Speaker #1Les loisirs à l'époque, avec mes parents, l'hiver, ils allaient jouer aux cartes chez des amis. L'hiver. Et l'été, avec ces amis-là, ils faisaient des pique-niques. Ils allaient dans les champs. Il y avait beaucoup d'hommes qui aimaient aller à la pêche, à la ligne. Alors ils passaient la journée au bord de l'eau avec leurs enfants et leurs femmes, et ils pique-niquaient toute la journée. Nous, on a fait ça une fois, mais... Mon père ne se va pas trop plus la pêche. Alors bon, on l'a fait. C'est-à-dire que nous avons pique-niqué plusieurs fois. Souvent même, enfin l'été. Après le repas, il y avait des blagues, il y avait des jeux, il y avait des roulades. Enfin, on s'amusait de peu en fait. On dépensait pas d'argent. Il n'y avait pas d'argent à dépenser, mais on n'y pensait même pas ça. Il n'y avait même pas un café pour aller prendre un verre. Non, on allait pique-niquer et après on rentrait chez soi. Et puis c'était bon. Et alors après, moi plus tard, quand j'étais jeune, j'ai commencé à aller au bal pendant la guerre. Pour me distraire un peu, j'allais à la campagne danser. Parce qu'à la campagne, dans un endroit bien précis, ils avaient fait un plancher et puis ça n'a pas duré longtemps parce que ça n'a pas dû marcher sans doute, je ne sais pas. Un plancher, puis il y avait un orchestre et puis les jeunes ils venaient danser là. Puis il y avait un petit point d'eau, les gens qui savaient nager allaient se baigner et il y avait un petit point d'eau pour les petits enfants. Il n'y avait pas de surveillance du tout, quand on y pense c'était quand même dangereux. Mais là aussi, moi je sais quand je suis allée au bal Maman m'accompagne avec ma sœur. Tous les samedis soir on allait comme ça Dans un bal musette pour danser comme ça Dans un vieux quartier fréquenté comme ça Par des danseurs de Java comme ça S'asseyait dans l'herbe parce qu'il n'y avait pas de banc, il n'y avait rien. S'asseyait dans l'herbe et puis quand j'avais fini ma danse, je revenais vers elle et puis après je retournais. Et puis après on rentrait chez soi et puis on était contents. Puis voilà. Alors après, quand je me suis mariée, ça a été autre chose. Ils ont fait des kermesses dans les... Enfin, je parle toujours de l'été. L'été, il y avait des kermesses un petit peu partout, dans tous les quartiers. Alors, tu allais à celui qui te plaisait le plus. Et puis, la kermesse, tu sais, quand tu allais le matin, tu rencontrais des gens que tu connaissais, parce qu'à ce moment-là, on se connaissait. On allait faire les courses, on rencontrait les gens, on a fait connaissance avec pas mal de gens. Et on s'en trouvait tout le temps dans les fêtes. Et là, il y avait des chanteurs, il y avait des jeux pour les enfants, il y avait des manèges, il y avait des buvettes, comme ils disaient à l'époque. Alors il y avait même des petits trucs pour manger. Là, ça commençait à se moderniser un petit peu. Mais les gens étaient raisonnables, ils ne dépensaient pas beaucoup d'argent. Ils achetaient un petit truc à leurs enfants, un coup de manège, et puis après, tout le monde rentrait aussi. Il y avait des artistes qui venaient chanter. Le ciel bleu sur nous peut s'effondrer J'ai vu Édith Piaf, j'ai vu Jacques Brel. C'était l'été. Et l'hiver, on ne sortait pas beaucoup. On avait quand même des hivers rigoureux. Il y avait des hivers qu'il n'y a plus maintenant. On restait au coin du feu. Et c'est là qu'on faisait de la pâtisserie. On faisait des galettes, on faisait des boteraux. On faisait plein de trucs avec les enfants. Alors, il y avait de la farine partout dans la maison. Mais ça ne fait rien, on rigolait bien. Ils mangeaient leur gâteau qu'ils avaient fait. C'était bien. et puis là aussi Bon, après, c'était l'heure de la soupe. Et après, tout le monde allait se coucher, tout le monde reprenait ses occupations au début de la salle, et puis voilà, quoi. Et puis, on attendait à la fin de la semaine pour recommencer. Quand j'étais jeune, mon fiancé m'emmenait au cinéma. Mais par contre, il ne m'emmenait pas au bal. Le week-end mettant le bal, et puis après on allait prendre un petit diaboloman. Moi je restais souvent chez moi parce que comme j'avais un mari