Speaker #0Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode des Petites Bulles de l'été 2026 du podcast Au fil du yoga à l'ombre du Bagnan. Vous avez bénéficié d'un épisode un peu spécial relatif à l'histoire du yoga. Mon ambition c'était de réaliser plusieurs mini épisodes sur cette histoire du yoga à travers les Petites Bulles de l'été. Et puis je me suis dit que bah non ! Non, en fait, l'histoire du yoga mérite de véritables épisodes et c'est pour cela que vous devrez attendre la rentrée, c'est-à-dire très bientôt, pour pouvoir écouter la suite, la fabuleuse histoire du yoga. Mais les petites bulles de l'été, ce sont quand même des épisodes où l'on réfléchit. Et j'ai beaucoup réfléchi sur le mot asana. Bien entendu, cette réflexion vient aussi parce que, comme d'habitude, il y a énormément de posts sur Instagram, c'est le seul réseau social que je suis encore, qui portent sur les postures et qui portent aussi beaucoup, en tout cas sur certains posts, sur la lassitude. La lassitude de voir réduire le yoga à un seul terme. Alors effectivement, et ça fait partie de l'histoire du yoga, c'est cette confusion de plus en plus importante réalisée sur les 20 dernières années entre le yoga, entre yoga et asana. Cette confusion est telle que, pour un quidam, le yoga est une succession de postures. Et ce n'est que cela. Et très souvent, quand je discute avec des gens et que... Je leur dis ce qu'est le yoga. Ils sont très étonnés. Et ils sont très étonnés parce qu'ils ne savent pas que le yoga est une voie de libération. Première chose. Que le but du yoga, cette libération, elle se fait à travers la méditation. Je ne parlerai même pas de Purusha et Prakriti. Et si vous ne savez pas encore ce que c'est, attendez les prochains épisodes. Après la rentrée, vous comprendrez mieux. Et les professeurs n'en parlent pas non plus. Alors cette confusion, on va tout de suite la gommer. Vous vous souvenez que je vous ai expliqué que yoga, une des significations, il y en a beaucoup, même si elle se rapproche, pourrait être libération, oui, ou union entre, par exemple... ce qu'on va appeler Ausha, qui est plus que le mental, et le corps, par exemple. Voir aussi une union avec le divin. Asana vient du sanskrit, de la racine sanskrite as. Et pour être très honnête, quand j'ai regardé un peu sur internet, je trouvais très souvent le terme demeurer, rester. Et je me suis dit, mais Karu... Tu as fait un peu de sanskrit, il me semble que tu as vu la grammaire, la conjugaison du verbe « as » qui était « être » . Eh oui, « as » , une des premières significations, c'est « être » . Et c'est vrai que « demeurer, rester » , c'est une bonne signification aussi. Pourquoi ? Je pense que pour une grande partie des pratiquants, le yoga, c'est… Une respiration, une posture. Vous pourriez me dire, mais même dans cet interstice de la respiration, on est. C'est vrai. Mais c'est vrai pour un pratiquant avancé, pour un pratiquant qui fait tout le temps. Et puis, je voudrais revenir aussi sur le fait que ce n'est pas parce qu'on est en train de faire une posture physique que l'on est. Et ce n'est pas parce qu'on ne fait pas de posture physique que l'on n'est pas. Alors, plusieurs choses. D'abord, sur la durée, la durée de la posture. Donc, très souvent, on synchronise, et notamment dans le vinyasa, on synchronise le mouvement à la respiration, au souffle. Malheureusement, le fait de ne pas rester longtemps dans la posture, ne permet pas en fait d'observer les vrittis dans Ausha. Or, souvenez-vous, Le deuxième yoga sutra de Patanjali dit Yoga Ausha Vritti Nirodhaha. Le yoga, c'est la cessation des fluctuations du Ausha. Alors déjà, nous, Ausha, on le traduit très souvent par mental, mais mental