- Speaker #0
Cynthia a 30 ans. Elle est médecin assistante avec des oreilles réguliers et un agenda qui ne laisse aucune marge. Pendant 20 ans, elle a joué au foot. Puis, il y a eu le ski de randonnée, la patrouille des glaciers, la course de ski alpinisme entre Zermatt et Verbier et un tout premier trail de nuit à Fribourg. Un jour, en pleine réunion, elle tombe sur un dernier appel à candidature sur Instagram. Elle remplit le formulaire sur son téléphone sans trop réfléchir. Quelques semaines plus tard, elle intègre le projet UTMB The Reaching Summit, une association romande qui aide les femmes à oser l'ultra-endurance. Dans cet épisode, Cynthia nous raconte la montée en puissance, le marathon de Verbier, les 70 km du Ville Stroubal, les 120 km du Scenic Trail au Tessin, puis l'UTMB, le départ main dans la main avec ses coéquipières, la deuxième nuit où plus rien ne passe, et la dernière descente lancée à fond pour passer sous les 35 heures. On parle aussi de ce que ça change quand on est médecin de se retrouver de l'autre côté de la question à combien sur 10 est-ce que t'as mal ? Et de la suite ? Parce que la suite, elle s'appelle peut-être Diagonale des Fous. Bienvenue dans Au-delà du mur, le podcast pour tous les passionnés de course, qu'il s'agisse de bitume, de nature ou de piste. Que vous soyez débutant ou coureur à guéris, nous explorons ensemble la préparation physique et mentale, la nutrition et la santé pour vous aider à atteindre vos objectifs. Si vous cherchez des conseils pratiques, des témoignages inspirants et des discussions captivantes, vous êtes au bon endroit. Préparez-vous, votre voyage au-delà du mur commence ici. On va débuter peut-être par tes 20 années de football. D'ailleurs, ça m'intéresse, tu joues à quel poste pendant 20 ans ?
- Speaker #1
Plutôt latéral, toujours un peu derrière.
- Speaker #0
Ah, une faucheuse. J'ai fait trop longtemps à la terral, après j'ai voulu m'essayer au milieu, mais en fait je me suis rendu compte que le foot c'était clairement pas pour moi, donc je suis allé voir ailleurs si j'y étais. Mais enfin bref, qu'est-ce qui t'a amené à découvrir le foot quand t'étais petite ? Qu'est-ce qui te plaisait là-dedans ?
- Speaker #1
Je pense que c'était un sport d'équipe, qui se jouait au village et tous les copains d'école allaient jouer et puis ils m'ont proposé d'aller. Et puis, ça m'a motivée aussi. C'est un peu challengeant. Et puis, c'est vrai d'être ensemble, tous ensemble. C'était cool, ouais.
- Speaker #0
Et puis ensuite, est-ce que c'est la même chose qui t'a fait basculer vers le ski ? Alors, pas forcément le ski de randonnée tout de suite, parce que quand on est petit, on n'a pas forcément envie de faire du ski de rando. Mais les années avançant, qu'est-ce qui t'a attiré dans le ski de rando, qui est quand même un sport un peu plus solitaire que le foot, pour le coup ?
- Speaker #1
Bah je l'ai beaucoup... En fait non... Le ski de rando, je l'ai vraiment pratiqué avec des amis. J'ai fait un petit peu en parallèle. J'avais des copines qui faisaient du sport plutôt d'endurance. Et puis, je me suis mise avec elles. On a acheté un peu ensemble les skis. Puis, on a fait comme ça quelques sorties ensemble. Puis, après, on s'est lancé petit à petit les challenges de la patrouille des glaciers.
- Speaker #0
Oui, d'ailleurs, j'ai vu que Ritching Summit, ils accompagnent les équipes pour la patrouille des glaciers. Ce qui m'amène à la question, est-ce que tu as participé ? Vous aviez commencé la patrouille des glaciers avec le projet ou c'était autre chose ?
- Speaker #1
Non, c'était complètement en parallèle. Enfin, j'avais déjà fait la petite patrouille des glaciers justement avec des copines. On a été un peu progressivement en augmentation des distances et tout ça. On s'est un petit peu entraînés petit à petit là-dedans. Et puis, quand j'étais déjà dans le projet UTMB, je me suis lancée avec d'autres copines en parallèle pour faire la grande PDG. C'était vraiment quelque chose de parallèle. J'ai pu partager des expériences avec la team PDG de Reaching Summit quand même. C'était cool.
- Speaker #0
Tu m'étonnes, tu m'étonnes. On a commencé comme ça, bille en tête, à parler football. Mais la plupart des personnes qui vont voir cette vidéo, qui vont écouter cet enregistrement, ne te connaissent pas. Donc, est-ce que pour ces personnes-là, tu pourrais aller les rechercher et puis faire un curriculum vitae et expliquer qui est Cynthia ?
- Speaker #1
Alors, je m'appelle Cynthia, j'ai grandi dans un petit village entre Bulles et Romont, dans le canton de Fribourg, pas trop loin des Préalpes. J'ai 30 ans, je travaille comme médecin assistante depuis 3 ans maintenant, à l'hôpital de Réna, à Villeneuve. Et puis, j'ai fait du foot, au niveau sportif, donc j'ai fait du foot pendant longtemps, avec les garçons, puis après avec les femmes. Et puis... Ensuite, j'ai basculé petit à petit vers les sports d'endurance. D'abord par le ski de randonnée, puis j'ai découvert le trail et rapidement, il y a le projet UTMB de Reaching Famille qui est arrivé.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui t'a amené peut-être, indépendamment du projet Reaching Summit, on aura l'occasion d'en parler après, mais avant ça, qu'est-ce qui t'a attiré dans les sports d'endurance comme le trail ? Est-ce que c'était une prolongation du ski de randonnée ? C'était la possibilité d'aller aussi en montagne en été ou c'était encore autre chose ?
- Speaker #1
Non, c'était clairement ça. J'ai fait deux fois la petite patrouille des glaciers, puis la deuxième fois, on s'était quand même bien entraînés, on avait pris ça à cœur. Puis en fait, en été, je n'avais pas trop de sport. fixe, j'allais faire des randonnées en montagne et autres. Puis avec mon copain, on a eu un peu une petite déprime post-grand objectif pendant l'été. Alors on s'est dit, bon, il faut qu'on se trouve un objectif sportif pour combler ça. Et puis c'était la fin de l'été et puis on s'est inscrit au Fribourg by Night Trail à Fribourg, qui est début décembre. On a commencé à s'entraîner début septembre. Pour ça, les deux, on ne faisait pas trop de courses à pied. Moi, je faisais de temps en temps des petits footing pour me vider la tête, mais j'ai acheté une montre, en fait, dans ce contexte-là. Je n'avais pas de montre avant.
