- Abdelmajid
À Neuilly, ils ont peur des petits de nanterre, plus particulièrement des petits des Pablo (Picasso). Moi, genre à 3 piges, je maîtrisais la langue des signes à 100%. Quand on te dit « Maître, à vous la parole » , quand tu te lèves, tu as toute la pièce qui te regarde, qui n'écoute que toi, et que tu plaides, tu n'es plus l'invisible, tu es le principal.
- Ossama
On dit qu'on n'a qu'une vie. Et si en vrai, on n'avait qu'une seule moi ? Moi, c'est Oussama. J'ai vu ma vie défiler et depuis, j'ai changé de mental. De l'usine à la fac et de la fac à l'entrepreneuriat, j'ai lancé Artisan d'Esprit. Et si t'es ici ? C'est pour entendre des récits vrais de gens qui doutent, qui tombent, mais qui avancent avec foi. Notre but, valoriser les quartiers de France. Parce qu'ils portent des talents, des rêves et des combats. Artisans de l'Esprit, c'est des échanges sincères, authentiques et sans langue de bois. N'écoute pas les conseils des gens. Écoute leur histoire. C'est maintenant sur Artisans de l'Esprit. Abdel Majid ou Maître Benamara, bienvenue chez Artisans de l'Esprit. Très content de vous voir et de vous recevoir ici même.
- Abdelmajid
Merci pour l'invitation.
- Ossama
Avec plaisir. Tu sais que t'es un des premiers que j'ai mis sur la liste des invités avant même que je lance le podcast.
- Abdelmajid
Donc avant 2021.
- Ossama
Ouais. Tu te rends compte ou pas ?
- Abdelmajid
Il y a genre 3-4 ans.
- Ossama
Plus que ça même, on est en 2025. C'était 2020.
- Abdelmajid
C'était un honneur. Oussama, merci beaucoup.
- Ossama
Avec plaisir. T'as vu ? Homme de parole.
- Abdelmajid
Homme de parole. Même si t'as attendu 5 ans.
- Ossama
Ouais, cela va de soi.
- Abdelmajid
Vaut mieux trop tard que jamais.
- Ossama
Alors ça, c'est peut-être une technique d'avocat qui veut faire culpabiliser. Ne t'en fais pas, on verra tout à l'heure. Mais dis-moi, tu connais la première question ?
- Abdelmajid
Oui, parce que j'écoute depuis toujours tes podcasts. Toujours. Tu as toujours des invités d'exception. C'est la question, si je me souviens bien, c'est est-ce que ton cœur va bien ?
- Ossama
Comment va ton cœur ? Comment va ton cœur ? Abdelmajid.
- Abdelmajid
Eh bien, très bien. Très, très bien. Épanoui. Dans mon métier, dans ma vie privée, je suis tranquille. Mon cœur est tranquille.
- Ossama
Très bien. Pourtant, tu as une posture très fermée. Qu'est-ce qui se passe ?
- Abdelmajid
Parce que j'ai des petits problèmes de dos. Et tu n'as pas forcément les fauteuils pour. C'est des tabourets. Donc, je suis obligé de tenir mon dos comme ça avec mes bras. Mais non, je suis très ouvert. Ne t'inquiète pas. Moi aussi, j'essaye un peu de... d'interpréter les postures. Et évidemment que lorsque quelqu'un a les bras croisés, ça veut dire qu'il est sur la défensive, qu'il n'est pas forcément à l'aise. Non, mais non, c'est juste un problème de dos, c'est juste ça.
- Ossama
Eh bien, ça tombe bien parce que la posture, ça va être le sujet, le fil conducteur un peu de ce podcast-là à travers ton parcours, bien entendu. Mais avant ça, deuxième question pour toi. Est-ce que tu peux nous raconter ta jeunesse, mais à travers ton quartier ?
- Abdelmajid
Alors moi, j'ai grandi Avenue Pablo Picasso à Nanterre. C'est une grande avenue qui regroupe plusieurs cités. Plusieurs cités, on a les tours aïeaux, tours nuages, etc. De Pablo Picasso. De Pablo Picasso, du coup. Du coup, on a plusieurs cités, plusieurs quartiers dans un même grand quartier où on a une dizaine de milliers d'habitants. Donc voilà, j'ai grandi dans ce quartier-là, pas forcément dans les Touraillaux, pas forcément dans la cité la plus chaude de Pablo Picasso, mais j'ai fait le collège, l'école, la maternelle, le lycée, j'ai tout fait là-bas. Un antérien à
- Ossama
100%. Très bien, raconte-nous un petit peu ta jeunesse alors, c'est quoi tes premiers souvenirs ?
- Abdelmajid
Moi, mes premiers souvenirs, c'est École Pablo Picasso. Là, quand je dois me rappeler de ma jeunesse dans mon quartier, dans ma cité, c'est l'école Pablo Picasso, c'est les matchs de foot, sans cage, sans marquage au sol, sans arbitre, avec des taclés à la gorge, des attaques, etc. Donc c'est ça, mes premiers souvenirs un peu. La maternelle, je n'ai pas trop de souvenirs. Ça remonte assez loin. Et ensuite, l'évolution, collège Évariste Galois, un collège qui est en plein milieu du quartier, qui est entouré lui-même de bâtiments. Les parents de leurs bâtiments peuvent voir leurs enfants jouer dans la cour de récréation. T'es piqué à chaque fois,
- Ossama
t'es piqué et par les profs, par les parents.
- Abdelmajid
Par les PE et par les parents en même temps. Donc voilà, un collège assez chaud. pour ne pas dire le collège le plus chaud de Nanterre en réalité. Et ensuite, on continue, on ne lâche pas, on se tient, on essaie de tenir le cap, d'essayer d'avoir des... un peu de bonne note, ne pas avoir d'avertissement de travail, pas avoir d'avertissement de conduite, essayer de rendre un peu fier ses parents, et en même temps, ne pas apparaître pour un peu l'antello, donc tenir un peu, garder un peu la face en face des potes, parce que l'étiquette d'antello, tu sais, quand on est au collège, tout ça, c'est pas la meilleure des étiquettes. Donc voilà, essayer de trouver un espèce d'équilibre et faire mes 4 années de collège dans cette cité.
- Ossama
au-delà du parcours scolaire, comment tu t'amusais dans le quartier ? C'était quoi vos occupations ?
- Abdelmajid
En réalité, moi, j'ai eu la chance d'habiter dans une des premières cités de l'avenue, en réalité. Donc, ça commence à partir de 20, ça finit à partir de 100. Donc, moi, j'ai pu grandir dans une des premières cités de cette avenue. Et on a eu cette chance dans cette cité d'avoir euh... Beaucoup de copains de la même génération. Donc moi j'ai 30 ans aujourd'hui, je suis en 94, et c'est facile pour nous de retenir 94, 95, etc. Quand on pense à la génération, j'avais beaucoup de gars qui étaient des 94 et des 95. Donc 30 ans, 29 ans aujourd'hui. Et du coup on était un bon groupe, bien soudés, et on tapait dans le ballon toute la nuit en bas de la maison. On tapait... T'as fait pas des gens ? On tapait des ventes. Mais en fait, franchement, jusqu'en troisième, c'était bon délire. Parce qu'il n'y avait pas encore certains potes, certains copains qui ont commencé à vendre, qui ont du stupéfiant, etc. Ça restait bon délire jusqu'à fin collège. Donc, on faisait des gamelles, on faisait des cache-cache. Les classiques, quoi. Les classiques en bas de la cité et les grands de la cité qui vendaient. Qui, eux, vendaient. avait pour principe de ne pas nous influencer. Ça, c'était fou. On avait genre deux, trois grands de tête de la cité qui vendaient, et eux, et ça leur tenait vraiment à cœur, ils ne voulaient pas nous faire rentrer dedans. C'est-à-dire qu'une génération, 94, 95, on était une bonne vingtaine quand même. Et eux, c'était non, non. Quand il y avait des petits en quatrième, troisième qui commençaient à essayer de pouvoir avoir un petit job en bas du bâtiment.
