- Speaker #0
Eh bien bonjour et bienvenue dans ce nouveau podcast de bioentrepreneur.com, chaîne sur laquelle on cherche à trouver des solutions à la transition écologique dans le monde professionnel et plus particulièrement dans le monde de l'entrepreneuriat. On est aujourd'hui avec Valentine Médan de Papaya Architecture. Salut Valentine.
- Speaker #1
Salut Thomas.
- Speaker #0
Et on va parler d'architecture écologique. Du coup, vaste programme.
- Speaker #1
Oui, très vaste.
- Speaker #0
On va aborder aussi ta propre transition écologique professionnelle que tu as plutôt bien entamée du coup. On va parler d'architecture écologique, c'est-à-dire on va aborder la construction, la rénovation, les matériaux bio ou géosourcés, les nouveaux équipements écologiques. Et oui, on va voir aussi qu'est-ce qu'on entend par écologie dans l'architecture. Il y a une question de curseur notamment, il y a aussi une question du prix, est-ce que c'est abordable ou pas. Et on pourra ensuite transitionner vers les métiers. liées à l'architecture écologique, donc d'autres métiers vertueux aussi. Et on terminera par les perspectives d'avenir notamment. Donc Valentine, très heureux de t'avoir parmi nous. Oui,
- Speaker #1
moi aussi.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?
- Speaker #1
Oui, je suis Valentine Médan. J'ai travaillé depuis quelques années dans diverses agences d'architecture conventionnelles. Et donc, de fil en aiguille, j'en suis venue à monter mon agence parce que je suis donc basée au nord de Pau, donc près de Pau. Et je n'ai pas trouvé d'agence qui soit aux ambitions écologiques que j'avais. Et j'avais besoin de me retrouver dans le métier que je faisais tous les jours. Et donc, à force, j'ai fini par monter ma propre agence. Et donc, avec cette ambition de faire de l'architecture écologique. Et de la réhabilitation respectueuse du bâtiment ancien aussi, parce que c'est quelque chose qui est important pour moi et qui est écologique, qui va de pair.
- Speaker #0
Ok, donc on peut dire que tu as bien réussi ta transition professionnelle par rapport à justement ta transition écologique.
- Speaker #1
Oui, oui, moi du coup c'est un plaisir de travailler là-dedans et d'accompagner des porteurs de projets qui ont les mêmes envies que moi aussi. Mais j'ai réussi aussi déjà dans certaines agences à mettre ma petite graine, mais c'est vrai que les agences dans lesquelles je travaillais n'étaient pas du tout à ambition écologique. Et même, le problème qui me redondant, c'était la rentabilité avant tout. Et des fois, ce n'est pas forcément parce que c'est écologique que ça va coûter plus cher. C'est juste une façon d'anticiper et de penser le projet autrement, et de mettre des priorités ailleurs, comme tu l'as dit. On va en parler, c'est une question de curseur et d'échelle sur les projets.
- Speaker #0
Ok, alors on va commencer par ce vaste sujet, c'est quoi l'architecture écologique ? De quoi on parle exactement ?
- Speaker #1
L'architecture écologique, il y a la question de ce qu'on construit ou est-ce qu'on rénove. Ça c'est un vaste sujet, parce que le plus écologique c'est déjà de réutiliser les bâtiments existants ce que j'ai... très grand nombre de logements vacants ou de logements qui ont besoin d'être rénovés, donc des passoires énergétiques, c'est énorme le parc immobilier qui doit être rénové. Donc avant déjà de construire, il y a ça, il y a réhabiliter, utiliser le patrimoine existant, plutôt que de repartir de zéro, parce qu'on a une économie de quand même 40% sur les logements classiques. On économise 40% de déchets, de pollution, d'émissions de gaz à effet de serre quand on réhabilite. Et ça, c'est quand on fait une rénovation d'ampleur. Donc vraiment, isolation thermique, changer les menuiseries, changer les systèmes de chauffage, repenser aussi pour que ça soit plus économe en énergie et en consommation globale. Et après, si on construit, il y a le choix d'avoir des matériaux locaux, de limiter son impact sur les ressources en faisant aussi avec des matériaux de récupération, de réutilisation. Utiliser les acteurs locaux à disposition et le savoir-faire local.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Voilà, il y a plein de choses à dire là-dessus.
- Speaker #0
Donc, il y a une architecture en lien avec les différents prestataires qui viennent derrière pour mettre en œuvre les... les plans du coup.
- Speaker #1
Oui, il n'y a pas que l'architecte en fait. Il y a tout ce qui va autour, tout le contexte local de chaque projet. Et c'est là que l'architecte vient en fait faire un mélange entre tout et vient du coup réajuster en fonction de chaque contrainte locale. C'est là que c'est important pour pouvoir mettre en relation tous ceux qui vont construire en fait ou rénover ce bâtiment.
- Speaker #0
Ah oui, c'est toi qui... On construit les relations entre les différents acteurs en les choisissant sur le territoire pour que ce soit par exemple une équipe en circuit court à l'échelle locale.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Après, moi c'est ce que je privilégie. Déjà en agence aussi, c'est ce que je privilégie au maximum parce que même si on faisait du marché public, c'est plus ou moins... non autorisé de demander à ce que ce soit que des acteurs locaux mais en fait moi je transmettais les appels d'offres aux acteurs locaux que je connaissais pour qu'ils répondent mais des fois on n'est pas à l'abri qu'il y ait quelqu'un qui soit en Bretagne ou à Paris et qui répondent alors qu'on est en plein fond du 65 ou du 64 tu vois mais pour moi c'était vraiment quelque chose d'important et sur les marchés privés du coup c'est pareil on faisait avec les entreprises locales qu'on connaît Et aussi, selon le projet, on savait que telle ou telle entreprise avait ce savoir-faire spécifique. Et aussi pour faire travailler les entreprises avec lesquelles on sait que ça marche bien. Parce que selon les entreprises, c'est comme les collègues, il y a des gens qui s'entendent plus ou moins bien. Et pour que l'entier se déroule bien, il faut une vraie entente entre tous les acteurs pour avoir envie que ça se fasse bien.