- Speaker #0
C'est très particulier, quand même, réaliser son premier trail de nuit. Alors, Fribourg by Night, c'est une course qui est juste extraordinaire avec les lumières de la ville, etc. Mais pour quelqu'un qui a envie de se lancer, je dirais qu'il y a peut-être des courses un peu plus progressives parce que c'était la seule qui était disponible. Quand vous aviez décidé de vous lancer ou il y avait une volonté particulière de courir le Fribourg by night ?
- Speaker #1
Non, pas forcément. J'habitais à Fribourg en ce temps-là pour mes études de médecine. Et puis, c'est vrai que moi, j'aime plutôt la montagne. Donc, j'avais un peu l'idée de me mettre au trail. Je n'aime pas forcément courir sur la route ou quoi. Mais bon, à Fribourg, du coup, c'était un peu un entre-deux finalement. Puis, au niveau des dates, il n'y a pas mille trails qui sont fin novembre, début décembre comme ça, qui correspondaient à notre timing aussi. Ça s'est tombé comme ça. Puis on habitait à Fribourg, donc voilà.
- Speaker #0
Tu me parlais, la première fois qu'on a discuté, du fait que tu t'es beaucoup entraîné en équipe. Et puis, quand tu t'es lancé dans le trail, tu t'es également lancé avec une amie. Donc, à partir de quel moment est-ce que tu t'es rendu compte qu'il fallait que tu fasses cavalier seul ou cavalière seule, entre guillemets, pour prendre en main ta destinée dans le trail ?
- Speaker #1
Ça, ça m'a pris du temps. Ça, c'est vrai que c'est, je pense, en plus d'avoir fait ça dans un projet aussi avec des personnes, donc l'année passée, ça m'a encore aidée. Et c'est petit à petit, en fait, sur cette dernière année où j'ai commencé à devoir, par souci d'organisation et autres, faire des sorties seules, des sorties longues seules. Et justement, encore, je suis allée l'année dernière cet après-midi, puis je me disais, je crois que maintenant, je commence à apprécier ma compagnie à moi. Et voilà, mais c'est vraiment tout un processus, en effet. C'est très récent.
- Speaker #0
C'est clair que quand être dans la médecine, ça impose quand même des horaires irréguliers par définition. Donc, c'est très important de trouver en toi, en toi seul, la source de motivation. Parce que le calendrier et l'agenda ne matchent pas forcément avec d'autres, effectivement.
- Speaker #1
C'est ça, exactement, le calendrier. Puis après, quand on a longé distance, c'est dur de trouver dans son entourage quelqu'un qui est prêt à faire 40 fils un mardi matin, par exemple.
- Speaker #0
Et puis, parle-moi de la première fois que tu as entendu parler de ce fameux projet Reading Summit.
- Speaker #1
C'est par les réseaux sociaux, par Instagram. J'avais suivi, ils avaient fait un projet pour la PDG. J'avais suivi et puis il y avait une copine qui avait postulé qui n'avait finalement pas été prise. Donc, j'avais suivi avec grand intérêt leur projet. Et puis, ils ont lancé un appel à candidature sur les réseaux sociaux. Puis au début, j'ai renvoyé à cette amie pour lui dire, il faut t'inscrire. En plus, elle faisait du trail. Puis elle me dit, ah non. C'est pas pour moi, mais toi, essaye. Puis je lui dis, moi, je ne vais pas pouvoir faire de l'ultra. J'ai fait qu'un Freebourbine Act Trail et c'est tout. Et puis bon, voilà, on s'est arrêté là. Puis après, j'étais dans une réunion au travail. Puis je scrollais, ce n'était pas très intéressant. Et je suis retombée sur une story, dernier appel à témoin, enfin à candidature. Et puis là, j'ai rempli sur mon téléphone, comme ça, vraiment les cases. Puis j'ai envoyé direct sans réfléchir. Je l'avais un peu oublié. Puis après, ils m'ont contactée pour faire l'interview.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu penses qui les a attirés dans ton profil ?
- Speaker #1
Je ne sais pas, c'est une bonne question. Dans ce qu'elles m'ont dit par après, elles étaient un petit peu discordantes sur ma candidature parce que je suis un peu timide de premier abord. J'ai un peu de la peine des fois à me vendre ou à bien paraître à l'écran et autres. Mais après, je pense que l'idée que je connaissais la montagne et que j'aimais les challenges sportifs. Puis aussi l'idée de défendre la place des femmes. Moi, j'ai beaucoup œuvré là-dessus aussi dans le foot. J'ai joué jusqu'à longtemps avec les hommes et autres. Je pense que ça a parlé un petit peu.
- Speaker #0
Parce que j'imagine que quand tu réponds à ce genre d'appel à candidature, il y a toujours le genre de question « Pourquoi toi ? »
- Speaker #1
Oui, c'est ça, exactement. Alors bon, moi, sur le papier, je me suis vendue à fond.
- Speaker #0
Après arrive le dur moment du casting où effectivement, là, il y a la lumière sur toi et puis ils te font dire toute la vérité. il voit effectivement ta vraie nature et ton potentiel aussi quand même parce que Le fait que tu as envoyé à ta copine au départ l'annonce, est-ce qu'il n'y avait pas aussi un petit peu un côté où tu ne te sentais pas forcément légitime de candidater pour ce genre de poste-là où tu te disais non, non, ce n'est pas du tout pour moi, il faut avoir couru des années et puis non, non, je n'ose pas ?
- Speaker #1
Oui, au début, ça ne m'a pas trop traversé l'esprit. Mon objectif à long terme dans ma tête, c'était de faire le trail des dents du midi. Donc, c'est à peu près 60 kilomètres. Ça, c'était mon objectif à long terme. Je n'avais pas pensé faire vraiment plus loin que ça. Puis, c'est seulement après, quand j'en ai parlé à une ou deux copines qui m'ont dit, oh, pourquoi pas, il faut essayer. Puis après, c'est vrai que je me suis dit, ça va être jugé si je suis suffisante pour le projet ou pas, finalement.
- Speaker #0
Ça reste quand même une superbe coïncidence parce que dans une des conditions pour pouvoir candidater pour... faire partie de ce projet-là, c'était d'avoir couru au moins un 30 km. Tu savais qu'il fallait courir un 30 km ou les choses se sont faites comme ça ?
- Speaker #1
Non, non, ils avaient quand même marqué dans les... Il fallait cocher quand même la case, avoir couru ça, puis dire laquelle de course c'était. Mais c'est tombé en effet quelques semaines, mois après que j'ai fini le Freebombing Night Trail. Donc pour moi, c'est tombé vraiment un pic dans ma vie, en effet.
