- Florent Braune
Ce podcast vous est proposé par l'Institut des hautes études de l'éducation et de la formation.
- Marc-Antoine Lainé
Bonjour à toutes et tous, soyez les bienvenus dans cette nouvelle émission Au périscope, votre émission mensuelle de l'IH2EF qui vous est proposée tout au long de la saison. Cette émission sera d'ailleurs la dernière de cette saison 2025-2026. Alors pendant très longtemps, pour diriger un collège ou un lycée en France, le parcours était assez linéaire. Il fallait être enseignant, CPE, psy-EN, puis gravir les échelons par la voie des concours internes. Mais depuis 2022, l'institution a ouvert ses portes à des profils radicalement différents, grâce à un concours dit de la troisième voie. C'est celui auquel nous allons nous intéresser aujourd'hui. Son but : attirer des cadres du secteur privé, des entrepreneurs, des élus locaux, pour insuffler de nouvelles dynamiques de management dans nos établissements. Alors, quatre ans après sa création, ce concours suscite autant d'engouements chez les candidats en conversion que d'interrogations légitimes sur le terrain. Comment passe-t-on du pilotage stratégique d'une multinationale ou de la gestion d'une entreprise à la direction d'un lycée de 1500 élèves ? Quelles compétences ces nouveaux managers apportent-ils ? À quelle réalité culturelle de l'école publique doivent-ils se confronter ? C'est ce que nous allons voir dans l'heure qui arrive. Et pour y répondre, nous avons construit cette émission en deux temps, en trois temps plutôt même. Nous ferons d'abord le point avec nos deux premiers intervenants sur le cadrage national et l'attractivité de ce concours. Puis nous donnerons la parole à deux binômes de terrain venus des académies de Versailles et Orléans-Tours avant de, bien sûr, conclure cette émission sur les perspectives et l'avenir de la filière. Nos deux premiers intervenants, vous les connaissez peut-être, vous les avez peut-être déjà vus à l'écran. À commencer par vous, Luc Pham, vous êtes inspecteur général de l'éducation, du sport et de la recherche. Merci d'être avec nous.
- Luc Pham
Merci à vous.
- Speaker
Et en face de vous, Vincent Auber, vous étiez dans le hors-série récemment avec M. le ministre. Vous êtes sous-directeur des carrières des personnels d'encadrement à la direction de l'encadrement. Merci d'être avec nous également.
- Vincent Auber
Merci à vous aussi.
- Marc-Antoine Lainé
Alors avant de s'intéresser aux enjeux des carrières et d'accompagnement, peut-être un bilan d'abord chiffré avec vous, Luc Pham. Vous présidez ce concours de la 3e voie. Les chiffres récents montrent une attractivité en hausse. Plus de 750 inscrits pendant cette année, 45 postes ouverts. Quel regard vous portez sur cette sélection d'environ un poste pour 6 candidats ?
- Luc Pham
Alors d'abord, vous avez raison de le souligner, c'est un concours qui est de plus en plus attractif. En 2022, lorsqu'il a débuté, il y avait 510 candidats. Et chaque année, l'attractivité de ce métier ne se dément pas et on a tous les jours, enfin tous les ans, plus de candidats. Et donc une sélectivité qui est plus forte, avec, on le voit, de très belles candidatures et sans doute quelque chose qui relève d'une vocation qui ne s'était jamais exprimée ou en tout cas d'une réflexion sur la question de l'éducation.
- Marc-Antoine Lainé
Est-ce que c'est le signe d'une quête de sens peut-être plus forte chez les cadres du privé ?
- Luc Pham
Je pense que c'est comme d'autres métiers d'éducation, on voit des secondes carrières dans les métiers du professorat, les conseillers principaux d'éducation, des documentalistes. Je crois que c'est sans doute lié, en tout cas, ça satisfait à cette quête de sens, et ça peut être lié à plusieurs choses . Sans doute la prise de conscience de l'importance de l'éducation. On est dans un monde incertain et je pense que s'occuper de ceux qui vont nous succéder, c'est sans doute apporter aussi un peu une réponse à l'avenir. Et donc encadrer et éduquer des enfants, c'est préparer l'avenir. On a aussi des candidatures qui peuvent être, comme je l'ai dit tout à l'heure, liées à des vocations premières qui n'ont pas été suivies au moment du démarrage dans un autre métier et puis qui ressurgissent peut-être avec des enfants, peut-être au contact d'autres personnes. Des gens qui sont parfois prêts à abandonner des revenus bien plus conséquents, une forme de... je dirais pas de confort, parce que c'est des métiers avec leurs exigences, mais qui acceptent les conditions de ce nouveau métier, d'une remise en question. Et puis on a aussi des candidats qui, je pense, veulent finalement rendre à l'école ce qu'elle leur a donné. Et donc, voilà, ils veulent exprimer en s'engageant dans les métiers de l'éducation et en particulier dans le métier de personnel de direction. ils ont envie de rendre un peu ce qui leur a été donné, ce qui a souvent permis leur réussite. Puis on a aussi de temps en temps des vocations qui sont nées d'une rencontre. Une personne qui a rencontré un chef d'établissement, peut-être parce qu'il a eu à échanger avec lui dans la scolarité de ses enfants, et d'un seul coup c'était, je ne dirais pas une illumination, mais en tout cas ça a créé une vocation.
- Marc-Antoine Lainé
Alors dans le vivier des lauréats des précédentes éditions et de cette année, on observe donc une double réalité des profils pur privé, si je puis dire, mais aussi des fonctionnaires en reconversion ou des personnels qui ont déjà exercé, comme faisant fonction. Comment le jury s'assure-t-il aujourd'hui de la légitimité réglementaire et de l'adéquation de ces profils avec les exigences de direction ?
- Luc Pham
Alors il n'y a pas à proprement parler de légitimité réglementaire, puisque là on est dans le réglementaire, donc il y a une conformité et cette conformité, elle est vérifiée par les services de la Direction générale des ressources humaines, c'est un gros travail parce qu'il faut étudier toutes les candidatures de façon très précise. C'est une question d'égalité de traitement. Donc la légitimité, c'est une validation administrative. Enfin, il n'y a pas de légitimité administrative, mais une validation administrative. Et par contre, la légitimité, effectivement, c'est tout le travail du jury. Le premier sujet, c'est sans doute la connaissance du système éducatif. C'est-à-dire que si on prétend s'engager dans ce métier, il faut s'être intéressé tout de même à un certain nombre de connaissances. D'abord... La connaissance du fonctionnement général du système éducatif, le ministère, son articulation avec les rectorats, les DSDEN (directions des services départementaux de l'éducation nationale), ensuite sans doute faire un coup de zoom plus marqué sur la connaissance du second degré et des EPLE (établissements publics locaux d'enseignement), puisque là on est directement concerné dans la mesure où on va y exercer. Et donc ce qui est intéressant à ce moment-là, c'est de vérifier quand même les connaissances du candidat sur la structure, les personnels qui y travaillent, les instances de fonctionnement. Et puis au-delà de ça, évidemment, les grands enjeux de l'école contemporaine qui peuvent passer par l'égalité des chances, par l'école inclusive, par le sujet de la laïcité. Enfin voilà, il y a énormément de thèmes, la question de l'orientation, énormément de thèmes importants auxquels il faut s'être intéressé. Ça c'est en particulier le sujet d'une première étape qui passe par un écrit, et un écrit de connaissances, puisqu'il y a à la fois une épreuve de synthèse, mais une épreuve où les candidats doivent répondre à un certain nombre de sujets. On ne leur demande pas d'être technique dans l'approche, mais de montrer cette connaissance. Et puis la deuxième partie, et là c'est celle qui va sans doute le mieux vérifier la légitimité des candidats, c'est celle qui va consister à jauger en quelque sorte la posture des candidats, leur capacité, à se positionner comme un cadre de l'éducation nationale. Et ça, c'est vraiment l'objet du jury. Donc, on en parlera, il y a des mises en situation, il y a des contextes qui permettent de voir si la personne n'a pas de représentation fausse du métier. Et une des spécificités des métiers d'encadrement de l'éducation nationale, c'est que ce sont des métiers où l'exercice légitime de l'autorité passe par le partage du sens. On a parfois à mettre en œuvre des politiques publiques qui sont obligatoires avec des personnels volontaires. Donc si on n'a pas une capacité à convaincre, à écouter, à dialoguer, ce n'est sans doute pas un métier dans lequel il faut s'engager. Ça fait partie des choses qu'on jauge.
