- Speaker #0
Bonjour et bienvenue chez Booster, je suis Laure Funtaine Prévost. Ici tu vas entendre des femmes qui te racontent comment le sport les a transformées. Leurs doutes, leurs déclics, leurs victoires. Des trajectoires où le mouvement devient un levier pour te sentir bien dans ta tête et bien dans ton corps. Pour reprendre confiance, faire des choix et tracer ta voie. J'espère que tu repartiras avec de l'élan, de la force et l'envie de bouger pour toi. Parce que le sport, c'est avant tout une rencontre avec soi.
- Speaker #1
Très bonne écoute.
- Speaker #0
Aujourd'hui je te propose un épisode qui parle d'héritage. Pas l'héritage des médailles, l'héritage invisible. Celui qui te suit toute ta vie. Laurine, 42 ans, professeure des écoles, créatrice de contenu, maman de trois enfants, est ancienne athlète de haut niveau. Dans cet épisode, elle nous raconte comment l'athlétisme l'a forgé. L'exigence, l'hygiène de vie, la confiance, et surtout ce rapport à l'échec qui te fait grandir quand tu t'engages à fond. On remonte à son enfance, la gym, puis le déclic sprint quand elle bat tous les garçons en cours d'EPS. On parle aussi d'un coach marquant et de cette phrase qui reste en tête, « ça fait 20 ans que je t'attends » . De ses titres UNSS et de la fierté familiale, mais aussi du regard des autres, de la jalousie et de ce que ça demande à 15 ans d'assumer sa réussite. Et puis on aborde le nerf de la guerre, la double vie, sport et études en France, le contraste avec les Etats-Unis et l'arrêt brutal du jour au lendemain quand on ne peut plus tout concilier. Enfin, parce qu'elle est aussi prof et maman, on parle de transmission. Comment encourager ses enfants ? sans projeter, comment protéger l'élan des filles et ce qu'elles observent aujourd'hui chez les enfants, sur la concentration, les écrans et l'importance de remettre du mouvement dans le quotidien. Très bonne écoute. Laurine, merci d'avoir accepté mon invitation. Pour commencer, je te laisse te présenter comme tu le souhaites avec tes mots.
- Speaker #1
Avec plaisir. Donc moi, je suis Laurine, j'ai 42 ans, je suis professeure des écoles, je fais aussi de la création de contenu en parallèle. Donc j'ai plusieurs activités, j'ai trois enfants, deux ados et un enfant de 8 ans. Et je suis ancienne sportive de haut niveau.
- Speaker #0
Je te suis moi depuis très longtemps sur les réseaux et de temps en temps tu reparles de ta carrière de haut niveau. Et à chaque fois je me suis dit tiens c'est intéressant, j'ai envie de creuser le sujet. En plus moi j'ai fait de l'athlète aussi à haut niveau et donc du coup ça m'intéressait d'avoir un peu les coulisses de tout ça. En introduction, je voudrais que tu nous racontes un peu, toi, quels sont tes souvenirs d'enfance liés au sport ? Comment ça a commencé pour toi ?
- Speaker #1
Moi, j'ai toujours fait du sport. J'ai toujours été assez active physiquement. J'ai toujours fait partie de ceux qui se dépensaient beaucoup dans la cour de récré. et donc les premières activités j'ai dû faire des choses un peu de motricité globale. Je me souviens avoir fait un peu de danse. Mais assez tôt, j'ai fait de la gym. C'est ma première activité suivie sur la durée, on va dire. Et j'ai fait de la gym de l'école primaire jusqu'à mes 12-13 ans. J'adorais ça. Et au moment de l'adolescence, il y a une sorte de switch. C'est que j'ai beaucoup grandi. Et la gym, ce n'est pas fait pour les grandes. Et en fait, quand je me suis rendue compte de ça, ça m'a vraiment minée parce que j'avais des projets, j'avais envie d'aller loin dans la gym et tout. Et en fait, en m'intéressant au parcours des championnes de gym, j'ai vu qu'elles faisaient toutes déjà 10 centimètres de moins que moi à l'époque. Donc, je me suis dit que des exceptions pouvaient arriver, mais qu'a priori, c'était quand même assez rare. Et je me suis retrouvée en difficulté. je me souviens quand je... Je faisais des barres asymétriques et que je me suspendais, presque que je touchais le sol. Donc, je me suis dit, c'est un truc qui ne va pas. Quand j'en ai parlé à mes entraîneurs de l'époque, ils m'avaient dit, oui, effectivement, ils ne me l'ont pas dit dans ces mots-là, mais il n'y aura pas trop d'avenir pour toi dans ce sport-là. Et pourtant, j'en ai fait assez longtemps. J'en ai fait, je ne sais pas, six ou sept ans. Je faisais du sport scolaire en même temps. Donc, j'avais fait un peu de sport co, j'avais fait de la GRS, tout ça en même temps. et à ce moment-là, quand j'ai... Ce n'est pas que j'ai décidé d'arrêter la gym, mais au moment où j'ai pris conscience de ça, il s'est passé un truc. C'est que pendant un cours de sport, je pense que j'étais en cinquième ou en quatrième. On avait un cycle d'athlétisme de sprint et j'ai battu tous les garçons de la classe. Mon prof m'a dit « tu devrais t'inscrire à l'athlétisme » . Je me suis dit que c'était peut-être plus approprié pour moi. Et j'avais une copine qui était licenciée dans ma classe, dans le club local, et qui m'a dit « Mais oui, viens, on sera ensemble, ce serait trop bien. » Et c'est comme ça que je suis arrivée à l'athlée.
- Speaker #0
Et au niveau de ton gabarit, est-ce que tu avais d'autres copines qui arrêtaient parce qu'elles étaient grandes ? Moi, je n'avais jamais entendu parler de ça. J'avais l'impression que c'était presque la gym qui faisait que les filles grandissaient moins.
- Speaker #1
Je pense qu'il y a de ça aussi. Je pense que ça ralentit quand même un peu la croissance. C'est un sport, alors il faut beaucoup de tonicité et tout. Mais moi, j'ai déjà lu des études qui expliquaient que ça pouvait avoir une incidence sur la croissance et bloquer un peu, etc. Mais c'est vrai que quand je regardais, il y en a certaines qui étaient grandes, mais qui n'avaient pas forcément l'envie de percer dans la gym, donc qui s'en fichaient un peu. Mais en tout cas, j'étais la plus grande. Et on va dire que 80% de l'équipe, elles étaient vraiment beaucoup plus petites que moi, avec des gabarits beaucoup plus propices à ça. donc j'ai compris et moi qui adorais le sport et qui avais envie d'en faire déjà à l'époque je ne me disais pas j'avais pas l'envie Je ne me suis pas dit que je vais faire les Jeux Olympiques, mais j'avais vraiment envie que ce soit. Ça occupe du temps dans ma vie, j'avais envie d'en faire régulièrement. Et je me suis dit que je n'allais pas m'amuser si ce n'était pas du tout fait pour moi. Donc ça m'a ennuyée.
- Speaker #0
Tu ne voulais pas être limitée dans ta performance à cause de ta taille pour la gym. Ça,
- Speaker #1
c'est ça. Et puis je me souviens de moments gênants où en gym, aux agrès, quand tu fais... une souplesse arrière sur la poutre ou des saltos au sol, ton entraîneur te part pour éviter que tu te blesses si tu tombes mal. Et quand c'était à mon tour, je voyais qu'il y avait une gêne. Je voyais qu'il se disait, c'est la grande. Donc j'étais très fine à l'époque, mais j'étais grande. Et je voyais que ça pouvait être un problème. et quand je l'ai perçu, parce qu'avant j'étais un peu immature je pense que je ne me rendais pas compte,
- Speaker #0
quand je l'ai perçu je me suis dit qu'il y avait une petite erreur de casting même si c'était pas amusant auparavant Et tiens ça me fait penser à ça parce que il y a des personnes qui commencent par la gym et qui viennent à l'athlée, est-ce qu'on t'a déjà mise à la perche justement par rapport à ton passé de gymnaste parce que souvent quand on est rapide et qu'on a fait de la gym c'est une discipline qui peut être intéressante
- Speaker #1
Oui j'ai déjà entendu ça, j'ai essayé parce que je trouvais ça Euh... assez impressionnant, un côté comme ça, un peu extraordinaire. J'ai essayé, mais j'avais peur, en fait. Donc, on m'a dit, il faudrait que tu t'essayes à la perche, ça peut donner quelque chose. Moi, j'adorais le saut, par exemple, parce qu'il fallait courir. Donc, j'adorais cet agré. Et quand j'ai voulu tenter la perche par curiosité, j'ai trouvé ça trop impressionnant pour moi. J'étais trop crispée. Après, peut-être que ça se travaille et que ça aurait pu...