- Speaker #0
D'accord. Et donc, toi tu peux intervenir aussi bien sur la construction que la rénovation. Et dans les deux cas, il y a plein de choses. intéressante à faire.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Même la rénovation, en fait, ce qui est intéressant, c'est justement de se prendre de ce bâti ancien et de lui redonner une nouvelle vie. C'est vraiment... Je ne sais pas si c'est plus dur ou plus simple, en fait, parce que moi, j'aime bien aussi me donner des contraintes. Mais là, on ne parle pas d'une feuille vierge, on parle de quelque chose qui a vécu, qui a été construit et pensé par d'autres personnes avant. Et ce qui est intéressant dans le bâtiment ancien, c'est qu'il y avait une vraie façon de réfléchir aussi. Comment ont été conçus les espaces ? Quels étaient les atouts de chaque façade ? Les matériaux qui étaient employés, pourquoi ? Comment ? C'est vachement riche d'expériences et de partages aussi. Même sur le bâtiment ancien, beaucoup de partages à avoir en amont avec les entreprises. Parce que quand on a des entreprises qui ont un savoir-faire, c'est important. Et ça, en agence, on ne le faisait pas assez. C'est de les faire intervenir même déjà dès le permis de construire, en fait, pour partir sur des bonnes bases. Parce qu'une fois qu'on les consulte et que nous, on a prévu nos plans, c'est plutôt figé. Enfin, on fait des modifications, mais ce n'est pas aussi souple qu'avant le permis de construire. Et du coup, à chaque fois, surtout avec les maçons, ceux qui sont dans les... Tout ce qui est structure ou les charpentiers, c'est beaucoup plus intéressant de les avoir en amont du projet.
- Speaker #0
D'accord. Alors, il y a une histoire de conception des projets, donc par rapport notamment à garder les équipes en circuit court pas trop loin pour éviter les déplacements, entre autres, et ce genre de choses. Il y a aussi une question de matériaux. En préparant l'interview, tu me disais qu'il y a des matériaux biosourcés, il y a aussi des matériaux géosourcés. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Du coup, comme je t'avais expliqué, les matériaux biosourcés, c'est ce qui est issu de la biomasse. Donc en fait, c'est tout ce qui vient des végétaux comme la paille, le chanvre, le bois, mais aussi des animaux. Donc on a inclus la laine de mouton. Donc après, toujours dans les végétaux, il y a le liège. La ouate de cellulose est considérée aussi parce que ça vient du papier recyclé. Maintenant, ils en font même en carton recyclé. Et les géosourcés, c'est ce qui vient de la terre, donc c'est tout ce qui est enduit terre, et la pierre, les granulats, et même la chaux, ils la considèrent comme géosourcée. Mais bon, la chaux, moi je la réserve surtout à l'extérieur, parce que ça a quand même un impact environnemental qui n'est pas neutre, vu qu'on chauffe à plus ou moins 1000 degrés pour arriver à avoir la chaux. Donc si on est à l'intérieur, je privilégie la terre crue. Après, ça dépend de ce qu'on veut, ce que veulent aussi les personnes à l'intérieur et de l'usage qu'il va y avoir des lieux, parce que la chaux aussi est adaptée pour des bâtiments publics, par exemple, c'est un peu mieux. Ça dépend, voilà.
- Speaker #0
D'accord. C'est vrai que du coup, quand on a le choix entre, par exemple, un chaux chanvre et un terre chanvre, il vaut mieux choisir le terre chanvre parce que ce sera plus propre au niveau de l'émission de carbone. Ce sera beaucoup plus sain.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Surtout qu'en plus, le terre-charbre, si c'est une construction neuve, on peut sûrement utiliser les terres d'excavation. Après, c'est à tester sur place. C'est pour ça que c'est bien d'avoir le maçon en amont, parce que lui, il va pouvoir faire ses tests et savoir si la terre a une bonne résistance pour être en enduit, ou est-ce qu'il va falloir qu'il ajoute de l'argile ou du sable. Et lui, il va faire son mélange et la doser. d'ailleurs sur les terres d'excavation il y a Nobatech qui sont à Anglette qui ont lancé un projet qui s'appelle Next Air pour justement valoriser les terres d'excavation directement et essayer d'avoir des circuits plus courts pour pouvoir avoir de la terre crue déjà tamisée et prête à l'emploi en fait pour les maçons parce que sinon ils sont obligés de les faire venir de loin en big bag parce que celle qui est sur place il faut énormément de temps et de passage en tamis et ça prend ça prend énormément de temps pour eux sur la main d'oeuvre. Donc du coup, ce n'est pas rentable. C'est ça qui perd en rentabilité et qui amène de la pollution, de l'émission de gaz à effet de serre sur les géosourcés quand ce sont des terres qui ne sont pas locales. Donc le mieux, c'est au plus proche. Et du coup, si on peut utiliser cette terre, on va avoir un enduit qui... L'enduit terre, lui, va avoir l'avantage d'être en plus quelque chose qui assainit l'intérieur. La terre a ses propriétés de... D'assainir l'air intérieur des bâtiments par rapport à la chaux c'est meilleur et ça limite, pareil ça fait un traitement antifongique un petit peu naturel et du coup on a un enduit qui est totalement biodégradable parce que là le chanvre il peut repartir à la terre et la terre on la mouille et elle repart à la terre aussi alors que la chaux ça va nous faire des débris en fait qui va falloir concasser, qui sont difficilement réutilisables.
- Speaker #0
D'accord. La chaux n'est pas considérée biodégradable ?
- Speaker #1
Non. Non, la chaux, une fois qu'elle a fait sa prise, on ne peut pas la réutiliser. Enfin, si on veut casser, il faut casser. Après, on peut entretenir la chaux. Par contre, sur les bâtis extérieurs, là, la chaux est préconisée, bien sûr. Mais encore que, quoi que, il y a des endroits où ils font quand même de la terre crue à l'extérieur. Et même ici, autour de Pau, j'ai un ami qui l'a fait chez lui. Il a mis de la terre crue à l'extérieur, mais il a prévu des avant-toits suffisants pour que la terre ne soit pas exposée à l'humidité. Parce que chez nous, il pleut pas mal. Et ce qu'il faut penser aussi, c'est surtout la garde au sol, pour que les enduits ne soient pas abîmés par les rejaillissements de l'eau quand il pleut. C'est surtout ça le pire. C'est les remontées capillaires par le sol. Donc ça, il faut avoir la terre qui soit surélevée.
- Speaker #0
Il faut avoir prévu ça en amont. Ok, est-ce qu'il y a autre chose à dire sur les matériaux bio ou géosourcés ? On n'a pas parlé du liège, il y a peut-être un début, c'est plutôt en R&D, mais des matériaux à base de champignons par exemple, j'ai vu des choses passer. Est-ce que c'est déjà des choses commercialisées, utilisables ou pas encore tout à fait ?
