Speaker #1Mon père a eu une bronchite. Et figurez-vous que maman lui a mis des ventouses. Parce qu'on ne voyait pas le mieux de ça à l'époque. On se soignait tout seul, il fallait se débrouiller. Elle lui mettait des ventouses et elle lui donnait des tisanes. On se soignait beaucoup par tisane à l'époque. Et on avait des baumes pour se frotter. Par exemple, si on avait des courbatures ou des trucs articulaires, on se frottait avec des pommades. Quand on avait vraiment des gros rhumes, la ventouse était très à la mode à l'époque. C'était des espèces de verres. Maman prenait un coton et elle mettait de l'alcool à brûler, elle mettait le feu, elle chauffait le verre, elle mettait sur la peau, mon père, et puis ça faisait... Oh, moi j'aimais bien voir ça, ça faisait... Ben ça faisait ventouse, quoi ! Elle m'en mettait au moins une dizaine dans le dos. Et alors après, quand elle avait mis ça, elle lui mettait une serviette de toilette par-dessus. Puis il fallait attendre un certain temps. Et alors après, quand elle a enlevé la serviette de toilette, s'il y avait vraiment un mal profond, la peau, où il y avait l'avant-tout, ça devenait tout noir. C'était une espèce de congestion. C'était la congestion. Alors c'est ça qu'il fallait guérir. Parce qu'autrement, si c'était rouge, c'était pas trop méchant. Mais quand tu voyais le noir... Elle avait peur que ça s'aggrave. Après, elle lui a enlevé les ventouses, en appuyant légèrement sur sa peau, pour ne pas lui faire mal, pour enlever la ventouse. Et après, elle lui mettait du talc. Et il fallait qu'il reste au chaud pendant au moins une bonne heure après. Après, c'était guéri. Oui, parce que tu faisais ça une fois, mais après c'était fini. Pour se soigner, c'était ça. Le bleuet sur les yeux quand elle avait mal aux yeux, oui. Maman nous a mis de la ouate thermogène. qu'on achète chez le pharmacien. C'est comme du coton orange. Elle nous mettait ça sur la poitrine et dans le dos, et on s'habillait comme ça, et comme ça, notre bronchite ou notre rhume s'en allait. Ou alors aussi, elle nous mettait du camphre. Beaucoup de camphre. L'huile camphrée, on en avait tout le temps, parce que moi, je la faisais beaucoup de maux de tête quand j'étais petite. Et j'ai fait ça longtemps. Elle me faisait sur un gant de toilette, elle me mettait de l'eau et du camphre. Elle me mettait ça. Et ça me soulageait. Le corps, enfin, c'était... Puis j'ai beaucoup cette odeur-là, moi, ça me déplait pas, ça. Bah, des cataplasmes de la moutarde. Alors là, c'était une espèce de pâte qu'elle délayait. Au lieu de nous mettre la ouate thermogène, elle nous mettait ça dans un linge, et puis on gardait ça toute la nuit, par exemple. Et puis le menthe est gris. On n'avait pas besoin de médecin, on n'allait pas voir le médecin. On n'a jamais connu de dentiste. Jamais ! Personne. On n'a jamais vu de dentiste. Non. On se brossait les dents, puis c'était tout. Je me suis brossé les dents, mais très tard. Pas petite, hein. À 10-12 ans, je ne me lavais pas les dents. On n'avait pas de dentifrice. Et je ne me rappelle pas avoir vu de dentifrice du temps de mon père. Mon père, il avait de très très belles dents. Ce qu'il faisait, il prenait du bicarbonate de soude et il se rinçait la bouche pour avoir les dents blanches. Il n'y avait pas d'antifrice, il avait son médicament lui. Il faisait ça. Tu te brûlais, tu allais voir quelqu'un qui t'enlevait ta brûlure, qui te conjurait. Tu avais les verres, parce que Simone a eu les verres toutes petites, que maman l'avait mis à