Speaker #0Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode des petites bulles de l'été du podcast au fil du yoga à l'ombre du Bagnan. Et oui, c'est encore une petite bulle et oui, nous ne parlerons pas de l'histoire du yoga qui fera l'objet d'une longue série sur le podcast lui-même à partir de la rentrée. A ce propos, sachez que... je propose une série d'ateliers pour ne pas les appeler formations où pendant une heure, de façon régulière, j'aborde un sujet, une période de la philosophie-histoire du yoga afin d'en éclairer de façon lente, plus ou moins précise. de ce qu'est l'histoire et la philosophie du yoga. Pour cela, il suffit de me contacter en envoyant par exemple un mail à toutattaché-yoga-so-gmail.com B-A-N-Y-A-N-Y-O-G-A 2 S-O Je voudrais aujourd'hui vous parler de la notion de lâcher prise. Parce qu'à mon sens, la notion de lâcher prise est une pratique difficile et fait déjà appel à beaucoup de concepts du yoga, dont celui de Viveka, le discernement, et qui a donné... lieu dans les Yoga Sutras de Patanjali, à Viveka Khyatir, qui est le discernement mais dans le sens de la connaissance pure, qui sait le discernement de façon lumineuse, innée, quasi basée sur cette connaissance intime. C'est le Sutra du deuxième Pada, Sutra 26 du deuxième Pada. de Patanjali. Mais allons voir plutôt de façon générale. Très souvent, on vous dit de lâcher prise parce que, par exemple, vous êtes en colère, vous avez des idées qui tournent en boucle, vous n'arrivez pas à vous détendre. Par exemple, vous partez en vacances et puis vous consultez malgré vos vacances. Votre messagerie professionnelle, par exemple, vous n'arrivez pas à vous détacher de ce qui est passé, de ce qui n'existe plus, mais vous êtes toujours attaché à ce qui est passé. Et vous vous projetez dans un futur qui, par essence, est inconnu. Et ça crée de l'incertitude. Ça crée de l'incertitude, ça crée de l'instabilité et ça crée ce qu'on appelle de la souffrance. Encore une fois, la notion de souffrance est extrêmement importante. D'abord parce que c'est la souffrance qui est à l'origine de quasiment toutes les religions, qui est à l'origine de quasiment toutes les philosophies. Parce que fondamentalement, on reconnaît que l'existence humaine est souffrance. Après, on peut discuter de ce qu'est la souffrance et pourquoi on dit que l'existence humaine est souffrance. et que donc on est à la recherche du bonheur. Revenons un instant sur l'idée de l'existence humaine n'est que souffrance. Si vous le comprenez littéralement, déjà vous vous fourvoyez. La souffrance n'est pas qu'une souffrance physique. La souffrance est simplement le fait que la vie n'étant pas permanente, puisqu'à la fin nous mourrons, il y a toujours à un moment donné dans notre vie un élément qui va nous dire « je vais mourir » , ce qui crée une souffrance. Cette souffrance, elle n'est pas que physique. Je pense notamment aux personnes qui sont malades, très malades, qui ont des maladies qui vont les affecter toute leur vie. Mais également, ne serait-ce que la colère. La colère est une expression de la souffrance. Donc en fait, c'est notre acception, c'est-à-dire... La définition que nous donnons au mot souffrance qui est extrêmement importante ici. Puisque si nous reconnaissons que quelque chose qui vient bouleverser... ou ne serait-ce que modifier un tout petit peu le passé que nous avons estimé être du bonheur, parce que tranquille, parce que paisible, cette interruption de ce moment, peut-être cette seconde où nous étions paisibles, crée une souffrance, une souffrance qui est intérieure, qui est interne. Donc je vais plutôt parler non pas de la souffrance physique, parce que les médecins sont... les premières personnes qui peuvent nous aider à dépasser cette souffrance. La personne qui est malade est certainement la personne aussi qui peut s'aider elle-même à dépasser cette souffrance, mais tout va dépendre évidemment de la maladie. C'est un sujet très complexe, donc je ne veux absolument pas faire de grandes catégories et dire de façon très abrupte... la souffrance n'est pas que physique. Bien sûr que la