- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans Au fil des rencontres. Qu'est-ce qui pousse certains êtres humains à consacrer leur vie à construire, à recommencer, à croire dans des projets qui n'existent pas encore, mais surtout à croire en les autres ? Mon invité du jour fait partie de ces personnes que beaucoup connaissent sans forcément connaître leur nom. Depuis plus de 40 ans, il imagine, construit et développe des entreprises qui ont accompagné des millions de personnes dans leur quotidien. Pourtant, ce n'est pas l'entrepreneur qui m'intéresse aujourd'hui, c'est l'homme. Celui qui derrière toutes ces entreprises semble poursuivre une même quête depuis toujours, comprendre ce qui révèle le meilleur chez les êtres humains. Alors aujourd'hui, j'ai eu envie de lui poser une question qui nous concerne tous, qu'est-ce qui met les êtres humains en mouvement ? Pour y répondre, je suis ravie de recevoir Daniel Habitant. Bonjour Daniel. Bonjour Céline.
- Speaker #1
Alors Daniel, je suis évidemment absolument ravie de vous recevoir aujourd'hui. Et avant de rentrer dans le vif du sujet, j'aimerais vous poser la question que je pose à tous mes invités. Votre thé, votre café, autrement dit, votre petit moment du matin avant que la journée ne commence, vous l'aimez comment ?
- Speaker #0
Alors, mes journées commencent toujours par du sport. Actuellement, vu mon âge, c'est du tai chi. C'est de la gymnastique chinoise. C'est de la piscine. Et pour manger, c'est toujours invariablement depuis 50 ans, c'est du café au lait et des tartines grillées beurrées.
- Speaker #1
Beurre salé ou beurre doux ?
- Speaker #0
Beurre doux. Oui, oui, beurre doux. Et aussi, et ça je n'ai pas changé même si aujourd'hui nous avons les réseaux sociaux, c'est toujours, j'écoute des informations et je lis invariablement les échos, le Figaro, France Info et France Inter. Voilà mon quotidien tous les jours. Finalement, mes matins commencent toujours de la même façon. Du sport... Un peu de nourriture, jamais de mail. Je n'ouvre jamais mes mails avant de commencer ma journée de bureau. Et pourquoi ? Parce que je pense que le matin est un moment pour moi où je me rappelle la gratitude. Et qu'est-ce que c'est que la gratitude ? C'est être vivant après une nuit de sommeil. On n'imagine pas, mais c'est un bonheur simple, mais être vivant le matin. et encore d'avoir plein de projets à partager et à créer. C'est le même rituel.
- Speaker #1
Je vous remercie Daniel pour ces confidences de début de journée. Alors rentrons maintenant dans le vif du sujet, dans l'introduction. Je disais que ce n'était pas seulement l'entrepreneur qui m'intéressait aujourd'hui, mais plutôt qui se cache derrière toutes les entreprises que vous avez créées, à savoir la confiance que vous semblez avoir dans les êtres humains, malgré les changements d'époque. au gré des réussites, des déceptions, parfois et souvent les épreuves. J'aimerais remonter avec vous à la source. D'où vous vient cette confiance ?
- Speaker #0
Je crois qu'elle vient d'abord de ma famille. Je suis né à Casablanca dans une famille nombreuse. Nous étions... Sept enfants. Et autour de nous gravitait une tribu entière. C'étaient les grands-parents, les oncles, les tantes, les cousins. La porte était toujours ouverte et nous habitions tous dans le même immeuble. On allait emprunter du sel, on allait emprunter un peu d'huile, on allait emprunter les tomates qui manquaient à la salade, etc. On ne parlait pas encore de réseau social, mais nous vivions déjà dans un réseau totalement humain. Alors j'ai grandi dans un univers où l'on partageait naturellement. Et où personne, je dis bien personne, ne restait longtemps seul avec ses difficultés. L'angoisse d'aujourd'hui, c'est que s'il nous arrive quelque chose, eh bien on est seul. Et on se voit déjà à la rue, on voit déjà la chute. Tandis que quand on tribut, il y a toujours quelqu'un qui va vous aider. Ok, aujourd'hui vous êtes au chômage, mais demain c'est vous qui allez travailler, c'est l'autre qui va se retrouver. Et cette solidarité donne une confiance inébranlable. J'ai aussi appris, en vivant en tribu, que les êtres humains sont imparfaits, parce que j'ai toujours besoin de l'autre, mais qu'ensemble, nous devenons extraordinairement puissants. Et ma confiance vient aussi probablement de mon parcours. J'ai commencé réellement de zéro, rien n'était écrit. Et tout ce que j'ai construit, l'a été grâce à des hommes et à des femmes qui m'ont fait confiance avant même d'avoir des raisons objectives de le faire. Je n'étais rien, mais ils ont cru en moi. À force de voir ces personnes ordinaires accomplir des choses extraordinaires lorsqu'on leur fait confiance, on finit par croire profondément dans le potentiel humain. Ils ont cru en moi. Et j'étais ordinaire. Mais grâce à eux, grâce à leur regard, j'ai pu faire des choses extraordinaires.
- Speaker #1
Ils ont cru en vous, donc c'est ce qui vous a permis de faire des choses extraordinaires. Et justement, lorsque vous repensez au jeune homme que vous étiez, est-ce que c'est également cette confiance en vous qui vous a permis de forger ce regard sur les autres et à votre tour qui vous a permis d'accorder plus facilement votre confiance ?
