de maïs, de betterave, tout ça, on va regarder toutes ces fibres-là, toutes ces nouvelles fibres, on va les explorer aussi.
- Charlène Poret
Quand on parle de pédagogie, c'est hyper intéressant de pouvoir montrer que oui, dans notre quotidien, on travaille ça et on le travaille en grosse quantité parce que c'est facile à reproduire, mais à petite échelle, l'artisanat peut aussi travailler d'autres matières. et moi en termes de... j'aime bien ouvrir les esprits et montrer que le monde il est pas du tout binaire c'est pas blanc ou noir c'est multicolore en fait et ça c'est hyper intéressant aussi parce que ça ouvre les écoutilles et ça
- ArtEcoVert Pauline Leroux
permet de comprendre que le monde il est peut-être un peu plus sophistiqué que ce qu'on veut bien nous faire croire en fait c'est génial ce que tu dis parce que c'est exactement le but d'avoir fait une quinzaine de sectoriales ouverte aux fibres. C'est aussi le but de, tu sais, le petit guide que j'ai travaillé pour la communauté à vie, avec répertorier toutes les fibres végétales, toutes les fibres animales, avec leur degré de prise à la teinture et les remarques des invités. Parce que tu vois là, avec tous les invités qui sont passés sur les fibres, etc., on a des retours, on nous a parlé de teinture, et en fait, c'est de venir faire tous ces retours recettes sur ce fichier qu'on est, un endroit où tout est mis. Et donc, du coup, toutes les fibres naturelles en favorisant comme on l'a dit, celles qui poussent chez nous au local, donc lin, chambre et laine. On a parlé aussi que certaines fibres avaient déjà des couleurs, genre l'alpaga ou la laine qui a déjà des couleurs, donc il faut encore composer. On a parlé de certaines pailles qui avaient déjà une couleur, donc d'atteindre un bleu alors qu'on part d'un jaune pour une paille de seigle, par exemple comme Stéphanie Trollé, notre marquaitrice de paille. Tout ça, c'est des retours d'expérience, c'est des choses qu'il faut qu'on mette en commun. Et donc, je suis hyper contente que tu le dises parce qu'il y a plein de films qui ont été mentionnés. Et en fait, on se rend compte que aussi par région, on a nos fibres. Alors moi, on m'a fait découvrir qu'il y avait un acteur sur l'ortie dans les Hauts-de-France. Donc pareil, je vais découvrir un peu ce qu'il fait, comment ça prend, etc. Mais je trouve que de centraliser, c'est intéressant pour que chacun puisse se dire « Ah bah tiens, ça, ça existe. » Et si, comme tu dis, on a envie d'expérimenter, c'est possible. ça c'est chouette Donc, continuons. Et pareil, continuons vers les... Je ne sais pas comment elles s'appellent, du coup, ces fibres nouvelles, mais vers ces biomatériaux, fibres, nouvelles fibres, etc. Issues du vivant, prioritairement, clairement. Mais on va aller regarder aussi ça. Et c'est l'objectif de 2026, c'est d'aller voir aussi ce qui pourrait être intéressant d'explorer, juste par curiosité aussi. Donc, top, on n'en a pas fini avec les fibres, en tout cas. Et oui, et tu te souviens la fibre de genet que nous a présentée Patrick Brenac ? Mais tellement géniale, quoi ! Oui,
- Charlène Poret
mais il y a sûrement plein de matières qu'on a utilisées à des époques de pénurie ou autre, qui ont forcément servi. Nous, le genet à balais, on l'a utilisé pour faire des balais, on l'a sûrement utilisé pour faire plein d'autres choses. Moi qui suis fascinée par l'histoire, par l'archéologie et par... Moi, ce qui m'intéresse, c'est la technique, c'est savoir comment, à partir de la nature ou à partir de pas grand-chose, on peut réussir à fabriquer des outils ou à fabriquer un objet utilitaire. Et c'est vraiment ça qui me fascine. Et je trouve que la technologie, je ne vais pas cracher dessus, elle est utile dans certains moments, mais vouloir tout transformer par la mécanique, par la technologie, on a perdu un certain... un certain nombre de connaissances, de compétences, quand je vois, je trouve qu'il n'a rien à voir, mais ce que les celtes étaient capables de faire en construction, sans avoir de bulldozers, sans avoir de grosses machines, ou même les égyptiens, qui ont réussi à monter les pyramides. On a perdu des connaissances techniques incommensurables et qu'on ne retrouvera peut-être jamais, ou alors qu'on mettra des siècles et des siècles à retrouver. On voit bien déjà avec la chute de l'Antiquité, on a perdu des savoir-faire, il y a des modes de tissage qu'on n'a encore jamais pu réussir à reproduire. Donc voilà, c'est fascinant.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Donc tu vois, Moëlle, c'est vraiment ces deux... ces deux mondes qui aussi se rencontrent à Récovert et le projet, c'est autant préserver les savoir-faire, les techniques, les acteurs, les artisans, et regarder aussi ce qui se passe sur le futur, la biotechnologie, la mécanisation, la montée en échelle, etc. Parce que pour moi, l'un ne va pas sans l'autre et des fois, la technologie aide à venir donner de la lumière sur de l'artisanat, même si ça ne semble pas cohérent comme ça, dit comme ça, mais si, et généralement, les deux, quand elles arrivent à bien se parler, s'entraident, mais comme tu dis, il faut déjà préserver ce qui existe, préserver ses savoir-faire, et c'est pour ça que j'étais hyper contente que tu viennes nous parler, parce qu'on a quand même eu la chance d'avoir une des 20 personnes qui m'ont tenu le poids d'un leçon que je serais bien incapable de faire, et déjà travailler ce fil et cette finesse, c'est incroyable. Donc franchement, Charlène, vraiment merci, je suis ravie que tu sois venue sur le podcast. J'ai une question Est-ce qu'on a oublié d'aborder un sujet qui était important pour toi avant qu'on ne se quitte ? Dis-moi si on a oublié quelque chose.