- Marc-Antoine Lainé
On verra, ça se vérifiera sûrement avec les profils qu'on accueillera tout à l'heure. Merci beaucoup Luc Pham. Vincent Auber, pourquoi l'éducation nationale a-t-elle besoin de ces profils atypiques au sommet de ses établissements ? Et qu'attendez-vous concrètement de ce métissage managérial ?
- Vincent Auber
Beaucoup de termes forts. Sommet des établissements, je pense que nos personnes de direction ne se retrouveraient peut-être pas exactement dans cette définition. Et métissage managérial, je ne sais pas si c'est l'expression qu'il nous faut emprunter forcément. Ce qu'on attend de ce vivier de personnel, de ces richesses nouvelles, de ces compétences, c'est sans doute des regards un peu décentrés, de la curiosité au fond. De la curiosité, de l'intérêt pour l'école. Effectivement, vous l'avez dit, quand on va vers ce type de métier, c'est qu'on a de l'intérêt pour les questions d'éducation, pour les élèves, de l'intérêt pour la fonction d'enseignement, d'instruction, d'éducation, donc certainement de la curiosité, on attend cela. Ce qu'on attend aussi, c'est peut-être l'enrichissement de certains savoirs liés à la coopération, aux façons de faire, qui ne sont pas les mêmes dans le champ associatif ou dans le champ d'entreprises. Vous évoquez l'entreprise, mais on a aussi des personnels qui nous viennent du milieu associatif. On développe des pratiques d'efficacité relative, on développe aussi la recherche du projet coopératif, intelligent, dans la durée, durable. C'est ce que nous souhaitons développer dans nos établissements. Donc il y a là des compétences qui sont intéressantes et réemployables. De la même façon, pour les personnels qui nous apportent ces compétences de l'extérieur, ce regard, cette curiosité, nous aussi, nous pouvons apporter beaucoup, et nous pouvons apporter beaucoup, à ceux qui viennent retrouver nos établissements, parce qu'une des règles essentielles, c'est la question de la posture et du regard. On apporte quelque chose au collectif, au collectif pédagogique, mais on apprend aussi du collectif pédagogique, et le regard n'est pas celui du surplomb. C'est-à-dire que l'on apporte des compétences, on apporte des savoir-faire, on apporte une plus-value au système éducatif, par son engagement, par sa culture professionnelle précédente, mais on n'est pas en surplomb. Une des règles majeures pour pouvoir partager le sens, faire adhérer, travailler dans le sens collectif, c'est quand même de ne pas être en surplomb et de savoir consolider la reconnaissance des personnels par de la disponibilité, de l'ouverture d'esprit.
- Marc-Antoine Lainé
Alors, peut-être plutôt que de parler de métissage, je vais vous parler de saut culturel, peut-être pour cette transition entreprise vers secteur public ou associatif vers secteur public. Comment la direction de l'encadrement adapte-t-elle aujourd'hui le parcours d'accompagnement et de formation pour sécuriser ces transitions de carrière ?
- Vincent Auber
On travaille beaucoup, c'est l'IH2EF qui est l'opérateur premier au niveau national pour ces questions. Les académies sont très à la manœuvre aussi, puisque les parcours sont des parcours de formation individualisés, personnalisés. On est, de plus, dans une vraie réflexion aujourd'hui sur l'adaptation des formations au personnel qui viennent d'autres univers que le nôtre. C'est un travail qui se fait maintenant, ce concours est assez récent. Cette ouverture à ces nouvelles compétences, à ces talents, à ces engagements est un peu nouveau, donc nous adaptons peu à peu la formation à ces personnels. Un exemple tout simple, c'est le stage qui est plutôt fait en entreprise, pour les personnels qui sont issus du concours interne, il va de soi que le stage qui se fait soit en fin de première année, soit en deuxième année, pour des personnes du concours de troisième voie, ceux qu'on appelle ainsi, peut se faire en établissement, peut se faire en service déconcentré. et peut-être d'ailleurs un peu plus long. L'adaptation est tout à fait possible pour faciliter la connaissance du système éducatif, sa compréhension, ses enjeux, et puis augmenter les savoir-faire qui sont attendus.
- Marc-Antoine Lainé
Très bien, merci beaucoup à vous deux messieurs. Une dernière question pour chacun de vous, avant de passer à notre plateau avec nos témoins. Luc Pham, j'ai parlé tout à l'heure de ce ratio de 6 candidats pour une place. On parle de candidats inscrits qui vont vraiment passer les épreuves du concours, c'est bien ça ?
- Luc Pham
Oui. A1lors il y a les candidats inscrits, puis il y a toujours un peu moins de candidats présents, mais il y a une sélectivité qui reste forte. Et par exemple, à l'oral, dans l'épreuve d'admission, il y avait à peu près 125 candidats pour 45 places, ce qui est quand même sélectif, très sélectif.
- Marc-Antoine Lainé
Alors justement, sur quoi les profils non retenus vont-ils échouer le plus souvent ? Est-ce qu'il y a un peu un péché originel du privé face au jury, parfois ?
- Luc Pham
Alors... Une des difficultés que peut représenter une candidature, c'est une représentation du métier qui soit erronée. Et il faut évidemment ne pas perdre de vue l'objectif de sa présence dans un tel métier : c'est d'abord de prendre en charge, de s'occuper des élèves. Et si on le perd de vue à un moment, on n'a pas compris ce métier spécifique. Ensuite, il faut aussi arriver à la fois avec de l'assurance, parce qu'on doit entraîner ses équipes, apporter son dynamisme, mais une forme d'humilité. Vincent Auber l'a dit, on n'est pas en surplomb, et il faut être capable d'entendre le public avec lequel on travaille, mais aussi les personnels avec lesquels on travaille. Et si, il y a bien une spécificité de ce métier d'encadrement, c'est qu'on encadre des cadres. Vous avez des cadres A, les professeurs. Il y a des personnels qui ont une formation, qui ont une réflexion poussée, et donc il faut être capable de les entendre aussi lorsque l'on dirige une équipe. Donc les mauvaises représentations peuvent être un écueil. L'autre écueil peut être celui qui omet de penser qu'on travaille dans un collectif. Et là aussi c'est un écueil fort, c'est-à-dire qu'on travaille avec des équipes, une diversité de personnel qu'il faut connaître. On travaille avec des enseignants bien sûr, mais des assistants d'éducation , des agents des collectivités, un conseiller principal d'éducation, une conseillère psychologue, un médecin de l'éducation nationale, une infirmière, une assistante sociale. Donc on ne peut ignorer la diversité de ces personnels et, y compris, la diversité des partenaires avec lesquels l'école travaille. Donc c'est tout un écosystème qu'il faut avoir en tête quand on s'engage dans ce métier. On n'y va pas comme un génie solitaire, mais vraiment dans l'idée de travailler avec un collectif.