- Speaker #0
Il faut avoir un côté casse-cou, en fait, mine de rien, pour cette discipline.
- Speaker #1
Je pense que c'est exactement ok.
- Speaker #0
Je pense que tu vas avoir un peu peur de rien. Et donc, du coup, tu commences l'athlée, tu prends ta première licence, comme tu dis, vers la cinquième, quatrième. Au début, un peu aussi pour la copine et puis parce qu'on te pousse. C'est marrant parce que moi, c'est exactement pareil. C'est au même âge où j'ai un prof qui m'a dit, mais tu devrais essayer l'athlée. Et tu vois, j'ai fait de la GRS, moi, ce qui est avant. et pareil, trop grande et ce que je trouve assez génial dans ce sport. C'est que peu importe ton gabarit, justement, il y a une discipline pour toi. Moi, j'étais extrêmement maigre, tu vois. Et en fait, tout de suite, c'était plus sur le demi-fond que j'étais bonne. Tu as des personnes qui sont plus fortes et qui vont adorer le lancer. Et ça, je trouve assez génial. Toi, qu'est-ce que tu as aimé dans ce sport ?
- Speaker #1
Alors, je reviens sur la GRS. Moi, je faisais de la gym rythmique. Enfin, de la gym GR, oui, gym rythmique. Ce n'était pas avec, à l'époque...
- Speaker #0
Avec des agriques. Ouais, pour tout ça.
- Speaker #1
Et là, il fallait être petite. Quand j'ai fait de la GRS en sport scolaire, elles étaient grandes, les filles, quand même. Au ruban et tout, je me souviens que c'était pas tout à fait le même gabarit. Voilà, je repensais à ça, parce qu'après, je m'étais dit, si j'arrête la gym, je pourrais passer à la GRS. Tu vois, je l'avais envisagé. Mais comme c'est à ce moment-là qu'on est venu me proposer l'athlée, finalement, j'ai enchaîné vers l'atelier. Et j'ai oublié ta question, du coup.
- Speaker #0
Ouais, non, ma question, c'était du coup, je trouve qu'à l'athlée, il y en a pour tout le monde, tu vois, pour tous les gabarits. Moi, c'est ce que j'aime aussi, c'est cette pluralité de la discipline et de faire en même temps un même sport, alors qu'on ne fait pas forcément des mêmes disciplines. Et puis, tu vois, ça mélange, je trouve vraiment... C'est un sport qui mélange beaucoup et aussi qui a beaucoup de mixité. Tu as autant d'hommes que de femmes, tu es dans le même groupe. Moi, c'est ça que j'ai beaucoup aimé. et je voulais savoir, toi, ce que tu avais aimé de ce sport.
- Speaker #1
Eh bien, justement, pour les mêmes raisons, ça m'a plu. Parce que dans la gym, c'est un univers très féminin. Je me souviens que les préparations de compète, les filles se maquillaient, se coiffaient, se laquaient les cheveux. Moi, ça ne me correspondait pas. C'était un moment où j'étais un peu mal à l'aise. Et moi, j'ai toujours aimé évoluer dans des environnements très mixtes avec garçons et filles. Je n'étais pas à l'aise dans les ambiances très féminines. Et quand je suis arrivée à l'athlète, j'ai trouvé ça cool qu'il y ait aussi plein de garçons. Et puis, plein de profils. Enfin, c'était hyper riche. Et c'était chouette parce qu'on pouvait être très potes, pas du tout faire la même spécialité, mais partager des choses, quoi. Et ça, c'était vraiment cool. Et le fait que... Que ce soit un sport qui représente tous les gabarits, justement, moi, je trouvais ça hyper beau. Qu'il y ait des lanceurs qui soient plus costauds et tout. Tu n'es pas dans un truc ultra stéréotypé d'un sport où tout le monde est un peu sur le même modèle. Donc, je trouvais ça chouette dans l'athlète.
- Speaker #0
Super. Et est-ce que tu peux nous raconter justement ton évolution ? Au début, tu commences, je suppose, un peu comme tout le monde, par deux entraînements par semaine. Et puis, au fur et à mesure, tu vas progresser et puis tu vas aussi être détecté.
- Speaker #1
Quand je suis arrivée, je crois que j'étais minime à l'époque. Je suis née à Blois et j'ai fait ma scolarité dans un petit village à côté, moins de 10 000 habitants. C'était tout petit, il y avait quand même un collège. Et en revanche, le club d'athlètes était porté par celui qui a été mon coach pendant très longtemps. par cet homme un peu extraordinaire qui avait eu des athlètes de haut niveau dans d'autres villes. Donc en fait, il était en fin de carrière, il habitait dans le secteur et il avait monté ce club avec des amis. Et il avait un passif en fait, il avait eu des athlètes qui avaient fait les Jeux Olympiques. Moi, je ne le savais pas à l'époque. Mais quand il est arrivé là, il avait déjà un parcours assez impressionnant. Moi, quand je suis arrivée, j'étais minime. A priori, ce n'est pas lui qui m'entraînait. Je m'entraînais avec le groupe de Minim, donc deux fois par semaine. Et un jour, il est venu me voir. Pour moi, c'était celui qui entraînait les grands, celui qui entraînait les forts et tout. Et un jour, il est venu me voir en me disant « dorénavant, tu vas t'entraîner avec moi » . Donc très vite, je ne sais plus, très très vite après mes débuts, deux, trois mois peut-être. « Tu vas t'entraîner avec moi, avec les grands, on va faire du sprint, donc tu vas avoir plus d'entraînement. » Donc moi, je disais « Ah, génial, c'est chouette et tout. » Et il me dit, alors je ne sais plus s'il a dit « ça fait 10 ans » ou « ça fait 20 ans » , en tout cas, ça m'avait beaucoup impressionnée. Et il me dit « ça fait 20 ans que je t'attends. » Et moi, j'ai 14 ans, je suis dans mon club, j'ai un adulte, je pense qu'il avait la cinquantaine à l'époque, qui me dit ça. C'est quand même assez étrange. Avec le recul, je me dis que ça aurait pu me faire peur, parce que c'était bizarre. Et donc, ça a un peu cogité. Je me suis posé pas mal de questions. J'en ai parlé avec mes parents qui m'ont dit peut-être qu'il a détecté quelque chose, qu'il a vu en toi un avenir, il a vu un talent. Et effectivement, quand j'ai commencé à m'entraîner avec lui, il était très rigoureux, il m'impressionnait, tout ça. À la fois, le courant passait bien, il y en a beaucoup qui avaient du mal au niveau du feeling, il y en a beaucoup qui n'aimaient pas être brusqués. Moi, je me suis dit, il est venu me chercher, il m'a dit des choses valorisantes, visiblement, il croit en moi, donc je vais essayer de ne pas le décevoir. Et puis, quand tu as cet âge-là et que tu as une démonstration comme ça de confiance, tu as envie, enfin moi en tout cas, j'avais un peu le syndrome de la bonne élève aussi, j'avais envie de réussir et qu'il me porte aussi, quoi. Et j'ai compris très vite. que c'était exactement ce qu'il avait voulu dire. Et il m'a parlé de sa carrière, des athlètes qu'il avait eus. Il m'a dit, j'ai des projets avec toi. Et voilà. Et donc, ça a commencé comme ça. Et je suis passée de deux à parfois trois entraînements par semaine à du quasi tous les jours.
- Speaker #0
Et en fait, finalement, il a cru en toi. Donc, toi, tu vois certaines choses. C'était ça. Mais c'est vrai que quand on est enfant, ça peut faire un peu peur. Et je trouve qu'en plus, tu vois, par exemple, quelqu'un qui viendrait voir ta fille aujourd'hui et qui lui dirait ce qu'il t'a dit, peut-être que toi ça pourrait te faire peur en tant que maman en disant mais... Qui est cet homme de 50 piges qui vient voir ma fille et qui lui dit ça, en fait ?
- Speaker #1
Ce serait très bizarre. Mais je ne l'ai pas pris comme ça. Et en fait, moi, je m'amusais beaucoup à l'entraînement. Et j'adorais ça. Et quand il m'a dit ça, je me suis dit, c'est super, parce que ça veut dire qu'il voit autre chose et ça me motive, en fait. J'ai envie d'essayer d'aller là où il a envie que j'aille. Et c'était mon nouveau projet, quoi. J'ai eu envie d'essayer, en fait.