- Speaker #0
Et tu savais, j'imagine que oui, tu savais finalement... dans quoi tu t'engageais. Donc, c'était un accompagnement sur plusieurs mois, voire plus d'une année, pour réaliser l'UTMB. Donc, tu savais, entre guillemets, quand tu étais en train de remplir ton formulaire en pleine ennui, que finalement, la finalité totale, c'était de faire le tour du caillou.
- Speaker #1
Alors, au début, on dit qu'ils nous laissaient le choix pour faire soit la CCC, donc le format 100 km de l'UTMB, soit l'UTMB. Donc, moi... Je me suis toujours dit que ce sera pour la CCC, ce sera déjà énorme de faire 100 kilomètres. Même au premier entretien. Pendant toute une année, j'étais perturbée que ça allait être ça, l'objectif.
- Speaker #0
Et à partir de quel moment est-ce qu'il a changé cet objectif ?
- Speaker #1
C'est au début de cette année 2026, quand j'avais déjà fait 70 kilomètres au Wilstrubel. Et puis mon coach, il a un peu essayé de pousser. On a discuté ensemble. Je pensais qu'avec mon entraînement, j'arriverais à terminer les 100 km. Et vraiment, l'UTMB, les 170, c'était vraiment un grand point d'interrogation. Et du coup, je me suis dit, j'ai l'occasion d'avoir un de Sars pour ça. J'en aurais peut-être plus jamais dans ma vie. Autant se lancer un challenge fou, du moins qu'on fait un challenge, autant qu'il soit fou. Et puis, peut-être on rate, peut-être on réussit à voir.
- Speaker #0
Faisons peut-être un pas de côté. On a parlé un petit peu de Rating Summit. Mais il n'y a pas forcément tout le monde qui connaît cette association-là. Est-ce que tu peux nous expliquer peut-être en quelques mots quels sont les buts et les missions de l'association ? Puis ensuite, on reviendra peut-être aussi sur l'accompagnement qui est proposé dans le cadre de ce défi pour réaliser la CCC ou l'UTMB.
- Speaker #1
Donc, c'est une association suisse-romande fondée par Karine Franier, qui est là pour promouvoir le sport d'endurance et d'ultra-endurance chez les femmes. Ça s'est concrétisé en premier par un premier projet pour la patrouille des glaciers, le grand format, où Karine a vu qu'il n'y avait pas beaucoup d'équipes de femmes sur ce grand format. Donc elle a voulu monter ça. Et puis après, il y a eu un projet UTMB, puis de nouveau un projet PDG. L'idée, c'est de montrer que les femmes, elles peuvent aussi faire de l'ultra-endurance. On est vraiment très peu sur ces formats-là. Et puis un peu briser tous ces plafonds de verre qui arrivent quand une femme... réfléchit à s'inscrire, tourne trois fois la question dans sa tête, est sûr d'être prête, alors que là, un homme ou un homme se lance, d'abord s'inscrit, puis ensuite, la question est faisable, plutôt. C'est un peu ça, les idées, quand même.
- Speaker #0
Oui, je confirme. Alors, je n'en suis pas au point de m'inscrire à l'UTMB puis ensuite de me préparer après. Alors, il faut déjà réussir à avoir un dossard, on est d'accord. Mais c'est vrai qu'on aime bien réfléchir après. Il y a la possibilité, il y a l'opportunité. On y va, fake it until you make it. Ça s'applique beaucoup à pas simplement de gens. Pour moi, ça s'applique jusqu'à une certaine distance quand même. Les ultras, pour le moment, je ne les suis pas encore.
- Speaker #1
Maintenant, il y a plusieurs autres femmes qui se lancent sur des distances qui sont pour elles inimaginables. Avant, faire un 10 km, un semi-marathon ou autre, et puis ça inspire tout un groupe de femmes maintenant derrière qui chacune ont leur propre challenge et leur propre distance. Simplement, ça nous aide à nous pousser un petit peu. en dehors de notre zone de confort.
- Speaker #0
Et ce qui est réjouissant, c'est qu'on se rend compte de plus en plus que sur les longues distances, la différence de niveau entre les hommes et les femmes a tendance à plutôt s'atténuer. Donc, je pense que les prochaines années vont être très intéressantes sur les courses au-delà du 100 miles. Je pense qu'on va bientôt voir une femme première du scratch d'une course très longue, comme la Cocor Dona cette année, en 2026. Ou, je ne sais plus, Rachel Atkins, je crois, qui a gagné, qui a fini première du scratch. C'était juste une folie, quoi.
- Speaker #1
Oui, je pense qu'on va de plus en plus voir ça, en effet. Ce serait chouette.
- Speaker #0
Tu parlais avant de coach. Quand tu as commencé ce programme-là, c'était un peu la formule all-inclusive, parce qu'indépendamment du fait que vous étiez sélectionnés pour participer au projet, il y avait un accompagnement d'un coach sportif, il y avait un suivi d'ethnétique. Comment est-ce que ça... Ça s'organisait dans ton quotidien ? Tu avais un coup de fil chaque semaine avec ton entraîneur ? Comment ça se passait ?
- Speaker #1
Alors, non, on recevait des plans d'entraînement. Et puis, il était à disposition pour des appels ou autre. Et puis, on a eu deux, je crois, visio avec une diététicienne pour nous informer sur la nutrition sportive. C'est vrai que moi, c'était un domaine que je ne connaissais pas du tout. Maintenant, on a l'habitude, mais... Finalement, avant, au départ, on n'a aucune idée de combien de lucides par heure, tout ça. Ça ne nous parle pas du tout, Koto ne connaît pas.
- Speaker #0
Et tu n'étais pas la seule, finalement, dans ce projet-là. À quel point est-ce qu'il y avait des interactions avec les autres participantes au projet ? Est-ce que c'était chacune dans son silo, dans son coin, qui s'entraînait ? Ou il y avait des entraînements en commun et puis ils essayaient de créer une certaine émulation ?
- Speaker #1
Non, ça, c'est un des énormes points forts du projet. On était quatre filles et puis c'est vraiment devenu des amis très proches. On a pu... Sur ces 18 mois, on a vécu la même chose. On avait plus ou moins le même plan d'entraînement. On s'est soutenus vraiment. Alors, on habite un peu aux quatre coins de la Suisse romande. On s'est vus en moyenne peut-être une fois par mois, tous les six semaines quand même, pour des entraînements ou des choses comme ça. Mais surtout, on s'est soutenus par message, par téléphone. Ça, c'est vraiment très précieux. On a toutes des niveaux différents, toutes des vies différentes. Il y en a qui sont mamans, d'autres travails, vraiment d'autres villes et d'autres cantons. C'est trop chouette. C'est des magnifiques rencontres. On avait ça en commun. On a partagé ce même projet. On se comprenait vraiment quand on s'envoyait des messages. C'est vraiment trop beau.
