Speaker #0Je suis Sandrine Martin, enseignante et formatrice en Yin Yoga et en Yoga fonctionnelle. J'ai créé ce podcast pour donner une autre vision du yoga. Un yoga où chacun peut trouver sa place, que l'on soit raide ou flexible, petit ou grand, fin ou rond, quel que soit son âge. Je ne crois pas aux règles universelles de l'alignement. En revanche, je crois que chacun peut trouver ses propres alignements. Chaque semaine, seul ou avec mes invités, je vous propose des réflexions, des partages d'expériences et des explorations. L'intention de ce podcast est de vous offrir la liberté de pratiquer un yoga qui vous ressemble et qui vous fait vibrer. Hello hello et bienvenue dans Blabla Yoga. Merci d'être là et d'avoir choisi cet épisode aujourd'hui. J'espère qu'il vous apportera matière à réflexion, inspiration ou au moins un bon moment d'écoute. Aujourd'hui on va parler de quelque chose que vous vivez à chaque fois que vous posez les pieds sur votre tapis. Ou même quand vous savourez une vraie pause, sans forcément avoir le mot pour le nommer. Et pourtant, ça change tout dans la façon dont on pratique, dont on ressent, dont on se comprend soi-même. On va parler d'interoception. Ce mot, je l'adore, interoception. Dans cet épisode, on va voir ensemble ce que c'est exactement et pourquoi ça va bien au-delà du yoga. On va s'appuyer sur des chercheurs, des psychologues, des neurologues. qui ont consacré leur travail à comprendre ce lien entre le corps et l'intelligence intérieure. Et on va revenir sur le tapis avec des pistes concrètes pour cultiver cette écoute dans votre pratique. Allez, c'est parti ! On parle souvent du yoga comme d'une pratique du corps. Mais de quel corps parle-t-on ? Celui qu'on voit dans un miroir, dans une photo, dans le regard des autres ? Ou encore... Le corps que l'on habite avec ses tensions, ses résistances, ses douleurs, ses zones de silence, c'est ce deuxième corps, celui qu'on habite, que l'on met en avant dans la pratique, parce que c'est concret, tangible. Vous sentez votre souffle qui se ralentit, vous sentez les épaules qui descendent, le battement ou la pulsation cardiaque qui augmente. Vous sentez ce moment où quelque chose se passe dans votre corps, où quelque chose lâche. Ce n'est pas abstrait et c'est assez immédiat. Et pourtant, on creuse peut-être moins qu'on ne le croit ces petites sensations, ces petites choses qui sont là dans l'immédiat. Parce qu'il y a un nom pour cette capacité et la nommer, c'est déjà commencer à mieux la cultiver. On parle donc d'interoception. C'est la capacité à percevoir de l'intérieur les battements du cœur, la qualité du souffle, Cette sensation diffuse dans la poitrine quand quelque chose ne va pas ou quand quelque chose va bien parce que la joie aussi peut apporter ce petit truc qui émoustille, qui nous rend vivants. Ce n'est pas de l'introspection au sens psychologique. C'est plus physique, plus immédiat. C'est le corps qui parle avant même que vous ayez les mots. Et on les connaît tous. petites sensations qui viennent de l'intérieur de notre corps, qui nous fait parfois nous arrêter et qui nous fait dire, ah tiens, c'est telle chose ou telle chose. Mais c'est ça qu'on en cherche, à comprendre ce petit aspect qui naît à l'intérieur de nous. Et ce que nous dit la recherche, et c'est là que ça devient assez fascinant, c'est que cette capacité n'est pas anecdotique. Elle touche à quelque chose de fondamental dans la façon dont on fonctionne en tant qu'être humain. Howard Gardner, psychologue américain, a bousculé dans les années 80 notre façon de penser l'intelligence. Et j'adore cet auteur, ça fait des années et des années que je reviens sur son travail parce que je le trouve fabuleux, ça permet vraiment de se comprendre aussi d'une autre manière. Howard Gardner défend l'idée qu'on ne se résume pas... pas à une seule forme d'intelligence, l'intelligence logique, verbale, mathématique. C'est ce qu'on met en avant notamment à l'école, c'est ce qu'on met en avant dans nos études. Il identifie alors plusieurs formes d'intelligence. Et parmi elles, l'intelligence intrapersonnelle, c'est-à-dire la capacité à accéder à sa propre vie intérieure, à ses états et à ses émotions. C'est cette intelligence qui permet de se connaître de l'intérieur. Et ce n'est pas un talent secondaire, c'est une intelligence à part entière. Et si vous pratiquez le yoga avec cette intention, c'est-à-dire observer ce qui se passe en vous plutôt que de reproduire la forme d'une posture, vous entraînez exactement. ça parce que oui l'interoception ça se cultive ça s'apprend ça se découvre et parfois comme c'est tout balbutiant c'est pas trop comment s'appuyer sur cette interoception c'est tout juste naissant ainsi en s'entraînant à percevoir les différentes sensations on cultive cette intelligence