- Speaker #0
Ce podcast vous est proposé par l'Institut des Hautes Études de l'Éducation et de la Formation.
- Speaker #1
Mesdames et Messieurs, bonjour, j'ai plaisir à vous retrouver aujourd'hui dans le studio de l'IH2F pour un nouveau numéro de votre émission Periscope, un numéro hors série consacré aujourd'hui à la démarche collège en progrès. Comment accompagner les collèges sans stigmatiser ni complexifier encore l'action des équipes et en donnant des marges d'action aux acteurs. acteurs locaux. C'est tout l'enjeu du plan Collège en progrès, au cœur de cette émission spéciale d'Opérescope enregistrée dans les locaux de l'IH2EF, à l'occasion de la visite de M. le ministre de l'Éducation nationale dans la Vienne. L'idée n'est pas d'ajouter une réforme descendante de plus, ni de plaquer un dispositif technique sur des réalités complexes. L'ambition est toute autre, comprendre les besoins réels des établissements, structurer l'accompagnement, outiller les acteurs et surtout permettre une amélioration progressive au plus près du terrain. De quoi parle-t-on exactement ? Quelle est la philosophie du plan. Comment s'incarnent-ils dans les académies et dans les collèges concernés ? Et comment lever dès aujourd'hui les appréhensions de celles et ceux qui pourraient être dans la démarche demain ? C'est ce que nous allons voir dans l'heure à venir pour cette émission spéciale. Avec nos quatre intervenants du jour, à commencer par vous, monsieur le ministre de l'Éducation nationale. Merci d'être avec nous. Merci à vous. Bonjour. A votre gauche, Vincent Aubert, vous êtes sous-directeur des carrières des personnels d'encadrement à la direction de l'encadrement. Oui, exact. Merci d'être avec nous également. En face de vous, Catherine Albaric d'Alpeche, vous êtes sous-directrice des écoles, des collèges et des lycées généraux et technologiques à la DGESCO. Merci d'être avec nous. Oui,
- Speaker #2
bonjour, merci.
- Speaker #1
Et enfin, un habitué de l'émission, Benjamin Moinière, vous êtes inspecteur général de l'éducation, du sport et de la recherche. Merci d'être avec nous également. Merci à vous. Bien, je vais commencer avec vous, monsieur le ministre, peut-être pour parler d'abord de la genèse, de la philosophie de ce projet. Le point de départ, quel constat vous a conduit à porter le dispositif Collège en Progrès ? Qu'est-ce qui vous a semblé devoir évoluer dans la manière dont l'institution accompagne certains collèges ?
- Speaker #3
Alors, le constat, c'est que, comme vous le savez, on a à peu près aujourd'hui 15% des collèges dans lesquels plus de 40% des élèves, globalement, ont moins de 8 sur 20 en français en mathématiques à l'épreuve terminale du brevet. Donc ça veut dire que ce sont des élèves qui sont, enfin, une grosse partie des élèves en grande difficulté scolaire. Et c'est pas le fait de telle ou telle équipe pédagogique, c'est important de le dire, c'est qu'il y a un ensemble de facteurs qui ne sont pas que sociologiques, c'est important de le dire aussi. mais qui aboutit à cette situation. Et cette situation, par rapport à ce que notre promesse, qui est d'emmener chaque année au bout de ses potentialités, elle n'est pas satisfaisante. A partir de là, vous avez deux possibilités. Soit vous essayez de plaquer une solution toute faite, donc une recette, un dispositif, une organisation, etc. Ce qui n'est pas ma façon de voir les choses. Soit alors, ce qui est ma conviction profonde, vous vous dites que, dans le fond, chaque situation est unique, qu'il faut l'appréhender, ce que j'appelle, à 360 degrés. la dimension sociale, la dimension scolaire, la dimension des pratiques pédagogiques, la dimension de l'organisation, la dimension du pilotage de l'établissement, etc. Et vous laissez chaque équipe s'emparer véritablement de son diagnostic, de quoi a-t-on besoin chez nous pour changer la donne, et pour finalement inverser le cours des choses. C'est vraiment ça la philosophie, et avec un principe pour moi de base que je voudrais partager avec tous nos éditeurs, c'est que... Comment vous dire ça... Je ne supporte pas l'idée de la fatalité. Il n'y a pas de fatalité. Un élève, il peut toujours progresser. On a tous été témoins, on a tous participé d'une manière ou d'une autre à un changement de trajectoire dans notre vie. De jeunes dont on se disait que si on tirait le trait, ils iraient ici ou ils iraient là. Et puis en fait, on a changé leur trajectoire. Donc vraiment, il y a une forme d'exigence aussi, de la joie derrière tout ça. On est en mesure de changer la trajectoire de ces jeunes. Et on sait le faire parce qu'on a un système qui s'appelle l'éducation nationale. Peuplés de mères de femmes qui sont engagées, qui sont motivées, qui connaissent leur métier, mais qui ont besoin qu'on les ressente sur leur cœur de métier pour changer la trajectoire de leur établissement et des jeunes dont ils ont la charge. Voilà, c'est ça ma conviction.
- Speaker #1
Alors les acteurs de terrain disposent déjà de différents leviers d'appui, d'évaluation, d'accompagnement. En quoi Collège en Progrès aujourd'hui se distingue des moyens habituels que disposent ces établissements ?