- Ossama
faire la perm comme on dit etc eux ils se disaient non non non t'es un petit de la cité cette cité va pas toucher à ça nous on a déconné mais vous vous allez pas faire ça c'est marrant tu dis ça parce que quand je repense un peu à tout ça il y avait vraiment le truc de très discret c'est pas un truc qu'on voit par rapport au rap etc et encore moi je suis génération 87 donc mes grands ils étaient encore plus grands que les tiens de base et en même temps les seuls trucs c'était il y avait ce respect on savait même pas en fait on savait même pas ce qu'ils faisaient et quand ils nous demandaient un truc du style vas-y va à la boulangerie ou t'as pas à me chercher une canette il y avait toujours le truc de il prend toi un truc ou garde la monnaie tu vois là maintenant je crois que les générations ont bien bien changé mais il y avait toujours cette discrétion cette pudeur par
- Abdelmajid
rapport à ce truc là je suis d'accord petite anecdote un des grands m'avait envoyé lui acheter une canette et il m'avait donné genre un jeu de PSP un truc à genre 30-40 euros à l'époque c'était un ça pour avoir ça nos parents ne sont pas aisés donc pour avoir un jeu c'était une fois dans l'année j'étais choqué pour aller chercher une canette donc effectivement la discrétion on ne voyait pas, ils étaient discrets ils n'essaiaient pas de nous influencer et je pense que c'est un des éléments de mon parcours de vie qui fait que je ne suis pas forcément tombé dedans
- Ossama
Donc tu grandis dans un environnement qui n'est pas forcément stable Au-delà de l'environnement familial, j'entends. Est-ce que tu te rends compte de tout ça ? Est-ce que c'est normal ? Est-ce que c'est pas normal ?
- Abdelmajid
Pour nous, c'est normal. Pour nous, c'est normal. Tout ce qui se passe, c'est normal. On sait que les grands, ils vendent. On sait qu'il y a des grosses voitures, des grosses Mercedes qui passent, qui en trompent, qui font du bruit. On sait que c'est pas de l'argent légal, entre guillemets. Mais nous, c'est la normalité, c'est la routine. Donc nous, avec les potes, on va au collège. On voit que ça bicrave en bas de certaines tours, etc. Nous, c'est la routine, c'est comme ça. On ne se dit pas qu'ailleurs, à une ville à côté, Neuilly, parce que nous, on est collés à Neuilly par la défense entre Paulo Picasso et... Je ne sais pas si tu as vu Neuilly sur scène. Il y a un petit clin d'œil à les Picasso. Les Picasso, ça va être les... Je ne sais pas si tu as... En gros, dans le film, tu as Boudère qui est dans le film. Boudère, il... En gros, il fait partie des Picasso. Il fait partie de la cité Pablo Picasso. Et c'est Boudère qui vient pour racketter les petites de Neuilly-sur-Thème. Donc en gros, à Neuilly, ils ont peur des petites de Nanterre, plus particulièrement des petites des Pablo. C'était une petite anecdote. Mais du coup, par exemple, à Neuilly, moi je me dis de toute façon, je n'étais jamais allé à Neuilly au collège. Mais je me dis, voilà, Neuilly à côté, à Colombes, c'est la même chose. C'est la même chose partout. Je ne dis pas que c'est... particulier à cette ville et que le trafic, en fait, il n'y a qu'est-ce que pas dans certaines autres villes.
- Ossama
Tu vois, la particularité des Picasso, c'est qu'en bas des tours, ou en tout cas à proximité vraiment très proche, tu vois la défense, tu vois les grosses tours, les grosses banques, etc. Et comment, tu vois, quand tu vois ton quartier, et à côté tu te dis que c'est le centre des affaires, comment tu vois un peu ce paroxysme ? Comment tu le vis ? Est-ce qu'il y a une remise en question ? Est-ce qu'il y a un truc autour de ça ?
- Abdelmajid
Moi, je me suis toujours dit, j'ai toujours cette image-là. Quand je vois, parce que nous, on les croisait, tous ces gens en costard, cravate, ces femmes en tailleur, etc., qui allaient à la défense. Parce que les touraillots s'écolaient autour de la défense, donc la Société Générale, etc. Et on se dit, mais... Ils sont là, dans leur tour d'ivoire, etc. Ils doivent bien gagner leur vie. C'est ce que je me disais quand j'étais un peu plus jeune. Ils nous voient, ils voient le trafic de scupe, ils voient que ça va mal, que ça va pas, que tout est délaissé, etc. Comment ils font pour fermer les yeux ? Je me disais, comment ils font pour fermer les yeux ? J'étais un peu dans une espèce d'utopie où je me disais, tout le monde doit s'entraider. Si à côté, tu as des grandes tours qui font des milliards de chiffres d'affaires par an, je me disais pourquoi eux, ils ne nous aideraient pas. Je ne comprenais pas au début que c'est des entreprises privées qui ont leur propre objectif à la fin de l'année financier. Et qu'à côté, tu as Nanterre, tu as la mairie de Nanterre, tu as des associations. Pour moi, tout était un peu mélangé. On était tous des frères. C'était fraternel, c'est l'égalité. fraternité, etc. Et je me disais comment eux, genre, ils ne font pas partie de notre monde alors qu'ils sont à une rue des Pablo. Je ne comprenais pas. Je ne comprenais vraiment pas. Et ensuite, je me suis rendu que c'est chacun pour sa peau, chacun pour sa pomme, et que la Société Générale, il y a deux tours de la Société Générale juste collés à Pablo Picasso, ils font le rezeil. Et voilà, tu vois.
- Ossama
Normal.
- Abdelmajid
Normal. Ils ne vont jamais se dire, pourquoi pas investir dans les quartiers, investir juste à côté, parce qu'on est en face de sa fenêtre. Le trader, il voit la petite maman avec ses packs de course, avec son caddie, il voit les voitures brûlées, il voit tout ça. Chacun pour sa pomme.
- Ossama
Chacun pour sa pomme. On s'est rencontrés, tu étais en fin d'année de lycée, tu passais le bac. On travaillait ensemble en animation, donc à Nanterre. Et je me souviendrai toute ma vie, le jour où je t'ai demandé, ok, tu veux faire quoi après le bac ? Et t'as hésité avant de me le dire, parce que t'es quelqu'un déjà qui est pudique de base, mais qui en plus de ça, j'ai l'impression est méfiant. Tu vois ce que je veux dire ? Quand je dis méfiant, c'est, je veux pas raconter ma vie à n'importe qui. Dans le sens où... Les gens parlent pour rien, surtout tant que t'as pas validé les trucs. Et tu me regardes droit dans les yeux, tu me dis, moi je vais être avocat.
- Abdelmajid
Tu t'es fait confiance.
- Ossama
Tu m'as fait confiance.
- Abdelmajid
Tu t'es fait confiance.
- Ossama
Eh oui.
- Abdelmajid
Je l'ai pas dit à tout le monde.
- Ossama
Tu l'as pas dit à tout le monde. Et je me souviens, pendant tout le processus d'études, tu étais très discret sur ça. Mais d'où elle vient cette réticence, cette pudeur-là ?
