- Speaker #0
Salut et bienvenue sur ArtiTime avec une déclinaison de mon podcast ArtiTime, ta dose d'humour culturel. Parce que j'en avais un peu marre de faire des expos et d'enregistrer mes épisodes dans mon petit studio toute seule. Donc j'ai décidé de recevoir des guests. Et pas n'importe lesquels, des comédiens et des comédiennes. Pour qu'ils me parlent de leur crush artistique. Donc chaque mois, je prends un thé avec l'un ou l'une d'entre eux pour partager ce qui les fait vibrer. s'émerveiller ou se révolter. Il ne manquait plus que toi pour être complet. Fais chauffer la bouilloire pour partager ce moment avec nous. Bonne écoute ! Hello mes petits curieux et curieuses et bienvenue à bord de ce nouvel épisode d'Arti Time avec... Aujourd'hui je suis hyper contente de recevoir Barthes. Bienvenue Barthes !
- Speaker #1
Merci beaucoup !
- Speaker #0
Je t'appelle Barthes, Barthes et Lémy, enfin... Non, Barthes c'est très bien, moi ouais,
- Speaker #1
c'est plus rapide.
- Speaker #0
Moi je suis toujours Célia, raste-toi en l'heureuse créatrice de ce podcast. Le reste du temps, je suis consultante en communication et formatrice, mais on n'est pas là pour ça, on est là pour parler de toi, Barthélémy. Barth, tu veux bien te présenter rapidement ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Donc Barthélémy, mon nom de scène c'est Barth. Je suis auteur, comédien, rappeur, parisien, j'ai 31 ans.
- Speaker #0
Slasher, j'ai reçu Marine Galland qui parlait de Slash. Ah oui, intéressant. J'ai entendu aussi une notion de Slasher. Un peu,
- Speaker #1
un peu de Slash, c'est vrai.
- Speaker #0
T'as eu aussi une vie dans ton... d'entreprise avant. Oui, c'est ça, exactement.
- Speaker #1
Avant, j'ai fait une école de commerce. J'ai bossé pendant une toute petite année avant de devenir comédien à plein temps.
- Speaker #0
De te révéler. Exactement. De devenir toi-même.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Alors, tu connais le principe. On est là aussi pour parler de deux artistes que tu apprécies particulièrement. Je te laisse nous annoncer les noms.
- Speaker #1
Donc, c'est Gaël Fay et Emmanuel Carrère.
- Speaker #0
Oui, trop bien. On va en parler. Moi, j'ai eu la grande chance de te découvrir en allant voir ton spectacle sur Victor Hugo. on va en... évidemment aussi en parler. D'abord Gaëlle Fay. Je crois qu'on dit Gaëlle Fay. La fille qui a vachement préparé sa prononciation en interview. J'ai effectivement lu les bouquins. Il représente quoi pour toi ? C'est Gaël ? Appelons-le Gaël.
- Speaker #1
Comme un ami finalement. J'aimerais bien. Gaël il représente j'aime bien comment on l'appelle Gaël. C'est vraiment un artiste complet qui a une offre enfin qui créent des trucs hyper complexes, riches, hyper émouvants, qui m'ont beaucoup touché. Et c'est un des premiers, non pas des premiers, mais j'ai commencé à écouter sa musique très tôt et j'ai vraiment découvert un genre complètement unique, à savoir des textes très très puissants, et c'est ce qui vraiment m'a saisi, et des prods, des instruits très mélodieuses. Et le mélange des deux est assez rare, et en plus il a une histoire personnelle extrêmement douloureuse et puissante, et donc voilà, moi j'ai été complètement embarqué par son univers.
- Speaker #0
Ouais, exilé à 13 ans à cause de la guerre. Et voilà, qui transforme ses mémoires, l'enfance, la violence du monde en poésie. Exactement. Effectivement, j'ai lu ses deux livres, notamment, toi aussi j'imagine ? Oui, oui, bien sûr. Petit pays qui a eu le prix des concours des lycéens.
- Speaker #1
Et Jacques Aranda qui a eu le prix Renaudot l'année dernière.
- Speaker #0
Je crois que c'est la première fois que je lisais un prix Renaudot. J'ai un peu honte. Et je me suis quand même dit, un par an, meuf, tu pourrais au moins lire... celui-là par an. Bah oui,
- Speaker #1
mais si tu dois faire le Renaudot, le Goncourt, le Prix Interallier, le Midul, le machin, il faut lire ce qu'on a envie de lire aussi je crois.
- Speaker #0
c'est vrai, et si en plus je me tape toutes les pièces qui ont eu, les Molières, qui ont été nommées, je n'ai plus de temps. Non, tu n'as plus de vie, c'est terminé. Exactement, bon, donc effectivement, il y a Égale, et puis il y a aussi l'écrivain dont tu veux me parler, qui n'est pas qu'écrivain, Emmanuel Carrère.
- Speaker #1
Emmanuel Carrère, oui, qui a une littérature sur... Pareil, complètement unique parce qu'il fait son genre, je ne sais pas comment il le qualifie lui-même d'ailleurs, mais c'est un peu de l'autofiction, c'est-à-dire qu'il arrive toujours très habilement à entremêler son histoire personnelle et une histoire qui le dépasse complètement. Et il a une sorte d'honnêteté, de transparence totale vis-à-vis de ce qu'il est et ce qu'il pense, etc. Donc c'est un peu, lire Emmanuel Carrère, c'est presque une expérience un peu de voyeurisme, je trouve. Et je ne suis pas du tout le premier à le dire, mais il s'ouvre vraiment et on peut regarder tout ce qu'il y a à l'intérieur. Et donc, c'est complètement passionnant. Et puis, en plus, il a des réflexions qui sont vraiment bouleversantes.
- Speaker #0
Ces deux artistes, ils parlent de l'intime pour aussi en faire une universalité. C'est ça aussi qui est hyper intéressant. Alors, dans le chaos, clairement, les livres de Gaël. Pour en faire une œuvre, c'est quoi tes premiers souvenirs avec eux ? Alors, peut-être Gaël
- Speaker #1
Fay. Ouais, Gaël Fay, j'ai commencé à l'écouter. Donc, c'est par sa musique, puisqu'il a écrit de la musique avant d'écrire de la littérature. C'est vraiment par la musique. que je pense que le premier morceau que j'ai vraiment adoré s'appelle... tôt le matin et c'est un peu une comment dire, une ode à la fuite et au fait de vraiment bifurquer donc moi ça me parle avec mon parcours, bon une échelle qui n'a rien à voir avec la sienne évidemment et puis bon je vous invite à aller écouter, c'est vraiment un super morceau même le refrain hyper entraînant et c'est vraiment de la poésie, c'est de la poésie chantée mais c'est vraiment très très bien écrit et je trouve que parfois ça peut un petit peu manquer aujourd'hui chez d'autres artistes. Et Emmanuel Carrère, quel est le premier livre que j'ai lu de lui ? C'est « D'autres vies que la mienne » , je pense qu'il est un livre terrible, mais bouleversant, qui est un peu en deux parties. Première partie, il raconte le tsunami de 2004, puisqu'il était sur une des îles, je ne sais plus où exactement, peut-être en Thaïlande ou au Sri Lanka. Et il est vraiment là au moment de la catastrophe, donc il fait le récit de cette catastrophe. Et la deuxième partie, il raconte le cancer de sa belle-sœur. Voilà, deux sujets qui sont très légers. C'est très très dur, mais en fait, il le raconte avec... Beaucoup d'honnêteté, transparence, de simplicité. Et c'est vraiment saisissant. C'est très très triste. Il y a d'autres livres qu'il a écrits qui le sont moins.