- Marc-Antoine Lainé
Parfait. Vincent Auber, est-ce qu'on a du recul déjà aujourd'hui sur la fidélisation de ces profils issus du concours 3e voie ? Est-ce qu'on observe des retours dans le secteur privé, par exemple, après quelques mois de confrontation à la réalité du terrain ?
- Vincent Auber
Alors nous avons toujours des personnels qui ne trouvent pas exactement ce qu'ils avaient attendu, ce qu'ils avaient imaginé et qui peuvent repartir. Mais pas plus pour ce concours qu'avec le concours interne. C'est-à-dire que certains professeurs passent le concours et ne trouvent pas non plus ce qu'ils espéraient, ce qu'ils attendaient, ce qu'ils souhaitaient, ou ils ne trouvent pas la représentation du métier tel qu'ils l'avaient espérée. Pas plus. que pour le concours interne. Le recul n'est pas suffisant aujourd'hui pour avoir une statistique fiable, puisque sur quatre années, c'est 210 personnels recrutés, à peu près, un peu plus de 200 personnels. Il nous faudrait pouvoir suivre de façon plus fine l'ensemble de ces personnels pour pouvoir dire quel est leur parcours, quel est leur champ de compétences le plus marqué, et puis pouvoir peut-être vérifier que hommes et femmes sont présents aussi dans cet exercice de façon tout à fait attendue. Donc le recul que nous avons aujourd'hui ne nous permet pas de dire qu'il y ait plus de difficultés pour des personnes issues du concours interne. C'est plutôt rassurant, absolument.
- Marc-Antoine Lainé
Complètement. Merci à tous les deux en tout cas pour ce cadre institutionnel indispensable. On voit bien que la mécanique est lancée au niveau national, mais le vrai test se joue chaque matin à 8h dans la cour, les couloirs de l'établissement. Alors pour comprendre comment se vit cette hybridation des cultures professionnelles, je vous propose de laisser la place à notre second plateau, nos 4 experts de terrain que nous accueillons dès à présent. Allez, de retour en plateau avec nos 4 témoins du jour que je vais présenter. A commencer par vous, Florent Braune. Vous êtes donc chez l'établissement adjoint du lycée Edouard Branly à Dreux. Merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes lauréat du concours 3ème voie. Merci.
- Florent Braune
Merci, oui, absolument.
- Marc-Antoine Lainé
A vos côtés, Hélène Véravalli. Vous êtes chef d'établissement adjointe dans l'académie de Versailles. Vous êtes au collège Robert Doisneau de Montrouge. Merci d'être avec nous.
- Hélène Véravalli
Merci de m'avoir invitée.
- Marc-Antoine Lainé
En face de vous, Déborah Champain. Vous êtes donc vous la cheffe d'établissement de cet établissement, le collège Robert Doisneau dans l'académie de Versailles à Montrouge. Merci d'être avec nous.
- Déborah Champain
Tout à fait.
- Marc-Antoine Lainé
Et à vos côtés, Jérôme Ravanel. Vous êtes donc le proviseur du lycée Édouard-Bronly à Dreux. Merci d'être avec nous également.
- Jérôme Ravanel
Merci.
- Marc-Antoine Lainé
Alors, l'idée de ce temps, c'est de présenter vos témoignages, bien sûr, et vos expériences avec ce concours 3e voie. Vous pourrez bien sûr réagir aux propos des autres intervenants, mais je vais d'abord vous poser des questions à tour de rôle. On va commencer avec vous, Hélène Véravalli. Avant d'être chef d'établissement adjointe, vous avez eu une carrière de 15 ans comme actuaire et ingénieur financière. Vous avez préparé ce concours de manière autonome. Qu'est-ce qui a été, d'après vous, le plus déstabilisant lors de vos premières semaines face à la « machine » éducation nationale ?
- Hélène Véravalli
Alors face à la "machine", comme vous dites, de l'éducation nationale, je ne peux pas dire que j'ai été déstabilisée, mais je dirais que j'ai dû effectivement découvrir et m'approprier un référentiel et un environnement qui est complètement nouveau pour moi, avec des codes, des organisations qui sont quand même très différentes de celles que j'ai pu connaître dans les grands groupes internationaux sur lesquels j'avais travaillé. Je dirais que ce qui m'a le plus marquée, c'est à la fois la richesse de cet environnement, qui est porteur de sens et je dirais aussi la dimension humaine. Pourquoi ? Parce que si je devais témoigner de mon quotidien, je dirais que chaque jour est un jour nouveau dans le sens où il y a toujours de l'inattendu, et donc ça c'est extrêmement riche. Et la dimension humaine elle est très importante dans le sens où c'est un métier qui pour moi n'est pas qu'une affaire de pilotage mais aussi une affaire de gestion, notamment de situations parfois très sensibles à la fois avec les élèves et les familles. Et donc je dirais ce qui me change aujourd'hui vraiment de manière intrinsèque, c'est vraiment, je dirais que c'est l'objectif que j'ai aujourd'hui tous les jours en venant dans mon établissement, c'est d'agir pour la réussite des élèves.
- Marc-Antoine Lainé
Alors ça fait écho aux propos qu'on a entendus tout à l'heure de la part de l'inspecteur général. Florent Braune, vous êtes vous aussi un profil singulier entre guillemets. Vous avez été entrepreneur depuis 1998 dans la restauration, le sport. Vous êtes aujourd'hui donc adjoint stagiaire. Comment applique-t-on des réflexes de chef d'entreprise dans la gestion quotidienne d'un collège ou d'un lycée ?
- Florent Braune
On les applique déjà au quotidien, il n'y a pas beaucoup de changements en termes d'encadrement et d'animation des équipes. Il y a des enjeux qui sont différents évidemment : on parle beaucoup de rentabilité quand on est en entreprise, on parle beaucoup plus d'humain et de réussite des élèves quand on est au lycée. Donc autant le socle se trouve vraiment commun, autant après les dynamiques et les perspectives sont un petit peu différentes effectivement. Mais il n'y a pas eu de grandes difficultés ou de grands freins ou de changements majeurs. Et puis c'est aussi la réussite d'un binôme avec M. Ravanel où il y a eu une entente immédiate et puis il y a eu aussi de sa part cette volonté de tout de suite essayer de me faire intégrer ce nouveau monde avec son jargon, avec ses us et ses coutumes. Et ça a été assez facilitateur, mais les métiers sont les mêmes.
- Marc-Antoine Lainé
Vous partagez cette notion de quête de sens qui est revenue plusieurs fois et qui a surtout été exposée par Hélène Varavalli à l'instant ?
- Florent Braune
Oui, bien sûr, bien sûr, bien sûr, c'est une des raisons pour lesquelles je suis là, c'est que j'avais un petit peu perdu de sens aussi dans mes activités profitables, je dirais, et j'avais besoin un petit peu de me reconnecter un peu à l'humain et de me sentir utile. Et donc effectivement, cette quête de sens, elle est quotidienne et puis effectivement, on l'a au quotidien dans l'approche que l'on a avec l'humain, avec les élèves, avec les enseignants, avec le personnel et puis avec les équipes avec lesquelles on travaille. Et on sait pourquoi on se lève et on sait aussi pourquoi on se couche, ça c'est certain.