souffrance physique est extrêmement importante dans notre vie d'humain. On va prendre juste l'idée plutôt de la souffrance issue du malaise, quel qu'il soit, important ou pas, d'une pensée, d'une émotion. Même si cette pensée, cette émotion, elle est fugace. Ça va interrompre. ce flot que nous pensions ininterrompu de paix. La difficulté, c'est que lâcher prise par rapport à ça, ça suppose d'abord de prendre du recul. Prendre du recul dans la notion du yoga, c'est viveka, le discernement, voir les choses. telles qu'elles sont. Alors, dans la philosophie des yoga sutras, ça sera en fait de discriminer Purusha, qui va être votre conscience, si je schématise, de paracritique et la matière. Donc, on va dire le fait que, par exemple, je dise je suis ce corps. Ma conscience va se lier au corps pour faire une seule chose. Maintenant, si on ne voit le corps, comme je ne suis pas ce corps, je ne suis même pas ces paroles, je ne suis pas ces yeux, je ne suis même pas cette pensée que je suis en train d'avoir. À ce moment-là, on est en train de créer ce qu'on appelle Viveka, le discernement. Pour arriver à ce stade, le yoga vous propose déjà une multitude de choses à réaliser et ce n'est pas l'objet de ce podcast. Mais plutôt de se rendre compte que du coup... En conséquence, c'est beaucoup plus difficile que ce que l'on veut nous faire croire. Et je dirais que c'est d'autant plus difficile dans cette société où nous sommes toujours dans une course vers l'avant. Comment pouvons-nous mettre en place du discernement et du lâcher prise lorsque nous sommes constamment happés par les réseaux sociaux ? par Même Instagram, prenons le cas d'Instagram. Un jour, j'ai décidé que finalement, je ne voulais plus être sur Facebook parce que je trouvais qu'il y avait vraiment, vraiment trop de choses qui ne me correspondaient pas, trop de méchanceté, trop de tout ce qui fait que les réseaux sociaux sont négatifs. Et j'ai décidé de ne garder qu'Instagram. Je précise que je trouve qu'Instagram commence à devenir... comme Facebook. J'ai décidé de garder Instagram en me disant « Ah bah tiens, Instagram est une source de connaissances parce qu'il y a beaucoup de professeurs de yoga, de pratiquants de yoga, sans être professeurs, diplômés, qui partagent leurs connaissances et j'ai envie d'apprendre un petit peu avec eux. Et j'ai fait ce que tout le monde fait, j'accumule. J'accumule des textes, j'accumule des posts, j'accumule des vidéos, j'accumule des formations. Je suis toujours dans le plus, Et parfois, ça crée de la confusion, ça crée un trou plein. Ce trou plein, pour parfois, ça peut être du burn-out. Alors, pas du burn-out parce qu'il y a une définition médicale. Un ras-le-bol, une envie de tout arrêter, trop de pression. Donc comment dans une société où nous sommes dictés par en fait cette apparence de connaissances massives à disposition, comment pouvons-nous parvenir à nous détacher, à laisser aller ? Alors, Viveka, le discernement fait partie de ces outils. Peut-être pas Viveka Khyathir de Patanjali, mais en tout cas... La mise en place de se rendre compte, de vraiment prendre conscience, prendre conscience de ses actions, de ses pensées, de ses paroles. Établir un diagnostic du trop-plein, donc se rendre compte du trop-plein. Et de se dire, eh bien, un trop-plein. Je suis arrivé au bout de quelque chose et en fait, juste devant moi, c'est... Un précipice, il n'y a plus rien. Je ne vais plus progresser, je ne vais pas progresser. C'est assez. Donc, il y a l'idée de c'est assez. Je suis assez, je sais assez. Ce que je fais est suffisamment bien. Il y a donc, ensuite, je pense, une idée de valeur. De donner de la valeur d'abord à ce que l'on sait, sans se comparer. à quelqu'un d'autre. Oui, caro caro, c'est des choses. Mais ces choses que je sais, quelqu'un d'autre va les savoir encore mieux, va en connaître encore plus d'explications. Donc, ce que je sais est suffisant. Pourquoi ? Parce que... Je dois faire une deuxième chose, c'est mettre en pratique. Le cumul de connaissances est différent de la pratique. Le yoga, c'est la connaissance et la pratique. Le