- Speaker #0
Oui, tout remonte à l'éducation. Moi, j'ai reçu une éducation où mes parents ne parlaient pas de leadership, ils ne connaissaient même pas ce mot-là, mais ils parlaient de travail, d'éducation, de respect, de responsabilité, de loyauté. Et plus tard, j'ai découvert que le vrai leadership, c'était cela et rien d'autre. Pendant longtemps, j'ai cru, comme tout le monde, qu'un dirigeant devait être le plus intelligent de la pièce. Aujourd'hui, je pense exactement l'inverse. Le rôle d'un leader n'est pas de briller, le rôle d'un leader est de faire briller les autres. J'ai compris progressivement que la plus belle réussite, c'est pas de grandir soi-même, mais de faire grandir ceux qui nous entourent.
- Speaker #1
Et justement, dans toutes les personnes qui vous ont entouré lorsque vous étiez plus jeune, est-ce qu'il y a une personne parmi toutes qui a cru en vous avant que vous ne croyez en vous-même ? Une dont la confiance était inébranlable et qui a participé à semer les graines du visionnaire et de l'entrepreneur que vous êtes devenu ?
- Speaker #0
Oui ! La première personne, c'est mon épouse, Charline. C'est le rôle des mères, c'est le rôle des grands-mères, c'est le rôle des épouses. On ne sait pas... L'humanité ne sait pas ce qu'elle doit aux mères, aux grands-mères et aux femmes d'une manière générale. Alors nous étions très jeunes. Je quittais une carrière rassurante, puisque je travaillais chez Pricewaterhouse. J'avais fait 7 années d'études de droit fiscal et de comptabilité. Et j'avais devant moi un parcours parfaitement rectiligne, un parcours parfaitement prévisible. Mais j'étais profondément malheureux, profondément malheureux. J'avais le sentiment de perdre ma vie à vouloir la gagner. Alors, j'ai décidé de tout quitter pour entreprendre, avec tous les risques qu'il y a. Il n'y avait aucune garantie, aucune certitude. J'avais une intuition. Et nous avions déjà deux enfants en bas âge, Jonathan et Jérémy. Charlie n'aurait pu me dire de rester prudent. Non. Elle a choisi de me faire confiance. Et cette confiance-là a été fondatrice. Elle m'a fait confiance et elle dit « Vas-y, on trouvera toujours de quoi manger, mais toi, si tu as envie d'entreprendre, entreprends » . Et puis il y a eu une rencontre avec un associé de 45 ans, il s'appelle Michael Dickerman. C'était un associé, c'était un Anglais, un Anglais excentrique. Et moi, j'étais un pied noir, un pied noir plutôt voulant manger, croquer la vie. Mais lui, il avait déjà réussi, puisqu'il venait déjà d'une famille aisée. Et cette rencontre-là, elle a fait des étincelles. Donc il y avait Michael Hickerman. Mais si je me rappelle encore, j'ai eu deux mentors. J'ai eu André Hessel, fondateur de la FNAC, qui m'a appris ce que c'était que le client. Et puis j'ai eu un autre, c'est Bernard Darty, c'est le fondateur de Darty, qui lui m'a appris Qu'est-ce que c'est que la finance ? Qu'est-ce que c'est l'importance du cash flow ? L'importance de la trésorerie ? Cash is king, c'est grâce à lui que je l'ai appris. Donc on a toujours besoin des autres pour pouvoir nous accomplir. Et évidemment, je n'oublie pas, à partir de 1987, j'ai eu une influence capitale, un grand monsieur qui a été mon associé pendant longtemps, il s'appelle Jacques Horowitz. Que dire de Jacques ? Jacques, on a beaucoup beaucoup partagé. Jacques était devenu mon frère. Il avait trois ans de plus que moi, quatre ans de plus que moi, mais il s'est comporté véritablement comme un vrai frère, et donc on a tout partagé. Et toutes ces personnes ont vu quelque chose en moi avant que je ne le voie moi-même. Et lorsqu'une personne de qualité croit en vous... Eh bien, elle vous oblige à être bien meilleur et à être à la hauteur de ces attentes qu'ils ont placées en vous.
- Speaker #1
Je vous remercie Daniel. Et avant de répondre à quelque attente que ce soit, quel regard vous portiez sur le monde ? Est-ce que vous aviez déjà en vous cette vision assez large ? Vous étiez déjà visionnaire ? Est-ce que c'est des choses qu'on a pu vous remonter dans l'enfance ? Ou est-ce que vraiment vous avez été happé par ces rencontres ?
