- Speaker #0
Bonjour et bienvenue sur Bram. Aujourd'hui j'ai le plaisir de recevoir Denis qui est explorateur et formateur en survie. Ensemble on va retracer son parcours, il va nous parler de différentes anecdotes, il va nous donner ses bons conseils pour réussir une survie. Mais avant de commencer, pensez à vous abonner. Bram est disponible en vidéo mais également sur toutes les plateformes d'écoute comme Apple Podcasts, Spotify ou encore Deezer. Et je tiens à remercier le sponsor de cette vidéo qui est Soloniak. Soloniak est une marque de chasse française dont le siège est situé à Sestas. en Gironde, où une équipe de passionnés conçoit et développe des produits pour répondre aux besoins des pratiquants sur le terrain. D'abord reconnue pour ses équipements de chasse, Soleniac propose aujourd'hui une offre complète tournée vers la nature et le bushcraft. Dans cette gamme, on retrouve l'essentiel pour vivre en extérieur. Des couteaux, des sacs, des abris et tout l'équipement nécessaire pour gagner en autonomie. Chaque produit est testé en conditions réelles afin d'offrir des équipements à la fois robustes, pratiques et accessibles. Ils sont conçus pour accompagner tous ceux qui souhaitent s'évader et vivre pleinement leur expérience en pleine nature. Je remercie sincèrement Soloniak pour le sponsor de cette émission. Le lien est dans la description. Je pense avoir fait tout le tour. C'est parti pour cette émission avec Denis.
- Speaker #1
Bienvenue. Bonjour.
- Speaker #0
Trop cool, merci pour le temps accordé, ça fait plaisir. Est-ce que tu peux commencer par te présenter tout simplement ?
- Speaker #1
Je m'appelle Denis Tribodeau, je suis spécialiste de la survie en milieu naturel depuis une vingtaine d'années. Moi et mon équipe, on a fait plus de 1670 stages. À ce jour-là, je les ai comptés ce matin. Un peu partout en France, sur les cinq continents. Et puis, j'ai écrit une grosse douzaine de livres sur le sujet. Trop bien. Et puis, je suis de plus en plus vieux. Pour faire ce genre de bêtises.
- Speaker #0
Trop bien, je mettrai toutes les informations de toute façon en description. Quel métier tu fais aujourd'hui, concrètement ?
- Speaker #1
Alors j'en sais rien, vaste question. Alors il y en a qui disent que c'est un métier passion. Il y en a qui disent qu'ils ne feraient jamais ça parce que c'est trop dur ou que le monde hostile leur fait trop peur. Moi je ne suis pas trop, je travaille toujours mais je ne travaille jamais. Je fais passer des savoir-faire que nos anciens savaient, que certaines civilisations savent encore. Et je mets les gens en situation pour qu'ils puissent réagir correctement si jamais une situation était amenée à se dégrader comme ça.
- Speaker #0
Très bien. On va revenir sur l'entreprise que tu as créée. Mais justement, j'aimerais bien comprendre un peu ton personnage. Quel adolescent tu étais ?
