Speaker #1Moi, j'ai eu une de mes tantes en montant dans son grenier, en ouvrant une grande malle en osier, je la revois encore, avec des robes à crinoline, mais c'était d'une beauté, avec des grands chapeaux, avec des plumes et tout ça, et les bottines à boutons et tout ça. Alors avec ma sœur, on se déguisait, on passait des heures dans le grenier, mais on ne disait pas qu'on touchait aux affaires, parce qu'on se sentait peut-être fait gronder, mais il y avait de très très jolies toilettes. Mais bien que ma tante, bon après elle s'est mariée, bon elle allait au bal de temps en temps avec son mari, mais elle se mettait pas ses robes à la crinoline, parce que c'était terminé, c'était une autre mode. Mais c'était des grandes robes avec des grands cotillons, avec des grands jupons, et puis, oh ben c'était, ils en avaient des épaisseurs, ces femmes-là, enfin cette femme-là, et avec des bottines aussi, tout le temps des bottines, hein, avec des boutons. Et les hommes, ils avaient des petites bottines aussi. Je les ai accompagnées une fois au bal, C'était le bal des pompiers. Ils avaient tous des chaussures en cuir. Là, ils avaient laissé leur sabot chez eux. Ils étaient habillés en costume. Ils étaient beaux. Et les femmes, elles s'annonçaient, ça sautait. Puis alors, ils étaient contents. Par contre, mon autre tante, alors elle, c'est autre chose parce qu'elle travaillait beaucoup la couture. Elle faisait beaucoup de couture. Elle nous habillait, elle achetait un petit bout de tissu, un petit bout de tissu, elle nous faisait une petite robe et puis c'était vite fait. Et ma tante, je l'ai toujours connue avec des blouses. C'était des blouses qu'elle portait tous les jours, l'été. De couleur quand même. C'était bleu, c'était vert, c'était... Mais c'était sa blouse. Elle mettait une robe que quand elle allait au marché. Ce sont des femmes qui ne se maquillaient pas, c'était des femmes de la campagne. Alors ma tante, là qui mettait que sa blouse, elle se mettait de la crème d'IVA sur le visage. Son maquillage c'était ça. Et de l'autre colonne. Ma tante m'a élevée, j'étais donc toute petite chez elle, elle me frictionnait les jambes pour me donner la force dans les jambes. Ça se faisait dans le temps, on frictionnait les enfants avec de l'autre colonne, les jambes, mais même des bébés parce que moi je les fais à mes enfants. De l'autre colonne et de l'IVA, c'est tout, c'est tout, c'est tout ce qu'elle avait. C'était des petits flacons qu'elle achetait dans une épicerie dans son village. Elle, c'était pas au détail, c'était en ville ça. Moi je vois chez moi, moi qui ai toujours vécu en ville, on allait chercher de l'eau de Cologne, on avait un flacon d'eau de Cologne, bouteille d'eau de Cologne, on l'emmenait chez la parfumerie, et ils nous vendaient de l'eau de Cologne au détail. Le parfum qu'on voulait, il n'y avait pas beaucoup de parfums, il y en avait 3 ou 4, mais Ausha quoi. Il y avait du chypre, il y avait de la lavande, des trucs banals. Mais enfin, tu choisissais et ton flacon n'était pas plein parce que c'était trop cher. C'était trop cher. On était contents, on rentrait avec notre colonne. Et puis, ça devait nous coûter plus cher que si on avait acheté une bouteille. Sans doute, je n'en sais rien. Mais bon, ça faisait la semaine. Et puis après, en fin de semaine, on retournait. C'était comme la bouteille d'huile. C'est vrai. maman qui était en ville, alors elle c'était pas pareil, elle était plus coquette. Elle avait sa crème et elle avait de la poudre. Elle se mettait de la poudre, elle se mettait du rouge à lèvres et pour brunir ses sourcils, elle brûlait une allumette et quand l'allumette était bien noire, elle se faisait ses sourcils. Il y avait des parfums parce qu'elle a eu son parfum que mon père lui avait acheté, c'était Soir de Paris qu'elle a eu longtemps. Mais