- Abdelmajid
Est-ce compliqué ? Tu sais, quand tu es un petit rebeu de quartier et que tu dis que tu veux devenir avocat, il y a trois écoles. Il y a les gens qui vont te soutenir. Ils sont très peu nombreux. Donc ça va être ton papa, ta maman et encore, et encore mon papa. Combien de fois il m'a dit Abdel... Plus 5, c'est beaucoup. Plus 7 à la fin, mais plus 5, c'est beaucoup. Il vient travailler avec moi en tant que manutentionnaire. Il a un bon salaire à 1500 euros. C'est un peu plus que le SMIC. Il était à 1200 à peu près à l'époque. Et tous les ans, il me disait, Abdel, viens. Il ne comprenait pas que ça me mettait des bâtons dans les roues. Et il ne le savait pas. Et lui, il voulait juste mon bien.
- Ossama
C'est de la bienveillance.
- Abdelmajid
C'est de la bienveillance. Il voyait que c'était trop long, que je pouvais lâcher, que j'avais des risques. Et lui, il disait, Abdel, tu peux bosser avec moi. Tu peux faire les rayons à Carrefour, tu vois. Mon père faisait les rayons à Carrefour. Donc voilà, t'as la première école des gens qui vont te soutenir. Ils sont pas beaucoup, vraiment vraiment pas beaucoup. T'as la deuxième école des gens qui vont se moquer. classique dont mes potes, beaucoup beaucoup de potes tu vois qui se moquaient qui se moquaient de moi en me disant vas-y c'est pas pour nous arrête tes conneries et la troisième école qui vont qui vont te dire c'est pas possible qu'ils vont pas se moquer qui vont te dire entre guillemets avec bienveillance tu vois écoute Abdel c'est pas possible non avocat mais t'es un malade toi tu connais un avocat dans ta famille c'est pas ma question c'est qu'il n'y avait pas de modèle bah non moi j'ai connu bah je connaissais aucun avocat.
- Ossama
Si, il y en avait un quand même qui était de Nanterre.
- Abdelmajid
Il y avait un avocat de Nanterre il s'appelait Morad Falek, enfin il s'appelle toujours, il est toujours en exercice que je salue d'ailleurs, Morad Falek c'est le seul, c'était l'avocat un peu des copains Il y en avait un autre. Lequel ?
- Ossama
L'avocat de Dieudonné à l'époque où il y avait tous ces procès.
- Abdelmajid
Oui mais il n'était pas entre guillemets il a grandi à Nanterre, entre guillemets dans le quartier des Canibous si je me souviens bien mais il n'était pas connu à Nanterre en tant qu'avocat Moi qui ai agrandi Pablo Picasso et qui avait beaucoup de potes qui allaient en prison, c'était souvent Morad Falek. C'était l'avocat à contacter et c'était le seul avocat. Et je n'avais aucun lien avec lui. Je ne le connaissais pas du tout. Je n'ai jamais eu aucune occasion de lui parler. Donc non, moi, en tout cas, dans mon entourage, dans ma famille, je n'avais pas d'avocat. Dans mes amis, je n'avais pas d'avocat. Les amis de ma famille n'avaient pas d'avocat, etc.
- Ossama
Donc pas de modèle.
- Abdelmajid
aucun.
- Ossama
D'ailleurs, d'où ça vient cette envie d'être avocat ?
- Abdelmajid
C'est les parents. C'est mon histoire personnelle par rapport à mes parents.
- Ossama
Qui est ?
- Abdelmajid
Comme tu le sais, parce que tu me connais depuis 10 ans. C'est très simple. Moi, mes parents sont sourds et ils sont muets. Du coup, ils ne parlent pas, ils n'entendent pas. Du coup, j'ai dû traduire, j'ai dû faire l'interprète, le défenseur de leurs droits, etc. pendant toujours.
- Ossama
Tu as appris à lire, j'imagine ? lire, écrire...
- Abdelmajid
Alors, en fait, moi, ma première langue, ma langue maternelle, c'est la langue des signes. En fait, la première langue que j'ai pu apprendre, c'est la langue des signes. Donc moi, je parlais avec les mains. Ma première langue, c'est les mains. Du coup, quand je suis arrivé à la crèche, quand ma mère m'a déposé à la crèche, je parlais avec mes mains, avec les adsem, je crois qu'on appelle ça les adsem. avec le personnel de la crèche, je parlais avec les mains, et du coup, elle ne comprenait pas ce que je voulais dire. Ma mère avait pris une feuille, elle avait écrit, elle avait montré certains gestes que je faisais, comme par exemple le mot « eau » . C'est très classique, « eau » , « manger » , tu vois. Elle disait « ça, quand il vous fait ça, ça veut dire eau, quand il vous fait ça, ça veut dire qu'il a faim, ça veut dire qu'il a envie d'aller aux toilettes, etc. » Bref, voilà. Donc, un peu le B.A.B. en langue des signes. Donc, c'est à la crèche que j'ai appris à parler français, parce que moi, je ne parlais pas français. Je ne parlais pas. Je parlais en yaourt. C'est un peu comme les films, tu vois.
- Ossama
C'est un métier en part entière dans le rap, ça, aujourd'hui, le yaourt.
- Abdelmajid
Exactement, exactement. Une espèce de langue étrangère inconnue. Et du coup, je parlais avec les mains. Voilà, donc c'est ma langue maternelle. J'ai appris directement à parler avec les mains. Donc je parle toujours la langue des signes. Donc là, actuellement, j'ai des clients qui sont sourds et muets. On dit malentendants. si on veut être précis. J'en ai plusieurs dans plein de domaines différents. C'était un peu la parenthèse. Au fur et à mesure, tu aides tes parents, tu les accompagnes à la préfecture, tu les accompagnes à la mairie, tu les accompagnes aux impôts, tu les accompagnes, tu les accompagnes, tu réponds au téléphone. Par exemple... Je m'étale, je me disperse un peu, mais par exemple dans mon carnet de santé, il y a écrit qu'à l'âge de 3 ans, je parlais la langue des signes de manière complète. C'est moi qui traduisais 3 ans, je ne sais pas si tu as des enfants, des neveux, moi j'ai un gosse de 3 ans, mon gosse de 3 ans, il ne parle pas à 100% français. Il y a plein de mots qu'il ne connaît pas, qui bug, il n'arrive pas à les prononcer, etc. Moi, à trois piges, je maîtrisais la langue des signes à 100%. Pas à 100%, mais en tout cas, je communiquais, je faisais la traduction entre mes parents et le médecin. Et du coup, il avait écrit, j'ai toujours mon carnet de santé, donc je l'ai gardé. Mon père, il a eu cette excellente idée de tout garder et de nous remettre à nos 18 ans, nos carnets de santé intactes. Et du coup, ça m'a surpris et ça m'a mis un peu l'alarme. Allez, je me suis dit putain, j'avais 3 ans, j'avais les épaules. J'avais les épaules et mes parents me faisaient confiance et je traduisais tout. Donc au fur et à mesure, quand mon père avait des problèmes à la mairie, qu'il m'appelait, qu'il me disait Abdel, 6 ans, 7 ans, 8 ans, n'importe. Qu'il me disait Abdel, il faut que tu viennes avec moi, il faut qu'on aille à la mairie, il faut que tu traduises. Parce qu'il y a beaucoup de gens qui ne font pas d'efforts, beaucoup de gens qui font semblant de ne pas comprendre, qui ne font pas de mimes, qui ne veulent rien comprendre, qui ne veulent rien savoir, qui me... Tu l'aimes quoi. Ils ont la flemme.
- Ossama
Ils ont la flemme.
- Abdelmajid
Vous ne parlez pas, monsieur ? Revenez avec un interprète.