- Speaker #1
Alors, pour bien comprendre ce qu'est le personnage que je suis maintenant... Pour monter à plus loin que l'adolescence, pour monter à quand j'avais 4, 5, 6 ans, je voulais être un indien. D'accord. Je voulais, quand les gens me demandaient quel métier tu veux faire, je disais, je veux être un indien. Et les adultes m'ont dit, mais un indien, ce n'est pas un métier, quoi. Alors, bon, OK, d'accord. Alors, je vais être archéologue. C'est la sortie d'Indiana Jones, voilà. Archéologue avec un chapeau et un fouet, c'est pas mal, ça. Puis, bien sûr, tout le monde est archéologue, mais maintenant, une méthode... L'archéologie, les choses qu'il trouve, m'intéressent toujours autant, mais ça m'avait intéressé beaucoup. Ma mère avait un copain archéologue qui me filait des cailloux qui n'avaient pas de valeur pour lui, mais pour moi, c'était génial, des cailloux qui avaient été frappés par l'âme de la préhistoire, c'était génial quand on a 7, 8 ans, 9 ans. Puis après, je me suis dit, je vais faire garde forestier. Logique. En gros, je passais toute ma vie, tous mes temps libres, en vélo, dans les forêts, dans les marées, en Charente. à faire des arcs, des flèches, des cabanes, chasser le ragondin en lance-pierre, des trucs de gamin. J'étais un peu un Tom Sawyer français. Il m'arrivait plein de galères. Je tombais dans les marées. Jamais très grave, mais plein d'aventures comme ça dans la nature. Quand j'étais adolescent, l'éducation nationale ne m'aimait pas trop. Ça tombait bien parce que moi aussi. Ils m'ont dit qu'il fallait m'orienter dans un métier. Très bien, moi, je veux être garde-forestier. Et ils m'ont dit, ben, menuisier, c'est dans le bois, c'est pareil, allez, vas-y. Et comme j'en avais marre un peu de ce système qui ne me correspondait pas, ben oui, j'ai dit OK. Donc voilà. Et donc, à partir de 13-14 ans, j'ai passé des diplômes dans le bois. Donc, je suis ébéniste, charpentier, menuisier, agenceur d'intérieur, etc. Et j'ai tous les diplômes du bois, du CAP au BTS. Et après BTS, je me suis dit, qu'est-ce que je vais faire ? J'étais bon en dessin, en créativité, en création, etc. J'ai fait le concours des beaux-arts pour être designer et je me suis retrouvé à Bordeaux, au Bordeaux de Bordeaux.
- Speaker #0
Et c'est à quel moment que tu as eu ton déclic pour tout ce qui était justement service ? C'est à ce moment-là ou alors déjà que tu pensais quand tu étais jeune un petit peu ?
- Speaker #1
Ça n'existait pas. Il n'y avait pas de métier qui... Il n'y avait pas de formation ni rien, donc je ne savais pas qu'on pouvait en faire un métier. Donc là, au Beaux-Arts, après tous ces périples, tout cet apprentissage de la vie, j'ai rencontré ma femme, qui elle est graphiste. Et puis on a monté un studio de création graphique à Bordeaux, e-design, et qui a très bien marché pendant une petite quinzaine d'années, 10-15 ans. On a eu tous les clients qui en font rouler, des gros clients viticoles, aux petits artisans du coin. On a fait vraiment le taf en tant que créateur. concepteur web, plaquettes, etc. Logos, l'image de l'entreprise, on le maîtrise, on maîtrisait. Et puis, la petite crise de la quarantaine, à un moment donné, à 37 ans, je me rappelle très bien, j'en avais marre de servir de banquier à nos clients parce que quand tu es créateur, tu es un peu payé, tu es un peu payé à trois mois, fin de mois à l'époque. J'en avais marre, j'avais beaucoup d'argent dehors, on avait beaucoup d'argent dehors. Un petit coup de déprime, qu'est-ce que je fais de ma vie ? J'en ai marre. Je vais boire une bière dans un bar, deux bières, trois bières, je rencontre un type, on se raconte la vie comme je viens de te le faire. Il me raconte sa vie, je lui raconte ma vie. Il me dit, mais attends, tu sais faire une feuille de morceau de boîte, tu sais faire une cabane, tu as voyagé dans l'Europe entière, plus que l'Europe entière à l'époque aussi encore. Tu as des bois en Dordogne, une ferme, mais pourquoi tu ne ferais pas des sages-sur-vie ? Bon, on a remis des bières derrière pour fêter l'idée. Et le lendemain matin, ben... J'ai soumis l'idée à ma femme, qui, elle, savait très bien, puisqu'elle était graphiste, manier les outils de communication. C'est juste le début d'Internet. Et donc, très vite, on a fait un blog sur Blogspot. Je ne sais même pas si ça existe encore. On a mis trois, quatre dates. On convoquait les gens en Dordogne, là, chez nous. Et puis, une semaine après, le téléphone sonnait et il réservait. Donc là, ça fait 21 ans qu'on fait ça. Et ça n'a pas cessé. Enfin, on a commencé... par 6 ou 7 stages dans 20 ans. Et puis maintenant, on fait 120 stages. Donc voilà, ça n'a pas cessé de grossir. Un coup de bol, pas d'études de marché, rien. C'était vraiment une idée, une envie profonde. Mais tout compte fait, durant tout ce parcours de vie, de 0 à 37 ans, ma femme comprise, on avait accumulé des savoir-faire. Moi, j'aime bien dire des petites pièces de pulse. Mais on avait plein de pièces de pulse dans une boîte, mais on ne les avait jamais assemblées. Et puis cette soirée-là, ce mec que j'ai jamais revu m'a dit « Mais pourquoi tu ne ferais pas ça ? » Ah, j'ai assemblé toutes les pièces de pub que j'avais, toutes les compétences que je possédais, tous les savoir-faire qu'on avait accumulées, toutes les envies qu'on voulait. Ça a donné une belle image spécialisée à la survie. On avait la légitimité, j'avais beaucoup d'expérience dans le voyage, etc. Toutes les bêtises qu'il ne fallait pas faire, je les avais faites. Et puis voilà, je pense avoir pas mal de why ou de pédagogie. Enfin, un groupe ne me fait pas peur. parce que j'étais animateur, j'ai été sportif de haut niveau, donc je sais ce que c'est l'amour du maillot, l'équipe, l'entraide, la solidarité. Allez, vas-y. Et puis ça marche, ça a marché.