sportif, il n'était jamais là parce que le week-end c'était le sport, j'étais à la maison avec les enfants. Mais le dimanche, enfin l'été quand il n'y avait pas de sport, on allait souvent soit manger des galettes, on faisait des kilomètres quand même pour manger des galettes. Puis boire un petit coup de cidre, puis après on rentrait, mais il fallait refaire les kilomètres. Mais c'était impensable maintenant. On dirait ça, les jeunes, aller manger des galettes à tel endroit, boire un petit coup de cidre, puis rentrer. Ils diraient non, c'est de la folie. Mais on l'a fait. Moi, j'étais une fille d'après-guerre, en fait, si vous voulez. Les appartements, il n'y en avait pas. Tout était démoli, alors on prenait ce qu'il y avait. Moi, j'ai vécu dans une pièce, et autour de moi, c'était pareil. Les propriétaires préféraient louer une pièce que d'arranger un appartement pour que ce soit plus confortable. Non, ils ne voulaient pas. Moi, j'ai fait des rencontres avec des gens de... On se fréquentait. Moi, j'ai appris à tricoter. J'ai appris un peu la vie aussi, parce que j'ai rencontré des personnes, hommes et femmes, qui pouvaient être mes parents en quelque sorte, et je les entendais parler, c'est pas à moi qu'ils disaient, mais moi comme je suis curieuse, j'écoutais pour apprendre, parce que je ne connaissais rien de la vie, moi j'avais 17 ans, mais j'étais nulle. J'ai appris à vivre avec ces gens-là, la façon dont ils parlaient, dont ils mangeaient, comment ils organisaient leur vie. En tant que femme, comme je débutais dans la vie, je voulais savoir comment ils faisaient. Et moi, ils m'ont appris par exemple à laver mon linge, à descendre, étendre mon linge comme il faut. Ils m'ont appris à tricoter. J'avais une copine, sa mère, elle travaillait sur un bateau lavoir. Je suis allée voir le bateau lavoir, voir son travail. C'était effrayant, ça se faisait à l'époque, elle était très contente de son travail. Mais j'ai connu ça, et puis alors j'ai connu aussi... toutes les petites boutiques qu'il y avait sur mon trottoir, il y avait la boulangerie, il y avait le boucher, il y avait la charcuterie, il y avait le cordonnier, il y avait tout, tous les corps de métier étaient sur les trottoirs, tout le long de mon coin, il y avait tout ce qui venait. Comme je n'habitais pas très loin du centre, j'avais tout à ma portée, tout. Et alors on savait ce qu'ils avaient mangé, on savait ce qui se passait dans leur maison, parce qu'ils nous disaient, on savait tout. Moi, j'ai eu... petits problèmes et j'ai eu une copine qui était un petit peu plus vieille que moi. Elle m'a aidée quand même, elle m'a conseillée. Elle était avec moi. On était bien toutes les deux. Elle m'a aidée parce que par moments, moi je me sentais un peu seule parce que je débutais dans la vie, je ne connaissais rien. Il fallait que je découvre tout par moi-même. Alors j'ai été vraiment des fois très surprise et puis je ne savais pas comment faire. J'étais un peu démunie quand même. Comme là, au début, quand je me suis mise en ménage, qu'il fallait que je gère un salaire qu'on me donnait, j'étais un peu dépassée, je ne savais pas. Parce que comme j'ai vécu avec maman longtemps, je ne me suis jamais occupée d'argent, de rien du tout. Du jour au lendemain, on me met au pied du mur, j'étais perdue. Alors il a fallu que je me débrouille toute seule, quand même. Parce que personne ne m'a aidée quand même. Il y avait cette fille-là, mais... Elle vivait avec sa mère, donc elle n'avait pas de problème. Elle faisait ce que sa mère lui disait, même quand elle était mariée. Elle vivait chez sa mère. Tandis que moi, j'étais toute seule. Et des fois, je me disais, est-ce que je dois acheter ci ? Est-ce que je dois acheter ça ? J'étais un peu dépassée. J'ai eu un début difficile dans ma vie de femme. Parce que je ne savais pas comment faire. Mais ce qu'il y avait, c'est qu'il n'y avait pas de repas de famille comme il y a maintenant. On mangeait tout ensemble et puis c'était bon. Moi, j'entendais mes voisins rire, parce que je me disais, cette dame-là, elle avait quatre fils. Et cette femme-là, l'été, forcément, les fenêtres étaient ouvertes. Je les entendais, le mari, la femme