- ArtEcoVert Pauline Leroux
Bonjour et bienvenue dans le podcast ArtEcoVert, le podcast de celles et ceux qui veulent comprendre, structurer et déployer la couleur végétale et du vivant dans le monde réel. Je suis Pauline Leroux, ingénieure agronome passionnée de plantes et depuis trois ans, chaque jeudi, je reçois celles et ceux qui font la couleur du vivant. On part de la graine à la couleur finale. On parle plantes et autres sources tanctoriales, usages concrets, filières, santé, environnement, innovation et biotechnologie. Du textile à la cosmétique, de l'artisanat à l'industrie, du design aux fibres naturelles, une seule approche, relier la couleur du vivant aux usages réels. L'objectif est clair, fédérer et démocratiser la couleur végétale et recréer une souveraineté de la couleur du vivant chez nous. Belle écoute ! Bonjour à tous, je suis ravie d'accueillir sur le podcast Marie Foyer. Bonjour Marie.
- Marie Foyer
Bonjour Pauline.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Avec Marie, on va enfin parler plus de la soie sur le podcast Aréco Vert. Je suis vraiment ravie, Marie. Comme je vous ai dit quand on a préparé l'épisode, j'ai cherché longtemps à trouver des gens qui pouvaient me parler en profondeur de la soie et j'ai été vraiment hyper contente de notre échange au téléphone. On commence très bien l'année 2026 en parlant de la soie avec vous. Merci. Et la première question que j'aimerais vous poser, c'est pour reposer un contexte pour les auditeurs qui nous écoutent. Est-ce que vous pouvez vous présenter ? Racontez votre parcours, ce qui vous a fait arriver, cheminer vers la soie, vos voyages, vos découvertes, etc. Qu'on en apprenne un peu plus sur vous avant de rentrer dans le détail.
- Marie Foyer
Alors, en deux mots, ça va être difficile. Je suis arrivée à la soie... Pas par hasard, pas complètement par hasard, mais un petit peu quand même, parce qu'au départ c'est une matière qui ne me séduisait pas. Donc moi je suis née dans une ville textile, à l'époque il y avait encore des petits ateliers familiaux, donc j'ai vraiment été bercée dans cette ambiance-là. Ma famille n'était pas dans le textile, mais tout alentour il y avait des ateliers de tissage, etc. Et j'ai des souvenirs moi dans ces ateliers-là. Et ça m'a marquée sans que je me rende compte vraiment. Et cette imprégnation, elle est ressortie un peu plus tard, quand j'avais une vingtaine d'années. Donc, j'étais mariée. Ma formation de libraire était un peu inutile là où j'étais puisque je n'avais pas de librairie dans un environnement immédiat. Et donc, j'ai commencé à faire une étude sur les fibres textiles et leur transformation. J'ai commencé par le plus facile, avoir un mouton, transformer sa laine, teindre. C'est là que j'ai commencé à faire de la teinture végétale, etc. Et puis, j'ai essayé toutes les fibres animales possibles. Fibre végétale, j'ai eu un petit peu plus de mal parce que ça me parle moins, mais j'ai quand même cultivé un petit peu de coton. J'ai eu un peu de coton dans le jardin, du lin, du chanvre, etc. Et j'avais gardé la soie pour la fin de cette étude parce que je ne connaissais pas la soie. Je connaissais les soies chinoises comme tout le monde, l'épongée, des choses comme ça. Ou alors les soirées lyonnaises mais que je trouvais un peu trop sophistiquées pour mon goût. Et finalement ce n'était pas plus mal parce que cette étude m'a pris une dizaine d'années à peu près. Donc j'allais de la fibre au produit fini. Et ça tombait dans les moments où, dans les Cévennes, il y avait une première relance de la soie, de la sériciculture, avec la réouverture d'une filature à monoblais. Et donc, dans ce cadre-là, il y avait besoin de cocon. Donc, il y avait des formations qui étaient données pour apprendre à élever les vers à soie et pouvoir rentrer un petit peu dans cette sphère-là. Donc, je me suis inscrite à une des formations. Et là, coup de foudre total ! J'ai découvert vraiment d'autres aspects de la soie et du coup, je n'ai plus fait que ça. Je suis restée d'abord... La formation a duré une dizaine de jours, je suis restée trois semaines. Et quand je suis rentrée chez moi... Alors j'avais déjà un petit peu anticipé puisque j'étais revenue en Anjou. Et en Anjou, il y a eu de la soie autrefois, on l'avait complètement oubliée pour des raisons que je pourrais... expliqué tout à l'heure et j'avais déjà commencé à répertorier les anciens muriers. Donc je savais que j'avais de la feuille de murier à disposition et je suis revenu avec des graines de verre à soie, ce qu'on appelle graines de verre à soie c'est des oeufs, des papillons et quelques plants de murier à mettre dans le jardin. Et là, l'aventure a commencé et n'a plus jamais cessé.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Vous dites déjà plein de trucs hyper intéressants, Marie, sur lesquels je voudrais revenir. Cette formation, déjà, qui la donnait ? Qui proposait cette formation ?
- Marie Foyer
Alors, je ne sais pas par quel organisme c'était pris en charge. Peut-être déjà le CIVAM du Gard, c'est possible. Je ne peux pas affirmer avec certitude à l'époque. La formation était donnée par... Alors, c'était une association, je ne sais plus comment elle s'appelait, qui était en lien avec tout le groupe qui relançait la filature.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord, ok. Alors, est-ce que l'étude que vous avez faite pendant dix ans sur les fibres textiles et leur transformation, elle est disponible quelque part ? Est-ce qu'elle est sortie dans un livre ? Non. C'est dommage.
- Marie Foyer
Ben ouais, je me suis même séparée des choses que j'avais faites. J'avais fait des pulls, j'ai plus rien. Je ne suis pas conservatrice, moi, du tout.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Ce que je veux dire, Marie, c'est que là, moi qui reprends depuis trois ans les sujets de la couleur végétale hyper connectés avec les fibres, ce sont des questions qu'on a tout le temps. C'est des demandes des artisanes, des acteurs de la couleur végétale de mieux comprendre les fibres, mieux comprendre leur préparation, leur origine, comment elles travaillent, etc. Et je me dis que le nom de votre étude études textiles, leur transformation,
- Marie Foyer
je me dis c'est clairement ce qu'il nous faudrait là aujourd'hui revoir un petit peu toutes les bases vous n'avez plus rien et vous n'avez pas écrit de choses non j'ai commencé à écrire des choses et encore pas grand chose quand je me suis mise à la soie donc
- ArtEcoVert Pauline Leroux
ça il ne faut absolument pas le perdre est-ce que vous pouvez m'expliquer pourquoi c'était plus compliqué d'aller vers la fibre végétale Est-ce que c'était par rapport à la culture ? Est-ce que c'était par rapport à la préparation pour la teinture ou une appétence tout simplement ?
- Marie Foyer
Alors oui, en priorité c'est ça. Moi ça me parle moins. Je trouvais ça plus difficile effectivement. La préparation des fibres est plus compliquée, la teinture est plus compliquée et je trouve que les résultats sont plus immédiats sur une fibre animale. Et puis plus... Au niveau de la teinture, c'est plus chatoyant aussi.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Ça rend mieux.
- Marie Foyer
Surtout sur la soie.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Apparemment, de tout ce que j'entends dans les épisodes de podcast, c'est vraiment la soie qui prend le mieux si on peut dire ça comme ça, la couleur végétale qui renvoie une couleur flamboyante, etc. Donc ok, on est raccord. Vous avez dit aussi que les soirées lyonnaises vous les trouviez trop sophistiquées. Est-ce que vous pouvez m'expliquer ? Du coup, moi, j'ai une toute petite connaissance de la soie. Et l'objectif aussi de ce podcast, c'est qu'on reparle des différents types de soies, etc. Donc on va rentrer dans tous les détails. Mais pourquoi cette soirée lyonnaise, elle vous paraissait sophistiquée ? Qu'est-ce que vous entendez derrière ?
- Marie Foyer
C'est par rapport au tissage. Quand je disais soirée lyonnaise, c'était des soirées anciennes que j'avais en tête. Et je trouvais le tissage pour moi trop compliqué. J'aime les choses simples. Moi je trouve que plus la matière est, enfin je veux dire moins la matière est travaillée, entre guillemets, parce qu'il faut quand même la travailler un peu, plus le résultat peut être sobre et joli quoi, et beau, beau carrément.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Alors donc du coup après cette étude, donc la formation 10 ans sur les fibres, qu'est-ce que vous avez encore fait ? C'est quoi la suite du parcours ?
- Marie Foyer
par rapport à la soie, je n'allais plus faire que ça. Donc il fallait pouvoir en vivre. Donc mon idée à l'époque, moi je faisais beaucoup de tissage et mon idée de départ c'était faire une quantité donnée d'élevage de verre à soie pour avoir des cocons et porter ces cocons à la filature qui était dans les Cévennes et puis récupérer du fil pour pouvoir tisser toute l'année. Mais en fait ça s'est Pas du tout passé comme ça parce que dans la région où j'étais, ça a commencé à se savoir que j'avais des vers à soie. J'étais très sollicité pour faire visiter mes élevages. C'est pas trop cet aspect-là qui m'intéressait mais en fait je me suis aperçu que c'était pour moi le meilleur moyen quand même d'en vivre. Parce qu'il fallait aussi avoir toujours sa présence à l'esprit. Bon et du coup je me suis un petit peu organisé pour faire une manianerie. touristico-pédagogique, on va dire. Pendant plusieurs années, j'ai exploité ça. J'ai créé deux endroits en fait. Il y a une première fois, mais ce n'était pas dans un endroit suffisamment adapté pour recevoir du tourisme. Et donc, je passe sur différents problèmes personnels en même temps qui viennent toujours compliquer le déroulement de la vie. Ça ne se passe jamais comme on veut. Voilà ! pour finalement recréer une deuxième manianerie, la manianerie du Coudray ça s'appelait, en 91 je crois, si j'ai bonne mémoire. Et là, je me suis aperçue d'une chose, c'est que quand on est dans le tourisme, quel que soit le sujet du tourisme, c'est le tourisme qui domine. Et moi ça m'a éloignée un petit peu de... Mon but, ce que je voulais c'était produire de la soie. Et déjà, le tourisme et manianderie, je veux dire, ce n'est pas tellement compatible. Un élevage de vers à soie, il faut être très prudent sur les conditions d'hygiène, etc. Donc voilà, ça a un petit peu dénaturé mon projet initial, mais bon, de toute façon, il fallait que je vive, il fallait que je gagne ma vie. Finalement, ça n'a pas été si mal que ça, parce que moi, ça m'a permis de continuer à financer mes différents essais, mes différentes recherches.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Est-ce qu'on attaque direct sur l'élevage de soie vu qu'on est dessus ? Ou est-ce que vous voulez qu'on continue jusqu'au bout ?
- Marie Foyer
On peut parler des élevages parce que c'est un peu la suite quand même.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
C'est ce qui me semble. Alors là on repart vraiment de zéro. Où est-ce qu'on peut se procurer ces fameuses les graines, donc les oeufs de verre à soie. Vous, c'est dans la formation qu'ils vous l'ont donnée ? Comment ça a démarré en fait ?
- Marie Foyer
Alors, à l'époque, oui, c'est ça. C'est-à-dire que c'était la filature, l'association qui était en lien avec la filature, qui commandait toutes les graines au Japon directement. Donc on recevait des oeufs japonais parce que les japonais avaient des races hybrides qui étaient plus intéressantes par rapport à... à la qualité du cocon, la longueur de fibre, etc. C'était en lien aussi avec l'INRA. On avait à Lyon une branche de l'INRA qui s'occupait de la soie. On travaillait tous ensemble. Donc ça posait des fois quelques problèmes parce que je me souviens d'une année où il y avait eu une grève dans les aéroports et qu'un oeuf devait rasseoir. Quand l'incubation commence, rien ne peut l'arrêter. Donc les graines étaient bloquées à l'aéroport et quand on nous les a données, les vers étaient nés et la plupart étaient morts déjà dans les boîtes. Donc ça c'est un des problèmes un petit peu de ne pas être autonome. Mais on peut difficilement être autonome dans la production de nos graines parce que depuis Pasteur, on a séparé les élevages pour les cocons. Et les élevages pour la reproduction. Par rapport aux normes sanitaires, il y a toujours eu un petit peu de maladies et pour éviter la propagation de ces maladies. Et on n'a plus de graineurs en France, il y en a eu un petit peu. Il y avait encore un graineur à l'époque qui avait des races locales mais les cocons étaient moins riches, moins intéressants. Enfin, pas moins intéressants, mais par rapport à la productivité, les cocons étaient plus petits, la soie était un petit peu différente.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
On vient vraiment du début. On appelle ça des graines, mais c'est des œufs de verre à soie. Là, vous travaillez une variété hybride, donc déjà observée, sélectionnée pour un rendu top. Vous expliquez qu'il y a deux types d'élevage. Un pour les fameux cocons à soie, c'est l'étape d'après, et un pour refaire des œufs, pour que ça continue. Il y a combien de variétés ?