- Speaker #0
Et aujourd'hui, ton entreprise, elle synthétise un petit peu toutes les différentes casquettes que tu as eues par le passé.
- Speaker #1
Ben ouais, c'est exactement ça. C'est exactement ça. Je me sers de tout le passé qui est le mien. Et puis, quand tu as rencontré beaucoup, beaucoup de gens sur la route, à l'autre bout du monde... croiser beaucoup de méthodes pour faire le feu, pour faire les abris, pour survivre les plantes sauvages, l'orientation, etc. Ma foi, tu mets tout ça dans le même sac à dos, j'allais dire panier, non, sac à dos, et puis tu le redonnes aux gens qui viennent te voir pour apprendre les techniques de survie. C'est aussi simple que ça.
- Speaker #0
Là, aujourd'hui, tu te sens à ta place ? Ou est-ce que c'est la suite de ton chemin ?
- Speaker #1
Mais c'était évident, c'était écrit. Surtout qu'il n'y a pas eu de rupture. enfin je dis ça, oui il y a eu un mec, un déclic, c'est vrai que lui il nous a fait basculer, il y a eu l'idée qui a fait tout basculer mais en réalité on n'a pas basculé du jour au lendemain, on n'a pas tout plaqué pour autre chose. Ça s'est fait naturellement, c'était évident, évident, mais sauf qu'on ne le savait pas et lui il a allumé la lumière, on avait mis l'ampoule, il y avait le fil, il y avait tout, mais lui il a appuyé sur le bouton et ça a été génial cette soirée-là.
- Speaker #0
Ah c'est fou, c'est un métier passion, c'est pas ce qu'il a dit pour reprendre ton terme, mais ça reste aussi une entreprise. Est-ce que tu peux nous présenter ton entreprise et également comment tu la développes et comment tu as fait pour arriver aujourd'hui à ce stade ?
- Speaker #1
Mon entreprise, c'est une SARL. On est à 50-50 avec ma femme. On fait 130 stages dans l'année. On est une équipe d'une grosse quinzaine de personnes. Il y a l'administratif, ma femme et ma fille. Et puis après, on est tous formateurs de survie. Je les ai tous formés un par un. On a tous le même tronc commun. Puis après, ils ont tous leur expérience, eux aussi. Il y a des choses qu'eux maîtrisent, que moi je ne maîtrise pas, et vice versa. Donc, on se nourrit les uns les autres. Mais grosso modo, toutes les grandes techniques sont acquises, assimilées. Et puis, il y a surtout l'état d'esprit de l'entreprise. Nous, on veut montrer aux gens que c'est la nature qui commande, C'est elle qui fait ce qu'elle veut de nous. Et nous, on doit faire juste avec elle. On doit juste la comprendre et on doit juste faire en sorte d'être humble et d'avoir le plus d'humilité possible pour pouvoir survivre avec elle.
- Speaker #0
Tu viens de chercher les gens chez toi ?
