Speaker #0Je suis Sandrine Martin, enseignante et formatrice en Yin Yoga et en Yoga fonctionnelle. J'ai créé ce podcast pour donner une autre vision du yoga. Un yoga où chacun peut trouver sa place, que l'on soit raide ou flexible, petit ou grand, fin ou rond, quel que soit son âge. Je ne crois pas aux règles universelles de l'alignement. En revanche, je crois que chacun peut trouver ses propres alignements. Chaque semaine, seul ou avec mes invités, je vous propose des réflexions, des partages d'expériences et des explorations. L'intention de ce podcast est de vous offrir la liberté de pratiquer un yoga qui vous ressemble et qui vous fait vibrer. Bonjour, je suis ravie de vous retrouver pour l'épisode du jour. Si vous écoutez Blabla Yoga pour la première fois, je vous souhaite la bienvenue. Pour l'épisode du jour, on se pose la question à quel moment on parle d'exercice respiratoire et à quel moment c'est de la pratique du pranayama. Honnêtement, je me suis souvent posé la question. J'ai étudié il y a bien longtemps la cinétique respiratoire avec Blandine Gallet-Germain et c'est ce qui guide ma pratique et mon enseignement. Et il n'y a pas un seul cours où je n'intègre pas les exercices respiratoires dans la pratique. Aussi la question n'est pas de mettre une séparation entre exercice respiratoire et le pranayama ni de dissocier les deux, parce que c'est à mon avis une perte de temps et d'énergie. et on a tous d'autres choses à faire bien plus intéressantes que de débattre sur le sujet est-ce que c'est de l'exercice respiratoire ou est-ce que c'est du pranayama. Mais je sais aussi que certaines personnes ont besoin de faire la distinction entre les deux, de comprendre aussi ce qu'il y a derrière les mots et les propositions. Et c'est ce que je vous propose de regarder aujourd'hui ensemble. Allez, c'est parti ! Commençons par les textes classiques qui parlent du pranayama. Dans le Hatha Yoga Pradipika, Le pranayama est présenté comme la pratique centrale, indissociable du travail corporel préalable. On y trouve notamment cette clé. Je la reformule volontairement pour le côté pratique de l'épisode. Lorsque le souffle est instable, le mental l'est aussi. Quand le souffle devient stable, le mental se pacifie. Le pranayama n'est donc pas un simple exercice de respiration, ni un outil de détente rapide, mais bel et bien un travail sur le prana. à travers la régulation consciente du souffle avec un impact direct sur le système nerveux et l'état mental. Et surtout, dans ce texte, le pranayama vient après la préparation du corps avec les asanas, les purifications et la stabilité. Ça arrive donc dans la progression de la pratique à une place bien définie. Quittons les textes plus anciens pour des définitions un peu plus modernes. Et prenons celle de Iyengar. Chez Iyengar, le pranayama est extrêmement précis, structuré, exigeant. Pour lui, le pranayama n'est pas respirer profondément. C'est l'expansion et la régulation du prana à travers une respiration maîtrisée, consciente, structurée. Il existe plusieurs points. La qualité du souffle, c'est-à-dire la direction, la texture, l'amplitude, la continuité. Il y a aussi le rôle du mental dans la pratique. Ici, on peut y voir les notions d'effort, de puissance, de force. Et dernier point, la nécessité d'un corps préparé. Chez Iyengar, le pranayama ne se fait donc pas sans stabilité posturale, sans compréhension fine du souffle et sans capacité à observer. Le pranayama est donc une pratique avancée. pas au sens élitiste, au sens il faut avoir pratiqué longtemps, mais plus au sens engagé, où certains aspects sont d'abord maîtrisés en premier lieu avant d'aller vers cette pratique du pranayama. Voyons maintenant le pranayama dans le regard d'André Van Lisbeth. André Van Lisbeth a joué un rôle clé dans la transmission du yoga en Occident avec une approche très pédagogique. Et d'ailleurs, je vous recommande la lecture de son livre dédié au pranayama, vous y apprendrez énormément de choses. Je vous donne sa définition. Le pranayama est l'art de contrôler et d'affiner la respiration pour agir sur l'énergie vitale, le système nerveux et la conscience. Ainsi, il distingue clairement la respiration automatique du quotidien, des exercices respiratoires éducatifs et le pranayama comme pratique consciente, progressive, transformatrice. Mais, et c'est ce qui est important, il rappelle que sans éducation du souffle, le pranayama reste théorique ou superficiel. Chez lui, on sent déjà cette idée, le pranayama est un système de pranayama. Le pranayama ne tombe pas du ciel, il se construit, il s'éduque. Ainsi, on pourra aller chercher bien d'autres définitions, d'autres auteurs, mais si on allait dans cette direction, cet épisode serait bien trop long. Ce que l'on peut déjà dire avec ces quelques références, et sans pour autant en tirer de conclusion, c'est que le pranayama n'est jamais présenté comme un simple exercice respiratoire. Il est toujours relié à la conscience, à la régulation, à la préparation. à l'observation fine du souffle. Et surtout, aucune de ces approches ne sépare réellement respiration et pranayama. Elles parlent plutôt de degrés, de