- Speaker #0
Alors je suis né en 1951. Donc j'avais 17 ans. 17 ans, c'était 1968. Qu'est-ce qu'il y avait en 1968 ? Les hippies. Woodstock. Après, c'était mai. Mai 68. Et donc on vivait dans une utopie dont vous n'aviez aucune idée aujourd'hui. On voulait changer le monde et on était prêts à le changer. J'ai passé deux années dans un kibbutz en Israël. Vous savez, c'est ce village-là où on partage tout. Comme évidemment, on n'avait rien, on voulait que tout le monde partage avec nous. Mais c'était une égalité absolue. Et cette expérience a été pour moi fondatrice. J'y ai découvert la joie de la vie collective et surtout de la communauté. Vivre en communauté a été pour moi une grande source de joie et de bonheur et c'est probablement ce que je veux faire quand je crée des entreprises. Le partage, la responsabilité commune, le fait que chacun contribue selon ses moyens et reçoive selon ses besoins, ça c'était l'utopie. Bien sûr avec l'âge, je suis devenu plus réaliste. Mais je crois que je n'ai jamais totalement perdu cet idéal. Je rêverais de créer un village où on vivrait en communauté et où on soit tous solidaires. Et si je regarde aujourd'hui Châteauforme, je retrouve quelque chose de cette inspiration, la conviction qu'une aventure humaine... vaut davantage qu'une réussite solitaire. La conviction qu'une aventure humaine vaut davantage qu'une réussite solitaire.
- Speaker #1
Et votre confiance dans les autres a-t-elle déjà vacillé ? Parce que quand je vous entends, il y a quelque chose de très solide autour de vous, en vous. Pour autant, toutes les rencontres ne se valent pas, toutes les expériences et toutes les confiances placées dans les uns et les autres ne se valent pas. Est-ce que parfois... votre confiance a été un peu challengée. Et lorsque ça arrive, comment la retrouve-t-on ? Comment ne baisse-t-on pas les bras ?
- Speaker #0
Bien sûr, bien sûr. Une vie, c'est des roses et des épines. Alors, j'ai connu des déceptions, j'ai connu des trahisons, j'ai connu des ingratitudes, comme tout le monde. Mais lorsque je regarde ma vie, je regarde et je constate une chose simple, très simple. Quelques personnes m'ont déçu, mais des milliers m'ont apporté de la joie. Et je refuse de laisser les premières me faire oublier les secondes. Alors, merci pour les roses et oublions les épines.
- Speaker #1
Je suis contente d'entendre tout ça parce que je comprends mieux pourquoi vous avez consacré votre vie à construire. Et j'imagine que si on croit profondément dans le potentiel humain, comme vous venez de nous le dire, on a probablement envie de créer les conditions pour qu'il puisse s'exprimer. Vous auriez pu consacrer votre vie à beaucoup de choses, pourtant vous avez choisi de construire. Pourquoi ? Qu'est-ce que vous ressentez vraiment lorsque vous construisez quelque chose et qu'à votre tour, vous mettez l'être humain ? en mouvement à travers l'entreprise ?
- Speaker #0
Simplement parce que je crois profondément que nous sommes ici sur cette terre pour participer à l'œuvre créatrice. Alors certains disent que c'est une œuvre divine, d'autres disent que c'est une œuvre humaine, peu importe. Mais on est là pour participer à cette œuvre créatrice. Dans la tradition juive, il existe une idée magnifique, c'est « tikkun olam » qu'on peut traduire par « réparer le monde » . Je n'ai jamais prétendu changer le monde. Mais je crois que nous pouvons tous contribuer à l'améliorer un peu, à la marge. Merci. Créer une entreprise, créer des emplois, créer des lieux où les gens grandissent, créer des opportunités, tout cela participe à cette œuvre créatrice. Et chacun d'entre nous a le devoir, a l'obligation de rendre le monde un peu meilleur à la fin qu'au début. Et c'est pourquoi je crois que c'est ça qui me définit.
- Speaker #1
Je vous remercie, c'est ce qui vous définit. Et vous, comment définiriez-vous à votre tour le moment où vous savez qu'une idée mérite plusieurs années de votre vie ? Le moment où vous vous dites, c'est avec cette idée que je vais réussir à voir grand. On l'a vu dans un parcours, il y a des roses et des épines. Et justement, qu'est-ce qui fait qu'on s'attarde sur une idée plus qu'une autre ? Une idée en laquelle on croit et qu'on croit pérenne ?
- Speaker #0
Alors d'abord... Je pars toujours du principe que le sentiment d'être utile est un sentiment extrêmement important pour tous les individus que nous sommes. Moi, je n'ai jamais été amoureux des entreprises. Je suis amoureux de ce qu'elles permettent. Les entreprises ne sont que des outils, ne sont que des moyens. Ce qui m'intéresse, ce sont les femmes et les hommes qui s'y révèlent. Voilà pourquoi on dit chez nous qu'une entreprise n'existe que pour ses talents. Beaucoup de gens racontent les clients d'abord. Je n'y crois pas à l'instant. Quand j'ai voulu créer mon entreprise, la première des choses que j'ai faites, c'est de me dire pourquoi je crée mon entreprise. Parce que je voulais vivre une aventure humaine, je voulais m'enrichir et je voulais être heureux dans ce que je fais. Les gens qui me rejoignent dans l'entreprise... Qu'est-ce qu'ils veulent ? Ils disent « Ah, Daniel, peut-être que c'est un winner, peut-être que c'est un gagnant. Tiens, je vais travailler avec lui, je vais le rejoindre. Moi aussi, je veux gagner un peu d'argent et vivre une aventure humaine. S'il me donne du sens, on vivra ensemble très bien. » Donc une entreprise, elle n'existe que pour ses talents. Il se trouve que pour que l'entreprise subsiste et continue, on a besoin de clients. Mais le client, c'est le deuxième. Le client n'est qu'un moyen. J'ai besoin du client, j'ai besoin de son argent pour pouvoir continuer, nous, notre aventure. Mais fondamentalement, l'entreprise appartient d'abord à ses talents, appartient d'abord à ses salariés. C'est ça, ma conviction. Alors, à quel moment une idée mérite plusieurs années de ma vie ? Lorsqu'elle résiste au temps. Lorsqu'elle résiste au temps. Au début, une idée séduisante, très séduisante, comme toutes les idées. Mais ce sont des hallucinations. Puis viennent les difficultés. Puis viennent les pertes. Puis les obstacles. Puis les critiques. Et à la fin de la fin, il reste quoi ? Il reste l'équipe. Et j'ai appris à faire davantage confiance aux personnes qu'aux concepts. Les gens qui m'ont permis de créer Photoservice... sont toujours avec moi dans mon aventure d'optique et d'audition. Pourquoi ? Parce que l'aventure du concept « la photo en une heure » argentique a disparu. Par contre, l'équipe est restée et c'est elle qui a été à la base, à la source de ce qu'est Grand Optical, Général d'Optique.