- Speaker #0
Et puis il fait des films aussi.
- Speaker #1
Et il réalise, il est journaliste, il était critique de cinéma quand il était jeune. Il a une vie exceptionnelle.
- Speaker #0
Dans le parcours et la façon dont tu décris le chanteur dont on parle ce matin, tu as quand même aussi toi, ton spectacle. Raconte-nous toi ton spectacle. Ouais,
- Speaker #1
alors mon spectacle qui n'a rien à voir, mais qui s'appelle Victor Hugo, numéro 1 du rap français. Le but c'est de démontrer que si Victor Hugo avait vécu aujourd'hui, ça aurait été le meilleur des rappeurs. Voilà le pitch. Et sur le format, c'est un format assez unique puisqu'on est à la frontière entre un spectacle de one man show, disons où je vais faire des vannes en m'adressant directement au public, un concert de rap, puisque je rap et donc je fais du rap sur scène pendant je dirais un quart. du spectacle et la dernière partie c'est plus un seul en scène de théâtre plus classique et historique, on apprend plein de trucs surtout complètement ouais j'ai adoré tant mieux, tant mieux donc on retrace toute la vie de Victor Hugo, c'est pas vraiment sur son oeuvre mais vraiment sur sa vie entre ces trois formes très différentes et voilà ça a dû revenir avec un...
- Speaker #0
hyper original, il y avait beaucoup d'ados dans la fête quand je suis allée j'ai pas embarqué la mienne, pas encore mais je vais le faire ah bah trop bien, avec plaisir parce que je pense que ça peut effectivement, en tout cas ça plaît effectivement aux ados et aux plus âgés mieux. Toi, tu aurais aimé vivre à l'époque de Victor Hugo ? Peut-être que tu te rappelles quelle époque ?
- Speaker #1
Oui, oui. Eh bien, je ne suis pas sûr quand même. Je ne suis pas sûr parce qu'on est vraiment au 19e siècle. Ses dates, c'est 1802-1885. Donc, il faut se rendre compte quand même qu'à cette époque-là, et c'est marrant parce que je ne connaissais pas si bien sa vie, ni cette époque avant de travailler sur le spectacle. Je ne suis pas un passionné d'histoire, ni du 19e à l'origine, mais j'ai fait mes recherches. C'était vraiment... C'était le chaos, quoi. Je veux dire, c'était... C'était un coup d'état tous les cinq ans, enfin bon j'exagère un peu mais vraiment il y avait des bouleversements politiques mais en permanence. Il y avait une misère, moi il en parlait énormément, immense, sans parler de la condition des femmes, de la condition des femmes, il y a eu vraiment... Rien n'allait. Rien n'allait. Alors le seul truc qui était absolument exceptionnel c'est que d'un point de vue artistique c'est la phase romantique et donc on avait Berlioz qui côtoyait Hugo, qui côtoyait Théophile Gauthier, Georges Lecentre, enfin bon il y avait une concentration de génie au mètre carré et en part décennie qui était absolument fabuleuse. Mais à part ça, franchement, il y a beaucoup de travers à notre époque. Mais de se pencher un peu sur ça, on se dit, en fait, on n'est peut-être pas si mal.
- Speaker #0
Comment ça t'est venu d'ailleurs de travailler sur Victor Hugo ? Effectivement, tu t'es bien beaucoup documenté. Il a fallu, tant mieux. Comment ça t'est venu ?
- Speaker #1
L'origine du spectacle, rapidement, j'étais au cours Florent en études de théâtre, il y a six ans, confinement. Et donc, on est chez nous, on s'ennuie comme tout le monde. Et il y a un prof de Florent qui nous propose d'écrire la vie d'un auteur de théâtre classique. mais sur un format musical contemporain. Et donc moi, j'ai créé un rap sur la vie de Jean Racine. Voilà, ça passe complètement aux oubliés. Je l'envoie à ma vidéo. Je crois que personne ne l'a jamais écouté. Mais j'ai des potes qui l'écoutent et qui me disent tiens, c'est cool, tu devrais en faire d'autres. Donc j'ai fait une série de rap comme ça qui raconte la vie de grands auteurs classiques. Donc j'ai fait Georges Sand, Rousseau, Rimbaud, Hugo et Racine. Et après, j'avais ce projet musical. Je me suis dit, ce serait chouette d'en faire un spectacle. Je ne peux pas parler de cinq auteurs en une heure. Ça va être trop superficiel. Il faut que j'en choisisse un seul, le plus connu, la vie la plus incroyable, Victor Hugo.
- Speaker #0
Trop bonne idée. Moi, c'est un peu la même chose. Quand j'ai fait l'école du One Man Show, on m'avait demandé d'écrire une chronique radio. Et c'est là où je me suis dit, tiens, je vais parler d'un artiste et je vais faire comme si j'avais visité l'expo. Je vais plutôt raconter ma visite d'expo sur un ton un peu léger et humoristique. Pour produire cette chronique radio pour l'école. Et après, je me suis dit, mais en fait, c'est trop bien mon idée. Je vais faire ça, je vais lancer un podcast. pareil, des projets d'école,
- Speaker #1
comme quoi ça peut servir de faire des écoles
- Speaker #0
Si je reviens sur Gaël Fay, il a aussi eu un projet de groupe, il a fait un album avec Encore Malade et Ben Mazieu qui est génial, éphémère, c'est super Très joli Toi t'as déjà fait une oeuvre collective, est-ce que ça te dirait ?
- Speaker #1
Ouais, bien sûr, moi avant d'écrire ce spectacle j'ai joué dans d'autres spectacles au théâtre j'ai écrit une première pièce quand j'étais en école de théâtre qui s'appelait Étoilé, c'était un drame familial qui parlait de... deuil et d'astrophysique, donc tu vois, ça n'a vraiment rien à voir.