- Speaker #0
Et au bout de six mois, tu deviens championne de France UNSS. C'était quoi ta discipline ? C'était le 400 ?
- Speaker #1
Alors, moi, je faisais du sprint. Donc, le 400 n'existait pas pour les minimes. Donc, très vite, après avoir démarré l'athlète dans ce club, j'ai été championne de France UNSS. Donc, via les profs de sport, via l'établissement, etc., ils m'ont inscrite. Ils n'avaient quasi jamais eu de participants. Donc, j'ai dû partir dans... Voilà, avec le quart d'un autre plus grand établissement à Blois, etc. Il m'avait accompagnée, il m'avait prise en charge parce que j'étais la seule de mon établissement. Et donc, ça faisait que quelques mois que je faisais de l'athlée et c'était du 80 mètres. C'était la distance au sprint à l'époque pour ma catégorie. Et j'ai été championne de France du 80 mètres.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous raconter ce souvenir ? Comment ça s'est passé ? Comment tu as ressenti justement ? Parce que c'est vrai qu'il y a quelqu'un qui est venu te chercher, on t'a dit qu'on voyait quelque chose en toi et là tu es la meilleure de France, c'est incroyable.
- Speaker #1
Ça allait très vite, alors après ça allait suffisamment vite. Quelque part c'était bien que ça aille vite, c'est-à-dire que je ne réalisais pas et en même temps ça me permettait de faire ça. Enfin, ça restait fun, quoi. J'étais pas dans un truc... Je réfléchissais pas plus que ça. De toute façon, à cet âge-là, tu peux avoir un projet de longue date, mais c'est quand même assez peu probable, à 14-15 ans, que t'aies rêvé de faire ça toute ta vie. Et puis moi, je suis arrivée comme ça, ça s'est passé très vite. Donc, je prenais beaucoup de plaisir. Et donc, c'était quand même chouette d'être dans la réussite de quelque chose qui nous amuse. Parce que dans certains sports individuels, malheureusement, parfois, on voit que les jeunes... Ils sont compétiteurs, ils ont envie de réussir, mais ils se mettent aussi beaucoup de pression, ils ont beaucoup d'angoisse, etc. Moi, pas du tout à l'époque. À l'époque, j'avais envie d'y arriver, je faisais ce qu'il fallait, mais c'était hyper sympa. J'avais des projets, mais je n'ai pas eu le temps de me dire « waouh, c'est un truc de dingue » . Je me disais « ah, trop bien » . Donc, il y a eu deux titres. Enfin, il y en a eu plusieurs après quand j'étais à la fac, mais il y a eu deux titres universitaires assez rapprochés. Et il y a eu la deuxième année, quand je suis partie au championnat de France UNSS, c'est mon grand-père qui m'a accompagnée. Et là, ça a une symbolique hyper forte pour moi, c'est qu'il n'y a jamais eu de grand sportif dans ma famille. J'étais très proche de mon grand-père, mes parents n'étaient pas disponibles pour m'accompagner. Il l'a fait, il en était hyper fier. Il a failli sauter sur le terrain quand il m'a vu gagner. C'était les gens qui lui disaient « Monsieur, calmez-vous » . Donc c'était hyper touchant. Et là, j'ai commencé à avoir dans ma famille une fierté qui m'a vachement touchée. En fait, je me suis dit, il se passe un truc. Et donc ça, ça a été... Voilà, on a commencé à me prendre au sérieux. On a commencé à me dire, fais attention à ton hygiène de vie, à ton sommeil, tout ça. Donc, j'ai été accompagnée. Mes parents ne m'ont jamais poussée. Mais pour faire réussir le projet, en fait, ils étaient... Ils enrobaient le tout, quoi. Ils essayaient de me soutenir plutôt que de me pousser. et c'est à ce moment-là que j'ai vu qu'il se passait des choses. Donc dans ma famille, j'avais une famille très soutenante et dans mon club ou dans mon collège par exemple, on me regardait un peu de travers parce que quand tu es en campagne et que tu es en réussite, malheureusement à cet âge-là, il y a un peu de jalousie, un peu d'envie, un peu de curiosité et ça, ce n'était pas toujours facile à gérer. Et dans mon club qui n'avait pas trop à cette époque-là, qui avait beaucoup de sports loisirs, Je me souviens que moi, mon entraîneur se déplaçait avec moi, il m'accompagnait sur des grandes compétitions, etc. Et je sais que ça ne plaisait pas trop. Donc, il fallait aussi à 15 ans assumer ça. Ça, c'était le côté moins facile.
- Speaker #0
Et justement, c'est un âge où parfois, on ne se sent pas forcément bien dans sa tête, dans ses baskets. Est-ce que toi, l'athlète, ça a été un peu ta safe place où justement, tu as forgé aussi ton mental et ta confiance en toi à un âge qui n'est pas facile ?
- Speaker #1
Oui, c'est exactement ce que ça m'a apporté. parce que je me souviens, donc je t'ai parlé de ce que j'ai ressenti quand je faisais de la gym, mais dans plein d'autres cas dans ma vie, je me sentais trop grande. Donc voilà, je me sentais trop grande, j'étais la plus grande de mes copines, sur la photo de classe, j'étais plus grande que les garçons de la classe. Et à cette époque-là, je faisais 1m76, 1m77, j'ai grandi un tout petit peu. Et j'étais grande, et donc il y avait ça qui m'embêtait, et il y avait le côté... Dans ma petite campagne, il y avait une très bonne ambiance, etc. Ce n'est pas le sujet. Je n'ai pas souffert de rejet. En revanche, il n'y avait pas beaucoup de mixité, beaucoup de diversité. Et je me sentais différente. Donc, il fallait aussi gérer ça à un âge où tu n'es pas toujours ultra à l'aise dans tes baskets. On me posait beaucoup de questions sur comment tu te coiffes, est-ce que je peux toucher tes cheveux ? Il y avait une curiosité. et il y avait mon ressenti qui faisait que... Alors, c'était de la maladresse, il n'y avait pas de méchanceté. Je me sentais grande et différente. Et en plus, on me montrait que j'étais différente. Quand je suis arrivée à l'athlée, il y avait énormément de diversité. On a commencé à faire des compètes nationales. Donc là, arriver en Ile-de-France, arriver même en région centre, quand on se déplaçait, il y avait beaucoup de filles qui me ressemblaient. Et souvent, elles étaient hyper grandes. Donc ça aussi, ça m'a fait plaisir. Je me suis sentie dans un environnement. Je me suis sentie à l'aise dans cet environnement. Ça me ressemblait. et du coup, pour moi, c'était... C'était hyper agréable, je me sentais à ma place. ça ça a été chouette d'arriver à l'atelier pour ça
- Speaker #0
Et après, tu vas commencer tes études et on sait qu'en France, c'est hyper difficile de pouvoir faire des études et continuer le sport de haut niveau. On n'est pas aidé, on n'est pas aux États-Unis avec des bourses scolaires où tout est fait pour les athlètes. Toi, comment tu as réussi à continuer ? Comment ça s'est passé pour toi de concilier le sport et les études ?