- Speaker #1
C'est ça en fait, lorsqu'on regarde ce que vous venez de citer en partie, mais Photoservices, Grand Optical, Grand Vision, Général d'Optique, Châteauforme, Acuitis. On découvre évidemment plusieurs entreprises, plusieurs secteurs, plusieurs aventures. Et c'est vrai qu'on a le sentiment qu'elles racontent toutes la même histoire. Profondément, si vous pouviez nous donner le point commun de toutes ces entreprises, qu'est-ce qu'elles racontent de vous ?
- Speaker #0
Je voudrais rappeler que la Générale d'Optique a aujourd'hui un succès immense en France. La Générale a perdu de l'argent pendant sept ans, sept années. Aujourd'hui, les gens regardent mes succès, mais ils ont tous oublié mes années de doute, mes nuits sans sommeil et mes projets qui échouaient. Et heureusement d'ailleurs, car tous les échecs ne sont pas là pour témoigner. On ne me parle que de ce qui a marché, mais j'ai eu beaucoup d'échecs dans ma vie. Mais ces échecs, ils m'ont beaucoup beaucoup appris. Parce qu'un échec ne vaut que par tu tombes, mais tu es obligé. Il t'est fait obligation de te relever. L'échec ne vaut, c'est l'antichambre du succès. Donc, je dis aux jeunes qui veulent se lancer, ne craignez pas l'échec. L'échec, c'est l'antichambre de votre succès de demain. Donc allez-y, foncez, créez, vous allez voir, ça marche. Une seule chose, soyez déterminés. Réfléchissez à votre cash. Si vous n'avez plus de cash, l'aventure s'arrête. Donc, il faut veiller, comme la prunelle de ses yeux, sur le cash, cash is king.
- Speaker #1
Du coup, j'ai l'impression que vous n'avez pas tant construit des entreprises, mais plutôt des convictions, des convictions par rapport à l'être humain. Est-ce que vous pourriez nous en dire un peu plus, si on le fait tour de ces entreprises rapidement, vos convictions pour chacune d'elles et votre conviction globale ?
- Speaker #0
Je crois que toutes mes entreprises sont nées de convictions. Mais la plus connue est sans doute celle des 3M. Vous connaissez la règle des 3M ? Les moutons, les mutins, les mutants. Dans toute organisation, dans toute organisation humaine, 90% des gens sont des moutons. Ils suivent. Et vous avez. 5% de mutins, ceux qui disent non, non au projet, non à la vie, ceux qui n'y croient pas, ceux qui voient que des obstacles, etc. Et puis vous avez 5% de ceux qui sont des mutants, ceux qui ne voient pas les obstacles, ceux qui voient beaucoup plus loin que demain. Ils voient beaucoup plus loin et ils ont des visions. C'est des gens qui disent oui à la vie et c'est des gens qui veulent régénérer les forces. Eh bien ! Pour diriger, il ne faut pas réfléchir aux 90%. Il faut réfléchir uniquement aux 5%. Parce que les moutons, eux, ils attendent. Ils suivent qui ? Soit ils suivent les mutins, soit ils suivent les mutants. Ça dépend de qui a sur l'heure l'heure de plaire. Alors moi, je le dis aujourd'hui, c'est aux mutants. Quand tu as un leader qui est un mutant, eh bien les gens vont suivre le mutant. Donc on n'a pas besoin d'une force énorme pour soulever. Toute la foule en a besoin juste de convaincre les gens, les 5% de passer du côté des mutants et plus du tout des mutins. Et on réussit. Donc ça, c'est ma conviction. Donc à chaque fois, je ne m'attaque pas à des montagnes. Je m'attaque aux 5% de la population, aux 5% de toute organisation. Donc dans toute société, une majorité suit, une minorité critique et une autre minorité construit. Très tôt, moi, j'ai choisi mon camp. Celui de construire. Et j'invite tout le monde à devenir des mutants et à quitter l'attitude du mutin. Mais hélas, 90% ils veulent une vie tranquille et c'est les moutons.