- Ossama
Ah ouais ?
- Abdelmajid
Revenez avec un traducteur. Aucun effort. Et donc, au fur et à mesure, tu deviens un peu l'avocat des parents.
- Ossama
Je vois.
- Abdelmajid
Et après, quand tes parents te disent, je vais appeler mon avocat, mon avocat, mon avocat, mon avocat, ils te disent, toi, mon fils, tu seras avocat plus tard. Tu défends la veuve et l'orphelin. Oui,
- Ossama
c'est ce que tu as interprété, parce que c'était plus, toi, mon fils, vas-y, viens, ne te prends pas la tête, viens travailler à Carrefour. Mais est-ce que ça ne te met pas dans... très tôt dans un instinct de survie.
- Abdelmajid
Ça m'est un espèce de truc où je dois protéger ma famille, protéger mes parents, me protéger. Quand j'ai eu une petite sœur, juste deux ans après, c'est une 96, donc on a deux ans d'écart, il fallait que je protège ma sœur aussi, ensuite mon frère, ensuite mon autre sœur, et ainsi de suite. Je suis l'aîné de la famille, d'une fratrie de cinq enfants, donc j'ai dû avoir les épauleter. Très rapidement.
- Ossama
Donc très tôt, tu as dû te mettre dans la posture du deuxième chef de famille, qui avait, peut-être même le premier en soi, qui avait des responsabilités vis-à-vis de sa famille.
- Abdelmajid
C'est ça.
- Ossama
Et je pense qu'au ressenti de ce que je vois, pour moi, c'est encore le cas aujourd'hui. Mais moi, ce qui m'intéresse là, c'est que tes parents sont sourds et muets. Toi, t'as... T'as hérité de ce problème-là, apparemment, où t'as eu des... Oui, oui, oui. Là,
- Abdelmajid
actuellement, comme tu peux le constater, là, ce sont des appareils auditifs. Donc, je suis appareillé, moi. C'est assez discret, surtout avec ma tignasse.
- Ossama
C'est pour ça ! C'est pour ça !
- Abdelmajid
Donc, voilà, je suis appareillé. J'ai perdu l'audition. En fait, moi, j'ai perdu 60% de mon audition.
- Ossama
Oui.
- Abdelmajid
Donc il m'en reste 40% Il y a plein de trucs que je n'entends plus Les chuchotements, les clignotants Il y a plein de trucs que je n'entends plus Et du coup je suis obligé d'être à Paris pour ça Au début c'était très très compliqué
- Ossama
Je me souviens parce que le jour où tu me l'as annoncé C'était une claque Déjà pour moi mais aussi pour toi Je l'ai vu dans tes yeux Comment tu l'as vécu ?
- Abdelmajid
C'était très très dur, pas de mentir
- Ossama
Parce qu'on t'annonce Que peut-être un jour tu...
- Abdelmajid
En fait, on t'annonce que tu perds ton audition et que c'est de pire en pire et que plus les années passent et plus tu perds ton audition, le jour où il n'y en aura plus, tu vois. Et que tous les ans, quand tu vas faire un contrôle, tu vois qu'en fait, ça baisse. Et c'était très, très dur pour moi. Moi, au début, je ne voulais pas l'accepter. Je ne l'assumais pas. Donc, quand j'étais à la fac, en fait, j'ai découvert du jour au lendemain que j'avais perdu mon audition parce que du jour au lendemain, je me réveille, j'entends des acouphènes. Alors le beat... Vraiment, du jour au lendemain.
- Ossama
Il n'y a pas eu de transition incroyable.
- Abdelmajid
Du coup, je me réveille un matin des acouphènes. Mais c'est quoi ce délire ? Je me dis, bon, c'est déjà arrivé d'avoir des acouphènes, tu vois, après un concert ou après... Ça ne veut pas partir. 24 heures, 48 heures. Et quand les gens, ils parlent, ils parlent, mais genre moins fort que les acouphènes. Attends, les gens, ils chouchotent ou... Et je demandais à chaque fois aux gens de répéter, à chaque fois de parler plus fort, etc. Mais ils ne comprenaient pas. Ils disaient, mais je t'ai toujours parlé comme ça, c'est ma voix normale, tu me demandes à chaque fois. Moi, j'ai des acouphènes, en fait. Donc, il faut que tu parles au-dessus de mes acouphènes. Sinon, mes acouphènes cachent le son de ta voix. Donc, voilà. J'étais à la fac. J'ai découvert ça en deuxième ou en troisième année. Et mes potes, du coup, après, me faisaient des blagues. Des petites blagues. Ils chuchotaient, ils m'insultaient pour rigoler. En chuchotant. À l'ABU, par exemple. Ça, ça m'a marqué. Je me souviens de l'époque BU où je révisais le barreau, etc. Je bosse, je bosse, je bosse, et tout. Et en fait, j'entends autour de moi, ça rigole. Je regarde à ma gauche, à ma droite, ils sont en train de rigoler. Pourquoi les gens rigolent ? Et je regarde en face de moi et en fait, je vois que c'est mon pote qui me dit « Tu gosses, tu bâtard ! » Et tout le monde rigole. Moi, je n'entends pas, ça fait cinq minutes, tu vois. Et je n'acceptais pas forcément ma surdité. Donc, ça ne m'avait pas fait rire, tu vois. C'est une anecdote, mais voilà. Là, aujourd'hui, j'en souris, j'en rigole. En plus, c'est un très bon pote à moi, qui a lui aussi prêté serment, qui est devenu avocat et qui excelle dans son domaine. des affaires. Mais voilà, à ce moment-là, je n'avais pas encore accepté cet handicap. J'avais... En plus, quand tu es avocat, c'est très important d'écouter.
- Ossama
Est-ce que tu n'as pas eu peur à ce moment-là de dire, purée, ma carrière est mise en péril ? Foutue, totalement.
- Abdelmajid
Non, non, non. Au début, je me suis dit... Je suis dans la merde parce que du coup j'ai tout donné, j'ai sacrifié tant d'années pour devenir avocat et en fait sans mes oreilles ça va être trop compliqué. Et d'un autre côté je me souviens en plus que les clients ils veulent des lions, les clients ils veulent des avocats qui cassent tout. Si les clients savent que j'ai cet handicap là, ils vont se dire ah bah non moi je veux pas d'un lion avec une patte blessée. Je veux un lion entier, complet, qui est pas handicapé.
- Ossama
de sa forme.
- Abdelmajid
top, qui est au top de sa forme. C'était compliqué à accepter. C'est un handicap qui a été compliqué à accepter pour moi, alors que j'ai grandi avec, dans mon entourage, mes parents sont sourds, mais ça a été compliqué.
- Ossama
Est-ce que, parce que t'as mis du temps avant de mettre des appareils, donc c'est entre faire son deuil, donc accepter le fait d'entendre à 40% à peine, et de se dire ok, il faut vraiment que je fasse quelque chose pour aller mieux, ça a duré combien de temps ?
- Abdelmajid
Des années.
- Ossama
Je m'en souviens, parce qu'il y a encore peut-être deux ans, tu me disais, t'as dit quoi ? Et tu me tendais l'oreille, il me semble que...
- Abdelmajid
Entre Maël, trois, et le CAPA, l'école des avocats, trois, quatre ans.
- Ossama
Quand même.
- Abdelmajid
3-4 ans, c'est énorme pour accepter quelque chose. C'est énorme.
- Ossama
Est-ce que tu referais la même chose aujourd'hui ?