- Speaker #1
C'est assez marrant parce qu'on a trois grandes sortes de clients. On a le client qui vient se former vraiment en technique de survie pour jamais tomber en situation de survie quand il va partir, faire une expédition, un tour d'Europe à vélo. Puis après, il y a la personne qui ne sait pas pourquoi elle est là, parce qu'on lui a offert un cadeau, comme si on lui avait offert un saut en parachute ou un stage cuisine. Donc là, on part d'un peu plus loin sur la ligne de départ. Mais bon, on fait en sorte qu'il monte dans l'avion et qu'il décolle avec nous et il s'éclate aussi. Et puis après, il y a les personnes qui ont déjà vécu une situation critique. qui veulent se dire « si j'avais su, j'aurais réagi comme ça » , ou alors des personnes qui sont très anxieux aussi, qui n'ont pas confiance en eux, qui disent que la nature c'est un monde hostile, qui ont peur d'eux-mêmes en définitive, et donc on vient les rassurer, on vient les réancrer avec l'essentiel, réapprendre que nos ancêtres savaient, le B.A.B. pour les reconnecter avec eux-mêmes, quelque part, c'est présentieux. C'est prétentieux, moi je ne pensais pas qu'on soit capable de faire ça, mais en réalité, ce n'est pas nous qui le faisons, c'est la nature elle-même. Les gens se reconnectent eux-mêmes. On est juste des pasteurs, des metteurs en situation.
- Speaker #0
Pour bien comprendre, comment tu définis la survie ? Qu'est-ce que c'est la survie pour toi ? Qu'est-ce qu'on retrouve dans la survie quand on fait un stage avec toi ?
- Speaker #1
Le mot survie, faire un stage de survie, ça veut tout dire et rien dire. Moi, j'ai identifié plusieurs sortes de survie, c'est comme si on disait je fais du sport. ou je fais de l'athlétisme. Déjà, là, on a vraiment réduit je fais du sport, je fais de l'athlétisme, je fais du saut en hauteur, ou je fais du marathon, ou je fais du sprint, ou je fais du lancer de poids. C'est pareil quand on dit je fais de la survie. Ça ne veut tout dire et rien dire. Dans le mot survie, il y a le militaire qui apprend des gestes de survie, qui apprend à démonter, remonter une arme, les yeux bandés. Il apprend des techniques de combat pour neutraliser l'adversaire, tout ça. Nous, il n'y a pas de ça. Il y en a, ils confondent le mot « bushcraft » et le mot « survie » . Le bushcraft, c'est une situation donnée, où on part avec sa bouffe, sa flotte, ses haches, ses scies, son matos, et on va bien se mettre, on va bien manger, comme les carpistes. On s'installe bien avec le bioui, tout, et puis on pêche la carte la nuit, c'est un bon moment au milieu de la nature, et c'est maîtrisé, ce n'est pas accidentel. Nous, on est plutôt dans un domaine où on simule une situation où tout d'un coup, il nous arrive... un événement et patatras, on n'a plus du tout ce qu'il faut pour communiquer, pour sortir du problème. On n'a plus du tout ce qu'il faut pour faire du feu. On n'a pas de briquet, on n'a pas tous les outils modernes pour faire un feu normalement. On n'a pas d'abri, on n'a pas de bâche, on n'a pas de montre, même certains stages. Enfin, il nous manque beaucoup d'outils pour rester facilement en vie.
- Speaker #0
Oui, t'as pas un couteau, rien ?
- Speaker #1
Ah si, il y a des stages aussi. On pourrait faire tant, mais il faudrait plus de temps. Oui. Mais c'est... En réalité... Tout est possible, mais c'est compliqué. Et moins on a d'objets, plus c'est compliqué.
- Speaker #0
C'est ça en France ?
- Speaker #1
Oui, en France. Alors, un peu partout en France, en Ile-de-France, à Poitiers, à Niort, dans le Périgord, dans les Landes, dans les Pyrénées, dans le Gard, chez le Tour de France, tout ça. Je remonte dans le Jura. Je crois que j'en ai pas oublié au Belgique. Voilà, ça, c'est les spots que l'on a. On a des stages, c'est familial, c'est des huit ans. On ne peut plus édulcorer, on prend un matelas, on prend un duvet, un peu de nourriture pour les enfants quand même, on ne fait pas n'importe quoi. Même comment on fabrique du pain, avec de la farine de l'eau et de la levure, c'est fabriquer son pain, il y a quelque chose de magique. Mais on les apprend à ne pas avoir peur de la nature, jusqu'au stage où on se dépouille vraiment, où là on part habillé comme je suis, et puis il y a un couteau dans la poche. On l'a appelé Bité Couteau. Mais les filles seraient bienvenues. Il faut voir sur le site internet les astérix, on explique pourquoi on l'appelait comme ça.