- Speaker #1
Du coup, quand je vous écoute, je me dis qu'une entreprise, c'est pas effectivement simplement un outil économique, mais si on a envie de devenir mutant, pour le coup, c'est aussi une manière d'agir sur le monde et en tout cas de mettre en perspective l'entreprise différemment. Ce n'est pas juste un salaire à la fin du mois, ce n'est pas juste effectivement de dépendre d'un leader, ce n'est pas juste dépendre d'une entreprise, c'est beaucoup plus profond.
- Speaker #0
Eh oui, ça c'est vrai. Toute ma vie, j'ai cherché à construire des communautés humaines, des organisations où des gens deviennent plus autonomes, plus responsables, plus confiants, des endroits où les individus se redressent, des endroits où les individus s'épanouissent. Et une entreprise, je le redis, n'est qu'un moyen. Jamais une finalité. La finalité ce sont les êtres humains. C'est la famille, c'est les amis, c'est l'amour, c'est la culture, c'est la transmission. L'entreprise doit servir la vie et jamais l'inverse.
- Speaker #1
L'entreprise doit servir la vie et jamais l'inverse, je retiens. Et donc après toutes ces années à passer à observer des milliers de personnes, des milliers de collaborateurs et des millions de clients, qu'avez-vous vraiment compris de l'être humain ? La vraie question c'est qu'est-ce qui nous met réellement en mouvement ? On parle beaucoup d'argent, de réussite, de reconnaissance, de pouvoir. On vient de le voir, c'est pas vraiment ça. Du coup, selon vous, quel est notre moteur ?
- Speaker #0
Je suis binaire parce que c'est beaucoup plus simple. Je crois qu'il existe des êtres lumineux et je crois qu'il existe des êtres sombres. Les premiers vous agrandissent. Les seconds vous rapetissent. Et j'ai appris qu'il fallait soigneusement choisir sa compagnie. Nous avons dans la famille deux lettres. FF, fuir les fâcheux. Il y a des fâcheux qui vous bousillent une trajectoire. Vous rencontrez à un âge jeune quelqu'un qui se drogue et qui vous amène avec lui. Vous êtes mort. Vous voyez quelqu'un qui vole et vous volez. Et si vous rencontrez des êtres lumineux, eh bien ils vont vous amener à Hippocagne. Ils vont vous amener à faire des études supérieures. Ils vont vous amener à devenir architecte. Ils vont vous amener à devenir producteur. Bref. Les rencontres, c'est quelque chose d'extrêmement important. Alors qu'est-ce qui met réellement tout ce monde en mouvement ? J'ai compris une chose, le sens. Bien sûr que l'argent compte. Bien sûr que la reconnaissance est agréable. Bien sûr que le pouvoir peut être utile. Mais ce qui met profondément un être humain en mouvement, c'est le sentiment que sa vie a du sens, qu'il est utile. Le sentiment d'utilité. On a vu chez Orange, par exemple, des lignards, ceux qui tiraient les lignes, on les a mis dans un bureau et on les a mis dans un placard sans leur donner du sens et sans leur dire à quoi ils servent. Mais ils se sont suicidés. Vous vous rappelez de cette période ? Le sens, c'est extrêmement important. Pourquoi ? Parce que l'homme est un animal utile. Il veut se rendre utile. Pourquoi il y a tant de bénévolat ? Parce que les gens veulent se rendre utile.
- Speaker #1
Merci Daniel. A vous écouter, je me dis que non seulement le regard qu'on porte sur nous nous aide à grandir, mais ça veut dire aussi que nous on peut être tout à fait acteur en posant un regard différent sur les autres, les aider eux-mêmes à grandir, plutôt que de toujours, j'ai l'impression dans notre société c'est toujours moi, Mais finalement on a aussi ce pouvoir de pouvoir faire grandir les autres à travers notre regard.
- Speaker #0
Oui, le regard des autres. joue un rôle immense. Nous devenons souvent ce que les autres nous permettent de croire possible. Nous devenons souvent ce que les autres nous permettent de croire possible. Et une exil, pour moi, c'est... C'est le regard des autres qui te fait grandir. Si je te fais confiance, tu vas grandir. Si je ne te fais pas confiance, je ne vais pas te donner les moyens de déléguer mon pouvoir. Donc tu ne vas jamais grandir. Donc je vous demande toujours de déléguer votre pouvoir, parce que vous allez voir, quand vous faites confiance, les gens vont se révéler beaucoup, parfois, bien souvent, bien meilleurs que vous. Et c'est ça l'objectif, c'est faire briller les autres et pas briller soi-même. Toute une difficulté. Un manager, c'est celui qui cherche à grandir lui-même. Un leader, c'est celui qui fait grandir les autres. Ça, c'est une... On passe à l'état de leader quand on s'occupe de l'autre et pas de soi-même.
- Speaker #1
Et justement, c'est un discours qu'on entend peu dans les entreprises, en tout cas je ne l'ai pas entendu jusqu'à présent. Qu'est-ce qu'on pourrait se dire que les entreprises comprennent mal encore des êtres humains ? Est-ce qu'il y a une qualité que nous estimons complètement ?