- Abdelmajid
Je n'avais pas l'expérience que j'ai aujourd'hui. Je n'avais pas la maturité que j'ai aujourd'hui. Je n'avais pas tout ça. Et je n'étais pas aussi croyant qu'aujourd'hui. Là, aujourd'hui, j'ai 30 ans. Je suis marié. J'ai des enfants. Je suis croyant.
- Ossama
Un tout cabinet.
- Abdelmajid
J'ai mon cabinet, entre guillemets. Pourquoi entre guillemets, t'as ton cabinet ? J'avais mon cabinet.
- Ossama
Ton cabinet ? Oui, oui. Mon bureau, si tu veux, mais t'as ton compte.
- Abdelmajid
Je suis à mon compte, je suis indépendant, etc. Et non, à l'époque, avec la même expérience, etc., évidemment que je refais. En gros, entre guillemets, j'aurais fait la même chose. J'aurais fait la même chose, j'aurais repoussé un maximum mon appareillage et le fait d'assumer. devant tout le monde. Il n'y avait que ma famille qui le savait. Mes parents, ils se sentaient responsables, entre guillemets. Parce que mes parents sont sourds et muets. Ils se sentaient un peu responsables. Ils disaient que c'était leur faute. Mais non, ce n'est pas leur faute. Et eux, ils sont nés comme ça. Ils n'ont rien demandé. Donc je ne vais pas leur reprocher à eux, alors qu'eux-mêmes, ils morflent depuis toujours, et même encore aujourd'hui. Donc non, j'aurais refait la même chose. Donc on sait que t'es avocat T'es avocat pénaliste Est-ce que déjà tu peux nous dire C'est quoi la Qu'est-ce que c'est qu'être avocat du droit pénal Et c'est quoi les différentes formes d'avocat Formes juridiques plutôt Je sais pas comment on dit Non des matières différentes Il y a trop de matières différentes Donc le pénal, le droit de la famille, le droit des affaires Le droit des étrangers Le droit de l'enfance Les droits de s'il veut etc à la prochaine Trop de matière, trop de matière. Moi, je fais du pénal. Le pénal, c'est tout ce qui est relatif aux infractions. Quand on commet une infraction. Que ce soit une contravention, que ce soit un délit, je ne sais pas, demain, tu vas voler une pomme, c'est un bol, ou que ce soit un crime, un meurtre, un bol, etc. C'est tout ce qui est en rapport avec. L'infraction, ensuite ce qui se passe quand on a commis une infraction, donc la garde à vue, ensuite le jugement, ensuite la prison, ensuite faire une demande pour essayer de sortir avec un aménagement de peine, etc. Donc tout ce parcours-là. Parcours pénal, c'est ça.
- Ossama
Comment t'as choisi ça ? Pourquoi le pénal et pas le truc des entreprises ?
- Abdelmajid
Alors, à la fac, on a la chance de pouvoir faire plein de matières. On peut goûter un peu à tout. Faire du droit du travail, faire du droit... le droit fiscal, etc. Moi, j'ai kiffé directement le droit pénal parce que c'est le truc qui me parlait le plus. Parce que déjà, tous mes potes, ils ont été touchés par le droit pénal. Au quartier, il n'y a que du droit pénal. On va des blocs, ce ne sont pas des gars qui sont des actionnaires du CAC 40. C'est pas drôle. Voilà, et en plus, après, t'es baigné dedans. Que ce soit les films, les séries, les jeux vidéo. Tu joues à San Andreas quand t'es petit, tu vois. Tu regardes Scarface, tu regardes Les Affranchis. T'es baigné dans le pénal. Tu vois, t'es pas là en train d'essayer d'optimiser... Même dans les musiques, le rap, mon baveu, machin. Il y a un clip qui avait cartonné à l'époque, c'était avec tous les rappeurs français, Diams, Sniper et tout. où c'était une forme de série. Donc, tu avais le premier clip où il y avait le crime, deuxième clip où il y a le jugement, etc.
- Ossama
Exact, je me souviens. Il y avait la James, Kerry James et tout. Et James, elle est procureure.
- Abdelmajid
Exactement.
- Ossama
Je me souviens, je me souviens. Il y a Mac Tyre, je crois, non plus. Ouais, exactement. Non, non, c'est très bien. Je n'ai plus le nom. Mais c'est ça.
- Abdelmajid
Le jugement, je crois, c'est ça.
- Ossama
Et dedans, tu es baigné dans le pénal. Quand tu es dans un quartier, tu es baigné dans le pénal. Merci. énormément de confrères aujourd'hui, des renois, des rebeux, de quartiers pénalistes. J'en connais trop.
- Abdelmajid
C'est quoi le plus grand malentendu, selon toi, concernant la profession d'avocat ?
- Ossama
Le plus grand des grands malentendus, c'est que les gens pensent qu'un avocat défend un acte. En fait, les gens, dans leur tête, quand un... L'avocat qui va plaider, l'avocat qui représente quelqu'un, il pense que l'avocat va défendre le fait de tuer quelqu'un, va défendre le fait de violer quelqu'un, défendre le fait d'avoir mis une bombe dans un stade. En fait non, on ne défend pas un acte, on défend une personne. Mais c'est quoi la différence alors ? Parce que l'acte en soi, mettre une bombe, etc. Oui, c'est un crime. C'est ça le malentendu,
- Abdelmajid
c'est que même toi tu me poses la question, c'est que tes auditeurs se posent la question, donc c'est un malentendu, mais général, c'est un malentendu permanent. L'avocat, quand il va plaider, il ne dit pas, je vais vous démontrer qu'il a eu raison de tuer, je vais vous démontrer qu'il a eu raison de tuer cette petite fille, mais jamais de la vie. L'avocat, il ne défend pas un acte, il défend une personne. L'avocat, il vous explique pourquoi. Dans quelles circonstances il a commis cet acte ? S'il l'a commis. S'il l'a commis. Dans le cas où il l'a commis, dans le cas où il reconnaît... On va faire le plus simple. Comment il en est arrivé là ? Les problèmes psychologiques qu'il a, psychiatriques, problèmes qu'il a eus dans sa vie, comment il s'est retrouvé à ce moment-là, à cet endroit-là, à commettre... Nous, on essaye de traduire. En fait, on est un pont entre l'humain, la personne qui se fait juger, et les juges. Jamais de la vie, on défend un acte. Donc c'est un vrai malentendu. Même toi, tu me poses la question. Par exemple, il n'y a pas longtemps, l'affaire Pellico, les avocats ont été insultés, on leur a craché dessus, on leur a dit « mais vous n'avez pas honte de défendre des violeurs ? » On ne défend pas le viol. Vous, demain, vous commettez une infraction, vous allez être bien content de trouver un avocat. Bien content d'avoir quelqu'un pour vous défendre, quelqu'un pour expliquer. Parce que ce qu'on ne sait pas, c'est que très souvent, je ne dis pas tout le temps, les juges ne comprennent pas les prévenus ou les accusés. C'est-à-dire que toi, Oussama, tu vas arriver à l'audience, tu vas t'expliquer. Ça arrive très souvent. que le juge ne comprend pas ce que tu racontes. Il va dire, non mais monsieur, vous êtes déconnecté de la réalité. Non mais monsieur, non mais monsieur. Et c'est toujours comme ça, tout le temps. Donc ce juge-là, tous les jours, il va dire, donc il va traiter 15 dossiers. Et il va dire aux 15 personnes, vous êtes déconnecté de la réalité. Monsieur, vous ne pouvez pas passer comme ça, etc. Et il ne va pas comprendre, il ne comprend pas comment les citoyens, les justiciables, le citoyen lambda, fonctionnent dans sa tête. Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire. À chaque fois, là, je suis obligé, dans mes plaidoiries, de traduire tout ce qui s'est passé juste avant, toutes les réponses qu'il a données. Tu vois ce que je veux dire ?
