- Speaker #0
Baliverne, un podcast dédié à la littérature contemporaine. Deuxième épisode, un lieu ensoleillé pour personnes sombres de Mariana Henriquez.
- Speaker #1
Bonjour à toutes et à tous, et bienvenue dans ce deuxième épisode de Baliderne.
- Speaker #2
Salut Etienne, salut Paul.
- Speaker #3
Salut, salut.
- Speaker #2
Bon alors, le prix Nobel attribué à Krasnoyarkaï, ça vous a fait plaisir ?
- Speaker #3
Bien sûr, ça fait carrément plaisir.
- Speaker #1
Un auteur qu'on adore, un styliste. Le prix Nobel parfois couronne un auteur qui a des idées, certains thèmes qui sont à la mode. Et là, c'est vraiment un auteur qu'on aime.
- Speaker #2
Ouais. Et puis on avait eu le nez creux en lui consacrant notre premier épisode, donc ça fait plaisir. Bon, aujourd'hui on va un petit peu changer de sujet, il va être question de revenants, de jeunes filles putréfiées, d'étranges métamorphoses, puisqu'on va parler de l'écrivaine argentine Mariana Enriquez et de son troisième recueil de nouvelles intitulé, joliment d'ailleurs, Un lieu ensoleillé pour personnes sombres, dont la traduction a été publiée au début du mois de novembre de cette année aux éditions du Sous-Sol, comme... toute l'œuvre de Marianna Henriquez. On avait déjà beaucoup entendu parler d'elle il y a 3-4 ans, lors de la traduction de son premier roman, Notre part de nuit, qui retracait la cavale d'un père et de son fils, tous deux dotés de dons de voyance. Pour être tout à fait honnête, c'est un roman que je n'avais pas particulièrement adoré, malgré certaines qualités. Je me souviens, cela dit, d'un très joli chapitre sur l'ouverture d'une fosse commune. C'était très très beau. Donc j'avais l'impression que l'autrice s'y perdait un peu et moi avec. Et là, en lisant justement ce recueil, un lieu ensoleillé pour personnes sombres, je trouve qu'Henriques a comme grande force justement cette capacité, cette forme, cette maîtrise de la nouvelle et cet art de la concision et du hors-champ. Donc je suis très heureux qu'on parle de ce recueil de nouvelles, genre dans lequel elle me semble trouver sa plus parfaite expression.
- Speaker #3
Oui, peut-être pour vous présenter la vie de Marianne Henriquez, je vais vous faire une petite biographie. Alors moi, j'ai eu la chance d'assister à la seule rencontre qu'elle a donnée dans une librairie à Paris. En fait, elle était un peu en tournée, comme une rockstar. Il y a beaucoup de journalistes qui l'ont comparée à une rockstar puisqu'elle génère exprès pour présenter son livre en Europe et elle passe d'une librairie à une autre un peu dans chaque pays. Et en plus, elle a un peu le look, enfin moi, elle m'a fait penser à Robert Smith des Cures. Donc, elle arrive avec un look un peu gothique, des cheveux cendrés. Alors, pour revenir sur sa vie, donc, Marianne Enriquez naît en 1973 dans la province de Buenos Aires. C'est la fille d'un ingénieur et d'une médecin progressiste. C'est comme ça qu'elle les qualifie. Mais dans ses années 80 en Argentine, elle les voit frapper par la crise économique. liées à l'hyperinflation. Et encore aujourd'hui, elle pointe, d'après elle, je cite donc, la rupture du lien social causé par la crise et le libéralisme qui a détruit l'idée d'un futur coma et qui fait que chacun tente de se sauver seul. Sa jeunesse est aussi marquée par les années Sida. Donc ça, c'est pour le contexte un peu politique. Comment elle est venue à la littérature ? Sa mère, très jeune, lui récite du Baudelaire. J'ai aussi lu que sa grand-mère lui racontait des histoires de superstitions liées au folklore local. Elle va d'abord entreprendre des études de journalisme à l'université de la Plata. Elle devient ensuite, au terme de ses études, rédactrice en chef adjointe de la section culturelle d'un grand journal argentin, Parina Dossé. Donc elle vient du journalisme et... Ça c'est intéressant, on en reparlera, mais peut-être simplement pour évoquer, ça se ressent en fait dans les nouvelles du recueil. Dès la première nouvelle, Trois Mortristes, qui décrit une sexagénaire qui se voit chargée de consoler un peu des fantômes qui viennent hanter son quartier. Mariana Enriquez a dit de cette nouvelle qu'elle a choisi trois cas véridiques de personnes mortes brutalement. mais je cite le reportage simple et le réalisme qu'il implique ne me suffisent pas à exprimer ce que j'ai à dire, ces assassinats sont liés au narcotrafic, au crime organisé à l'indifférence sociale, mais ce qui m'intéresse c'est de me demander ce qui se passerait si ces morts revenaient réclamer justice que fait-on avec cette mémoire ? Donc simplement pour ouvrir déjà une piste d'analyse sur cette influence qu'on sent du travail journalistique dans sa fiction euh Je termine avec sa bibliographie. Donc elle publie, Paul, tu l'as dit, en commençant par le début, elle publie d'abord un premier roman qui n'a jamais été traduit. En 1995, « Bacchard et Slopéod » , donc « Descendre et le pire » . Ensuite, on a donc trois recueils de nouvelles. 2009, « Les dangers de Fumeroli » , 2016, « Ce que nous avons perdu dans le feu » , et aujourd'hui, « Un lieu ensoleillé pour personnes sombres » . A noter aussi qu'elle a consacré un livre à Silvina Ocampo, une autrice argentine. Et donc ce roman, 2019, Notre part de nuit, que tu as lu Paul, qui l'a vraiment consacré en tant que... Enfin, ça a été un gros succès, 360 000 exemplaires, 26 traductions. Et aujourd'hui, Marianne Adriquez, elle a plus de 250 000 followers sur Instagram. Donc c'est assez énorme pour une écrivaine. Et simplement... peut-être rajoutée pour le contexte d'écriture de ce recueil de nouvelles qui nous intéressent. Elle l'a écrit, c'était pendant le Covid, elle est un peu tombée en dépression. Et elle a dit qu'elle s'est mise à écouter des podcasts sur les légendes urbaines. Et c'est ce qui l'a conduite à rédiger ce recueil quasiment pendant un été. Elle l'a écrit très vite.