en sanskrit, c'est manas, et Ausha, c'est plus que manas. Ausha, c'est aussi l'intellect, l'esprit. Il faut voir vraiment ce mot Ausha comme quelque chose de très large. Donc si on ne reste pas longtemps dans une posture, très honnêtement, on n'observe pas son Ausha. Alors que si on reste cinq respirations, dans Virabhadrasana de Guérille II, par exemple, eh bien, la posture va commencer à devenir... difficile, la flexion du genou avant, le quadriceps, vos cuisses vont chauffer et peut-être que dans la tête, ça va commencer à partir dans tous les sens. Vritti dans le sens de vrille. Et c'est intéressant de voir justement ce qui se passe là, dans sa tête, à ce moment-là. Quelles émotions naissent, quelles sensations naissent, quelles idées naissent. Qu'est-ce que l'intellect nous dit ? Qu'est-ce que nous sens nous raconte. Rester juste une seconde dans une posture, ce n'est pas suffisant pour se mesurer au vrai-té de Ausha. Donc, il y a à la fois l'idée de rester, de demeurer et en même temps, la possibilité de donner naissance à l'être, à sa véritable nature. Et puis, Asana, Notamment au départ de l'histoire du yoga, on est chez les hommes préhistoriques, asana c'est d'abord une posture assise. Et dans les premiers textes du yoga, vous n'aurez que des positions assises avec des variations sur la façon dont les genoux sont pliés et les pieds sont déposés. Et pourtant maintenant, il existe une infinité de déclinaisons de postures. Alors, la tradition voudra toujours limiter le nombre de postures à quelques-unes. On va dire que le côté yoga moderne, très lié au monde du fitness et du bien-être, et du bien-être notamment physique, va tendre à multiplier la posture. Parce que c'est plus vendeur aussi. Donc l'assise. Et quand on est assis, et bien là aussi, quand on est assis en silence, et donc quand on observe ce qui se passe à l'intérieur, quand le driche, celui qui regarde, driche, est là, il va y avoir d'abord les commentaires, jusqu'à ce qu'une certaine osmose et une symbiose avec l'extérieur se réalisent. créer une espèce de silence, mais un silence surtout intérieur. Ce qui vous permet d'explorer votre véritable nature. Parce que être, c'est connaître sa véritable nature. Et ça, c'est une véritable expérience et qui prend du temps. Maintenant, allons considérer Patanjali, puisque c'est Patanjali qui est le plus connu dans L'histoire du yoga, en tout cas dans les studios, Patanjani va mettre plus d'une centaine de sutras pour expliquer ce qu'est asana. Il faudra arriver au deuxième padal, on va dire le deuxième chapitre des yoga sutras. Et notamment, je pense à trois sutras particuliers. Le Sutra 246, 247 et 248. Et comme j'ai décidé, et vous le savez, de revenir à la source au sanscrit, voici le Sutra en sanscrit suivi de sa traduction. Le 246, que vous connaissez beaucoup. Stira Sukham Asanam. La posture doit être ferme et plaisante. En réduisant la tendance naturelle à l'agitation et en méditant sur l'illimité, la posture devient ferme et agréable. Prayatna, c'est l'effort. Chaitilya, c'est la détente. Ananta Samapati Byam, par la méditation sur l'infini. Et le 2.48, Tato Dvandva. nabigataha siège conquis les dualités n'obstruent pas tatha, alors dvandva nabigataha les dualités n'obstruent pas dvandva, les dualités dva, deux. Qu'est-ce que ça signifie ? Le Sutra 246 nous enseigne que la posture n'est pas un exercice de performance, d'agilité, de torture. Si le corps souffre ou s'agite, l'esprit ne peut pas se concentrer. Pour le 247, par le relâchement de l'effort et la méditation sur l'infini. Ici, Patanjali donne deux clés indispensables pour réaliser l'asana. Il faut abandonner la tension et l'effort volontaire. Le corps doit tenir sans force