- Ossama
En gros, ce que tu essaies d'expliquer, c'est que toi, tu montres l'humain, l'aspect empathique ou sympathique de la personne que tu défends, là où le juge en soi, c'est un mur sans émotions. Je vulgarise un peu, mais c'est un peu ça. C'est lui expliquer qu'il y a un humain et... Il y a l'aspect empathique, sympathique ?
- Abdelmajid
C'est même pas ça.hique.
- Ossama
Ok.
- Abdelmajid
C'est même pas ça, parce que déjà, c'est rare d'avoir des juges mûrs. Et beaucoup de juges ont des émotions. On leur demande de ne pas montrer leurs émotions. Ils n'ont pas le droit. Il faut qu'ils soient neutres, objectifs. Mais c'est même pas une histoire d'émotion. C'est une histoire de se comprendre.
- Ossama
D'accord.
- Abdelmajid
Tu vois, ça paraît très abstrait ce que je te dis. Viens un jour avec moi à l'audience.
- Ossama
Avec plaisir.
- Abdelmajid
Tu vas écouter ce que le prévenu va essayer d'expliquer. Le juge, il va comprendre à côté, il va comprendre à côté. Ouais, je vois très bien. Et il va lui dire, mais monsieur, vous comprenez rien à ce qu'on vous dit, vous répondez à côté. Alors que pas du tout, alors que moi, j'ai très bien compris comment il l'a compris. Ouais, non mais... Tu vois ce que je veux dire ? Donc je suis obligé pendant mes plaidories de traduire, de dire, madame le juge ou monsieur le juge, vous avez posé cette idée. Il vous a répondu comme ça parce que lui, il pense comme ça.
- Ossama
Mais je vois très bien, alors rien à voir avec ça, mais c'est un... c'est souvent ce qu'on retrouve, très souvent, je réutilise ton terme, mais dans un couple, entre ce que pensent les femmes et les hommes, dans la communication, tu vas dire quelque chose à une femme, elle va comprendre l'inverse, la femme va dire quelque chose, tu vas comprendre aussi quelque chose à côté de la plaque. C'est quoi le livre-là qui dit les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus, un truc comme ça ? C'est un peu le même principe, tu vois ?
- Abdelmajid
En fait, là, quand je te parlais, j'ai tellement d'exemples en tête. Mais je te jure, j'ai tellement... Je sais pas, j'ai par exemple un frère et un fiancé qui avaient découvert que leur... Bon, c'est toujours homme-femme, souvent c'est les relations homme-femme, qui avaient découvert que du coup la jeune fille, qui était promise au fiancé et la petite sœur du frère, avait trompé le fiancé, tu vois. Et du coup t'as le fiancé et le grand frère qui sont allés défoncer, tabasser le gars qui avait du coup couché avec la fille, tu vois. Parce qu'ils sont allés le voir et lui ont dit mais tu savais très bien qu'elle était fiancée avec moi. L'autre il dit tu savais très bien que c'était ma petite sœur. Alors elle avait 18-19 ans un truc comme ça. Et t'as quand même couché avec elle. Donc en fait tu me manques de respect mec. Et du coup ils l'ont défoncé et le gars il est parti déposer plainte. Et donc quand on est arrivé au tribunal, mon client, mes deux clients d'ailleurs, les deux c'est mes clients, ils ont dit mais lui c'est un ouf madame le juge. Il a couché avec ma fiancée, il a couché avec ma petite sœur. On le défonce et après il va déposer plainte. C'est un malade ! Genre, il nous a gâché notre famille, il a gâché un mariage, il a gâché la réputation de toute une famille, etc.
- Ossama
Je rigole, mais c'est dingue quand même.
- Abdelmajid
Et du coup, après il va déposer plainte. Là, je me disais, déjà, une femme, c'est pas un objet. De deux, une femme, si elle veut coucher avec n'importe qui, elle a le droit de coucher avec n'importe qui. Fiancé, pas fiancé, etc. Et en fait, le fiancé, il expliquait que moi je suis fiancé, en gros, toute ma famille est allée chez la fille. pour demander sa main. Donc, on était en période de mariage. En gros, ils allaient se marier. Ils s'étaient fiancés officiellement. Et donc, tu avais en gros deux mondes qui ne se comprenaient pas. Et il y avait trop de malentendus. Je ne comprenais pas. C'était malaisant. C'était super malaisant. Bon, je me suis un peu dispersé. On va avancer parce qu'il ne nous reste plus beaucoup de temps. Tu as déjà travaillé sur des grosses affaires, comme celle de Naël. de Norman, je ne sais même pas si je peux les citer de base, mais Naël, Norman, etc. Qu'est-ce qui est difficile à gérer et que le client ne va pas forcément voir ?
- Ossama
Dans les affaires médiatiques, ce qui est difficile à gérer, c'est les médias, les journalistes, etc. Ton téléphone, il vibre toute la journée. C'est n'importe quoi. Donc ça, c'est compliqué dans les affaires médiatiques. Mais en général, et ce n'est pas uniquement pour les affaires médiatiques, en général, ce qui est compliqué à gérer avec les clients, c'est que les clients pensent que ce sont les seuls clients. Tu vois, en fait, un client, il va te confier un dossier, je sais pas, par exemple, son audience est en juin, c'est dans six mois, et il va penser que genre c'est ton seul client. Donc il va t'appeler toutes les semaines, il va te dire ça en est où le dossier, alors que tu vois le dossier, le dossier tu l'as au cabinet, il est posé, il est dans une armoire. En attendant le mois de juin, il n'y a pas grand chose à faire, tu vois, mais il va te relancer, te relancer, ça en est où, ce que je peux venir vous voir. Et en fait... Il va t'appeler, t'appeler, t'appeler continuellement, tous les jours, tout le temps, en pensant que tu es disponible tout le temps, pour lui, alors qu'en fait, tu as une centaine de clients. Et en fait, tous les clients pensent que tu n'as qu'un seul client. Ça, c'est compliqué à gérer.
- Abdelmajid
On va passer à une petite série de questions dans lesquelles je vais te proposer des idées reçues et je vais te demander de me dire si c'est vrai ou faux, François.
- Ossama
Juste vrai ou faux ? Vrai ou faux. Tu ne développes pas ?
- Abdelmajid
Tu peux développer de manière très succincte. Je te laisse y aller au fil.
- Ossama
Tu dis que c'est un avocat, déjà il parle beaucoup, là il va nous endormir avec ses réponses. Non, je vais essayer d'être le plus concis possible. Ouais,
- Abdelmajid
parce que c'est vraiment une question de temps, sinon si on avait plus de temps et tout, mais je dois bientôt rendre le studio, tu comprends. Est-ce qu'un accusé a toujours le droit de garder le silence sans que cela puisse être utilisé contre lui ?
- Ossama
Officiellement, ça ne peut pas être utilisé contre toi, parce que tu as le droit de garder le silence dans n'importe quel cadre de la procédure, que ce soit... en garde à vue, que ce soit pendant la formation judiciaire, que ce soit pendant les assises. Donc, officiellement, non. On ne peut pas te le dire. Mais officieusement, on nous le reproche tout le temps. « Non mais monsieur, vous avez gardé le silence, du coup, ça démontre votre culpabilité, donc le fait que vous n'avez pas parlé, vous êtes coupable. » Tout le temps.
- Abdelmajid
Qui dit ça ?