- Marc-Antoine Lainé
Alors justement, on va s'intéresser à la force de ce binôme. Jérôme Ravanel, vous êtes le proviseur du lycée Edouard Branly dans lequel travaille également Florent Braune. Vous dirigez ce lycée qui est une structure de 1500 élèves, 200 adultes à peu près. Quand on voit arriver un adjoint stagiaire qui a été chef d'entreprise pendant plus de 20 ans et qui méconnaît initialement les spécificités du système éducatif, quel est le mode d'emploi ?
- Jérôme Ravanel
Écoutez, c'est avant tout ne pas avoir de préjugés sur la personne qui va arriver et puis l'accompagner au quotidien, l'écouter et puis surtout être sur le terrain, répondre à ses questions et puis être bienveillant. Bienveillant parce qu'en tout cas dans la situation de M. Braune, c'est quelqu'un qui ignorait complètement le système éducatif. Donc il faut faire preuve de bienveillance et d'accompagnement surtout et comme je le disais, surtout pas de préjugés. On verra peut-être après, mais en tout cas, ça m'a apporté beaucoup de choses en termes de réflexion, puisque Florent pose des questions sur lesquelles je ne m'étais jamais interrogé. Donc c'est vraiment une richesse, en tout cas , de pouvoir accueillir quelqu'un de la troisième voie.
- Marc-Antoine Lainé
Vous vous y attendiez à cette richesse qui allait être apportée au départ ?
- Jérôme Ravanel
Pas du tout. C'est vrai que le questionnement sur des choses qui me paraissaient tellement évidentes me permet de mener une réflexion sur mes pratiques et d'accompagner Florent au quotidien. Il a quand même cette force en termes de management et le métier de personnel d'encadrement et aussi maintenant très axée sur le management des personnels.
- Marc-Antoine Lainé
Alors Déborah Champain, vous êtes la cheffe d'établissement du collège Robert Doisneau à Montrouge, donc vous accueillez Mme Véravalli en tant qu'adjointe. Comment vous capitalisez sur son expérience managériale ? Elle a été cadre dans la finance, on l'a dit tout à l'heure, sans forcément heurter la culture enseignante traditionnelle qui a parfois des interrogations peut-être face à cette voie d'accès ?
- Déborah Champain
Alors déjà, je pense que la diversité des parcours, c'est une richesse. Il ne faut pas le voir comme un frein. Alors c'est plus facile à dire qu'à faire, mais c'est une réalité. Et le rôle du chef d'établissement est justement d'accompagner la mutation professionnelle. Donc, il y a de toute façon, quand on passe ce concours, un changement de corps et qui peut être un peu plus long, lorsqu'on fait le troisième concours. Et donc, c'est l'acculturation. Donc ça, c'est un travail qui va se faire mois après mois, progressivement, pour pouvoir connaître ce monde qui au départ semble inconnu. Alors, ça n'a pas été si compliqué, mais c'est vrai qu'il y a un travail à faire là-dessus. Je pense qu'il y a énormément de compétences qui sont transférables, c'est-à-dire du troisième concours dans les EPLE. Et il y a un vrai bénéfice, ce qui permet peut-être de rendre l'adjoint qui arrive du troisième concours légitime. Parce qu'il y a cette question qui se pose, notamment pour la salle des professeurs, c'est de se dire qu'on a des objectifs communs. Il ne faut pas penser à ce qui nous différencie, mais plutôt à ce qui nous rassemble, et ce qui nous rassemble, c'est l'envie de faire réussir l'élève. Et peu importe l'horizon passé qu'on a pu avoir, ce qui est intéressant, c'est son engagement au quotidien. Et c'est ça qui rend légitime, pas forcément d'où on vient au départ.
- Marc-Antoine Lainé
Vous parlez de la salle des profs. Quel est l'accueil du corps enseignant sur ces profils de 3e voie ? Est-ce que, comme disait M. Ravanel, au final ça ressemble à une bonne surprise au bout du compte ?
- Déborah Champain
Alors, au final, ça devient une bonne surprise au final. C'est-à-dire que de toute façon, il faut toujours réserver un bon accueil. Je pense que c'est quand même très important, justement, d'être bienveillant. Et je pense que ça se construit aussi dans l'année, progressivement. Comme pour n'importe quel adjoint, ça s'apprivoise progressivement. On apprend à se connaître sur différents dossiers, différents événements dans l'année. Et c'est comme ça que ça se fait. Mais je ne pense pas que ce soit forcément lié au troisième concours.
- Marc-Antoine Lainé
Donc finalement ce que vous dites c'est qu'il ne faut pas forcément leur mettre une pancarte dans le dos en disant ils arrivent de la troisième voie, attention, c'est finalement des personnels encadrants comme les autres.
- Déborah Champain
Exactement, et qu'on apprend à connaître au cours de l'année.
- Marc-Antoine Lainé
Alors on va parler de management, de complémentarité, de perspective de carrière. Hélène Véravalli, vous insistez dans la préparation de cette émission sur la nécessité d'un discours positif justement pour encourager les prochains candidats. L'un des défis dans l'éducation nationale, il faut convaincre les cadres A aussi, plutôt que de leur donner des ordres directs. Comment vos compétences passées vous ont-elles aidé à négocier ce virage ?
- Hélène Véravalli
Je dois dire que si je devais reprendre mon parcours professionnel en entreprise, dans des grands groupes, j'ai été à la fois confrontée à des situations où il y avait une verticalité assez forte de la décision et de l'implémentation de la stratégie, mais pour autant j'ai été aussi confrontée à des fonctions où il fallait accompagner le changement et dans ce cadre-là, je pense que l'approche que j'avais retenue peut tout à fait s'appliquer au sein de l'éducation nationale. Cela signifie quoi ? Cela signifie, comme les interlocuteurs précédents l'ont si bien dit, il faut donner du sens. Donc dans ce cadre-là, il s'agit d'abord d'expliciter le sens des initiatives qu'au niveau national ou académique on peut prendre, donner du sens, expliquer, communiquer, parce que je crois que de toute façon, que ce soit dans n'importe quel ministère ou entreprise, la communication est toujours essentielle. Et ensuite, prendre un temps d'échange avec les différents acteurs. Dans un établissement, ça peut être les enseignants, ça peut être aussi les familles, ça peut être aussi les élèves, pour déjà connaître leur point d'appui et aussi les contraintes qui sont potentiellement liées au projet qu'on veut mettre en place. À partir du moment où on a fait ce temps d'échange, dans les deux sens encore une fois, on peut implémenter ensuite ce qu'on veut faire, notre plan d'action. mais il s'agit, je crois encore une fois, j'insiste sur la communication, d'associer au fil de l'eau et au maximum toutes les parties prenantes. C'est-à-dire que je suis vraiment complètement convaincue du fait que la communication doit être le plus large possible et à tous les stades possibles, quand évidemment c'est possible. Ensuite, je dirais qu'évidemment, que ce soit au sein d'un établissement scolaire ou dans une entreprise, dans une grande entreprise, je crois que la finalité est toujours la même, c'est que les choses se fassent. Et ce qui veut dire que parfois, il y a un temps d'écoute, mais il y a aussi un temps ensuite de syndication, d'embarquement des équipes, si je puis dire. Mais ensuite, il y a aussi une prise de décision. Et là, je crois qu'il faut aussi arbitrer. Il y a des moments où il faut aussi arbitrer. Donc la décision, elle doit se faire. Mais c'est vrai que tout ce qui se fait en amont est porteur de succès pour la finalité d'un projet. Donc je dirais que ce que j'ai appris en entreprise, ce sont des compétences que je peux effectivement transposer, je dirais, dans un établissement scolaire sans aucun problème. Parce qu'au final, on reste dans de l'humain, et on reste dans un collectif, et je crois que là, pour le coup, il faut que tout le monde soit embarqué. Il ne faut laisser personne sur le côté.