- Speaker #1
Le liège si, on l'utilise déjà, mais ça reste une matière qui est assez chère. L'impact carbone n'est pas aussi bon que quand on utilise le matériau qui soit directement issu du champ tu vois comme la paille et le chambre c'est le meilleur et encore que tu vois on va venir en discuter sur par rapport maintenant aux nouvelles normes de construction on a la RE2020 et donc il faut faire des FDES ou des FDS enfin il faut des fiches donc sanitaires et d'impact des fiches FDES et FDS qui sont sur l'impact environnemental et sanitaire des éléments. Sur ça, les gros industriels ont plein de fiches. Ils ont tous les moyens pour pouvoir faire des fiches. Et les biosourcés, beaucoup moins. Donc en fait, ils sont moins bien notés parce que les fiches, il y a moins de ressources. Donc ils sont moins bien notés sur l'ARE 2020. et en plus je sais que la paille tu vois ils prennent Ils prennent les cas les plus défavorables pour être sûrs d'être toujours au plus proche de la réalité et que ce soit mieux que ce qu'ils ont calculé, alors que les industriels font l'inverse sur la laine de verre et du coup on se retrouve à avoir une dévalorisation des biosourcés alors qu'ils sont beaucoup mieux. Mais comme je crois que c'est sur la paille, ils ont fait une fiche avec la paille normale et la paille bio. Et en fait, la paille bio a un impact environnemental moins bon parce que du coup, il y a beaucoup plus de passage au tracteur, etc. que si sur la paille conventionnelle ou la paille conventionnelle, ils vont avoir des traitements. Mais du coup, c'est fou le déséquilibre en fonction de ce qu'on choisit comme curseur et comme... Sur quelle base on se fixe ?
- Speaker #0
Quel est le point de comparaison ? Tu peux comparer une paille à une autre sur son mode de culture et de production, parce qu'il y a sûrement des modes de production plus vertueux que d'autres, mais quand tu penses à une paille par rapport à un béton classique, à un ciment ou à un mur de briques, il n'y a pas photo, c'est quand même nettement mieux.
- Speaker #1
Oui, mais ils arrivent quand même à s'en sortir toujours. Parce que maintenant, du coup, ils compensent en mettant un panneau solaire et une PAC. Et en fait, en plus, c'est des choses qui utilisent des ressources, des ressources pareilles qui sont énergivores, enfin des ressources naturelles ou des ressources rares. Et voilà, les panneaux solaires, c'est ça. Et justement, les panneaux solaires, j'ai un ami, là, sa grange a pris feu à cause des panneaux. Donc bon, il faut faire attention aussi.
- Speaker #0
D'accord, ok. Un point important sur les matériaux bio ou géosourcés, c'est le meilleur confort qu'on peut atteindre avec ça assez facilement dans l'habitat. On n'a pas encore parlé de ce point ou très peu encore. Est-ce que tu peux nous en dire un petit peu plus par rapport à tous ces matériaux inertes, non respirants et tout ça ? Par rapport aux matériaux classiques ?
- Speaker #1
Oui, les gens qui vivent dans des maisons qui ont été rénovées avec des matériaux biosourcés, ou dans des maisons neuves en paille ou des choses comme ça, ils savent très bien qu'ils ont un meilleur confort à l'intérieur. Déjà, on a un air beaucoup plus pur. Et surtout, c'est par rapport au confort d'été et au confort d'hiver. Ça n'a rien à voir avec des matériaux de type la laine de verre, laine de roche. Avec la paille, on a... On a des matériaux qui respirent aussi au niveau de la maison, mais aussi qui ont un meilleur déphasage. Et certes, le problème qu'on a sur les rénovations, c'est que maintenant, les normes demandent un certain air, qui est une résistance thermique. Et les géosourcés demandent un peu plus d'espace pour atteindre ce air que de la laine de verre. Ils sont plus chers.
- Speaker #0
mais ils sont souvent plus épais en fait.
- Speaker #1
Ça se traduit par une épaisseur un peu plus importante. Oui mais en fait il n'y a pas forcément besoin d'avoir toute cette épaisseur. En fait des fois une correction thermique, tu vois sur des bâtis anciens en pierre, quand on fait un chauchambe ou un terre-chambre à l'intérieur, on ne va pas avoir le R de la laine de verre, mais sauf qu'en fait on va avoir un déphasage de 12 heures, alors que la laine de verre elle n'a même pas une heure de déphasage. Pour la même épaisseur. Et c'est ça qui change tout l'été. Et l'hiver, finalement, c'est juste qu'en fait, du coup, comme à l'ancienne, comme dans les maisons anciennes, il y a un petit temps de monter en température, de maintenir en température du bâtiment. Mais c'est un vrai avantage pour l'été, que le bâtiment, l'été, il va garder la fraîcheur parce qu'il a cette inertie qui est apportée par la maçonnerie et les murs épais.
- Speaker #0
Alors je connais deux propriétés incroyables des matériaux à base de chanvre notamment, je ne sais pas si c'est le cas pour les autres matériaux bio géosourcés, mais on dit que ça régule non seulement la température, donc quand il fait très chaud dehors tu vas garder le frais à l'intérieur, quand il fait très froid dehors tu vas garder la chaleur à l'intérieur, et donc ça sera une température bien plus lissée, bien plus régulière à l'intérieur, et ça régule aussi l'humidité, c'est-à-dire que quand il fait trop humide dans la pièce, les murs vont en absorber une partie. et donc réguler l'humidité et quand il n'y en a pas assez les murs vont en relâcher de manière à maintenir aussi un niveau à peu près constant là-dessus, ce que ne font pas du tout les matériaux classiques de construction industrielle. On retrouve ça aussi sur les autres matériaux bio ou géosourcés ?
- Speaker #1
Oui, c'est surtout le biosourcé qui vient jouer ce rôle de capillarité parce que du coup le végétal vient absorber et relâcher effectivement selon ce qu'il y a besoin. Dans le bâtiment, en fait, c'est une autorégulation du mur. Et oui, oui, j'en ai pas parlé, mais c'est évident. C'est pour ça aussi que dans le bâtiment ancien, ça rime avec... Le mieux, c'est d'utiliser des biosourcés. Parce que le moins pire, c'est la fibre de bois. Parce que c'est le plus tolérant dans les fibres et laines industrialisées. Donc il y a le bois qui apporte cette capillarité. Le mieux, c'est quand même de rester sur des matériaux qui soient les plus capillaires possibles. Du coup, c'est ce qui gère cette hygrométrie dans la maison.