- Speaker #0
Oui, ma conviction, elle est faite depuis 47 ans. C'est qu'il n'existe pas de frontière étanche entre vie professionnelle et vie personnelle. Ça, c'est... Parce que pour moi, l'entreprise, c'est une grande famille. Donc je ne vois pas comment une personne peut dire « Ah non, je prends mon intelligence, je la mets dans ma poche pendant le week-end. Et là, je vais devenir un type intelligent. Et quand je rentre dans l'entreprise, alors là, il faut appeler quelqu'un pour changer une ampoule. Ça n'a pas de sens, cette idée. Quand on prend une personne, on la prend dans sa totalité, pour sa vie personnelle et pour sa vie familiale, et pour ce qu'elle peut apporter, son expertise, ce qu'elle peut apporter en tant qu'entreprise. Les entreprises n'ont pas compris ça. Elles pensent qu'il y a un individu qui travaille et un individu qui est dans sa sphère personnelle. Ça ne marche pas comme ça. Ça, c'est ma conviction. C'est pourquoi on crée des conseils de famille, des comités de famille. On appelle chez nous la grande famille, parce que je pense que l'entreprise, c'est une famille. À mon sens, beaucoup d'entreprises n'ont pas compris cela. Et elles font ces dichotomies entre vie professionnelle. C'est pourquoi la solidarité, une maman qui a un enfant malade et qui ne vient pas, il n'y a pas à lui en vouloir. C'est parce qu'elle donne la priorité à sa famille. Si on est une grande famille, on le comprend. Et donc, mais quelqu'un dit « Ok, moi je reste tard le soir et je finis son travail » . Le lendemain, quand l'autre personne est malade, eh bien la solidarité va jouer sans avoir besoin de procédure. On a besoin de valeur parce qu'avec ces valeurs-là, la solidarité ne se décrète pas, elle se vit tous les jours. Et pour moi, c'est tellement important de penser qu'une entreprise, c'est d'abord une famille. et toutes... Notre énergie doit être là pour sauvegarder la famille. Moi, quel est mon rôle ? C'est de faire en sorte que l'entreprise continue, que l'aventure continue. Nous sommes dans la 30e année de notre aventure et on sait qu'il n'y a que 14% des entreprises qui résistent après 30 ans. On fait partie de ces 14%. Il faut qu'on aille à 50 ans, donc pour faire partie des 5%. Une entreprise, c'est fragile. Et pour cela, nous devons faire attention aux êtres humains. qui travaillent parce que c'est notre rôle en tant que dirigeants de prendre soin de toute cette communauté. Ça, c'est mes convictions.
- Speaker #1
Bien sûr. Et à l'inverse, est-ce qu'il y a une illusion collective à laquelle nous croyons beaucoup trop dans le monde de l'entreprise et qui fausse aussi le pouvoir de la richesse, en fait, de l'être humain d'entreprise ?
- Speaker #0
Alors, l'illusion collective... C'est de croire que nous pouvons transformer les autres. Beaucoup de gens veulent transformer les autres. C'est impossible. Nous pouvons inspirer, encourager, révéler. Mais je ne peux pas transformer. Parce que tu as grandi avec un filtre mental, ce qu'on appelle un paradigme. Et le paradigme t'est donné par ton éducation, par tes origines, par ta famille. Et moi je ne peux pas. Une entreprise, un humain ne peut pas transformer l'autre avec ça. Il peut l'inspirer, il peut le révéler à lui-même, il peut lui donner les moyens, mais on ne peut pas transformer. C'est pourquoi nous disons chez nous, on ne va pas appuyer sur tes faiblesses, il faut qu'on appuie sur tes forces. Dans notre management, on appuie sur les forces et on oublie les faiblesses. Les faiblesses, on en a tous, qui n'en a pas ?
- Speaker #1
Personne, effectivement. Et vous, Daniel, en tant qu'entrepreneur, qu'avez-vous compris trop tard, ou peut-être même... que n'avez-vous toujours pas compris ?
- Speaker #0
Oui, j'ai compris trop tard. Je l'ai compris à 45 ans. J'ai compris la fragilité humaine. Pendant longtemps, je pensais que tout dépendait de la volonté et de la détermination. Puis j'ai vu des familles bouleversées par la maladie. J'ai vu l'arrivée d'enfants handicapés. J'ai vu des décès prématurés. Il y a eu des accidents, il y a des divorces. Et j'ai compris alors qu'une trajectoire humaine peut basculer vite, très vite. Et cette prise de conscience m'a rendu plus indulgent et probablement plus humble. Et c'était... Quand mon épouse, moi j'avais 45 ans, elle en avait 40, et qu'on a eu notre dernier, Johan, et qu'elle a eu un accident, et que pendant 25 jours elle était, entre l'évier et la mort, pronostic vital engagé. Et ce jour-là j'ai compris que toutes mes entreprises, plus rien ne valait la peine, je courais comme un dératé, et que la fragilité humaine pouvait... Heureusement pour nous, on s'en est sortis. Mais j'ai compris ce jour-là que... Un accident peut bouleverser une trajectoire.
- Speaker #1
Effectivement, et changer considérablement le cours d'une vie. On a beaucoup parlé de rencontres, vous venez de nouveau de parler de votre épouse. Est-ce qu'il y a une rencontre que vous n'avez jamais remerciée à l'heure actuelle ?
- Speaker #0
Oui, mon père. C'est probablement l'un de mes regrets. Je ne lui ai jamais dit merci autant qu'il le méritait. Et je ne lui ai jamais dit suffisamment que je l'aimais, parce que dans notre famille, on est très pudiques. Et avec le temps, on découvre que les choses essentielles sont souvent les plus difficiles à dire.