- Speaker #3
Alors on a un certain nombre de... Vous avez raison, il y a un certain nombre de leviers aujourd'hui. Il y a plusieurs choses. D'abord, aujourd'hui, on a pas mal d'éléments d'évaluation. Les évaluations nationales, les évaluations internationales, les évaluations d'établissement, etc. Ça c'est une réalité. La question c'est comment est-ce qu'on convertit ça en force motrice ? C'est-à-dire qu'on est bardé de capteurs, mais par tous les capteurs du monde, si on n'en fait rien, on va pas très loin. Et donc, la première chose c'est comment est-ce qu'on travaille pour que l'ensemble de l'équipe pédagogique, et même éducative d'ailleurs, ça va au-delà du pédagogique, s'empare des résultats et se dise, voilà, nos élèves ils sont rentrés avec telle ou telle qualité ou telle ou telle difficulté, comment est-ce qu'ils sortent ? Première chose. Et donc il y a un travail à faire un peu spécifique là-dessus. La deuxième chose, c'est qu'en termes de formation, et vous le savez, la tentation institutionnelle normale, là aussi ce n'est pas une question de telle ou telle personne, la tentation institutionnelle normale dans un ministère comme le nôtre, c'est quand même d'être descendant. On propose des thèmes, on pose des formations, etc. Et ici, ma conviction est exactement inverse. C'est-à-dire qu'il faut que les équipes locales puissent faire valoir des besoins de formation spécifiques par rapport à l'environnement. Et puis la troisième chose, c'est que... Moi je souhaite qu'il y ait des équipes, enfin c'est pas que je souhaite, c'est qu'on est en train de mettre en place partout des équipes d'accompagnement dédié. et qui croisent les regards. Vous voyez là dans le séminaire dont on sort, en sortant j'ai vu des IEN, des IAIPR, des personnes de direction, des professeurs, des conseils techniques, santé sociale, des infirmières, conseillers techniques, et ils me disent tous, ce qui est vraiment intéressant, c'est qu'on croise tous les regards. Vous voyez, dans un collège en progrès, se priver du regard de l'IEN pour parler pratique pédagogique et progression des élèves du collège en question, C'est vraiment dommage. Et donc ce qu'on a à faire c'est ça, c'est-à-dire qu'il y a vraiment une équipe d'appui qui n'est pas en surplomb, elle n'est pas là pour imposer un truc, mais qui est vraiment à côté, qui vient appuyer l'équipe pédagogique et apporter finalement une pluralité de regards d'experts que habituellement aucune équipe pédagogique n'a ni dans une école, ni dans un collège, ni dans un lycée.
- Speaker #1
Alors qui est concerné justement par ce déploiement du plan aujourd'hui et selon quelle logique vous avez souhaité cette montée en charge ?
- Speaker #3
Alors donc aujourd'hui on a un peu moins de 800 collèges qui sont concernés. Sur une base à la fois, j'allais dire, de résultats obtenus au brevet et puis d'autres éléments, c'est-à-dire que nous on est parti de cette base-là au niveau national et on ne s'est pas arrêté là. On a transmis ça au rectorat et au DAZEN en disant, regardez si chez vous ça correspond effectivement à des réalités que vous percevez comme étant des réalités scolaires complexes. Donc elle a été aménagée cette liste par les acteurs locaux, mais donc aujourd'hui c'est une liste de 800 collèges, c'est-à-dire un peu moins de 800, donc 15% des collèges. Et pour l'instant ça n'a pas vocation à être plus, il faut déjà se concentrer là-dessus. Et après, il faut donner du temps. C'est-à-dire, il faut d'abord donner du temps pour la mise en place, c'est pour ça que j'ai annoncé ça dès le mois d'octobre-novembre, en disant c'est pour la rentrée prochaine. Il faut donner du temps pour travailler les choses, d'où le fait qu'il y a deux journées banalisées. Et il faut aussi se donner du temps pour les résultats. Il faut admettre que c'est long. Ça va prendre trois ou quatre ans avant qu'on ait une inversion des courbes, des résultats au dipotencelle gourvée. C'est normal, c'est pas grave, mais par contre, chaque fois qu'on va inverser cette courbe... Tout le monde pourra être entre guillemets fier du travail collectif qui aura été réalisé.
- Speaker #1
Donc ça veut dire qu'il y a un enjeu d'acceptation et de patience un petit peu ?
- Speaker #3
Alors, surtout d'acceptation de la patience. Parce qu'on est dans un univers dans lequel on attend tout tout de suite. Donc moi, vous savez, la première fois que j'en ai parlé, il y en a qui m'ont dit, avec un peu de chance, on pourrait faire un truc pour le brevet 2025, ça pourrait déjà... J'ai dit non, Enfin, s'il y a des résultats, bien sûr, tant mieux. Mais il ne faut pas chercher les résultats immédiats et éphémères. Il faut chercher une construction qui collectivement nous donne les moyens de... de faire mieux pour nos élèves. Et donc, il ne faut pas se mettre une pression phénoménale, il ne faut pas courir comme un dératé. Il faut construire positivement, calmement, analyser, adapter, accepter que les réponses ne sont pas les mêmes partout. C'est normal. Et surtout, faire confiance aux gens, nos professeurs, nos inspecteurs, etc. Chacun connaît son métier dans ce ministère. Par contre, il faut les mettre en situation d'avoir une pratique professionnelle féconde.
- Speaker #1
Alors, il y a un sujet qu'on va aborder, c'est celui des besoins locaux. C'est une thématique assez récurrente ici sur beaucoup de sujets abordés dans cette émission. Quelle place vous donnez justement à l'analyse de ces besoins locaux et surtout, comment on fait en sorte de ne pas avoir une réponse standardisée ?