- Speaker #0
Parce que ça, clairement, c'est un niveau de confort bien meilleur à tout ce qu'on peut trouver avec du plâtre, du ciment, du béton, de la brique, habituellement.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Surtout que avec le ciment et le plâtre, c'est combo. Tu as de la condensation l'hiver et tu as l'humidité qui est enfermée dans les murs. C'est vraiment très, très mauvais pour l'habitat parce que du coup, ça crée aussi un air qui est humide. Et en fait, on n'a pas du tout le même ressenti. Ça joue sur la santé des occupants. C'est clair. C'est important.
- Speaker #0
C'est là qu'on peut avoir des moisissures qui se développent et c'est pas ouf effectivement pour la santé. Écoute, génial. Alors il y a encore d'autres choses. On a parlé conception architecturale déjà et des matériaux bio et géosourcés. Maintenant on va aller sur les nouveaux équipements écologiques de l'habitat, que ce soit en construction ou en rénovation. Tu me disais qu'il y avait des nouveautés plutôt intéressantes qui commencent à être admises dans le milieu. Est-ce que tu peux nous en dire un mot ?
- Speaker #1
Oui, oui, tout à fait. Du coup, sur... Sur le développement des équipements écologiques, on voit de plus en plus que ça commence à se populariser les toilettes sèches. Ça commence à être adapté dans pas mal d'espaces publics, donc les gens commencent à s'habituer et à avoir une nouvelle vision des toilettes sèches. Parce qu'avant c'était le toilette au fond du jardin et les gens ne voulaient surtout pas ça chez eux, ils ne trouvaient ça pas hygiénique, etc. Alors que maintenant on a plein de systèmes. qui permettent qu'il n'y ait pas d'odeur, que finalement aussi les gens prennent conscience que c'est un gaspillage d'eau, surtout en France, qu'on envoie de l'eau qui est traitée pour la mettre dans les WC, c'est une aberration. Et je sais que même, du coup, petite parenthèse, mon oncle quand il a fait construire sa maison, il voulait utiliser les eaux de pluie pour tout ce qui est machines à laver, WC, etc. Et en fait... Légalement, il n'avait pas le droit. Enfin, il a dû un peu le cacher parce que sinon, par rapport à la déclaration, au système des eaux publiques, en fait, il ne peut pas utiliser de l'eau de pluie. Il a rejeté sur le réseau. Donc, en fait, il a fait un système détourné, mais normalement, il n'avait pas trop le droit. Il est obligé d'utiliser l'eau de ville s'il renvoie sur le réseau d'eau de ville. Après, ça se comprend parce qu'eux, derrière retraite, mais bon, il y a plein d'alternatives, je pense. Et du coup, sur les toilettes sèches, il y a le développement de toilettes, donc aussi la séparation entre les urines et les matières. Comme ça, en fait, ça leur fait des stocks. Il y a des camions qui font le tour de France et qui récupèrent les urines. Ça fait des engrais pour les champs de maïs ou les trucs agricoles.
- Speaker #0
C'est très riche en azote, notamment.
- Speaker #1
Oui. Et après, du coup, ce qui est composté, ça reste dans une cuve. Il y a des endroits où ils ont la cuve depuis 10 ans et ils n'ont jamais vidé. Parce qu'en fait, avec une ventilation régulière, par contre, du coup, là, c'est à voir parce qu'il y a différents systèmes. Il y en a où il y a une VMC qui ventile régulièrement le local. Et du coup, ça disparaît, ça se composte tout seul et ça fait très peu de matière. Mais du coup, il y a une ventilation contrôlée et ça, c'est un équipement électrique qui vient consommer derrière. Donc, il y a de tout. Voilà, c'est une question de qu'est-ce qu'on veut choisir. Et après, ensuite, ce système, on peut l'utiliser en traitement par phytoépuration ou par pédoépuration pour les eaux grises. Quand on a des toilettes sèches, parce que du coup, on a que des eaux grises, on n'a pas d'eau à retraiter derrière. C'est que les eaux de lave-linge et de douche et de la cuisine. Et on peut avoir...
- Speaker #0
La phytoépuration, je vois à peu près ce que c'est. C'est à différents bacs avec des plantes qui vont filtrer progressivement les différentes matières qui rentrent dans le circuit. Et donc ça se fait de manière très naturelle. La pédopuration par contre, c'est quoi ?
- Speaker #1
La pédopuration, c'est un filtre à broyat de bois. Ça a été développé par l'éco-centre Pierre-Eriscle. L'éco-centre Pierre et Terre à Risclé dans le Gers. C'est un système où on fait des lignes selon le volume qu'on a besoin de traiter d'eau grise. On va avoir des lignes de broyats de bois, comme une petite rigole qui soit enterrée de 50 cm à peu près, remplie de broyats de bois. Donc tu vois, quand tu tailles tes arbres, tu fais ton broyat et tu le mets sur ta ligne. Et tu changes régulièrement de ligne toutes les semaines. Moi, je l'ai vu dans une maison, ils ont un petit système manuel où eux-mêmes, ils vont changer le tuyau pour que ça parte sur une autre ligne. Et en fait, du coup, ça s'infiltre dans le sol naturellement. Par contre, il ne faut pas utiliser de produits ménagers tels comme la javel. Il faut faire attention à avoir des produits naturels qui ne viennent pas polluer le sol derrière. Mais en général, si on a envie de ça, on est déjà dans une autre utilisation des produits ménagers.
- Speaker #0
Ok. Est-ce qu'il y a d'autres nouveaux équipements écologiques de l'habitat ?
- Speaker #1
Après, autour de ça, du coup, sur toujours la récupération d'eau, parce que ça, ça se fait de plus en plus quand même. Déjà, les gens achètent de plus en plus des petits cubes pour arroser le jardin, pour qu'ils branchent sur leur poutière. Ça, on en voit de plus en plus. Mais après, là, moi, du coup, j'ai vu des habitats écologiques où ils ont carrément les cubes enterrés. Et donc c'est des cuves de 3000 litres je crois, il y en a deux voire trois. Et en fait ils font décanter l'eau pour l'utiliser, et là ils sont en autonomie totale, pour réutiliser les eaux de pluie des toitures. Ils ont juste un traitement avec des charbons pour avoir de l'eau potable, juste sur un robinet en fait du coup.