- Speaker #0
Pouvoir bénéficier d'un accompagnement comme ça, ça reste quelque chose d'unique. La vraie vie de l'ultra, c'est comme tu le disais avant quand on a commencé à discuter, c'est que tu vas faire tes sorties langues, t'es allé courir cet après-midi. Si tu veux planter une sortie de 3 heures, c'est rare de trouver quelqu'un pour pouvoir faire ces 3 heures en même temps que toi. Qu'est-ce que ça change maintenant, à 3 semaines de cette UTMB, par rapport à ton accompagnement ou suivi duquel tu as pu bénéficier pendant un an et demi ?
- Speaker #1
Oui, c'était 18 mois en effet. Là, je reprends tout gentiment les entraînements. Je ne me rends pas encore compte. Je n'ai pas encore eu la dépression et la solitude qui est arrivée, mais j'espère qu'on va garder des liens quand même avec ces filles. Et puis, on va voir. Je n'ai pas encore discuté avec le coach, mais c'est possible que je continue quand même l'accompagnement avec lui pour la suite.
- Speaker #0
Parce que dans ton parcours, on n'y est pas encore revenu, mais tu es parti d'un 30 kilomètres et tu as réalisé un 160 kilomètres. 170 km pour à peu près 10 000 m de dénivelé positif. Donc, tu es passé du trail à l'ultra en un peu plus d'une année. Donc, il y a eu passablement de jalons entre-temps. Donc, délions un peu la pelote de laine et puis on va un peu parcourir les différentes étapes entre le Fribourg by Night et puis ce fameux UTMB. Comment est-ce qu'elle s'est construite ta saison ? Parce qu'on a parlé aussi brièvement du Wilstrubel 70 km. que Comment est-ce que tu as construit ta montée en puissance dans ce monde de l'ultra ?
- Speaker #1
Alors ça c'est chouette, c'est l'association qui avait déjà prévu cette montée en puissance. Donc on a fait le marathon à Verbier, le format 40 km. C'était comme notre première course, vraie course ensemble. Entre deux, j'ai fait les petites courses de la région, vu que je n'avais jamais fait Nerg, Molaison, les petits trucs comme ça, ça m'a fait plaisir. Mais ouais, c'était vraiment le Verbier Marathon. Ensuite, on a fait le Vilchtrupel 70 km en septembre, donc ça c'était tout l'année passée. Et puis cette année, en 2026, en mi-juin, on a fait le Scenic Trail au Tessin. 120 km, on peut avoir à peu près 8000 de dénivelé, donc c'était déjà une bonne ultra. Là, on a eu la chance de voir deux nuits, parce qu'on partait à minuit, on a couru toute la journée, puis on a commencé la deuxième nuit. Donc ça, c'était l'occasion de mettre un petit peu tout, le matériel, le plan nutrition, le plan de nuit, tout un petit peu en œuvre pour préparer, finaliser pour l'UTMB qui s'est déroulé fin août.
- Speaker #0
Dans les courses de préparation que... que tu as mentionné, il y a trois courses par UTMB, donc je dirais trois courses où les ravitaillements, ce n'est pas dans le sens négatif, mais ça s'est plié dans le sens où tu sais plus ou moins au bout d'un moment à quoi t'attendre. Et quand on discutait vendredi, tu parlais de ce fameux Sénéctril, où en termes de ravitaillement, en termes d'organisation, ce n'était pas forcément la même structure. Qu'est-ce que ça t'a appris, indépendamment forcément de la distance qui est plus longue, du dénivelé qui est plus long ? par rapport aux autres courses by UTMB, ce Scenic Trail ?
- Speaker #1
Alors déjà, pour commencer, les courses by UTMB, c'est parfait. C'est vraiment trop bien. Parce qu'il y a plein de ravitaillements. Non, mais c'est vrai, il y a plein de ravitaillements, il y a plein de choses à manger, plein de choses à boire. Franchement, c'est chouette ça. Puis c'est vrai qu'alors, après, on est passé au Tessin, la Scenic Trail, où on était 75 au départ. C'est vraiment une petite organisation. Ils sont très chouettes, mais c'est vrai qu'on n'avait pas de plus GPS. Ils notaient sur leur note de téléphone quand on faisait un passage. C'était très... Voilà, au ravitaille.
- Speaker #0
Artisanal.
- Speaker #1
Il n'y avait que des biscuits, il n'y avait rien d'autre. Moi, ça s'est plutôt bien passé. Donc, c'est vrai que je n'en ai pas trop souffert. Mais ça change un petit peu. Il faut s'adapter. Là où j'ai demandé un morceau de pain, par exemple, il n'y avait que des biscuits à manger. Il n'y avait rien d'autre que biscuits coca. Alors, il faut s'adapter. Je pense qu'il faut porter un petit peu plus sur soi, du coup, avoir un peu plus de choix.
- Speaker #0
Tu parles... de ces courses avec une telle assurance, on a effectivement un peu de peine à imaginer que tu sois timide tout court. Parce que courir un marathon de prêle, alors OK, allez, c'est difficile, mais c'est réaliste. Après, 70 kilomètres, ça commence à devenir intéressant. Tu parles d'un 120 kilomètres dans le dessin. Allez, on va dire un peu en semi-autonomie. À partir de quel moment est-ce que tu as commencé à te dire « Ouais, là, je crois qu'en fait... » je suis vraiment capable et puis je peux vraiment y aller et ça va le faire.
- Speaker #1
Ah non mais alors moi j'avais déjà pas fait de marathon avant de faire ce marathon de verbier, donc ça c'était déjà beaucoup pour moi. Alors là je suis contente parce que tout s'est bien passé, je les ai finis et je suis contente d'en parler, j'ai finalement un très bon souvenir de ces courses. Mais en effet j'étais stressée déjà avant le marathon de verbier, c'était ma plus grande distance, mon plus grand dénivelé, donc non non si on remet l'église au milieu du village, c'est clair que à chaque fois je savais pas si j'allais réussir. réussir. J'avais le stress de ça. Après, en même temps, je pouvais me réconforter avec l'idée qu'on avait fait une bonne préparation quand même. Mais c'est sûr que chaque fois, je ne savais pas. Et puis, quand j'ai fini le marathon à Verbier, j'ai dit « Ouh, je ne pourrai jamais faire plus » . Quand j'ai fini le Vége Trouble 70, j'avais tout donné. J'étais là « Mais je ne peux jamais faire plus, c'est sûr » . Même chose après la Sonic, j'ai fait les 120 kg. J'ai terminé un petit peu en boitant. J'avais une petite douleur à la patte d'oie sur la fin. J'ai dit, c'est sûr, l'UTMB, je n'y arriverai jamais. Puis en fait, ça s'est bien passé. Mais c'est vrai que pour moi, chaque étape a été une grosse étape et un gros challenge. Et chaque fois, la plus grande distance que j'avais fait de ma vie.