- Speaker #0
J'allais dire, c'est pour tous les âges, toutes les personnes.
- Speaker #1
Tout le monde y trouve son compte. Là, le petit truc, on a eu notre doyen, on a eu un client qui avait 77 ans et un mois ce week-end. Et au même stage, il y avait un gamin avec sa mère qui avait 12 ans. Et tout le monde a trouvé sa place dans le groupe. Tout le monde s'est senti utile à un moment donné au collectif. Parce qu'on sort des grandes phrases, c'est seul on va vite, mais ensemble on va plus loin. Il n'y a même pas besoin de le dire, on le voit. On le voit dans une situation dégradée si on ne se serre pas les coudes. Si le vieux n'apporte pas son expérience ou ses connaissances de la vie, si le jeune n'apporte pas sa fougue, sa candeur et son énergie, si l'ingénieur n'apporte pas son intelligence, son pragmatisme ou l'artisan, son savoir-faire au service du groupe, ça marche beaucoup moins bien. Plus on est différent, plus on est fort. C'est beau, ça. Ça,
- Speaker #0
c'est très beau.
- Speaker #1
Ça se vérifie.
- Speaker #0
Félicitations pour ton parcours, ton entreprise. tout ce que tu as pu faire, tu as forcément aussi eu des obstacles et je pense surtout à la gestion de ton entreprise, au développement de celle-ci. Je pense également au Covid. Comment tu surmontes justement ces obstacles ? Je ne parle pas des obstacles dans la survie, mais vraiment dans la gestion de ton entreprise.
- Speaker #1
Oui, c'est inhérent à une vie d'entreprise. Dans notre activité, on est tributaire de la nature. Donc, il faut qu'on fasse avec elle. Là, en ce moment, il fait extrêmement chaud. Il faut qu'on fasse avec elle. Comment on va trouver à boire vraiment en plus grosse quantité que quand il fait froid ? Et puis, il y a toujours des problèmes qu'il faut résoudre. La vie d'entreprise, c'est pareil. C'est comment on va trouver un lieu dans telle région qui nous paraît intéressante. Donc, il faut trouver le propriétaire du bois ou de la nature. Est-ce que lui est ébrié un contrat de location, etc. On va que dans les bois privés où le propriétaire est tout courant, où on fait un bail, où il sait ce qu'on fait exactement, pour qu'il n'y ait pas de soucis, pour qu'on soit en règle parfaitement. Et puis, après, oui... Tu parlais du Covid. Le Covid, ça a été... On n'a jamais été aussi riches que pendant le Covid. En résumé, les gens avaient réservé des stages. Ils réservent 3, 4, 5, 6 mois à l'avance, les stages chez nous. Et puis patatras, Covid. Donc tout l'argent de nos clients était en banque. Et puis impossible de faire les stages. Confinement, etc. Qu'est-ce qu'on fait ? On a relancé tous les clients en disant on vous rembourse, on garde votre argent, puis vous viendrez plus tard. 99% du temps, garder notre argent reviendra plus tard. Donc on s'est retrouvé avec une trésorerie monstrueuse et on n'a pas pu amener les gens dans les bois. Et puis un coup de bol, très vite quand même, l'État s'est rendu compte que quand on était en petit groupe, dehors, avec une distanciation de plus d'un mètre cinquante, je connais la règle par cœur, qu'avec masque, il y avait très peu de chances quand même que le Covid passe d'un individu à l'autre. Donc très vite, on a pu retourner dans les bois. avec un minimum de précaution, donc au lieu de faire un grand abri pour 10, quand il faisait froid et se serrait les coudes, on faisait 10 petits abris, chacun était derrière, sous son abri, bon c'était un peu plus difficile, mais de compte fait, on a pu continuer à travailler. Mais après, les difficultés, franchement, ça a été largement surmontable à chaque fois. Non, je ne vois pas trop. Il y a plus de positif que de négatif, donc on oublie vite le négatif quand on est grande réussite.
