Speaker #0Savez-vous d'où vient cette très belle chanson ? Elle a été écrite par Jean-Pierre Clarisse de Florian, mieux connu sous le nom de Florian. C'est un grand artiste, écrivain, fabuliste gardois qui est très peu connu, très peu vénéré dans ce département. Il est né en 1755 et il a passé toute son enfance au château de Florian. C'est un château qui a été construit par son grand-père au XVIIe siècle. Au lieu dit, Florian, qui signifie en latin Florissement, Florence, Florissement. Le château à cette époque-là était entouré de jardins à la française et de grands vergers où se promenait le petit Florian. Il a vécu là jusqu'à l'âge de 10 ans. Il fréquentait beaucoup les berges du Gardon à l'époque et il aimait beaucoup observer les bergers, les bergères. Et puis ensuite, à partir de 10 ans, il est parti habiter dans la région parisienne et il a été présenté à Voltaire parce que son oncle avait épousé la nièce de Voltaire. Voltaire d'ailleurs qu'il appelait le petit Florian, Florianet. Parce que je suppose que Florian avait l'accent du Gard et très souvent il devait ajouter des petits diminutifs au nom, comme c'est encore le cas actuellement. On dit un péquelet par exemple, un petit enfant. et donc Voltaire appelait Florian Florianet. Il a ensuite effectué un petit passage infructueux à l'école royale d'artillerie, mais il a très vite abandonné la carrière militaire pour se consacrer uniquement à l'écriture. Il était vraiment fait pour ça, il est vraiment très doué en écriture. Et il a suivi le duc de Pantièvre, qui était le petit-fils de Louis XIV, et qui était aussi son protecteur. Pendant toute sa vie, il a protégé Florian. Il a été élu à l'Académie française, ça c'est très peu connu aussi. et malheureusement il est enfermé, arrêté, emprisonné pendant la Révolution. Et il meurt très jeune, à l'âge de 39 ans, sans doute des suites des mauvaises conditions de sa détention. Et il est enterré à Sceaux, dans les Hauts-de-Seine, très belle ville vraiment qu'il faut visiter. Et sa statue trône dans le jardin des Félibriches, avec d'autres membres de cette société qui a été créée par Mistral en Provence, afin de protéger et de divulguer toutes les langues d'Oc, dont la langue provençale. Et chaque année, dans cette ville de Sceaux, il y a une commémoration des journées destinées au Félibrije. Florian est surtout connu en tant que fabuliste. C'est vraiment un très bon fabuliste qui succède à Jean de La Fontaine. Et ce n'est pas du tout un concurrent, puisqu'il ne s'inspire pas du tout de ses fables. Il a beaucoup d'imagination et il s'inspire peut-être un peu aussi du poète grec Aesop. Les fables mettent évidemment en scène des humains et des animaux, beaucoup d'animaux, et son style est vraiment plus concis et les morales plus courtes que celles de La Fontaine, mais très percutantes. Et beaucoup sont restés célèbres, tels que Pour vivre heureux, vivons cachés, Chacun son métier, les vaches sont bien gardées, ou encore l'asile le plus sûr est le sein de sa mère. Il a traduit des textes de Cervantes, sa mère était espagnole, et également il a publié un dialogue entre deux chiens qui est traduit de l'hébreu. Et puis il a surtout publié... une très belle pastorale qui s'appelle Estelle Hennemorin. Je vais vous lire une ou deux fables de Florian. Voici un livre qui a été publié en 1949, il a presque mon âge, illustré par Armand Rapogneau aux éditions Albain Michel, avec de très très belles illustrations de l'époque, mais qui sont pratiquement modernes pour certaines, comme celle-ci, L'aveugle et le paralytique. J'aime beaucoup le vaché et le garde-chasse, mais j'aime aussi le grillon. Donc je vais peut-être commencer par vous lire le grillon, avec une très jolie