- François Bernard
S'autodéterminer, c'est être l'auteur de sa vie. Je suis François Bernard, directeur général du GAPAS et d'Ager pour l'inclusion, organisme de formation, conseil et recherche. Pour ce nouvel épisode d'Ager pour l'autodétermination, une nouvelle saison, j'ai le plaisir d'enregistrer dix nouveaux épisodes avec Martin Caouette. Bonjour Martin.
- Martin Caouette
Bonjour François.
- François Bernard
Alors, on y va. Et puis, c'est la première fois qu'on filme cette saison. Donc, on verra si on arrive à la publier. On voulait parler à deux de tout ce qui était appui ressources, rôle conseil, terme qu'on utilise plutôt de ton côté au Québec. Je vais te laisser démarrer pour savoir de quoi on parle quand on parle d'appui ressources au niveau de l'autodétermination.
- Martin Caouette
Oui, bien l'autodétermination, ça amène un changement au sein des organisations. On le sait, en fait, il y a plusieurs... Ces organisations qui mettent en œuvre différentes actions pour donner une place croissante à l'autodétermination des personnes accompagnées. Et quand on parle d'appui-ressources ou on parle de rôle-conseil, en fait, comme tu le disais, l'expression est plus utilisée au Québec. C'est cette idée-là d'accompagner les individus, les professionnels, mais d'accompagner aussi les équipes, puis parfois même accompagner les organisations dans tout ce que ça veut dire comme changement de pratique. Donc, je pense que l'élément clé ici, c'est vraiment de se dire que... L'appui ressource, c'est d'abord avant tout un processus qui passe par un accompagnement qui va être personnalisé en fonction de l'organisation avec laquelle on travaille.
- François Bernard
Oui, donc là, on est vraiment dans l'accompagnement au changement des pratiques.
- Martin Caouette
Oui.
- François Bernard
Et quand on parle d'appui ressource, on parle de quoi ? C'est des outils ? Ce sont des personnes ? Ça se met à réaliser comment ?
- Martin Caouette
Bien, c'est intéressant. Moi, je trouve intéressant de faire le parallèle avec tous les processus qu'on met en place pour les personnes accompagnées. C'est-à-dire que si j'accompagne une personne en situation de handicap... je l'accompagne avec différents moyens, des objectifs, des stratégies que je mets en place, donc avec un ensemble de ressources dont je dispose. Mais évidemment, ces moyens-là, ces outils-là vont toujours être personnalisés. Fait que penser l'accompagnement, c'est se questionner à savoir en fait, qu'est-ce que j'ai comme outils, comme stratégies, comme moyens à disposition qui vont me permettre de répondre aux besoins de la personne accompagnée. Ça veut dire qu'on va suivre un processus qui est un peu similaire comme la personne accompagnée. On va avoir une phase d'évaluation, on va essayer de comprendre un élément important, sur lequel on va revenir, je pense, tout au cours de la saison, c'est la notion de déséquilibre. C'est-à-dire qu'un changement de pratique pour miser davantage sur l'autodétermination, ça implique nécessairement que les gens, les associations, les groupes qu'on accompagne, vivent des moments de déséquilibre. Et là, quand on est en déséquilibre, c'est un moment propice aussi pour apprendre, pour développer de nouvelles capacités, de nouvelles compétences. Et c'est là qu'agir en appui ressources fait en sorte qu'on amène, en fait, des nouveaux outils, des nouveaux moyens, mais aussi des nouvelles réflexions qui vont permettre à ce changement de pratique-là de s'opérer.
- François Bernard
Ça veut dire quoi être en déséquilibre ?
- Martin Caouette
Bien, être en déséquilibre, en fait, c'est dire qu'à un certain moment, je suis en maîtrise de ce que je fais, je suis en maîtrise de mon travail, je suis en maîtrise de mes tâches. Et là, quand une transformation de pratique qui est majeure, il faut le nommer, arrive, est annoncée, bien, il y a un moment... où les repères que j'avais, que j'ai toujours eu, repères qui fonctionnaient très bien et qui me permettaient aussi de me sentir compétent, ils ne sont peut-être plus suffisants pour faire face à ce changement-là. Donc, ça veut dire que je suis en déséquilibre dans la mesure où il y a un écart entre ce que j'ai l'habitude de faire, ce qu'on me demande de faire, puis pour remplir cet écart-là, il faut que je développe des nouvelles compétences.
- François Bernard
Et alors, tu disais des outils personnalisés, ça veut dire que quand je crée un outil, il n'est pas forcément universel pour tout le monde. Toutes les personnes que j'accompagne ?
- Martin Caouette
Bien, il n'est pas nécessairement universel. Il faut toujours réfléchir, en fait. Là, quand je suis dans le processus d'appui ressources, ce qu'on va développer comme outil pour accompagner ce changement de pratique-là chez les professionnels, par exemple, bien, il va toujours devoir être personnalisé en fonction du contexte qui est très spécifique. Plus tard dans la saison, par exemple, on va discuter, toi et moi, de tous les enjeux, par exemple, liés aux spécificités culturelles. Bien, il faut en tenir compte aussi. C'est pour ça que... quand on est dans ce processus d'accompagner un changement de pratique chez ceux qui accompagnent les personnes en situation de handicap, parfois on est dans une posture un peu plus d'experts parce qu'on est en maîtrise de certains concepts, certaines connaissances, mais parfois aussi on est dans une posture un peu plus réflexive. C'est-à-dire que notre travail, c'est de soutenir la réflexion de ceux qui ont à mettre en œuvre le changement pour les amener par eux-mêmes, finalement, D'être. déterminer quels vont être les meilleurs outils pour réussir à mettre en œuvre ce changement-là.