- Speaker #0
Pour toi, quand on fait de la survie, c'est des compétences que l'on apprend ou alors c'est un état d'esprit ?
- Speaker #1
Les deux. La meilleure chose à avoir, c'est la curiosité. Si on veut dire qu'on est spécialisé de la survie, il faut s'attendre à tout le temps apprendre. Jamais être sûr de ce qu'on a acquis. Moi, tous les jours, que ce soit un petit stage que j'encadre d'un week-end dans le Périgord, tous les stages, j'apprends un truc nouveau. Et j'apprends un truc nouveau des stagiaires. Parce que quand vous avez un botaniste qui vient en stage, il s'y connaît plus en plantes que vous. Le week-end dernier, il y avait un astrophysicien. Alors, je vais vous expliquer où l'étoile du Nord. Ah bah lui, il nous a fait tout le ciel, quoi. C'était génial, parce que ça a servi au groupe. Il nous a expliqué ce qu'était un trou noir. Plein de trucs, plein d'explications. Il y en a qui ont peut-être décroché, mais il a employé des mots simples. Et donc, c'était super. J'ai appris plein de choses sur les étoiles. Pas forcément sur la survie et s'orienter avec les étoiles. Mais lui était capable de s'orienter avec les étoiles sans regarder l'étoile polaire. Parce qu'il savait à quelle saison se trouvait Cassiopée d'un côté, le signe de là, le scorpion là-bas, etc. Il n'avait pas besoin de... de retrouver un petit mécanisme avec la grande ours, etc. Je ne sais pas si tu connais, mais...
- Speaker #0
Un petit peu, oui. Voilà,
- Speaker #1
pour retrouver l'étoile du Nord, quoi. Donc, voilà, lui était plus compétent que moi dans ce domaine-là. Et puis, après, il y a les techniques de feu. Quand je voyage, quand je vais voir les derniers chasseurs d'Afrique, ils font du feu comme ça. C'est assez facile, mais en France, c'est assez compliqué. Il faut le faire avec certaines essences, tout ça. Mais ils m'ont appris plein de petites techniques pour y arriver mieux ici. Quand je vais voir les Waorani en Équateur, ils font aussi comme ça, mais avec d'autres essences. avec une autre technique, ils ne font pas de fente dessous, etc. Ils récoltent du coton naturel d'un arbre. Enfin voilà, et puis c'est toujours, L'apprentissage. Donc c'est un fruit sans fond. Et jamais j'aurais cessé d'apprendre. Donc là, si on n'est pas curieux, c'est même pas la peine.
- Speaker #0
On va rentrer un peu plus dans les détails de la survie. Qu'est-ce que tu fais quand tu es en situation de survie ? Quelles sont tes priorités ? Ça y est, tu arrives dans une situation de survie, quelles sont tes priorités ?
- Speaker #1
Alors déjà, pour moi, la survie dans ma tête, c'est une ligne. Il y a le niveau zéro de la survie. C'est Paris Hilton qui se pète un ongle. elle a un angle de pété, elle ne sort pas de son hôtel Le monde t'écoule, il faut un manucure, ça va lui bouffer la matinée ou l'après-midi, mais il faut qu'elle soit incapable de sortir dans la rue et qu'elle soit visible avec un ongle cassé. De l'autre côté, il y a Mike Horn, tout le monde connaît Mike Horn maintenant. Quand rien lui est arrivé, c'est un surhomme, c'est une machine de mec. Il y a un ours qui le frôle, ça chatouille. Et puis nous, on est tous entre les deux. donc on met tous le curseur on va dire de la zone de confort pour que l'on connaisse l'expression un peu entre Paris-Sétonne et Mike Horn donc moi je pense que je suis un peu plus vers Mike Horn on va dire 70 si c'est 0 et 100 on va dire que je me mets à 70 je me mets à 70 peut-être que toi tu es à 65 ou 60 peut-être que d'autres vont être à 40 donc tout dépend du niveau donc on va dire que moi j'atteins ma limite là patatras, qu'est-ce qui va m'arriver ? Donc j'essaye de me calmer, j'essaye de réfléchir, d'oxygéner mon cerveau. Donc on dit respirer. Et c'est la fameuse règle de trois. En réalité, je vais t'expliquer, c'est vrai et c'est faux à la fois. La règle de trois, c'est mettre les