- Speaker #1
Alors là, ça a été un peu dur parce que moi, j'étais bonne élève et j'ai toujours été assez scolaire. J'avais envie de réussir à l'école et en fait je partais, donc je prenais le bus pour aller au lycée tout ça, alors qu'au collège j'y allais à vélo, c'était tout prêt. Je prenais le bus, je finissais plus tard à 17 ou 18 heures les cours et j'arrivais à l'entraînement vraiment limite tout ça, donc j'avais pas toujours le temps de repasser à la maison. Et je partais le matin en cours avec mon sac de sport. Donc, j'étais toujours hyper encombrée. J'ai passé des années de ma scolarité, de ma vie avec un sac de sport. Donc, voilà, ça faisait rire les gens. On me voyait, je me trimballais toujours un sac de sport. Et donc, je partais en cours, je partais tôt le matin. Je rentrais tard le soir. J'allais directement à l'entraînement avec mon sac. Je rentrais, il faisait nuit, il fallait que je me mette à bosser, mes devoirs, etc. Donc, c'était quand même, avec le recul, je me dis, j'étais hyper motivée parce que c'était quand même un rythme. qui n'était pas facile. Et à l'époque, il y avait un établissement qui proposait des horaires aménagés. Mais finalement, on n'avait pas opté pour cette solution-là parce qu'il fallait se déplacer un peu. Donc pour mes parents, ça allait être une certaine organisation. Et au niveau du bénéfice, du nombre d'entraînements, du volume horaire, ça n'allait pas m'apporter. Je m'entraînais déjà tous les jours, donc ça n'allait pas m'apporter grand-chose. Donc on est resté sur cette organisation avec des plannings bien chargés. Le week-end, j'avais des compètes. Donc, fatalement, tu prépares ton bac, tu vas en cours, tu vas en entraînement le soir et le week-end, les compètes. Je ne sortais pas beaucoup, mais ça ne me manquait pas. C'est-à-dire que tous mes amis avaient des soirées, avaient commencé à sortir en boîte, avaient plein d'activités le soir et les week-ends, commençaient à boire de l'alcool. Et moi, pas du tout parce que j'avais mon projet. Et je trouve qu'en ça, ça a été hyper sain et ça ne m'a pas manqué parce que j'aurais pu me dire... Est-ce que je suis sûre de ce que je veux faire là ? Parce que peut-être que je passe à côté de mon adolescence. Et en fait, jamais. Je n'ai jamais ressenti. Il y avait un décalage, mais je ne me suis jamais dit que je me sacrifiais. Je me suis dit, je sais pourquoi je le fais. Et je suis contente d'avoir eu le sport à ce moment-là parce que je pense que c'est un âge qui est un peu sensible. Et le sport m'a vraiment driveée en fait. Donc, j'ai essayé de mener mes études et voilà, j'ai eu mon bac et j'ai bien réussi. Et c'était chouette, même si c'était très dense. Et après, la question s'est posée au moment de l'université. J'ai essayé d'avoir des aménagements. Ce n'était pas possible dans ce que je voulais faire quand je suis partie à Tours en fac. Et je me souviens que les profs, quand je leur expliquais, ils me disaient « ce n'est pas mon problème » . Donc parfois, si j'avais des compétitions qui entraient en conflit avec un partiel, j'essayais de leur en parler. J'étais sur la liste des sportifs de haut niveau. Donc voilà, normalement, on peut avoir quand même quelques avantages. Et les profs me disaient « si tu n'es pas là, tu auras zéro. » Enfin, tant pis quoi. Et... Et du coup, j'ai trouvé ça assez compliqué. Donc, je suis partie en Pôle Espoir à Nantes, où là, je pouvais avoir un aménagement. Pas un aménagement incroyable, mais ça voulait dire qu'on m'autorisait au moins à repasser les partiels si ça entrait en conflit avec une compète. Donc, c'est ce que ça m'apportait, de m'entraîner avec un groupe qui avait à peu près les mêmes horaires que moi, même si on ne faisait pas les mêmes études. Et donc, d'aller dans une plus grande ville, ça a un peu... Enfin, et d'être dans ce dispositif, ça a un peu facilité certaines choses. Donc, ça, c'était chouette. Après, ce n'était pas optimal non plus. Donc, je suis partie justement aux États-Unis avec une bourse d'études, en fait.
- Speaker #0
Trop bien. Et qu'est-ce que tu retrouves là-bas que tu n'avais pas trouvé en France ?
- Speaker #1
Typiquement, là-bas, tu dis à un prof que tu vas louper les cours ou un examen parce que tu es une compète, ils te disent bonne chance. où ils te demandent où c'est pour venir te voir. Donc,
- Speaker #0
il y a quand même une mentalité complètement différente.
- Speaker #1
Et tous les habitants de la ville vont voir les matchs de l'équipe universitaire, quel que soit le sport, tout le monde se sent concerné. Donc ça, c'était une super ambiance, une super expérience et vraiment une reconnaissance du sport qu'on n'a pas chez nous, même si ça évolue un peu, je trouvais ça quand même assez triste. Mais là-bas, c'était épanouissant pour ça. Je suis restée qu'un an parce qu'il y avait d'autres problématiques. Comme j'étais en fac d'anglais... J'avais pas d'équivalence en fait. J'étais à l'étranger, il n'y avait pas grand chose qui correspondait parce que l'anglais là-bas, c'était pas une langue étrangère. Donc il fallait s'inscrire en littérature ou tenter de bricoler un peu pour essayer d'avoir des équivalences. J'en avais pas et j'avais pas envie de ralentir non plus. Et les études, ça a toujours été important pour moi. Je savais que le sport, ce serait pas toute ma vie. Donc je voulais pas trop perdre de temps. J'ai passé un an là-bas et j'en ai bien profité. et ensuite je suis rentrée en France pour poursuivre mes études normalement.
- Speaker #0
Tu vois, moi, j'ai des souvenirs de quand j'étais au bac, où j'ai fait des stages équipe de France, où on posait la question aux garçons et aux filles, qu'est-ce que vous faites l'année prochaine ? Et en fait, les garçons parfois arrêtaient les études pour faire de l'athlée, et les filles arrêtaient l'athlée pour faire des études. Mais vraiment, tu vois, qui partaient parce qu'elles partaient en études telles que médecine ou prépa, qui ne leur permettaient pas du tout de faire... Et j'ai trouvé ça un peu triste de se dire, mais en fait, c'est fou comme il y a un décrochage à cet âge-là parce que justement, quand on a envie de faire des études, ce n'est pas toujours possible. Est-ce que toi, il y a eu un moment où tu t'es dit, j'ai envie d'essayer d'être sportive de haut niveau et d'en faire de mon métier, où tu t'es dit, en fait, moi, j'ai envie d'avoir un peu tout, j'ai envie de faire mes études et c'est aussi un sport précaire, on le sait. Comment tu as fait un peu tes décisions par rapport à ça ?
- Speaker #1
Alors, j'avoue que secrètement, ou pas secrètement d'ailleurs, Moi, j'avais vraiment envie de réussir dans l'athlée. j'avais envie d'aller le plus loin possible j'avais des ambitions de Jeux Olympiques de grands championnats donc j'avais vraiment envie de connaître ça dans ma carrière par contre je savais parce que j'étudiais quand même la question de près je savais que c'était pas facile en fait c'était pas facile de tout mener de front que les carrières elles ne sont pas éternelles je savais qu'étant une femme ce serait plus compliqué et Et je me suis dit, je me suis interdit de lâcher mes études. Et quand j'étais en équipe de France et qu'on avait des rencontres ou ce qu'on appelle des matchs internationaux, il y avait déjà des filles qui arrêtaient l'école ou qui étaient en CNED ou qui s'arrêtaient juste après le bac. Et moi, je n'avais pas fait ce choix parce que j'avais beau avoir envie d'aller au plus haut niveau, j'avais envie d'avoir un métier en sortant. Ça me terrifiait de me dire, quand j'aurai fini le sport, je n'aurai rien. Et puis, j'aimais ça aussi. Donc, de toute façon, j'ai voulu assurer mes arrières en me disant je vais choisir maintenant le métier que j'ai envie de faire plus tard. S'il faut faire des aménagements en cours de route, je le ferai. Mais je vais tout faire pour que ce soit réalisable. Et malheureusement, ça n'a pas été réalisable de concilier les deux. J'ai essayé d'aller le plus loin possible. Mais quand je suis revenue des États-Unis, que j'ai voulu avancer dans ma scolarité, j'ai fini par arrêter l'athlète. Parce qu'en fait, je n'y arrivais plus. La première année, il y a eu entre-temps un truc où c'était pour les JO d'Athènes en 2004. L'année d'avant, j'avais fait des rencontres internationales en junior et espoir. Et donc, j'étais en équipe de France. Et puis, une année où je m'attendais à être prise pour les championnats d'Europe, pour le relais 4x400 finalement. Je n'ai pas été prise parce qu'on a fait d'autres choix de composition de l'équipe pour le relais. Donc, j'avais été hyper déçue et je m'étais dit, ce sera pour l'année prochaine. Et l'année qui a suivi, j'aurais aimé participer aux Jeux, au moins en étant remplaçante du relais. Parce que quand il y a des Jeux, on prend une équipe entière avec 6 personnes. Et donc, j'ai participé au championnat de France senior. Alors, j'étais encore dans les catégories jeunes à l'époque et j'étais la première à ne pas... pas faire partie de la sélection. Donc deuxième échec, entre guillemets. C'est le sport, c'est comme ça. Mais échouer si près du but, c'était dur, moralement, et en plus à une place. Et je me suis dit, les prochains Jeux, c'est dans quatre ans, c'est dans longtemps. Et en attendant, il faut que je fasse mes études. Donc ça a un peu éteint ma motivation. Et c'est à ce moment-là où je me suis dit, je vais continuer tant que je vais pouvoir, mais ce ne sera plus ma priorité. Et donc, c'est là que j'ai petit à petit un peu lâché parce que je préparais mon concours de prof.