- Speaker #1
Merci Daniel de vous livrer autant. Si on revient un petit peu sur les rencontres, est-ce que vous pensez que nous choisissons nos rencontres ou ce sont elles qui nous choisissent ? On l'a vu tout à l'heure, vous parliez d'êtres lumineux ou d'êtres sombres. Comment on fait quand on est malheureusement attiré vers les êtres sombres ? Comment on fait pour être davantage attiré vers les êtres lumineux ? Le lumière et l'ombre qui nous choisissent ou c'est nous qui avons une action par rapport à ça ?
- Speaker #0
J'ai une conviction, c'est nous qui les choisissons. On m'a éduqué et après c'est à moi de faire. Je fuis les fâcheux et je me joins aux êtres lumineux. Et moi je suis très actif dans ce domaine. Il n'existe pas une semaine sans que je consacre trois heures à des gens qui n'ont rien à voir avec notre... notre activité. Juste comme ça. Le bonheur de la rencontre, parce qu'on ne sait pas ce qui se passe. Les rencontres, c'est quelque chose de capital. Je fais évidemment beaucoup de dîner, je suis un homme social, mais surtout, c'est moi qui provoque les rencontres. C'est moi qui rappelle les gens. C'est moi qui fait que... Et comment je reste avec eux, quand je constate qu'ils ont des qualités humaines ? Pour moi, une personne, quand elle a des qualités humaines, et quand elle est gentille. Et la gentillesse, c'est l'intelligence suprême. La gentillesse, c'est l'intelligence du cœur. Et il faut vraiment avoir ça comme arbitre. Est-ce que cette personne, est-ce qu'elle est riche, elle n'est pas riche ? Est-ce qu'elle a fait des études ou pas fait des études ? Est-ce que cette personne a l'intelligence du cœur ? Est-ce qu'elle est gentille ? Est-ce qu'elle a des qualités humaines ? Parce qu'à la fin du fin, c'est ça qui compte.
- Speaker #1
Exactement, je vous rejoins entièrement, c'est ce qui compte. Alors je voudrais maintenant qu'on aille chercher encore un tout petit peu plus loin. On l'a vu, on passe nos vies à construire des projets, parfois des entreprises, des équipes, des amitiés, des familles. Mais selon vous, qu'est-ce qu'on cherche vraiment à laisser derrière nous ? Est-ce qu'il y a cette envie aussi au-delà de la rencontre et du plaisir immédiat et pérenne de la rencontre ? Est-ce qu'on imagine aussi les choses une fois qu'on aura évolué dans la vie, qu'on sera passé de l'autre côté, comme on dit ? Est-ce qu'on laisse tous à chercher quelque chose derrière nous ?
- Speaker #0
D'une manière générale, tout le monde cherche une trace d'amour. Tout le monde cherche une trace d'amour. Et j'ai réfléchi, je me dis, si je devais résumer ce que j'aimerais laisser derrière moi, ce serait simplement, et sur mon épitaphe, je vous ai aimé et vous m'avez aimé. Et tout le reste est secondaire.
- Speaker #1
Et quand vous prenez ce recul, qu'avez-vous consacré trop de temps à poursuivre ? Est-ce qu'il y a des choses qui aujourd'hui vous paraissent futiles ? Est-ce que vous pourriez nous en dire un peu plus par rapport à ça ?
- Speaker #0
Oui, le travail. J'ai beaucoup travaillé, sans hésitation, c'est le travail. J'ai énormément travaillé jusqu'à 45 ans, puis j'ai compris que déléguer n'était pas abandonné et que certaines richesses n'ont rien à voir avec l'argent. L'amitié, l'amour, la culture, le théâtre, le sport, les joies d'une discussion, eh bien c'est aussi important que tout le reste. Or malheureusement, je constate encore que quand on crée une entreprise, on consacre beaucoup de temps de travail et on abandonne tout ce qui fait la famille et les joies simples mais essentielles.
- Speaker #1
Bien sûr. Et lorsque vous regardez votre parcours aujourd'hui, est-ce que vous pourriez nous confier le moment qui vous a le plus ému dans tout ce parcours ? Je pense savoir qu'il va peut-être être du côté familial. Et dans tous les cas, qu'est-ce qui continue de vous émerveiller ?
- Speaker #0
Le moment le plus émouvant, ça a été la naissance de mes enfants. Et je me souviens que c'était un sentiment extraordinaire. Tout à coup, quelqu'un devient plus important que vous-même. Jusqu'à l'arrivée des enfants, je veux qu'on me donne tout. À partir du moment où vous avez un enfant, c'est vous qui donnez tout. Et votre vie change de centre de gravité. Et je m'aperçois qu'on est plus heureux dans le don que dans recevoir quelque chose. Mais ça, les femmes qui, biologiquement, donnent vie et donnent naissance, elles le savent. Nous, les hommes, on l'apprend. On ne le vit pas, mais on l'apprend.
- Speaker #1
Et alors, on est en train de parler de la naissance des enfants. Je voudrais aussi votre regard sur les jeunes générations. Qu'est-ce qui vous rend optimiste ?