brute. L'esprit doit se fondre dans le sans fin ou si vous voulez l'infini, souvent représenté par le serpent Ananta. Au lieu de penser aux douleurs du corps, l'attention s'élargit et s'apaise. Et quel est le résultat ? C'est le 2,48. Dès lors, on n'est plus attaqué par les dualités lorsque la posture est maîtrisée selon les deux critères précédents. Alors on atteint un état où les paires d'opposés ne s'affrontent plus. Il n'y a plus ni chaud ni froid, ni plaisir ni douleur, ni succès ou échec. Et puis je voudrais le mettre en relation, alors cette fois-ci même s'il n'y a pas de lien direct, avec deux sutras qui se trouvent dans le premier pada, celui sur le samadhi. Pourquoi ? Parce qu'en fait ils peuvent également s'appliquer à asana. Il s'agit du sutra 1.13 et du sutra 1.14. Entre la pratique et le non-attachement, l'effort vers le calme et l'équilibre de Ausha s'appelle la pratique. Cette pratique pourtant s'installe fermement, uniquement, poursuivie et maintenue avec l'observance absidue et complète pendant longtemps, sans interruption et avec dévotion. Et c'est là où c'est intéressant parce que On s'aperçoit que être, demeurer, as, devient la racine même aussi de la sadhana, d'être dans son effort à soi. Et on arrive à ce moment-là à un état de calme et de stabilité. Donc vous comprendrez à travers cette petite lecture des Yoga Sutras et l'explication du terme asana avec sa racine sanscrite qu'on est très loin de ce que l'on nous présente à la fois sur les réseaux sociaux et puis à travers les cours. Alors il est impossible de révolutionner. Le cours tel qu'il existe, le format d'une heure ou de 45 minutes même, ne suffit pas à aller en direction de l'essence même de ce qu'est le yoga. Cependant, je trouve important de toujours rappeler ce qu'est le yoga. Ce n'est pas de la gymnastique. Pour ça, vous avez la gymnastique. Ce n'est pas de... des exercices de kinésithérapie. Pour ça, vous avez les séances chez le kiné. Il s'agit d'une présence à soi. Cette présence à soi, elle peut prendre du temps. Il faut une régularité dans la posture, rester longtemps dans la posture, mais également une régularité dans, cette fois-ci, le temps. le temps tel qui s'écoule, pour installer son corps progressivement dans ces postures qui doivent nous permettre d'aller au-delà des chittavritti, de telle façon à ce que cela s'apaise. Beaucoup, et par exemple l'ashtanga yoga, considèrent le flux de postures Merci. comme une méditation en mouvement. Et cela peut l'être. En Ashtanga Yoga, vous restez 5 respirations. En Forest Yoga, on reste entre 5 et 10 respirations dans une posture. Et des pensées, vous pouvez en avoir un paquet qui viennent. Et c'est pour ça aussi qu'on peut se poser la question de la présence de musique au cours... d'un cours. Je ne vais pas vous dire que je n'utilise jamais la musique quand moi je mets mes pieds sur mon tapis, c'est faux. J'aime bien mettre de la musique, mais je sais pourquoi je mets la musique. La musique n'est pas là pour suivre un flot. La musique pourrait être utilisée comme un support vous permettant d'apaiser Vriti. Cependant, pour cela... il faut d'abord se rendre compte qu'on a des vrittis, les analyser et utiliser consciemment la musique pour poser chita. Or, c'est là où j'ai un peu plus de doute sur cette assertion. La musique n'est pas là pour plaire au mental, qui n'est, je le rappelle, qu'un petit morceau de chita. La musique n'est pas non plus une prière, parce qu'il faudrait que la personne qui pratique... Pour ça aussi, le terme pratique est compliqué quand on l'utilise. Il y a beaucoup de termes peut-être qu'on utilise et qu'on ne devrait pas utiliser. Mais la pratique physique de yoga, en dehors même du pranayama, peut-être