- Ossama
Les juges. Ou sinon, ils disent « Monsieur, implicitement, ça ne veut pas dire, c'est votre droit. » Mais on a compris que vous étiez coupable parce que vous avez gardé le silence. C'est tout le temps comme ça. Et si ce n'est pas aussi offensif, ils nous le font comprendre implicitement.
- Abdelmajid
Ok. Question suivante. Un avocat peut refuser de défendre un client s'il le croit coupable ?
- Ossama
Un avocat peut refuser pour n'importe quelle raison de défendre un client. Demain, il y a un client qui vient me voir pour n'importe quoi. Le feeling, il ne passe pas. Je lui dis que le feeling ne passe pas.
- Abdelmajid
Et est-ce qu'il peut... accepter de défendre un client même s'il le croit coupable.
- Ossama
Bah oui.
- Abdelmajid
Logique. Logique, bah ouais.
- Ossama
Je défends plein de clients alors que je sais qu'ils sont coupables. Je défends plein de clients alors que je sais qu'ils sont coupables. Là où ça passe pas trop, c'est quand je sais qu'ils sont coupables, qu'il y a tout qui démontre qu'ils sont coupables, et qu'ils persistent à dire qu'ils sont innocents. Ça c'est compliqué. C'est des dossiers compliqués à gérer. Et en général, ça finit pas trop bien avec l'avocat.
- Abdelmajid
C'est pas mieux de dire, je suis coupable. coupable, mais faites en sorte que j'ai le moins de peine possible. Oui,
- Ossama
évidemment. De dire toute la vérité à son avocat et de lui dire voilà, on va faire une stratégie, etc. C'est plus simple comme ça. Moi, j'ai des clients qui me disent je suis innocent. Il y a tout contre eux dans le dossier. Tout, tout, tout contre eux. Et ils persistent à dire je suis innocent, je suis innocent, je suis innocent. Alors que soit il y a des vidéos d'eux. en train de commettre les faits ils disent non mais c'est pas à moi c'est un complot c'est quelqu'un qui a mis un masque un masque qui me ressemble ils ont trouvé quelqu'un un jumeau ils ont trouvé un jumeau à moi pour faire tu vois des trucs comme ça donc à la fin ça se passe toujours mal avec ces clients parce que du coup ils vont appeler leur famille pour leur dire l'avocat il me croit pas à l'avocat l'avocat il est pas de mon côté etc et tu peux pas dire à la famille ce qu'il y a dans le dossier parce que secret de l'instruction donc t'es là en fait t'as le cul entre deux chaises Le client, la famille, donc à la fin, tu lâches le dossier en général. Ça, ça finit mal en général.
- Abdelmajid
En trois, un aveu obtenu lors d'une garde à vue suffit-il à condamner une personne ?
- Ossama
On ne peut pas condamner uniquement sur un aveu. Mais maintenant, il y a des espèces d'arrangements, entre guillemets. Il y a des nouvelles procédures, par exemple la CRPC, etc. Bref, c'est des procédures où quand tu reconnais les faits... tu reconnais les faits, t'avoues, tu reconnais, et bien tu peux passer devant le procureur de la République pour avoir une espèce d'arrangement avec lui, il va se faire une proposition de peine qui peut un peu coller à ta personnalité, un peu à ton parcours.
- Abdelmajid
Il faut que ce soit obligatoirement écrit ou même à l'oral ?
- Ossama
En fait, en garde à vue, tout se passe à l'oral et c'est retranscrit par écrit. Donc tout ce que tu dis, t'as un OPJ qui tape tes aveux, et souvent t'as avec un avocat, donc l'avocat il est là... Et en plus, à la fin, tu peux relire les PV d'audition. Donc, tu peux revoir si l'OPG a rajouté un truc, a modifié quelque chose.
- Abdelmajid
Un mineur ne peut jamais être jugé comme un adulte, même en cas de crime très grave.
- Ossama
Un mineur, il n'est jamais jugé comme un adulte. Même pour un meurtre, il ne va pas être jugé comme un adulte. Donc, il va être jugé par des instances, on va dire par exemple par la cour d'assises des mineurs. Mais ça reste des mineurs, tu vois. Donc, il y a une cour d'assises. mais des mineurs, avec toujours des professionnels, en lien avec les mineurs, tu vois.
- Abdelmajid
En France, un avocat est tenu par le secret professionnel, même si son client lui avoue un crime, on l'a déjà dit, lui avoue un crime non découvert, par contre.
- Ossama
Oui, il est tenu par le secret professionnel.
- Abdelmajid
Mais attends, ça veut dire que, d'ailleurs, je vous conseille à tous le film Le Juré, Juré numéro 2, qui est incroyable,
- Ossama
vraiment,
- Abdelmajid
et c'est un peu ça, c'est que le... Là,
- Ossama
c'est un juré, pas un avocat.
- Abdelmajid
Ouais. Mais il va pour un...
- Ossama
Il va voir son avocat pour lui en parler.
- Abdelmajid
Ouais, exactement.
- Ossama
Et son avocat, est-ce qu'il va avoir les autorités ? Non.
- Abdelmajid
Il ne va pas avoir les autorités. Ah oui. Et en France, c'est pareil ?
- Ossama
C'est pareil. Secret professionnel.
- Abdelmajid
Donc tant que ce n'est pas découvert...
- Ossama
Un client vient pour avoir une consultation juridique, il me consulte en qualité d'avocat. Secret professionnel, tout ce que tu me dis dans le cabinet, ça reste au cabinet.
- Abdelmajid
Donc que ce soit le juré numéro 2 ou Colbethersol, c'est la même chose en soi. Un avocat peut utiliser des arguments trompeurs ou manipuler les faits pour défendre son client. Et ça, ça me rappelle une scène de... Better Call Saul, que j'ai vu il y a 2-3 jours traîner sur Insta, où en gros il fait quoi ? Son accusé, il le met au fond de la salle avec les visiteurs et il prend un mec qui lui ressemble même barre avec ses tapes et il demande au témoin qui est à la barre, il dit est-ce que vous reconnaissez est-ce que l'accusé est dans la salle ? Il dit oui, il dit est-ce que vous pouvez le montrer ? Il dit oui, il est là. Donc il désigne la personne qui est assise à côté de sa place dans le tribunal. Et après il dit bah écoutez, vous êtes sûr de ça, vous êtes peut-être un peu vieux parce que lui c'est pas du tout le juré concerné, enfin c'est pas du tout le prévenu, le prévenu il est assis plus loin derrière et il a cassé le truc comme ça, est-ce que tu peux faire ça en vrai ? Non. C'est une dingue ? Non je peux pas faire ça,
- Ossama
c'est impossible, c'est impossible, tu peux pas faire ça, tu fais ça, la juge je pense qu'elle descend, elle te met une balayette,
- Abdelmajid
elle te met une coque.
- Ossama
On se claque Non mais en réalité tu peux pas En fait là il y a usurpation d'identité déjà Déjà t'arrives Tu fais asseoir un gars qui n'a rien à voir au dossier Tu le fais passer pour le prévenir En fait quand l'audience commence La personne doit venir Et elle doit donner son identité Donc avant même de parler des faits Avant même de dire monsieur vous êtes convoqué pour cette infraction là On dit est-ce que monsieur vous êtes bien un tel Oui Vous êtes bien né à cet endroit Oui quelle est votre adresse, comment s'appellent vos parents, etc. Donc déjà, il faut que tu donnes ton identité. Si à partir de ce moment-là, tu as menti, déjà, le mec est dans la merde. Il ne mesure pas son identité. Les policiers viennent, ils lui mettent les menottes, garde à vue direct déjà. Et toi, je ne sais pas ce que tu as, parce que je n'ai jamais réfléchi aux conséquences, mais je pense que tu vas avoir des problèmes avec le bâtonnier, avec tout ça. Donc non, ça ne peut pas fonctionner. Ce serait tellement bien de pouvoir le faire parce que je pense qu'il y a tellement de témoins qui mentent. Mais non, c'est une belle scène, mais on ne peut pas la reproduire en France.