- Speaker #0
C'est le sujet qui se catapulte. Oui, c'est ça,
- Speaker #1
exactement. Très, très différent. On était quatre sur scène, on avait un metteur en scène, donc c'était vraiment un projet de groupe, avec les avantages et un peu les inconvénients aussi. C'est pour ça qu'à la sortie de ça, je me suis dit, tiens, ça m'intéresserait de travailler seul, non, parce que j'en profite pour saluer Grégoire de Chavannes qui... Mon ami avant tout et aussi mon co-auteur et mon metteur en scène sur ce spectacle, je ne suis pas tout seul du tout. Et heureusement qu'il a été là parce que c'est beaucoup plus sympa et intéressant et créatif de travailler en équipe. Donc oui, ça m'est arrivé de faire ça et on travaille d'ailleurs en ce moment avec Grégoire à l'adaptation d'un roman au théâtre. Et ce serait une pièce pour entre 4 et 6 comédiens. On est vraiment à l'écriture, on est aux prémices, mais ce serait un projet très différent et d'une toute autre envergure. Et ça nous excite pas mal comme défi.
- Speaker #0
Vraie œuvre collective. Oui, exactement. Tu parlais quand tu t'es décrit comédien, humoriste, raconteur d'histoire, historien peut-être presque. Oui, non, non, non,
- Speaker #1
j'ai pas cette prétention.
- Speaker #0
Tu te souviens le moment précis où, comme tu m'as aussi partagé que tu avais eu un début de vie d'entreprise. C'est quoi le moment où tu t'es dit, ok, en fait, c'est pas ça ma vie.
- Speaker #1
je vais faire autre chose en fait cette envie elle est née assez tôt quand j'étais ado j'ai joué en cinquième dans le cours de français la farce de mettre patelin je me souviens parce qu'en cinquième le programme je ne sais pas si c'est encore le cas mais c'est le Moyen-Âge ma fille est encore en cinquième elle étudie le Moyen-Âge ou pas ? ça doit être cinquième du coup et donc on jouait cette farce bon bref et donc j'ai joué ça avec ma prof de français et je me suis éclaté Et elle m'a dit, je me souviens, d'ailleurs je m'inspire beaucoup de cette professeure pour écrire celle du spectacle, Madame Chaumier, bon elle s'appelait pas exactement comme ça, et elle m'aimait pas beaucoup, mais à la fin elle m'a regardé avec un air comme ça, elle m'a dit, vous avez une carrière devant vous mon ami, trop sympa, je pense qu'elle le disait un peu sur un ton un peu ironique, mais moi je l'ai pris vraiment au premier degré.
- Speaker #0
Et des phrases comme ça qui bouleversent. Ouais,
- Speaker #1
qui résonnent quoi, et après ça m'a pas quitté, en terminale je me suis posé la question, bon et après, mais bon au fond de moi je savais que je voulais faire ça quoi. Donc après j'ai fait autre chose, j'ai fait mon école de commerce, j'ai eu mon diplôme et tout ça.
- Speaker #0
Est-ce que tu avais la contrainte de d'abord faire les études ? Un peu,
- Speaker #1
un peu. Mais ce n'était pas une contrainte que mes parents m'ont imposée. On a réfléchi ensemble et je me suis dit ok, c'est vrai que c'est un métier hyper risqué, c'est compliqué. Je serais peut-être plus serein d'aborder ce truc-là si j'ai un peu une assurance entre guillemets ou en tout cas une voie de sortie. Mais il y a d'autres personnes qui me disaient non, au contraire, parce que si tu as une voie de sortie, tu ne vas pas te lancer à fond. Parce que tu vas te dire au pire je peux retrouver un taf et tout. En fait je suis très content de l'avoir fait, j'ai rencontré mes meilleurs amis, intellectuellement c'était passionnant. Donc voilà.
- Speaker #0
Tu te serais vu du coup faire un autre métier ?
- Speaker #1
Ouais, pourquoi pas, j'ai bossé pendant un an, alors c'était pas une passion, j'étais commercial, dans une start-up. C'était pas inintéressant, mais j'avoue que c'était pas là où je me sentais pleinement épanoui. Mais pourquoi pas, on en parlait avant le début de l'interview, mais pourquoi pas un métier plus en rapport avec l'environnement au sens très large. Mais bon, il y a des cabinets de conseil. qui réfléchissent à comment décarboner l'industrie, ce genre de trucs, ou même dans la fonction publique, travailler là-dessus, c'est le sujet où je me dirais, j'essaye à ma manière d'aller un peu dans le bon sens.
- Speaker #0
Et puis d'être utile. Exactement. On partageait sur le fait qu'on était tous les deux animateurs et formateurs de la fresque du climat. Oui, tout à fait, j'adore. Ce qui est malheureusement et tristement plus tellement à la mode dans les entreprises, tout a pris sur l'IA, mais en tout cas, il y a malheureusement encore pas mal de sujets à faire là-dessus. Oui,
- Speaker #1
clairement.
- Speaker #0
Est-ce que comme Gaël Faille avec le rap, est-ce que l'humour a été pour toi un moyen de canaliser quelque chose qui était un peu plus profond ?
- Speaker #1
Oui, enfin bon c'est vraiment très très différent bien sûr du parcours de Gaël Faille puisque sa vie a été un amas de décombres à son enfance, là où moi c'était une autoroute très tranquille. Mais oui l'humour et en tout cas le théâtre je pense que c'est aussi une manière de... de véhiculer, moi c'est mon moyen de mettre à distance et presque d'auto-défense. Donc voilà, c'est une manière de faire passer des messages sans forcément être trop frontal dans l'approche. Moi je suis assez pudique, j'aime pas trop le conflit. Parfois il faudrait peut-être un peu plus. Mais je trouve que l'humour c'est un bon moyen de dire les choses sans peut-être trop se mouiller, c'est peut-être un peu lâche même comme démarche. Et puis ça peut faire passer des messages auprès de personnes qui sont... potentiellement réfractaires à l'origine à les entendre.
- Speaker #0
Et du coup, ton humour, ça naît plutôt de l'observation, du côté introspection ?
- Speaker #1
Un peu des deux, ouais, je pense un peu des deux. Introspection parce que beaucoup d'autodérision, et c'est ce qu'on essaie de faire aussi dans le spectacle. Voilà, moi, j'ai grandi dans le 16e arrondissement, je viens pas du tout d'un milieu où le rap, c'était la norme. Ou alors même,
- Speaker #0
c'était un peu en conflit ou en réaction.
