Speaker #0Bonjour et bienvenue dans le podcast Au-delà de la Blouse, un espace où on ose dire ce qu'on tait souvent. Ici, on ne parlera pas uniquement de médecine, de protocole ou de guideline, mais plutôt de ce qui vit derrière, l'épuisement, les doutes, les blessures invisibles, parce que quand la blouse tombe, il reste l'essentiel, un être humain en quête de sens. Je suis Shama Ramouni, médecin traumatologue, urgentiste formée également en médecine fonctionnelle. Ici, on part de ce qui vous épuise pour avancer vers plus de clarté, d'apaisement et d'alignement dans votre vie de soignant. Bonjour à tous, ravie de vous retrouver dans ce nouvel épisode et surtout ravie de reprendre enfin le podcast. Alors dans les épisodes précédents, je vous ai beaucoup parlé du système de priorité intrinsèque, ce fameux SPI. Alors pour ceux qui n'ont pas écouté les épisodes précédents, je vous invite vraiment à aller écouter l'épisode 3. Parce qu'on va repartir directement de ce concept aujourd'hui. Et pour ceux qui l'ont déjà écouté, est-ce que vous vous êtes amusé à faire les listes dont je vous ai parlé ? Ça m'intéresserait vraiment d'avoir vos retours. Alors avant d'attaquer le vif du sujet, j'aimerais qu'on fasse quand même un petit récap. Donc si je devais redéfinir le SPI très simplement aujourd'hui, je dirais que c'est la hiérarchie de ce qui compte réellement pour nous. Alors pas ce qu'on pense qui devrait compter, pas ce qu'on nous a appris à valoriser. pas ce qui fait bien sur le papier, mais ce vers quoi nos temps, notre attention et notre énergie se dirigent naturellement. Et je me répète, mais quand on est connecté à son SPI, les choses deviennent beaucoup plus fluides. On est naturellement inspiré, on ressent de l'enthousiasme et surtout, on s'autorégule beaucoup plus facilement. C'est-à-dire qu'on sait naturellement quand avancer, quand ralentir, quand s'arrêter et quand reprendre. On n'a pas besoin de se battre en... permanence contre soi-même pour faire les choses. On a même parfois cette sensation assez particulière d'aller naturellement faire certains objectifs et en même temps de sentir que les choses viennent vers nous. On remarque davantage les opportunités, on agit plus facilement, on persévère sans avoir besoin de se convaincre toutes les 5 minutes. Alors tout ça c'est beau, mais c'est quand on vit en cohérence avec son esprit. Justement, aujourd'hui, j'aimerais vous parler de ce qui se passe quand ce n'est plus le cas. Comment est-ce qu'on le repère ? et surtout, qu'est-ce qui se cache derrière ces déconnexions. Alors à mes yeux, le premier signal d'alerte, c'est quand dans notre langage, il y a souvent des « il faut que je fasse ça » , « je dois faire ça » . Donc quand ces phrases commencent vraiment à tourner en boucle dans nos têtes, quand on a la sensation de forcer, quand on a la sensation de ramer, comme si on nageait constamment en contre-courant, on déploie énormément d'énergie pour parfois très peu de résultats. Et on a besoin de se motiver sans arrêt. Il faut que je fasse ça pour obtenir ça. Allez, encore un effort. Et donc, ce qui se passe, c'est qu'un langage négatif s'installe. D, je suis nulle, lui, il n'y arrivait pas moi. Si il arrive à faire tout ça et que moi, je n'y arrive pas, c'est qu'il y a quelque chose qui cloche chez moi. Je ne suis pas assez disciplinée, je ne suis pas assez ambitieux. Et donc, on finit très facilement dans la comparaison. Et là, j'aimerais ouvrir une parenthèse sur les comparaisons. Déjà parce qu'aujourd'hui, on est exposé en permanence à la vie des autres et surtout à une vie extrêmement sélectionnée de leur vie. Sur les réseaux sociaux, on voit les réussites, les voyages, on voit les promotions, les corps sculptés, les couples heureux, les enfants souriants, les appartements magnifiques, les carrières qui décollent, les gens passent. On voit énormément de résultats, beaucoup moins le prix payé pour l'obtenir. On voit ce que la personne choisit de montrer, mais rarement tout ce qui a été sacrifié derrière. Donc on compare notre vie entière avec tout ce qu'on sait d'elle, les doutes, la fatigue, les jours sans, à un morceau choisi de la vie de quelqu'un d'autre. Mais à mes yeux, les réseaux sociaux, au fond, ce n'est que la vitrine. Il y a quelque chose de beaucoup plus ancien derrière, les dames sociaux. Toutes ces idées qu'on a reçues tellement tôt, qu'on