- Marie Foyer
Il y en a plein. Plein, parce qu'il y a des variétés qui sont adaptées aux pays et aux conditions climatiques. En fait, il y a trois grandes familles, on va dire, par rapport aux possibilités de génération dans une année. Donc, dans les pays tropicaux où il y a de la feuille toute l'année, on peut élever les verres à soie toute l'année. Et là, on a des races de verres à soie qui sont multivoltaïques. Ça veut dire que l'œuf pondu, il part tout de suite en incubation et les élevages se succèdent non-stop. Nous, en France, on avait des races, je parle du 15e, 16e siècle, des races qui étaient monovoltines. C'est-à-dire qu'on ne faisait qu'un seul élevage par an au printemps et l'œuf pondu ne pouvait éclore que l'année suivante. C'est vraiment adapté aux conditions climatiques. Et puis, il y a eu des hybrides où on a fait des bivoltins. Donc, on a pu travailler avec des bivoltins. On avait une première génération au printemps. L'œuf pendu pouvait repartir en incubation pour un élevage à l'automne.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord. OK. Et combien de temps ? Alors donc, c'est adapté au terroir, donc ça, top. Le verre à soie, il est lié au murier ?
- Marie Foyer
Oui, complètement. Le bombix du murier. On parle du bombix. Bombix du murier. C'est un prédateur du murier, à la base.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Mais du coup, il y en a d'autres qui sont dépendantes d'autres végétaux ?
- Marie Foyer
Ah ben oui, plein.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord, donc chaque espèce, en gros, est adaptée à un terroir et à une nourriture...
- Marie Foyer
Une plante haute, ce qu'on appelle. Mais il y en a aussi qui sont polyphages, qui bouffent tout. Ils en mangent tout, ils bouffent tout.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Ils sont moins... Ouais, voilà, ils sont plus gourmands. Voilà. Dans les vers à soie, on parle du bombix. Donc lui, il est lié au murier. Est-ce qu'il y en a d'autres connus qu'on travaille en France ?
- Marie Foyer
Alors en France aujourd'hui, déjà il n'y en a pas beaucoup qui travaillent le bombix. Moi j'ai fait une expérience sur le ver Ery. Le ver Ery c'est un ver qui est originaire de la Sam donc dans la partie complètement nord-est de l'Inde et c'est La chenille se nourrit principalement de riz sain.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord.
- Marie Foyer
Parce que "héri" ça viendrait du sanskrit qui voudrait dire, enfin "herinda", qui voudrait dire "rissin". D'accord. Entre guillemets hein, voilà. Mais ce ver là il est aussi polyphage, c'est-à-dire qu'il peut manger du manioc et il peut manger aussi de l'élante.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord.
- Marie Foyer
Verre polyvoltin, c'est-à-dire qu'il faut le lever toute l'année.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord, donc il a un boulot.
- Marie Foyer
Oui, et puis ce qui pose un problème chez nous, puisque nous on a l'hiver et qu'on n'a pas de nourriture disponible l'hiver. Alors moi j'étais venue à ce vers-là, je ne sais pas si c'est le bon moment pour en parler, parce que toujours dans mon idée de refaire de la soie, je me disais si on refait de la soie en France, il ne faut pas refaire ce que font déjà très bien les Chinois et... pour lesquels on ne sera jamais compétitif. Donc, du coup, ça m'a amené à étudier davantage les soies sauvages. Et la soie sauvage, c'est de la soie qui est produite justement par ces autres chenilles qui ne sont pas le bombique du murier. Le bombique du murier, il n'existe plus du tout à l'état sauvage. C'est une espèce domestiquée depuis combien ? 4 000 ans, 5 000 ans ? qui est incapable de survivre dans la nature aujourd'hui. Voilà, donc les soies sauvages, il y en a beaucoup d'espèces qui sont maintenant semi-domestiquées. Donc j'ai fait différentes tentatives pour voir quelle espèce dans les chenilles sauvages pouvait s'adapter chez nous. Et là où j'ai eu les meilleurs résultats, c'était avec le héry, donc sur du sein. en ayant mis à part le problème de l'hiver. Mais à ce moment-là, j'ai été soutenue par l'INRA et je pouvais avoir des graines du Japon. Donc je n'avais pas à me soucier des élevages d'hiver puisque c'était au Japon qu'on me renvoyait des œufs quand j'avais besoin.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord. Donc on a les œufs, ils éclosent au bout de combien de temps ? Est-ce qu'il faut les chauffer ? Est-ce que c'est comme un œuf de poule, on doit le couver ?
- Marie Foyer
Schématiquement, oui, on pourrait dire ça. C'est-à-dire que si on les couvre, entre guillemets, c'est ce qui se passait dans le temps par rapport au bonbix. Il paraît que les femmes mettaient des graines dans des petits sachets entre les seins à la température du corps. Donc l'œuf partait en incubation et au bout de 8-10 jours, les petits vers pouvaient éclore.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord.
- Marie Foyer
Bon, moi, je n'ai jamais fait ça. Vous ne le diriez pas à l'enfer, mais… Non, il suffit, en fait, la… La graine, on peut la conserver au frigidaire par exemple. Et à partir du moment où on va la sortir du frigidaire, l'incubation va commencer.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord, donc dès qu'il y a une température ambiante globalement.
- Marie Foyer
Voilà, le cycle naturel c'est ça. C'est-à-dire que dans les monovoltins, il fallait que ça passe par une phase de froid, l'hiver. Et après l'hiver, dès que la température remontait, et que ça correspondait avec le début de la pousse des feuilles de murier, les oeufs partaient en incubation et faisaient l'élevage.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord, donc en température ambiante ça met combien de temps ? Ça met autant de temps quand c'est joué ?
- Marie Foyer
Moi je compte 12 jours à peu près. Alors dans les élevages, quand on veut vraiment faire un élevage très rigoureux où là on a 25 000 ou 30 000 vers, ce qui est très important c'est que les éclosions se fassent toutes le même jour ou sur deux jours. Donc là effectivement on chauffe. On surveille de très près la température et l'humidité. Et on fait une première levée quand il y a une première éclosion, une deuxième levée. Il faut absolument avoir des lots qui soient très homogènes pour l'élevage puisque le ver à soie fait 4 mûs qui déterminent 5 âges. Quand les vers mûs, on ne les nourrit plus. Donc il faut vraiment que tous les vers soient standardisés, j'allais dire, et le même rythme. Parce que sinon, les élevages, c'est n'importe quoi, ce n'est pas possible.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Donc de ces œufs sort un ver ?
- Marie Foyer
Oui, d'un œuf sort un ver. C'est 2 millimètres.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
De 2 millimètres. Oui,
- Marie Foyer
à peu près.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
De 2 millimètres. Mon Dieu, c'est vraiment rikiki. Et là, du coup, il grandit combien de temps ?
- Marie Foyer
En moyenne, une trentaine de jours.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord. Et dans ces 30 jours, il fait ses 4 mûts ?
- Marie Foyer
Voilà.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord. Et à chaque fois qu'il fait une mue, sa mue grandit ?
- Marie Foyer
Voilà. C'est parce qu'il grossit énormément. Il multiplie son poids par 10 000 en un mois. Donc vous ramenez ça à l'échelle humaine, vous voyez ce que ça peut donner. Et donc une mue ça dure deux jours. Il s'endort, il ne bouge plus et du coup sa première peau craque et au réveil il va sortir de sa première peau.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord.
- Marie Foyer
Et il fait ça donc quatre fois de suite.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Et dès qu'il mue vous arrêtez de le nourrir ? Donc dès qu'il se met au repos ?
- Marie Foyer
Oui, oui. Ils sont tous immobiles la tête en l'air, ils dorment quoi. Donc là on n'y touche pas. C'est un moment où ils sont un peu fragiles, on n'y touche pas.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord. Est-ce qu'on fait quelque chose de cette première peau ? Elle sert à quelque chose ou pas du tout ?
- Marie Foyer
Non, non, non. Elle reste dans les déchets avec les feuilles.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord. Et donc pendant 30 jours, il fait ses quatre mûs. C'est ce que vous avez dit, il y a cinq âges du coup ?
- Marie Foyer
Oui, voilà.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Cinq âges, ça correspond. Le premier, c'est quand il est œuf, quand il est graine ?
- Marie Foyer
Voilà, c'est de la naissance à la première mue.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord.
- Marie Foyer
Deuxième âge, de la première mue à la deuxième, etc., ça va.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Et donc là, il grandit. Donc il a quelle taille à la fin ? Enfin à peu près ?
- Marie Foyer
La taille d'un petit doigt.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Ah ouais d'accord quand même ! D'un petit doigt. Ok. Et donc c'est à ce moment-là qu'est-ce qui se passe parce que partir du verre et arriver à un cocon, c'est quoi la suite ?
- Marie Foyer
Alors déjà, le plus caractéristique, c'est le dernier âge, c'est le cinquième âge. Puisque là, en 8 jours à peu près, 8-10 jours au maximum... Il va manger les trois quarts de sa nourriture totale. C'est la période la plus difficile dans les élevages parce que c'est non-stop, il faut ramasser la feuille, il faut leur donner à manger, il faut nettoyer, on n'arrête pas. Au bout de cette période-là, d'un seul coup, il va s'arrêter de manger et il va être très mobile alors que d'habitude, il ne bouge pas les verres à soie, ils sont sur leurs feuilles, il les mange et voilà. Et là il va commencer à être mobile un petit peu, il va chercher un endroit pour s'accrocher, pour pouvoir fabriquer son cocon. Donc c'est le moment où on met ce qu'on appelle les encabanages. Donc les encabanages autrefois c'était des bruyères la plupart du temps qu'on mettait. Maintenant il y a des encabanages en plastique, c'est moins poétique mais c'est plus pratique de différentes formes d'ailleurs. Le principal c'est qu'il y ait un espace délimité pour que le verre puisse s'accrocher. Il va jeter un ancrage dans cet espace-là, et puis en tournant sur lui-même en forme de huit, pendant deux jours, deux jours et demi, il va recracher toute sa réserve de soie. Cette réserve de soie est stockée dans deux glandes séricigènes qui se sont remplies au fur et à mesure qu'il mangeait. C'est une substance qui se trouve dans la feuille de murier, que seul le verre à soie peut transformer en soie par le biais de ces glandes-là. C'est incroyable ! Oui, oui, oui. Et donc, quand la glande à soie est pleine, il y a une hormone qui se déclenche, le verre cesse de manger et il régurgite sa soie pour faire le cocon et se transformer en chrysalide à l'intérieur.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord, donc le cocon, pour symboliser, il se refait une coquille toute fermée ? Voilà.
- Marie Foyer
D'un fil continu. Pour le bonbix, l'intérêt c'est ça. C'est un seul fil continu qui fait 1500 mètres en moyenne. Qui fait quelques microns, qui est extrêmement fin. D'accord.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Ok. Et donc là, qu'est-ce qui se passe ? Lui, qu'est-ce qui se passe pour lui quand il est dans le cocon ?
- Marie Foyer
Alors à l'intérieur du cocon, ça va être la métamorphose. Le verre va... Déjà quand il a vidé ses glandes à soie, il est complètement ratatiné. Il était grand comme le petit doigt, il fait 2 cm maximum. Et puis petit à petit, il se transforme en chrysalide. La chrysalide va se transformer en papillon. Le papillon va secréter une substance particulière pour dissoudre le grès. Le grès c'est la colle qui enrobe le fil de soie. Un fil de soie c'est séricine et fibroïne. Fibroïne c'est la soie, la séricine c'est la colle. Il tient le fil. Donc il faut dissoudre cette colle pour qu'il puisse écarter les fibres et sortir. Donc là, le papillon vit très peu de temps, juste le temps de l'accouplement, de la reproduction.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Et il refait des œufs ?
- Marie Foyer
Il refait des œufs, voilà. Il ne vole pas, il ne vole plus, c'est un papillon qui ne vole plus.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord, ok.
- Marie Foyer
C'est un animal de laboratoire aujourd'hui.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Oui, oui. Et du coup, l'intérêt pour les gens qui travaillent la soie, c'est qu'ils ne... crève pas, en tout cas qui ne désintègre pas son cocon. Ça coupe le fil du coup. Qui a tant d'intérêt.
- Marie Foyer
C'est pour ça qu'il y avait d'un côté les élevages aussi pour le cocon et de l'autre côté les élevages pour la reproduction parce que pour garder l'intégrité des cocons. Donc c'est là où aujourd'hui c'est remis en cause, etc.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Le bien-être animal, etc. Du coup, est-ce que dans les élevages pour les graines, donc pour les œufs, quand le cocon et le fil sont coupés, est-ce qu'on s'en sert quand même ? Est-ce qu'on peut faire quelque chose de ces cocons ? Oui, d'accord, ce n'est pas perdu.
- Marie Foyer
Ce n'est pas perdu, mais ça fait un autre type de soie.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Moins qualitatif vu que le fil n'est pas coupé.