- Speaker #0
donc de prof des écoles. J'ai eu la chance de l'avoir du premier coup, mais c'était très intense. Je me souviens avoir beaucoup bossé, avoir eu des journées très chargées quand j'étais à l'UFM. Et là encore, je partais avec... Donc, j'étais arrivée en Ile-de-France. Je partais avec mon sac sur le dos le matin, je le trimballais partout, et j'allais à l'entraînement le soir. Et là, j'avais de si grosses journées. À l'époque, j'allais m'entraîner avec le racing parce que l'entraîneur était un ami de mon coach. et donc je me greffais à un groupe déjà existant mais eux ils étaient tous en pro ou semi-pro c'est-à-dire qu'ils s'entraînaient la journée à des horaires qui n'étaient pas les miens ou deux fois par jour et moi quand j'arrivais ils partaient donc ils faisaient mis, c'était hyper dur et là je me suis dit que je n'allais pas tenir longtemps et c'est comme ça que ça a fini par s'arrêter toute mon année de préparation du concours et l'année qui a suivi j'ai continué parce qu'il y avait une épreuve sportive et je voulais, voilà Voilà.
- Speaker #1
majorer ma note en sport grâce à l'athlète et après j'ai pas réussi en fait c'est un boulot où on a aussi beaucoup de travail personnel à la maison et tout et là j'y arrivais plus donc c'est comme et c'est vrai que je transpose un peu par rapport à ma discipline de l'atelier où finalement moi je pouvais m'entraîner tout seul tu vois je le faisais le soir tu vois je parfait à faire des footings des sens mais en fait quand tu fais du sprint tu as besoin d'avoir un groupe d'entraînement tu as besoin d'avoir un coach qui prend des chronos tu as besoin d'avoir avoir un stade et c'est toute une logistique qui fait que si t'es... pas à l'intérieur d'un groupe, au fur et à mesure, tu peux plus.
- Speaker #0
Je me suis sentie très seule. En plus, j'arrivais dans un endroit qui n'était pas hyper fun. Je me souviens, le bus était saturé, donc j'étais là avec mon gros sac. C'était la bataille pour monter dans le bus à une heure de pointe où les gens rentraient du travail. Il faisait tout le temps nuit et je rentrais le soir hyper tard. Il fallait que je me remette à bosser, à préparer mes stages, à préparer mes cours. C'était hyper exigeant. Et là, je me suis dit, je ne suis pas aidée. Je pense que si j'avais été la meilleure française, etc., j'aurais pu avoir des compensations financières ou j'aurais pu différer mon projet professionnel d'un an ou deux. Mais ce n'était pas le cas. on est dans un sport où on n'était pas très aidé. Donc je me suis dit, tant pis, je n'arrive pas à cumuler, allons vers ce qui va me donner de l'argent plus tard. Et c'était plus là.
- Speaker #1
Est-ce que tu as un regret justement par rapport à toute cette partie de ta vie, ta carrière d'athlète ?
- Speaker #0
Je n'ai pas trop de regrets, il y a un truc, il y a une chose que je n'ai peut-être pas très bien gérée. Je n'ai pas de regrets dans le sens où je me suis toujours donnée à fond. Et ma fille qui fait du sport, elle fait du tennis, elle est en sport études. Je lui dis quand tu fais un truc, si c'est ton projet, nous on te force pas, on t'accompagne, mais tu le fais à fond. Et moi j'ai toujours fait ça, c'est que quand j'étais dedans, je le faisais à fond pour pas regretter. Il y a un truc que j'ai mal géré, c'est quand j'ai commencé à me sentir noyée, dépassée, à pas gérer mon planning, j'ai arrêté du jour au lendemain. Parce que c'était un trop plein, parce que je voulais réussir mon concours, parce que j'avais des classes à préparer et tout. Et j'avais un coach tellement exigeant qui avait placé tellement d'espoir en moi que je n'arrivais pas à lui dire que j'arrêtais mon projet. Et en fait, je ne lui ai pas donné de nouvelles pendant un mois ou deux. Un truc hyper violent. Donc, je ne lui ai pas donné de nouvelles parce que je n'arrivais pas à lui dire que j'y arrivais plus. J'avais peur qu'il soit déçu. Je ne savais pas comment lui dire. Et en fait, il a compris. Il savait que c'était dur. On se parlait régulièrement et tout. Et du coup, j'ai arrêté du jour au lendemain. Et pendant un an, c'était la lune de miel où je me disais, je peux me coucher un peu plus tard, je peux sortir un peu plus, je peux partir en vacances sans mon matériel de sport et sans avoir un planning d'entraînement, même quand je suis en vacances. Et j'ai trouvé ça cool d'avoir de la liberté. Ce n'est pas que ça m'avait manqué, mais finalement, c'était pas trop tard. J'étais encore jeune, j'avais...
- Speaker #1
C'était une nouvelle vie qui s'offrait à toi, en fait. C'était une nouvelle vie.
- Speaker #0
Donc, j'en ai profité. C'était très chouette. Mais après, avec le recul, je me dis que ça aurait été bien quand même d'avoir une transition. Parce que quand tu as une activité sportive depuis des années qui t'occupe 7 jours sur 7, c'est bien d'y aller un peu crescendo. Donc, moi, j'en ai bien profité quand j'ai arrêté. Mais après, les sensations me manquaient et tout. C'était un peu dur.
- Speaker #1
Et justement, je trouve que c'est hyper difficile de passer. d'un sport que tu as fait à un haut niveau et finalement où tu recherches de la performance à un sport, une pratique plus amateur. Je pense aussi à la natation où tu vois ces nageurs arrêter du jour au lendemain, ne plus vouloir aller dans l'eau et d'aller nager et compter les carreaux. Est-ce que toi, tu as réussi à un moment donné à switcher, de se dire « Ok, je ne fais plus de sport de haut niveau, mais c'est quand même important de faire du sport et de te retrouver une nouvelle routine et une nouvelle discipline ? »
- Speaker #0
C'est le truc qui m'a manqué, c'est que j'ai pas réussi, j'ai pas su passer de l'un à l'autre. C'est-à-dire que moi, à partir du moment où j'arrêtais la compète, ça ne m'intéressait plus. Et pourtant, je ne suis pas une compétitrice née. C'est-à-dire qu'on m'a beaucoup dit, je me souviens de mon coach qui me disait « Allez, il faut y aller, il faut la bouffer ! » Et il me manquait ça, il manquait un peu l'agressivité, parce que ce n'est pas mon tempérament. Mais j'avais tellement envie de réussir que je me donnais à 200% et que j'étais très concentrée, avec l'envie, je voulais y arriver. Donc j'aimais les sensations de vitesse, j'aimais l'adrénaline des compétitions, ça me nourrissait beaucoup. Et quand j'ai arrêté, je me suis dit, mais continuer à faire des entraînements au loisir, ça ne m'intéresse pas. Alors que ça aurait pu être la suite logique finalement, mais moi je suis passée de tout à rien. C'est-à-dire que je ne voyais plus l'intérêt de faire de l'athlète si je n'allais pas en compétition. Donc j'ai arrêté. Et j'ai repris que, voilà, un an ou deux plus tard, mes footings. Mais là, d'aller sur piste, ça manquait beaucoup, en fait. Et après, je me souviens, mes enfants faisaient de l'athlétisme un peu. Et dès que j'étais sur la piste, ça me démangeait. Je me disais, je retenterais bien, je resterais bien. Et au final, j'ai jamais vraiment... Parce que quand tu vieillis aussi, tu te dis, le sprint, c'est pas super adapté non plus. Après, j'ai eu mes enfants assez tôt aussi. Donc, voilà, c'est... Ton corps change et tout ça. Et c'est assez ingrat à ce niveau-là. Et je trouve que contrairement au demi-fond, par exemple, où si tu cours régulièrement, si tu fais des cours sur route, tu as envie de te mettre au marathon, c'est la suite logique. Il y en a aussi, en vieillissant, qui passent du sprint au demi-fond. Moi, c'est pas ce que j'ai. Mais je trouvais que faire de la course de vitesse à très haute intensité, passer 30 ans, je trouvais ça un peu risqué et décalé, en fait. Et du coup, je n'ai pas connu l'athlée loisir.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu retiens de ces années de sport de haut niveau ? Qu'est-ce que ça t'apporte dans ton quotidien que tu emmènes avec toi après toutes ces années ?