- Speaker #0
Effectivement. Et en termes d'heures d'entraînement, parce que je pense que le kilométrage, ce n'est pas forcément la partie la plus pertinente, mais ça chiffre combien d'heures d'entraînement par semaine ?
- Speaker #1
En fait, c'était... On avait souvent trois semaines de charge et une semaine de peau, plus ou moins.
- Speaker #0
Ah oui, de décharge.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Les semaines de charge, c'était entre 10 et 15 heures, je dirais. Et puis après, plutôt 5-6 heures de décharge.
- Speaker #0
Ah oui, quand même. Donc, réussir à caser 10-15 heures d'entraînement quand tu es médecin, ça a dû bien faire de la gym en termes de planning.
- Speaker #1
Alors, c'est vrai que j'ai fait des choix quand même pour ce projet. Oui, tout à fait.
- Speaker #0
Et justement, en tant que médecin, j'imagine que tu vois passablement passer des gens avec des pathologies. Alors, tu es spécialisée dans quoi ?
- Speaker #1
Je ne suis pas encore spécialisée, je suis en formation pour la médecine interne, la médecine générale.
- Speaker #0
Alors, la question n'a pas forcément d'ancrage, mais ça reste quand même que quand tu travailles dans la médecine, il y a des signaux que ton corps t'envoie. Tu as peut-être l'habitude de voir des personnes qui viennent avec un certain nombre de traumas, un certain type de trauma. Qu'est-ce que ta formation te dit, les sensations que tu as ressenties, peut-être pendant un scénic trail, quand tu commençais justement à avoir cette fameuse patte d'oie ?
- Speaker #1
Oui, alors ça, c'est toujours la grande question. Je pense que l'ultra-trail en soi, ce n'est pas du sport santé quand même. Ça va pousser. La course en soi, il faut quand même dire, on fait deux nuits souvent dehors sans dormir et autres. Et puis, en effet, on appuie sur nos muscles, l'articulation. Oui, je pense que ce n'est pas du sport santé. Après, toute la préparation autour, elle est plutôt saine parce qu'on essaye de faire les choses correctement, de manger correctement et autres. Mais la limite, elle est dure en tant qu'athlète. C'est toujours plus dur de savoir vraiment jauger. Et ça, ça m'a permis aussi d'un peu mieux comprendre cette histoire de douleur. J'ai été beaucoup épargnée dans ma vie au point de vue physique. J'ai plutôt toujours eu de la chance. Puis là, j'ai eu des douleurs en fin de saison passée à l'adducteur droit, puis au fléchisseur de la hanche. Puis c'est vrai que ma physio me demandait toujours à combien sur 10 t'as mal ? Moi, c'est la question qu'on pose tous les jours aux patients, c'est vrai. Mais en fait, c'est super dur de répondre à cette question. Vraiment, ouais. Quand on est de l'autre côté, ouais. C'est vraiment super dire de répondre à ça. Et ça dépend aussi, je pense, la douleur, elle est un peu modulable suivant l'environnement et tout ça. Donc, ça dépend de beaucoup de choses. Et c'est un peu plus compliqué que juste une échelle de 0 à 10, je pense.
- Speaker #0
Ah, donc ça, t'auras appris, alors, peut-être, à mieux pondérer ou à formuler différemment ta question quand t'auras des patients qui vont venir. Puis tu vas dire, attends, faut pas que tu demandes ça comme ça, parce qu'effectivement, ils vont dire, mais par rapport à quoi ? J'en ai aucune idée,
- Speaker #1
moi. Merci. Je ne dis pas que je comprends les personnes qui ont des douleurs chroniques et autres, mais ça m'aide un petit peu à me projeter de l'autre côté. Franchement, ça, je prends.
- Speaker #0
C'est clair. Tu parles énormément d'athlètes. Il y a quelque chose de très positif dans ta manière de t'exprimer quand tu parles d'ultra. Il y a ce côté posé, réfléchi. C'est sûr que les conséquences sur le corps, de l'effort, Pendant la course, ce n'est pas les plus idéales, mais effectivement, l'idée, c'est quand même de le préparer et encaisser cette charge-là. Revenons peut-être maintenant à il y a trois semaines, vendredi 28 août, 19h45, parce que le départ a été repoussé de deux heures. Donc, tu as dû ranger ton frein deux heures de plus à l'extérieur. J'ai l'impression qu'il ne faisait pas trop froid, donc on s'en fout un peu. Ce n'était pas vraiment problématique. Raconte-nous comment s'est passé ton UTMB.
- Speaker #1
Bon déjà, si on revient quand même au départ, parce qu'il y a plein de vidéos, c'est mythique ce départ où on est tous sur la place du triangle de l'amitié. Et puis on part tous ensemble, élites, amateurs, tout confondus sur la musique, super connue. Mais en fait, on est un petit point dans la foule. Moi, je suis petite, je ne voyais rien. Heureusement que j'étais avec mes copines, on se tenait les mains pour se protéger un petit peu de la foule et aussi pour pouvoir profiter de l'émotion ensemble. On avait toutes un peu les larmes aux yeux. Et ça, c'était vraiment un moment très fort, vraiment le départ. C'était trop chouette de le partager avec elle. Ça a rendu les choses magnifiques. On a traversé le village de Chamonix, tout le monde nous encourage. Notre prénom, il est écrit sur le dessin, donc tout le monde arrive à le lire et tout le monde crie notre nom. C'est trop chouette. Le départ était incroyable et il a duré jusqu'au zouche. Pour la première heure de course, on ne la voit pas passer. En fait, il y a du monde tout le temps, tout le temps au bar des sentiers.
- Speaker #0
D'ailleurs, on voit les premiers ravitaillements, le monde qui arrive, c'est une nuée. Les ouches, il ne faisait pas forcément encore nuit, ou peut-être que c'était le début de la nuit où on commençait à voir les vagues de coureurs qui arrivent aux premiers ravitaillements. C'est une dinguerie. Il y a énormément de monde au départ, il y a toute cette effervescence, tout ce bruit, ces encouragements. Et progressivement, la course reprend son cours. Et puis, ça s'étiole un peu, il y a de moins en moins de monde, et on se retrouve petit à petit, entre guillemets, face à soi-même, Ausha qu'on a fait d'être là, et puis face à sa course. Comment est-ce que tu as profité de ce moment-là ? Comment est-ce que tu as organisé ton esprit, tu as arrangé ton esprit pour aller au bout de cette aventure ?