- Marie Foyer
Différentes. Ce ne sont pas des qualités différentes, ce sont vraiment des fils différents.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord. Et donc si on est dans l'étape de... On veut entre guillemets tuer le verre dans le cocon pour ne pas qu'il le casse, ce fil, c'est quoi l'étape ? Est-ce que c'est comme des courbettes en ébouillante ? Est-ce que c'est un passage au froid ?
- Marie Foyer
Alors traditionnellement, c'était la chaleur.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Ah !
- Marie Foyer
Donc même dans les pays chauds, on laisse les cocons en plein soleil. En France, ce qui était souvent utilisé, c'était des séchoirs, des hydrateurs si on veut aller par là, la température chaude. Moi je n'ai jamais fait ça, parce que c'est peut-être un peu bête, mais je me suis mis à… Si on me propose de mourir par le chaud, mourir par le froid, j'aimerais mieux mourir par le froid. Il paraît qu'on s'endort, qu'on ne sent rien. Donc moi je mettais mes cocons au congélateur.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Oui, voilà, c'est ce que j'ai dit. Je pense qu'après on ne sait pas exactement ce qu'ils ressentent. Oui,
- Marie Foyer
non.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Ok, on suppose que le froid… Ok, donc combien de temps au congélateur ?
- Marie Foyer
Peu importe, ils sont congelés très rapidement. Mais ça permet si après, quand la bête est… Quand la chrysalide est morte à l'intérieur, il faut encore faire sécher les cocons si on veut les conserver. Mais bon là, ce n'est pas grave. Et un cocon sec, à l'abri quand même, dans des récipients bien étanches, ça peut se conserver des années. Pas de souci.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Ah oui, d'accord. Un cocon sec peut se conserver des années. Ok. Oui. C'est hyper intéressant. Franchement, on apprend plein de trucs. Je sais que dans l'école, là, ils voulaient avoir un élevage de murier pour les enfants. Est-ce que globalement, des particuliers peuvent se procurer des graines, donc des œufs, et faire le test eux-mêmes ?
- Marie Foyer
Oui complètement, c'est très facile. A partir du moment où on a un murier il n'y a pas de souci.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Donc les graines,
- Marie Foyer
on peut trouver des graines à l'association Cévennes en Soie qui peut en distribuer. Il y a l'OPI aussi qui a des graines de verre à soie, même de verre à soie d'hiver.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
OPIE ?
- Marie Foyer
Dans le temps, c'était Office pour l'information entomologiste. Je crois que le sigle a un petit peu changé maintenant. Ils sont du côté de Versailles. À Guyancourt, exactement.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Donc eux peuvent fournir des...
- Marie Foyer
Des graines, oui, oui.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Ok. Et ensuite, qu'est-ce qu'il faut ?
- Marie Foyer
C'est très facile en petite quantité si on a 50 vers à soie. L'objectif c'est qu'il y ait le cycle complet mais pas forcément la qualité du cocon. C'est complètement différent. Ce ne sont pas du tout les mêmes critères pour l'élevage. C'est très facile d'élever une cinquantaine de vers à soie dans une boîte à chaussures. Il n'y a pas de problème de ce côté-là.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord. Et vous disiez tout à l'heure que c'était quand même du boulot, parce qu'il faut nettoyer. Donc je suppose qu'ils mangent les feuilles et ils font des déjections, machin. Il faut nettoyer ? Est-ce que ça vit sur une litière ? Est-ce que ça vit sur un sol ?
- Marie Foyer
Alors dans les magnaneries, on les élève sur des clés. Donc les clés, on met un papier qui couvre la clé, on pose les feuilles. Les verraçois sont sur les feuilles, ils mangent les feuilles, les crottes tombent, il reste toujours des déchets. Et donc le problème des maladies, il y en a beaucoup qui viennent de là. C'est-à-dire que ça dégage de l'humidité, il y a des champignons, etc. Donc il faut vraiment nettoyer constamment les litières pour éviter ce risque de maladie. Donc pour changer les litières, on ne va pas prendre les verres un par un. Donc on a des filets, on pose un filet au-dessus de la première litière. Donc il y a les verres qui sont dessus, c'est pas grave, on pose le filet par-dessus tout ça. On remet de la feuille fraîche. sur le filet, les vers vont passer entre les mailles du filet et quand tous les vers seront passés, on enlève le filet, on met ça sur une clé propre.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Ah ouais super, c'est pratique. Et c'est quoi comme type de maladie qu'il peut y avoir dans les élevages ? Est-ce que c'est des maladies qui peuvent éradiquer tout l'élevage ?
- Marie Foyer
Oui, le problème c'est ça, c'est qu'il n'y a pas de soins curatifs possibles, ça ne peut être que préventif. Donc il faut vraiment faire très attention à l'hygiène, c'est important, et les conditions d'élevage. L'humidité mais pas trop, de la chaleur, de l'humidité, pas trop.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
C'est des paramètres à réguler ?
- Marie Foyer
Oui, parce qu'autant 50 vers peuvent être très espacés, ils ne vont pas trop se toucher, mais quand on en a 25 000 dans un espace relativement restreint… ils sont les uns sur les autres. Donc, les maladies se propagent à vitesse gravée.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord. Franchement, déjà, c'est incroyable la nature quand même et c'est hyper intéressant d'apprendre tout ça. Est-ce que... Je ne sais plus enchaîner, mais... Donc, du coup, une fois qu'on a nos cocons, il se passe quoi après ? Quelle étape ? C'est quelqu'un qui vient récupérer le cocon au début du fil, on va dire ?
- Marie Foyer
Après ça, c'est l'étape de la filature.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Il y en a une entre deux peut-être.
- Marie Foyer
Comment ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Il n'y a pas une étape de nettoyage ?
- Marie Foyer
Ça s'est fait au moment du séchage, quand on sèche les cocons. Parce que quand on récolte nos cocons, quand ils étaient sur de la bruyère, il y avait plein de petits morceaux de bois qui restaient autour du cocon. Maintenant, sur les encamberages en plastique, il n'y a plus tout ça. Mais il y a ce qu'on appelle la blase. La blase, c'est tous les petits fils d'ancrage qui ont servi à fixer le cocon. Donc ça, il faut l'enlever. Si on veut un cocon net, on enlève la blase. On ne la jette pas. On ne jette rien. De toute façon, on récupère tout. Donc on la met de côté. On a un cocon qui est bien propre, qui peut aller à la filature. La filature, il va falloir ébouillanter le cocon. Il y en a beaucoup qui pensent que pour tuer le verre, on l'ébouillante. Ce n'est pas du tout à cette étape-là. C'est vraiment au moment de la filature qu'on ébouillante le cocon. Pour ramollir le grès, donc la colle, la cirucine. Et alors là c'est pareil, c'est très précis. Il faut l'ébouillanter longtemps, enfin un certain temps, pas trop longtemps mais suffisamment, pour que le fil puisse se décoller mais que le cocon ne se défasse pas complètement. Donc là on met plusieurs cocons ensemble, on les bat avec un petit balai. Même les machines ont des petits balais et la soie s'accroche dans les brins du petit balai. Donc au départ on tire une masse un peu informe qui représente quand même à peu près 300 mètres de fil en gros qu'on met de côté. Et puis d'un seul coup, c'est complètement magique, on voit qu'il n'y a plus qu'un seul fil. Et ce fil-là c'est le bon. Donc on en met plusieurs ensemble, parce que c'est trop fin pour être travaillé seul. Donc on en met minimum quatre, la moyenne c'est sept. Mais on peut en mettre 20, 30, 40, 50. Il n'y a pas de critères très précis là-dessus selon le fil qu'on veut faire. Et là, on va dévider ensemble tous ces cocons.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Donc, en fait, c'est le fait de tirer et puis ça se… Voilà.
- Marie Foyer
Ça ne se tourne pas. C'est juste parce qu'il y a encore de la séricine, il y a encore du grès. Donc, les fils se recollent entre eux.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
C'est pas une bobine qui se défile, ça se reflète ?
- Marie Foyer
Complètement. Et il faut qu'il y ait un point de contact entre tous ces fils-là pour les resserrer ensemble. Donc on a un système de filature qui fait que les fils sont agglomérés à un point précis et ils vont s'enrouler sur un gâteau, ce qu'on appelle une grosse bobine. Incroyable.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Ok, et combien il faut par exemple... À partir de quelle quantité de fils on peut faire un projet, on peut faire un truc, un carré de soie ou un... je ne sais pas, il faudrait quoi en fait environ ?
- Marie Foyer
Une centaine de cocons déjà, on peut faire quelque chose. Quand on le dévide, quand on le dévide, 150, 200 cocons déjà c'est déjà pas mal, on peut déjà faire quelque chose avec.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord ok, et on est bien d'accord, il y a un cocon par verre à soi ?
- Marie Foyer
Oui, des fois il y en a deux qui se mettent ensemble. Ça, c'est ce qu'on appelle les doupions.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Les doupions ?
- Marie Foyer
Alors, les doupions sont des machines spéciales. Manuellement, on peut les dévider et on peut les filer. À ce moment-là, on les file comme au rouet, par exemple. Mais sinon, il y a des machines industrielles, des machines à doupions, parce que ça ne se dévide pas régulièrement.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Ça doit faire un genre de…
- Marie Foyer
Par moments, ça fait des paquets, etc. D'accord.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Et donc, on se dit, si on veut faire, par exemple, un carré de soie… C'est 200 cocons, un habitant par cocon, mais il y a des exceptions. Est-ce qu'il y a de différentes qualités ?
- Marie Foyer
Ça fait du mal à appréhender en fait. Il y a trois types de fils. Le premier type c'est le fil qui est dévidé, qui est le plus pur on va dire. Qui est très lisse, très régulier. Donc ça c'est le filament qu'on appelle. Comme on récupère tout, donc on va mettre la blase et les premiers fils, les 300 mètres de fils du début, les cocons percés aussi on peut les mettre là-dedans. Et qu'est-ce qu'on peut mettre encore ? pas le cocon jusqu'au bout parce que le diamètre du fil il est légèrement dégressif et il y a une dernière enveloppe qui est beaucoup trop fine pour être dévidée donc ça on récupère aussi tout ça, ça va dans les déchets c'est décreusé donc le terme de décreusé ça veut dire qu'on fait fondre la séricine qui reste qui tient tout ça donc ça, ça se fait à l'eau savonneuse et après ça, ça s'est gardé On a des fibres qui sont encore assez longues et c'est filé comme de la laine. Ce serait l'équivalent de la laine peignée. Ça, ça s'appelle la chape, la chape de soie. Donc là, on n'est plus dans une fibre continue, on est dans une fibre discontinue. Et quand on fabrique la chape, on a encore des déchets qui sont des petites fibres courtes. Et ça, c'est ce qui donne la bourrette.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord. J'ai travaillé la bourrette pour teindre en... En formation, d'accord. Donc je vois bien ce que c'est que la bourrette. Donc c'est la moins bonne qualité ?
- Marie Foyer
C'est trois qualités différentes. Parce qu'il peut y avoir de très belles bourrettes et des bourrettes très moches. Il peut y avoir de très belles chapes et de la chape très moyenne. À chaque fois, dans chaque... Il ne faut pas les comparer, c'est trois fils différents.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Oui, d'accord, c'est trois fils différents. Donc on a le filament, c'est ça, c'est le premier, c'est le top pur ? on a la chape de soie et on a la bourrette de soie.
- Marie Foyer
Voilà.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Et ce n'est pas des qualités, c'est des fils différents. Ça, c'est important, parce que sinon, ça va faire des raccourcis. OK. C'est hyper clair. Donc là, c'est quand on parle que du bombix.
- Marie Foyer
Oui.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Donc, c'est trois soies différentes. Il y a quoi comme autres soies ? Parce que la soie, il y en a un peu... Ça vient de partout.
- Marie Foyer
Il y a une centaine d'espèces de chenilles séricigènes. et ça ne donne que des papillons de nuit. Il n'y a que les papillons de nuit qui sont ces récigènes. Parmi tous ceux-là, il y a quatre familles de soie. qui se distinguent, il y en a plein d'autres mais les principales et les plus produites on va dire. Donc le bombix en premier ça c'est évident. La deuxième soie je pense que c'est la soie eri. Donc la soie eri indienne à l'origine qui se nourrit de ricin principalement. Alors le eri c'est une chenille semi-domestiquée aujourd'hui. qui volent, le papillon vole et le cocon n'est pas fermé, ce n'est pas un fil continu. Donc ce cocon-là ne peut pas être dévidé, il ne peut être que filé comme de la laine. Donc ça c'est une variété qui s'est énormément développée ces 20 dernières années, c'est-à-dire jusqu'au début de l'année, à la fin du XXe siècle, les années 2000, c'était classique. que produit en Inde et encore assez localement en Inde. Et alors c'est cette soie qu'on appelle la soie de la paix, parce que justement comme le papillon peut sortir vu que le cocon n'est pas fermé, on a joué là-dessus. Bon, je dément mais complètement cette version, parce que à l'origine, et encore aujourd'hui, à l'origine c'est une chenille qui était élevée pour la nourriture C'est-à-dire que les Indiens avaient des petits élevages familiaux, ils récupéraient la soie, mais la soie n'était que le sous-produit. Ça s'appelait la soie du pauvre, parce qu'elle a un aspect qui est un peu différent. Et c'était une base de nourriture. Et c'est encore aujourd'hui, on a ça, mais il y en a beaucoup qui les consomment encore. D'accord,
- ArtEcoVert Pauline Leroux
donc en fait elles étaient destinées à être mangées, donc mortes quand même.