- Speaker #0
Il me reste pas mal de choses. Il me reste au niveau personnel et au niveau de développement personnel. Ce que ça m'a apporté comme valeur, c'est de la détermination. Et je trouve que d'avoir eu ce projet-là, à un moment donné, d'y consacrer... toute ma vie, tout mon temps, etc. Ça fait que quand je m'engage dans quelque chose, je ne le fais pas à moitié. Alors, c'est un peu extrême parce que parfois, c'est trop. Mais j'ai gardé ça du sport. Tu t'engages à faire un truc, tu le fais correctement, tu le fais à fond, tu te donnes les moyens de réussir. Et ça m'a beaucoup apporté pour la concentration, pour l'anticipation, relativiser l'échec. Ça m'a apporté aussi. Je trouve que ça développe quand même de belles valeurs. Et après, sur l'hygiène de vie en général. Parce que finalement, je n'ai jamais eu l'habitude de faire beaucoup d'excès, de fumer, de boire beaucoup d'alcool, etc. Et en fait, ça, c'est toujours resté. C'est jamais... Voilà, c'est en moi. Ce n'est pas que je me l'impose, puisque c'est naturel. Jamais personne n'a dû me forcer ou quoi que ce soit. Mais moi, j'ai apprécié avoir un corps frais et dispo. Et ça m'est resté. Je ne suis pas sûre que ce soit une forme de contrôle. C'est juste que je m'épanouis comme ça, que j'aime être en forme. Et du coup, ça m'est resté. Je ne concours pas pour quoi que ce soit. Mais je trouve que ça m'a appris beaucoup de choses aussi d'un point de vue santé. Donc, c'est un acquis et je suis assez vigilante sur ça. Et puis maintenant, j'accompagne mes enfants avec les connaissances que j'ai.
- Speaker #1
D'ailleurs, on ne nous le dit pas forcément toujours. à prendre soin de notre corps, à se dire il faut que je mette du bon carburant dans mon corps pour pouvoir aussi délivrer une bonne performance. Et finalement, je pense que quand tu l'as dans tes premières années de vie, quand t'es ado et jeune adulte, c'est quelque chose que tu gardes derrière ou t'as pas envie de mal nourrir ton corps parce que tu sais à quel point c'est important pour avoir de l'énergie au quotidien.
- Speaker #0
Le fait de l'avoir appris jeune, en plus, je savais les aliments qui... que je ne digérais pas bien, je savais les aliments qui faisaient qu'on était moins performant. Donc après, tu le sais, tu vis avec, tu y vas ou tu n'y vas pas, mais en tout cas, le fait de le savoir, je trouve que c'est une richesse pour la vie de savoir ce qui te correspond, ce qui te correspond moins, ce qui fait que tu vas être plus ou moins en forme. Donc c'était chouette et ça m'a permis d'avoir une adolescence saine et à l'âge adulte, de continuer sur cette même lancée et de faire attention à moi.
- Speaker #1
Donc toi, tu es maman de trois enfants. Quelles valeurs tu essaies de leur transmettre à travers le sport ? Est-ce que tu les as poussés à faire du sport ? Comment ça se passe un peu à la maison avec trois enfants et justement, ces valeurs que tu as envie de leur transmettre ?
- Speaker #0
Mon mari a toujours été sportif, il adore le sport. Tous les deux, on a ce passif-là. Quand on a eu des enfants, je me souviens qu'assez rapidement... Mon fils était hypertonique, très speed. Très tôt, je lui ai demandé quelle activité il voulait faire. Il a fait plein de sports. Il a toujours adoré le sport. Il est assez polyvalent. Donc, il a aimé faire du sport. Il a aimé en changer. Donc, il a un truc un an. Il a fait de la natation pendant deux ans. Après, il a fait un an de judo. Après, il a fait de l'athlète. Donc, il a changé pas mal de sport. Mais il a toujours fait du sport. Il a toujours aimé ça. Il regarde. Il a 17 ans maintenant. Il regarde. Il lit les journaux. Il regarde les matchs de tous les sports physiquement, dans les stades ou à la télé. Donc, le sport, c'est vraiment un truc. Je ne sais même pas si ça vient de nous. En réalité, je ne saurais pas dire. parce que c'est quelque chose qui lui a plu et à sa sœur ensuite plus tard aussi. Ils ont toujours aimé le sport et puis nous, on a fait ce qu'il fallait en les suivant aussi et en les écoutant pour aller vers des activités qui leur plaisaient. On n'a jamais eu besoin de les... Puis je n'aurais pas voulu les forcer. Donc le sport fait partie de notre vie de famille. Ils en font tous les trois. Et donc Rose a commencé le tennis quand elle avait 6 ans. Elle en a 15 maintenant. Et pareil, en fait, elle a montré des aptitudes très vite. Donc, ça a vite pris un tournant de compétition, etc. Et là, on l'accompagne et on rappelle souvent les valeurs du sport. On lui dit que c'est sain qu'elle s'occupe comme ça. On lui dit qu'on est fiers d'elle, qu'elle réussisse ou qu'elle échoue, mais qu'elle ait choisi ce genre d'activité. Et on la préfère sur des terrains de sport qu'à un âge où on peut avoir envie de traîner, de sortir. Donc, je trouve ça assez chouette. Donc, on encourage.
- Speaker #1
C'est ça. Ce n'est pas facile des fois de trouver sa position en tant que parent. Entre j'encourage, mais je ne mets pas trop de pression. Et en même temps, quand on a connu l'ONU, des fois, on projette des choses sur nos enfants aussi. Donc, comment tu arrives à trouver l'équilibre ? Non, tu n'arrives pas trop à projeter.
- Speaker #0
Moi, pas trop. J'essaye d'être la sagesse. Je sais que mon mari est celui qui va essayer de booster et tout. Moi, j'essaye d'être vraiment dans le dialogue, d'essayer de la faire parler. qu'elle gagne ou qu'elle échoue parce qu'elle se met déjà beaucoup la pression toute seule. Et je n'ai pas du tout envie. Moi, je lui ai déjà dit plein de fois, le jour où tu vas nous dire que tu arrêtes, ce sera ta décision et on ne va jamais la contredire. Je lui dis juste c'est ton projet, on fait des efforts pour toi. Donc, voilà, ce que tu te dois et ce que tu dois au reste de ta famille, c'est de te donner à fond et de prendre les choses sérieusement. Après, si tu n'y arrives pas, tu n'y arrives pas. Si aujourd'hui, tu n'es pas en forme, il n'y a pas de souci. Moi, j'essaye d'être la caution, sérénité, tout ça, parce que je vois que, surtout dans le sport individuel, et je l'ai connu aussi en athlée, mais moi, j'étais quand même beaucoup accompagnée par une équipe et je faisais des relais et on était nombreux, donc c'est différent. Le tennis, t'es en duel, t'es sur un terrain, t'es un contre un. Mentalement, je trouve ça hyper dur.
- Speaker #1
Il y a un côté plus ludique que l'athlée, qui est quand même difficile comme sport, où il faut toujours se rentrer dedans. Finalement, ça manque un peu de ludisme. Mais pour le coup, le tennis, je trouve que c'est sûr que mentalement, tu étais seule face à ton adversaire et ça dure longtemps.
- Speaker #0
Donc, c'est vrai que quand elle est en match, elle n'a pas toujours son coach avec elle. Donc, parfois, c'est nous, les parents, même souvent, qui l'accompagnons. C'est hyper stressant. Puis, on la voit passer par tous les états. Donc, voilà, moi, j'essaye toujours de temporiser, de la rassurer. Mais c'est dur d'être à la fois dans l'encouragement. pas trop de pression, soutenir, comment dire, pas banaliser l'échec, mais relativiser. Ce n'est pas évident, mais c'est passionnant en même temps.
- Speaker #1
Finalement, tu dois prendre une espèce de rôle de coach quand même un peu mental derrière quand le coach n'est pas là pour faire redescendre parfois la pression aussi pendant un match. Ta routine sportive actuellement, elle ressemble à quoi ? Est-ce que tu fais du sport toute seule ? Est-ce que tu fais du sport avec tes enfants ? Comment tu t'organises dans ta semaine très chargée ?