- Speaker #0
Je crois qu'on voit aussi pas mal apparaître des chauffe-eau solaires à base d'une vitre avec des ardoises derrière, un circuit d'eau qui passe pour chauffer naturellement une bonne partie de l'eau. Il y a aussi des murs thermiques qui sont au soleil, qui permettent d'accumuler la chaleur et de la restituer dans la maison au bon moment dans l'année. Est-ce que tu peux nous en dire un petit mot ?
- Speaker #1
Oui, ça c'est des systèmes qui existent depuis assez longtemps. Mais en France, le ballon thermique comme ça, avec les panneaux rayonnants, sont peu développés. Après, c'est une installation qui coûte quand même assez cher. Je sais que j'ai une amie qui l'a fait. Et c'était au moins 10 000 euros. Donc pour un ballon d'eau chaude, ça fait un peu cher. Mais ça se fait surtout dans les pays chauds. Tu vois, si tu vas en Espagne ou en... Dans les pays au Maroc, il y en avait plein aussi. Et moi, quand j'ai vécu au Mexique, ils avaient tous ça. Et eux, carrément, ils ont le ballon qui est à l'extérieur, au-dessus du panneau. Alors que nous, en France, du coup, il va être intégré pour être à l'intérieur, isolé, parce qu'ici, il fait froid l'hiver. Alors que dans les pays où il fait toujours chaud, ils ont le ballon directement au-dessus du panneau. Donc ça, c'est des choses qui existent depuis un certain temps, mais qui s'améliorent effectivement et sont de plus en plus efficaces. Et ce que tu parlais du mur chauffant, c'est ce qu'on appelle un mur trombe, où du coup on va avoir un mur à forte inertie, donc typiquement en terre crue, en pisée, et derrière on va avoir un vitrage et une petite lame d'air pour pouvoir ventiler l'été et avoir des protections possibles aussi l'été, pour que l'été ça ne fasse pas un endroit de surchauffe, mais qui permet effectivement d'apporter de la chaleur naturellement l'hiver. C'est comme dans les principes bioclimatiques d'avoir la serre aussi qui soit au sud et qui permettent de faire un tampon chauffant l'hiver et que l'été on ouvre et qu'on ventile pour faire un air plus tempéré à l'intérieur, protégé surtout en toiture.
- Speaker #0
C'est un peu le principe des Earthships.
- Speaker #1
Oui, Earthships, oui. C'est un truc spécial. Oui, c'est fou. Oui, j'aimerais bien aller en visiter un. Il y en a un en Dordogne. C'est un des premiers qui a été fait en France. Ça, c'est vraiment le fou, l'écologie. Parce que du coup, je peux expliquer un peu, qui récupère les roues de voiture pour faire le mur de fondation et qui sont à moitié semi-enterrés en fait. Et ils remplissent ces roues. Les pneus. Et ensuite, tout est fait en terre crue, en bois, et donc avec la serre au sud. Et tout est fait avec des matériaux naturels ou de récupération.
- Speaker #0
C'est des maisons qui n'ont pas besoin de chauffage parce que tout est régulé naturellement.
- Speaker #1
Non, oui, je crois qu'ils ont peut-être un petit poil quand même. En général, on a quand même toujours un petit peu de poing, mais la serre apporte le maximum de chaleur. Après, c'est des maisons qui vivent encore plus. Le truc, c'est ça qu'ils disaient. Ceux qui l'ont construit, j'ai vu pas mal d'interviews et ce qu'ils ont expliqué, c'est que le truc, c'est qu'ils ne peuvent pas partir une semaine sans que quelqu'un vive dans la maison parce qu'elle a besoin d'être ventilée. Après, ils ont fait le... Le choix, et c'est ce que je trouve mieux aussi, c'est de ne pas avoir des systèmes d'automatisation qui ouvrent tout seul les fenêtres, etc. Et du coup, en fait, s'il n'y a personne qui vit dans la maison, elle va prendre l'humidité ou monter en surchauffe. Il faut qu'il y ait des gens qui y vivent et vivent avec. Donc, quand ils partent, ils la louent, en fait. Il y a plein de gens qui sont preneurs.
- Speaker #0
Oui, c'est des logements atypiques, clairement, et vachement intéressants. Eh bien, écoute, ça fait un bon aperçu. Tu m'as parlé par rapport à l'architecture écologique en préparant l'interview, qu'il y avait aussi une question de curseur à ajuster, ou de relativité, je ne sais pas comment on peut expliquer ça. Oui, on a dit de curseur ou une question d'échelle, jusqu'à quel niveau on a envie d'être écologique en fait. Parce que selon les moyens et selon le mode de vie de chacun, on ne peut pas toujours être au mieux. Le but c'est de faire le mieux qu'on peut et qu'on ait envie. C'est selon chaque projet, donc ça part. Déjà de la taille du bâtiment, de l'impact des matériaux, donc qu'est-ce qu'on a localement, comment on construit localement. On va chercher des techniques traditionnelles locales si c'est possible, pour rester dans la tradition.
- Speaker #1
Il y a beaucoup de paramètres. Il faut peut-être dire un truc aussi, c'est que l'architecture écologique parfaite n'existe pas. On ne peut faire que mieux que plein de choses. Et puis essayer de s'améliorer mais le truc magique qui tombe du ciel miraculeux, 100% écologique, ça n'existe pas, je ne crois pas.
- Speaker #0
Il y aura toujours une part, oui, c'était une des désillusions quand j'ai fait ma propaille parce que quand on fait les enduitères pour venir faire le joint d'étanchéité on vient mettre plein de scotch autour des fenêtres. Et du coup, ça casse un peu. On se dit on va construire en terre et en paille. Mais bon, en fait, c'est toujours mieux que de construire en parpaing et en laine de verre. Donc, il faut savoir jusqu'où on met le curseur. Et c'est surtout, voilà, c'est pas... C'est surtout de... On veut choisir une méthode de construction, mais il faut être sûr que derrière, on est la filière et les artisans localement, en fait. Parce que si on veut construire en... En paille, dans un endroit où il n'y a pas du tout de culture de paille et qu'on doit faire venir des camions de 800 km à la ronde, en final, l'impact écologique n'est pas fou. Donc c'est inspiré de ce qui existe localement et des savoir-faire et de la culture locale déjà. Et après, sur l'impact... carbone, c'est à la hauteur aussi de ce qu'on peut faire parce que selon les besoins et les budgets de chacun, on peut pas toujours faire tout en même temps et il y a des concessions à faire aussi.