- Marie Foyer
Ben oui.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Et on a raconté une histoire derrière.
- Marie Foyer
Voilà, c'est plus vendeur, on va dire. Oui,
- ArtEcoVert Pauline Leroux
c'est plus vendeur.
- Marie Foyer
En fait, ce n'est peut-être pas la deuxième soie. Peut-être que la deuxième soie, c'est plutôt la soie Tassar.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Tassar ?
- Marie Foyer
Tassar, qui donnait les tissus qu'on appelait les tussors.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord.
- Marie Foyer
Là, c'est des antéréas, une variété des antéréas dans les papillons. Il y en a plein de variétés. C'est une chenille qui se nourrit de chênes, principalement. Feuilles de chêne.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
C'est plus pratique pour nous, du coup.
- Marie Foyer
Oui, mais pas n'importe quelle chêne. Sinon,
- ArtEcoVert Pauline Leroux
c'est trop facile.
- Marie Foyer
Il y a plusieurs variétés là-dedans aussi. Il y a entre autres les Yamamai qui sont japonais. À chaque fois, c'est très complexe. À chaque fois, c'est un monde total. En ce moment, en France, il y a une personne qui fait une expérience sur le Yamamai, sur cet intérêt au japonais, qui est dans les Pyrénées. C'est très intéressant. Je ne l'ai pas encore rencontré, mais je vais bientôt la rencontrer. Je trouve ça hyper intéressant. Vu qu'il y a plusieurs variétés, c'est des cocons qui peuvent se dévider partiellement. C'est ce qu'on appelle couramment la soie sauvage. Quand on parle de soie sauvage en France, on a cette idée de soie irrégulière. Et ça, c'est typique, c'est vraiment les antéréas du tussor. Donc ça, ce serait la 2 ou la 3 ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Ce serait la deuxième, je pense,
- Marie Foyer
parce qu'il y en a beaucoup en Chine aussi, il y en a un peu partout. Donc il y a ça, le héri après et après la soie Muga qui est une variété indienne aussi, qui est très rare elle par contre parce que c'est pareil, la chenille se nourrit d'un arbre qui ne pousse quasiment que sur les rivres du Brahmaputra, donc ça limite déjà. C'est une très belle soie, c'est une soie dorée, le cocon se dévide et c'est vraiment ce qui a donné... les tissus pour tous les costumes traditionnels en Assam. C'est vraiment... c'est la soie des rois, ce qu'on appelle.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord, ok. La soie des rois.
- Marie Foyer
Bon à côté de ça il y en a plein d'autres, il y en a plein plein d'autres. À Madagascar vous avez le landibé.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Ah j'en ai déjà un, d'accord ok.
- Marie Foyer
Le landibé c'est une chenille qui est endémique de Madagascar, qui se nourrit d'un arbre endémique à Madagascar, donc il n'y a que là que ça peut être élevé, et ça donne une soie qui est très très rustique. qui ne servait que pour les suaires parce que c'est une soie imputressible. Moi, c'est une soie que je trouve vraiment très belle, qui est brute, mais que je trouve magnifique. Vous avez l'anaf en Afrique du Sud, ou en Afrique dans différents pays d'Afrique, il y a encore une autre soie. Il y en a plein. Quand on commence à gratter, il y en a plein.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Mais donc, à chaque fois, elles sont adaptées à un terroir et dépendantes, entre guillemets, d'une espèce...
- Marie Foyer
D'un végétal. Oui,
- ArtEcoVert Pauline Leroux
d'un végétal. Super. On a fait un peu dans tous les sens, mais du coup c'est hyper intéressant sur les différentes soies. Est-ce qu'on peut revenir à l'histoire de la soie et raconter un petit peu, vous, les voyages que vous avez faits, parce que je sais que vous en avez fait plein, d'où le terme « soyeuse » et « globetrotteuse » , les différents voyages ? Et j'aimerais bien ensuite qu'on s'intéresse à la France et qu'est-ce qu'on peut encore faire ? Parce que, voilà, moi j'ai entendu parler de la soie lyonnaise, sans creuser plus le sujet, mais est-ce qu'il y a toujours un avenir de la soie ? Est-ce que tout est paumé, tout est perdu ou il y a encore un élan, un espoir sur cette fibre ? Voilà, est-ce qu'on peut repartir du début ?
- Marie Foyer
Alors, ben moi donc, comme je disais… Ça ne m'intéressait pas de refaire de la soie chinoise, entre guillemets. C'est là que j'ai commencé à travailler sur le héritage, parce que d'après les archives locales, on en joue, donc on a produit de la soif qui était complètement occultée, parce que la soie, notamment la soie de Saumur, devait être une des soies les plus moches de France, dans la mesure où c'était des filles d'artisans souvent qui se faisaient un petit pécule pour... pour payer leur mariage, leur dot. Donc elles élevaient quelques vers à soie mais ça n'avait pas très bien filé, la soie était très irrégulière et ce n'était pas coté à l'époque. Et moi je me suis dit voilà qui est intéressant parce que je trouve qu'une soie irrégulière c'était peut-être un défaut autrefois mais aujourd'hui on peut en faire une valeur. C'est comme ça que j'ai commencé à chercher... quel verre à soie sauvage je pouvais lever, que je suis arrivé au ERI. Et donc j'ai fait toute une recherche pendant deux ans sur la manière d'adapter le ERI chez nous. Ce n'est pas encore complètement abouti, mais je suis en train de reprendre le truc là. Et donc à partir de là, le ERI n'étant produit qu'en Inde à l'époque, je suis allé en Inde. C'est là que j'ai commencé à bouger un petit peu, donc je suis allé en Assam. J'ai eu de la chance parce que l'Assam était fermé en fait au tourisme, il venait tout juste de rouvrir quand je suis allée. Donc j'ai pu rencontrer pas mal de gens. Pour l'anecdote quand même, l'Inde est très structurée donc il y a un ministère du textile, au sein du ministère du textile il y a une branche soie. Donc il y a des bureaux pour la soie dans quasiment dans tous les états. Donc j'avais contacté le central sick board de d'Assam, en leur disant « voilà, je suis en train de faire une expérience sur le VRRI, je vais venir à telle période, j'aimerais bien rencontrer des éleveurs » . Pas de réponse. C'était le fax à l'époque, j'avais envoyé un fax. « Eh tant pis, moi la date arrive, je vais à Gowati, j'arrive à Gowati, je cherche l'adresse du central Seed Board, toc Bonjour, c'est moi qui vous ai envoyé un fax par rapport… » Il me dit « ah oui, c'est vous, attendez » . Donc ils sont allés me chercher un papier. Il me dit, on a bien reçu votre fax, on a essayé de vous répondre mais on n'a jamais pu vous l'envoyer. Donc voilà, il me donne le fax qu'il voulait m'envoyer et en gros il disait, c'est pas la peine de venir, on n'a rien à vous faire voir.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Et bien trop tard que je suis là !
- Marie Foyer
Voilà, alors il dit, bon ben vous êtes là, alors quand même, on va quand même s'occuper de vous. C'est parce qu'en fait, l'Assam avait été séparé en deux états, donc Assam-Mégalaya, et tout ce qui concernait la soie aérie était au Mégalaya. Donc ils m'ont emmené au Megalaya. On était trois avec une amie, etc. On a eu voiture, chauffeur et ils nous ont promenés partout dans tous les trucs qu'il y avait à voir dans le Megalaya. Donc on a vu des élevages, l'équivalent d'Inra là-bas. On a vu des petits élevages dans les villages. Alors un roi entre autres qui est dans un endroit précis qui avait trois ou quatre femmes. Chaque femme avait pour l'occasion, ils avaient sorti leurs différents... outils pour filer la soie, etc. C'est mémorable, franchement mémorable. Et bon voilà, c'est comme ça que ça m'a donné le goût quand même de continuer un petit peu à aller voir tout ça. Et puis... Je suis revenue en France, évidemment. J'ai fait mes expériences. Ma première expérience n'a pas pu aboutir. C'est-à-dire que j'avais bien mis au point les techniques d'élevage, il n'y a pas de souci. La culture du ricin aussi, mais qui reste saisonnière malgré tout. Mais à l'époque, il n'y avait pas encore de machine pour transformer mécaniquement la soie. Moi, j'avais une bourse pour faire ça. J'étais arrivée au bout de la bourse, je n'avais plus de sous. Je n'ai pas pu continuer à mettre au point cette machine, etc. Donc j'ai rangé tout ça dans mes casiers en me disant que je reprendrais le projet un petit peu plus tard. Je voulais refaire la soie d'Anjou qui aurait été un fil irrégulier volontairement à base de cette soie-là. Et puis, tout ça s'est concomitant. Il y a eu de gros problèmes quand même dans les élevages de vers à soie Bombix avec la mise sur le marché d'un insecticide. C'est une variété d'insecticides, c'est un inhibiteur de croissance. C'est un produit qui ne tue pas l'insecte directement mais qui l'empêche de se reproduire. C'est un produit qui était utilisé surtout sur les fruitiers, sur la vigne, etc. Un produit qui était très très très volatile, qui se dépose sur le végétal qui est systémique, donc qui rentre dans le système végétatif de la plante. Donc ça va sur les muriers, puisque les muriers sont en plein air évidemment. Donc on ramasse notre feuille. On ne peut rien voir pendant l'élevage parce qu'à l'état de larve, ça n'agit pas. Donc le berraçois, il mange normalement, il se développe normalement. Sauf qu'arrivé au 30e jour, au lieu de faire son cocon, il continue de manger. Il va manger 35-40 jours, il devient énorme et il meurt sans faire de soie. Parce qu'avec cet inhibiteur de croissance, l'hormone qui fait que le verre va régurgiter sa soie, elle est bloquée. Donc le verre ne pourra jamais se transformer en chrysalide et devenir un papillon. Et ça, c'est ce qui a mis fin à la première tentative de relance de la soie. C'était partout, c'était en Italie, en Espagne, en France, c'était vraiment partout.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
On dit maintenant que c'est insecticide ?
- Marie Foyer
Comment ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Cet inhibiteur de croissance,
- Marie Foyer
il est interdit ? Il a été interdit d'utilisation dans un rayon de 20 km autour d'une manianerie. Ça ne sert strictement à rien. Non, il a changé de nom. Donc,
- ArtEcoVert Pauline Leroux
il est encore présent ? Il est encore présent.
- Marie Foyer
C'est la molécule qui est toujours présente. Le phénoxycarbone est toujours présent, il est toujours là. Et donc, c'était assez embêtant parce que moi, entre-temps, j'avais commencé à lancer une marque de fils abrodés, donc les soies de Marie. Et je ne pouvais plus élever mes bombix, je n'avais plus de fils. Donc, il a fallu que j'aille voir ailleurs pour trouver des cocons pour pouvoir continuer cette fabrication.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Et on n'aurait pas pu mettre les muriers ? Alors, ça fait de l'investissement, mais les muriers dans une serre ?
- Marie Foyer
Quand on n'a pas beaucoup de muriers, oui, mais pour un élevage important, c'est trop. C'est trop d'investissement. Déjà que le prix de revient est déjà très élevé, donc ça fait encore des prohibitifs quelque part.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Ça veut dire que là, demain, peu importe s'il y a des gens qui s'installent pour élever les vers à soi, s'il y a ce produit dans l'air... Ça peut réduire à néant des aliments ?
- Marie Foyer
Alors, on est beaucoup moins embêté en ce moment. Je pense qu'il est quand même peut-être utilisé à des doses beaucoup plus restreintes. Je pense que ça a commencé en 1986, je crois. Donc, il y a du recul quand même là-dessus. Donc, la molécule, elle est toujours présente dans certains produits, mais je pense que c'est peut-être moins abondante qu'à une époque. Et puis, moi, je vois chez moi, par exemple, là au-dessus de chez moi, c'est que des vignes. L'environnement, c'est que des vignes. Et toutes les parcelles qui étaient en culture traditionnelle, maintenant ils sont en train de passer en bio. Donc c'est beaucoup moins utilisé et je pense que cette molécule-là est sûrement beaucoup moins présente qu'à l'époque. D'accord,
- ArtEcoVert Pauline Leroux
donc elle ne peut pas poser forcément de gros risques là maintenant si jamais l'élevage retient ?
- Marie Foyer
Moi si je prends mon cas, maintenant je peux élever des vers à soie, je peux élever des bombiques, ce que je ne pouvais plus à l'époque.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord.