- Speaker #0
C'est très décousu. J'ai plein de bonnes intentions et parfois j'ai beaucoup de mal à m'y tenir. En fait, de par les réseaux sociaux, j'ai souvent l'occasion de tester des salles qui ouvrent. Je suis invitée à des cours. Donc, ce n'est pas sur du long terme. C'est-à-dire que c'est du one shot. Je vais faire une ou deux séances par-ci, par-là. Donc, il y a des semaines où je fais plus d'activités sportives et d'autres beaucoup moins. J'essaye de m'imposer de marcher beaucoup, de prendre les escaliers à chaque fois que je le peux pour que ça ne se soit pas comptabilisé directement comme une activité sportive où je vais au sport, mais pour garder cette hygiène de vie active. Mais on avait un peu une routine de footing avec mon mari le dimanche matin. Et là, moi, j'ai eu... Je viens de me faire faire des semelles orthopédiques parce que j'avais hyper mal. J'ai eu des problèmes de sciatique, j'ai toujours eu des problèmes de dos. Et donc, on m'a dit, la course à pied, surtout avec votre parcours, c'est assez traumatisant. Moi, j'ai des problèmes de cervicales. On a fait des IRM. En fait, j'ai des cervicales hyper abîmées, par exemple. Donc, le sport a quand même laissé des traces. Et continuer la course à pied, ce n'est pas toujours ultra indiqué. Donc là, ça fait un mois que j'ai fait une pause de footing. J'essaye de compenser par des séances de pilates à la maison. Mais quand tu es seule, ce n'est quand même pas la même chose. Donc, je fais ma petite séance face à un écran. Ce n'est pas idéal. J'aimerais bien. Je sens que j'ai besoin d'activité et j'apprécie de le faire. Mais j'aimerais bien réussir à trouver une routine plus cadrée. je trouverais ça plus bénéfique.
- Speaker #1
Et puis, quand tu as eu l'habitude aussi d'être en groupe, c'est compliqué d'avoir un sport où tu te retrouves un peu tout seul. Je comprends que tu n'as pas le coach derrière, c'est compliqué. Je voulais, parce que du coup, tu es institutrice, tu es maîtresse en maternelle, il me semble. Et j'avais envie de parler de la sédentarité chez les enfants, parce qu'en plus, toi, tu fais ce métier depuis... 15 ans, c'est ça à peu près ? Et donc forcément, tu as vu aussi les enfants évoluer au fur et à mesure du temps. On parle beaucoup des enfants qui passent de plus en plus de temps devant leurs écrans, qui bougent de moins en moins. Il y a des études qui sortent comme quoi ils perdent en capacité cardiaque entre 25 et 40 % même selon les études. Toi, est-ce que tu le vois au quotidien d'avoir des enfants qui justement ont du mal à se concentrer ou bougent de moins en moins ? Ils font moins d'activités sportives ?
- Speaker #0
Alors, il y a quelque chose que j'observe. J'ai eu mon concours en 2006, donc c'est vrai que là, ça commence à faire longtemps. Et j'ai horreur d'introduire les choses comme ça, parce que ça fait un peu le « ah, c'était mieux avant, tu sais, de dire avant, machin, c'était comme ça » . Mais je suis obligée de le dire parce que c'est frappant. Donc, il y a une évolution pas forcément très positive sur la concentration. Et moi, je ne suis pas une experte, je n'ai pas fait des études poussées sur la question. Il y a des scientifiques qui le font mieux que moi. Moi, c'est mon métier et je suis juste observatrice, mais c'est frappant. En fait, le temps de concentration diminue vraiment beaucoup. Et parfois, on pourrait avoir tendance à croire que c'est que les enfants en difficulté ou les enfants issus de familles nombreuses ou tout milieu socio confondu, tout environnement confondu, les enfants ont du mal à se concentrer, ont besoin qu'on leur réponde tout de suite. Il y a un parallèle à faire avec les modes d'éducation qui ont changé, ça c'est sûr, c'est indéniable, mais la présence des écrans, c'est flagrant. Donc je sais que moi, par exemple, j'ai arrêté avant, il y a plein d'applications qui sont validées par le ministère de l'Éducation nationale, on nous encourage à utiliser les nouvelles technologies dans nos classes. Moi je fais une pause là depuis l'année dernière parce que même les applications validées par le ministère de l'éducation nationale, quand on leur proposait une tablette, Même si c'était que 5 ou 10 minutes par jour, ils étaient complètement... Enfin, voilà, ils se jetaient dessus, ils avaient envie d'être sur la tablette, ils faisaient la queue pour avoir la tablette, plutôt que d'aller jouer et s'occuper ailleurs. Et je me suis dit, moi je suis certaine qu'ils ont tous l'occasion à la maison d'utiliser un peu les écrans. S'il y a un passage obligatoire, je le ferai, mais a priori, j'essaie plutôt de...
- Speaker #1
De les sortir des écrans, toi.
- Speaker #0
J'essaie. maximum de les sortir des écrans, parce que je vois qu'ils ont vraiment, vraiment beaucoup de mal à se concentrer. Après, sur le côté moteur, moi, je n'ai pas trop fait de constats à ce sujet-là, mais je l'ai beaucoup, je l'ai beaucoup, voilà, je l'ai beaucoup entendu, parfois sur des enfants un peu plus grands. On continue à leur proposer de la motricité quasi tous les jours à la maternelle, normalement, c'est tous les jours dans les programmes. Donc, il y a ça, il y a une activité qui fait que c'est possible. Mais je sais qu'il y a des enfants qui me disent d'eux-mêmes qu'ils ne veulent plus aller au square, qu'ils veulent jouer sur la tablette ou regarder un dessin animé. Donc, je ne sais pas s'ils ont gain de cause ou s'ils ont entendu, mais en tout cas, dans leur... priorité de vie et dans leur intérêt, maintenant qu'il y a des alternatives, il faut que les adultes en face soient solides et disent, ben non... Parce que s'ils ont le choix, c'est un peu triste, ils sont déjà avec les copains toute la journée, parce que moi je leur dis, mais c'est chouette de se retrouver après l'école avec les copains, elles ont vu toute la journée, donc moi j'ai envie de rentrer à la maison pour jouer sur ma tablette. Donc, il y a un... Moi je pense qu'il y aura un après, je pense que là... Cette génération-là sont nées avec tout ça, ça prend beaucoup de place. Nous, les parents, les adultes, on est sûrement trop connectés aussi. Mais là, pour l'instant, je trouve que ça peut avoir des répercussions assez sérieuses. Il y a de la prévention maintenant, même dans les écoles maternelles, de la part des médecins scolaires ou des infirmiers qui font de la prévention à écran. Et quand on écoute les enfants sur la consommation, on voit qu'il y a quand même pas mal d'usage d'écran. Après, moi, ce que j'observe, c'est surtout sur la concentration que ça a une incidence. Je sais que j'avais parlé avec un psychomotricien il y a quelques années à qui je disais, je ne comprends pas, j'ai l'impression que j'ai de plus en plus d'enfants qui ont du mal à tenir leur crayon. Alors après, on travaille dessus et tout et on fait ce qu'il faut. Mais il m'expliquait, et c'est un peu documenté, je sais qu'il y a des études sur ça, mais ils disent que les enfants maintenant, comme ils swipent beaucoup, Ils ont du mal à utiliser correctement leurs doigts, à modeler, à vraiment utiliser leurs mains. Donc je ne sais pas ce que ça peut donner à terme. Je ne suis pas sûre qu'on court à la catastrophe. Moi, je pense que maintenant, il y a une pause ou un début de retour en arrière où les gens comprennent qu'il faut faire attention. Et je pense que ça va ralentir parce que, en tout cas, ce ne serait pas souhaitable que ça continue dans ce sens-là. Mais sur la concentration, il y a un lien. Donc, voilà, moi, j'essaye, dès qu'on a des possibilités de faire du sport, de demander des intervenants, de faire des rencontres sportives. On s'inscrit tout le temps. Et voilà, quand il y a eu les JO, on leur a proposé plein de projets en lien avec tout ça. Et moi, j'aime bien faire ça à l'école. Malheureusement, des fois, c'est ça qui saute alors que j'adore ça parce qu'on court après le temps. Mais dès que c'est possible, j'essaye de faire des ajustements.
- Speaker #1
Est-ce que tu aurais un message à transmettre aux auditrices du podcast ?