n'a pas vraiment questionné, à quel âge on devrait être installé, à quel âge on devrait être marié, avoir des enfants, acheter. On devrait être dans sa carrière, ce qu'on devrait gagner, ce à quoi une vie réussie est censée ressembler. Et d'ailleurs, qu'est-ce que la réussite ? Ça aussi, c'est un autre sujet, je pourrais en faire un épisode à part. Parce qu'on parle souvent d'une vie réussie comme si la définition était universelle, alors que la réussite de l'un n'a peut-être rien à voir avec la réussite de l'autre. Donc quand on se compare... On croit qu'on se compare à une personne. Moi, je vois ça comme ça. En réalité, on se mesure à une grille, une grille qu'on n'a pas écrite, qu'on n'a pas choisie, et que les réseaux sociaux nous remettent sous les yeux toute la journée, avec des gens qui ont l'air de cocher toutes les cases. Et le problème, c'est que quand on se compare, on ne se demande jamais si ce que l'autre a, on le veut vraiment. On voit qu'il l'a, on voit que nous, on ne l'a pas, on en conclut qu'il nous manque quelque chose. On saute complètement à la question. plus importante qui est, est-ce que ça compte vraiment pour moi ? Est-ce que je le veux réellement ? Ou est-ce que je suis en train de laisser les autres projeter leur système de valeur sur moi alors qu'au fond, cette chose-là n'est peut-être pas si importante pour moi ? Si la personne en face a ce résultat-là, c'est que ce domaine est très haut dans ses priorités à elle. Elle y met son temps, son attention, son énergie naturellement sans se forcer, exactement comme nous, on le fait pour ce qui est haut dans les nôtres. Sauf que ça, on le voit beaucoup moins. Ce qui est facile pour nous, on ne le valorise pas. On trouve ça normal. On ne compte pas les heures qu'on peut passer sur quelque chose qui nous passionne. On ne se dit pas « waouh, quelle discipline ! » On se dit juste « ben en fait, c'est normal » . Et donc, on finit par prendre ce que l'autre a de plus haut dans sa hiérarchie, on le pose à côté de ce qui est tout en bas de la nôtre, et on se juge là-dessus. Forcément qu'on se trouve nul. Forcément qu'on a l'impression de ne pas être assez discipliné, pas assez ambitieux, pas assez organisé. Bref, vous pouvez mettre l'adjectif que vous voulez derrière. Alors qu'on n'est pas moins discipliné, moins organisé, moins ambitieux, on est juste discipliné, organisé ailleurs. Il y a d'ailleurs une citation qu'on attribue souvent à Einstein, je ne suis pas sûre qu'elle soit de lui, mais bref, qui dit « Tout le monde est un génie, mais si vous jugez un poisson sur ses capacités à grimper un arbre, il passera toute sa vie à croire qu'il est stupide. » Et je trouve que cette phrase résume tellement bien le problème, parce que le danger de la comparaison, c'est pas seulement qu'elle nous fait nous sentir mal, c'est qu'à force, on finit par ne plus faire la différence entre ce qu'on veut réellement et ce qu'on nous a appris à vouloir. On se met à courir après des choses qui ne sont même pas à nous, et là, on en revient exactement à ce que je vous décrivais tout à l'heure, les il faut, les je dois, la sensation de forcer, de ramer, de lutter contre soi-même, et à force de vivre comme ça, et bien oui, on finit par se cramer. Mais ces il faut, ces je dois, cette comparaison, ce sont à mes yeux des symptômes. Des signaux qui nous disent qu'on s'est déconnecté de ce qui compte vraiment pour nous. Et ça peut arriver pour trois raisons. Alors la première raison, c'est que ce qu'on poursuit n'est pas réellement important pour nous. Ça rejoint ce que je disais avec la comparaison. On court après quelque chose parce qu'on l'a vu chez les autres, parce qu'on nous a appris que c'était ça réussir. Mais au fond, c'est pas haut dans notre hiérarchie à nous. On peut être persuadé de vouloir quelque chose, simplement parce qu'on l'a vu valoriser toute notre vie, parce que les gens autour de nous le veulent, parce que dans notre milieu, c'est considéré comme une réussite, parce qu'on s'est raconté pendant des années que c'était la prochaine étape logique. Prenons l'exemple de quelqu'un qui se met une pression monstre parce qu'à 35 ans, il n'est toujours pas propriétaire. Tous ses amis l'ont acheté, ses parents lui rabâchent qu'à son âge, il devrait déjà l'être. Donc, premier réflexe, comparaison. Il s'ennuie, en retard, il commence à économiser, à chercher, à