- Speaker #1
Ben ouais, la première nuit était un peu particulière, on est restés ensemble les deux premières heures avec les filles de la sauce, et puis on est passé le premier pointage au classement 2200ème, je crois, quelque chose comme ça, donc plutôt dans les dernières en fait. Et puis là, moi j'ai commencé un petit peu à m'inquiéter, je ne me rendais pas compte en fait qu'on était autant loin que ça, et puis les barrières horaires arrivaient, donc on s'est un peu séparés pendant que chacune commençait à faire notre course.
- Speaker #0
Puis là, il a fallu que je me remette un peu dans ma course, justement, reprendre un peu les idées, se dire bon, OK, Cynthia, normalement, tu peux faire un peu mieux que ça. Il faut que tu reprennes ton allure, que tu reprennes tes choses. Et puis, petit à petit, les gens sont moins en moins là. Alors, les bouchons étaient présents jusqu'à 4 heures du matin quand même, du fait que j'étais derrière. Je repensais tout le temps à mon coach qui m'a dit la première nuit, Cynthia, tu dois t'ennuyer. Donc, pour le coup, je me suis fait ennuyer, ça bouchonnait. Je suis partie vraiment pas trop vite, ça c'était un bon point, je pense finalement avec le recul ça m'aura vraiment permis de ne pas m'enflammer. Et puis un peu petit à petit, en effet il y a moins de monde, on peut prendre son rythme. Et la première nuit passe vraiment super vite, ça se passe plutôt bien. J'arrive à Courmayeur, pour moi c'est le premier ravitaillement assisté, j'ai mon copain qui m'attendait. Et puis on avait dit, le but c'est d'être le plus frais possible en arrivant à Courmayeur qui est au 8ème kilomètre quand même déjà en Italie. Le contrat était plus ou moins rempli. J'avais quand même un peu de douleur dans les jambes, normal.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
C'était plus ou moins rempli. Petit changement de tenue, mais se mettre en mode jour. Il faisait déjà jour depuis un petit moment, c'est déjà 10h le matin, mais on enlevait la frontale, mettre le t-shirt et tout ça. Puis après, les balcons, du côté italien, je ne connaissais pas le parcours. C'est la plus belle partie, on a une magnifique vue. Vraiment, c'est... C'est super beau, mais il faisait quand même chaud. Donc là, petit à petit, je pense que je suis allée un peu plus vite et plus en plus de peine à m'alimenter. Et après arrive la montée sur le Grand Col Ferret, où là ensuite on bascule sur la Suisse. Et là, moi je savais que j'avais des proches qui étaient à La Folie, puis à Champais. Donc ça, ça m'a donné un élan de motivation. Je suis arrivée à La Folie, j'ai vu mes premiers potes. Et c'était trop chouette, c'était vraiment le bon endroit. Parce qu'en plus, la foulée, puis après Champais, c'est le kilomètre 120. C'est là où on se dit, bon, si la course s'est arrêtée là, ce serait pas mal. Mais en fait, il reste encore quand même un marathon derrière à faire avec du dénivelé. Surtout, je suis arrivée le soir en fin de journée à Champais. Donc, il faut se remettre dans la deuxième nuit. Là, moralement, c'était le point un peu le plus dur. D'ailleurs, je disais à mes potes, il ne faut pas que je pense à la finalité. Il ne faut pas que je pense que j'ai encore un marathon à faire. Sinon, je ne vais pas y arriver. Donc il faut penser petit pas, petit pas, et puis point par point, prochaine montée, voilà, c'est mon objectif. Ensuite, prochaine descente. Et si je réfléchissais comme ça, ça permet d'éviter d'avoir le tournis et de se dire que ça va être impossible. Mais ils m'ont bien motivée, je suis partie pour la deuxième nuit. J'arrivais de moins en moins bien à m'alimenter, mais je savais que si j'arrêtais de manger, c'était la fin de ma course. Donc je me suis forcée, je me suis bouchée le nez pour prendre des gels, j'ai mis du coca dans mes flasques. j'ai pris du thé sucré avec 4-5 morceaux de sucre dedans tout ce que je pouvais qui était encore sucré pour tout ce qui passait j'ai essayé et puis j'ai tenu tant mieux que mal cette deuxième nuit on arrive en haut la flégère, ça va juste avant la dernière descente, moi j'ai plutôt de la facilité en descente et j'avais encore pas de difficulté à courir en descente donc c'est là la première fois que je me suis dit Ah ! Je pense que je vais y arriver. Et là, j'ai regardé mon chrono et j'ai vu que je pouvais juste faire en dessous de 35 heures. Avant, je n'avais pas trop regardé encore les timings et autres. Je me disais juste qu'il faut avancer. Du coup, j'ai descendu à balles la dernière descente pour essayer de faire ces moins de 35 heures. J'ai dépassé je ne sais pas combien de personnes. Puis je leur disais, les gars, c'est maintenant pour le moins de 35 heures. Il faut se dépêcher. Je ne pouvais plus avancer. Voilà, c'est trop beau. Ensuite, j'ai eu l'arrivée dans Chamonix avec les premières lueurs du jour. C'était 6h30 du matin, donc il commençait à faire jour. Il y avait ma maman, mon frère et mon copain qui m'attendaient sur la ligne. C'était magnifique, beaucoup d'émotions.
- Speaker #1
C'est beau, c'est hyper beau. Qu'est-ce que tu ressens ? Tu vois la ligne d'arrivée. Déjà, dans Chamonix, tu as 1 km, 2 km à peu près dans la ville. Le village s'éveille, c'est l'heure du match, je pense qu'il n'y a pas énormément de monde. Donc, tu sais qu'il n'y a pas forcément beaucoup de monde qui va t'encourager, mais tu sais qu'il arrivera ce moment où tu vas prendre à droite et ensuite, tu vas commencer à avoir l'arche d'arrivée. Au début, il y a des gens comme ça qui bougent un petit peu et d'un coup, il y a un visage que tu reconnais et tu fixes ce visage et tu vois un deuxième visage et tu vois un troisième visage. Tu penses à quoi à ce moment ?
- Speaker #0
J'avais déjà les émotions qui me montaient, je commençais à hyperventiler. avant ce virage à droite j'ai ralenti un petit peu j'ai pris une grande respiration maintenant c'est ton moment il faut profiter et du coup Je pensais à tout, à rien, je sais pas. Franchement, c'était juste, pour le coup, full émotion.
- Speaker #1
Fallait y aller. C'était le moment, quoi.
- Speaker #0
C'était trop beau. C'était vraiment trop beau. C'était vraiment trop chouette.