- Marc-Antoine Lainé
Déborah Chamapin, vous partagez cette notion qu'il peut y avoir des similarités dans le management des deux entités ?
- Déborah Champain
Bien sûr, il y a des similarités. Je pense que communiquer sur ce qu'on fait, déjà c'est très important. Vous savez, quand on dit "je dis ce que je fais, je fais ce que je dis" , c'est valable, à la fois dans le privé, dans le public. Donc ça, c'est plus que transférable. Alors en effet, je pense aussi que la verticalité absolue dans un établissement ne peut pas fonctionner. On est beaucoup plus dans un management participatif d'échange et c'est ça qui fait la conduite du changement.
- Marc-Antoine Lainé
C'est ce que disait M. l'inspecteur tout à l'heure, il y a des décisions qui arrivent du national aussi qu'il faut mettre en œuvre dans l'établissement, il faut fédérer l'équipe pour ça, ça se retrouve un peu dans les grands groupes aussi ?
- Hélène Véravalli
Oui, complètement. Et je dirais que je l'ai vu aussi dans le privé, c'est-à-dire que notamment dans des environnements globaux, où on a parfois, moi j'ai travaillé à l'international, donc on avait des entités qui étaient dans des pays, logées dans des pays complètement différents. Je dirais que la verticalité du siège ou de l'administration centrale, à savoir le ministère de l'Éducation nationale, elle peut se ressentir de diverses façons de là où on se trouve. Donc c'est toujours les mêmes leviers. C'est la communication, c'est expliciter, c'est syndiquer et ensuite mobiliser les différentes parties. Et je dirais qu'à partir du moment où ensuite tout le monde est mobilisé, il y a une vraie émulation et les équipes sont encore plus enclines, je dirais, à participer à d'autres projets les prochaines fois. C'est-à-dire qu'il y a vraiment un cercle vertueux. Et c'est vraiment une approche qu'il faut absolument conserver à tout moment, je dirais.
- Marc-Antoine Lainé
Florent Braune, Jérôme Ravanel, vous avez une vision assez commune sur la réussite des élèves, c'est ce que vous m'exposiez dans la préparation de cette émission. Pour vous, ce poste d'adjoint, c'est un peu une étape, si on peut le dire, puisque vous visez une carrière à l'international, vous nous l'exposiez. Et l'institution, aujourd'hui, va-t-elle offrir la flexibilité nécessaire à ce type d'ambition ?
- Florent Braune
Oui, apparemment, oui. Et c'est une des raisons pour lesquelles je suis là aussi, c'est qu'elle offre pas mal de perspectives et de carrières. Et c'est vrai que si j'ai rejoint ce corps, c'est aussi avec des perspectives un petit peu plus ambitieuses sur l'international ou sur des mouvements. Et c'est vrai qu'au regard de tout ce que j'ai entendu et croisé avec M. Ravanel, le fait est qu'il y a le champ des possibles qui est ouvert. Et en discussion off aussi tout à l'heure, on a pu me convaincre qu'il y avait des belles perspectives. Donc ça me fait plaisir.
- Marc-Antoine Lainé
C'est un message aussi adressé aux futurs candidats, de dire qu'on peut aussi faire de belles carrières dans l'éducation nationale, y compris pour les personnels "purs" éducation nationale. Mais par contre, comme vous le disiez, c'est une étape aujourd'hui qui est importante pour vous, parce que cette première expérience dans l'éducation nationale, vous avez choisi de la travailler en binôme avec un projet centré sur la réussite des élèves.
- Florent Braune
Oui, elle est indispensable, mais encore une fois, je pense que j'ai eu énormément de chance déjà d'arriver dans un tel lycée, dans un tel bâtiment, parce que c'est un gros lycée, qui compte beaucoup, beaucoup, beaucoup d'élèves et beaucoup d'enseignants. Mais j'ai eu, je pense, énormément de chance de pouvoir croiser mon chemin, et que, ben oui, ben oui, il faut le dire, il faut le dire. À un moment donné, il faut le dire et il faut l'assumer. Je pense que la réussite et puis l'énergie qui est donnée au quotidien, elle reporte énormément sur ses épaules. Sans ça, je ne pense pas que ça aurait été aussi simple et aussi enthousiasmant.
- Marc-Antoine Lainé
Alors, il y a une question que je ne vous ai pas posée sur la mobilité, sujet auquel vous vous êtes habitué tout au long de vos carrières. Mais vous, pour le coup, c'était nouveau, j'imagine, pour vous. Alors, vous, vous n'avez pas trop été délocalisée, vous êtes restée en Ile-de-France.
- Hélène Véravalli
Oui, alors pour le coup, oui, je suis parisienne et je suis à Montrouge, donc pas très loin, effectivement.
- Marc-Antoine Lainé
C'était un choix aussi pour vous ?
- Hélène Véravalli
Oui, alors pour le coup, oui. Pour le coup, c'était de ne pas être très loin. Après, je rejoins aussi mon confrère, c'est-à-dire que l'éducation nationale est une grande maison. Et quand on candidate pour le troisième concours, on a clairement aussi ces options qui sont possibles. Mais voilà, c'est important aussi de se projeter dans une carrière avec des fonctions différentes.
- Marc-Antoine Lainé
Oui, donc c'est important d'avoir une bonne connaissance du secteur dans lequel on va.
- Hélène Véravalli
Exactement. Moi, ça me paraissait essentiel d'avoir déjà, une connaissance du terrain. Et là, j'ai eu la chance de travailler avec Mme Champain, qui vraiment m'a beaucoup aidée à m'approprier, je dirais, le pilotage d'un établissement. Et c'est important d'avoir cette expérience du terrain. Pourquoi ? Parce qu'on comprend mieux les problématiques qui peuvent être liées, notamment liées à l'implémentation de réformes, par exemple. Et donc, c'est important de construire sa légitimité aussi en répondant présent et en ayant cette compétence-là. Mais clairement, je pense que pour les candidats du troisième concours, c'est important de leur rappeler que la maison Éducation nationale est une grande maison, que d'autres options peuvent être possibles, notamment l'international.
- Marc-Antoine Lainé
Oui, alors déjà, il y avait un saut assez important pour vous, parce que vous êtes passé du Sud à l'Eure-et-Loire. Vous étiez préparé à ça ?
- Florent Braune
Absolument pas. Absolument pas, pas du tout. Quand je me retourne, je vois les montagnes, quand je regarde devant, je vois la mer. Effectivement, c'est différent. Mais c'est un ensemble d'accompagnements et de conseils que j'ai eu tout au long de mon cheminement, de concours, etc., qui m'a amené à rejoindre l'Eure-et-Loire. Et puis, encore plus spécifiquement, Branly, où on m'a vivement conseillé de rejoindre cet établissement-là.
- Jérôme Ravanel
Moi, si je peux ajouter un point sur la mobilité d'une manière plus générale, c'est qu'effectivement, ça peut être un frein, mais c'est aussi un énorme avantage de pouvoir bénéficier d'une mobilité. Alors, les chefs d'établissement ont l'obligation de rester trois ans au minimum et neuf ans au maximum sur un poste. Mais c'était aussi une richesse parce que ça peut nous permettre, ça peut permettre aux futurs candidats de visiter la France, de se former et de voir différents établissements, même au sein même d'un département ou d'une académie. Donc il ne faut pas voir la mobilité comme un frein, mais plutôt comme un avantage. Et on méconnaît toutes les possibilités qui s'offrent au personnel d'encadrement.