oui, mais comme c'était cher, il fallait l'économiser. Donc, elle se mettait de l'eau de colloille la semaine, et quand elle sortait, elle se mettait du soir de Paris. Mais comme maquillage, c'était tout. C'était tout. On ne se maquillait pas les yeux, mais le rouge allait, mais c'était très important. Les femmes, à l'époque, c'était du rouge rouge. Mais que ce soit blonde, brune ou n'importe quelle couleur, c'était du rouge très vif. Et c'était du rouge baisé, qui ne s'en allait pas. Tu mettais le rouge le matin, t'en allais pour toute la journée, même en prenant tes repas. Ça ne bougeait pas. Je crois que ça existe encore. Ma mère, à son époque, elle, il n'y avait pas de couleur de cheveux, il n'y avait rien du tout. Elle se lavait la chaise. D'abord, quand on était blond, ils se lavaient les cheveux à la camomille. Et quand ils étaient bruns, ils mettaient des feuilles de noyer. Quand on était à la campagne, il y avait des feuilles de noyer qui faisaient bouillir. Ils se rassaient les cheveux avec ça. Et ça leur donnait un brillant, ça leur donnait un très joli brun. Très joli brun. Il n'y avait pas de pantalon pour les femmes, de toute façon. C'était des jupes ou des robes. C'est-à-dire qu'on était habillés. Le jour comme le dimanche, parce qu'on avait les tenues du dimanche et le tenu de semaine. Il y avait beaucoup de couturières à l'époque. Il y avait beaucoup de couturières, mais il y avait quand même des magasins qui vendaient des choses toutes faites comme ça. Moi, je sais qu'avec maman, elle avait sa couturière. Elle avait même sa modiste qui nous faisait des chapeaux sur mesure et les robes sur mesure aussi. Ça se faisait beaucoup. Mais après, les magasins se sont aperçus qu'il fallait faire des tenues pour toutes ces femmes-là. Et ça a pris, ça a pris beaucoup. Les femmes ne faisaient plus faire faire leurs vêtements. Il y en avait quelques-unes. Mais après, les couturières, elles ont été un petit peu en déficit, forcément parce que les gens ne venaient plus. Après, même avec nous, maman allait nous acheter, par exemple, une petite robe dans un magasin, comme ça, qui était faite. Alors, pour les chaussures, il y avait tous les magasins de chaussures. Il n'y en avait pas encore maintenant, évidemment. Mais il y avait quand même de quoi se chausser. Et c'était des chaussures cuir. L'été, c'était des sandales. Alors, maman, je me rappelle, elle avait des sandales blanches. Mais autrement, elle avait des chaussures fermées l'hiver. Alors ça ressemblait un petit peu à des trotteurs. Des petits trotteurs avec de tout petits talons, qui faisaient habiller, évidemment. Alors il y avait des bas, c'était pas des collants, c'était des bas. Les femmes, elles achetaient des bas de soie, qui étaient très chers. Parce que le nylon, il but bien longtemps après. Il fallait les mettre avec des gants. Et il fallait faire très attention, parce que ces bas, ils étaient tenus... Avec des jartels, et les jartels, il y avait du fer, il y avait du caoutchouc. Alors si tu ne mettais pas au bon endroit, ça faisait le bas effilé. Et le bas effilé, la femme ne portait pas un bas effilé, parce que ça se voyait. Alors ça faisait désordre, il ne fallait pas ça. Alors il y avait des remailleuses de bas. Alors la femme, elle attrapait les mailles avec un tout petit crochet. Elle rattrapait tout ça, et les femmes pouvaient remettre leurs bas. Les remailleuses, il n'y en a plus, des stylistes, il n'y en a plus. Mais il y avait tellement de choses intéressantes. Moi, j'ai vu dans les magasins au moment de Noël, il y avait des personnes qui s'occupaient des vitrines, qui mettaient des animations dans les vitrines pour les petits-enfants. C'était très beau parce que moi, j'en restais des heures à regarder ça, les coller à la vitre. Mais maintenant, ça n'existe plus. Ça, c'était joli. Mais il y