- Speaker #1
Ouais, il y avait un peu de ça. Bon, après, tout le monde écoute du rap aujourd'hui dans tous les quartiers de France, mais... et donc il y a un peu ce truc de le mec qui vient du 16 il fait du rap, c'est quoi ce délire et donc dans le spectacle on fait des vannes là-dessus justement pour dénoncer et puis pour se mettre à distance et puis pour se protéger quelque part et puis pour dire ok on est conscient de ça, ok c'est un peu ridicule mais nous on assume ça donc l'humour permet ça
- Speaker #0
Quand t'écris tu parles d'où ? D'une émotion ? Quelque chose que tu observes ?
- Speaker #1
C'est très variable, ça dépend ce que j'ai écrit. Le spectacle, je suis vraiment parti de la vie de Victor Hugo, donc ça c'était assez simple. Et puis après, comment on peut tisser autour ? On fait des sessions d'écriture avec Grégoire, et puis on part en live, on fait des vannes, on déconne. Et c'est comme ça qu'on trouve des idées, plus ou moins bonnes d'ailleurs, qu'on garde ou qu'on garde pas. Et après pour la musique, pour les textes que j'écris, ça vient d'idées, ça vient d'expériences vécues, c'est assez variable.
- Speaker #0
Tu cherches à créer quoi chez l'autre, comme sentiments, comme émotions ?
- Speaker #1
Ça va dépendre des passages, et d'ailleurs c'est une bonne question, parce que dans le spectacle, on s'est pas mal posé la question, parce que c'est majoritairement humoristique, divertissant, disons, et puis on tenait quand même à faire le récit de la mort de Léopoldine, donc la fille de Victor Hugo, qui a été un événement traumatisant par la manière dont ça s'est produit, et puis par la suite sur la vie de Victor Hugo, et ça on s'est dit, ok, on peut pas garder le même ton, le même registre, il faut qu'on passe, et puis moi ça me... plaisait aussi que le spectacle ne soit pas uniquement drôle, que ce ne soit pas uniquement un spectacle d'humour ou de musique, mais qu'il y ait un passage déjà plus théâtre et puis un peu plus émotionnel. Donc, il y a ce passage, je dirais, au deux tiers du spectacle, il y a une dizaine de minutes.
- Speaker #0
Qui ne vient pas tout de suite, donc on a le temps d'avoir déjà été installé. Exactement.
- Speaker #1
Et du coup, ça peut être parfois un peu surprenant pour les spectateurs. Et il y a le récit de cette mort. Et donc, le but, évidemment, c'est de... C'est-tu cité de la compassion pour cette histoire et peut-être même un peu de tristesse ? Mais sinon, c'est majoritairement du rire, de la joie, de la réflexion et parfois de la tristesse et de traverser toutes les émotions possibles.
- Speaker #0
La tristesse, on en a aussi énormément dans les livres de Gaël Fay. Ouais. beaucoup pleuré. Oui,
- Speaker #1
c'est hyper émouvant, bien sûr.
- Speaker #0
Mais toi, tu vas aussi puiser dans tes propres fragilités pour créer ? Parce qu'on a des fragilités dans le 16ème, la phrase, la vie... Bam, bam,
- Speaker #1
bam ! Non mais évidemment un peu, c'est bien de le mentionner, il faut remettre les choses à leur place. C'est sans commune mesure avec ce que vivent les gens qui fuient la guerre, évidemment. Donc j'ai la chance de ne pas, franchement, avoir traversé d'événements traumatiques comme lui. Mais euh... Mais c'est intéressant cette question, parce que c'est une question qu'on nous pose souvent en école de théâtre, et puis qui est au cœur de la création. Est-ce qu'il faut se servir de ces vulnérabilités ? Est-ce qu'il faut les exposer ? Et on entend souvent en école de théâtre, ok, ce qui nous intéresse, nous, au plateau, chez les acteurs, c'est leur fragilité, c'est leur vulnérabilité. Mets-toi nu. Ouais, il y a un peu de ça. Mets-toi nu émotionnellement, montre-nous, si t'es en force, si tout va bien, en fait ça ne nous intéresse pas. Et je ne sais pas trop quoi penser honnêtement de cette phrase. Je pense que c'est vrai pour certains types d'histoires qui ont besoin de ça. Mais à l'inverse, pour ce spectacle, oui, il y a quelques mini passages où il faut un peu se mettre à nu, mais sinon, c'est plus un truc de divertissement, c'est plus un truc de maîtrise, presque de performance, et moi, ça me plaît bien. Et je réalise qu'en fait, on peut aussi créer son truc. Et si tu sens que ce n'est pas ton endroit de te mettre nu et d'exposer toutes tes fragilités et de te faire mal sur le plateau, c'est OK, et tu peux faire autrement.
- Speaker #0
Donc là, tu utilises en plus... Victor Hugo pour justement avoir...
- Speaker #1
Je parle pas de moi, donc ça c'est quand même un spectacle qui parle pas de moi, contrairement à beaucoup de seuls en scène ou de spectacles de one match show moi je parle quasiment, enfin oui pas de moi il y a une espèce d'histoire de punition qui est complètement romancée donc il y a des trucs de moi dans le spectacle évidemment mais c'est pas un spectacle qui parle de mon intime donc c'est assez facile et tant mieux, et je pense que je serai peut-être un jour mais pour l'instant je suis très bien là effectivement
- Speaker #0
Je suis très bien là, le fil qui valide, génial, on s'en fout, on ne t'a pas demandé ton avis. Le track, est-ce que tu aurais peut-être peur, je vais quand même faire un lien avec ce que j'ai raconté avant, est-ce que tu aurais plus peur d'avoir du track si tu parlais plus de toi-même, parce que là tu dis c'est bon je parle de Victor Hugo,
- Speaker #1
c'est bon. Oui, de se mettre à nu, déjà de venir sur scène solo pendant une heure et quart, c'est... C'est un petit défi. Bon, maintenant, on a joué la centième du spectacle la semaine dernière. Donc, à force de le jouer, ce truc-là baisse. Et heureusement, parce que sinon, en termes de track, ce serait invivable. Mais les premières fois, ce n'était pas évident. Je n'ai jamais été aussi stressé de ma vie. Je pense avant la première, la toute première. Mais est-ce que les gens... Et puis, en plus, la proposition. Bon, on va réconcilier le rap et Victor Hugo. En fait, on est parti en délire dans notre chambre. Et ça n'a pas du tout marché. Mais le fait que ça ne parle pas de moi, que ce soit beaucoup de... de contenu historique ou de morceaux de rap. C'est vrai que ça permet de se détendre un peu. Je me dis, au pire, les gens n'aiment pas, mais au moins, ils auront appris un petit truc. Et ils ne se seront pas dit, c'est gênant, le mec nous raconte sa vie, je m'en fous. Il n'y a pas ça.
- Speaker #0
Parce que c'est vrai que dans certains seuls en scène, ça peut être ça.