- François Bernard
Comment on fait pour mettre en place une épure-ressource dans un établissement ou un service qui accompagne des enfants ou des adultes en situation de handicap ?
- Martin Caouette
Il faut d'abord être en mesure de venir soi-même s'appuyer. S'appuyer, il faut avoir des gens sur lesquels on peut compter pour mettre en œuvre ce changement-là. Il faut déterminer des objectifs qui sont clairs. C'est-à-dire que... Comment va s'incarner un changement de pratique orienté vers l'autodétermination dans notre établissement ? Ce ne sera évidemment pas la même chose si je suis dans un IME, si je suis dans un foyer, dans un ESAT. Si je suis en train de développer de l'habitant inclusif, ça va prendre des formes différentes. Il faut savoir s'appuyer, il faut savoir s'inspirer aussi de ce qui se passe ailleurs, travailler en réseau, travailler avec d'autres, aller chercher finalement des expériences qui sont riches, aller chercher du soutien par la formation. par un processus de consultation qui peut s'opérer à l'intérieur de l'établissement. C'est de multiples moyens, finalement, qui vont être combinés et qui vont nous permettre de déterminer le plan de changement qui doit s'opérer.
- François Bernard
Tu as parlé d'évaluation aussi à un moment donné. Qu'est-ce que tu veux dire par évaluation ? Qu'est-ce que tu entends ?
- Martin Caouette
Pour moi, l'évaluation, c'est dire c'est quoi le point de départ. Puis quand on est en train de réfléchir à qu'est-ce qui doit se mettre en place sur le plan de l'autodétermination, le point de départ, c'est déjà de se dire qu'est-ce qu'on fait Merci. qui s'inscrit déjà dans une perspective d'autodétermination. C'est-à-dire qu'on ne part jamais de zéro. Il y a déjà des choses, en fait, qui sont en place, qu'on a déjà mis en œuvre. Donc, il faut savoir les identifier, parce que ça, c'est déjà des ressources qu'on peut mobiliser à l'intérieur de l'organisation pour se dire, bien, tout ça, on le fait bien, ça s'inscrit dans la logique du changement qu'on veut apporter. Parfois, on n'y a pas toujours mis le mot autodétermination.
- François Bernard
Oui, c'est ce qu'on entend quelquefois dans les formations où les gens disent, mais ça, ça fait déjà plusieurs années Écouuuu qu'on a ce type de pratiques-là, qu'on travaille au soutien à la participation des personnes, à leur pouvoir d'agir. Effectivement, les personnes ne partent pas de zéro. Les pros ne partent pas de zéro là-dessus.
- Martin Caouette
Puis c'est une bonne nouvelle, en fait. C'est souvent dans ce processus-là d'évaluation qu'on peut peut-être appeler un processus d'appréciation aussi. C'est de se dire, faisons d'abord l'inventaire de toutes ces bonnes pratiques, façons de faire, qu'on est capable d'aligner, en fait. avec le changement qu'on souhaite opérer. De se dire, ben voilà, il y a déjà des choses qu'on fait à travers, par exemple, les projets personnalisés qui favorisent l'autodétermination. Il y a des choses qu'on fait à travers, bon, toutes les pratiques d'accompagnement des familles également, qui sont favorables à l'autodétermination. Donc, prenons le temps de tout identifier ces bonnes pratiques-là pour être capable de voir où se situe effectivement l'écart. Écart qu'on aura à combler et là, écart sur lequel ensuite on va pouvoir travailler et Merci. D'ailleurs, c'est un élément qui est quand même intéressant parce que ça va permettre de communiquer aux équipes qu'on fait déjà beaucoup de bonnes choses et que maintenant, c'est l'heure d'aller encore plus loin dans ces bonnes pratiques.
- François Bernard
Alors, dans cette nouvelle saison, on va aborder quel thème, Martin, pour qu'on donne un peu envie à nos auditeurs de poursuivre l'écoute ?
- Martin Caouette
Absolument. On va parler justement de déséquilibre. Qu'est-ce que ça veut dire au juste les types d'équilibre, de déséquilibre qu'on vit dans un contexte d'appui ressources ?
- François Bernard
OK.
- Martin Caouette
On va parler aussi d'un concept qui revient souvent, celui de résistance au changement. Parce que parler de résistance au changement, c'est de parler de la réaction que peuvent générer en fait les changements qu'on est en train de chercher à induire, chercher à provoquer. Maintenant, de résistance au changement, on va peut-être en faire une lecture qui est plus positive pour se dire que derrière ces résistances-là, il y a des choses qui se jouent et il y a des préoccupations. Il y a des préoccupations en fait légitimes qui sont là quand on met de l'avant un changement. Et on va essayer de prendre le temps de décortiquer, en fait, ces types de préoccupations-là également qui peuvent déjà nous orienter par rapport à la façon d'accompagner le changement. On va parler aussi de certaines modalités de groupe. Comment est-ce qu'à travers aussi le groupe, les communautés de pratique, les réseaux, puis d'autres modalités, finalement, on peut aller, on peut soutenir, en fait, cet accompagnement-là, sans oublier qu'il faut aussi penser à soutenir ceux qui soutiennent. Donc, comment on accompagne ceux qui ont appui ? piloter le changement au sein des organisations.
- François Bernard
Très bien. Écoute, merci, Martin.
- Martin Caouette
Merci, François.
- François Bernard
Si vous souhaitez être formé ou conseillé sur les sujets de l'autodétermination ou encore de la transformation de l'offre, n'hésitez pas à contacter toute l'équipe d'Ager pour l'inclusion à l'adresse mail contacte agerpourlinclusion.org