- Marc-Antoine Lainé
Puis j'imagine les spécificités territoriales qui sont très divergentes aussi.
- Jérôme Ravanel
Oui, la diversité des établissements, qu'un chef d'établissement peut être amené à diriger.
- Marc-Antoine Lainé
Alors une question pour vous, on a parlé des professeurs, on a parlé de ces candidats, mais on ne parle pas des parents. Est-ce qu'ils sont au courant, les parents d'élèves, de ces profils qui arrivent, ou pas encore selon vous ?
- Déborah Champain
Non. Alors non seulement ils ne sont pas au courant, mais pour moi à partir du moment où on est un personnel de direction, qu'il soit adjoint ou chef, on l'est. Je ne suis pas certain que ça apporte une plus-value aux familles de connaître forcément le parcours du personnel de direction. À partir du moment où il l'est, il l'incarne. Il l'incarne, il est là pour les élèves et connaître son passé n'est pas forcément un plus. Voilà, donc c'est ma position, mais dans mon cas, de même que les parents ne connaissent pas forcément mon parcours professionnel. Je ne suis pas sûre que ce soit forcément pertinent.
- Marc-Antoine Lainé
Oui, ça rejoint ce que vous disiez tout à l'heure, on n'est pas une pancarte finalement.
- Hélène Véravalli
Pas du tout, pas du tout.
- Jérôme Ravanel
Je partage tout à fait l'avis de ma collègue et ce serait même mettre en difficulté les personnels d'encadrement ou comme les enseignants, étiqueter stagiaire, pas stagiaire. Le management que l'on a, ce n'est pas deux adjoints et un chef d'établissement, c'est la direction. On est vraiment une entité et ça nous a permis et ça nous permet encore à l'heure actuelle d'être identifiés comme la direction. donc il n'y a pas Il n'y a pas cette différence de je suis stagiaire, pas stagiaire.
- Marc-Antoine Lainé
Ok. Peut-être une question à vous, Hélène Véravalli, sur votre précédente expérience. Vous étiez dans la finance, on en a parlé tout à l'heure. Est-ce qu'il y a une méthode ou un outil que vous avez pu importer dans votre nouvelle carrière, et qui a pu s'appliquer ?
- Hélène Véravalli
Je ne crois pas qu'il y ait un outil. Je ne crois pas qu'il y ait un outil qu'on puisse importer du privé vers l'éducation nationale. Je pense qu'il y a plutôt une approche, une approche qui est une des convictions, clairement. Les convictions pour lesquelles je suis venue à l'éducation nationale, c'était vraiment servir la réussite des élèves et participer à faire face à ces grands enjeux que traverse aujourd'hui l'éducation nationale. Mais je n'ai pas d'outils que j'amène avec moi. Par contre, des convictions, évidemment, et une volonté de faire et de contribuer, à ce que nos objectifs soient exaucés.
- Marc-Antoine Lainé
Et vous, Florent Braune, vous étiez dirigeant d'entreprise. Est-ce qu'il y a une des grandes différences managériales que vous avez pu constater ?
- Florent Braune
Managériale, non, pas forcément, parce qu'on est quand même là toujours pour animer, pour impulser. On est là pour pouvoir accompagner et puis pour valoriser. Donc non, ie dirais que le socle est commun. Après, encore une fois, comme je l'avais dit tout à l'heure, les objectifs sont différents. Et puis, il y a aussi quelque chose qui diffère, c'est que quand on est chef d'entreprise, on a la main sur l'ensemble des ressources, matérielle, financière et humaine. Là, pour le coup, on est un acteur de l'ensemble de ces ressources également. On ne les maîtrise pas ou en tout cas, ce qui est certain, c'est qu'elles ne nous appartiennent pas. La différence, elle est peut-être là, mais ça reste quand même enrichissant parce qu'on fait preuve un peu d'imagination et un peu de compétence et un peu de soutien pour pouvoir mener à bien les missions qui nous sont confiées.
- Marc-Antoine Lainé
Avant de terminer le tour de table, une question finale pour chacun de vous, qui sera la même. Qu'est-ce que vous avez retiré de plus positif dans ce binôme ? Sur quel sujet ça a été le plus bénéfique ?
- Jérôme Ravanel
Il y a eu tellement de points. En tout cas, je dirais que c'est la communication et la facilité de restaurer une confiance qui aurait peut-être été perdue. En tout cas, Florent m'a apporté cette facilité de prendre en compte la communication et il excelle dans ce domaine parce qu'il a des qualités de ressources humaines. Et puis c'est surtout cette écoute et cette confiance qui s'instaure, puisque rapidement on parle souvent du couple adjoint-chef, et ça a très bien fonctionné dès le début, et je crois qu'il m'apporte tous les jours au quotidien l'envie d'aller au travail, au-delà de la réussite des élèves.
- Marc-Antoine Lainé
Superbe. Déborah Champain ?
- Déborah Champain
Alors je dirais qu'en fait, le fait d'avoir, de toute façon, quand on a un nouvel adjoint, on se renouvelle. Le fait d'avoir une adjointe qui vient d'un univers différent fait qu'on requestionne tout ce qu'on fait. C'est-à-dire ce qui nous semble normalement évident, qu'on fait depuis longtemps, lorsqu'on travaille depuis déjà un certain temps à l'éducation nationale, semble beaucoup moins évident quand une personne arrive en terre quasi inconnue. Et donc on doit réexpliquer les process, les requestionner, et cette fameuse phrase "on a toujours fait comme ça" ne marche plus. Donc ça, c'est l'enrichissement d'avoir une personne nouvelle.
- Marc-Antoine Lainé
Une forme d'introspection, en fait.
- Déborah Champain
Quelque part être remise en question de ses pratiques et donc ça je pense que c'est dynamisant pour les établissements et là en l'occurrence pour moi. Ok. Hélène Véravalli ?
- Hélène Véravalli
Moi ce que je retiens c'est la confiance et on parle du binôme mais c'est une réalité. C'est à dire que si le binôme de direction n'est pas présent on est confronté à de grandes difficultés donc je pense que ce que je retiens de très positif c'est vraiment cette confiance, la constitution de ce duo et l'accompagnement que Déborah a fait tout au long de l'année, car venant du privé, clairement c'est quand même un défi d'intégrer l'éducation nationale. Et donc je dirais que Déborah m'a vraiment très bien accompagnée sur ce versant-là.
- Marc-Antoine Lainé
Très bien. Et vous, Florent Braune ?
- Florent Braune
Il y en a tellement aussi. Il y a pas mal de points positifs. Mais moi, si je suis venu, c'est vraiment pour m'occuper de l'humain et de l'élève. et dans tous les fonctionnements que l'on a, dans toutes les prises de décision, dans toutes les contraintes, ou même dans le quotidien que l'on gère au quotidien, excusez-moi pour le double mot, c'est le fait de chaque fois recentrer sur l'humain. C'est quoi ? Tout ça est fait, ok, mais l'humain dans tout ça. Et Jérôme, pour le coup, ramène toujours chaque décision, chaque action, quoi que ce soit, à l'humain. Et c'est comme ça que je garde sens, en fait, à ce que j'entreprends.
- Marc-Antoine Lainé
Parfait, merci beaucoup à vous quatre. J'ai encore un petit peu de temps, je vais vous poser une dernière question. Qu'est-ce que vous diriez à des candidats qui veulent se lancer dans ce concours 3ème voie ? Je ne pose pas la question forcément à quelqu'un, si quelqu'un veut répondre.