- Speaker #1
Oui, alors pour compléter un peu, elle a une personnalité assez attachante. Elle parle très bien de ce qu'elle fait. Elle a un peu cette culture rock aussi. D'ailleurs, à la fin du recueil de nouvelles, elle donne un certain nombre de musiques, de CD qu'elle aurait écoutées en composant ses textes. Et donc, il y a comme la bande originale de ses nouvelles qui accompagne le livre. Et elle est aussi habillée comme ça, un peu, comme tu l'as dit, comme une rockstar. Et ça fait partie de sa personnalité. Je me souviens que la première fois que j'ai entendu parler de son nom, C'était par une amie, un peu dans le milieu de l'édition, juste avant la sortie de Notre part de la nuit. Il y avait déjà une rumeur autour d'elle, alors qu'elle n'était pas encore connue en France, ou une grande autrice, mais on parlait de, attention, note bien ce nom, il y a cette Marianna Henriquez, elle vient de sortir un livre énorme. On va beaucoup en parler dans les prochains mois. Je me souviens que c'était déjà, avant même qu'elle soit en France, que ce livre soit publié. il y avait déjà son nom, il y avait déjà comme une attente autour d'elle. Donc évidemment, quand elle sort un nouveau livre, c'est toujours assez excitant.
- Speaker #2
Oui, mais finalement, tu l'as bien présenté, Paul. On a une sorte de savant mêlant. Donc ce sont des nouvelles d'horreur, on l'a dit, mais on le répète, d'horreur fantastique. On s'interrogera peut-être sur ce qualificatif de littérature d'horreur, mais on est un peu à la croisée d'une littérature gothique, de l'influence de Baudelaire, et en même temps de choses beaucoup plus contemporaines. de pop culture je pense qu'il y a des éléments qui rappellent peut-être Stephen King je sais pas si c'est vraiment le plus beau complément qu'on puisse le faire mais c'est une influence qu'elle revendique et puis également une sorte de tradition du folklore sud-américain de légende urbaine, de légende de saint également de saint catholique et donc on a une sorte de convergence comme ça d'influences extrêmement variées qui donnent naissance à une oeuvre relativement inclassable, même si on a envie de dire que c'est de la littérature fantastique ou de la littérature d'horreur, peut-être par commodité. Donc il ne s'agit pas d'un roman, mais d'un recueil d'une douzaine de nouvelles, ce qui évidemment est difficile à résumer. Alors, je ne vais pas vous raconter les douze intrigues, mais je pense que c'est plus judicieux de parler peut-être de ce qui les relie, et puis après on rentrera dans le vif du sujet en évoquant ces nouvelles. Je pense que la première chose qui va relier ces douze textes, c'est l'espace dans lequel ils s'inscrivent. vers cet espace ? Bon, évidemment, c'est l'Argentine. Toutes les nouvelles, à l'exception d'une, se déroulent en Argentine. Et plus exactement, ce sont souvent les marges de l'Argentine qui vont être représentées. Les hommes pavillonnaires délaissés, les quartiers misérables de Buenos Aires, les villages dépeuplés et coupés du monde, les vieilles maisons perdues au milieu des marais, jusqu'à même un cimetière de frigos abandonné à mi-chemin entre la décharge et le labyrinthe. Donc, des espaces qui sont... à la marge et puis qui, parallèlement, disent quelque chose des personnages qui sont aussi des personnages marginaux, des personnages qui sont des minorités, souvent, ou plus largement des êtres qui sont habités. par une très grande solitude. On a une femme qui souffre, on a une jeune fille en putréfaction, on a une autre qui couche avec des fantômes, et une enfin qui peine à surmonter le deuil de son compagnon. Donc des personnages qui sont autant à la marge que les lieux dans lesquels ils évoluent. Et justement, ça se voit bien avec peut-être la première nouvelle, « Mes morts tristes » , qui évoque justement une zone frontière entre résidence pavillonnaire et bidonville. C'est une zone de l'entre-deux, et c'est dans cette zone-là que vont apparaître justement des êtres de l'entre-deux, des spectres, des fantômes. Puisque, et c'est peut-être le dernier point qui relie ces nouvelles, ce sont les fantômes. La plupart des nouvelles contiennent des présences fantomatiques qui incarnent eux-mêmes cette marge entre la vie et la mort. On a des spectres de disparus, des morts qui se refusent à l'oubli et qui vont hanter les vivants, avec des manifestations extrêmement diverses. Ça peut être des présences spectrales, ça peut être des lieux qui sont eux-mêmes chargés d'histoire. Et puis ça peut être des objets, des objets qui rappellent un passé, mais toujours un passé douloureux.
