Speaker #0bienvenue sur Arty Time tableau d'humour culturel je te parle d'artistes morts ou vivants ou morts de lieux culturels à absolument visiter et les autres, absolument évitées. Je te fais des résumés des expositions, si tu as la flemme d'y aller, et que tu peux privilégier à la machine à cacher, au dimanche midi, chez ta belle-mère. Ne me remercie pas, c'est gratuit. Enfin, tu peux quand même lâcher un petit commentaire, ça sera simple. Allez, bonne écoute ! Coucou mes petits curieux ! Aujourd'hui, j'ai envie de vous parler d'une femme, Lee Miller, qui a eu au moins 4 vies. mannequins, muses, photographes. correspondante de guerre, une slasheuse avant l'heure. Et pourtant, pendant très longtemps, elle a surtout été présentée comme la muse de Manard. Et pourtant, Lee Miller n'a pas simplement traversé le XXe siècle, elle l'a photographiée, des soirées mondaines parisiennes au camp de concentration libérale. Oui, désolé pour la transition, on passe du champagne au pire de l'humanité, et c'est exactement ce que j'ai ressenti en visitant l'exposition qui lui est consacrée au musée d'art moderne de Paris. L'expo commence tout doucement et finit par vous mettre une immense clague. Une de celles qui vous empêche de parler pendant plusieurs minutes. Aujourd'hui, je vous raconte l'histoire de cette incroyable Leigh Miller. Avant d'être une immense photographe, c'est une enfant assez, comment dire, indomptable. Elle naît en 1907 dans l'état de New York. Son père, Theodore Miller, est ingénieur. Mais surtout, il adore la photographie. Il photographie énormément sa famille. Et Leigh devient très tôt son principal modèle. À une époque où certains parents sortaient un appareil photo uniquement pour Noël, lui, il immortalise absolument tout. Elle grandit devant un objectif. Elle comprend très tôt ce qu'est une lumière, un angle, un cadrage. Et sans le savoir, elle suit déjà ses premiers cours de photographie. Petite, elle possède aussi un caractère explosif. Disons que si elle avait existé aujourd'hui, ses bulletins scolaires auraient probablement contenu la phrase « élève brillante mais pourrait arrêter de répondre au professeur avec autant d'assurance » . Ça me rappelle les carnets d'une certaine jeune fille. Elle est renvoyée de plusieurs établissements scolaires. Pas parce qu'elle est mauvaise, mais parce qu'elle refuse assez facilement qu'on lui dise quoi faire. Moi, je trouve que c'est une qualité, mais qui devient parfois un léger défaut. Très vite, elle se passionne pour le théâtre, puis la danse, puis le cinéma. En réalité, tout ce qui touche à l'image la fascine. Elle adore observer les gens, leur attitude, leurs gestes, leurs regards. Et sans encore le savoir, elle apprend déjà ce qui fera d'elle une grande photo. Parce qu'une bonne photo, ce n'est pas seulement une jolie lumière, c'est surtout savoir capter une émotion, une demi-seconde avant qu'elle ne disparaisse. Ses parents, qui comprennent qu'elle étouffe légèrement dans son environnement, prennent une décision plutôt. intelligent. En 1925, il l'envoie passer plusieurs mois à Paris, à l'occasion de l'Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes.
Speaker #0Aujourd'hui, on emmène les élèves visiter une station d'épuration pour comprendre les mécanismes du dérèglement climatique. À l'époque, ses parents lui offrent Paris. La capitale est alors un gigantesque laboratoire artistique. Peintre, photographe, écrivain, couturier, architecte, tout le monde invente quelque chose. On croise autant de génies dans les cafés parisiens Qu'on croise aujourd'hui des gens en visio dans les Starbucks. Lee découvre cette effervescence. Puis elle visite, elle observe, elle s'imprègne, elle comprend qu'on peut vivre pour créer. Et ça, ça lui plaît vachement. De retour aux Etats-Unis, la vie décide de lui offrir un énorme coup de chance. En 1927, elle traverse une rue