et on la met en avant Antonio Damasio va encore plus loin. Ce neurologue a consacré une partie de sa carrière à comprendre le lien entre le corps et les émotions. Et ce qu'il démontre renverse quelque chose qu'on croit souvent acquis. Que c'est le mental qui dirige le corps et le corps qui suit. Et c'est l'inverse qui se produit. Les émotions naissent dans le corps avant d'être pensées. Oui, nos émotions sont là avant que notre cerveau en prenne pleinement compte et que ce soit traduit en mots, en images par exemple. Le cerveau reçoit ainsi un signal physique, ça peut être une tension, une accélération, un changement et c'est seulement ensuite qu'il l'interprète. qui lui donne un nom, une histoire. Ce que vous ressentez sur votre tapis, ce n'est pas une distraction de votre pratique, c'en est le cœur. Il dirait même qu'une fois qu'on est installé dans la posture, c'est ça qu'on va écouter. Les différents signaux qui remontent à notre cerveau, qu'il est ensuite en mesure d'analyser et d'interpréter. Alors si le corps parle avant le mental, comment on l'écoute ? Comment on apprend à décoder ce qu'il dit ? Et c'est là qu'intervient le souffle, entre autres. Ce n'est pas un hasard si la respiration occupe une place centrale dans le yoga depuis des millénaires. Le souffle est un médiateur. C'est le seul système du corps qui est à la fois haut, automatique et conscient. Vous pouvez le laisser faire ou vous pouvez prendre la main sur votre respiration. Et c'est précisément cette double nature qui en fait un outil si puissant. Quand vous êtes stressé, votre souffle se raccourcit. Quand vous avez peur, il se bloque. Quand vous êtes apaisé, il s'allonge naturellement. Et quand vous éprouvez de la joie, il peut s'accélérer. Le souffle ne ment pas, il reflète exactement ce qui se passe à l'intérieur et souvent même avant que vous en ayez conscience. C'est de l'interoception en temps réel. Mais le lien fonctionne dans les deux sens et c'est ce qui est remarquable, c'est que vous pouvez aussi agir par le souffle. Ralentir une expiration, c'est envoyer un signal au système nerveux, un signal de sécurité, de régulation. Vous ne changez pas vos pensées par la volonté, mais vous changez votre état par le corps et vos émotions suivent par la suite. Sur le tapis, quand on vous invite à revenir au souffle, ce n'est pas seulement une formule. C'est une invitation à utiliser le médiateur le plus direct que vous ayez pour comprendre ce que vous vivez et pour l'accueillir. C'est un outil que j'utilise énormément dans la pratique du yin, d'inviter à ralentir le souffle en diminuant le nombre de répétitions, à allonger le souffle en expirant le plus longuement possible, ce qui facilite une forme de retour au calme et amène la stabilité du corps. Ashley Montaigu, anthropologue, a consacré une partie de sa vie à écudier quelque chose qu'on néglige souvent, la peau, le toucher, la sensorialité. Dans son ouvrage La peau et le toucher, il montre que le corps sensible est notre premier langage. C'est un livre que j'ai adoré lire il y a bien des années quand j'attendais mon fils et il m'a donné vraiment plein de pistes de compréhension sur la manière dont on interagit. à travers le toucher. Alors ainsi, avant les mots, avant les images, avant les concepts, il y a le contact, la chaleur d'une main, la texture d'une surface, le poids de son propre corps sur le sol. C'est par là que le nourrisson apprend le monde. Et certaines études ont montré aussi qu'un enfant, qu'un nourrisson qui n'est pas touché peut se laisser mourir. Et quelque part, en tant qu'adulte, on n'a jamais cessé d'en avoir besoin. La sensorialité, ce n'est pas un luxe. C'est une nécessité vitale. Et c'est là que je voudrais vous poser une question, sans y répondre pour autant à votre place. Aujourd'hui, une part croissante de notre expérience. On se passe par un écran, on regarde sa posture sur une vidéo, on filme son repas avant de le goûter, ou encore on va à un concert et on le vit à travers son téléphone, bras levés, écran allumé, capturant quelque chose pour plus tard, ou peut-être pour montrer qu'on était témoin de ce que l'on a vu. Et vous avez vu toutes ces images, des salles entières, des milliers de téléphones brandis vers la scène, une forêt de lumière. Mais... Est-ce qu'on est vraiment là dans ces conditions ? Est-ce qu'on ressent vraiment ce qu'on est en train de vivre ? Est-ce qu'on vibre par l'émotion apportée par l'artiste ? Ou est-ce que l'on vibre parce qu'on pourra dire qu'on était là à ce moment-là grâce à notre téléphone ? Qu'est-ce que finalement ça fait de passer par un écran pour ressentir, pour interpréter un geste, une posture, une émotion ? Est-ce que l'image remplace la sensation ou est-ce qu'elle l'appauvrit ? Je ne dis pas ça parce que c'est mal, je pose juste