- Speaker #1
Oui, alors elle embrasse la littérature de genre, c'est vrai. Pour donner un exemple de ce qu'elle fait, je vais prendre une nouvelle qui est dans ce recueil. Différentes couleurs composées de larmes. Je crois que c'est le huitième texte. Et pour raconter un peu, ce sont des... Des femmes qui tiennent un magasin de vêtements et qui rachètent des vêtements d'occasion, elles cherchent un peu les annonces sur Internet pour essayer de trouver des vêtements rares, de marques qui soient de très bonne qualité, qu'elles puissent revendre ensuite. Et elles tombent sur une annonce, un homme qui se débarrasse d'un lot assez important de vêtements très chics, de haute couture ou de vêtements recherchés. pour un prix dérisoire, et c'est assez étrange. Et on va découvrir plus tard que ces robes, quand on les porte, il se passe quelque chose d'horrible, de fantastique. Et elle dit souvent qu'elle part d'une idée et qu'elle construit sa nouvelle plus tard. Et il y a une idée forte qui la motive pour écrire. Et ici, c'est une très belle idée, comme quoi les traumatismes du passé ou la violence qui a... pu être faite s'inscrit encore dans le tissu du vêtement. J'ai trouvé ça absolument marquant et c'est une des nouvelles qui m'a le plus travaillé par la suite. Je continue à y penser encore.
- Speaker #3
Oui, c'est vrai que c'est peut-être ma nouvelle préférée aussi, différentes couleurs composées de larmes. Il y a une des thématiques importantes du recueil dont on parlera qui est cette violence en héritage. Il y a tout un truc, une dimension liées à la mémoire et à ce qui reste de nos aïeux. Comme tu l'as dit, c'est l'histoire d'un homme riche qui va léguer des robes à des employés d'un magasin de mode de seconde main. Elles vont subir la violence que la femme de cet homme avait subie elle-même en enfilant les vêtements. Il y a quelque chose qui... qui est incarnée par la figure du fantôme. Dans la rencontre que j'ai faite à la librairie, Marianne Henriquez disait cette phrase qui est très courte, mais qui est assez parlante. La société est triste, pas les fantômes. Les fantômes essayent de dire aux vivants qu'ils sont vivants. Et on parlera de la dimension politique propre à l'Argentine, mais oui, elle utilise le fantastique pour faire passer un discours politique.
- Speaker #1
Oui, je crois qu'il y a deux choses que je voulais rajouter sur la présentation du livre en général. C'est qu'il y a des femmes dans toutes les nouvelles et que les personnages principaux sont toujours des femmes. Donc, je pense que c'est un élément essentiel. Et c'était aussi le cas, il me semble, dans le recueil de nouvelles précédentes. Donc, ce n'est pas un hasard. On sait que Marina Henriquez, elle est engagée politiquement et il y a un certain féminisme dans ses textes. Et un autre élément, c'est qu'on parle de fantômes. mais je pense pas qu'il faille s'imaginer pour les gens qui n'ont pas encore lu Marianne Henriquez que ce sont des fantômes complètement terrifiants où les gens se mettent à hurler et à partir en courant. Il y a une bonne dose de dialogue entre les humains et les fantômes dans ces textes. En fait, on est plutôt en train de négocier quelque chose. Les fantômes se plaignent, les humains cherchent un compromis. C'est très banalisé. On est moins proche de l'horreur. Il y a quelques nouvelles qui sont vraiment dans le type de l'horreur, mais on est souvent dans une relation entre le passé et le présent et une conversation entre les fantômes et les humains.
- Speaker #2
Tu fais bien rappeler que ce sont pour la grande majorité des narratrices, ou en tout cas pas forcément des narratrices, mais des personnages féminins, des personnages principaux féminins. Ce qui mène à une autre idée, c'est qu'on est sur un texte qui parle beaucoup de corps. On en a parlé juste avant avec différentes couleurs composées de larmes. Mais il est aussi question des corps en transformation, des corps vieillissants, des métamorphoses, au sens très large. On a des personnages féminins qui sont des personnages plutôt âgés. On n'est pas sur des corps forcément jeunes et désirables. On est sur des corps qui sont en train d'évoluer. Et on a beaucoup, pour revenir à cette idée de la marge peut-être, beaucoup de personnages qui sont dans un cas d'entre-deux, de métamorphose, de transformation. On peut penser aux femmes-oiseaux. Il y a des associations humains-animaux, les femmes-oiseaux. On a des présences animales, mais qui évoquent... des personnages qui ont vécu, comme le Puma à Los Angeles. On a des hyènes dans les hymnes des hyènes, les nouvelles. Et puis on a aussi cette très belle nouvelle, qui moi est celle qui m'a le plus marqué, c'est Métamorphose, au pluriel, qui justement évoque une femme dont le corps est en train de changer et qui se fait retirer un myome, une sorte de tumeur, qu'elle souhaite se faire greffer par la suite sur le dos pour devenir une forme de dragon. C'est une nouvelle qui est finalement assez peu fantastique, celle-ci. peut-être la moins fantastique de toutes, et qui pourtant comporte une charge d'étrangeté, comme si finalement le corps en soi était une chose étrange et inquiétante.