- Speaker #3
Les deux questions sont liées en fait. Pour moi, c'est une question de démarche. C'est-à-dire, soit alors vous considérez que, moi par exemple, vous voyez, depuis la rue de Grenelle, je considère que je suis sachant et je dis, oh bah là-bas, ceux-là, leurs besoins locaux, c'est ceci ou c'est cela. Si vous me permettez l'expression, c'est un peu passe-moi le bignou et je vais te montrer comment on joue. Bon, hypothèse 1. Qui peut être tentant de quel que soit le niveau d'ailleurs, parce qu'on a tous un avis sur tel ou tel sujet. Soit alors vous faites exactement l'inverse, c'est-à-dire que vous vous dites à une équipe, voilà, on va vous donner tous les éléments de diagnostic. Et il faut avoir évidemment derrière le, j'allais dire un peu le courage, parce que c'est pas évident, il faut prendre du temps, le courage de s'en emparer. Mais ensuite, compte tenu de tout ce que vous verrez chez vous, Vous allez lui dire quels sont vos besoins. Et c'est là que le regard de l'équipe d'accompagnement compte aussi. Parce que vous voyez, une infirmière conseillère technique ou un IUN, etc. Il peut dire, attendez, là-dessus, il y a des choses à faire. Vous avez des problèmes, il y a des leviers. Et c'est ça qui est difficile, l'exercice n'est pas évident. Mais c'est-à-dire qu'il faut à la fois donner la main au local et en même temps le mettre en situation d'être accompagné pour précisément ne pas, comment dire, éventuellement rencontrer une difficulté, une impasse ou une ornière. C'est-à-dire que tout seul, on ne peut pas tout. Mais en revanche, il faut que ça parte du local si on veut y arriver. Et après, il faut qu'on réponde en termes de formation, très clairement. C'est-à-dire qu'il faut partir du principe qu'une formation demandée dans ces établissements, elle est mise en œuvre à la sortie. Un accompagnement, il est mis en œuvre. Une résidence croisée, par exemple, une résidence pédagogique, un professeur qui va dans un autre collège, sociologiquement comparable parce qu'il veut voir des pratiques pédagogiques différentes, il doit pouvoir le faire, etc.
- Speaker #1
Alors ça mène justement à mon sujet suivant sur l'accompagnement. Comment, depuis la rue de Grenelle, le ministère accompagne-t-il aujourd'hui concrètement les académies dans la mise en œuvre du plan ?
- Speaker #3
Alors aujourd'hui, un peu moins qu'hier justement, parce qu'on ne peut pas être dans la verticalité. Au début, on a fait plusieurs webinaires de formation, donc à destination des équipes pédagogiques, des chefs d'établissement d'abord, à destination des équipes d'appui académique. Aujourd'hui, la main est vraiment passée au terrain. Donc nous, tout ce qu'on peut faire en termes de partage de bonnes pratiques, de séminaires comme ceux qu'on a organisés là pendant deux jours, c'est-à-dire de rencontres en fait, créer les espaces de rencontres, créer les espaces collectifs, ça c'est un vrai enjeu. créer les conditions de la collégialité à tous les niveaux. Ça, on peut le faire. Mais à partir de maintenant, je considère que sur le fond, vraiment, pédagogique, climat scolaire, etc., notre rôle, c'est de passer la main vraiment au terrain. On a lancé les choses. Maintenant, on passe la main au terrain. Et nous, évidemment, on sera en appui à la demande.
- Speaker #1
Alors, justement, c'est quoi la philosophie de la formation des référents collège en progrès ? Qu'est-ce qu'on attend d'eux dans l'accompagnement des établissements demain ?
- Speaker #3
D'abord, un regard croisé. C'est pour moi assez important. Une présence humaine. Notre maison a besoin d'humanité. On est une maison de l'humain, mais finalement, on l'applique beaucoup à nos élèves, et parfois on l'applique un peu moins à l'institution. Un accompagnement humain et un soutien. Une capacité aussi à montrer aux équipes tout ce qu'elles font et tout ce qui marche. Je parlais un peu d'exigence de la joie, mais bon sang, on est l'école, quoi. On est l'école. On a des professeurs qui, tous les jours, changent l'intérim de leurs élèves. Et on finit par l'oublier parce qu'il y a une espèce de climat social, un peu morose. Tout le monde dit « Ah, bah l'école ! » Les profs, non, on a des professeurs. Ils sont verticaux, ils sont compétents, ils connaissent leur métier et ils ont des réussites. Et parfois, c'est bien d'avoir quelqu'un qui est un peu décentré qui vous le dit. Et puis évidemment après ça, c'est une approche plus technique, c'est-à-dire dans la classe, dans l'établissement, etc., pouvoir apporter un accompagnement, un regard, une compétence, et puis des espaces justement de discussion et d'échange pour se dire comment est-ce qu'on fait mieux demain par rapport à aujourd'hui.
- Speaker #1
On découvrira tout à l'heure le témoignage d'une chef d'établissement de l'Académie de Damien. Justement, que diriez-vous à un chef d'établissement qui n'est pas encore concerné, qui pourrait l'être à la rentrée 2026 à la faveur des mouvements de personnel ou l'extension progressive du dispositif ?
- Speaker #3
Moi, j'aurais envie de le dire, mais c'est vrai pour d'autres chefs d'établissement. Il n'y a rien de plus merveilleux que de prendre la tête d'un établissement qui est inscrit dans une dynamique collective, d'avoir la responsabilité de cette dynamique. d'impulsion. Et que la plus belle des récompenses, c'est quand un an, deux ans, trois ans plus tard, quand vous réunissez votre équipe, vos collègues vous disent on a changé la donne. Donc ça vaut vraiment la peine d'y aller.
- Speaker #1
Merci beaucoup, M. le ministre, pour vos réponses à nos questions. On va passer maintenant à notre regard d'analyse avec vous, Benjamin Moinière, Vincent Aubert, et vous également, Catherine Albaric-Delpech. Une première question, justement, sur le... qui est concerné par ce dispositif. Avec vous, Benjamin Moignard, comment on identifie les collèges concernés par la démarche et sur quels critères repose l'entrée dans le collège en progrès ?