- Charlène Poret
Non, je pense qu'on a exploré beaucoup de choses. On a bien compris que j'étais là. Enfin, moi, que j'étais vraiment sur le volet préservation. Et je laisse le champ libre aux autres pour toute la partie création nouvelle. Et industrialisation, ou en tout cas mécanisation pour de l'échelle plus importante. Mais non, merci à toi pour l'invitation, puisque je ne me sentais pas trop légitime pour faire un podcast avec toi. Je me disais, moi j'ai quelques connaissances, mais en teinture naturelle, pas tant. Et puis, ce n'est pas que mon cœur de métier. Mais finalement, il y avait plein de choses à dire aussi. Oui,
- ArtEcoVert Pauline Leroux
car je te l'ai dit. C'est génial.
- Charlène Poret
J'espère que ça plaira aussi aux auditeurs.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Non, c'est carrément. Et donc, je rappelle ton article, franchement, hyper précis sur le point d'Alençon, donc dans le magazine 3. Donc, l'intervention fibre naturelle, donc les deux jours sur la quinzaine de l'agriculture où tu es intervenue souvent. Quels sont tes projets, Charlène, pour la suite, si on peut voir un peu, voilà, demain, vers quoi tu t'orientes ? Qu'est-ce que tu as envie d'explorer ?
- Charlène Poret
Alors là, la partie teinture, elle est justement en pleine évolution pour une partie production qui pourrait potentiellement rapporter un peu d'argent à mon activité, parce que la partie recherche, c'est bien mignon, mais pour le moment, ça ne finance pas. Je suis ouverte à tout musée, d'ailleurs, qui accueillerait une exposition chez lui et qui aurait une petite partie rémunération pour accueillir l'exposition, ça serait top. mais du coup la partie de production est en train d'évoluer vers de la création de décors et donc là je vais attaquer une nouvelle formation pour reprendre un petit peu le dessin parce que c'est un peu une partie qui bloque chez moi j'ai compris que je pouvais faire de belles copies mais j'arrive pas encore à créer mes propres motifs donc là j'attaque une formation pour produire des collections de motifs et l'idée ça va être vraiment de partir sur du décor, de la pièce unique des collections sur mesure pour associer la teinture, la broderie, et faire des décors, peut-être même d'autres techniques, puisque moi, ce qui me fascine, c'est les savoir-faire. Donc, j'ai pratiqué un petit peu la dentelle au fuseau, j'ai pratiqué la frivolité, le crochet, plein d'autres techniques, puisque je suis un peu toquée, donc j'aime bien apprendre et comprendre. Mais voilà, l'idée, ça va être d'essayer d'orienter un petit peu dans ce sens-là, et de pouvoir... Je crois que mon objectif à moi, c'est vraiment d'ajouter de la lumière du soleil dans le quotidien des gens. Je trouve que l'art et l'artisanat servent vraiment à ça. Et c'est de plus en plus pertinent dans le monde dans lequel on est en train d'évoluer, je trouve. Donc voilà, peut-être qu'un jour j'arriverai à venir ajouter de la couleur dans les intérieurs des personnes.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Génial. Trop hâte de suivre aussi cette aventure. Trop hâte de poursuivre sur les champignons. On se suit. De toute façon, on est liés à vie maintenant avec Arécovert à vie. C'est génial. Franchement, Charlène, je te remercie parce que je sais que des fois, vous êtes impressionnée ou quoi, mais Arécovert, c'est hyper accessible. Vraiment, le but d'Arécovert, c'est justement de donner la... la parole à plein de gens. Je suis hyper contente que tu aies accepté parce que j'ai appris encore plein de trucs. Et j'avoue, moi, la dentelle, la broderie, tout ça, c'est pas ma formation principale. Donc, d'apprendre comme ça avec toi et de comprendre, merci parce que c'est une mini masterclass en privé et je sais très bien que ça va régaler les auditeurs. Donc, super. Et donc, on mettra aussi la vidéo vu que tu as montré des choses et ils iront voir aussi sur ton compte. Top. Écoute, Charlène, je te... remercie encore une fois et je te dis à bientôt puisque je sais qu'on ne se lâche pas et qu'on va se voir prochainement.
- Charlène Poret
Merci à toi et puis ouais à bientôt pour de nouvelles expérimentations et aventures
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Merci Charlène
- Charlène Poret
Prends soin de toi
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Je vous invite à me rejoindre sur ma page Instagram Arecovert pour y découvrir le nom des prochains invités Je me permets de vous rappeler que la seule manière de soutenir ce podcast et de le noter et le commenter sur la plateforme d'écoute de votre choix, c'est ainsi qu'on arrivera à faire porter la voix de ces passionnés de la couleur végétale. Merci à tous ! Merci.
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