- Speaker #3
Oui, cette nouvelle-là, métamorphose, ça m'a un peu rappelé le film The Substance aussi de Coralie Fargeat. En fait, j'aime bien l'idée que ce soit un féminisme qui n'est pas forcément très revendicatif, qui ne va pas être dans un... dans une colère explicite, un féminisme de combat, mais qui consiste simplement à s'emparer de sujets pas encore traités, d'aller un peu dans des interstices. Et donc, voilà, en parlant de cette femme qui subit une ablation de l'utérus, où, je me souviens, dans le recueil précédent, il y avait le sujet des règles, par exemple, qui était vraiment traité de manière très nouvelle, en fait. Et ce que fait Mariana Henriquez, finalement, c'est pas...
- Speaker #2
réavent pas le genre,
- Speaker #3
mais elle va le moderniser en ayant un point de vue féminin, tout simplement. Et on est, malheureusement, on est très peu habitués à lire des points de vue féminins, et peut-être en plus, en particulier,
- Speaker #2
dans l'horreur, dans le genre de l'horreur.
- Speaker #1
Oui, je trouve que ça fait du bien, ce point de vue et cette écriture. Moi, j'avais un petit peu une théorie, c'est que ces nouvelles et ces personnages l'accueillent. accompagne en termes d'âge, c'est-à-dire que les personnages de son recueil précédent avaient à peu près son âge à l'époque. C'était plutôt des jeunes femmes en 2009 quand elle l'écrit. Bon, elle a la trentaine, je pense, à ce moment-là, mais les personnages sont peut-être un petit peu plus jeunes dans Les dangers de Fumérolis. Mais aujourd'hui, ces personnages féminins dans son dernier recueil, là, l'ont accompagnée et ont les problèmes qu'elle a elle-même à 55 ans. Je pense que c'est intéressant de voir des personnages qui vieillissent avec elle. Et une chose que je voulais rajouter, c'est cette transformation des corps, cette dégradation des corps qu'on a souvent dans ces textes. En tout cas, dans deux textes ici très forts, c'est Métamorphose dont vous avez parlé, qui est aussi, je trouve, un texte très puissant avec cette tumeur et cette greffe. Et puis, le malheur sur le visage, où une femme voit son visage se dégrader comme ça. Moi, ça m'a fait penser évidemment à leur dégradation du corps, cicatrices, transformation à David Cronenberg. Et je sais qu'elle apprécie ses films et que c'est une influence assez claire chez elle. Et ce qui m'a intéressé, c'est la dégradation du corps féminin. Et j'ai trouvé aussi, peut-être que j'exagère un peu, il me semble une dégradation du corps social qui accompagne aussi ses textes. Parce qu'on voit carrément la précarité en Argentine aujourd'hui. La pauvreté, dans Mes morts tristes, on voit à quel point le quartier devient de plus en plus dangereux. Ils sont attaqués aux distributeurs du billet par des adolescents armés. Elle parle quasiment de bidonville. Dans la dernière nouvelle, Les yeux noirs, on est aussi avec des clochards qui vivent dans la rue. Les deux gamins qui se mettent à les suivre, en fait, c'est des enfants de la rue. Donc, je pense qu'elle a... Cette décomposition accompagne le corps et la société.
- Speaker #2
Mais justement, je vous propose qu'on écoute un petit extrait pour entendre un peu le texte. Un extrait qui est tiré de la nouvelle, qui donne son nom au recueil. Un lieu ensoleillé pour personnes sombres. Je pose le contexte très rapidement. Il s'agit d'une journaliste argentine qui retourne à Los Angeles. pour enquêter sur la mort d'une femme du nom d'Elisa. C'est une nouvelle qui est directement inspirée d'une histoire vraie, qui est l'histoire de l'inconnue du Cecil Hotel. Je vous laisse écouter ce petit extrait.