- Speaker #4
Alors il y a eu, M. le ministre l'a rappelé, d'abord un enjeu autour du brevet et de la difficulté, des difficultés éprouvées sur le brevet. Il fallait bien trouver une manière d'entrer sur la qualification et la désignation de ces établissements. Je crois peut-être que la singularité, c'est l'articulation entre à la fois... une mobilisation de l'ADEP pour identifier ces établissements au regard de ces résultats, et puis un ajustement au plus près des territoires avec les recteurs, les rectrices qui ont été très impliquées, pour permettre que ça colle à la vérité des territoires, et d'avoir au final 756 collèges qui sont désignés, engagés et impliqués dans la démarche. Donc il y a vraiment cette articulation à la fois de quelque chose qui est partagé nationalement et puis... l'ajustement et au-delà de l'ajustement, la mobilisation du local.
- Speaker #1
Alors il y a une vigilance forte qu'il va falloir avoir, c'est éviter la stigmatisation. Dès lors qu'on cible certains établissements, cette question peut surgir. Comment on évite qu'un collège qui entre dans le dispositif ait le sentiment d'être désigné, d'être classé ou d'être affaibli symboliquement ?
- Speaker #4
Oui, vous avez raison, ça pouvait être un risque, mais ce qu'on constate en allant rencontrer les chefs d'établissement, les équipes, c'est que ce n'est pas le cas. Ce n'est pas le cas parce qu'il y a une mobilisation collective. Et ce n'est pas une désignation, ce n'est pas dire il y a un problème là. Ce qu'il n'y aurait pas ailleurs, c'est plutôt s'interroger sur comment collectivement est-ce qu'on trouve les ressources pour essayer d'agir. C'est très différent. C'est-à-dire, ce n'est pas débrouillez-vous comment ça se fait que vous en êtes là, c'est comment ça se fait que collectivement on n'arrive pas à faire mieux et comment on s'outille collectivement pour faire mieux. Je crois que c'est très différent. Moi, je vous le livre aussi de manière très différente. Très spontanée sur cet aspect-là. C'était une inquiétude et elle est vraiment dépassée. Elle est dépassée dans beaucoup d'établissements qui constatent l'attention qui leur est portée. Et cette attention-là, dans notre maison, elle est extrêmement importante et elle n'est pas juste incarnée de manière ponctuelle. C'est quelque chose qui s'inscrit dans le temps long. C'est des initiatives qui sont aussi visibles. C'est des webinaires, c'est des mobilisations dans les académies. La chose démarre. Mais ce sujet-là a été très vite dépassé du fait de la mobilisation collective qui a inspiré la démarche.
- Speaker #1
Alors on va s'intéresser aux leviers activés pour ce dispositif, à commencer par les leviers pédagogiques. Quels sont ces fameux leviers pédagogiques que le plan permet de mobiliser en priorité aujourd'hui ? Et sur quoi agit-on concrètement pour demain les résultats progrès ?
- Speaker #4
Alors ça, c'est difficile d'y répondre parce que si j'y répondais, ça voudrait dire que j'ai la réponse et qu'elle vient de tout en haut et elle redescend. Et ce serait complètement antinomique avec la démarche qui est celle de Collège en Progrès. Je crois... plutôt que la singularité de la démarche, c'est de dire comment les équipes vont d'abord définir et prendre le temps de définir. C'est assez rare quand même les démarches qui commencent en cours d'année pour préparer la rentrée d'après. C'est-à-dire qu'on n'est pas dans une instantanéité de la réponse, mais bien sûr, on a là, entre janvier et juillet, pour se préparer à être très opérationnel en septembre. Ça veut donc dire que les leviers pédagogiques, ils sont... On travaille beaucoup sur des questions de littératie, de numératie dans les webinaires nationaux, dans les mobilisations académiques, sur la dimension 360 aussi avec l'impact du climat scolaire, la mobilisation des services médico-sociaux qui rentrent aussi dans cette boucle-là. Je pense que vraiment une des caractéristiques fortes autour de la démarche Collège en Progrès, c'est la question de la mobilisation collective. Et donc la pédagogie devient un sujet collectif et l'affaire de tous. Ça, c'est peut-être quelque chose qui est très important et qui explique aussi le retour positif des équipes sur l'idée qu'ils ne sont pas seuls face à la difficulté de faire, parce que c'est dur d'exercer ce métier, de faire progresser les élèves, mais c'est tout à fait possible et la preuve, ils sont mobilisés.
- Speaker #1
Merci Benjamin Monnier. Alors au-delà de la pédagogie, Vincent Aubert, quel levier organisationnel, managériaux ou de gouvernance ? sont activés dans ces collèges qui sont concernés ?