- Marie Foyer
Je pense qu'il y a du mieux quand même. Je ne suis pas sûre que dans la vallée du Rhône ce soit encore possible, parce qu'il y a tellement encore de cultures fruitières. Je pense que la molécule est beaucoup plus présente, je pense. Suite à ça, moi je suis partie à Madagascar, j'avais un ami qui bossait là-bas, il y avait une relance de la sériculture à Madagascar. Et effectivement, j'ai trouvé beaucoup d'éleveurs qui avaient des cocons et qui n'avaient pas forcément de débouchés pour leurs cocons. Parce qu'ils misaient beaucoup sur le tourisme. Le tourisme à Madagascar, il est assez peu développé parce que ça manque d'infrastructures. Je crois qu'à l'époque, c'était de l'ordre de 150 000 visiteurs par an. C'était l'équivalent… Moi, je suis à côté de Douai-la-Fontaine. C'était l'équivalent du nombre d'entrées sur le zoo Douai. Voilà l'échelle à peu près. Donc effectivement, ils étaient assez contents de pouvoir travailler avec moi. Et du coup, je pouvais toujours faire mes fils abrodés, mais du coup il y avait tellement de matière première qu'on a fait du fil à tricoter, parce qu'une bobine, une échevette de soie abrodée ça pèse 1 g, un écheveau de soie tricoté c'est 50 g, donc ça permettait d'utiliser beaucoup plus de cocon. Voilà. J'ai travaillé dans plusieurs villages à faire différents types de fils à tricoter. Chaque village faisait un fil différent, vous ne voulez pas qu'il fasse la même chose. Ça s'est appelé « madasilk » en malagascan. J'ai fait ça pendant une dizaine d'années. Après il y a eu le Covid etc. Tout ça s'est arrêté. Même au niveau des éleveurs, là-bas, il y en a beaucoup moins maintenant. D'accord.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Ils n'ont pas continué ce...
- Marie Foyer
Non, heureusement, il reste une filature, une petite filature artisanale là-bas qui travaille encore et qui aide à maintenir un petit peu cette production de soie. Et il y a toujours la soie sauvage. La soie sauvage est toujours là. Et c'est traditionnel chez eux. Donc même si on fait de moins en moins ce qu'on appelle le retournement des morts, qui était l'occasion où... On utilisait ces fameuses suaires, les lambamènes en Landibé. Ça se maintient, c'est ce qui a quand même maintenu cette tradition-là. J'ai été assez longtemps à Madagascar à travailler là-dessus. Et puis j'ai donné pas mal de formations aussi là-bas. J'ai commencé à donner des formations sur la transformation artisanale de la soie. Petit, cette formation-là, j'ai pu aller dans différents pays aussi pour la donner. Notamment, la formation que j'ai vraiment préférée finalement, c'est une que j'avais faite dans le Megalaya, donc pour la soie aérie, sur la teinture végétale de la soie aérie. Parce que traditionnellement, ils faisaient trois couleurs là-bas. Ils faisaient du jaune, du rouge, du noir. Déjà, le noir, ils ne savaient plus le faire et donc il fallait… relancer un petit peu, redynamiser tout ça. Moi je suis restée trois semaines là-bas et en trois semaines on avait sorti 18 couleurs rien qu'avec les plantes autour de l'atelier. Et là où je suis assez contente, c'est que je sais que ça continue puisque je suis retournée tout à fait à l'improviste l'année suivante et j'ai trouvé les femmes que j'avais formées en train de former celles du village d'à côté. Donc ça franchement c'était le top quoi. J'étais au Laos, j'étais au... au Cambodge aussi, parce qu'il y a des soies différentes partout. C'est-à-dire que justement, ce n'est pas forcément le même verre à soie, c'est toujours du bon bix principalement, mais la soie peut être différente au Cambodge, la soie est jaune dorée par exemple. D'accord. Et puis, ce qui est drôle quand même, c'est que même à la base on a la même chose, c'est-à-dire qu'on a un cocon, ce cocon il se travaille de la même manière, il faut l'ébouillanter, etc., Le matériel est sensiblement, je vais dire schématiquement c'est le même, on a toujours le même principe, mais une soie de Madagascar ne sera jamais pareille qu'une soie du Laos, qui ne sera jamais pareille qu'une soie du Cambodge. Il y a un tour de main qui est vraiment différent et c'est subtil, mais franchement on arrive à reconnaître ces soies-là, ces différentes soies. Moi ça m'a toujours étonnée, parce que aussi… Après, dans le tissage aussi, il y a des traditions différentes, etc. Mais il y a vraiment une caractéristique selon les pays. C'est pour ça que la soie, c'est un monde merveilleux. C'est immense. Je n'ai pas fait le tour encore. Il y a encore plein de choses. On n'a pas parlé de la soie d'araignée.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Oui, alors j'allais vous le poser tout à l'heure. Mais est-ce qu'il y a d'autres insectes qui font de la soie ?
- Marie Foyer
Ben oui ! Oui, principalement cette fameuse araignée de Madagascar. Elle est endémique à Madagascar. C'est une soie qui donne une soie jaune d'or magnifique. Et alors c'est que les femelles qui donnent cette soie-là.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Alors ça a été découvert, je ne sais plus, il y a deux ou trois siècles à peu près. Au 19e siècle, il y a un missionnaire qui avait mis au point une petite machine pour récupérer cette soie. Et c'est des sœurs, une congrégation de sœurs qui avait gardé cette machine et qui avait gardé cette tradition du côté d'Antsirabée. Donc moi j'ai rencontré une fille qui travaillait avec les sœurs, qui avait été formée avec les sœurs, et on a fait de la soie d'araignée. C'est tout un truc. C'est pas un coco,
- Marie Foyer
du coup.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Comment ? Ah ben non, non, non.
- Marie Foyer
C'est une toile.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Non, non. Même pas. On traie les araignées. C'est-à-dire qu'il faut déjà ramasser les araignées dans la nature. Il y en a plein, il y en a plein partout. Elles ne sont pas venimeuses, c'est déjà ça. Elles sont énormes. Donc on ramasse ces araignées-là. On les coince dans des petits systèmes de guillotine en mousse. C'est-à-dire qu'à côté, il y a la tête. et le haut, puis il y a l'abdomen de l'autre côté. Sur l'abdomen, il y a un petit trou, c'est la filière. Donc on aligne une vingtaine d'araignées, comme ça. Il suffit de poser le doigt sur la filière, on récolte la soie, on tire la soie bien. Donc on tire ces 20 fils, et c'est comme pour la filature du cocon. C'est-à-dire qu'on les agglomère à un endroit donné, et puis à l'autre bout, on tourne la machine. Donc nous, c'était très artisanal ce qu'on faisait. On faisait ça sur une table qui faisait deux mètres de long à peu près, parce que c'est très collant. Il fallait aussi que le fil ait le temps de sécher avant qu'il soit enroulé. Et en une journée, à deux, on avait fait un demi-gramme. Oui, oui, oui. Donc voilà. C'était rigolo pour l'expérience. Le fil est magnifique, mais c'est… voilà. Il y a quand même Simon Peirce qui est installé à Tanna, qui a fait cette fameuse cape qu'on a vue partout, une cape en soie d'araignée, qui a été commandée par un musée new-yorkais qui lui a été payé avec des ponts d'or. C'est normal, je crois qu'il a mis trois ans à la faire, avec plein de personnes qui travaillaient pour lui, qui ramassaient des araignées. Ça reste expérimental, c'était rigolo. Mais ce n'est pas exploitable industriellement.
- Marie Foyer
Il y a d'autres insectes qui font de la soie ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Ça reste quand même principalement les différentes chenilles. Principalement. Je ne vois pas d'autres. Si, on a essayé de faire des soies transgéniques, notamment à cause de cette soie d'araignée. C'est-à-dire que les Canadiens… Ils avaient greffé le gène de la soie sur des chèvres.
- Marie Foyer
Ah, j'en ai entendu parler de ce truc-là.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Et les chèvres en question ne faisaient plus de lait, mais quand on les trahiait, c'était une substance qui était quasiment similaire à la soie d'araignée. Le problème, c'est qu'ils obtenaient une masse, mais ils n'ont jamais réussi à la remettre en fil. L'INRA de Lyon avait travaillé sur un levier à soie, sur le bombix, en lui greffant ce gène. Donc, ils avaient obtenu de la spidroïne, une soie qui était très proche de la soie d'araignée, mais qui n'était pas complètement similaire. Et je pense qu'aujourd'hui, tous ces essais, ils n'ont pas vraiment abouti.
- Marie Foyer
C'est incroyable. Ok, donc ça, c'est pour les différents animaux ou insectes qui pourraient faire de la soie. Sur l'histoire de la soie, quels sont les pays qui ont, j'ai envie de dire, lancé le… À la pratique ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Incontestablement, c'est la Chine avant tout. Puisque pour le bonbix, c'est vraiment l'origine. Et ça a été gardé très très précieusement pendant très longtemps. Donc ça a transité un petit peu par le Japon. Mais c'est des histoires d'espionnage à chaque fois. Donc il y a une princesse chinoise qui avait dû cacher des œufs de verre à soie dans son chignon, je crois. Donc c'est comme ça que ça a commencé au Japon. Et après, pour amener la soie vers l'Europe... Ça a transité par la Turquie. De Turquie, ça a été en Sicile, 12e siècle. En Turquie, c'était 5e, 6e siècle. Après ça, on ne sait pas tout. C'est arrivé en Sicile au 12e siècle, 11e, 12e siècle. Et de là, c'est remonté via l'Italie dans le sud de la France. On peut attester les premiers élevages de verraçois dans le sud de la France au 12e siècle. Et de là, c'est remonté en Touraine, à l'époque c'était en Touraine, sous Louis XI. Alors l'histoire en question, c'est que Louis XI était un très très gros consommateur de soie. et qu'on lui reprochait de vider les caisses de la France avec ses achats de soie. Les Italiens étaient très en avance sur la soie et ils tissaient déjà la soie sans problème. Et donc, on a dit qu'à ce moment-là, on va faire venir les artisans italiens et ils vont nous former et on va faire notre soie en France. Donc, l'endroit qui avait été sélectionné, c'était Lyon, qui était quand même plus près d'Italie, qui était bien là. Mais les Lyonnais n'ont jamais voulu prendre en charge les tisserands italiens. Il fallait recevoir les familles, les loger, etc. Et Louis XI a dit « je vais les prendre dans ma bonne ville de Tours » . Et donc Tours a été la capitale de la soie avant Lyon en France.
- Marie Foyer
Et ça on ne le sait pas.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Et jusqu'à récemment, fin XXe siècle, il y avait encore trois manufactures de soie. à Tours. Maintenant, il n'en reste plus qu'une. Les tissages roses, qui sont les plus anciens d'ailleurs, c'est familial, ça date depuis le XVIe siècle, je crois. Donc, il y a toujours de la soie à Tours, mais qui, comme tous les soyeux français, travaillent avec de la soie chinoise. Et alors, les autres pays, après, actuellement, les deuxièmes producteurs, ce serait l'Inde. Mais l'Inde exporte très peu. L'Inde consomme encore beaucoup. pays producteur, le Brésil. Mais au Brésil, ce sont les Japonais qui se sont délocalisés là-bas. Et donc, maintenant, c'est une soie de très bonne qualité. Et je pense que les Lyonnais travaillent autant avec le Brésil qu'avec la Chine aujourd'hui.
- Marie Foyer
D'accord. Ok. Et est-ce que c'est un lien avec la route de la soie, du coup ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
La route de la soie, c'était une route commerciale entre la Chine et l'Europe, principalement, pour toutes les matières premières, les épices. Je veux dire,
- Marie Foyer
est-ce que comme ça allait vers la Chine et que la Chine était hyper au point sur la soie, est-ce que ça viendrait de là ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Ça a servi de monnaie d'échange à un moment donné.
- Marie Foyer
D'accord. Et alors aujourd'hui, si on fait un petit focus sur la France, parce que je me rends compte… Je me rends compte en enregistrant les épisodes que je suis hyper chauvine, en fait. Non, non,
- ArtEcoVert Pauline Leroux
mais au contraire. Non, mais oui, oui. Mais on essaye. On essaye de maintenir déjà le savoir-faire, ce qui n'est pas évident.