avait plein de métiers. Il y avait le remouleur, il y avait le vitrier. Moi, j'ai connu ça. Les vitriers, il avait plein de vitres accrochées dans son dos et il criait « vitrier, vitrier ! » Alors les gens, s'ils avaient besoin de paro, ils faisaient appel à lui. Et le rémouleur, pour aiguiser les couteaux, les ciseaux et tout ça, il passait. Il criait aussi « rémouleur ! » Mais tout ça, ça criait dans la rue. Alors les gens, ils savaient. Je te parle de ça parce qu'on était en ville, à la campagne, ça ne devait pas se faire. Oh, il y avait les chanteurs des rues. Alors les chanteurs des rues, moi j'en ai connu quelques-uns, c'était surtout des hommes. Ils allaient chanter dans les cours. Comme c'était des cours, on disait tout le temps que c'était la cour des miracles, mais c'était la cour des gens qui n'avaient pas de logement, on prenait ce qu'il y avait. Alors après, quand il avait chanté sa petite chanson, chacun lançait une petite pièce par sa fenêtre, puis ramassait par terre. Alors il y avait Rezéda, voilà, il y avait Rezéda. Moi j'ai connu Rezéda, il chantait très bien ce monsieur. Et puis il n'était pas jeune. Il y avait Rezéda, et puis il y avait les clochards aussi. Il y avait Titi de Verdegris à Nantes, qui était connue, mais qui était bien bien connue, avec sa petite voiturette là et ses chiens. Mais c'était une femme qui était inoffensive. Elle ne disait rien à personne. Elle faisait son petit train-train, elle ne demandait même pas la charité. Elle n'agressait personne. C'est pas une femme qui mendiait. Et l'hiver, elle allait du côté de la biscuiterie, parce qu'il y avait des plaques chauffantes. Elle faisait des gâteaux, elle allait au sous-sol, et elle savait où étaient les plaques chauffantes, et elle mettait son carton là pour dormir la nuit. L'hiver, les femmes, elles étaient habillées en manteaux de fourrure. Riches ou pas riches. Leurs chapeaux, leurs gants, toujours des gants, des gants de peau, tout le temps, tout le temps. Petits foulards, chaussures. Alors, beaucoup, beaucoup de bottines, mais pas des bottines, c'était des trotteurs. C'était des jolis trotteurs. Mais il y a toujours eu des escarpins, parce qu'on marchait quand même beaucoup en ville. On marchait beaucoup. Mais il y avait beaucoup de pavés, mais ça fait rien, les femmes marchaient en escarpins. Les femmes étaient habillées. D'abord, elles ne sortaient pas si elles n'étaient pas habillées. Même la personne qui n'était pas riche s'habillait. Quand elle sortait, elle s'habillait. Elle ne mettait pas les vêtements, par exemple, qu'elle avait pour aller faire ses courses à sa petite épicerie. Elle prenait ses vêtements du dimanche, parce qu'on avait des vêtements du dimanche. Je me rappelle, quand on allait à la messe, on avait... On avait notre petite robe, notre veste, notre manteau, ça dépendait de l'époque, la saison je veux dire. Et on avait des chaussures, on n'avait pas des tennis, on avait des chaussures. Et on avait des gants. Nous enfants, on n'avait pas des gants de peau, on avait des gants de laine. Mais les parents avaient, enfin, mon père avait des gants. Mon père avait des gants beurre frais. Beurre frais, ça veut dire très clair. Ah oui, il avait ses gants beurre frais. Et alors mon père, c'est autre chose, il avait sa petite brosse pour se coiffer les sourcils. Une toute petite brosse, il se coiffait les sourcils. Et il se faisait faire faire la manucure. Pas tout le temps, c'était maman qui lui faisait. Il avait de très belles mains. Il s'occupait de lui. Il était très épris de vie, d'abord. On n'avait pas tous les produits de beauté que l'on a maintenant. Mais les gens faisaient attention à leurs toilettes. C'est pas qu'ils faisaient attention. C'était comme ça. C'était normal. On sortait pas négligés. Il y avait pas de gens négligés dans la rue. Mais on l'avait pas.