- Speaker #5
Alors je crois qu'il faut être vigilant avec la notion d'organisationnel. On pense aux objectifs, on est constant sur la question des progrès des élèves et la gouvernance est au cœur de l'affaire. L'organisationnel il est au fond au service d'une gouvernance qui vise à faire du collectif et à être efficace. Ça je pense que c'est véritablement ce qu'il faut entendre. Il faut aller chercher dans les outils qui existent dans nos établissements, que les chers établissements maîtrisent bien. qui sont quelquefois leurs instances ou des modes de réunion qu'ils ont installés pour faire vivre ce collectif. Et je pense que quelques points sont à retenir. Il faut associer, pour faire collectif et faire adhérer nos équipes, les valeurs qui sont celles de nos équipes, avec le souci de la réussite de nos élèves. Si on associe ces deux points, on aura réussi et on réussira à faire du collectif. Nos chefs d'établissement ont l'habitude d'avoir une vision 360, C'est-à-dire... Un chef d'établissement, ça se caractérise par un regard circulaire quasi permanent dans la journée. Ce regard 360 doit être mis au service de la réussite de nos élèves, au service des apprentissages, sans pour autant décentrer le pilotage de l'établissement de la question de la performance des élèves. Nos chefs d'établissement sont légitimes dans l'approche pédagogique. On est habitué à reconnaître cette légitimité assez aisément dans le champ éducatif, y compris dans la... gestion des indicateurs dans le champ éducatif. Dans le champ pédagogique, ils ont aussi toute leur légitimité, mais c'est une légitimité qui se construit avec les équipes, avec un regard apaisé, avec un regard bienveillant sur le travail qui est conduit, tout en gardant la constance de l'effort qui doit conduire à la réussite de nos élèves. Je pense que c'est vraiment une question de gouvernance. Les questions d'organisation viennent dans la foulée. Elles sont au service de ce progrès qui est attendu. Enfin, sur la question de la mesure, des indicateurs, qui sont un sujet important pour construire les analyses, pour pouvoir surtout permettre la mesure des progrès. Ce qui conduit à la mesure des progrès permet de réassurer les équipes éducatives, permet de légitimer par la réussite le pilotage dans l'établissement. Je pense que c'est une dimension auxquelles on doit être particulièrement attentif. On évoque souvent les modalités organisationnelles qui sont liées au projet d'établissement, mais le projet d'établissement, c'est la transposition claire, simple, avec des intentions pédagogiques partagées de la politique de l'établissement. Et la simplicité doit être la règle. L'organisation est au service de l'efficacité. Voilà ce que je voudrais dire pour aussi rassurer... Nous, chez l'établissement, on ne demande pas forcément des choses complexes. On est autant dans la posture, dans l'attention, dans la vigilance, dans la constance que dans l'organisation pure. Monsieur le ministre, vous l'avez dit à nombreuses reprises, ne laissons pas le processus emboliser et embarquer la dynamique. Peut-être que c'est une des recommandations que l'on pourrait faire quand on évoque l'organisationnel et la gouvernance.
- Speaker #1
Merci Vincent Robert. Alors M. le ministre, on en a parlé tout à l'heure, on a évoqué le sujet de l'existant. Comment, Benjamin Moignet, on peut structurer justement cette démarche en l'articulant avec les dispositifs déjà en place dans les établissements et dans les académies pour éviter l'empilement et privilégier la cohérence ?
- Speaker #4
Je crois qu'il y a déjà une des singularités, c'est que c'est une démarche, ce n'est pas un dispositif. Donc ça veut dire que très concrètement, on ne le situe pas dans la même logique que d'autres types d'accompagnement. Qu'il y a eu aussi dans le choix des établissements qu'on évoquait tout à l'heure, des enjeux stratégiques et parfois tel établissement qui était dans ce dispositif, finalement il va venir dans Collège en Progrès parce que sinon ça faisait doublon. Donc l'enjeu c'est de trouver au fur et à mesure que l'on avance aussi des cohérences, des mobilisations partagées. Mais je pense qu'il y a peut-être un sujet qui est important et qu'on voit déjà poindre, c'est comment ces établissements peuvent devenir aussi des espaces d'expérimentation pédagogique, de mobilisation partagée. Moi je suis assez frappé dans les déplacements qu'on fait en académie par des chefs d'établissement qui viennent nous voir pour rentrer dans la démarche Collège en Progrès et qui s'interrogent sur la manière avec laquelle ils pourraient y être associés. La dimension 360 et le fait que cet enjeu pédagogique ne soit plus l'affaire de quelques spécialistes mais une affaire qui est posée au cœur. et qui devient un sujet partagé, ça c'est peut-être le marqueur de la démarche qui le différencie de notre dispositif et qui fait qu'on peut essayer d'avancer vers quelque chose de clair sur ce qu'il est et ce qu'il n'est pas.
- Speaker #1
Monsieur le ministre, tout à l'heure vous avez également souligné l'importance du temps long de se projeter sur plusieurs années. On va en parler avec vous, Catherine Albaric d'Elpech. Quelles sont justement les ambitions initiées sur les années scolaires en cours et surtout sur celles à venir ?
- Speaker #2
Ce matin au séminaire, j'ai vu... Un collège corse de 106 élèves et j'ai vu un collège d'éducation prioritaire renforcé de 650 élèves. Entre les deux, il y a toute la diversité de collèges en progrès, de ces 756 collèges. Vous l'avez dit, Monsieur le Ministre, il n'y a pas de recette miracle. Nous n'avons pas l'intention d'imposer les choses. Par contre, nous avons à nous interroger sur les meilleurs moyens de les accompagner, notamment à la DGESCO Parce que finalement c'est une gageure pour nous aussi d'être sans prescription, sans injonction, mais à leur service. Au service des équipes ressources qui vont agir au plus près des chefs d'établissement et au service des chefs d'établissement sans peser. mais en soutenant. Et cette ambition-là, nous la portons surtout sur cette rentrée et sur l'année 26-27, parce que, M. le ministre l'a dit, il y a cette nécessité de trouver le bon rythme pour qu'il n'y ait pas ni essoufflement, cette ambition très très très forte au début que portent toutes les délégations que nous avons croisées dans ce séminaire aujourd'hui avec beaucoup d'enthousiasme. mais qu'il faut accompagner sur la durée. Et surtout, la légitimité pédagogique des chefs d'établissement, qui n'est pas une donnée admise par tous. Parce qu'il y a cette solitude du professeur qui considère et qui peut considérer que sa liberté pédagogique peut être atteinte par un dispositif, par cette démarche. Or, il n'y aura pas de progrès sans collectivisme. et on le voit partout dans Collège en Progrès comme ailleurs. Il n'y a pas de progrès sans ce collectif. Mais ce collectif, il prend du temps. On va essayer. avec toutes les forces dont nous disposons, notamment à la DGESCO, de donner toutes les ressources possibles et d'ajuster constamment pour que les équipes trouvent en académie, en département, en établissement, ce qu'on a de meilleur à leur offrir. Il y a bien sûr dans cette démarche une gageure pour nous aussi, ministère, parce que nous devons, nous aussi, être à la hauteur de l'ambition que vous avez. Et c'est vraiment dans cet esprit-là que nous travaillons. Et d'ailleurs, le collectif, c'est aussi le collectif qui a construit toute la démarche, avec l'inspection générale, la direction d'encadrement. le liage de The F bien sûr, et puis l'ADEP et le C2E, il a fallu que nous... posions tout cela pour être en capacité de poursuivre cette ambition. L'année prochaine, nous sommes dans une démarche d'extrême acuité aux demandes qui nous seront faites. Nous avons beaucoup de ressources, parfois trop, et il va falloir que nous ajustions la manière dont nous avons travaillé avec ces collèges. ce qui est sûr, c'est que nous recevons énormément d'énergie aussi de la part des chefs d'établissement. Parce que quand on est chef d'établissement d'un collège de Corse ou de Vienne, on est aussi heureux d'avoir l'attention du ministère, cette attention qui est portée sur des besoins qui sont vraiment identifiés, qui ne sont pas... Pour le coup, dans cette démarche verticale qu'on peut parfois nous reprocher, il y a vraiment un changement de paradigme. Et c'est dans ce changement de paradigme qu'on va inscrire la rentrée 2027. En tout cas, on va essayer.