- Speaker #4
Elisa était une très jeune touriste qui, ignorant probablement le passé du lieu, avait réservé une chambre à l'hôtel Cecil. Au centre de Los Angeles, l'endroit était connu, non seulement à cause de différentes tragédies, suicides, crimes, etc. mais aussi parce que c'était là qu'avait résidé pendant longtemps le tueur en série Richard Ramirez. Elisa avait débarqué en janvier 2013. L'établissement est bon marché car il est près de Sky Draw, le bidonville avec des tentes qu'on n'appelle pas ainsi aux Etats-Unis. Et les chambres sont réparties entre les touristes, en général, des jeunes baroudeurs ou des voyageurs avec peu d'argent, Et les résidents, les gens les plus défavorisés du quartier, drogués, convalescents, ou à me laisser itinérant. Elisa a disparu le 31 janvier. Ce jour-là, elle n'est pas revenue dans sa chambre et a cessé toute communication avec sa famille. On l'a retrouvée,
- Speaker #2
20 jours plus tard, flottant dans le réservoir d'eau de l'hôtel, noyée, nue, tous ses vêtements et affaires personnelles dans l'eau. Un des clients avait remarqué que l'eau des robinets et de la douche était noire et, bien sûr, sentait mauvais. Elisa a pourri dans l'eau du réservoir que les clients de l'hôtel ont bu. Donc c'est un extrait d'un lieu ensoleillé pour personnes sombres qui donne son nom au recueil. Et à mon sens, c'est également une des meilleures nouvelles. C'est-à-dire que si on... Voilà, moi j'ai laissé Métamorphose qui m'avait beaucoup marqué. Et celle-ci également, pour une raison simple, c'est que dans cette nouvelle, les fantômes ne sont... pas forcément ce qu'on croit. C'est-à-dire que il est question d'une présence fantomatique, celle de cette jeune femme Elisa, qui est morte noyée dans l'hôtel. Et donc, de ces manifestations supposées, on va avoir des médiums qui vont venir pour essayer de communiquer un peu avec Elisa afin qu'elle raconte ce qui lui est arrivé. Or, ce qui se passe dans la nouvelle, c'est que la journaliste qui enquête fait face à ses propres fantômes. puisqu'elle a déjà vécu à Los Angeles et elle y revient. Et ces fantômes, ce sont les fantômes de son propre passé, de son ex-compagnon qui était un toxicomane et de la violence qui tourmentait leurs relations. Je trouve que ce qui est très juste de la part d'Henriques ici, c'est qu'elle va déplacer le centre de gravité un peu de sa nouvelle. C'est-à-dire qu'on s'attend à encore une nouvelle de revenant et de présence spectrale. Et la présence spectrale, finalement, elle arrive à la toute fin et elle est presque négligeable. Et c'est ça qui me plaît beaucoup dans cette nouvelle, c'est que finalement, Enriquez arrive à mêler l'horreur, enfin le fantastique, le genre littéraire, et l'intime. Et les nouvelles qui me semblent les plus réussies sont toujours celles où l'horreur passe au second plan et où l'intime des personnages prend la place, comme pour montrer que finalement, le réel lui-même est terrifiant et extrêmement anxiogène.
- Speaker #1
Moi, je n'ai pas grand-chose à rajouter sur cette nouvelle. C'est vrai qu'elle est très intéressante. Elle se passe à Los Angeles. Je sais qu'elle introduit à un moment un puma en haut d'une colline qui regarde la ville et que ce puma, il apparaît dans une chanson de Nick Cave et que c'était une sorte d'hommage, référence, clin d'œil de Mariana Henriquez qui adore cette musique et qui voulait placer ce puma dans cette nouvelle pour faire une petite référence à Nick Cave.
- Speaker #2
Et moi, j'ai même vu quelque part, mais on n'était pas d'accord. Enfin, j'ai vu des sources contradictoires que le titre, un lieu ensoleillé pour personne sombre, viendrait d'une chanson de Nick Cave. Or, on lit ailleurs qu'il s'agit d'un poème d'Emily Dickinson que je n'ai pas réussi à trouver. Je ne sais pas si vous avez trouvé une origine précise à ce titre.
- Speaker #3
J'ai aussi entendu Emily Dickinson. Bon, c'est un mystère qui plane, mais en tout cas, les Pumas, je trouvais ça intéressant aussi. C'est toi, Paul, qui avais halluciné. Tu pensais qu'il y avait un Puma dans chaque nouvelle. Je ne crois pas que ce soit le cas, mais en tout cas, les Pumas, c'est le nom. des joueurs de rugby en Argentine. Alors, on peut peut-être se demander si ce n'est pas un symbole aussi de l'Argentine parce que dans cette nouvelle-là, un lieu ensoleillé pour personnes sombres, c'est très beau d'ailleurs. Je trouve cette image, il y a un puma qui rôde dans Los Angeles et à la fin de la nouvelle, je crois que les trois personnages, les trois filles vont être amenées à le rencontrer et on peut se demander si ça n'incarne pas l'Argentine et aussi les rapports aux Etats-Unis. peut-être qu'on peut aussi en parler.
- Speaker #1
L'autre rapport aux États-Unis assez clair, c'est dans une nouvelle qui est juste avant, qui s'appelle Julie. La quatrième du texte, c'est une cousine américaine qui vient en Argentine et qui trimballe avec elle un certain nombre de traumatismes. On ne sait pas exactement si elle est schizophrène ou qu'est-ce que c'est son problème. Ce n'est pas un portrait très généreux de l'Amérique. Mais la particularité de Julie, c'est qu'elle a des relations avec des fantômes. Elle se fait toucher par des fantômes. C'est la nouvelle étonnamment la plus drôle. la seule, je dirais, où Mariana Henriquez n'hésite pas à utiliser un certain humour. Le ton est un petit peu différent et ça marche très, très bien. Bien que ce soit évidemment tragique, dérangeant, grave. Mais j'ai été intéressée par ce petit texte Julie parce qu'on a l'impression qu'elle peut faire autre chose. Elle a des qualités autour de la comédie à surveiller. Peut-être qu'elle peut développer ça dans ses prochains livres.