- Speaker #1
La ligne d'arrivée qu'on aimerait qui dure pour toujours.
- Speaker #0
Ouais, mais c'est vraiment un moment qui est gravé. Vraiment, justement, j'ai pris ce temps pour respirer et me dire, Cynthia, il faut t'en rappeler, c'est ton moment. Je me rendais compte, en fait, de l'importance qu'il avait ce moment-là. Et c'était trop beau. Je l'ai vécu à 1000%.
- Speaker #1
Et maintenant, à trois semaines, qu'est-ce que tu retiens ? Il y a plein de choses qui vont venir encore, j'imagine, mais les plus grands enseignements que tu as appris dans le cadre de ce projet-là, c'est lesquels ?
- Speaker #0
L'UTMB terre à terre, c'est simplement que finalement, j'ai réussi un défi que je ne pensais pas possible. Pour le coup, là, je suis fière de moi quand même, il faut quand même dire. Ouais, je savais pas trop si j'allais réussir ou pas. Je pense que l'esprit et le mindset, il est vraiment très important. J'ai essayé d'avoir un esprit plutôt positif les derniers temps avant les TMB, chose que j'ai jamais trop eue dans ma vie. J'ai plutôt tendance à voir le verre à moitié vide qu'à moitié plein. J'ai essayé un petit peu de changer, et j'ai l'impression que ça a quand même un impact sur quel angle on aborde les choses, et essayer d'avoir un petit peu de confiance quand même. C'est plutôt ça. Après, pour les aspects plus techniques, j'ai des choses encore à améliorer. Bien sûr, la nutrition au premier plan, je pense, quand même. Et puis, encore quelques entraînements à faire, bien sûr.
- Speaker #1
C'est extrêmement intéressant, le côté confiance en soi, parce qu'on parle souvent de sport, de dépassement de soi, de se vider la tête, etc. Et dans les propos que tu tiens maintenant, je transpose ça directement. au moment du travail, à ta vie perso, c'est quand même un immense gain que tu vas pouvoir répliquer parce que dans les moments de doute, tu pourras toujours te raccrocher à ce genre de choses-là, ce genre de moments-là, te dire non, il ne faut pas que je rentre là-dedans parce que je sais que j'en suis capable. D'ailleurs, la preuve, j'ai couru le TMB, j'y suis arrivé.
- Speaker #0
C'est vrai, je pense que ça peut être un bon point d'ancrage pour moi qui est quand même pas mal... de stress au quotidien. Après, au quotidien, j'utilisais plutôt ce projet pour me dire le travail, ce n'est pas le centre de ma vie. J'ai autre chose à côté. Il ne faut pas prendre le travail et laisser problème comme tout le centre de ta vie. Et il y a d'autres. Ça m'aidait pour ça, pour avancer, d'avoir d'autres choses à côté qui étaient autant importantes pour moi.
- Speaker #1
D'ailleurs, tu as un peu glissé sur le côté un peu transition, mais on ne va pas y aller. On ne va pas y aller frontalement parce que... Là, on est un peu frais, peut-être. Ça ne fait que trois semaines. Mais je me rappelle d'une course qui a lieu fin octobre. Et puis, après un UTMB, en fait, si un jour je fais un UTMB, je sais quelle course j'aurais envie de faire après. Et quand je t'ai posé cette question-là la première fois, à quelque part, je me disais, ça ne peut être que ça comme réponse. Je vais quand même te la reposer pour que celles et ceux qui nous écoutent ou nous regardent, ils l'entendent de ta bouche. C'est quoi la suite après Cynthia ?
- Speaker #0
Alors, moi, je suis tombée dans la marmite de l'ultra trail. J'ai vraiment bien aimé ça. J'ai même diminué mon temps de travail pour l'année prochaine pour pouvoir profiter mieux, m'entraîner mieux. Et je réfléchis à m'inscrire à la Diagonale des Fous. Yes !
- Speaker #1
Ah là là, il faut être faux pour s'inscrire à cette course. Mais avant peut-être de parler de ça, il y a vraiment quelque chose que j'ai trouvé extrêmement intéressant dans tes propos, parce que... En tout cas, vu de ma fenêtre, peut-être qu'on dirait que je suis quelqu'un de très fermé, j'ai un regard très très fermé sur les choses, mais en général, carrière de médecine et carrière d'ultra, tu vois, en général, tu peux essayer de les mélanger ensemble, ça fait pas ying et yang. Donc quand t'as annoncé ça à tes proches, ils ont dit quoi ?
- Speaker #0
Non, bah, mon copain, il s'est mis avec moi à l'ultra trail, donc pour nos proches, maintenant, on est devenus les fous du trail. Donc ils ne comprennent pas tous, plus ou moins, mais ils nous suivent, ils nous encouragent. Et puis pour eux, c'est une phase, on s'est mis à fond là-dedans. Et c'est vrai, il faut profiter maintenant, c'est les bonnes années aussi. Mais par contre, la médecine, c'est compatible, plus ou moins. Mais Blandine Lerondel, qui a gagné le TMB, elle est médecin gynécologue. Elle n'exerce plus, mais...
- Speaker #1
C'est clair que c'est le meilleur des exemples, Blandine, si tu nous écoutes, bonjour. C'est clair que c'est un excellent exemple de personne qui peut combiner, alors je ne sais pas à quel pourcentage elle travaillait encore, mais combiner carrière et vie sportive. Je sais qu'il y a Aurélien Dunant-Palaz aussi qui exerçait, je ne sais plus quel métier, en parallèle. Il y avait Vincent Bouillard qui est élu TMB, qui était ingénieur chez Brooks. En ce moment il a... Parce qu'il est full focus sur l'ultra. Donc il y a des personnes quand même qui arrivent à s'en sortir pendant un certain temps quand même, et puis à combiner les deux. Mais j'imagine qu'il y a quand même un certain arbitrage à réaliser. Alors maintenant, toi, tu l'as très justement compris et tu l'as mis en place. Donc tu vas diminuer ton taux de travail pour augmenter ton entraînement. Avec la volonté, je te le souhaite de tout cœur, de pouvoir avoir un dossard. pour la Diagonale des Fous, mais ça va impliquer quand même pas davantage d'heures sur les sentiers. Pour le moment, c'est comme ça que je dirais, je pense, que tu vas avancer étape par étape. Mais est-ce que sans forcément te demander qu'est-ce que tu attends à la finalité, mais dans un objectif temporel, la Diagonale des Fous, ça pourrait se réaliser je pense dans les deux, trois prochaines années. Mais dans... En 5 ans, c'est quoi la suite que tu imagines dans ton prisme actuel ?