- Speaker #1
Ça peut être ça. Mais quand c'est bien fait, c'est encore plus puissant. Parce que c'est forcément touchant. La personne vraiment sur le plateau, à quelques mètres de nous, nous partage son intime. Donc c'est bouleversant. Mais voilà.
- Speaker #0
Justement, l'autre artiste dont on a parlé... On va parler brièvement à Emmanuel Carrère, il a aussi cette façon de parler de lui, de comprendre l'humain. Dans ses paroles les plus sombres, toi qu'est-ce qui t'obsède chez les gens ?
- Speaker #1
C'est une bonne question. Qu'est-ce qui m'obsède chez les gens ? C'est pas leur part sombre en tout cas, ça m'intéresse moi. Je pense que tout le monde en a et tout ça. Je dirais que c'est peut-être un peu ce qui les fait rêver secrètement. quand je rencontre des gens, je sais pas, c'est peut-être en soirée même des potes ou même des proches en fait on partage assez peu par pudeur probablement nos rêves, nos rêves vraiment fous vraiment ce qu'on aimerait être, demain je te donne 200 millions d'euros, qu'est-ce que tu fais de ta vie et ça c'est une question que j'aime bien poser à mes potes, tu n'as plus jamais besoin de travailler, tu n'as plus besoin, qu'est-ce que tu fais tous les jours en fait, vraiment c'est quoi ton truc et en fait les gens se posent parfois pas trop cette question et bien sûr parce qu'ils ont leur... contraintes, leurs obligations et c'est un luxe de pouvoir vivre de sa passion et tout ça mais voilà, moi c'est ça qui m'amuse parce qu'on découvre des facettes intéressantes parfois
- Speaker #0
J'aime bien poser comme question évidemment j'avais la question il y a 20 secondes et je n'y ai plus, oui c'est ça qu'est-ce que tu feras quand tu seras plus grande ? Je pose la question à des copines qui ont 45 ans Ouais c'est pas mal C'était quoi ton rêve de gosse ? Ouais le rêve, raccroche-toi à ça et est-ce que finalement tu peux pas d'une manière ou d'une autre quand même refaire ton rêve ? Mais effectivement, l'humour est utilisé pour aussi dire des vérités qu'on n'ose pas dire. Est-ce que tu te sens plutôt proche d'un artiste comme Gaël Fay qui raconte son histoire de brut ? Ou plutôt Emmanuel Carrère qui sera plus observateur du réel ?
- Speaker #1
Comme je pense que mon histoire personnelle n'est pas très riche, donc pas très intéressante. Pour moi, il n'y a pas de problème. Mais je pense plutôt Carrère. Et quoi que, parce que lui, vraiment, ce qui est exceptionnel, c'est qu'il a énormément vécu, au sens de, il a beaucoup voyagé, il a rencontré beaucoup de gens, il a fait des reportages partout dans le monde. Donc, il allie son histoire personnelle, qui est toujours passionnante, et puis en plus, il se pose un milliard de questions, il passe par plein d'états, et une autre histoire. Mais moi, je serais plutôt du côté de, ouais, observateur. Et d'ailleurs, le spectacle, c'est ça, c'est en mode, je vais pas vous parler de moi, parce que franchement, je pense que ça serait pas très intéressant. En revanche, il y a un mec très très intéressant qui s'appelle Victor Hugo, qui a une vie exceptionnelle. Il y a un genre... qui est le numéro 1 en France aujourd'hui qui est le rap pourquoi ça cartonne autant, est-ce que Hugo aurait vraiment été le meilleur des rappeurs, qu'est-ce qu'il en aurait pensé et essayons de pas mettre des étiquettes trop vite sur ce qu'on connait pas et on essaie de réconcilier tout ça c'est un peu le but du spectacle du coup c'est un début de triptyque je m'arrête à triptyque
- Speaker #0
parce que je ne sais pas ce que c'est avec le 4. Oui, je ne sais pas non plus. Mais est-ce que tu vas prendre un autre artiste et ce format va être gardé ?
- Speaker #1
C'est une bonne question que je me suis pas mal posée, parce que du coup, les autres raps existent. J'ai un rap sur la vie de Racine, un rap sur la vie de Rimbaud, de Rousseau, de Georges Sand.
- Speaker #0
Mais pour le moment, c'est juste des raps, ce ne sont pas des spectacles. Exactement,
- Speaker #1
ce ne sont pas des spectacles. Mais il y a la matière pour, on pourrait se dire, il faudrait écrire, mais... Easy ! Ça prend quoi ? Deux, trois jours, oui,
- Speaker #0
c'est ça. Avec Lya, c'est plié, attends.
- Speaker #1
Je suis à la GPT, ils me mettent spectacle, c'est bon. Et puis je lui demande comment jouer, il me fait la voix. Franchement, ce sera peut-être ça d'ici quelques années. Je ne suis pas sûr de vouloir refaire des spectacles comme ça parce que déjà ce spectacle, Hugo, je pense que j'en ai encore pour quelques années à le jouer. Si ça continue aussi bien de se passer, je remercie tous les spectateurs qui viennent, nombreuses, nombreux dans les salles. Mais j'ai envie peut-être de parler un peu d'autres choses. J'aimerais exploiter ça parce que ça me passionne, mais peut-être sous d'autres formats. Des vidéos sur les réseaux, peut-être des potes. podcast, peut-être, tu vois.
- Speaker #0
Avec l'histoire quand même, en fond ? Ouais, avec l'histoire,
- Speaker #1
recontextualiser de manière historique, et faire la vie de Georges Sand, faire la vie de Rousseau, faire la vie de Rimbaud, peut-être sous d'autres formats, je sais pas lesquels, mais pas des spectacles, parce que sinon, si je fais ça, je suis parti pour dix ans de spectacles sur les grands auteurs classiques, et j'adore ça, mais j'ai un peu envie de faire autre chose, j'ai pas envie d'être estampillé, tu vois, le mec qui modernise les classiques. Ça,
- Speaker #0
ça me fait penser à une pièce qui s'appelle... un mec qui raconte l'histoire à Hector Hector Ausha,
- Speaker #1
l'histoire de la peinture en moins de deux heures et j'ai toujours pas vu mais apparemment c'est génial il a fait plusieurs périodes ça a l'air génial c'est génial mais lui il est critique d'art à l'origine et après il en a fait un spectacle c'est vraiment son métier je ne connais pas mais il pourrait peut-être faire des spectacles sur d'autres trucs mais lui il vient vraiment de l'aqua sur lui est-ce qu'on a envie d'avoir sa vie ? peut-être, je ne sais pas désolé, Hector je crois Oui, c'est vrai.
- Speaker #0
Tu disais dans le 16ème qu'il ne se passe pas grand chose par rapport à un Gaël Fay, on ne peut pas comparer, mais néanmoins c'est quoi ton émotion préférée, qu'est-ce que toi tu préfères vivre, qu'est-ce que tu aimes ?