- Speaker #0
Je crois sincèrement que toutes les générations qui viennent sont bien meilleures que nous. C'est normal. Moi, je ne vois qu'un continuum depuis 2 000 ans de générations. Alors évidemment, si vous adressez à des vieux grincheux, ils vont vous dire « Oh, ils travaillent pas. Oh, ils font pas » , etc. Je l'ai eu, hein, quand j'avais 20 ans. « Tu glandes. Tu fais rien » , etc. Voilà. On a construit. On a fait. Je crois que toutes les générations... construisent, améliorent et font que ce monde devient bien, bien meilleur. Et il est bien meilleur aujourd'hui que dans les années 80. Et ceux des années 80, c'est bien meilleur que ceux des années 60. Et ça continue. Ça continue dans tous les domaines. Donc qu'est-ce qui me fait ? La jeunesse. Le drame, c'est qu'aujourd'hui, on fait moins de jeunes. On va devenir une société de vieux. Et ça, c'est absolument terrible pour n'importe quelle nation. Donc il est urgent de faire comme moi et de faire quatre enfants.
- Speaker #1
Le message passe. Et justement, c'est rare d'entendre parler des jeunes générations comme ça. Si elles nous écoutent, qu'est-ce que vous voudriez leur transmettre comme message ? Qu'est-ce que vous voudriez qu'elles n'oublient jamais ?
- Speaker #0
Une chose très simple, très simple. Que l'avenir des jeunes, c'est la vieillesse. L'avenir des jeunes, c'est la vieillesse. Et ça, on ne le connaît pas. On ne le sait pas. Quand on est jeune, on ne comprend pas que notre avenir, c'est vieux. On fait tout pour rester en bonne santé, pour faire du sport, pour manger. Mais on fait tout pour devenir vieux. Et on oublie que l'avenir de la jeunesse, c'est la vieillesse. Je voudrais... Parce que le temps passe beaucoup, beaucoup trop vite, bien plus qu'il ne l'imagine. Et je me rappelle moi aussi mon attitude vis-à-vis de mes grands-parents et tout, en pensant qu'ils étaient d'un siècle passé et tout, et je n'avais pas compris qu'un jour, après avoir été un des plus jeunes entrepreneurs, je deviens un des plus vieux entrepreneurs. La vieillesse, elle se vit, elle ne se transmet pas. Vous savez, l'expérience, c'est comme une brosse à dents. Elle est utile, mais elle ne sert qu'à soi-même.
- Speaker #1
C'est vrai, c'est terre à terre mais c'est très parlant. Et il me semble que vous avez des petits-enfants et si eux-mêmes ne devaient retenir qu'une seule chose de votre vie, laquelle aimeriez-vous leur transmettre ?
- Speaker #0
Qu'il faut choisir un travail qui vous passionne. Il faut choisir. Il ne faut pas perdre sa vie à la gagner. Faites tout, même petit, tout ce que vous voulez. Mais faites quelque chose avec passion et ayez le bonheur d'aller travailler tous les matins. Si vous avez une boule pour aller travailler, même si on vous donne dans une prison dorée en 10 ans, mais on me donne des milliers d'euros par mois, quittez ! Parce que vous n'êtes pas là pour perdre votre vie, pour la gagner. Et ça, ça arrive malheureusement très souvent. Combien de gens travaillent dans des banques ? Combien de gens travaillent dans l'Haïti ? Combien de gens travaillent ? Et ils disent « Mais c'est pas possible, je peux pas quitter, je gagne trop bien ma vie. » Eh bien il vaudrait mieux que tu deviennes boulanger. Peut-être que là tu vas trouver du sens et gagner moins. Mais au moins tu seras heureux. Parce que le but de la vie c'est d'être heureux. La fin du fin, c'est d'être heureux et de rendre les gens autour de soi heureux. et malheureusement dans nos sociétés ce n'est pas ça qu'on privilégie donc faites quelque chose qui vous passionne et vous ne travaillerez jamais c'est effectivement un très bon conseil pour ceux qui nous écoutent alors
- Speaker #1
on arrive à la fin de cette conversation et je voudrais savoir après tout ce que nous avons exploré toutes ces années d'entrepreneuriat d'hommes comme heureux en famille, qu'est-ce qui vous met encore en mouvement ?
- Speaker #0
Ah ! La même chose qu'au premier jour. La curiosité, l'envie de construire, l'envie de transmettre aujourd'hui, l'envie de rencontrer. Et il reste tant de choses à imaginer, tant de projets à lancer, tant de talents à révéler, tant de rencontres encore à faire. Et je continue à croire que demain... peut être bien meilleur qu'aujourd'hui. Je continue à croire dans les êtres humains. Je continue à croire que chacun d'entre nous peut contribuer à améliorer un peu le monde qui l'entoure. Et tant que cette conviction m'habitera, je continuerai d'avancer. Parce qu'au fond, ce qui m'a mis en mouvement depuis toujours, ce n'est pas le succès, ce n'est pas l'argent, ce n'est même pas l'entreprise, c'est la vie elle-même.
- Speaker #1
Écoutez Daniel, je vous remercie sincèrement pour cet optimisme incarné, cet humanisme incarné. Ça fait chaud au cœur. Je vous remercie sincèrement pour votre confiance et pour votre regard que vous nous avez livré ce matin. Merci à tous pour votre écoute. Je serai ravie de vous retrouver prochainement pour un nouvel épisode d'Aufile des Rencontres. Daniel, merci et à bientôt.
- Speaker #0
C'est moi qui vous remercie.