- Jérôme Ravanel
N'ayez pas peur. Foncez. Si vous avez des convictions, et surtout n'ayez pas peur de la fonction publique. Il y a énormément de similitudes entre le privé et le public. Si vous avez des convictions, il faut tenter. C'est une expérience riche. Tous les jours, c'est un nouveau métier, parce qu'on apprend énormément et on travaille avec de l'humain. Il y a cette notion de servir, d'être présent pour les autres. En tout cas, il ne faut pas hésiter.
- Déborah Champain
Je pense que c'est un métier de passion et passionnant. Il n'y a rien à perdre, tout à gagner. Au pire, on peut toujours faire marche arrière. Mais si on a l'envie de faire réussir les élèves, il faut venir.
- Marc-Antoine Lainé
Parfait. Merci beaucoup. Merci à vous quatre. En tout cas, restez avec nous. On va faire la petite transition juste. Votre entente montre que la mixité des profils est une richesse évidente. Mais pour que ces réussites deviennent la norme, l'institution doit elle aussi faire évoluer ses modèles. On en a parlé. On va retrouver Luc Pham et Vincent Auber pour notre dernière partie dans quelques instants. Merci à nouveau à nos quatre témoins, nous avons été rejoints par nos deux premiers invités, Luc Pham et Vincent Auber. Messieurs, déjà une première chose, vous avez pu suivre le débat en duplex. Que vous inspirent les propos de nos intervenants ? On peut peut-être commencer avec vous, Luc Pham.
- Luc Pham
J'ai trouvé que les propos étaient très rassurants, qui montrent que finalement des vocations de personnel qui viennent de l'extérieur de l'éducation nationale peuvent tout à fait convenir et s'adapter, y compris apporter des éléments nouveaux. à notre propre système. Et donc c'est quelque chose de très encourageant. Moi c'est ce que j'en retiens, en tout cas on l'a vu, des collègues qui s'apprécient, qui se soutiennent, qui apprennent l'un de l'autre. Il y a une connotation très positive à ce mariage entre deux cultures d'origine qui sont différentes.
- Marc-Antoine Lainé
Et vous Vincent Auber ?
- Vincent Auber
Sensible bien sûr à la richesse de la rencontre, dans le binôme de direction, chef-adjoint, avec des compétences réemployées, des compétences réemployées dans la conduite d'un collectif humain et dans son soutien. Là, effectivement, les parallèles qui sont faits sont particulièrement intéressants et convaincants, et peut-être aussi le partage des valeurs. On a la rencontre métier avec des compétences réemployées, de la curiosité développée, on suscite de l'interrogation, du questionnement professionnel chez l'un et chez l'autre, mais aussi la rencontre sur les valeurs, on voit bien qu'on est au service de quelque chose. ce quelque chose, c'est la réussite des élèves, et que c'est cela qui fait équipe, en réalité, à la fin des fins.
- Luc Pham
Alors Luc Pham, en écoutant ce débat de terrain, on a compris aussi que la clé résidait dans la capacité à manager par l'adhésion, par la communication. Comment le jury, aujourd'hui, de ce concours 3e voie, intègre-t-il des mises en situation professionnelles pour détecter, dès l'oral, une plasticité culturelle chez les candidats ? C'est vraiment l'objet de l'épreuve d'admission. qui se fait notamment et en particulier sur des mises en situation, soit très contextualisées, qui vont permettre de voir dans quelle mesure le candidat a une capacité à analyser la complexité et à contextualiser ses réponses. Devenir personnel de direction, ce n'est pas un métier de l'obéissance, c'est un métier de conception, d'imagination. de recherche de réponse collégiale, construite avec des partenaires. Et donc, comme le disait un ministre, je ne vous demande pas d'obéir, mais de réussir. Et ça montre bien à quel point la réponse va venir de la contextualisation, en fonction des personnels, en fonction des élèves, en fonction du contexte même de l'établissement, entre un établissement urbain ou un établissement rural. Voilà tout ce qui va permettre de jauger la capacité du candidat à ne pas plaquer des réponses toutes faites en pensant qu'elles sont bonnes et valables partout. S'il y a vraiment quelque chose à retenir, c'est d'ailleurs une des spécificités de l'EPLE, et on parle souvent de l'autonomie du chef d'établissement, c'est vraiment la question d'apporter des réponses circonstanciées pour améliorer l'efficience de cette réponse.
- Marc-Antoine Lainé
Ça veut dire que la compatibilité entre guillemets à l'éducation nationale, elle ne pas être artificialisée en fait ?
- Luc Pham
Elle ne peut pas être artificialisée, elle repose sur la compréhension, une compréhension profonde et une capacité à embrasser la complexité.
- Marc-Antoine Lainé
Alors Vincent Auber, on n'a pas vraiment parlé beaucoup de formation depuis le début. Est-il envisagé de concevoir un parcours d'acculturation spécifique pour les lauréats de ce concours 3e voie ?
- Vincent Auber
Alors c'est actuellement en construction et en particulier cette année où on renforce la personnalisation des parcours pour les lauréats 3e voie avec même un mentorat pendant tout l'été qui va leur être dédié. Donc c'est véritablement une préoccupation de permettre à ces lauréats de connaître mieux l'environnement dans lequel ils vont servir, dans lequel ils vont exprimer leurs talents, et nous avons des travaux en cours sur ces questions. Le complément, ce sont les sessions de formation à l'IHE2F. C'est aussi l'accompagnement par le chef d'établissement qui a un rôle majeur dans l'accompagnement de son nouveau collègue. C'est l'accompagnement dans le territoire parfois aussi d'autres collègues chefs l'établissement. C'est la connaissance renforcée dans l'établissement par les autres acteurs qui vont partager leur savoir, qui vont partager quelquefois des petits points de vigilance ou au contraire qui vont dire "là c'était vraiment formidable, c'est très intéressant, il faudrait qu'on puisse creuser ce que vous avez évoqué, proposé avec le chef d'établissement". Donc il y a la formation dans l'apprentissage, localement. La formation dans les sessions de formation, l'IHE2F, qui permettent de prendre du recul, de faire aussi équipe avec les autres lauréats concours, et puis des parcours plus personnalisés qui sont renforcés cette année. On est vraiment engagé dans quelque chose de plus personnalisé, de plus dynamique autour de ces nouveaux profils, que l'on souhaite attirer plus nombreux, de l'entreprise, des associations, ou parfois de personnels qui ont eu des mandats locaux tout à fait intéressants et qui croisent des cultures tout à fait riches au profit de nos établissements.
- Marc-Antoine Lainé
Oui, le concours est encore jeune, finalement 4 ans, donc ça va aussi évoluer au fil des ans, j'imagine.
- Vincent Auber
On a un taux d'attractivité très élevé quand même, c'est véritablement une excellente nouvelle, mais évidemment la connaissance de ce concours, la réussite des acteurs, des personnes de direction, leur parcours d'adjoint, puis leur parcours de chef d'établissement en pleine responsabilité, seront de toute façon des leviers tout à fait riches pour promouvoir ce type de développement de carrière.
- Marc-Antoine Lainé
Et si on reste sur la formation et qu'on écoute ce que nous disaient tout à l'heure nos témoins, il y a cette volonté aussi de ne pas mettre de panneau dans le dos finalement et de dire qu'au bout d'un certain temps, une fois l'acculturation faite, ce sont des personnels de direction comme les autres.