de Manhattan. Non pas pour trouver un travail, mais elle manque d'être traversée par une voiture. Un homme la retient au dernier moment. Et cet homme, c'est Condé Nast, le patron du magazine Vogue. Condé Nast remarque... immédiatement son allure, son élégance, son incroyable photogénie. Et il nous propose de poser pour Vogue. Comme ça, dans la rue. Aujourd'hui, ça ressemblerait à un début d'arnaque sur Instagram. Mais là, c'est vrai. Et quelques semaines plus tard, elle fait la couverture de Vogue. Et sa carrière de mannequin explose. Très vite, elle devient l'un des visages les plus célèbres de la mode américaine. Et les plus grands photographes veulent travailler avec. Elle pose pour les plus grandes maisons. Mais contrairement à beaucoup de mannequins de l'époque, elle ne se contente jamais de sourire devant l'objectif. Elle regarde comment les photographes travaillent, elle observe leurs réglages, les placements des projecteurs, les décors, et elle pose tout en prenant des notes dans sa tête. Puis arrive une publicité qui va beaucoup faire parler d'elle, elle devient légérie d'une campagne pour serviettes hygiéniques. Bon, aujourd'hui ça paraît complètement banal, mais en 1928, pas vraiment. Parler de règles dans une publicité, c'est presque un scandale. Certaines personnes trouvent même ça choquant. Résultat, plusieurs agences considèrent ensuite que son visage est devenu trop identifiable. Donc cette publicité ralentit sa carrière de mannequin, mais avec le recul, c'est probablement une excellente nouvelle. Parce qu'elle en a marre de poser, toujours poser. Elle préfère largement être derrière l'appareil plutôt que devant. Et cette idée commence à devenir une véritable obsession. Alors elle retourne à Paris. Et c'est là qu'elle rencontre un homme qui va profondément influencer sa vie. Le photographe américain Man Ray. L'une des grandes figures du surréalisme. Lee lui demande de devenir son élève. Elle devient son assistante, puis sa collaboratrice, puis sa meuf. Mais surtout, elle apprend à une vitesse hallucinante. Les laboratoires photographiques deviennent son terrain de jeu. Les bains chimiques, les négatifs, les contrastes, les tirages, elle adore ça. Elle passe des heures enfermée dans la chambre noire, pendant que d'autres vont danser dans les cabarets parisiens. C'est précisément dans ce laboratoire que va naître, presque par accident, l'une des techniques photographiques les plus célèbres du XXe siècle, la solarisation. Bref, cette Lee, c'est un mélange entre artistes, chimistes et magiciens. A cette époque, si vous vouliez croiser quelqu'un d'un peu connu, il suffisait d'entrer dans un café de Montparnasse. Aujourd'hui, il faut surtout aller sur LinkedIn ou au Festival de Cannes. Elle développe son propre regard. C'est ça qui est fascinant. Parce que ces images ne ressemblent déjà plus vraiment à celles de Man Ray. On retrouve évidemment des influences communes, mais elle cherche autre chose. Moins de démonstration, plus de vérité. Après plusieurs années passées à Paris, elle décide pourtant de voler de ses propres ailes. Et là, respect. Parce qu'il faut quand même imaginer le contexte. On est début des années 1930. Une femme qui ouvre seule son propre studio photographique, pas exactement courant. Elle retourne donc à New York, ouvre son atelier, son nom figure sur la porte. Ça paraît anodin aujourd'hui, mais à l'époque, c'était carrément audacieux. Très vite, les commandes arrivent. Publicité, portrait, mode. Elle travaille avec plusieurs magazines, son style plaît. Parce qu'il est moderne, graphique, direct. Et puis aussi, elle photographie les femmes autrement. Pas uniquement comme des objets élégants, mais comme des personnes, avec une personnalité, une présence, une intelligence. Et ça, ça change tout. Mais Ellie Miller... est incapable de rester longtemps au même endroit. Il y a des gens qui