la question, parce que ça m'interpelle vraiment. Et que si Ashley Montagu a raison, si la sensorialité est notre premier langage, alors peut-être qu'on est en train, sans s'en rendre compte, de parler de moins en moins cette langue. Et qu'en pensant augmenter la connexion avec les autres. on finit par appauvrir la connexion avec soi-même. Et c'est exactement pour ça que je voulais vous parler d'un moment que j'ai vécu en cours il y a quelques semaines. Je donnais un cours de Yin Yoga. 10 minutes de pratique au sol, de mise en mouvement douce et de silence. La classe venait de passer en position assise. Et une élève a sorti son téléphone pour se filmer dans une posture. J'ai essayé de ne pas juger, j'ai pris vraiment sur moi, je vous assure, ce n'a pas été facile pour moi. Et puis, je lui ai demandé de ranger son téléphone. Mais ce geste dit quelque chose de notre époque. On a tellement intégré le regard extérieur qu'on le cherche même dans des espaces conçus pour l'inverse, comme dans la pratique du yoga. On vérifie, on capte, on regarde si on a l'air bien, plutôt que de sentir si ça va bien. Ou encore, on veut raconter une histoire pour les autres, donc on vit à travers les autres, plutôt que d'être avec soi, sur son propre tapis. Et le yoga nous propose autre chose. Pas de se voir, mais de se sentir. Pas de capter, mais d'habiter. C'est un espace rare aujourd'hui. Un espace où le retour ne vient pas d'un écran, ni d'un regard extérieur, et encore moins d'un like. Il vient de l'intérieur, de ce souffle qui s'allonge, de ses épaules qui descendent, de cette mâchoire qui se relâche, de ses yeux qui s'ouvrent, de cette sensation diffuse qui dit « je suis là, je suis vivant, je suis en train de ressentir quelque chose de vrai » . Et c'est ça l'interoception, et c'est ça que vous venez chercher, peut-être sans toujours avoir le mot d'ailleurs pour le dire. Mais maintenant vous avez le mot, l'interoception. Alors concrètement, qu'est-ce que ça change sur le tapis ? Le yin yoga est peut-être la pratique qui s'y prête le mieux, parce qu'il enlève ce qui masque. Pas de mouvement rapide, pas d'enchaînement à suivre, pas de performance. On reste, on tient, parfois dans le silence, parfois en fond de musique, et le corps commence à parler. Une tension qui se révèle, une zone qu'on ne sentait pas, une émotion qui remonte sans prévenir. Et c'est pas toujours confortable, ça c'est sûr, mais c'est bien réel. Et ça commence par des choses très simples. Comme sentir le poids de son corps sur le sol avant même de commencer. Observer la qualité du premier souffle, pas le corriger, juste noter comment est ce premier souffle. Remarquer ce qui chante dans le corps entre le début et la fin d'une posture. Et non pas si la posture est bien faite, si elle est bien exécutée. Mais de prendre le temps d'observer ce qu'elle fait de l'intérieur. C'est ça cultiver l'interoception par le yoga. Déplacez l'attention de la forme vers le ressenti, de l'extérieur vers l'intérieur, encore et encore, souffle après souffle. Pas comme une discipline à suivre coûte que coûte, mais plutôt comme une invitation ou encore mieux, comme une curiosité. Et plus vous vous entraînez à écouter sur le tapis, plus cette écoute devient disponible en dehors du tapis. dans une conversation difficile. dans un moment de stress, dans une mauvaise posture au sens propre comme au sens figuré, dans ces instants où le corps c'est quelque chose que le menthe... n'a pas encore formulé. Alors voilà, nous sommes arrivés à la fin de cet épisode. J'espère qu'il vous aura inspiré, donné envie de vous arrêter pour ressentir ou encore d'aller plus loin par la lecture des auteurs cités. Vous les retrouverez d'ailleurs en description. Et si cet épisode vous a touché, laissez une note 5 étoiles ou un commentaire. Je prends toujours un plaisir immense à vous lire. Aussi, Blabla Yoga a été créé pour répondre à vos questions. Évoquez les thèmes qui vous parlent. Alors, si vous avez envie que je traite un sujet en particulier, laissez-moi un message, je serai ravie d'y réfléchir et de vous proposer quelque chose en retour. Et avant de vous quitter, je vous propose une dernière chose. Posez ce que vous avez dans les mains. Si vous le pouvez, fermez les yeux, mais ce n'est pas obligatoire. Si vous êtes au volant, revenez plus tard sur cette proposition. Et ensuite... Pendant les deux ou trois minutes qui suivent, rien à faire, rien à produire. Portez juste votre attention à ce qui vient. Une sensation dans le corps, un endroit de tension ou de légèreté. La qualité de votre souffle en ce moment peut être une émotion diffuse, sans nom. Une sensation qui reste. Ne cherchez pas à interpréter. Observez, tout simplement. C'est ça l'interoception. Je vous laisse la pratiquer et à bientôt pour un prochain épisode.