- Marie Foyer
Donc, c'est-à-dire former des éleveurs, mais aussi des... J'ai toujours les mains avec les mots. Les filateurs.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Les filateurs. Donc, c'est pour ça qu'il y a l'association Cévennes en Soie qui a été créée. Parce que... On est peu en France à pouvoir maîtriser toute la transformation, depuis l'élevage jusqu'à la fin. Notamment Michel, Michel Costa, qui est quand même en plus lui qui a une expérience plus industrielle que moi je peux avoir. C'est lui qui est à l'origine de la première relance, qui a travaillé aussi avec cet énorme projet d'Eurocrisalide qui était dans les années 90, un projet européen. où on devait tout relancer au niveau de la soie, etc., mais qui n'a pas abouti. Et puis, qui était aussi à l'origine de cette troisième relance qu'on essaye de faire. On reste très modeste parce qu'on voit bien les pierres d'achoppement. Ce qu'on voudrait, c'est transmettre. On commence tous à avoir de la bouteille, là. Donc, il faut absolument qu'on arrive à transmettre ce savoir-faire. Alors, déjà, laisser un outil en état de marche. Donc, ça, c'est vraiment actuellement ce que Michel est vraiment en train de faire, de rechercher des machines, remonter ces machines. Et puis, c'est compliqué parce que vu que l'association a très peu de moyens, l'idéal, ce serait de pouvoir salarier quelqu'un pour le former à utiliser ce matériel-là. Mais on manque encore de matières premières. On n'a pas assez de cocon. Donc, c'est pour ça qu'il faut relancer la production de murier, relancer et puis on est tout à fait conscient qu'on a un prix de production qui est complètement prohibitif c'est ça le problème c'est encore un lien avec la couleur végétale et les problématiques qu'on a nous donc
- Marie Foyer
l'outil en état de marche,
- ArtEcoVert Pauline Leroux
les éleveurs voilà l'idéal ce serait de former des jeunes pour reprendre la suite mais il faut trouver le marché, il faut trouver tout ça
- Marie Foyer
Tu as débouché avant.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Oui. Moi, à mon échelle, je joue sur un autre tableau. Moi, ma mission, entre guillemets, comme j'ai toujours favorisé tout ce qui était artisanal. Donc, ce serait d'inciter un petit peu, par exemple... Tous ces gens qui font des fermes pédagogiques, c'est très facile d'avoir deux, trois muriers, d'élever quelques vers à soie, etc. Et puis maintenant, il y a plein de petites machines qui existent pour transformer la soie. Donc moi, je peux former ces gens-là, à faire des petits élevages et à transformer les cocons, arriver à faire du film.
- Marie Foyer
Là, Marie, autour du micro, tu as énormément d'artisanes. qui ont déjà leur jardin qui font déjà pédagogie, qui travaillent avec les enfants t'as beaucoup de personnes qui veulent rendre autonome leurs ateliers, qui veulent transmettre aussi une histoire qui veulent travailler les fibres donc je pense que ton appel de dire que toi tu peux les former déjà c'est génial parce que je pense qu'il y en a déjà pas mal qui vont être intéressés et donc t'as raison, n'hésite pas à dire sur quoi tu peux aider et tu as cette capacité de teindre aussi Oui,
- ArtEcoVert Pauline Leroux
parce que si on veut faire une relance de la sur-histiculture, plus il y aura de petites antennes, plus ça peut se répandre. Moi, c'est dans cet esprit-là.
- Marie Foyer
C'est bien que vous ayez, comme tu dis, toi, le côté plutôt artisanal et Michel Costa, le côté plus industriel, parce que comme je dis et comme on a échangé, il faut des deux pour faire avancer la filière. C'est complètement. Pour la couleur végétale, il faut… des antennes partout, et il faut de l'artisanat et des entreprises qui passent le pas. Donc, on est globalement sur les mêmes problématiques, donc c'est hyper intéressant. Ok, donc on se disait qu'on avait quand même des problématiques communes. Je voudrais juste revenir sur les lieux de la soie en France.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Oui.
- Marie Foyer
Si on fait le point de, donc très chauvin, on va dire, deux secondes, et puis après on s'étendra un peu en Europe. En France, tu avais parlé de trois lieux de la soie, Cévennes, Anjou, Saumur.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Ah ben non, mais François, ça reste anecdotique. À une époque, il s'en est fait partout.
- Marie Foyer
Ah d'accord.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Ah oui, partout en France, quasiment. 18e, 19e, ça s'est répandu vraiment partout. Avant les fameuses maladies, là, il y en avait quasiment partout en France.
- Marie Foyer
Ok. Et là, les bassins qui restent et qui restent prometteurs, selon toi, en France ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Les Cévennes.
- Marie Foyer
Ok. Top. Comme j'ai beaucoup d'auditeurs, qui vont me dire, Pauline, tu n'as pas pensé à nous. J'ai beaucoup d'auditeurs francophones en Europe. Est-ce que tu as d'autres bassins identifiés en Europe ? Tu as parlé des Italiens. Est-ce qu'ils sont toujours à la pointe ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Oui.
- Marie Foyer
Est-ce qu'on en a d'autres ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Les Italiens, les Suisses.
- Marie Foyer
Ah.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
En Roumanie, il y a des projets en ce moment. En Bulgarie, il y en a. Il y a des petites unités un peu partout. En Espagne, j'ai... pas de connaissances précisément d'élevage en Espagne, mais je pense qu'il y en a sûrement. En Grèce, on a fait une tentative en Grèce, nous aussi.
- Marie Foyer
Il ne fait pas trop chaud ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Non, pour le Bombix, ça va. C'était dans le nord-est, à la frontière turque. Soufli, c'est la capitale de la soie en Grèce. Soufli, pour l'instant... Ils disent que c'est de la soie grecque, mais en fait, ils travaillent beaucoup avec des soies chinoises au niveau des tissus. Donc, on avait essayé de relancer une production de soie locale. C'est un peu compliqué avec la Grèce. Mais bon, on a formé quelqu'un, Elias, qui fait des superbes élevages. Il y a une petite bassine de filature. Il y a une petite production 100% grecque là-bas.
- Marie Foyer
D'accord, ok. En tout cas, s'il y a des gens qui nous écoutent et qui travaillent la soie ou qui ont des connaissances de bassins en Europe, etc., on est hyper preneurs. Et puis, je relairai à Marie parce que du coup, comme c'est ton sujet, ça, c'est hyper important pour moi, les lieux de la soie. On a parlé des différentes soies. On a parlé de l'élevage. J'aimerais qu'on arrive à ton lien de la soie et de la teinture végétale.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Ça s'est fait naturellement. Quand j'ai commencé cette étude sur les fibres textiles et leur transformation, c'est là que j'ai commencé à... à faire mes premières expériences de teinture végétale. Et donc, c'est tout naturellement que mes filles abrodées étaient en teinture végétale, par exemple. Et alors, je ne communiquais pas forcément là-dessus. Pour moi, ce n'était pas un argument de vente. Non, non, mais ce que je remarquais, c'est que les filles, surtout les femmes qui parlaient de ça, quand elles voyaient mes filles, elles disaient « Waouh, mais les couleurs ! » En fait, il y avait un truc, quoi. Et ça, je dis, ben oui, mais ça, c'est des teintures végétales. Il n'y a pas de mystère. Donc, moi, j'ai toujours fait ça par conviction, sans en faire spécialement état. Et je me suis vraiment sentie teinturière qu'au bout d'une dizaine d'années, c'est-à-dire avant d'avoir vraiment... Maîtriser, ce n'est même pas le mot parce qu'on ne peut pas trop maîtriser ça. Mais ce qui m'a beaucoup aidée aussi, c'est que quand j'étais allée en Inde pour la soie aérie, je vais trouver une usine très importante, une grosse, grosse usine qui fabriquait déjà des extraits de colorants végétaux. Au début, j'étais assez sceptique parce qu'en France, à l'époque, on nous disait que ce n'était pas possible, que ça n'existait pas. Je suis allée là-bas, on m'avait invitée, elle m'a dit « si vous voulez, vous venez dans notre laboratoire, il n'y a pas de problème » . J'étais passée une dizaine de jours dans ce laboratoire, où vraiment, j'ai bien pu constater que c'était vraiment des extraits végétaux. Et ça, c'est une grande aide quand on veut faire une production suivie. C'est toujours relatif, on ne peut pas avoir exactement les mêmes teintes, mais ça a permis, moi, dans mes fils à broder, d'avoir une gamme qui était relativement constante.
- Marie Foyer
c'est une grande aide super c'est hyper bien que tu parles des extraits parce qu'on en parle donc on a reçu des fabricants d'extraits végétaux on en a deux gros acteurs en France et sûrement plus mais c'est hyper comme tu dis ça aide à j'aime pas le mot standardisé mais ça aide à la reproduction des couleurs qui t'a formé déjà à la teinture est-ce que c'est en autodidacte ou est-ce que t'as lu des choses est-ce que t'as été formé par des gens ...
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Alors, mon principe à moi, c'est que je commence toujours en autodidacte, parce que je n'aime pas qu'on me donne la réponse à des questions que je ne me suis pas posées. Donc, j'ai fait toute mon expérience de teinture végétale. Et puis, je suis allée suivre la formation d'Anne Riger à Paris. La méthode à Anne n'est pas facile à appliquer. C'est bien quand on a une petite production, etc. Pour mes filles à broder, c'était un peu compliqué. Je n'ai pas persévéré dans sa technique. Elle m'en a voulu beaucoup, d'ailleurs. Et sinon, c'est l'expérience. D'accord,
- Marie Foyer
donc tu as pratiqué. Tu utilisais d'abord des plantes et après des extraits. C'était quoi tes couleurs ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
À la base, il n'en faut pas tant que ça. On a la garance indispensable, la gaude, mais pas que, pour les jaunes. Et l'indigo, voilà. Ça, c'est vraiment les traits de base. Mais j'utilise aussi beaucoup la grenade.
- Marie Foyer
Génial.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
J'utilise beaucoup l'acacia, le kachou. Le kachou. Voilà. Et puis, comme en Inde, moi, j'ai beaucoup travaillé avec des extraits. Il y a le terminalia chebula. C'est un mordant, mais un mordant jaune très pâle qui est intéressant même pour les gris et les noirs, par exemple. C'est des plantes à tannin. Il faudra que tu me le récrives,
- Marie Foyer
parce que là, tu me l'as dit vite.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Qu'est-ce que j'ai d'autre ? J'en ai pas tant dit. La noix de galle, quand même, toujours. Est-ce que j'utilise beaucoup ? La laque de Cochenille. Pas la Cochenille, la laque de Cochenille. La garance. La garance indienne et la garance... marocaines aussi, parce que je trouve qu'elle est bien riche.
- Marie Foyer
La garance indienne, c'est la garance voyageuse ou pas ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Comment elle s'appelle celle-là ? Elle est plus orangée.
- Marie Foyer
On voit que c'est la reprise. Oui,
- ArtEcoVert Pauline Leroux
c'est pareil. Je connais que ça, mais là, ça ne va pas me revenir. La garance... La cordifolia.
- Marie Foyer
Bravo !
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Bravo ! La Chlordifolia, c'est ça.
- Marie Foyer
Tu as dit garance d'où après ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Au Maroc.
- Marie Foyer
Et c'est laquelle celle-là ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
C'est la garance territorial. Mais c'est pareil, tu as le cru qui joue, le terroir qui joue.
- Marie Foyer
Et dans les jaunes, tu as dit que tu n'utilisais pas le...
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Alors jaune, beaucoup. Pas tellement, je n'utilise pas tant que ça la goudre. Mais j'utilise beaucoup ... Le... Pareil. Ah, merde.
- Marie Foyer
Vas-y.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Le Yé d'Inde.
- Marie Foyer
Ah oui, d'accord, OK.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Beaucoup, le Yé d'Inde. Le cosmos aussi, bien sûr. J'aime bien la bruyère. La bruyère d'un jaune très joli, très, très beau.
- Marie Foyer
Je n'ai jamais entendu quelqu'un me parler de la bruyère. Tu fais quoi ? C'est de l'Erica ou c'est l'eau ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
C'est de la calune.
- Marie Foyer
Ah, la calune. OK. Comment tu procèdes ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Moi, j'ai de la chance. Dans le Maine-et-Loire, Donc je lui achète ça, là c'est pas en extrait, c'est vraiment de la plante, et ça donne un jaune assez proche de la bourdaine, si on veut aller par là, un jaune d'or. La bourdaine, l'inconvénient qu'elle a, c'est que si le bain est trop alcalin, ça vire rouge, alors que pas la bruyère, c'est le problème là avec la bruyère. Bon, la grenade, donc beaucoup de grenades, ça aussi, c'est à peu près tout, je pense que j'ai pas 36 autres trucs.
- Marie Foyer
Et donc, tu teignais ta marque de fil à broder et de fil à tricoter, les soins de Marie, avec des tétanes. Et tu ne mets pas ça comme argument de vente en avant ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Pas spécialement. C'est temps, ça c'était quand même dans des années où la teinture végétale n'était pas aussi, j'allais dire, en vogue que maintenant.
- Marie Foyer
Oui, d'accord.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Il y avait même, j'allais dire, presque une méfiance par rapport à la teinture végétale. C'est un truc de hippie bobo,
- Marie Foyer
c'est une AV.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Oui, et puis on était encore sous l'effet, que je crains un petit peu encore pour aujourd'hui, où on utilisait tout et n'importe quoi pour teindre, dans les années 70, je parle des années 70, où effectivement, il n'y avait pas une rigueur non plus dans la teinture, dans le choix des plantes, dans la méthode, et que du coup les couleurs ne teinaient pas. tenaient pas et on était encore restés là-dessus. Le végétal, ça ne tient pas. Et il fallait se battre pour prouver que bien fait, avec les bonnes plantes, ça tient.