bouddhisme en a encore le plus bel exemple, parce que Bouddha a dit, voici mon enseignement, mais il faut que vous le mettiez en pratique, que vous expérimentiez par vous-même. Le yoga, c'est la même chose. On a un enseignement. qu'il faut mettre en pratique, qu'il faut réfléchir, mais qu'il faut vraiment intégrer en soi pour arriver à l'état de yoga. La sadhana, notamment celle qui est décrite, mais il y en a plein d'autres, mais celle qui est décrite dans les yogasutras de Patanjali, à travers notamment le deuxième chapitre des yogasutras, à travers ce qu'on appelle les huit auxiliaires du yoga, qui ne sont pas des étapes que l'on fait les unes après les autres, mais qui sont une symbiose entre tout, ça, ça doit nous permettre de se rendre compte, de mettre en place ce discernement, de serrer, de discriminer, pour continuer de progresser. Mais c'est aussi... Se dire c'est assez, ce n'est pas en accumulant que je saurai, que je comprendrai, que je serai. Je crois qu'à un moment donné, il faut vraiment se dire, on est dans une société où c'est le no pain, no gain. Si on ne souffre pas, s'il n'y a pas de la difficulté, s'il n'y a pas du challenge, il n'y aura pas de gain. Et si, en fait, on abandonnait cette idée de difficulté, de challenge pour faire, pour être ? C'est là où je trouve que le discours du développement personnel est très ambivalent. Bien sûr qu'il faut essayer. Bien sûr qu'il faut se mettre à l'ouvrage. Encore et encore. Mais faut-il vraiment souffrir pour réussir ? Et est-ce qu'en définitive se dire que non, pas no pain pour gain, gagner ? Et si simplement je faisais et que de toute façon je gagne à la fin ? Parce que ce que je fais, ce que j'ai reconnu, c'était suffisant. Et si en définitive la notion d'échec était-elle ? Et là, je vous renvoie à un de mes anciens podcasts de l'année 2026, « Succès ou échec ? » Parce que dans cette notion qui est typiquement libérale, j'allais presque dire capitaliste, elle est capitaliste et elle vient du libéralisme des sociétés occidentales, qui prend évidemment de plus en plus de place dans l'intégralité du monde. Mais et si on décidait que non, en fait, ce que l'on fait, au rythme que l'on fait, c'était suffisant ? Alors bien sûr, c'est dans le dosage de l'effort qu'il faut se placer. Pourquoi ? Parce que si on est juste dans « je fais et c'est tout » , effectivement, on va arriver à un seuil. Alors vous me direz « oui, mais tout ce que tu viens de nous dire sur « c'est assez » , du coup, ce n'est pas assez, ce n'est pas vrai » . Il faut une progression. Cette progression, elle vient toute seule. C'est comme si vous allez à la salle de muscu et que vous passez de 8 kg dans chaque bras à, par exemple, 9 kg. Une haltère de 9 kg à droite, une haltère de 9 kg à gauche, et puis vous continuez de progresser. Mais sans passer de 8 à 15 kg par exemple d'un seul coup. C'est sûr qu'à 15 kg, vous allez avoir du mal peut-être à soulever les haltères. Est-ce qu'il y a une progression ici ? Non. Donc il y a une intelligence de la progression. Troisième élément, qu'il faut absolument coupler avec les autres. Cette intelligence de la progression, elle vient aussi de Viveka. Et c'est Viveka qui attire de Patanjali. C'est-à-dire que derrière la discrimination, le discernement, il y a une intelligence de celle-ci. Comme si elle était éclairée, la clarté, la lumière, qui est très proche en fait de ce qu'on appelle prajna. Prajna, c'est un mot sanscrit qui veut dire sagesse, savoir, connaissance, qui n'est pas la connaissance académique, qui est un ensemble, connaissance académique, connaissance issue de la réflexion, connaissance issue de la mise en pratique, qui va éclairer notre chemin. Et c'est peut-être là où... Il y a vraiment besoin de se poser et de réfléchir un instant. Par exemple, vous êtes sur votre tapis de yoga et vous êtes désespéré parce que vous n'arrivez pas à faire, par exemple, des postures un peu compliquées, d'équilibre, etc. Alors, bien sûr que vous allez vous dire, mais j'ai envie de progresser. Donc, vous allez accumuler des heures et des heures de... Postures, des heures et deux