- Speaker #1
Alors ça nous fait une excellente transition. Pardon vas-y, je te laisse finir, mais on va passer justement à la question.
- Speaker #0
J'allais dire que sinon il y a le réemploi du coup aussi qui est encore autre chose d'écologique aussi.
- Speaker #1
Oui carrément, ça nous fait une très bonne transition Transition vers la question du budget, du prix. de la construction, de la rénovation, quand on est en écologie que souvent les gens se disent oui mais ça va être beaucoup plus cher, est-ce que c'est une réalité, est-ce que oui mais il faut quand même prendre en compte aussi d'autres impacts qui indirectement vont contrebalancer cette différence de prix, enfin qu'est ce qu'on peut dire de tout ça ?
- Speaker #0
Oui, c'est l'idée générale que les gens ont, c'est que ça va coûter beaucoup plus cher quand c'est écologique. Ça ne coûtera pas forcément plus cher. En fait, ça va dépendre aussi, peut-être qu'il va falloir faire un peu plus de choses par nous-mêmes. C'est-à-dire qu'il y a dans les projets écologiques, une grande part d'autoconstruction. On peut du coup se dire, on fait le... La structure hors d'eau, hors d'air, on la fait faire. Et tout ce qui est venir mettre les bottes de paille, faire les embutes de terre, ça on va le faire nous, en chantier. Et du coup, on arrivera à rentrer dans le budget. En fait, comparer les deux techniques, c'est-à-dire le conventionnel en béton parpaing et isolation en laine de verre ou laine de roche, c'est difficile de comparer parce que tel que... Oui ça va coûter plus cher la construction écologique si on fait tout faire parce que c'est des savoir-faire qui prennent plus de temps et qui ont un coût aussi parce que du coup il y a plus de main d'oeuvre que sur du conventionnel mais en fait il y a beaucoup de choses que les gens peuvent faire eux mêmes. Typiquement les enduitères c'est un plaisir donc mais c'est du temps et non seulement ça il y a plein de chantiers participatifs qui sont possibles et du coup tu peux
- Speaker #1
Tu peux aussi créer pas mal de liens avec des gens que tu ne connais pas au début et finalement te tisser tout un réseau que tu n'aurais pas avec une construction classique.
- Speaker #0
Tout à fait. D'ailleurs, il y a beaucoup d'autoconstructeurs, enfin moi, ceux que j'ai rencontrés, en fait, ils ont tous fait avant des chantiers chez d'autres personnes, en fait, pour s'auto-former et voir les techniques. Et eux, penser leur projet où eux, ils ont carrément construit de A à Z. Enfin, si, ils ont pris le charpentier et le maçon quand même. Mais en général ils font ça et ça leur permet d'acquérir de l'expérience, voir les erreurs qui ont été faites chez les autres et ne pas les reproduire chez eux. Et après maintenant aussi sur les chantiers participatifs, nous localement on a la Habitat Eco Action qui est une SIC je crois, qui a des maçons et des charpentiers, c'est que des artisans autour de l'éco-construction. De l'accompagnement à l'autoconstruction. Donc en fait, le maçon vient par exemple former le chantier participatif et les gens sur deux, trois jours, où il encadre de temps en temps, et ça leur permet d'économiser plutôt que de le payer lui à le faire tout seul.
- Speaker #1
C'est vachement intéressant, effectivement. Ça peut permettre de baisser les prix. Et il y a aussi, au-delà de tout ça, une autre notion qui est... Oui, mais comme les matériaux sont sains, comme on est dans un niveau de confort quand même bien plus élevé, très souvent en tout cas, on n'a pas à débourser pour des problèmes de santé qu'on aurait avec des matériaux classiques. Alors je fais peut-être un peu rapidement la boucle, mais il y a une idée un petit peu comme ça, non ?
- Speaker #0
Oui, c'est ça aussi, il y a tellement de choses à dire. Même si ça coûte un poil plus cher au début, après c'est des bâtiments qui vont consommer beaucoup moins d'énergie déjà. Et effectivement, au niveau de la santé, ça n'a rien à voir.
- Speaker #1
Il y a des économies à faire niveau énergie, ça c'est clair.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et puis... Ah oui, oui. Pardon, vas-y.
- Speaker #0
Oui, j'allais dire, si vous avez une maison typiquement en paille ou en terre, qui est super bien isolée, qui a une bonne inertie. Un seul poêle central, ça va vous chauffer toute la maison, il n'y a pas besoin de plus en fait. Par rapport à maintenant, ce qu'ils font mettre dans les maisons de constructeurs, où ils ont des packs avec des ventilos, enfin des souffleurs dans toutes les pièces, ou un chauffage au sol, plus une clim, enfin c'est des énormes structures, des énormes installations, alors qu'un simple chauffage... au bois ça suffit.
- Speaker #1
C'est très cher, il y a des pannes en plus sur ces systèmes complexes alors que là un petit poil simple peut tout faire.
- Speaker #0
Puis on va voir ce que ça donne au niveau du réchauffement climatique parce qu'en ville ils mettent tout ça du coup mais ça chauffe aussi donc d'avoir tous ces convecteurs à l'extérieur c'est assez hallucinant quoi.
- Speaker #1
Ouais c'est l'anti-écologie déguisé en écologie parce que effectivement il y a beaucoup de promotion autour de ça alors que c'est pas si... La question du prix, ce qu'on dépenserait en plus au départ, on le récupérait largement derrière en économie sur le chauffage, notamment sur les questions de santé. C'est un peu comme manger sain versus manger du tout transformé industriel. Il y a un moment où c'est moins cher dans le rayon, mais on va plus souvent chez le médecin avec des médicaments, des machins, des traitements qui vont coûter bien plus cher qu'une bonne nourriture tout du long.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. C'est comme maintenant, on est beaucoup à se supplémenter, prendre des compléments alimentaires, etc. Alors qu'avant, la nourriture était beaucoup plus riche en nutriments et beaucoup moins industrialisée. Nous, on n'achète jamais des trucs tout faits à la maison. Et puis on a le jardin, mais on voit très bien que les légumes qu'on achète au supermarché, ils n'ont rien à voir avec les légumes du jardin. Ce ne sont pas du tout les mêmes vitamines. Voilà, même en essayant de manger sain, selon là où on achète, d'où vient la provenance. Puis si c'est frais, si ça vient de chez le maraîcher et que ça a été cueilli hier, ça n'a pas le même impact que si ça a été cueilli il y a trois semaines en Espagne.