illustration qui représente deux enfants dans une prairie très verte, avec de très jolies fleurs blanches, et qui poursuivent un papillon avec un filet de pêche et un chapeau. Le grillon. Un pauvre petit grillon, caché dans l'herbe fleurie, regardez un papillon. voltigeant dans la prairie. L'insecte ailé brillait des plus vives couleurs. L'azur, la pourpre et l'or éclataient sur ses ailes. Jeune, beau, petit maître, il court de fleur en fleur, prenant et quittant les plus belles. « Ah ! » disait le grillon, « que son sort et le mien sont différents ! » Dame nature pour lui fit tout et pour moi rien. Je n'ai point de talent, encore moins de figure. Nul ne prend garde à moi, l'on m'ignore ici-bas. Autant votre aile n'existait pas. Comme il parlait, dans la prairie arrive une troupe d'enfants. Aussitôt les voilà courant après ce papillon dont ils ont tous envie. Chapeau, mouchoir, bonnet servent à l'attraper. L'insecte vainement cherche à leur échapper. Il devient bientôt leur conquête. L'un le saisit par l'aile, un autre par le corps, un troisième survient et le prend par la tête. Il ne fallait pas tant d'efforts pour déchirer la pauvre bête. « Oh, oh ! » dit le grillon, « je ne suis plus fâché. Il en coûte trop cher pour briller dans le monde. Combien je vais aimer ma retraite profonde. Pour vivre heureux, vive mon cachet. » Alors voici une autre fable que j'aime bien qui s'appelle le vaché et le garde-chasse avec toujours cette illustration de l'époque des années 50 donc un chasseur qui est assez assoupi, appuyé sur une canne sous un chêne vert apparemment et un jeune berger qui en l'occurrence porte un fusil lui et un chien À la patte bandée, Colin gardait un jour les vaches de son père. Colin n'avait pas de bergère et s'ennuyait tout seul. Le garde sort du bois. « Depuis l'aube, dit-il, je cours dans cette plaine après un vieux chevreuil que j'ai manqué deux fois et qui m'a mis tout hors d'haleine. Il vient de passer par là. » Lui répondit Colin. « Mais si vous êtes là, reposez-vous, gardez mes vaches à ma place et j'irai faire votre chasse. » Je répondis chevreuil. « Ma foi, je le veux bien. Tiens, voilà mon fusil. Prends avec toi mon chien, va le tuer. » Colin s'apprête, s'arme, appelle Sultan. Sultan, quoiqu'à regret, court avec lui vers la forêt. Le chien bat les buissons, il va, il vient, son, arrête, et voilà le chevreuil. Colin, impatient, tire aussitôt « M'en... » manquent la bête et blessent le pauvre sultan. À la suite du chien qui crie, Colin revient à la prairie. Il trouve le garde ronflant. De vaches, point ! Elles étaient volées. Le malheureux Colin, s'arrachant les cheveux, cheveux parcourent en gémissant les monts et les vallées. Il ne voit rien. Le soir, sans vache, tout honteux, Colin retourne chez son père et lui raconte en tremblant l'affaire. Celui-ci saisissant un bâton de cormier corrige son cher fils de ses folles idées. Puis, lui dit, chacun son métier. Les vaches seront bien gardées. Voilà, j'espère que je vous ai fait découvrir un homme intéressant, un artiste disparu trop jeune mais qui a aimé et qui a chanté notre belle région du Gard et les berges du Gardon surtout et qui mérite vraiment d'être mis à l'honneur et vous pouvez donc découvrir ces fables sur internet et vous pouvez aussi commander des livres qui contiennent toutes ces fables donc plus de 110 fables, je le répète, chez tous les libraires. Cette édition des fables de Florian, je l'ai trouvée chez un bouquiniste. Je l'ai achetée parce que j'étais très séduite par les illustrations, justement. Et il existe des éditions des fables encore plus anciennes que celle-ci, qui est de 1949. Et il en existe de plus anciennes encore, avec aussi des illustrations assez intéressantes.