- Abdelmajid
Dernière question, est-ce qu'une affaire très médiatisée en France peut influencer la décision des juges ?
- Ossama
Bah oui, évidemment. Malheureusement, je pense que c'est le cas. Il n'y a pas très longtemps, il y a eu l'affaire Paty. Donc ils ont condamné, mais c'était une boucherie. Ils ont condamné au-dessus des réquisitions. Donc les réquisitions, c'est ce qu'on va rappeler, c'est le cas de la fureur. L'affaire Paty, c'est Samuel Paty, qui est professeur, qui a été déclaré. Et en fait, la personne qui l'a déclaré est morte, donc elle n'a pas été jugée. Mais ils ont remonté toutes les personnes qui l'avaient aidé, qui l'avaient influencé, etc. Donc il y a des personnes, par exemple, l'affaire est sortie parce qu'une petite fille avait indiqué que M. Paty avait mis des caricatures au tableau, etc. Cette petite fille, elle n'était pas en cours. enfin elle n'était pas dans ce cours là donc elle avait menti en disant qu'elle était dans ce cours là elle en avait parlé avec son papa son papa en avait fait des tonnes ensuite il y a un influenceur entre guillemets un influenceur islamique si on peut dire ou du monde musulman qui en avait parlé, qui avait fait des vidéos pour dire qu'il n'était pas d'accord avec ça donc la personne, le tueur était arrivé sur place il y a quelqu'un qui lui a dit qui a montré du doigt où se trouvait Samuel Paty ou... ou à montrer du doigt où était le collège, etc. Donc la personne qui avait indiqué le chemin, elle a été jugée. La personne qui a déposé le tueur a été jugée aussi. L'influenceur a été jugé, le papa a été jugé. Donc tous les gens autour de cette histoire ont été jugés. Le procureur, celui qui représente la société, il a proposé des peines. Il a dit voilà, moi j'estime que... Et souvent le procureur il tape haut.
- Abdelmajid
Il tape haut, c'est connu ça.
- Ossama
Le procureur, lui, la politique pénale... un procurateur, il bosse pour le gouvernement, il bosse pour le ministère de la justice, et lui, la politique pénale, c'est taper, taper, taper, taper, taper un max, et là, dans ce dossier, le proc avait demandé de taper un max, mais les juges ont décidé de taper encore plus haut que les procs. Plus haut, ça n'arrive pas tous les jours qu'on tape plus haut que les procs. Et donc il y a ça, il y a plein de trucs, il y a l'affaire Pellico, il y a l'affaire Sauvage, il y a plein d'affaires comme ça, pour moi. Après, c'est mon avis personnel. Tu fais gonfler les peines. Grâce à la télévision, je fais gonfler les peines.
- Abdelmajid
Ok, intéressant. On arrive à la fin, il te reste deux questions, d'accord ?
- Ossama
Ouais.
- Abdelmajid
Alors ?
- Ossama
Sois court, Abdel, c'est ça ?
- Abdelmajid
Sois court, s'il te plaît, Abdel. Mais tu vois, j'aime bien faire un parallèle avec les cultures urbaines, etc. À la fin. Là, j'ai envie de te parler d'Alisha Keyes, que tu dois certainement connaître. Alicia Keys.
- Ossama
Bien sûr. Speck anglais. Yeah, yeah, yeah.
- Abdelmajid
Donc chanteuse, R'n'B, etc. qu'on connaît très bien. Dans une interview, elle dit quelque chose de très intéressant. Elle dit, dans la vie, on n'obtient pas ce qu'on demande, on obtient ce qu'on croit. Et ce qu'on croit de nous-mêmes se révèle dans notre énergie. Par exemple, dans notre manière d'entrer dans une pièce, c'est ce que communique notre langage corporel. Il s'agit de savoir si nous nous assayons. bien droit ou si nous nous cachons au fond de la pièce. Dans cette vidéo, elle parle de posture, parfois qu'on assume pleinement et parfois qu'on assume pas du tout, qui peut dégager sur qui nous sommes nous en tant que personne. Et parfois, on n'assume pas qui on est pleinement alors que ce que ça sous-entend, c'est qu'on ne s'autorise pas à briller pleinement, à être vraiment à notre plein potentiel. Est-ce que Aujourd'hui, être avocat, c'est une revanche sur ta posture ?
- Ossama
Oui, clairement. Je ne vais pas te dire non. Clairement, c'est une revanche parce qu'on a grandi en étant déjà, entre guillemets, invisibles. On était invisibles. On est des jeunes issus de l'immigration. Même si on n'est pas la première génération, on est des jeunes de quartier, on est des jeunes entre guillemets, on reste dans notre quartier. Donc on n'est pas sur Paris, on ne nous voit pas, on est invisible. On nous met l'école en plein milieu du quartier, la crèche, la poste, le supermarché, le terrain de foot, une boulangerie en plein milieu du quartier. Tout le monde reste dans le quartier, tu vois. Donc on est invisible. On est invisible et plus on grandit, plus on avance, on va à la fac. etc. On continue d'être un peu invisible. On va être le seul rebeu de la classe. Après, on va avancer. On va avoir peut-être un deuxième rebeu, mais on va rester le seul rebeu de quartier. On va être un rebeu de Neuilly ou un quartier un peu aisé, etc. Donc, on va rester invisible, invisible. Et après, quand tu deviens avocat, quand on te dit « Maître, avoue la parole » , quand tu te lèves, tu as toute la pièce qui te regarde, qui n'écoute que toi. Donc tu vas avoir 30 personnes dans le public, tu vas avoir 3 juges, tu vas avoir un proc, tu vas avoir un greffier, tu vas avoir les confrères, tu vas avoir les accusés ou les prévenus, et que tu plaides, t'es plus l'invisible. T'es le principal. Et ça, c'est une vraie revanche. C'est une vraie revanche.
- Abdelmajid
Magnifique. Et sur tout ce parcours-là, sur tout ce qu'on s'est dit aujourd'hui, comme le neigmaron, si tu devais faire le bilan ?
- Ossama
Si je devais faire le bilan ? Sur tout ce que...
- Abdelmajid
Je vous prends comme tu veux sur ta vie, sur ce qu'on s'est dit.
- Ossama
Moi, je n'ai pas de bilan à faire. En vrai, je n'ai pas de bilan à faire. J'estime que je n'ai rien fait, que je n'ai encore rien parcouru, qu'il me reste beaucoup, beaucoup, beaucoup à découvrir.
- Abdelmajid
C'est marrant parce que tu tournes le dos aux caméras. T'as oublié que les gens nous regardaient là.
- Ossama
Ah merde.
- Abdelmajid
Est-ce que ce n'est pas un signe sur ta posture ça ? Un message que tu renvoies peut-être sur le bilan ?
- Ossama
Non, mais je n'ai pas de bilan. Si je peux le qualifier, je le qualifierais de positif. Comme un bilan positif, je pense que je suis quelqu'un d'assez comblé, d'assez heureux dans ma vie. J'espère que ça continuera comme ça. Et même si de toute façon, ça doit mal finir un jour, c'est écrit, c'est mon destin et j'accepterai. tout ce qui va arriver magnifique,
- Abdelmajid
on finit sur ça ?
- Ossama
allez,
- Abdelmajid
merci beaucoup Maître avec plaisir