heures de formation uniquement sur les handstands, des postures d'équilibre. Et puis, vous ne progressez pas. On vous dira, oh, no pain, no gain, mais le pain, il est là. Et pourtant, vous ne gagnez pas. C'est pour ça que je dis que tout ce qui est autour du développement personnel trouve assez rapidement ses limites. Par contre, si vous lâchez prise sur cette idée de « je veux savoir faire des équilibres » , moi je vous dirais « mais pourquoi voulez-vous faire des équilibres ? » On veut faire des équilibres parce qu'on veut faire comme tout le monde, en tout cas comme tout le monde sur les photos, sur Instagram. Mais ce qu'on voit sur les photos Instagram, ce n'est pas la généralité, ce n'est pas tout le monde, en fait ce sont des exceptions. Et puis ces personnes n'ont pas votre corps, n'ont pas votre histoire. L'histoire de votre vie qui fait que peut-être vous n'arriverez jamais à faire une posture d'équilibre. Et pourquoi veut-on faire une posture d'équilibre ? Pour tester ce qu'est l'équilibre. Mais il n'y a pas besoin de l'équilibre philosophique comme on parle. Oui, on va s'ancrer avec le chakra, Mouladara, mais ce n'est pas ça. Il faut tester. Si vous avez besoin d'un support qui est un chakra qui s'appelle Mooladhara, très bien. Mais ce n'est pas parce que vous allez invoquer quelque chose qui se trouve au niveau du périnée que vous allez trouver ce sentiment d'ancrage et de sécurité. Il faut expérimenter et d'abord ne garder que ce qui vous concerne, mais en plus avoir vraiment discriminé, discerné ce qui est. ressentir. Par exemple, un chakra, il faut le ressentir. Et je vous dis ça en me demandant, mais est-ce qu'on peut vraiment ressentir quelque chose dans quelque chose qui n'existe pas ? Et là, tous ceux qui sont les adeptes des chakras vont arrêter de m'écouter. Discernement, encore une fois, même à ce niveau-là. Moi, c'est ce que je vous dis, c'est mon expérience à moi. Je ne dis pas que ça n'existe pas. Je suis sceptique. Mais tant mieux si vous, dans votre propre discernement, Vous avez cette sensation, cette relation au chakra. Et du coup, lâcher prise, c'est aussi par rapport à ça. Moi, j'ai discerné que je n'avais aucune appétence, en tout cas avec tout ce que l'on nous dit dans le monde du yoga sur les chakras. Dans le monde du yoga occidental. Donc, j'ai complètement lâché prise. J'ai même pu essayer de comprendre. Pour moi... Ce sont, on dirait en Provence, des fariboles. Pour autant, je tiens à préciser que la notion de chakra existe dans le bouddhisme, et là, je la comprends. Mais j'ai laissé aller le côté yoga, j'ai lâché prise. C'était une petite décrétion sur les chakras. Lâcher prise, ça suppose aussi qu'on est vraiment présent. Donc qu'il y ait une véritable... conscience et cette conscience dans lâcher prise et bien elle peut prendre aussi beaucoup de temps des années peut-être même une vie complète c'est pour ça que même le lâcher prise est peut-être un fait partie de ce qu'on appelle le développement personnel c'est à dire c'est un but et no pain no gain et si votre définition du lâcher prise elle était progressive Si, là, vous êtes en vacances, si pendant une demi-journée, vous n'avez pas regardé votre messagerie professionnelle, il y a déjà du lâcher prise. C'est suffisant. Parce qu'à force de se dire que ce qu'on fait, ce n'est pas suffisant, on remet en cause tout. Et on n'est plus capable de discerner. Et on n'est plus capable de tout relâcher. Voilà, j'ai fini. J'espère que... J'espère que ces éléments de réflexion vont vous permettre de réfléchir à votre tour sur ces notions de lâcher prise de Viveka, qui n'est qu'un début de réflexion. Je ne prétends absolument pas avoir raison sur toute ou partie de ce que je viens de vous présenter, mais c'est simplement issu d'une réflexion que j'ai eue, moi, hier, en lisant des articles sur Viveka. Et je pense que ce processus de réflexion, il fait partie du processus de discernement et, in fine, il sert à la notion de lâcher prise. Je vous souhaite une bonne semaine et je vous dis à très bientôt dans un nouvel épisode, peut-être cette fois-ci, du podcast.