- Speaker #1
La joie je crois, la joie... On est bien,
- Speaker #0
elle est un peu contre ta question, moi j'adore chialer, moi je suis hyper sensible franchement, j'adore pleurer. Je peux comprendre,
- Speaker #1
la nostalgie et tout c'est des émotions qui sont riches. D'accord, je suis d'accord. Mais non, non, moi je suis bête et méchant, la joie, rigoler avec les copains, voilà quoi.
- Speaker #0
Faire rire, bien sûr. Faire rire aussi, effectivement. Est-ce que tu veux que les gens comprennent de toi ? Qu'est-ce que tu veux qu'ils, en sortant du spectacle, qu'est-ce qu'ils veulent ressentir ? Qu'est-ce que tu veux qu'ils ressentent ?
- Speaker #1
J'aimerais, et j'ai l'impression que c'est pour l'instant un peu le cas, donc c'est vraiment la plus grande joie avec ce projet. Que les spectateurs se disent, c'est un peu une forme de, c'est le pari du spectacle de réconciliation et peut-être même un peu intergénérationnel et c'est la grande joie du spectacle, c'est qu'on a vraiment des gens de... J'ai joué hier soir, il y avait un rang entier de dames, que des dames, qui devaient avoir vraiment minimum 80 ans.
- Speaker #0
Les anciennes profs de français Très anciennes
- Speaker #1
Mais vraiment très âgées J'étais hyper frappé de les voir là Et à l'étage, au balcon, il y avait des scolaires Qui devaient avoir 13 ans Et en fait ça s'est super bien passé La salle était hyper réactive Je me disais c'est exceptionnel, c'est génial Parce que les gens plus âgés viennent à priori Plutôt pour le côté Victor Hugo historique Et en fait ils se rendent compte que le rap C'est peut-être pas aussi pourri que ce qu'ils pensaient Pour pouvoir être à la page avec leurs petits-enfants Voilà exactement, pour avoir les rêves Merci. Et à l'inverse, les jeunes viennent plutôt pour le côté rap et ils apprennent 2-3 trucs sur Hugo. Et donc à la fin, c'est juste ce truc plus universel que Hugo et le rap de se dire « Bon, j'ai peut-être jugé un peu vite. Si je ne connais pas, il ne faut pas que je plaque une étiquette bêtement. » C'est un peu vraiment le pari ultime du spectacle, ce serait ça.
- Speaker #0
Tu réconcilies aussi plusieurs générations, plusieurs styles. C'est hyper intéressant. Oui,
- Speaker #1
c'est le pari en tout cas.
- Speaker #0
Qu'est-ce que Victor Hugo se serait dit en sortant de ton spectacle ?
- Speaker #1
Ça c'est une question que je me suis déjà posée et qui m'angoisse pas mal parce qu'en fait je crois, il faudrait que je creuse cette question.
- Speaker #0
Il était là la semaine dernière.
- Speaker #1
Exactement, il est passé tranquille au dernier rang, incognito, lunettes de soleil, grosse beubard, il était pas sapé comme les autres mais... Non mais je crois qu'à la fin de sa vie il avait dit qu'il ne voulait pas que ses poèmes soient mis en musique. Ce qui casse complètement tout le concept même du spectacle. Mais il faut que je vérifie cette information. Oui, ça fout le bordel.
- Speaker #0
Mais surtout puisqu'il y a l'idée... Oui, parce que souvent les spectacles étaient mis en musique.
- Speaker #1
Je crois que c'était un peu le début à la fin de sa vie que des compositeurs mettent en musique. Il a écrit pour l'opéra et tout ça, de son vivant.
- Speaker #0
Ce n'était pas conçu pour... Oui, c'était ça.
- Speaker #1
Je ne suis pas sûr qu'il aimerait que les contemplations soient mises en musique. Mais donc cette partie, je ne sais pas s'il l'aurait adorée. Mais je pense qu'il aurait aimé le côté un peu innovant et original. Et c'est ce que je dis dans le spectacle. Le rap, quand ça a démarré, je sais pas, dans les années 80-90, tout le monde était en mode, c'est quoi ce truc de barbare ? Il y a une percussion, il y a un mec qui parle par-dessus, c'est trop bizarre, quoi. Et lui, en fait, à son époque, il faut bien se rappeler que c'était un révolutionnaire de la langue. Nous, aujourd'hui, bon, il fait partie du patrimoine, donc on voit comme un vieux monsieur un peu chiant et tout ça, surtout quand on est en cours. En fait, à son époque, c'était un rebelle, mais puissance d'immis. Il avait son gang de romantiques, c'était des étudiants de 20 ans qui avaient pas une thune, qui avaient des grosses barbes, qui puaient et qui étaient prêts à donner leur vie pour l'art, quoi. donc... Il a vraiment fait voler. Après, à la fin de sa vie, il était beaucoup plus installé. Mais quand il était jeune, il voulait tout faire péter. Il faut s'en souvenir.
- Speaker #0
Toujours recontextualisé, je trouve. On critique. Il peut arriver qu'on peut, devant un tableau, par exemple, se dire, c'est quoi, un clin, par exemple, qui ne fait que du bleu. C'était juste révolutionnaire à l'époque d'imaginer qu'un tableau ne pouvait être que bleu. Sans rien raconter, sans forme, sans rien. Donc, l'importance, effectivement, de recontextualiser. Est-ce qu'il y a un truc dans ta vie que tu fais habituellement qu'a priori, les gens ne font pas ? Tu te dis, attends, c'est vraiment chelou ce que je fais, là.
- Speaker #1
C'est vraiment...
- Speaker #0
Chelou, ça se dit encore ? Je ne sais plus. Oui, bien sûr. Moi, je le dis. Oui, ça va. Et comme tu as 10 ans de moins que moi, ça passe. Oui, mais attention,
- Speaker #1
il y a peut-être des gens de 10 ans de moins que moi qui vont me dire, tu es une vieille, genre ma fille. Boum. Un truc vraiment chelou... Euh... Le mec sort un truc de fou...
- Speaker #0
Une habitude, un truc que tu fais avant de monter ?
- Speaker #1
Un petit doc que je fais avant de monter sur scène... C'est pas très original mais je médite. Depuis que je joue ce spectacle, pas mal. Ça m'aide à rester un peu serein et tout ça.
- Speaker #0
Parce que t'as beaucoup stressé ce spectacle ?
