- Abla
Bonjour à tous, je suis ravie de vous retrouver aujourd'hui pour ce nouvel épisode. Biomédicalement Votre, la juste prescription des examens biologiques, c'est LE podcast qui aide les professionnels de santé à anticiper les risques et à cultiver les bonnes pratiques liées à la prescription des examens de biologie. Je suis Abla, biologiste médical, et cette semaine, nous retrouvons Marina, médecin généraliste à Évian-les-Bains, qui a une question qui vous parlera peut-être.
- Marina
Bonjour, j'ai une patiente de 24 ans qui présente des douleurs fortes pendant ses règles. Règles qui sont d'ailleurs irrégulières. J'ai déjà éliminé une possible endométriose, mais elle est très incommodée et souhaiterait de nouvelles explorations. Je pense faire un bilan hormonal, mais lequel ?
- Abla
Bonjour Marianne, un grand merci pour votre présence. Vous êtes biologiste médicale spécialisée en endocrinologie au sein du pôle biochimie au laboratoire CERBA.
- Marianne
Bonjour Abla.
- Abla
Alors, quelle serait votre réponse pour Marina ?
- Marianne
Alors je dirais que devant ce tableau de douleurs non spécifiques associées à des troubles ovulatoires chez la femme jeune, il faut penser à un syndrome des ovaires polykystiques, SOPK. C'est une pathologie fréquente et souvent mal diagnostiquée chez la femme jeune. Donc il faut faire un bilan hormonal complet et aussi chercher des signes d'hyperandrogénie clinique, mais pas que, ça peut être difficile, donc on va aller aussi chercher de l'hyperandrogénie biologique.
- Abla
Et qu'est-ce qu'on va chercher dans cette hyperandrogénie biologique ?
- Marianne
Alors on a des recommandations qui ont été données par la Société Française d'Endocrinologie. Il faut faire en première intention un dosage de testostérone total en méthodologie RIA. En fonction du taux, s'il y a une augmentation ou non, on va aller chercher d'autres examens, tels que les précurseurs androgéniques, Delta 4, Androstenedione, DHEA, et puis éventuellement on ira encore plus loin avec de la testostérone biodisponible ou de la testostérone libre.
- Abla
Et l'hormone antimüllérienne ?
- Marianne
Alors il est vrai qu'on a souvent des prescriptions d'AMH pour ce type de syndrome. C'est une molécule qui est augmentée lorsqu'on a un syndrome des ovaires polykystiques. Et on aura aussi d'autres hormones telles que la prolactine qui vont être prescrites souvent en première intention pour du diagnostic différentiel.
- Abla
Et du coup pour l'hormone antimüllérienne, c'est un critère diagnostique ?
- Marianne
Alors ça ne fait pas partie des critères diagnostiques. Le SOPK c'est deux critères sur trois, oligo-anovulation, hyperandrogénie clinique ou biologique et critère échographique, sachant qu'il y a quand même une nouvelle proposition pour un nouvel algorithme diagnostique qui inclurait soit le critère échographique, soit l'AMH sérique supérieure à 5 ng par millilitre.
- Abla
Très bien. Donc je vois qu'il y a un bilan hormonal quand même assez dense, mais peut-on décrire un bilan spécifique au SOPK ?
- Marianne
Eh bien, pas vraiment. Finalement, on a un bilan hormonal, c'est toujours un peu complexe, et donc on a effectivement d'abord la testostérone totale, puis la testostérone biodisponible, la testostérone libre, les précurseurs androgéniques, et puis tout le diagnostic différentiel, et puis on peut aussi encore aller plus loin, aller chercher les protéines porteuses, c'est très vaste.
- Abla
Oui, je comprends. Donc je vois qu'il y a beaucoup d'hormones, il y a beaucoup de signes cliniques qui ne sont pas spécialement spécifiques de ce syndrome, donc j'imagine qu'il est difficile de poser le diagnostic pour certaines patientes. Quel est le risque in fine pour elles ?
- Marianne
Alors effectivement, le diagnostic, il est difficile, il peut être retardé. En général, la pathologie, elle commence à la puberté et on va avoir des premiers signes, souvent banalisés, les douleurs, la prise de poids, des signes de virilisation qui peuvent se mettre en place et c'est des premiers problèmes. Ensuite, à moyen terme, on va avoir une infécondité et puis aussi des risques obstétricaux, avec du diabète gestationnel, de l'hypertension artérielle, éventuellement des fausses couches. Et puis si on se projette encore plus loin, on a un syndrome métabolique qui se met en place, et donc des maladies cardiovasculaires, une augmentation du risque de diabète, d'hypertension, et puis même augmentation de certains cancers féminins.
- Abla
D'accord. Donc si je comprends bien, devant une suspicion de syndrome des ovaires polykystiques, il y a tout un bilan hormonal à notre disposition pour étayer ce diagnostic ?
- Marianne
Oui, tout à fait. Il faudra donc aller chercher les différentes hormones. qui sont la testostérone totale, la testostérone biodisponible ou libre, les précurseurs androgéniques, le diagnostic différentiel.
- Abla
Très bien, sans oublier les autres critères. Tout à fait. Alors c'est le moment de la question rituelle. Pouvez-vous, Marianne, raconter à nos auditeurs un cas qui vous a marqué, ou bien avez-vous un point de vigilance ?
- Marianne
Alors je vais partir sur le point de vigilance parce que ça me tient à cœur. Une fois que ces femmes sont diagnostiquées, il faut absolument qu'elles soient suivies à long terme. On a parlé des conséquences à long terme. Et la première chose, c'est d'aller leur faire un dépistage de ce syndrome métabolique chez les femmes en surpoids ou minces, peu importe, car il est assez fréquent.
- Abla
Un grand merci Marianne d'avoir été parmi nous et d'avoir partagé ces informations précieuses.
- Marianne
Merci Abla.
- Abla
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