- Vincent Auber
Dès le moment où ils sont personnels de direction, ils sont personnels de direction. La formation, ils vont la construire, mais un personnel de direction se forme aussi, développe ses compétences toute sa carrière, y compris dans des contextes très différents. Donc on n'étiquette pas effectivement, ils sont personnel de direction, ils sont en fonction, ils sont en responsabilité, avec un accompagnement spécifique, avec parfois des précautions particulières, mais parfois aussi des réflexes qui peuvent être précieux ou très utiles, acquis ailleurs dans des collectifs de personnel différents, ils sont personnels de direction. Et à ce titre-là, ils ont pleine compétence. Je pense qu'il ne faut surtout pas étiqueter tel ou tel. Ça a été très bien dit tout à l'heure par une des intervenantes. Surtout, ne pas étiqueter.
- Marc-Antoine Lainé
Alors, tout à l'heure, on a vu deux binômes très compatibles, si je puis dire, très complices. Sur le terrain, l'arrivée de personnel n'ayant jamais enseigné peut parfois susciter des interrogations. C'est peut-être pas toujours ce cas-ci. comment l'institution peut-elle mieux communiquer aujourd'hui et valoriser ces profils auprès de l'ensemble de la communauté éducative ?
- Luc Pham
Je crois que c'est déjà le cas, en fait, quand on y réfléchit bien. Lorsqu'on recrute un personnel de direction, il y a une diversité de métiers à l'éducation nationale qui fait que les uns et les autres n'ont pas le même parcours entre un conseiller principal d'éducation et un professeur, qui constitue un vivier important des recrutements, on a déjà des parcours qui sont très différenciés, avec, on l'a dit tout à l'heure, ce qui fonde leur engagement des valeurs communes et des objectifs communs, mais de toute façon, à un moment ou à un autre, l'un ou l'autre va devoir compléter sa vision, sa formation, sa connaissance grâce au terrain, grâce à la formation. Et donc, ce n'est pas quelque chose de foncièrement déstabilisant d'avoir des personnels qui viennent de cultures différentes.
- Marc-Antoine Lainé
Au contraire, c'est quand même plutôt enrichissant.
- Luc Pham
C'est enrichissant.
- Marc-Antoine Lainé
Cette année, 45 postes offerts. Pensez-vous que ce volume a vocation à croître face à l'engouement pour ce concours ou finalement cette troisième voie doit rester un recrutement d'appoint, entre guillemets ?
- Luc Pham
Alors oui, ce n'est pas un recrutement d'appoint.
- Marc-Antoine Lainé
Complémentaire si je puis dire.
- Luc Pham
C'est effectivement une approche complémentaire. Elle est nouvelle, mais elle correspond aussi à ce besoin d'ouverture de l'éducation nationale, de s'enrichir de compétences différentes, de regards différents. Et vous avez bien entendu l'intérêt du regard neuf sur des choses qui ne sont pas réinterrogées. Je crois que c'est quelque chose de vraiment très intéressant, ce regard neuf qui permet de voir les choses différemment, sous un angle de vue différent. Et effectivement, quand on a eu une carrière, un mandat local, dans une association, dans une entreprise privée, on apporte ce regard qui peut être un tout petit peu décalé, qui va interroger les habitudes. Et je pense qu'on ne doit pas être dans un métier des habitudes. Les métiers d'éducation se pensent avec les élèves de notre temps et il n'y aurait rien de pire que de se figer, de rester dans une forme d'immobilisme qui pense qu'on a qu'à reproduire les choses pour qu'elles se déroulent bien. Un système qui n'évolue pas, il finit par mourir. Et donc, ça apporte du sang neuf, des regards nouveaux. Alors, quant à l'augmentation du nombre de postes, là, je vais laisser la parole à Vincent Auber sur ce sujet. Ce qu'il nous faut voir, effectivement, c'est d'avoir un peu de recul sur les déroulés, sur l'évolution de carrière, pour voir si une augmentation progressive serait intéressante pour le système, mais je pense qu'au vu de ce qu'on a entendu, ça peut tout à fait l'être.
- Vincent Auber
Ça mérite clairement d'être interrogé. Je pense qu'effectivement l'attractivité parle en ce sens, mais on a encore assez peu de recul. Ce n'est pas quelque chose qui est interdit, mais c'est certainement quelque chose qui peut évoluer favorablement. Après, c'est dans un ensemble aussi de postes qui sont recrutés. tant à l'interne que par la voie de la liste d'aptitude, par exemple, ou de détachement. Donc c'est dans cet équilibre-là aussi que se calculent ces ouvertures de postes. Mais il va de soi qu'on a là une piste tout à fait intéressante et qui est une piste prometteuse. Chaque jour suffit sa peine, chaque chose en son temps. Nous avons encore assez peu de recul finalement sur la statistique. En tous les cas, l'attractivité parle, conduirait à interroger les choses, conduit à interroger les choses en ce sens.
- Marc-Antoine Lainé
Je vais quand même vous poser la même question que j'ai posée à nos témoins. Qu'est-ce que vous diriez à des candidats qui hésitent à se lancer dans ce concours 3e voie ?
- Luc Pham
Moi, je crois que ça a été dit par les candidats, il y a un fondement sur les valeurs, sur l'engagement, sur les objectifs qui fédèrent rapidement. La fonction publique accueille les candidats dans de bonnes conditions, je crois qu'ils en voient aussi toute la noblesse en termes de posture, de valeur, d'exemplarité. C'est un métier aussi où il faut penser à sa propre exemplarité. Je crois qu'épouser une carrière d'encadrement dans l'éducation nationale, c'est penser à tout cela, ce qu'incarne la fonction publique, l'intérêt général. Je crois que si on partage ces valeurs, on s'y retrouve vite.
- Marc-Antoine Lainé
Et vous Vincent Auber ?
- Vincent Auber
Je dirais que c'est un métier où la variété est la règle et où l'intérêt aussi est la règle, puisque chaque jour, un chef d'établissement qui a fini sa journée, qui finit quelquefois un peu plus tard, qu'il ne serait raisonnable, il a été utile. C'est-à-dire que c'est un métier qui peut être exigeant, comme d'autres métiers, comme beaucoup des métiers qui ont été exercés par les personnes qui viennent à notre rencontre dans le cadre de ce concours. Mais la certitude, c'est celle de l'utilité et de l'intérêt général. Quand on vient dans ce métier au service de l'action éducative, des politiques publiques d'éducation, avec le sens de la coopération, avec les valeurs qui conviennent, on sert l'intérêt général.
- Marc-Antoine Lainé
C'est un très beau mot de conclusion. Merci à vous deux messieurs en tout cas. Ce qu'on retient de cet échange passionnant, c'est que le concours 3e voie s'installe en tout cas durablement dans le paysage de l'encadrement. L'impact de ce regard neuf, de cette expertise en gestion de projet, en management humain, il est bien réel, très apprécié sur le terrain, on l'a vu tout à l'heure avec nos témoins. La réussite de ce dispositif repose sur le courage des cadres, bien sûr, qui acceptent de se réinventer, mais aussi sur la capacité d'accueil des chefs d'établissement, sur l'intelligence des binômes de direction, sur l'effort de formation de l'institution. Et l'école de la réussite a tout à gagner, à s'ouvrir en tout cas à la diversité de ces parcours. Merci donc Luc Pham, merci Vincent Auber. Je remercie à nouveau Hélène Véravalli, Déborah Champain, Florent Braune et Jérôme Ravanel pour la richesse de leurs témoignages. Quant à nous, on se retrouvera à la rentrée prochaine. pour une nouvelle saison de notre émission Au périscope. Vous pouvez retrouver l'ensemble des émissions de la saison en replay, vidéo et podcast sur le site de l'IH22F et la plateforme Youtube. Très belle journée à tous et à très bientôt.