- Speaker #1
Ouais et puis il y a un peu ce truc de c'est une traversée d'1h15, je sors pas de scène, ça va assez vite, j'ai pas le droit de me gourer. donc il faut que je sois hyper focus j'ai pas le droit à l'erreur ça veut pas dire que quand tu joues avec d'autres partenaires t'as le droit à l'erreur mais tu peux te rattraper là j'ai pas le droit donc il faut que je sois très concentré et la méditation m'aide à ça et puis ça m'aide aussi à déstresser parce qu'au début j'avais un trac pas possible donc voilà je fais ça c'est pas hyper original, qu'est-ce que je fais d'autre d'un peu original pas trop de rituels étranges avant de monter sur scène je m'étire je fais un échauffement physique c'est vrai que tu bouges beaucoup Et tu me disais avant notre interview Tu avais fait du sport Donc ça aussi ça fait partie de ta routine Ouais exactement quasiment tous les jours j'essaye Et puis de faire un peu gaffe à ce que je mange aussi Je faisais un peu moins avant, mais de faire en sorte de bien dormir, de faire gaffe un peu à sa condition physique.
- Speaker #0
Du coup ça te rend heureux ? Parce que moi aussi j'essaye de faire cette sorte de routine, je le fais d'ailleurs, et souvent on associe la routine, se coucher tôt, manger correctement, ah elle doit être boring ta vie, limiter l'alcool, mais moi je trouve en tout cas, au contraire,
- Speaker #1
c'est ça qui me rend heureuse. Ça donne plus de vitalité. Moi, je trouve un juste équilibre. Pas d'alcool la semaine, mais le week-end j'ai le droit. On revanche le week-end. Je m'en rattrape, je m'en rattrape. C'est ça le piège. Je vais pas te faire un dessin. C'est ça le piège. C'est peut-être ça le piège. Je me détruis. Non, non, mais bon, il faut pas. La juste mesure. Donc voilà, la juste mesure. Mais cet équilibre pour l'instant me convient très très bien. Et je pense que quand tu passes notamment la barre des 30 ans, ce qui m'est arrivé l'année dernière, tu n'as plus vraiment le choix en fait. C'est juste ton corps qui te dit tu ne peux pas boire trois potes le mardi soir, sinon tu es une loque.
- Speaker #0
Je comprends. Attends les 39 ans. Ouais. Je dis pas 40 parce que j'ai pas encore 40. Une question joyeuse, qu'est-ce que tu voudrais qu'on dise de toi quand tu seras mort ? Qu'est-ce qu'on se marque ?
- Speaker #1
Génial !
- Speaker #0
Moi souvent je me fais ça, petit délire, peut-être que les gens ne font pas. Tu t'imagines ton enterrement ?
- Speaker #1
Et ça t'émeut ?
- Speaker #0
Ouais, ça m'émeut, à tel point que moi j'ai une note partagée avec mon mari où c'est écrit... aspect un petit peu Kim Jong-un contrôlante, où j'écris précisément ce que je veux qu'il fasse quand je meurs. Et voilà, la musique choisie pour mon interment.
- Speaker #1
C'est vraiment, on est sur le déroulé de l'interment, on est sur même t'appelles qui en premier. Il y a un peu de ça aussi. Qu'est-ce que tu dis ? Tu récites un poème de je sais pas quoi.
- Speaker #0
Il y a un protocole.
- Speaker #1
Les 7 jours après ton décès. C'est un peu badant, c'est un peu mignon aussi. C'est un peu les deux. Au moins t'es sûr que ça va bien se passer. Et pour lui c'est hyper cool parce qu'il sait quoi faire. tout en respectant ta volonté il n'a pas besoin de se faire des... c'est un cadeau j'espère qu'il le réalise au quotidien la note qui fait 50 pages alors qu'est-ce que je mets en musique à mon enterrement ?
- Speaker #0
je suis pas sûr de mettre du rap quand même qu'est-ce qu'on dit ? qu'est-ce que tu voudrais qu'on dise ?
- Speaker #1
ça va il était... Pas trop chiant. Franchement, juste ça. Pas trop chiant. T'imagines l'enfer. Non, je sais pas, qu'est-ce que j'aimerais qu'on dise de moi. Que j'étais sympathique, que j'essayais de faire des oeuvres pour réconcilier les peuples en toute humilité. Non mais vraiment, les générations, par exemple. De fédérer, finalement. Ouais, un truc comme ça, ça me plairait bien. Et que j'étais sympa, altruiste. Ça j'aimerais bien. Des petits bonbons, comme ça. Un peu rigolo quand même. Et puis les défauts, on les met sur le côté.
- Speaker #0
Oui d'ailleurs il y a un défaut avec lequel toi t'as appris à vivre.
- Speaker #1
Aucun, aucun défaut. La modestie du coup. La modestie, ouais c'est ça exactement. Modestie au quotidien, bon c'est pas évident. Un défaut personnel ? Ouais. Il faut bien que je me concentre. C'est la question de recrutement. Ouais ouais. Je suis perfectionniste. Exactement. Non non, des vrais défauts que je peux t'envoyer, je peux être un peu... Qu'est-ce que je peux faire ? Je peux être un peu... dans ma vie très personnelle sur certains éléments seulement un peu psychorigide sur des trucs et donc ma fiancée qui n'est pas encore ma femme parce que je me marie dans deux semaines donc juin 2026 comme on enregistre voilà donc ça peut un peu frictionner là dessus et sinon...
- Speaker #0
Et du coup dans ton art ça se traduit comment ce côté psychorigide ?
- Speaker #1
Non c'est plutôt une aide ça d'être un peu structuré dans un domaine qu'il n'est pas forcément mais après bon ça peut être un frein aussi parce que tu vois quand j'écris du coup je me fixe des objectifs de trucs à écrire et tout et puis après je me dis mais c'est peut-être pas la bonne manière faut juste que je me laisse aller et puis si j'écris rien pendant deux heures c'est pas grave mais si j'écris une ligne super bah voilà ce sera gagné donc faut trouver le juste milieu en permanence mais ça pour n'importe qui je pense mais dans l'artistique encore plus entre s'imposer une forme de discipline et laisser la porte ouverte à l'inspiration et puis à la vie, à la joie et pas être complètement focus sinon tu t'en perds le... La joie de faire ce que tu fais.
- Speaker #0
Ce que tu peux avoir pendant la méditation. Exactement,
- Speaker #1
de lâcher prise et de moments présents et de juste être présent et exister. Donc voilà, il y a ça. Et puis après, je peux être un peu parfois... J'ai parfois des petits coups de colère sur des détails qui n'en valent vraiment pas la peine. Vraiment des bouffées de... Ça me saoule quoi, c'est rare. Je me permets de le préciser. Je ne sais pas trop d'où ça vient. J'ai peur. Quand j'ai un peu chaud, là, je suis en fin d'intermédiaire. Je suis mauvais à tout péter. Non,
- Speaker #0
mais tu sais que ça, ça traduit aussi, peut-être que ça a bougé quelque chose en toi qui est inconscient, un biais que tu voyais peut-être pas, où tu disais, ah, ce fait-là, ça, ça m'a énervé, mais est-ce que tu essayes de chercher pourquoi ? Ouais,
- Speaker #1
ouais, ouais. Bon, il y a des raisons, mais ça ne justifie jamais le fait que ça m'énerve à ce point-là. Bon, mais c'est rare, heureusement.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a une dernière claque artistique ? dont tu voudrais nous parler, quelque chose que tu aurais vu, lu, entendu ?