- Speaker #1
Oui, c'est clair. Qu'est-ce qu'on peut dire maintenant ? Parce que l'architecture, c'est un gros sujet. C'est un peu le point de départ d'un projet, que ce soit en rénovation ou en construction. Maintenant comme on le disait, on l'évoquait un petit peu au début de l'interview tout à l'heure, il y a plein de gens qui vont graviter autour de ce projet, des professionnels aussi. Et la question à laquelle on arrive c'est quels sont les métiers autour de ça, les métiers autour de l'architecture écologique, donc le métier de la construction écologique au sens large en fait, qu'est-ce qu'on a comme principaux métiers ?
- Speaker #0
Autour de l'architecture écologique, on va retrouver tout ce qui est les maçons, les maçons de terre crue, les charpentiers aussi forcément, parce que tout ce qui est en bois, après, à essayer d'utiliser le bois français au maximum, mais ça aussi, il y a les filières qui essayent d'oeuvrer là-dessus. On va avoir du coup les isolants écologiques biosourcés, selon les filières. plus ou moins local selon là où c'est développé. Parce que par rapport à toi, le chanvre, il y a des régions où ce n'est pas forcément développé. Ici en Nouvelle-Aquitaine, on a Pyrénées-Chambre qui commence à lancer l'agriculture, mais ils se battent un peu contre le géant oraliste parce que c'est 100% maïs. Et j'ai déjà vu le directeur sur une conférence sur les nouvelles débouchés dans l'agriculture par rapport au bâtiment. Et où lui il disait qu'il y a quelques années, il a tout passé en chambre du jour au lendemain, il n'y avait pas la filière derrière, donc du coup il a eu une perte sèche énorme, et le truc c'est que ce n'était pas au bon moment, et lui il en garde ses mauvaises expériences, et pour lui c'est le chambre non, et c'est dommage parce qu'en fait il faut avoir tous les acteurs qui soient mobilisés pour qu'un projet marche, et tant que ce n'était pas encore développé dans le bâtiment, en fait effectivement même là maintenant dans l'alimentation. Dans les cantines, ils en mettent et commencent à avoir des recettes à base de graines de chanvre pour les enfants. Donc c'est vachement bien. Mais il faut que tout soit structuré autour.
- Speaker #1
Donc les métiers, c'est des métiers sur toute une filière. En fait, il y a la production agricole, très souvent sur les biosourcés. Il y a les artisans qui viennent poser les différents matériaux de la bonne manière sur les bons chantiers. Il y a aussi de la maîtrise d'ouvrage, des maîtres d'oeuvre et tout ça entre toi et les projets ?
- Speaker #0
Oui, puis sur la maîtrise d'ouvrage aussi, il y a toutes les maîtrises d'ouvrage publiques qui sont de plus en plus sensibilisées. Pour montrer l'exemple, dans les mairies, les écoles, il y a de plus en plus de projets exemplaires. Et là, ils ont les moyens du coup de... D'être carrément sur des bâtiments qui sont à énergie positive aussi, des bâtiments vraiment très optimisés et se fixent des hauts objectifs environnementaux.
- Speaker #1
Ok, donc il y a plein de métiers pour toutes sortes d'entrepreneurs en fait là-dedans. Pas que des entrepreneurs, mais c'est surtout notre sujet, donc c'est là-dessus qu'on met un peu le focus. Il y a aussi des salariés dans ces domaines-là évidemment. et des fonctionnaires aussi qui passent des appels d'offres de plus en plus sensibilisés à ces questions-là. Un mot sur les perspectives d'avenir. On sait à peu près où on en est aujourd'hui. On peut faire des choses déjà comme on l'a vu. Ce n'est pas toujours évident de réunir tous les bons éléments parce que ce n'est pas encore ultra développé, comme on l'a mentionné. Mais comment tu vois l'avenir dans les années à venir par rapport à tout ça ?
- Speaker #0
Moi je vois que ça se développe quand même de plus en plus pour quelques années de pratiques et d'expérience. Je vois qu'il y a de plus en plus de monde qui vient et aussi d'interventions, de sensibilisation auprès du grand public. Mais c'est ça qui manque pour l'instant, c'est de la structure et de l'information. Parce que moi je baigne dedans, donc j'ai l'impression que c'est normal. Mais je vois bien, même au niveau de mes confrères architectes. que ce n'est pas du tout assimilé pour tout le monde, surtout pour les anciennes générations. Du coup, ça se développe chez les jeunes.
- Speaker #1
Ça laisse entendre aussi d'ailleurs qu'il y a d'autres métiers dont on n'a pas parlé, mais c'est les métiers de la formation autour de ça pour justement sensibiliser les différentes professions qui ne sont pas encore complètement dedans.
- Speaker #0
Oui, pareil, en fait, par rapport à il y a 5 ou 10 ans, tu vois, au niveau de l'offre de formation. Le Chambre vient à peine de sortir, il commence à sortir des formations pro pour le Chambre. La Propaille aussi, ils ont mis quand même pas mal de temps et tu vois ça prend du temps rien que pour établir les règles professionnelles et que les gens, que les maîtres d'œuvre comme moi puissent avoir un cadre assurantiel propre et qu'ils soient ok, qu'on ait des vraies normes et des règles qui soient applicables sur nos chantiers quand c'est des chantiers publics. ou même des chantiers privés pour les assurances c'est important de faire ces règles pro mais ça prend des années et ça manque de subventions il manque des financements pour pouvoir structurer le développement des biosourcés donc ça prend plus de temps parce que du coup c'est plus du bénévolat des petites mains qui vont venir oeuvrer et il faut de la motivation pour Pour pouvoir faire bouger tous ces réseaux entre la terre, le chanvre, la paille, tu vois, il y en a beaucoup.
- Speaker #1
Tout ça, ouais. Quoi d'autre comme perspective d'avenir ? Est-ce que tu penses que ça va se généraliser, en fait, les bonnes pratiques par rapport à tout ça ? Est-ce que tu penses que ça va aller très lentement encore longtemps ou comment tu vois ça ?