et les enfants. Ça riait dans cette famille-là, mais vraiment, vraiment. Ça riait, mais ils étaient comiques, c'est tout ça. Mais je me disais, quand je serai plus vieille, peut-être que je copiais un peu sur cette femme-là. Je me disais, ben oui, elle lave son linge, et puis après, ses enfants, ils en vont danser. Et puis elle, elle reste toute seule. Je dis, c'est ça la vie. Je m'imaginais, c'est ce qui m'est arrivé, mais quand on est jeune on se pose des questions, enfin moi toujours je me suis posé beaucoup de questions, mais ce qu'il y a c'est que c'est vrai qu'il n'y avait pas de repas familial, il n'y avait pas, les gens ne partaient pas en vacances, il n'y avait que moi dans mon quartier où je partais deux mois avec mes enfants pour une bonne raison, comme j'étais mal logé je voulais que mes enfants prennent l'air. Bien qu'on n'avait pas l'air polvé qu'on a maintenant. Mais enfin, je voulais partir. Et j'ai eu la chance de pouvoir les emmener à la mer pendant deux mois. Alors c'était quand même bien. Mais les gens où j'habitais ne partaient pas en vacances. Ils n'avaient pas de voiture. Il n'y avait pas de voiture. Les bus, c'était cher. Pour un peu, une femme, comme cette famille, elle avait quatre enfants, son mari et elle, comment veux-tu, ils ne pouvaient pas partir. Ce n'était pas possible. Il n'y avait pas de location comme ça se fait maintenant. Personne ne louait comme ça. Personne. C'était une espèce de cour où j'habitais, mais on aurait dit une cour familiale, parce que tous les gens étaient là, tout le monde riait, tout le monde chantait. S'il y avait un pot à prendre quand même, on était tous ensemble, et puis c'est tout. Dans mes alentours, c'était des Vendéens, donc ils n'étaient pas d'ici. mais je les entendais parler, mais ils allaient rarement dans leur pays, et leur famille ne venait pas. Moi, je ne les ai jamais vus pendant 15 ans que je suis restée là. Je n'ai jamais vu ces gens-là dire, tiens, j'ai eu ma soeur, j'ai eu mon frère. Non, non, non, je ne sais pas comment, je ne sais pas, ils ne se voyaient pas. Alors, nous, on se voyait beaucoup. Ma mère, son village devait lui manquer. Elle se trouvait bien en ville, mais... Ses parents, enfin son père, ses soeurs, ça devait lui manquer. Et quand elle était là-bas, elle était bien. Elle était bien. Donc c'était un coin, c'était sa jeunesse, c'est normal. Moi j'ai trouvé ça normal. Mais nous, on allait, c'était à Pâques, c'était à... Pas à Noël, pas au moment de Noël, parce qu'il faisait froid. Parce qu'on a pris le bateau pour aller les voir, pour aller voir mon grand-père. Oui, mais on était très famille. Mais on était très famille, oui et non. Parce que quand j'allais chez une tante, on allait chez une tante. On allait voir une autre, on n'était que nous. Les sœurs ne se déplaçaient pas pour aller chez les unes ou chez les autres. Mais deux tantes, d'un côté comme de l'autre, elles se voyaient quand elles allaient au marché. Mais autrement, elles ne se voyaient pas. Et pourtant, c'était quand même le clan. Ben oui, mais il n'y avait pas de locomotion. Enfin, mon grand-père prenait son cheval pour aller voir ses filles, mais l'autre, il l'avait sur place, donc c'était facile. Mais l'autre, il allait la voir avec son cheval et sa belle carriole, parce qu'il avait une très belle carriole pour sortir. Comment qu'il avait dit, mon cousin Albert, une chevrolette ? Il m'a dit, oh, c'est une chevrolette. Il m'avait dit quelque chose comme ça. Enfin, c'était une carriole avec des roues en caoutchouc. C'était pas des roues en bois. Et puis on avait un siège rouge, je me rappelle. Je suis montée dedans, rouge. Ça devait être du cuir, parce qu'à l'époque, il n'y avait pas de cibli de cuir. Ça devait être du cuir. Puis comme il était un menuisier charpentier, il a dû faire sa carriole lui-même, je suppose. Mais c'est vrai que mes tantes, je ne les ai jamais vues l'une chez l'autre. C'était loin pour faire à pied quand même. Puis c'est des femmes qui ont travaillé beaucoup dans leur maison par rapport à... à entretenir la maison, la famille, tout ça, et leur mari, c'est pas rien. Alors je sais pas. Mais je sais qu'on va aller de maison en maison, nous.