- Speaker #1
Oui, alors il n'y en a pas. Pas mal, mais celle que je vais prendre est la plus récente, c'est un film au cinéma qui s'appelle I Swear, je sais pas si t'as vu. En français c'est... c'est un film britannique.
- Speaker #0
C'est Je Jure ? Ouais ouais c'est ça, alors I Swear c'est Je Jure,
- Speaker #1
mais en français... Y'a pas la traduction littérale. Ouais c'est une autre traduction, bon je sais plus la traduction mais ça parle d'un gars qui a le syndrome de la tourette.
- Speaker #0
Ah oui bien sûr ! Tu vois ? Donc évidemment je l'ai oublié, oui je vois, mais c'est pas du tout cette traduction là. Non c'est pas ça,
- Speaker #1
bon je sais plus.
- Speaker #0
Ça fait une phrase en fait. Oui ça fait une phrase.
- Speaker #1
Et c'est bouleversant, Sophie, parce que tu suis l'itinéraire de ce gars qui a le syndrome de la tourette. Et il y a une époque, il y a 40-50 ans, où c'était pas du tout connu.
- Speaker #0
C'est pas maintenant, en fait, le film. Non,
- Speaker #1
c'est il y a 40 ans. Ça raconte sa vie. Et c'est le premier gars, donc il y a plein de gens qui avaient le syndrome de la tourette. Donc déjà, tu découvres un peu ce que c'est, que c'est pas seulement des insultes, c'est faire des cris. Tu rentres un peu dans leur tête et tout. Et c'est hyper touchant. Et c'est un peu le premier qui a vraiment fait un énorme travail de pédagogie. autour de ce syndrome et d'expliquer ce que c'était auprès de la police, auprès du personnel soignant, auprès des éducateurs pour dire en fait il y a des enfants qui ont ça, ils sont pas juste un peu bizarres, ils font pas les mariés, ils font pas exprès. Donc s'ils sortent des insultes en permanence et tout c'est plus fort qu'eux. C'est une maladie. Et le film est vraiment, l'acteur est incroyable, ils sont tous géniaux, c'est vraiment super.
- Speaker #0
Donc effectivement j'en ai entendu parler mais j'ai pas pris le temps d'aller le voir mais j'attends qu'il soit sur le canal, si je suis encore abonné sur le canal. il y a une question que tu aurais aimé que je te pose ?
- Speaker #1
non non franchement interview très très complète elle a bien bossé sans sujet les petits ponts, les artistes, le spectacle ta vie c'était top des actus à partager pour 2026,
- Speaker #0
donc il y a ton spectacle qui fonctionne bien il y a des dates sur tes réseaux sociaux tout à fait,
- Speaker #1
je me permets juste de les redire parce que cet épisode va sortir pas tout de suite il y a deux dates à l'Européen les 30 et 31 octobre donc à l'Européen place de Clichy pour deux dates exceptionnelles je vous invite à venir, nombreuses, nombreuses trop content de jouer dans cette salle mythique et il n'y a que deux dates entre guillemets parce que j'ai une grosse tournée l'année prochaine donc c'est une très bonne nouvelle pour le spectacle toutes les dates seront sur Instagram sur le site de mon producteur qui même me suit donc voilà tout ça sera dispo Et tu interviens aussi dans les écoles parce que ton spectacle est vraiment génial Tout à fait, c'est à dire que je fais soit des dates carrément dans les lycées C'est... dont les amphis des lycées-collèges. À partir de la quatrième, je recommande quatrième-troisième. Et sinon, quand je vais en tournée, souvent, oui, ça arrive régulièrement, je joue une première date en début d'après-midi, à 14h, devant un public uniquement de scolaires. Donc ça peut être, je ne sais pas, une fois j'ai eu 450 quatrièmes. C'est assez sport. Bruyant. Oui, c'est sport. Et ça pue. Si je peux me permettre, ça sent très fort l'enfant du quatrième. Il faut le dire. L'enfant, pas du quatrième arrondissement, on n'a rien contre les gens du quatrième arrondissement, ni du quatrième département, non non on parle vraiment de la classe de quatrième, tous les enfants de quatrième, cinquième c'est bien, troisième c'est bien, quatrième ça chlingue.
- Speaker #0
Non mais c'est l'ado quoi, enfin bon bah... Ouais l'ado, l'ado chlingue.
- Speaker #1
Parcours personnel. Ok du vécu que tu as envie de partager.
- Speaker #0
Il y a du vécu que tu vas nous en parler. Ouais c'est ça. Ok génial.
- Speaker #1
Et donc ouais je fais souvent une scolaire en début d'après-midi et une tout public le soir, ce qui est assez physique, mais j'aime bien. Enfin, sur le moment, c'est assez dur, les scolaires, parce qu'ils commentent beaucoup, ils parlent entre eux. C'est leur manière de réagir et c'est normal. Mais bon, quand on est en plus seul sur scène, parfois c'est un peu dur. Ça déstabilise. Ça déstabilise au début, maintenant un peu moins, heureusement. Mais heureusement, à la fin, il y a souvent un bord plateau, donc un échange où ils posent des questions. Et là, ils sont trop mignons, ils sont à fond, ils me posent plein de questions. Après, ils m'écrivent sur les réseaux et tout. Donc, je sais qu'ils ont aimé souvent. Mais sur le moment, c'est vrai que ça peut être un peu déstabilisant.
- Speaker #0
C'est chouette, parce que tu donnes aussi le goût de la lecture. C'est chouette.
- Speaker #1
C'est le pari, j'espère, de la lecture et aussi d'écouter peut-être du rap un peu différemment en faisant plus attention aux paroles ou à la manière dont les instru sont faites d'approfondir son... d'affiner son oreille aussi
- Speaker #0
Absolument, super Merci beaucoup pour cette échange Un immense merci à toi,
- Speaker #1
Célia Et à bientôt A bientôt, salut Ça t'a plu ? Laisse-moi un gentil commentaire, ça aidera mes amis les algorithmes à propulser ce podcast.
- Speaker #0
Et parle-en autour de toi, à la machine à café, dans le métro. Bah tiens oui, si là t'es dans le métro, en ce moment, parle-en à ton voisin. Tu peux aussi lui parler de la page Instagram d'Artitaï. Merci, allez, bisous bisous.