choses dans l'ordre. On survit moins de trois secondes sans réfléchir. Moins de trois minutes sans respirer. Il y a moins de main, moins de trois jours sans boire. moins de trois semaines sans manger et moins de trois mois sans rapports sociaux. En gros, il vaut mieux, en réfléchissant, se dire, OK, est-ce que je peux respirer calmement un bon trois minutes ? C'est de longs trois minutes. Je l'oxygène bien. Et qu'est-ce que j'ai besoin pour sortir très, très vite de cette situation-là ? Généralement, la solution, elle est là, elle est trouvée et on sort de cette situation. Et si on ne trouve pas, j'ai trois jours pour trouver à boire. et trois semaines pour trouver à manger. En gros, on est trois semaines dans le même état que trois jours sans boire. Mieux boire. Quand ça a été fait, quand ça a été trouvé, quand on a bien identifié la situation, là, si vraiment ça tourne au vinaigre, là, on n'est vraiment pas bien, on n'aura pas de quoi boire, etc. On a trois jours pour faire les trois choses les plus importantes. C'est trouver de l'eau pour la rendre potable, faire du feu. Faire un abri. Alors s'il pleut, il faut faire un abri pour faire le feu à l'abri. Et puis l'eau, elle tombe du ciel, ça va. Si, je ne sais pas, on est à côté d'une rivière, faire de l'eau, trouver de l'eau, c'est facile. Par contre, tout est humide, etc. Donc il faut faire le feu pour avoir un minimum de confort. En gros, 9 fois sur 10, c'est faire du feu en premier. Et si on arrive à faire ces trois choses-là, les trois premières jours de sa survie, on peut tenir plusieurs semaines.
- Speaker #0
J'allais te poser une question, c'était selon toi, est-ce qu'il y a une règle à respecter quand on est en survie ? Mais du coup, c'est ça, il faut réfléchir.
- Speaker #1
Réfléchir, se poser, faire l'état des lieux, faire le fond de son sac. Des fois, elle est là la solution, elle est juste au fond de son sac. Il y a un truc qui va imbriquer quelque chose qui va nous donner une idée et qui va... faire qu'on va enclencher un process qui va nous sortir de la merde. Pardon l'explication, mais quand on arrive à ce niveau-là. Et on n'y arrive que très rarement si on réfléchit. Alors plus après on a de techniques qui ont été apprises dans les bouquins, sur YouTube, etc., plus on a d'expérience, moins cette situation-là, avec qui on arrive, parce que je rappelle qu'une situation de survie, c'est qu'on risque de mourir. C'est de vie ou de mort. C'est pas j'ai raté... Mon émission préférée, ce soir. Non, on risque de mourir dans les heures qui arrivent. Donc c'est tendu. Moi, personnellement, je pense que ça ne m'est jamais arrivé. Parce que j'ai trouvé toujours une solution avant de tomber dans ces extrêmes-là.
- Speaker #0
Quelles sont les erreurs que tu vois tout de suite chez les débutants ?
- Speaker #1
Il y a deux grandes familles de survivors. Quand la situation de survie arrive, il y en a qui se rendent actifs. dans les heures qui suivent, ils sont actifs. Il faut qu'ils fassent quelque chose pour améliorer leur cas. Mais s'ils n'ont pas la technique, ils courent dans tous les sens, ils usent beaucoup d'énergie, et résultat, c'est pas positif. Et ils descendent très vite dans le dur, et c'est pas bon. La deuxième famille, c'est ceux qui ne font rien. C'est les feignants. C'est-à-dire qu'ils vont gagner du temps sur la mort. Ils vont se mettre près d'un arbre, ils vont compter des jours, c'est très très long, mais ils sont en mode économie. Sans technique, il vaut mieux être en mode économique pour moi. Moi, je suis plutôt un feignant, je pense. Et pourtant, j'ai de la technique. Mais peut-être que j'ai l'expérience de me dire je sais comment mon corps réagit, je sais combien je vais tenir dans telle ou telle situation. Mais avant ça, il y a... il y a un effet, il y a du stress qui monte très très vite dans la tête des gens.