qualité, d'amplitude, de profondeur de pratique. Néanmoins, si on cherchait réellement à placer une différence ou plutôt une distinction entre exercice respiratoire et pranayama, C'est souvent là que les choses se compliquent. C'est le mot prana qui va finalement faire la distinction. Ce mot prana est à la fois central et flou. Dans les textes traditionnels, le prana n'est pas l'air, l'air qui est impalpable autour de nous. Ce n'est pas non plus une énergie magique qui apparaît dès qu'on ferme les yeux, dès qu'on pense à elle. Le prana, c'est ce qui circule, ce qui anime. Ce qui relie respiration, système nerveux, vitalité et état de conscience. La définition classique du prana, c'est l'énergie vitale qui anime tout être vivant. Et le souffle est son support. Un moyen donc d'entrer en relation avec le prana. Ce n'est pas le prana lui-même. Si je prends une autre référence, celle de l'encyclopédie du yoga par Georges Freustein, on y lit que Pranayama est composé de deux mots. Prana peut être traduit par souffle ou énergie vitale et Ayama par extension. Ce qui place en objectif principal le contrôle du souffle et notamment la phase de rétention qu'on appelle aussi Kumbhaka. Ainsi, l'allongement du souffle serait d'une certaine manière serait d'une certaine manière allonger la vie elle-même. Mais là, on s'éloigne de notre sujet. Ainsi, si la distinction entre exercice respiratoire et pranayama est primordiale pour votre pratique, votre compréhension ou celle de vos élèves, ou pour respecter une philosophie, on pourrait dire qu'un exercice respiratoire travaille d'abord avec la mécanique, la coordination, la musculation, la perception du souffle, Et parfois. la régulation physiologique. Le pranayama, quant à lui, engage consciemment la relation au prana, c'est-à-dire l'attention, l'intention, la qualité de présence et les effets sur le mental et l'état intérieur. Mais, et ça c'est essentiel, l'un n'exclut pas l'autre. L'un ne va pas sans l'autre. Sans connaissance fine de la respiration, le prana reste une idée abstraite, le pranayama devient un geste plaqué, voire une récitation technique. Et sans cette dimension du prana, la respiration peut rester purement fonctionnelle, efficace oui, mais limitée dans sa portée, en tout cas dans sa portée yogique. Et finalement, la distinction ne se fait pas entre c'est du prana ou ça n'est pas, elle se fait plutôt ici, dans le niveau d'attention, dans la notion de maîtrise du souffle, dans la qualité. de présence et dans la relation à ce qui circule. Ce qui veut dire qu'un exercice respiratoire peut devenir une porte d'entrée vers le pranayama et qu'un pranayama sans base respiratoire solide reste souvent superficiel. Alors je dis souvent que je n'enseigne pas le pranayama et en même temps c'est à la fois vrai et faux. Oui. Je transmets certains pranayamas comme Nodishodana et quelques autres d'ailleurs, mais ça ne va jamais sans préparation. Pour moi, la pratique du Yin Yoga est une porte d'entrée précieuse. Elle permet de prendre le temps de travailler la mécanique du souffle, de développer les sensations, les perceptions, d'éduquer la respiration et même de renforcer toute musculature impliquée. Dans cette approche, il est moins question du prana en tant que concept. que de son support. Et c'est sans doute pour ça que je préfère dire que je n'enseigne pas le pranayama, non pas parce qu'il est absent, mais parce que je choisis volontairement d'enseigner d'abord. d'abord ce qui le rend possible. Si cette question vous parle d'exercice respiratoire et d'accompagnement du prana, yama, et que vous avez envie de sentir concrètement comment le corps et les postures préparent le souffle, je vous renvoie vers l'épisode 138 qui permet d'associer les mouvements respiratoires et les postures. On y explore comment les postures donnent accès à la respiration très concrètement et simplement, et vous pourrez mettre ça en place assez facilement. Avant de se quitter, j'aimerais vous demander quelque chose. Si Blabla Yoga vous accompagne depuis un moment, si certains épisodes vous ont fait réfléchir, douter, bouger ou simplement respirer autrement, prendre une minute pour laisser une note avec 5 étoiles, soit sur Apple Podcast ou Spotify, et si le corps vous en dit un petit commentaire, c'est le meilleur moyen pour aider Blabla Yoga à être découvert par des pratiquants et d'autres professeurs de yoga. Ces petites étoiles ne seront pas là pour flatter mon ego, même si, soyons honnêtes, flatter son ego, c'est bon de temps en temps. Mais parce que ces retours permettent au podcast d'exister davantage et permettent de continuer à offrir des espaces de réflexion autour du yoga. Merci donc d'être là, d'écouter, de réfléchir avec moi et peut-être aussi de laisser une trace. Nous voilà arrivés au moment de nous quitter. Merci d'avoir écouté jusqu'au bout. Et si vous n'en avez pas eu assez et que vous en voulez encore, il y a plein d'épisodes sur la respiration et le souffle. Et je suis sûre que vous trouverez de quoi continuer dans les épisodes précédents. Je vous dis donc à bientôt et d'ici là, prenez soin de vous et je vous souhaite une pratique libre et décomplexée. A bientôt !