changent de canapé, elle, elle change carrément de continent. Elle repart voyager. L'Egypte, d'autres destinations encore. Ses photographies évoluent. Les paysages désertiques l'inspirent énormément. Ses compositions deviennent de plus en plus épurées, elles jouent avec les perspectives. Et à la fin des années 30, l'Europe devient de plus en plus inquiétante. Les dictatures s'installent, le climat politique se dégrade et la guerre approche. Elle épouse en 1940 Roland Penrose, peintre et historien de l'art britannique, avec qui elle partage un profond intérêt pour la création contemporaine. Le couple s'installe au Royaume-Uni. C'est là que la vie de Lee Miller bascule une nouvelle fois. Parce qu'elle décide qu'elle ne photographiera plus seulement des robes ou des célébrités, elle veut raconter l'histoire, la vraie, pas celle des salons mondains, celle qui fait peur. Elle devient photographe pour le magazine Vogue britannique. Et lorsque la Seconde Guerre mondiale s'intensifie, elle obtient une accréditation de correspondante de guerre. Imaginez, elle passe des studios photo parisiens au champ de bataille. Changement de décor brutal. Pire qu'un déménagement entre Neuilly et Koh-Lanta. Elle embarque avec les forces alliées, photographie les bombardements, les hôpitaux, les civils, les soldats, les villes détruites. C'est plus qu'une spectatrice, elle est au cœur des événements. Et surtout, elle refuse de détourner les yeux. Et c'est probablement cette obstination qui fera d'elle l'une des plus grandes photographes du XXe siècle. Et c'est précisément cette seconde partie de sa vie, celle qui commence avec la guerre, que l'exposition. du musée d'art moderne de Paris raconte de manière bouleversante. Au début de l'expo, c'est des jolies photos de mode, puis progressivement, on sent que quelque chose change dans l'expo. Les murs deviennent plus sombres, les sujets aussi. Cette expo est construite comme une montée. Au début, on sourit, on admire, on se dit tiens, elle fait des belles photos de mode. Et puis, salle après salle, l'ambiance change. En tant que correspondante pour le Vogue britannique, Lee Miller accompagne les armées alliées en Europe. Et là, on oublie complètement les défis. Elles ne cherchent jamais l'image spectaculaire. Elles cherchent la vérité. On sent la fatigue, la peur, l'attente. On est loin des images de propagande. C'est probablement ça qui nous touche encore aujourd'hui dans ces photos, parce qu'elles montrent des êtres humains. Parmi les images qui m'ont marquée dans cette exposition, il y a cette photographie réalisée dans un hôpital militaire. Elle photographie un soldat blessé. Pas en train de combattre, pas en train de recevoir une médaille, mais simplement en train d'exister. Son regard dit énormément de choses. Il est vivant, mais on comprend. immédiatement que la guerre lui a pris quelque chose. Son cadrage est resserré, presque intime. Puis l'exposition continue, les images deviennent de plus en plus difficiles. Elle suit des troupes alliées jusqu'en Allemagne. Puis elle présente sa découverte des camps de concentration. Et ça, ça change complètement son œuvre. Et puis arrive la photographie, celle que tout le monde connaît, ou presque, la baignoire d'Hitler. Le jour même où Adolf Hitler se suicide à Berglind. Lee Miller et le photographe David Sherman entrent dans l'appartement privé Merci. Hitler à Munich. Et là, elle prend une décision incroyable, elle enlève ses bottes. Ses bottes recouvertes de boue, les camps qu'elle vient de visiter, elle pose sur le tapis et elle s'installe dans la baignoire d'Hitler. Et David Sherman déclenche l'appareil. Cette photographie est devenue l'une des images les plus célèbres du XXe siècle. Cette photographie est d'une puissance symbolique incroyable. Une femme, photographe, correspondante de guerre, prend possession le temps d'un cliché de l'intimité