- Speaker #1
Merci Madame Albaric-Delpech, merci beaucoup. Une dernière question, peut-être à deux voix, Benjamin Moignard, Vincent Aubert, sur les effets attendus. Quels effets attendez-vous à court, moyen, long terme, aussi bien sur les apprentissages des élèves que sur les pratiques professionnelles ?
- Speaker #4
Les effets attendus,
- Speaker #5
plutôt avec le regard du pilotage et de l'accompagnement des chefs d'établissement et des corps d'inspection. L'effet attendu, c'est peut-être aussi une plus grande facilité pour nos chefs d'établissement. à solliciter les corps d'inspection ou les expertises en appui. Parce qu'on en a une préoccupation, qui est l'association des efforts des corps d'inspection et du corps de direction en territoire. C'est une préoccupation que nous essayons de porter. pour que chacun puisse donner le meilleur de lui-même dans le cadre de ses compétences et métiers. Donc peut-être un regard plus affûté dans la relation qui peut se nouer, en particulier dans l'accompagnement pédagogique des établissements et sur des intentions pédagogiques partagées construites dans l'établissement. Je pense que ça peut être un premier point d'observation pour Collège en Progrès. Deuxième point d'observation, c'est peut-être effectivement une meilleure légitimation et peut-être une plus grande capacité capacité d'oser dans le champ pédagogique pour un certain nombre de nos chers établissements, qui doivent le faire bien sûr avec l'attention, toute la mesure et la précaution qui est attendue, mais qui doivent le faire de façon constante, volontaire, avec effectivement la question de la réussite de nos élèves au bout, qui devraient faire consensus.
- Speaker #1
Jean-Marie, peut-être un complément ?
- Speaker #4
Peut-être un complément sur le fait que la préoccupation de la démarche est d'aller aussi dans le détail. du bout de la classe, si je le dis comme ça un peu vite, c'est-à-dire quels sont aussi et quelles sont les modalités de mobilisation collective autour du progrès des élèves. Et le bout du bout c'est bien celui-ci et ça veut dire qu'il faut rompre le sentiment que peuvent éprouver certains enseignants d'isolement, de solitude, les chefs aussi parfois nous rapportent ça. On est pourtant tellement nombreux et tellement mobilisés qu'il s'agit d'avoir d'avoir des mobilisations collectives qui soient plus lisibles. C'est sans doute un des aspects forts de la démarche. Donc c'est comment ça bénéficie aux élèves et on sort d'une espèce de culpabilité de ne pas faire suffisamment bien, de ne pas faire exactement comme il faudrait, de ne pas être dans le bon timing, de dire comment on se mobilise tous ensemble à plusieurs échelles, avec une cohérence, avec aussi des pairs avec lesquels on peut échanger. Je crois que le séminaire IH2EF là-dessus est assez fondateur pour la démarche, avec des collègues qui... qui discutent, qui échangent, qui se rendent compte qu'il y a des proximités, qu'il y a certaines différences aussi d'une académie ou d'un établissement à l'autre, mais en tout cas qui tissent ensemble. Et ça, c'est quelque chose qui est vraiment extrêmement important pour ne pas perdre le... le bout du fil, à savoir le progrès des élèves,
- Speaker #1
Merci beaucoup Benjamin Moignard, merci à vous quatre en tout cas pour vos réponses. Je vous propose de découvrir le témoignage d'une chef d'établissement, justement il s'agit de Stéphanie Bence, elle est chef d'établissement du collège Rosa Parks, classée Rep+, dans l'académie d'Amiens. On l'écoute, la séquence a été enregistrée un peu plus tôt.
- Speaker #0
Bien Stéphanie Bance, bonjour, merci d'être avec nous au plateau.
- Speaker #1
Bonjour monsieur.
- Speaker #0
Alors vous êtes chef d'établissement du collège Rosa Parks, classé REL Plus dans l'académie d'Amiens.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
L'objectif de notre séquence va être de rendre tangible un peu la démarche qu'on vient de voir à travers votre expérience de chef d'établissement, montrer ce que ça change concrètement. concrètement au quotidien, dans la mobilisation des équipes et dans le rapport à l'accompagnement. Alors une première question justement sur cette démarche qui change au quotidien. Concrètement, qu'est-ce que ça change pour vous dans votre établissement et dans votre manière de lire les besoins de l'établissement, de prioriser et de piloter ?