l'hôpital. Elle avait écrit à sa sœur, et puis sa sœur est arrivée à toute vitesse, elle dit tu vas aller chercher cette petite, tu vas la sortir de l'hôpital, on va l'emmener à voir notre petit-père qui va la conjurer, et puis ça va aller. C'est ce qu'ils ont fait, parce qu'elle a été entre la vie et la mort par les vers. Moi j'ai eu un panari à un doigt, j'étais à la campagne, j'ai été conjuré par le petit père. Tu avais des verrues, tu avais des brûlures, il t'enlevait le mauvais oeil, il t'enlevait le mauvais... Les gens qui te faisaient du mal, les gens qui t'emboutaient, parce qu'il y a eu des emboutements, il y a eu des gens comme ça. Il le faisait lui, il soignait même les bêtes. Il soignait les vaches. Il y avait beaucoup de guérisseurs, il y avait beaucoup de guérisseurs. Et c'est pour ça qu'on n'allait pas voir le médecin. On n'en avait pas besoin de médecins. On avait besoin que ces gens-là. Ma sœur, ils l'ont bien guéri. Elle a été plusieurs fois le voir, parce qu'elle faisait beaucoup de verre. Puis elle était capricieuse comme tout. Comment qu'elle disait maman ? Elle s'est pâmée. Alors ce qu'il y a, c'est qu'elle était tellement coléreuse. Elle devenait toute violette, puis elle tombait. Elle se pâmait. Et ou alors, un jour... Alors mes tantes m'ont dit tu le mêles derrière dans l'eau froide, ça va se passer. Et c'est vrai. Ah, les accouchements. Alors moi j'en ai pas connu beaucoup, j'ai connu que les miens. Moi j'ai accouché chez moi. Très bon souvenir. Il y a eu des coups de canon, c'était remarquable. On s'est pendu à tout le monde, des coups de canon. Quand un enfant arrive au monde, j'aurais pu avoir des cloches, mais enfin j'ai eu des coups de canon. Il faisait beau, l'enfant était beau. L'accouchement, en une heure, ça a été moclé pour un premier. Ma sage-femme, elle était très gentille. Elle est venue pendant une semaine me voir, s'occuper du bébé, tout ça. Elle m'a dit ce qu'il fallait faire. Ça a été merveilleux, merveilleux. Après, bon, après, j'ai accouché à l'hôpital, parce que j'avais plus de sage-femme, j'avais plus ma mère, il s'est passé plein de choses, évidemment. Il faut que tu te débrouilles encore là. Les gens mouraient chez eux, c'est vrai. Les vieux restaient chez leurs enfants et ils mouraient chez leurs enfants. Moi j'ai perdu mon père, il était à l'hôpital, mais on a dit à ma mère que c'était la fin, ils lui ont dit reprenez votre mari, emmenez-le chez vous. Et il est mort chez nous. Mes oncles sont morts aussi, mon grand-père, toute ma famille, ils sont tous morts chez eux, dans leur lit. Toutes les personnes âgées. Moi, j'ai connu mon grand-père, j'en ai pas connu d'autres. Il a été chez ma tante, jusqu'à sa mort. Il est resté là. Les personnes âgées, ils étaient chez leurs enfants. Ils avaient un choix, quand même. Parce que les personnes âgées, ils voulaient aller. Par exemple, ils avaient trois enfants. Il y en a un qui préférait aller. Chez qui aller ? Mais des fois, ça pouvait pas se faire. Alors, ils étaient pas contents. Moi, je vois mon grand-père, il voulait venir chez ma mère. On était en appartement. Lui qui a toujours vécu à la campagne, c'était pas possible. Il ne pouvait pas venir en appartement avec ses sabots. Ma tante, qui était à la campagne, comme ses enfants étaient partis, ils étaient tous mariés, donc elle avait une chambre pour lui. Donc il avait sa chambre. Et il est mort là, mon grand-père. Mais dans le temps, c'était ça. Maintenant, quand tu meurs, tu meurs à l'hôpital. Et tu meurs tout seul. Souvent.