- Marie Foyer
C'est ce qu'on a répété sur le podcast. Clairement, c'est préjugé. Mais par contre, ce que tu dis, c'est hyper intéressant parce qu'il y a beaucoup de formateurs âgés qui me disent la même chose. Attention à la transmission que les peinturières actuelles ou les acteurs de la couleur végétale utilisent les bonnes plantes, la bonne méthode. Et que ce soit bien fixé pour ne pas ternir l'image, entre guillemets, de dire, en fait, ça ne tient pas. Non, il ne faut pas se fier à un... Enfin, si vous avez eu un mauvais... Je vais y arriver. Une mauvaise teinte, ne pas mettre tout le monde dans le même sac. Il y a bien des teinturières et teinturiers qui savent très bien travailler avec la teinte.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Je trouve qu'aujourd'hui, on a tendance, avec les réseaux sociaux... On voit des gens qui mettent des photos, qui racontent une expérience. On sait très bien que ce qu'ils font, dans trois mois, il n'y aura plus rien. Et ça, c'est contre-productif au possible.
- Marie Foyer
Ou de le mettre, ou d'écrire. Il y en a qui écrivent.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Je ne le fais plus. Mais d'écrire sur leur poste,
- Marie Foyer
de dire que c'est une couleur fugace qui va partir au bout de quelques jours. C'est vraiment juste pour l'expérience. De le dire que ce ne sont pas des couleurs qui vont tenir. Mais bon, pas beaucoup de mots.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Ça, voilà. Non, et puis ce que j'ai vu aussi, c'est des filles, c'est pour ça que j'avais arrêté de faire des stages de teinture végétale, parce qu'on tombe sur un public, j'ai rien à compte, ça peut tout à fait exister, qui consomme des formations, qui n'en font rien après, ou qui n'en retiennent qu'une toute petite partie, qui continue à diffuser, mais ça a été vidé de son contenu. Et ça aussi, c'est contre-productif, complètement.
- Marie Foyer
La pratique, c'est ce que disent les amis. Ah, mais complètement. Oui, oui. Entre guillemets, ça arrive.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Voilà. Et puis, je trouve que c'est bien, on peut transmettre un tas de choses, mais il faut que tout le monde fasse son expérience. Ça, c'est important aussi. Mais il faut bien se dire que ce n'est que de l'expérience et que ce n'est pas parce qu'on a une belle couleur un jour que c'est une couleur à garder parce que, voilà, ça va… Si on n'a pas le recul des années, on ne peut pas affirmer des choses. Moi, j'ai vu des filles qui avaient fait des formations, qui avaient suivi des stages et qui s'installaient comme teinturières après. Ce n'est pas possible. Si on ne peut pas garantir la solidité de la couleur qu'on vend, ce n'est pas possible.
- Marie Foyer
Tu sais qu'à un moment, on échangeait avec les gens de la communauté. Il y a les anciennes plus expérimentées. Je pense... Marie Marquet, Charlotte Marambert. En fait, on va dire la première... Vous, vous avez votre Michel dans la soie. Nous, on a la soie. Merci. Dans la teinture et Dominique Cardon. Et tu vois, les premières personnes qui ont été formées par Michel disaient, oui, exactement ce que tu constates, qu'en gros, ce n'est pas parce que tu as fait un stage que tu peux t'installer tout de suite et ça te laisse une pause. Et donc, il y avait un moment où les plus anciennes, on va dire les plus expérimentées, se disaient, est-ce qu'il ne faudrait pas créer une sorte de, pas de label, mais de montrer les niveaux des formations ? Donc là, on est en train de, je suis en train de répertorier tous les stages et formations qui se passent en France avec les différents sujets. Parce qu'on a des gens qui sont spécialisés et franchement, quelle belle idée. Tout le monde donne les mêmes types de stages, on ne va pas se mentir. Vu qu'on vient des deux mêmes parents, moi j'en fais un petit comme ça, mais je trouve qu'on vient des deux mêmes parents. Et du coup, l'idée, ce serait de nous montrer les années de pratique, de montrer les... Comment dire ? En fait, c'est très bien pour les anciennes, mais c'est très mauvais pour les nouvelles parce qu'elles se disent, ce n'est pas parce que ça fait deux ans que je suis moins bonne si je pratique énormément et que j'ai fait beaucoup de tests. Donc, il y a tout ça à mettre dans la balance. Et c'est vrai que c'est pas... parce que ça fait deux ans qu'on est moins bonne. Oui, complètement. Et c'est difficile à dire, telle formation est donnée par quelqu'un qui ne fait que ça de sa journée et ça fait trois ans qu'elle pratique comme une dingue. Et donc là, c'est là la problématique. On n'a pas la solution. Mais en tout cas, je sais que c'est un vrai sujet. Et comme tu dis, c'est un vrai sujet sur ne pas échauder des entreprises. Parce que j'en ai des entreprises qui me disent « Ah non, moi, la teinture végétale, je l'ai fait une fois, plus jamais. »
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Maman.
- Marie Foyer
Et ça, ça me brise. Clairement, je me dis non, en fait. Parce que tu vois, avec le podcast, on essaye de lever tous les préjugés avec des invités, des experts qui montrent que c'est possible. On essaye de faire des preuves visuelles avec le magazine, avec les posts Insta, enfin, tout ce que tu veux. Et j'avoue que quand on t'entend, non, une fois, pas deux, ça, c'est dommage. Oui,
- ArtEcoVert Pauline Leroux
ça fait du tort quand même.
- Marie Foyer
Ok, bon alors ensuite on a parlé un petit peu de la transmission, donc toi vraiment c'est le côté, comme tu l'as rappelé, artisanal. Oui. Tu as dit tout à l'heure, tu m'as glissé quelque chose en disant que tu reprenais en gros, que tu allais pas lâcher l'affaire, etc. Est-ce que tu peux nous parler toi de tes projets, des sujets sur lesquels tu es en train de retravailler, si tu as le droit de le dire et si tu es ok de le dire, et comment on peut aider ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Tout le travail que j'avais fait sur le verrerie, j'ai pu le transmettre à Madagascar. un petit peu au Laos aussi. Et je pense qu'en France, ça peut être aussi une première approche assez facile pour justement réintéresser les gens à produire de la soie. Parce que le verrerie, c'est un verre qui est plus rustique que le bonbix, donc plus facile à élever, il y a moins de risque de maladie. Le seul point d'achoppement, c'est qu'il est polyvoltin. pour pouvoir l'élever toute l'année, conserver les souches, en tout cas le verre. Et donc au XVIIIe siècle, quand il y avait eu les problèmes de maladies sur le verre à soie, il y avait eu des essais qui avaient été faits par une importation d'un cousin du verre Éry, qui lui est bivoltin. Donc c'est le Philosamia Cynthia. Le Éry, c'est le Philosamia Cynthia Ricini. Et l'autre qui avait été importé, c'est le Philosamia Cynthia. C'est un papillon qui ressemble beaucoup, mais le cocon est plus orange, gris-orange. Et il en reste en France de cette période-là, parce qu'il s'est sédentarisé dans certains endroits. Et ce que je voudrais, moi, c'est arriver à faire des croisements entre le héritier et le Samia, Cynthia, pour arriver, mais alors ça peut prendre des années, à avoir un héritier qui soit bivoltin. qu'on puisse élever le héry bivoltin avec un cocon blanc. C'est ça qui m'intéresse, moi, savoir un cocon blanc. Et puis, arriver à l'élever en France, en Europe en tout cas, sans avoir ces problèmes de maintien de souche pour l'univers.
- Marie Foyer
Et quand tu disais qu'il faut créer des antennes, est-ce que c'est complexe dans le sens… En fait, qu'est-ce qui empêcherait que tu motives des personnes à élever tes graines, toi ? que tu as choisi, tes croisements, on va dire, et qu'elle t'envoie les cocons, par exemple. Parce qu'il y a des gens qui font ça, tu vois, dans la communauté, il y a des gens qui, chacune cultive de la persiquaire à indigo à différents endroits, tout le monde renvoie à celle qui sait faire le sukumo, donc Caroline Cochet, et elle, elle pratique la technique japonaise et elle renvoie à tout le monde, tu vois, est-ce que ce système-là pourrait pas être, toi tu envoies tes graines et tu donnes quelque chose qui n'est pas trop chronophage à des personnes, elles Merci. et elle t'envoie les cocons ? Il peut y avoir un truc un peu collectif comme ça ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Moi, l'idée, ce serait que elle transforme elle-même leur cocon. Sauf si notre projet dans ce événement en soi, on arrive à pouvoir acquérir des machines plus performantes à ce moment-là pour transformer cette soie-là. Ce ne sont pas les mêmes machines que pour le bon VIX. Donc, c'est encore des investissements. On n'a pas le premier sou. C'est un peu embêtant quand même.
- Marie Foyer
D'accord. Ok. Est-ce que justement dans ces… Donc, toi, tu vas continuer sur le verrerie à essayer d'avoir un verre blanc, enfin un cocon blanc, mais qu'on peut élever facilement et pas tout au long.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Voilà.
- Marie Foyer
Est-ce que tu vois d'autres démarches en France qui réémergent ? Tu parlais tout à l'heure qu'on était là dans la troisième relance avec Michel Costa. Oui. Tu penses à quoi ? On en avait un peu abordé au téléphone. Il y avait, j'ai oublié son nom parce que c'est la reprise, le jeune Alexandre,
- ArtEcoVert Pauline Leroux
je ne sais plus son nom de famille. Oui, qui a repris, là pour les fêtes de fin d'année, a produit des carrés de soie.
- Marie Foyer
Oui c'est ça. Je vais regarder tout de suite. J'ai échangé avec lui très rapidement.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Oui.
- Marie Foyer
Alexandre, tu ne te souviens plus de son nom de famille ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Non, je ne me souviens plus de son nom de famille. Saint-Loup, c'est l'étissage Saint-Loup, c'est la marque Saint-Loup.
- Marie Foyer
C'est l'étissage Saint-Loup, Alexandre, je l'ai là, Lourier, L-O-U-R-I-E. Donc c'est marrant parce qu'on a parlé de cette personne-là pendant la quinzaine de l'agriculture teintoriale quand on parlait des fibres et on m'a dit attention, il y a quelqu'un qui est en train de relancer, donc Alexandre Lourier. Est-ce que tu vois d'autres démarches ? Donc lui, il est basé où ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Dans le sud, je crois, dans le Gard ou dans les Rots par là. En Touraine, il y a justement en lien avec les tissages roses de Tours, la personne qui a racheté les tissages roses...
- Marie Foyer
Arnaud Lebert.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Et donc qui lui aussi a un projet de production de soie sur un domaine dont il est propriétaire, qui replante des muriers et qui a l'intention de produire de la soie aussi.
- Marie Foyer
D'accord, donc tu vois ces deux projets-là, t'en vois d'autres ou pas ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Pour le bonbix, j'en vois pas d'autres, enfin j'ai pas connaissance d'autres, mais puis cette expérience dans les Pyrénées sur le Yamamai...
- Marie Foyer
Génial. Donc on va dire trois projets sur le Bombix, s'il y en a d'autres n'hésitez pas à nous faire un petit signe, un petit commentaire et même en Europe ça nous intéresse. Du coup, comment dire, toi tu vas fonctionner comment ? Est-ce que tu interviens dans ces projets ? Est-ce que tu aides d'une manière ou d'une autre ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Oui, enfin moi je suis partie prenante de Cévennes en Soie. Donc dans le cadre de Cévennes en Soie là, En février, je vais déjà donner une formation sur la transformation artisanale et la teinture végétale de la soie. Avec le CIVAM du Gard. Je suis en pourparlers, mais je ne sais pas si ni quand ça peut aboutir, avec l'école de l'Alen à Val pour donner cette même formation. Et puis moi je suis prête à la donner, que ce soit pris en charge dans la formation continue pour les personnes qui veulent suivre cette formation-là. Le CIVAM c'est avec les agriculteurs mais je pense qu'il y a d'autres fonds de formation. Moi je peux intervenir dans le cadre de structures de formations. Donc s'il y a des structures de formation qui sont intéressées pour avoir cette formation là...
- Marie Foyer
On en a pas mal au bout du fil, enfin tu as Couleur Garance dans le sud, tu as Colors ton monde, pareil c'est l'artprise, désolé les noms ne viennent plus plus spontanément, mais tu as pas mal d'organismes de formation qui écoutent le podcast. Donc voilà, on peut leur dire que toi, tu es en capacité clairement de former là-dessus sur...
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Oui, oui. Et même la formation en question, ça va être sur la transformation, mais je peux aussi donner des formations sur la mise en place de petits élevages.
- Marie Foyer
Ok. Est-ce que... Comment tu vois ? Donc la filière, on en a parlé, trois projets... Donc, comme tu disais, c'est objectif numéro un, laisser un outil en état de marche, former des éleveurs et la formation, clairement. Et puis les investissements, le soutien. Est-ce que Cévennes en soi, est-ce qu'on peut faire des dons ? Est-ce qu'on peut devenir cotisant ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Le problème de Cévennes en soi, c'est qu'on est très peu nombreux. On est un peu la tête dans le guidon quand même. L'idéal, il faudrait qu'on puisse faire un financement participatif Mais on ne veut pas le faire à la légère, il faut que ce soit bien fait. Et là, clairement, on manque de la personne capable de mettre en place ce financement.