se mettre la pression. Parce qu'à 35 ans, il devrait déjà être propriétaire. Sauf que si cette personne regarde vraiment ce qui compte pour elle, peut-être qu'à cet instant T, ce qu'elle veut surtout, c'est voyager, bouger, garder de la liberté. Être propriétaire n'est tout simplement pas une priorité pour elle à ce moment-là. Et donc tout le problème vient du fait qu'elle essaie de répondre à une norme extérieure avec une vie qui intérieurement veut autre chose. Donc voilà pour la première raison. Deuxième raison, c'est quand on ne voit pas l'intérêt de ce qu'on fait. Là, ce qu'on poursuit peut être totalement aligné avec nous. Le problème, c'est qu'il y a certaines étapes sur le chemin dont on ne voit plus le sens. Je prends mon exemple. Quand j'ai décidé de venir exercer en Allemagne, apprendre l'allemand n'était clairement pas quelque chose d'important pour moi ni quelque chose qui m'inspirait. Je n'avais aucune passion pour la langue allemande, encore moins pour sa grammaire. Bref, ça a été une torture d'apprendre l'allemand. On ne va pas se mentir. Mais venir exercer en Allemagne, construire ma carrière ici, ça, c'était important pour moi. Et Dieu seul sait à quel point ça a été dur d'apprendre l'allemand, le nombre de fois où j'ai pleuré parce que je ne comprenais rien, parce que j'avais l'impression de ne pas avancer, le nombre de fois où j'ai failli jeter l'éponge. Et pourtant, à chaque fois que je me rappelais pourquoi je faisais ça, la grinte a revenu, le sens revenu. Donc voilà, il y aura toujours des choses qu'on sera amené à faire qui ne nous inspireront pas plus que ça. Mais si elles sont au service de quelque chose qui nous inspire, de quelque chose d'intrinsèquement important pour nous, elles trouveront leur place. Donc parfois, avant de conclure qu'on n'est plus aligné avec soi-même, il faut simplement se demander, est-ce que cette chose n'a vraiment aucun sens pour moi ou est-ce que j'ai juste perdu du jus, ce qu'elle me permet de construire ? Donc voilà, troisième raison, c'est quand on met quelque chose sur un piédestal. Ce qu'on veut est tellement important à nos yeux qu'on en oublie tout le reste. On est prêt à tout pour y arriver. Je vous redonne mon exemple de burn-out. Pendant ma spécialité, même quand j'ai réalisé que j'étais en burn-out, eh bien, je n'ai pas voulu me mettre en arrêt pour ne pas retarder ma spécialité. Tous les jours, je me répétais que c'était presque fini. Plus que quelques mois et c'est fini. J'ai tellement tiré sur la corde que j'ai fini par m'effondrer. J'en ai parlé dans l'épisode 2. j'étais tellement à bout que j'ai envisagé de carrément arrêter la médecine. Et c'est tout le paradoxe, en voulant forcer encore quelques mois parce que je tenais tellement à ce métier, ça a fini par m'en éloigner. Donc contrairement à la première raison, ici ce n'est pas qu'on poursuit quelque chose qui n'est pas vraiment important pour nous, c'est tout l'inverse, on tient tellement à quelque chose qu'on est prêt à se sacrifier soi-même pour y parvenir. Donc voilà, parfois on pense qu'on manque de motivation, qu'on n'est pas assez discipliné, qu'on devrait faire plus d'efforts. Alors qu'en réalité, ce qu'on ressent peut simplement être un signal. Un signal qui nous dit qu'on poursuit quelque chose qui n'est pas vraiment important pour nous, ou qu'on a perdu de vue le sens de ce qu'on fait, ou au contraire, qu'on tient tellement à quelque chose qu'on finit par sacrifier tout le reste. Et je crois que c'est ça que j'aimerais que vous reteniez de cet épisode, avant de vous juger, avant de vous dire que vous êtes paresseux, pas assez ambitieux, pas assez organisé, essayez de vous demander ce qu'il y a derrière. Est-ce que ce que je poursuis est vraiment important pour moi ? Est-ce que je vois ? encore pourquoi je fais ce que je fais. Est-ce que je suis en train de donner tellement de place à une chose que tout le reste disparaît autour ? Donc cette semaine, j'aimerais que vous observiez simplement votre langage. Les moments où vous dites il faut, je dois aller encore un effort, pas pour vous juger, juste pour voir ce qu'il y a derrière. Donc voilà, ça sera tout pour aujourd'hui. Si cet épisode vous a parlé, je vous invite à vous abonner sur Spotify ou sur Apple pour être prévenu du prochain et n'hésitez surtout pas à... partager autour de vous. Et je vous dis à très très vite.