- Speaker #3
Oui, c'est une des nouvelles que je préfère aussi. Ça m'a rappelé un peu un style presque de BD avec ce personnage très attachant de Julie. Et pour revenir un peu sur les relations entre l'Argentine et les Etats-Unis, Mariana Enriquez, dans la rencontre à la librairie, disait qu'elle avait été imprégnée de culture américaine très tôt, dès l'enfance, et qu'il y a un rapport un peu ambigu puisque les Argentins, beaucoup d'Argentins sont aussi dans le refus de cette influence. culturel et il va y avoir un certain nombre d'Argentins plus conservateurs qui vont émigrer vers les Etats-Unis et dans cette nouvelle-là Julie c'est justement toute la question c'est une famille argentine qui a émigré vers les Etats-Unis qui revient en Argentine pour entre guillemets se débarrasser de leur fille qui à leurs yeux est complètement névrosée et le libraire qui avait posé a posé la question suivante à Ana Enriquez. Comme les Etats-Unis sont le frère aîné de l'Argentine, est-ce que dans une famille, on est obligé d'aimer tout le monde ? Et elle a répondu clairement et assez sèchement, c'était un moment assez drôle, non. Donc voilà, il y a ce rapport contrarié au frère aîné que représentent les Etats-Unis.
- Speaker #2
Oui, c'est un peu amour-haine. On sent qu'il faut avoir les moyens de vivre là-bas, mais que culturellement, on préfère être en Argentine. C'est un peu...
- Speaker #1
l'attirement, le refoulement en même temps. C'est compliqué la relation.
- Speaker #2
Ce qui est intéressant, c'est que depuis tout à l'heure, on parle assez peu finalement de la dimension horrifique de ces nouvelles et beaucoup de tout le reste, de tout ce qui gravit autour de ces textes. Et moi, c'est ce que j'aime bien dans ces nouvelles. Il ne faut peut-être pas aller chercher une grande styliste, mais par contre, elle a un art de la concision et surtout, elle a un art du hors-champ. Et c'est ça que je trouve très bien dans ces textes, c'est-à-dire qu'on a beaucoup de nouvelles qui vont soit terminer sur des interrogations ou des fins ouvertes, Soit des nouvelles qui vont juxtaposer sur le même plan deux intrigues, deux fils narratifs, l'un étant toujours en sourdine, tu disais Étienne, en bémol. Il y a vraiment cette idée-là chez elle, et je trouve que c'est là où elle... C'est pour ça que je préfère largement sa forme nouvelle à son roman, où au contraire elle pouvait se disperser. Ici, elle a un travail du hors-champ, un travail du mineur, et de ce qui est tapis. et qui ne sera jamais évoquée dans les nouvelles, simplement mentionnée comme ça, très brillamment.
- Speaker #1
Oui, alors on est d'accord tous les trois, je sens que ce n'est pas une styliste extrêmement brillante, mais je ne crois pas qu'elle cherche à travailler forcément au niveau de la phrase, à faire la phrase parfaite, à chercher la citation idéale. Mais ce qu'elle crée, c'est une atmosphère. Elle est vraiment une autrice de l'atmosphère, comme dans certains films, on sent tout de suite. par la musique, par des détails, l'angoisse qui arrive, la petite trouvaille formelle. Et je pense que ça, elle le fait très bien. Donc, je ne voudrais pas être trop sévère avec elle.
- Speaker #3
Oui, elle disait en plus, là encore, que c'est intéressant pour ses romans. Quand elle écrit des romans, elle pense d'abord à des personnages et pour ses nouvelles, elle pense à des idées. Je trouve que c'est vraiment une littérature d'idées. Par exemple, pour la nouvelle dont on a parlé sur les vêtements, elle a eu l'idée en entrant dans une boutique de vêtements d'occasion et en sentant l'odeur des vêtements. Et donc, elle savait qu'elle voulait consacrer une nouvelle au thème du vêtement et du vêtement comme un objet qui garde une mémoire. Donc, c'est vraiment des idées. Et oui, elle ne va pas révolutionner. La narration, d'ailleurs, j'ai remarqué que c'était souvent un peu le même dispositif. Ça commence par un début un peu in medias res, donc on rentre.
- Speaker #0
dès la première page de chaque nouvelle dans une histoire dont on n'a pas encore tous les aboutissants et on comprend petit à petit et on raccroche un peu les wagons. Mais oui, c'est une littérature qui se pitche bien d'ailleurs. Chaque nouvelle, on peut la résumer en une phrase un peu marquante et c'est intéressant. C'est intéressant aussi.
- Speaker #1
Je vous propose qu'on bascule un peu dans la dernière partie de cet épisode et qu'on parle un petit peu de la question politique. qu'on a finalement assez peu évoquées chez Enriquez. Mais d'abord, je vous propose qu'on écoute ensemble un extrait d'un entretien. C'est un entretien qu'elle a donné dans l'émission La 20e Heure sur France Inter. C'était en novembre
- Speaker #0
2025. À ce moment-là, quand la dictature se termine,
- Speaker #2
commence une période... qui est en fait une période d'exposition totale des événements qui avaient été cachés. Le soir, on avait le procès,
- Speaker #1
on écoutait à la radio et on entendait les témoignages des victimes qui racontaient des choses d'une cruauté.