- Marie Foyer
Il y a une dame, je vais te filer son contact, qui s'occupe des financements participatifs. Elle prend tout le boulot à sa charge et elle le fait pour des organismes, des particuliers. Parce que tu vois moi pour financer la saison numéro 2025, j'ai fait un financement participatif et j'avais contacté cette dame. Bon il s'avère que ce qu'il fallait payer pour être aidé, je ne pouvais pas le mettre clairement, je devrais le faire toute seule, mais je pense que vous peut-être que vous pourriez vous faire aider. Donc je me le note et je t'enverrai le contact après parce que... C'est l'arthrise et j'ai Alzheimer récoce. Donc, un financement participatif, ça pourrait être une super idée. Donc, aujourd'hui, on ne peut pas faire de dons s'il y a des gens autour du micro qui se disent « tiens, vas-y, il faut vraiment soutenir » . Ce n'est pas forcément possible.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Disons, je trouve que c'est un peu compliqué. Il faut voir aussi comment on va encore continuer à évoluer. Avant de faire appel aux… dont,
- Marie Foyer
moi je vais être sûre que derrière on puisse aller au bout ok d'accord top c'est hyper clair ok j'ai encore un dernier point pour bien tout comprendre parce qu'il s'avère que des fois j'oublie des maillons de la chaîne, je voudrais revoir avec toi les différents métiers de la soie si on fait chaque maillon un à un, est-ce que tu peux nous dire les différentes étapes les différents métiers comme ça c'est bien clair pour tous ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Alors la base c'est l'agriculture, c'est l'élevage Ensuite, il va y avoir le dévidage, l'affilateur. Ensuite, le moulinage. Jusqu'à présent c'était séparé, c'était deux usines séparées. C'est-à-dire que les mouliniers qu'on trouve en Ardèche par exemple, le moulinage c'est ce qui sert à donner la torsion au fil parce qu'en filature de soie, on ne fait que dévider le cocon et les fils ne tiennent entre eux que par la séricine, que par le grès. C'est un fil très raide. qu'on ne peut pas utiliser, c'est une matière brute. Donc après ça, pour donner l'aspect final au fil, il faut le décreuser. Si on décreuse, tous les fils vont se séparer, donc il faut le mouliner. Et puis, il y a des normes de torsion selon les fils qu'on veut faire. Un fil crêpe, il n'a pas la même torsion que je ne sais pas quoi, qu'un organza ou n'importe quoi. Il y a beaucoup de nomenclatures pour ça. Donc le moulinier qui est un travail à part. Ensuite, il va y avoir le teinturier. le tisserand, et puis éventuellement la couturière, et puis les commerçants au bout du compte parce qu'il faut vendre aussi. C'est cette étape.
- Marie Foyer
Et tu teins, donc toi tu teignais le fil ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Moi je teins en fil, oui.
- Marie Foyer
Mais on peut teindre en pièces ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
On peut teindre en pièces avec les équipements voulus, on peut teindre en pièces complètement. On peut faire de la sérigraphie, on peut faire de l'impression au bloc, on peut faire plein de choses après.
- Marie Foyer
On peut faire de l'impression au mordant aussi, d'accord. Donc, sept métiers différents. Ok, maintenant je voudrais te demander, là aujourd'hui, dans les personnes inspirantes autour de la soie, tu penses à qui ? S'il y a quelqu'un que tu suis tout le temps sur les réseaux ou quelqu'un dont tu suis le travail qui t'inspire sur la soie, tu dirais qui ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Sur la soie en elle-même, on manque un peu quand même. Mais au niveau de la soie et teinture, il y a quand même une personne... que je suis depuis plusieurs années et que vraiment je soutiens beaucoup. C'est une jeune designer française qui s'appelle Camille Bertrand. Son nom de scène, entre guillemets, c'est brodeuse voyageuse. Donc Camille, moi je l'ai connue parce qu'elle est venue se former à la teinture végétale chez moi. Je lui ai donné vraiment les bases et... Elle a suivi plein d'autres formations, etc. C'est vraiment donné à fond. ce n'est pas le nombre d'années, c'est vraiment la qualité du travail. Et Camille, elle est installée au Maroc maintenant. À la base, elle est brodeuse, mais elle a quand même un champ d'investigation qui est un peu plus grand. Au Maroc, elle travaille avec des coopératives de femmes qui font des tapis. Et puis... Au niveau de la soie, c'est assez rigolo parce que j'ai un ami qui était moulinier. qui m'a dit : "je vais être un petit peu technique, mais pour le moulinage, autrefois on travaillait à partir d'échevaux, maintenant on travaille à partir de bobines. Quand on fait des échevaux il y a des points d'attache qu'on appelle le capillage, donc c'est des bouts de fil qui font une petite chaîne pour bloquer les fils, pour ne pas qu'ils se mélangent. Donc dans cette usine-là ils avaient coupé des fils de capillages d'avance dont ils n'avaient plus besoin. Il m'a dit : "Je dois avoir 7 ou 8 kg de fils, est-ce que ça t'intéresse ? " Donc, fil coupé, j'ai dit : "Bah oui, moi pour la broderie c'est toujours intéressant." Et j'ai reçu plus de 100 kg de fils. Donc, j'avais acheté un petit prix vraiment symbolique. Et Camille se trouvait chez moi quand j'avais reçu ces paquets là. Et je lui ai dit : "Mais qu'est ce qu'on peut faire de tous ces fils là ? " Et puis il m'a dit : "Des tapis, bon sang ! " Et voilà donc Camille... a récupéré une partie de ce stock-là, parce que Camille travaille aussi beaucoup sur la récupération. Elle fait beaucoup de choses là-dessus. Et elle teint en teinture végétale et elle a fait une gamme de tapis, coussins à partir de ces fils-là. Elle s'en sert toujours pour sa broderie, etc. C'est une fille qui est tellement intègre, qui est tellement... Elle a une tête très bien faite. Dans sa tête, tout fonctionne bien. Voilà, elle a un but et elle sait où elle va dans son but. Donc elle a des valeurs, elle se tient à ses valeurs. Et la teinture végétale en fait vraiment partie. Elle donne des cours aussi maintenant. Donc franchement, c'est une jeune personne, mais c'est vraiment des gens comme ça dont on a besoin aujourd'hui.
- Marie Foyer
C'est génial. Donc pour savoir qui fédère selon toi autour de la soie, tu dirais Cévennes en soi aujourd'hui ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Oui, je vois que ça. Alors il y a quand même un groupe d'études qui est intéressant. Sophie Desrosiers, c'est une historienne du textile, une ethnologue, qui travaille encore à l'école des hautes études à Paris et qui a fondé un groupe Soie, notamment Soie Sauvage. Donc on travaille ensemble là-dessus. Et donc ils sont en train de faire tout un travail avec Nicolas César. Nicolas César qui est ethnologue. au Muséum d'Histoire Naturelle et au Musée de l'Homme. Annabelle, j'ai oublié son nom de famille, qui est belge, qui travaille aussi dans ce cadre-là. Donc ils forment les étudiants et font un tas d'études sur les soies sauvages, comparaison entre les soies sauvages. Donc ça c'est un groupe qui est très intéressant et qui aussi sort des publications, des choses comme ça.
- Marie Foyer
Est-ce que tu as un livre que tu recommanderais aux gens qui soit découvrent la soie avec notre épisode ? Parce que je te dis, j'ai cherché, on ne va pas se mentir, je te l'ai dit, j'ai mis du temps. Un livre qui pourrait reposer les bases de la soie ou une source, quelque chose qui…
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Il y en a plein de livres sur la soie, mais je trouve que c'est toujours pareil. Il y a toujours le chapitre sur l'élevage des vers à soie, et puis on arrive toujours au textile lyonnais, toutes ces choses-là. Il y a eu des livres dans le temps, mais je pense qu'ils ne sont plus édités maintenant, au moment des relances justement, donc des livres. Mais je sèche, là je sèche.
- Marie Foyer
Tu vas nous écrire un livre Marie ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Oui, il faudrait !
- Marie Foyer
Tu vois pas, tu pourrais y remettre tout.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
À un moment donné, je voulais vraiment faire un livre sur les soies sauvages parce que moi, c'est vraiment des soies que je préfère. Mais bon, il faut le temps, il faut l'éditeur, il faut tout ça. Maintenant,
- Marie Foyer
tu peux auto-éditer ? Tu peux le faire toi-même ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Oui, maintenant, oui. Maintenant, c'est plus facile. Je manque un peu de temps.
- Marie Foyer
Dans la transmission, comme tu disais que c'était vraiment... Oui,
- ArtEcoVert Pauline Leroux
mais c'est vrai,
- Marie Foyer
Ce serait génial. Ok, donc des livres, tu n'en as pas un particulier qui sort du lot ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
immédiatement, je vais re-regarder dans ma bibliothèque et je te dirai spontanément non, pourquoi pas
- Marie Foyer
Marie franchement c'était un super épisode j'ai appris plein de choses je voudrais savoir la question traditionnelle est-ce qu'on a oublié quelque chose ? est-ce qu'il y a une étape ? à priori non je pense qu'on a bien fait le tour ok la question c'est à qui tu voudrais passer le micro je crois que j'ai une petite idée du coup Tu peux passer le micro pour qu'on continue ces explorations ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Je pense à Camille Bertrand.
- Marie Foyer
J'avais saisi du coup. Donc top, je vais contacter Camille. Est-ce que tu as une bouteille à la mer, quelque chose pour... soit qu'on aide la soie, soit une réflexion que t'as envie de partager avant qu'on ne se quitte ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Non, la bouteille à la mer, disons que mon vœu le plus cher ce serait qu'on puisse avancer. On avance sur le projet de Cévennes en soi, mais à tellement petits pas qu'on a l'impression de faire du sur place des fois. La tâche est immense. Je ne sais pas ce qu'il faudrait... Si par exemple un technicien textile en retraite pouvait consacrer quelques heures à aller dans les Cévennes pour voir nos machines, parce qu'il y a des machines qu'il faut qu'on remette au point, il faut qu'on réinstalle un atelier. Quelqu'un vraiment... qu'ils soient vraiment formés là-dedans. Parce que, par exemple, on a une cardeuse. Moi j'avais acheté une cardeuse pour la laine parce que j'avais travaillé la laine à un moment donné. Les crochets pour la soie ce n'est pas les mêmes. Il y a des réglages. Moi je ne suis pas assez technicienne. Il me faudrait vraiment un technicien qui puisse revoir nos machines et nous aider à les mettre en route.
- Marie Foyer
Surtout, moi je le dis encore une fois très clairement, toutes les personnes qui peuvent aider Marie d'une certaine manière, soit... la technique, soit qui ont envie de monter un élevage soit qui ont envie d'apprendre à teindre la soie ou qui s'intéressent à la soie qui sont comme nous un peu chauvins de remettre des filières c'est pas être chauvin je pense que c'est nécessaire sans blague moi j'appelle ça maintenant on l'entend souvent ce mot c'est la souveraineté et moi tu vois maintenant sur la couleur végétale j'aimerais qu'on soit souverain sur cette couleur végétale mais bon le chemin est tellement long on a une montagne devant nous
- ArtEcoVert Pauline Leroux
à gravir.
- Marie Foyer
En tout cas, Marie, franchement, je te remercie énormément parce que j'ai mis tellement de temps à trouver la personne qui pourrait nous parler correctement des soies et qu'on apprenne tout ça à décortiquer et à voir ce qui n'est pas dit non plus dans les livres. Franchement, un grand merci. Je mettrai, si t'es ok, ton adresse mail pour que celles qui veulent se faire former ou les organismes qui nous écoutent, qui ont envie de pouvoir donner ta formation, puissent te contacter. Avec grand plaisir, franchement. Merci beaucoup d'être venu tout expliquer à une novice, clairement, j'ai appris plein de trucs, c'était génial. Et bah écoute, je te dis à bientôt, j'espère qu'on se tiendra au courant, soit si toi tu as des projets qui continuent ou si t'as des gens qui viennent, qu'on se dise un peu comment ça a pris ou quoi.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Oui, oui, oui. Moi j'aimerais bien garder le contact, c'est sûr.
- Marie Foyer
Avec plaisir, de toute façon mes invités, je garde contact, je les... Voilà, c'est important, je trouve que c'est hyper intéressant ce que vous transmettez, donc Merci beaucoup Marie et puis on se dit à très bientôt et je contacterai Camille pour la suite des épisodes.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Entendu, merci à toi en tout cas.
- Marie Foyer
Au revoir. Je vous invite à me rejoindre sur ma page Instagram ARTECOVERT pour y découvrir le nom des prochains invités. Je me permets de vous rappeler que la seule manière de soutenir ce podcast est de le noter et le commenter sur la plateforme d'écoute de votre choix C'est ainsi qu'on arrivera à faire porter la voix de ces passionnés de la couleur végétale. Merci à tous ! Savoir si vous allez aimer, les mots clés du podcast ArtEcoVert : teinture végétale plantes tinctoriales indigo garance encre végétale couleur végétale colorants végétaux pigments végétaux coloration capillaire végétale fibres naturelles colorants biosourcés tanins teinture naturelle plantes artecovert couleurs de plantes design végétal couleur jardin agriculture tinctoriale indigo tendance innovation nuances cosmétiques biotechnologies couleurs du vivant