devrait-elle... exclure l'utilisation de la musique en tant qu'accompagnement, afin de se confronter réellement, vous l'avez compris, à ce qui se passe dans notre Ausha, à comprendre ce qu'est le Ausha chez nous, à comprendre ce qui est le me, quels sont les stimuli, par exemple, extérieurs qui comptent, et puis aussi les empreintes du passé, les mémoires, ou ce qui, par exemple, la musique peut déclencher, la survenance. d'une mémoire, d'une empreinte, un samskara. Asana, c'est être. Et donc, vous n'êtes pas obligé non plus de faire des postures tous les jours, contrairement à ce qu'on vous dit. Une sadhana, c'est apprendre d'abord qui l'on est. à comprendre comment on fonctionne, à décortiquer son Ausha, à comprendre l'interrelation entre Prakriti et Purusha en soi, comprendre les interactions qui sont autour de nous, qui sont en nous, et les interactions qu'on a avec notre environnement, plus ou moins lointain, avec les personnes, et ce, dans un seul but, évoluer vers... une libération, la libération de la souffrance. Mais pour savoir ce qu'est une souffrance chez nous, il faut aussi l'étudier, donc s'en rendre compte. Et pour finir, être, ce n'est pas forcément quelque chose de très agréable. Encore une fois, une sadhana en yoga peut être compliquée. Un professeur de yoga connaît des hauts et des bas comme tout le monde. La seule peut-être différence, C'est qu'on a des périodes d'abattement où on ne se rend compte de rien du tout, où on est pris dans un tourbillon, bien sûr. Sinon, on serait des êtres réveillés. Par contre, à un moment donné, plus ou moins rapide, il va y avoir cette distanciation. C'est-à-dire qu'on va être capable d'observer ce qui se passe en soi, de l'analyser pour en extraire les éléments qui ne nous sont pas utiles. C'est à ça que yoga nous sert. Tout ce chemin pour arriver à l'état de yoga. Donc, il y a le processus yoga et il y a... La destination finale qui est yoga. Et l'asana, posture, et l'asana en tant qu'être, est extrêmement important dans ces cas-là. Voilà, j'espère que cette réflexion autour de asana vous permettra peut-être de vous conduire sur des... Des raisonnements qui vous concernent, peut-être de réenvisager votre pratique d'asanas, posture, et de voir différemment quand vous êtes en train de faire une posture. Qu'est-ce qui se passe ? Comment vous vous observez ? C'est quoi mon Ausha ? Ces éléments-là qui vont vous permettre de progresser sur la voie du yoga. Une dernière chose, on oppose souvent yoga tradition et yoga moderne. C'est vrai qu'une des questions, c'est est-ce que finalement l'évolution du yoga n'est pas de devenir que des postures ? Eh bien, j'en avais relativement tranché. Bien sûr que l'on évolue dans la posture, dans les connaissances, dans l'analyse aussi de ce qu'est Ausha, de sa personnalité, etc. D'abord parce que les sciences ont elles-mêmes évolué et nous permettent de mieux appréhender. En sociologie, en psychologie, en anatomie, ce que nous sommes. L'histoire également. Mais cela n'empêche que si les méthodes évoluent, yoga est toujours yoga. Après, ça ne s'appelle plus yoga. C'est autre chose. C'est juste reconnaître, rendre. On dit rendre à César ce qui appartient à César. Eh bien, rendre au yoga ce qui appartient au yoga. L'évolution, oui, mais pourquoi tout le temps évoluer si au bout c'est en changer complètement la nature ? Et je pense qu'on a changé la nature de yoga à travers le terme asana et la confusion entretenue. Réelle ou pas, elle est certaine. Volontaire ou pas, je n'en sais rien. Je ne pense pas, mais on a peut-être trop. trop laisser aller le terme yoga vers une définition qui n'est plus la sienne. Merci de m'avoir écouté et à très bientôt sur le podcast.