- Speaker #1
Alors je dirais que ça ne bouleverse pas mon quotidien, ça ne bouleverse pas ma journée. Ça ne me demande pas plus de temps en soi. C'est dans la continuité des missions classiques d'un chef d'établissement, je dirais au contraire que ça légitimise mon pilotage, ça me facilite les choses puisque cette démarche collège en progrès elle nécessite de formaliser les choses à un moment donné de donner une feuille de route, mais une feuille de route simple c'est vraiment la philosophie de cette démarche donc quelque part ça m'aide ça me donne un appui supplémentaire pour embarquer mes équipes pour les faire elles-mêmes monter dans le même bateau sans qu'il y ait d'un côté une première classe que serait le chef d'établissement avec son équipe rapprochée, et puis la seconde classe, non, au contraire, chef d'établissement, enseignant, équipe de santé, vie scolaire, parents, parents, j'y tiens, et bien on est tous à égalité dans cette démarche pour permettre de faire réussir tous les élèves. Comme d'habitude, c'est au chef d'établissement de donner le cap, de s'appuyer sur les indicateurs précis qui... concerne son établissement, pour accoster où il le souhaite, en ajoutant, j'ai envie de dire, selon où le vent va nous porter, différentes destinations. C'est vraiment au chef d'établissement de bien anticiper les tempêtes, si j'ai envie de dire, de sentir quand l'orage gronde, pour se dire, on va changer un petit peu l'escale, on va la faire pas tout à fait... au même endroit, donc c'est vraiment ce qu'il faut arriver à sentir et cette démarche, elle nous le permet. Et puis j'ai envie de dire qu'au gré des escales, moi je l'espère, on va réussir à faire monter encore plus de monde sur ce bateau et que dans un avenir plus ou moins proche pour mon établissement, les collectivités territoriales, elles pourraient aussi être investies dans cette démarche.
- Speaker #0
Alors justement, on va parler des premières appréhensions. Lorsqu'un établissement comme le vôtre entre dans une démarche telle que Collège en Progrès, Quelles sont les premières résistances, les premières apprehensions que vous avez pu rencontrer chez vous-même en tant que chef d'examinaison ou dans les équipes ?
- Speaker #1
Alors moi je parlerai pas de résistance. Je pense que... toute personne qui vient de l'éducation nationale, que ce soit les chefs d'établissement, que ce soit les enseignants, je ne connais pas un enseignant de l'éducation nationale qui n'ait pas envie de faire réussir les élèves. Ils se lèvent tous le matin avec cette volonté-là. Ça, je tiens vraiment à le dire. Par contre, effectivement, on peut avoir quelques appréhensions. Une des appréhensions, ça va être la question des moyens. Et puis, l'autre, encore un dispositif de plus. Alors, la question des moyens... Elle est, en tant que chef d'établissement, à expliciter. On a une D.H.G., on a une marge d'autonomie à nous, avec les équipes, de voir où on veut mettre cette marge d'autonomie pour faire réussir les élèves. Voilà, ça c'est la première appréhension, et voilà comment on peut faire que ça n'en soit plus une. La deuxième appréhension, peut-être encore plus marquée, en tout cas chez moi, c'est qu'on va se dire « Ah là là, une idée de plus qui vient de là-haut » . Et combien de temps ça va vraiment durer ? Si ça se trouve, dans six mois, on va nous demander autre chose. Sauf que je pense que si en tant que chef d'établissement, on montre l'intérêt que ça apporte à notre propre établissement, à mon établissement, le Collège Rosa Parks, en fonction de ses spécificités qui sont vraiment particulières, qu'on leur montre que c'est bien tous ensemble, qu'on est vraiment tous à la manœuvre, tous dans le même bateau, je vais le répéter. Qu'on ne va pas faire la même chose que le collège du centre-ville d'à côté, qui n'a pas du tout les mêmes indicateurs, les mêmes spécificités, les mêmes problématiques. Qu'on leur montre bien qu'on va faire notre propre cuisine interne, qu'on va les écouter, parce qu'eux, ils connaissent l'établissement depuis un certain temps, il y a toujours des piliers dans des établissements, qu'on va donc s'appuyer sur eux parce qu'ils connaissent les élèves, parce qu'ils ont des compétences, parce qu'ils ont de l'expérience. Je pense que quand on joue la transparence, Qu'on établit une vraie relation de confiance pour impulser une dynamique, un vrai collectif, quand on y va sans langue de bois. Je tiens à le dire, c'est peut-être un petit peu direct, je pense que vraiment on arrive à fédérer et je le redis, bien que le métier d'enseignant soit éprouvant, j'en connais pas un seul qui refuse de faciliter, d'expérimenter pour faire mieux réussir ses élèves. Parfois ils sont un peu essoufflés, et bien à nous de redonner la dynamique et ça part, et ça repart, et on y va ensemble.
- Speaker #0
Alors une fois les appréhensions levées, il va falloir... Certainement embarquer ces équipes, comme vous le dites. À quel moment on passe d'une forme de prudence, qui a été évoquée juste avant, à cette dynamique collective que vous évoquez également ?