- Speaker #2
pratiquement invraisemblable et des assauts sur les corps invraisemblables. Ce qui fait que pour moi, après ça, toute l'écriture sur le corps, ce dont on parlait au début, a un rapport avec ces écoutes d'émissions, nos procès, j'avais 11 ans et cette lecture aussi.
- Speaker #1
Ce qui est intéressant dans cet extrait d'interview, c'est qu'Enriquez, Elle établit un lien. assez claire et assez directe entre, d'un côté, l'histoire politique de l'Argentine et puis le genre de l'horreur. Elle le dit, la fin de la dictature, finalement, c'est, d'une certaine manière, ce n'est pas la fin des récits de la dictature. Au contraire, elle explique que c'est une période d'exposition totale à toute la violence, aux tortures, aux kidnappings. Donc, pour rappeler un tout petit peu le contexte, Enriquez, elle a une dizaine, douzaine d'années lorsque la... dictature militaire se termine. Donc c'est vraiment un enfant de l'après-dictature. Son adolescence est marquée par cette violence-là, en tout cas par les récits de cette violence, et on a beaucoup d'allusions, plus ou moins directes, à cette violence politique dans ses nouvelles. Et le meilleur exemple de ces associations se situe sûrement dans la nouvelle L'hymne des hyènes, qui est une nouvelle qui ressemble à une sorte de cauchemar éveillé, donc deux hommes vont se promener un petit peu. dans ce qui est une sorte d'ancien camp d'internement de prisonniers politiques, un lieu où il y a eu des tortures, où il y a eu des exécutions. Et en se baladant dans ce lieu-là, ils vont être frappés par une sorte de cauchemar vivant. On ne sait pas vraiment ce qui leur arrive, c'est très flou, mais ils sont transportés dans une vision d'horreur. Et ce cauchemar vivant m'a fait penser à la nouvelle de Cortázar, qui est une des influences majeures. d'Henriques, qui s'intitule justement « Cauchemar » en français et qui fait une association très très claire entre la dictature argentine et l'horreur et le cauchemar. Et c'est là où je trouve que les fantômes d'Henriques ne sont jamais que des fantômes, tu l'avais dit Étienne, c'est que finalement ils sont toujours la manifestation d'un passé douloureux et d'un passé qui n'arrive pas à passer et qui contamine un petit peu le présent et qui contamine les vivants. Et elle le dit d'ailleurs très très bien à propos de la dictature, elle formule ceci « J'ai rencontré dans la littérature de l'horreur le nom pour la décrire » . C'est comme si finalement sa forme, son genre littéraire, littérature d'horreur ou fantastique, était une sorte de réponse, était la seule réponse possible à ce contexte politique dans lequel elle a vécu.
- Speaker #3
Oui, et cette nouvelle « Les hymnes et les gaines » , c'est... un petit peu la maison hantée, le cliché de la maison hantée, mais modernisée, adaptée à ce contexte, à ce pays. Et elle le fait très, très bien. Et je sais qu'elle dit en entretien assez souvent que, oui, la dictature s'est arrêtée en 1983, mais le travail pour continuer à vivre et passer ce traumatisme, ça continue aujourd'hui encore. Et elle dit même, on ne sait pas si un jour on pourra... arriver à surmonter ça ? Ça peut durer encore des décennies.
- Speaker #0
Oui, sur la question des victimes de la dictature, dans le recueil précédent déjà, il y avait une nouvelle qui m'avait beaucoup marqué, qui s'appelait « Les petits revenants » . Je crois que vous l'avez lu aussi, qui était assez longue, où les enfants des familles revenaient des années après. On les pensait morts et ils revenaient les hanter. Là, on a peut-être la dernière nouvelle du recueil qui s'appelle les jeux noirs sur trois employés d'une association qui vient en aide au SDF. Alors déjà, on a cette dimension, encore une fois, très fortement sociale. Et ces employés vont être un peu pris à partie par deux enfants effrayants dont les yeux sont parfaitement noirs, entièrement noirs. Et sans révéler la fin de la nouvelle, en tout cas, on a... Ce thème de l'enfance aussi, quand on pense aux chiffres des victimes de la dictature, on a plus de 30 000 enfants qui ont été enlevés. On a même ce terme qui est inscrit dans l'imaginaire collectif, c'est les « desaparicidos » , qui sont les disparus du régime argentin. Et je voulais revenir aussi sur la question de la culpabilité, parce que c'est un thème qui traverse aussi le recueil. Mariana Enriquez a dit que c'était un matériau parfait, la culpabilité, pour raconter l'horreur parce qu'il y a une dimension très physique dans la culpabilité. Et il y a cette nouvelle aussi, qui est peut-être une des plus importantes du recueil, qui s'appelle Cintière de Frigo, où une femme va revenir sur ce lieu qui est déjà assez évocateur en soi, assez puissant, une décharge avec des frigos. Et elle se rappelle qu'elle y a joué enfant et qu'elle a joué avec deux autres enfants. et que l'un d'entre eux est mort par accident dans un jeu qui consistait à s'enfermer dans un frigo le plus longtemps possible. Et forcément, cette culpabilité, c'est aussi celle du régime, le fait d'avoir survécu peut-être. Il y a aussi une culpabilité qui est liée à la campagne par rapport à la ville. Simplement pour évoquer une dernière nouvelle qui s'appelle Un artiste local. C'est un couple de... Buenos Aires qui va passer un week-end dans une maison de campagne. Et là aussi, on retrouve un peu le motif de la maison hantée, puisque c'est une campagne qui va être désertée, enfin un village qui va être déserté depuis la fermeture de sa gare. Donc là encore, il y a quelque chose qui a un rapport avec le développement économique et les inégalités très fortes en Argentine.