- Speaker #0
Je n'y ai pas trop réfléchi. Alors, qu'est-ce que je pourrais leur dire ? Que, voilà, sans avoir de grandes prétentions, bouger, c'est la vie, quoi. Donc, si on ne se sent pas l'âme d'une grande sportive, bouger, c'est bon pour la santé en général. Moi, les moments où j'ai un peu moins de morale et tout, ne serait-ce que marcher, s'aérer, c'est déjà très bénéfique. J'ai plein de copines qui me disent « Ah, mais moi, je ne suis pas du tout sportive. » j'y arrive pas et qui culpabilise de ça. Et en fait, bouger, c'est déjà beaucoup. Donc voilà, moi je fais beaucoup moins de sport maintenant, mais j'ai toujours en tête qu'il faut activer son corps. Donc parfois, on ne se rend pas compte, mais on fait déjà beaucoup en marchant, dansant, en prenant les escaliers, plutôt qu'autre chose. J'essaye de faire aussi, tu vois, par exemple du vélo, il y a plein de gens qui se mettent au vélo, donc je pense qu'il faut s'encourager et pas toujours s'accabler.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Des fois, ça commence par la stratégie des petits pains. Je vais déposer mon enfant le matin et puis finalement, je vais faire le tour du pâté de maison en marchant. Et c'est vrai que quand on commence la journée en mouvement, on a tout de suite l'esprit un peu plus frais et on a des meilleures idées aussi parfois.
- Speaker #0
et puis après moi j'ai un petit message sur les parents de filles ne brisez pas les élans de sportives parce que c'est ce que tu disais tout à l'heure et il y a des stats en France sur le fait que les filles T'en as parlé, arrête le sport. Je crois que dans les études, on dit que l'âge critique, c'est entre 13 et 16 où la plupart arrêtent. Donc voilà, les filles peuvent faire du sport, les filles doivent être encouragées à faire du sport ou à continuer leur sport si elles adorent, autant qu'on le fait pour les garçons.
- Speaker #1
et justement j'ai vu une étude passer là-dessus c'est ça, c'est un moment de la puberté où le corps change et du coup les jeunes filles elles se sentent moins bien de leur corps et peut-être moins à l'aise Et du coup, en fait, des fois, elle se décroche du sport parce que justement, c'est des moments où tu es un peu moins habillée, où tu es un peu plus jugée sur ton corps, où en tout cas, tu ressens ton corps qui change pendant que tu bouges. Et ouais, je pense que peut-être qu'en effet, tu as raison d'avoir des parents aussi qui arrivent aussi à mobiliser les enfants pour qu'ils puissent continuer. Et tu vois, moi, j'ai une petite anecdote. À cet âge-là, genre vers 16 ans, je crois, je me suis blessée. Et j'ai arrêté du coup un moment, tu vois, l'athlète pendant quelques mois. Et j'ai découvert finalement ce que toi, tu n'as pas forcément découvert, mais les soirées des samedis soirs, etc. Et de voir qu'il y avait une autre vie aussi que quand tu fais du sport. Et j'ai eu beaucoup de mal à m'y remettre. Et à un moment donné, c'est mes parents qui m'ont poussée parce que sinon, je ne m'y serais jamais remise. Et heureusement, je les remercie aujourd'hui de m'avoir poussée parce qu'après, j'ai vécu des trucs géniales. Mais oui, des fois, et c'est pareil pour les enfants, c'est que des fois, tu as un peu plus la flemme. c'est un peu plus confortable de rester chez soi ou d'aller en soirée plutôt qu'aller s'entraîner Mais au final, je pense que dans la vie, on en retire beaucoup plus de choses que juste rester sur son canapé.
- Speaker #0
Ouais, surtout maintenant où ils ont tous un smartphone et tout, ça me fait toujours hyper peur, en fait. On peut vite glisser sur... Je pense que ça peut aller très vite, quoi. Je ne vais pas à l'entraînement aujourd'hui, demain, après-demain. Et puis, au final, c'est pour rester avec son téléphone dans la main. C'est un peu dangereux, quoi.
- Speaker #1
On va passer au rituel de fin de podcast. Est-ce que tu as une ressource à nous partager ? Ça peut être un podcast, un livre, un film.
- Speaker #0
Moi, j'ai démarré la lecture de Champion dans la tête. C'est un livre que la coach de ma fille lui avait prêté. Et je trouve que c'est hyper intéressant d'avoir cette approche de comment gagner dans son sport, comment gagner en confiance sans avoir forcément envie d'écraser tout le monde. C'est un état d'esprit qu'il faut avoir pour être dans le dépassement de soi et pour atteindre ses objectifs. Moi, je n'avais pas cette connaissance-là, par exemple, à l'époque, où quand on me disait « vas-y » , c'était plus « montre-toi agressif pour écraser les autres » . Et en fait, j'avais juste besoin qu'on développe en moi et qu'on m'explique « non, tu as les ressources en toi, tu peux y arriver » . Et là, je redécouvre un peu ça avec elle et je trouve ça intéressant. Voilà, moi, j'essaie un peu, au travers de tous les podcasts, d'écouter les parcours de sportifs. et de sportifs souvent, que ce soit comment elles ont vécu leur maternité, comment elles ont vécu l'échec quand il y a eu des pauses dans les carrières. Donc moi, je suis une grande consommatrice de podcasts. J'en écoute plein, enfin de très différents. Et après, c'était un gros blockbuster. Moi, j'ai bien aimé le film La méthode Williams avec Will Smith. parce qu'on a vraiment accès à la place du sport dans une famille, au projet personnel d'une famille. Et c'est quand même un sport qui est quand même assez élitiste, même si ça peut avoir tendance à changer. Et je trouve que, en tout cas, moi, ça m'a parlé de voir qu'avec beaucoup de détermination et des prédispositions, on peut réussir à quelque chose. Et je trouve que c'est une belle histoire. Ça m'a bien plu.
- Speaker #1
Est-ce que tu as une chanson qui te motive, une musique que tu adorais peut-être, toi, dans ta carrière d'athlète ou alors aujourd'hui qui te motive à faire du sport ?
- Speaker #0
C'est hyper classique de dire « Eye of the tiger » , mais ça donne une bonne énergie. Moi, quand je faisais de la compète et que j'étais à l'échauffement, j'écoutais du ragamuffin dans mes petits écouteurs filaires, parce que c'est ça qui me motivait bien. Donc voilà, à titre perso, c'était ça.
- Speaker #1
Est-ce que tu as un mantra qui t'accompagne ?
- Speaker #0
Moi, je dis souvent que ce soit à mes enfants, à mes élèves et que je me le répète aussi à moi-même, ça vaut pour le sport, mais ça vaut pour tout dans la vie. Je dis que l'erreur est le meilleur professeur. Et donc, quand un enfant n'arrive pas à faire quelque chose ou quand il est face à un échec qu'il ne gère pas du tout, je leur dis, souvenez-vous que pour apprendre à marcher, vous avez dû vous relever, tomber plusieurs fois pour finir par réussir. Et dans le sport, c'est pareil. Dans tous les apprentissages, c'est pareil. Tu vas échouer et c'est ton envie de rebondir qui va faire que tu vas y arriver. Il y a toujours des entraînements avant d'avoir la performance. Donc, j'ai vraiment... Ça, c'est quelque chose que je dis souvent parce que je trouve que c'est hyper puissant. C'est très simple, mais c'est parlant. Tu vas faire des erreurs et c'est ce qui va t'apprendre à rebondir. Et c'est ce qui va faire que tu vas réussir à un moment donné. Et tu réussiras toujours à un moment donné.
- Speaker #1
Et est-ce que tu as une recode invitée, quelqu'un que tu aimerais entendre au micro de Booster ?
- Speaker #0
en ce moment je suis beaucoup dans les parcours féminins au tennis, peut-être Loïse Boisson et bah merci beaucoup Laurine c'était vraiment super chouette d'échanger avec toi et de m'avoir donné la parole j'en parle pas tant que ça finalement hier quand je disais à mes copines qu'on avait le podcast ce matin elles me disaient mais c'est vrai tu nous en parles pas assez c'est voilà donc ouais c'est sympa pour moi aussi de me remémorer tout ça, c'est chouette
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté cet épisode avec Laurine, forgée par la piste. Ce que j'aime dans son histoire, c'est que le haut niveau ne s'arrête pas le jour où tu ranges les pointes. Il reste dans sa façon de vivre, de persévérer, de prendre soin de soi et d'apprendre de l'échec. Parce que oui, comme le dit Laurine, l'erreur est le meilleur professeur, et ça vaut pour le sport, les études, la parentalité et bien d'autres. Et puis il y a la transmission, encourager sans projeter, protéger l'élan, remettre du mouvement dans le quotidien, pour nos enfants. et pour nous. Si cet épisode t'a parlé, abonne-toi à Booster, mets 5 étoiles sur ta plateforme d'écoute et partage-le à une personne. Ça m'aide beaucoup à faire connaître le podcast. On se retrouve très vite. D'ici là, prends soin de toi.