- Speaker #0
C'est dur, je ne sais pas trop. Là, j'ai envie de faire tous les ultra trails qui existent parce que j'ai envie de découvrir tous les coins que je ne connais pas et autres. Mais je sais que ça dépend un petit peu après avec quoi c'est compatible et autres. Je ne pense vraiment pas que j'arriverais à vivre d'ultra trails comme ça. Donc, je me laisse quelques années. profiter de ça et puis ensuite on verra tant qu'on a du plaisir avec mon copain là-dedans, on profite de ça et puis ensuite on verra, on n'a pas de plan de notre vie particulier.
- Speaker #1
Il ne faut jamais se sous-estimer, c'est quelque chose que tu as appris en participant à cette UTMB, donc la modestie et être humble c'est une chose en revanche se brider en se disant non ça ne sera jamais pour moi il ne faut jamais faire ça parce que le dire c'est déjà commencer à se mettre des barrières et je pense que Tu n'en as pas besoin. Tu as couru un UTMB, tu as envie de faire la Diagonale des Fous. C'est juste extraordinaire.
- Speaker #0
C'est vrai, je retombe vite dans mes travers.
- Speaker #1
D'ailleurs, comme course d'entraînement pour la Diagonale des Fous, la X-Alpine de Verbier, je pense que la Salade de Cailloux, ça va être assez intéressant quand même.
- Speaker #0
Ah oui, ça, c'est un de mes goals, j'avoue.
- Speaker #1
C'est une bonne affaire. Pour la Cynthia qui écoutera cet épisode, quand il sortira dans quelques semaines. Tu lui diras quoi pour qu'elle n'ait pas peur de se lancer ?
- Speaker #0
De se rappeler de l'UTMB, je pense, en effet. Parce que j'ai eu des petites douleurs. Je n'ai pas pu faire la prépa que je voulais. Il y a eu des doutes. La physio a mis des doutes. Tout le monde avait des doutes, moi y compris. Et puis finalement, ça s'est même presque mieux passé que ce que je pensais. Le meilleur scénario peut arriver, finalement. Il ne faut pas l'oublier. C'est ça, je pense. Il ne faut pas que j'oublie là-dessus. Et tu as raison, il faut que je reste... Il ne faut vraiment pas que j'oublie ces enseignements que je veux garder.
- Speaker #1
Être modéré dans ses propos. Alors, que les spécialistes de la santé aient des réserves, je serais tenté de dire que c'est un peu leur job. Ils essaient de mettre des bords partout.
- Speaker #0
Il y a quelqu'un de faire ça. Vraiment, c'était un peu...
- Speaker #1
C'est un peu leur serment qu'ils font, justement. non, non, que de... de mettre les limites, etc. Après, c'est grâce à ta compréhension en toi et au fait que tu t'es connue et que tu as testé qui t'a permis de te dépasser et d'aller plus loin. Donc, les spécialistes de la santé, ne mettez-nous quand même pas trop souvent des freins.
- Speaker #0
Il faut réussir à s'écouter et ça, c'est un long apprentissage. Je pense que ça prend du temps à bien se connaître et ça aide du coup de faire ce genre de pratiques parce qu'on a souvent des petites douleurs par-ci, des petites douleurs par-là. Il faut réussir. Justement, être franc avec soi-même et puis réussir à se connaître. C'est intéressant comme parcours.
- Speaker #1
Et là, on est début septembre, on est mi-septembre. Tu as prévu une petite Fribourg by Night cet hiver où tu vas te préparer, retourner à la mine et puis augmenter le volume d'entraînement en vue des prochains objectifs.
- Speaker #0
Je reprends petit à petit les footings. Je me laisse le temps de voir à quel point je suis en forme et à quel point j'ai envie. mais je ferme pas totalement Il y a une autre course vers la dôle qui s'appelle Restafari, je crois. Restafari, quelque chose comme ça.
- Speaker #1
Ah, Restafari. Oui.
- Speaker #0
En novembre. Toujours. J'avoue que l'histoire de nuit, de Freeform by Night, voilà, c'est un petit peu moins joli. Mais je ne sais pas encore. Je n'ai encore rien décidé pour cette fin de saison. J'attends de voir un petit peu comment le corps a récupéré.
- Speaker #1
Oui, effectivement. Tu me raconteras comment c'était la Restafari, si tu veux. Tu passeras le bonjour à Benoît Frou. que je salue également s'il écoute cet épisode. J'ai terminé mon interrogatoire. Je ne sais pas s'il y a un point saillant que tu aimerais aborder par la suite. Moi, j'ai ce qu'il me faut, avant que je conclue.
- Speaker #0
Je pense qu'on a fait le tour. J'ai eu une année 2026 meilleure qu'espérée. J'ai pu faire la grande PDG, j'ai pu faire l'UTMB. J'ai commencé pour la petite histoire. J'ai passé le nouvel an au 1er janvier 2026 où j'avais des douleurs horribles. Je n'avais pas le moral. C'est difficile. Finalement, je n'aurais jamais pensé que j'arriverais à faire tout ça cette année. Il faut continuer à y croire.
- Speaker #1
Effectivement. On aurait pu mettre le 31 décembre pour toi, le 30 août. Oui. Pour toi, c'était le nouvel an. C'était feu d'artifice. C'est très bien. Donc, il faut imaginer que les prochains mois qui restent, c'est le dessert. Tu vas pouvoir te reposer, te régénérer. Et puis, je me réjouis de suivre tes prochaines aventures et de voir à quel moment tu vas poster la fameuse image de travers. J'ai été prise pour la Diagonale des Faux. Et tu viendras nous raconter comment ça s'est passé.
- Speaker #0
Avec plaisir, avec plaisir, oui.
- Speaker #1
Merci mille fois, Cynthia, d'avoir pris le temps. planning hyper chargé pendant ta période de régénération. Je te souhaite tout le meilleur. Bravo encore pour cette UTMB et puis vive la Diagonale des Fous.
- Speaker #0
Merci beaucoup. Merci à toi. C'était trop chouette comme échange.
- Speaker #1
Avec plaisir. Merci d'avoir écouté cet épisode d'Au-delà du mur. Si le sujet vous a inspiré ou intrigué, n'oubliez pas de vous abonner pour ne rien manquer des prochains épisodes. Rejoignez notre communauté sur les réseaux sociaux et partagez vos réflexions avec nous. Je serais ravi d'entendre ce que vous avez pensé de cet épisode. Et si vous avez aimé, pensez à laisser un avis 5 étoiles sur votre plateforme d'écoute préférée. Ça m'aide énormément à faire grandir la communauté d'au-delà du mur. A très bientôt pour une nouvelle exploration de l'autre côté du mur. Jusque là, continuez à questionner, à explorer et à repousser vos limites.