- Speaker #1
Et pour rebondir sur la culpabilité, on a aussi MémorTriste, la première nouvelle. Donc on en a parlé rapidement. où des spectres commencent à apparaître dans une sorte de petite zone pavillonnaire, dont un particulièrement, qui est le fantôme d'un jeune homme qui a tenté de s'échapper d'un guet-apens, qui a frappé aux portes des maisons en suppliant pour avoir de l'aide. Et les habitants ont eu tellement peur qu'ils ne lui ont pas ouvert. Et ce jeune homme s'est fait assassiner finalement. Et les spectres sont vraiment une sorte de métaphorisation explicite. Je crois que le terme de culpabilité est employé d'ailleurs dans la première nouvelle.
- Speaker #3
les fantômes sont la culpabilité des vivants et finalement ils ont plus à dire sur les vivants que sur les morts une petite info en faisant mes recherches en ayant lu les nouvelles et en regardant un petit peu ce que je trouvais sur internet il y a une adaptation en cours de Netflix de Mémores Tristes une mini-série en 4 épisodes ça va être réalisé par Pablo Larraine le réalisateur chilien qui est très intéressant et ce sera un mélange de plusieurs nouvelles en fait ... Ce ne sera pas simplement Mémor Trif, il y aura des éléments de Julie, d'un lieu ensoleillé pour personnes sombres. Ils vont essayer de mixer tout ça dans quatre épisodes pour rendre un peu l'atmosphère des textes de Marianne Heinrichet. Ça va être sûrement très intéressant.
- Speaker #0
Ok, je n'avais pas vu passer ça. C'est intéressant. Et peut-être une dernière chose à dire pour conclure cet épisode, sur la fonction de la littérature dans tout ça. Forcément, il y a un constat de l'horreur qui persiste. dans la mémoire. Et moi, je trouvais intéressant la fonction peut-être... Enfin, Mariana Enriquez parle explicitement d'une fonction peut-être thérapeutique, sans prétendre guérir, évidemment, à travers ses histoires, guérir tout le monde. Mais je pense que chez elle, il y a cette idée d'une responsabilité de l'écrivaine de soulager un peu les plaies de l'Argentine. Et c'est intéressant, dans la première nouvelle, mais mort triste, ce pronom personnel. mais C'est les morts de la narratrice, qui d'ailleurs est une médecin. Elle dit « je ne suis plus du côté des vivants » , donc elle se place volontairement du côté des morts, en disant « tous mes morts tristes sont ma responsabilité » .
- Speaker #3
En lisant ce recueil de nouvelles, je me suis posé la question aussi de comparer ce livre avec ses livres précédents, et de me demander où elle va finalement avec son œuvre, parce que je pense que peut-être... Elle creuse un sillon et elle répète un certain nombre de thèmes qui sont une obsession pour l'Argentine et pour elle. Et je me demande ce qu'elle nous réserve pour la suite. Est-ce qu'elle va aller peut-être plus comme dans Julie vers l'humour ? Est-ce qu'elle est capable de mettre l'univers fantastique, l'univers horrifique un peu en sourdine comme ça pour accentuer ses textes sur le côté sociologique, peut-être le rendre un peu plus fort ? Parce qu'il me semble que, même si elle attire beaucoup de lecteurs avec ses histoires de fantômes, ce n'est peut-être pas forcément ce qu'elle fait de mieux. Et je me demande ce que vous, vous en pensez.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai que j'ai parlé de la fonction thérapeutique, mais est-ce qu'on sort d'une situation en ressassant comme ça en permanence ? C'est vrai que ça fait quand même trois recueils de nouvelles qu'elle aborde toujours un peu les mêmes thèmes, avec des gimmicks. On retrouve, plus on la lit, plus on comprend un peu sa méthode, qui est efficace, qui marche très bien, mais c'est vrai qu'on peut peut-être être excité à l'idée qu'elle... qu'elle explore une autre veine. Donc on verra sans doute avec la prochaine publication qu'on ira avec plaisir.
- Speaker #1
Merci à toutes et à tous d'avoir écouté ce deuxième épisode de Balivière consacré à Marianne Henriquez. Merci à vous deux également. Merci. On se retrouve dans un mois où il sera question aussi de fantômes. Je pense qu'on peut commencer à dévoiler, à teaser le prochain épisode. Il sera aussi... Question de maison hantée par le passé. Et il sera question d'un livre dont on a beaucoup entendu parler ces dernières semaines, puisque nous parlerons, je te laisse le dire Paul.
- Speaker #0
Oui, de la maison vide de Laurent Mauvignier,
- Speaker #1
qui a donc reçu le prix Goncourt. Et donc on se retrouve dans un mois. Salut vous deux. Salut.
- Speaker #0
A bientôt.