- Speaker #1
Quand on a fixé le cap, le chef d'établissement, c'est le pilote. Il a su dire avec tact à ses équipes ce qui marche, ce qui peut être amélioré. Et quand c'est partagé par tous, à partir d'un indicateur, à partir d'un diagnostic, on dit bien « allez, on y va » . Et nous aussi, on relève les manches, entre guillemets. Et on peut se faire assister aussi des corps d'inspection, des IAIPR, qui ont un autre regard et qui viennent conforter que le diagnostic du chef d'établissement qui est là depuis quelques années ou qui arrive, ce qui était mon cas l'année dernière, il s'appuie sur des experts aussi, ce n'est pas juste une idée fantaisiste, il sait où il va. Ce qu'il faut, c'est savoir écouter, entendre. Et respecter et donner envie de faire avec nous. Il faut vraiment montrer que nous-mêmes, on y croit. Et c'est le cas, parce que sinon, je ne pense pas que ça fonctionnerait. Et aussi, je pense que quand il y a une défaite, parce qu'il faut mesurer les progrès à un moment donné, et on teste, là au Collège Rosa Parks, on met des actions en place, et on teste, et il y en a qui portent bien leurs fruits. Puis il y en a d'autres, contre toute attente, c'est moyen. On ne va peut-être pas remettre des moyens là-dessus, on ne va peut-être pas s'épuiser là-dessus sans moyens, et on est capable de le dire aux équipes, de dire non, c'était une fausse bonne idée, on s'associe au fait que ça n'a pas marché, et on repart sur autre chose. Et je pense que quand on a tout ça, on lève beaucoup de difficultés et on passe à la phase, on y va.
- Speaker #0
Alors vous avez mis le doigt sur le rôle de l'accompagnement de l'académie dans cette dynamique. Qu'est-ce qui fait qu'un accompagnement est utile et non vécu comme un regard de contrôle supplémentaire ? ou comme justement ce que vous disiez tout à l'heure, une décision qui vient de là-haut ?
- Speaker #1
À condition qu'on arrive à les faire monter dans le même bateau que nous. C'est-à-dire qu'on va prendre appui sur les accompagnants, donc les IAIPR référents, l'IEN, qui est important, si on va avoir vraiment tout le monde, sur notre équipe ressource. Et on va savoir leur dire ce dont on a besoin. C'est-à-dire que ça ne va pas être quelque chose qui va être descendant, ça ne va pas être une formation qu'on va dispenser dans le collège de centre-ville. et qui sera la même pour notre collège. Donc à nous de savoir dire ce dont on a besoin. Je peux vous donner peut-être un exemple concret. On a travaillé justement avec l'IUN, avec l'IAIPR de maths sur les automatismes et a travaillé dès le cycle 3. Et on sait qu'on veut instaurer des rituels. Et bien à moi de passer les bons coups de fil, de dire à l'inspectrice de mathématiques « Ah, je connais telle personne qui, à mon avis, va être la bonne personne parce qu'on va travailler autour du jeu, de la manipulation. » Est-ce que tu peux voir pour que ce soit elle qui intervienne ? Parce que je sais que c'est ce dont on a besoin. Et sur une autre thématique, ce ne sera pas cette personne-là. Mais à nous de travailler avec les inspecteurs, l'équipe ressource, pour leur dire, je veux aller là, je sais où je veux aller, aidez-nous, accompagnez-nous, mais écoutez-nous. Et dans l'Académie d'Amiens, ça se fait très bien. Et les professeurs peuvent voir aussi ce respect qu'il y a, parce qu'on a vraiment entendu. les besoins, quitte à ce qu'un enseignant appelle le formateur en amont. On les travaille avant ces formations avec les formateurs.
- Speaker #0
Alors dans le spectateur, il y a souvent des chefs d'établissement comme vous. Quel conseil vous pourriez donner à un chef d'établissement qui serait concerné demain par ce dispositif Collège en Progrès ? Ce serait quoi votre conseil ?
- Speaker #1
Alors je dirais jouer la transparence, ne pas se cacher, c'est-à-dire pointer ce qui ne va pas avec bien évidemment les formes. Et se dire tout ce qui va bien, parce qu'il y a une démarche en progrès, qu'on balaye tout et que ce qui était fait avant ne doit plus l'être. Peut-être qu'il y a des choses qui doivent être faites autrement. Mais voilà, dire ce qui peut être amélioré en toute transparence. Donc je pense que la transparence, c'est vraiment capital. La confiance, la confiance à accorder à nos équipes pour qu'elles soient mutuelles après. Et on y gagne beaucoup en tant que chef d'établissement. L'écoute. Savoir faire trois pas en avant et un pas en arrière quand c'est nécessaire. Je le disais tout à l'heure, si l'orage gronde, il ne faut pas attendre la tempête. Il faut y aller et savoir rediriger notre gouvernail et donner envie. donner envie et participer soi-même à cette énergie collective.
- Speaker #0
Très bien. Merci beaucoup Stéphanie Bans. Je rappelle à nos auditeurs que vous êtes donc chef d'établissement du Collège Rosa Parks, le classéré plus dans l'Académie. Damien, merci d'avoir été avec nous. Je vous propose de nous retrouver en plateau pour la conclusion de cette émission. Merci Stéphanie Bans pour ses réponses à nos questions. Merci en tout cas à vous quatre d'avoir répondu présent. Merci M. le ministre pour votre venue dans la Vienne, dans les locaux de l'IH2EF. Alors ce qu'on retient de cet échange, c'est d'abord que Collège en Progrès est une démarche d'amélioration et non une sanction. On retient aussi qu'elle repose sur un accompagnement structuré et outillé, pensé pour aider les établissements à analyser leurs besoins, à identifier leurs leviers d'action. On retient encore qu'elle s'appuie sur un réseau de référents formés, appelés à jouer un rôle central dans la compréhension et la sécurisation du dispositif. Et enfin, cette dynamique a vocation à se déployer progressivement et pourrait concerner davantage d'établissements à partir de la rentrée prochaine. Au fond, la force de cette démarche tient peut-être de cela. Elle ne cherche pas à plaquer une solution uniforme sur des réalités complexes, mais à créer les conditions d'un progrès situé, accompagné et lisible. Je vous remercie d'avoir répondu encore présent pour ce nouveau numéro d'Opéryscope. On se retrouve pour le reste de la programmation habituelle sur le site de l'IH2F, ainsi que sur la page YouTube de l'IH2F. Merci à tous d'avoir suivi cette émission. A très bientôt.