du dictateur responsable du conflit. Sans violence, sans armes, juste avec une image et qu'elle y est. Une autre image m'a aussi profondément marquée, il s'agit d'un... portrait réalisé après la guerre d'une personne gravement mutilée. Et là encore, elle refuse toute mise en scène. Pas de pathos, pas d'effet dramatique. Elle photographie cette personne avec la même humanité que ses mannequins 20 ans plus tôt. Finalement, qu'elle photographie une robe de haute couture ou un survivant de la guerre, elle pose le même regard. Un regard profondément humain, sans jugement, simplement et avec énormément de respect. On sort de ces salles complètement Comment est-ce qu'on peut vivre après ça ? Comment est-ce qu'elle a fait ? Parce qu'on imagine souvent que la guerre s'arrête le jour où les armes se taisent. Mais en réalité, elle continue longtemps dans la tête de ceux qui l'ont vécue. Et elle n'en fait malheureusement pas exception. Elle rentre d'Angleterre, continue à travailler pour Vogue. Elle photographie encore la mode, les vêtements, les intérieurs. Sur le papier, elle retrouve sa vie d'avant. Parce qu'intérieurement, quelque chose s'est cassé. Ce n'est pas que son travail est moins intéressant, c'est simplement... qu'elle n'y trouve plus le même sens. Alors en 1947, elle et son mari s'installent dans le Sussex en Angleterre, une immense propriété entourée de terres, près de 80 hectares. Et là, je vous avoue que j'ai eu un petit moment de jalousie. Une ferme, des artistes qui passent boire un café, Roi de Miro qui vient faire un coucou, Man Ray qui s'invite, c'est le Airbnb campagnard le plus stylé de XXe siècle. Dans cette maison, Lee Miller devient aussi une cuisinière réputée. Après avoir couvert la guerre, elle se passionne pour la gastronomie. La même année, elle devient maman. Malgré cette nouvelle vie, les blessures de la guerre restent présentes. Pendant longtemps, Lee Miller a très peu parlé de ce qu'elle a vu. Ses archives sont rangées, ses négatifs sont stockés, comme si elle voulait fermer une porte. A sa mort, en 1977, une immense partie de son travail est encore largement méconnue. Et c'est son fils qui redécouvre progressivement des milliers de photographes. Un véritable trésor. Près de 60 000 négatifs. Et surtout, quelle mémoire du XXe siècle. Parce que ses archives racontent tout. La mode, le surréalisme, les artistes, la guerre, l'après-guerre, une vie entière. Et puis, dans cette exposition, il y a aussi une dernière salle. Après toutes ces émotions, les commissaires ont eu la bonne idée de terminer par quelque chose de très pédagogique. On découvre comment Lee Miller travaillait. Ses cadrages, ses planches contacts, ses choix, ses recadrages, ses tirages, ses expérimentations. On comprend enfin qu'une photographie ne n'est pas uniquement au moment où on appuie sur le déclencheur. Elle naît avant aussi, et puis après. Avant, dans le choix du point de vue. Après, dans le laboratoire, dans le développement, les contrastes. Ça, je trouve que c'est une belle réussite de l'exposition. On ne ressortait pas seulement avec des connaissances, mais aussi avec un nouveau regard. Lee Miller, c'était bien plus qu'une photographe. C'était une femme qui a refusé qu'on décide à sa place. Elle est devenue artiste, correspondante de guerre, témoin de l'histoire. Elle nous laisse des images qui continuent à nous regarder. Et c'est exactement ce que l'art fait de mieux. Il nous fait ressentir et parfois, il nous oblige à ne pas oublier. Bonne exposition, mes petits curieux, et bel été. Ça t'a plu ? Laisse-moi un gentil commentaire, ça aidera mes amis les algorithmes à propulser ce podcast. Et parle-en autour de toi, à la machine à café, dans le métro... Bah tiens oui, si là t'es dans le métro, en ce moment, parle-en à ton voisin. Tu peux aussi lui parler de la page Instagram d'Arty Time. Merci, allez, bisous bisous !