- Speaker #0
J'espère que ça va se généraliser. Après, le truc c'est qu'il faut que l'État aussi soit dedans, parce que par rapport à s'en prendre les choses en main, parce que tu vois quand ils ont fait ma prime rénov' au tout début, Ce qui était financé, c'était seulement les travaux d'isolation en laine de verre. Il a fallu lutter.
- Speaker #1
Et du polystyrène de 15 cm de pression.
- Speaker #0
Et du polystyrène expansé vers l'extérieur, oui. C'est ça.
- Speaker #1
C'est l'écologie magnifique du gouvernement Macron, on va dire. Voilà, c'est vrai,
- Speaker #0
c'est pas du tout écologique. Et on a commencé là-bas à réussir à faire rentrer dans les projets les bétons de chambre, mais qui sont du coup des enduits de correcteur thermique, puisque comme je le disais tout à l'heure, le R ne correspond pas. Mais ils ont admis quand même qu'au niveau du ressenti intérieur, c'était beaucoup mieux. Et que c'est prouvé que par rapport au déphasage, pour le confort d'été, c'est encore mieux. Mais ça demande du coup de forcer des dossiers, de mettre beaucoup plus d'énergie. C'est beaucoup plus d'énergie à mettre pour défendre ces projets que quand on fait du conventionnel. C'est comme pour construire une maison. Tu vois, si c'est un architecte qui construit la maison, les gens ont beaucoup plus de mal à avoir un prêt auprès des banques que si c'est un constructeur de maison conventionnelle en béton, laine de verre. Parce que le constructeur de maison individuelle, lui, ils ont l'assurance que si jamais ils se plantent, ils vont avoir un autre constructeur qui va prendre le chantier, qu'il fixe un prix dès le début. Alors que l'archi, ça peut évoluer selon les exigences du client. Ils ont trop la mauvaise expérience d'architectes qui ne font pas les estimations très précises. Et puis, il faudrait faire tous les devis avant de faire un permis de construire. Donc, du coup, c'est une question de planning administratif. Mais du coup, ça ne met pas en avant les gens qui savent construire. Enfin, qui savent construire. Si, les constructeurs savent construire. Mais c'est du copier-coller sans réfléchir à l'environnement local de chaque construction.
- Speaker #1
On va espérer que ça va se fluidifier et se simplifier dans les années qui viennent. En tout cas, je pense qu'il y a une grosse demande sur tous ces projets-là. On a parlé de plein de différents matériaux. Moi, je connais un peu mieux le chanvre, évidemment, par mon métier. Je sais que les surfaces de production de chanvre vont doubler dans les trois ans. par rapport à ce qu'elles sont là en ce moment, notamment pour accompagner les débouchés au niveau construction qui sont en train d'exploser un peu partout. Aussi parce que justement dans les nouvelles normes, ça devient un peu plus simple, même s'il reste encore des contraintes, pour intégrer ces matériaux-là justement à des chantiers dans lesquels ils n'étaient pas intégrables avant. Comme petite conclusion à tout ça, on a vu plein de choses. Merci, Valentine. C'est vachement intéressant. Qu'est-ce que tu aurais envie de dire à des gens qui nous écoutent, qui auraient envie de réussir leur propre transition professionnelle sur justement la transition écologique, sachant que toi, tu as carrément bien avancé là-dedans. Maintenant, tu es 8 heures par jour consacrée à la transition des uns et des autres via ton métier, ce qui est vachement bien. Mais il y en a plein d'autres qui aimeraient aussi faire le pas, commencer, accélérer. Qu'est-ce que tu pourrais leur dire ?
- Speaker #0
Moi, je leur dirais de ne pas avoir peur et de foncer. J'avoue que c'est aussi une question d'environnement, je pense. Parce que quand on s'entoure de personnes comme nous qui ont les mêmes envies, moi, c'est vrai que dès mes études, je me suis entourée de personnes qui, comme moi, avaient envie de faire... de l'écologique, de faire du social. J'ai fait mon projet de fin d'études avec Emmaüs à Toulouse, c'était incroyable. Chaque personne, chaque projet t'apporte énormément d'expérience et aussi des rencontres qui t'offrent des opportunités, comme quand j'ai fait ma propaille. C'est en ayant par hasard rencontré la directrice qu'elle m'a invitée à venir faire cette formation et c'était superbe. Et c'est par bouche à oreille aussi, sur des événements, que tu rencontres des personnes inspirantes et tu te dis que tu as envie de faire comme eux, tu n'as pas envie de rester, de continuer à être mal. Moi, ça me rendait malade de faire des bâtiments qui ne me correspondaient pas, de me dire que j'allais dessiner des choses polluantes. et qui n'avait pas de sens des fois en fait en plus des fois c'est de l'argent public à mettre et à dépenser et on réfléchit pas à l'impact derrière quoi yes donc pour retrouver du sens pour sortir de l'éco anxiété en gros pour se
- Speaker #1
remettre en énergie et tout ça entourez vous bien je crois que c'est le principal message allez voir des gens qui sont comme vous avec les les mêmes aspirations à faire du mieux dans ce monde qui nous entoure, qui en a bien besoin.
- Speaker #0
Il ne faut pas avoir peur de se lancer et se former aussi, parce que je vois qu'il y a beaucoup de gens que j'ai rencontrés qui ont été ingénieurs à un moment donné, ou archi, et qui ont perdu du sens dans leur pratique, et qui se sont formés pour être charpentiers ou pour être maçons, et ils ont décidé de monter leur petite auto-entreprise au début pour être maçons de terre crue. Ils sont beaucoup plus épanouis et c'est juste une petite formation de la pratique. Et après, s'il y a quelque chose qui vous plaît, en fait, il ne faut pas avoir peur. Si ça vous plaît, vous serez heureux.
- Speaker #1
Yes, vous serez heureux. Entourez-vous des bonnes personnes et foncez. Du coup, un grand merci, Valentine. Très bonne continuation à toi. N'hésitez pas à vous inscrire à la chaîne, à laisser un commentaire sous cet épisode, à le partager à vos amis proches et moins proches. Pour diffuser cette bonne parole et puis à écouter les autres épisodes, on a plein d'autres solutions, plein d'autres métiers, plein d'autres manières d'entreprendre dans cette transition. Et oui, clairement, on a besoin de tout le monde. Donc, partagez et on se retrouve à très bientôt. Merci.
- Speaker #0
Merci beaucoup.