- Speaker #0
Tu les fais un petit peu stressés aussi, quand tu les mets en situation ? Ou tu vois des gens qui stressent parce qu'ils ne savent pas faire ?
- Speaker #1
Non, ils vont stresser avant, avant de venir, ils se posent beaucoup de questions, ils nous téléphonent, ils nous demandent si je prends un caleçon rouge, ça va aller ? Non, ça va jusque là. La semaine dernière, j'ai eu, par écrit, c'était, confirmez-moi que sur la liste, du matériel à apporter, il n'y ait pas de pyjama. Oui, alors j'ai répondu, oui, il n'y a pas de tracteur. Il n'y a pas d'avion. Il ne faut pas prendre aussi, je ne sais pas, son couvert en argent. Mais je ne sais pas pourquoi, la nana, pas pourquoi j'ai dit celle-là, la femme voulait savoir si elle pouvait prendre son pyjama. Parce qu'ils ont une liste. Mais dans la liste, il n'y a pas briquet, il n'y a pas nourriture, il n'y a pas téléphone portable. il n'y a pas, dans certains stages, il n'y a pas de montre, il n'y a pas d'eau potable, il n'y a pas de gourde dans certains stages, il n'y a pas d'endroits frontales. Donc les gens stressent avant, ils se disent mais comment on va faire ? Puis une fois qu'ils sont avec nous, bah on les rassure. Moi j'en fais une trentaine de stages par an et j'ai encore un peu de gras, donc ça va quoi. Mais maintenant que je fais ça, c'est pas insurmontable, tout le monde y arrive, avec un minimum de bon sens, de savoir-faire, d'application et de résistance, de résilience, ça va passer aucun souci. Donc, une fois qu'on les a rassurés, ils sont plus open à ce qu'on leur dit, et là, ils se rendent compte que oui, tout le monde peut y arriver. Et ils sont plus forts ensemble, ils s'entraident, et puis il y a des superbes histoires d'amitié, de solidarité qui émergent en très peu de temps. Et puis ils se rendent compte qu'ils ont dépassé une montagne qui, la veille, c'est insurmontable, et puis le lendemain, nickel, on y est arrivé ensemble, ouais ! Et puis ils reviennent.
- Speaker #0
Quelles sont un peu les idées reçues sur la survie, justement ? Alors, tu en parlais tout à l'heure avec le survivalisme. Ouais. Quelles sont les grandes idées reçues ?
- Speaker #1
Moi, il y a des gens qui s'inscrivent et puis, la semaine après, ils meurent des fins en disant « Ben non, tout le monde ne sait pas où est-ce que je vais à bon, pourquoi ? » Et très souvent, c'est qu'ils ont parlé à leur famille ou à des copains qui se sont inscrits à un stage de survie et on leur répond « Ouah, t'es fou, ils sont tarés, ils doivent croire que la terre est plate, tu vas chez qui ? Tu veux faire un bunker ? » ils vont avoir des armes à feu voilà tous ces a priori comme ça où des gens sont très anxieux et essayent de trouver des solutions pour survivre après l'apocalypse voilà chez moi j'espère qu'on véhicule de belles valeurs d'humanité, d'humanisme et qu'on fait tout l'inverse donc c'est à moi de leur dire que ce qu'ils vont vivre c'est juste une immersion dans la nature où on réapprend ce que les anciens savaient Merci. Et en deux générations, on s'est coupé du savoir-faire des anciens. On ne sait plus. Les anciens, ils ont vécu en ville. Ils sont partis de la campagne. Et puis, on ne sait plus le béaba. On ne sait plus les 100 plantes de base pour se soigner, pour se nourrir dans la nature. On a peur de tout. On a peur de ce qu'on ne connaît pas. Donc, on a peur de la nature parce qu'on ne la connaît plus. Et donc, voilà, on réapprend aux gens juste la base, l'essentiel. ce qu'on fait nous en stage, on devrait l'apprendre à l'école.
- Speaker #0
Justement, tu apportes de l'information dans tes stages, tu apportes des techniques dans tes stages, mais est-ce que tu travailles aussi sur la partie émotionnelle ?
- Speaker #1
Oui, à gérer leurs émotions, parce que tout compte fait, les gens, ils paniquent. Moi, j'en ai eu quelques-uns la semaine dernière, mais ils paniquent parce qu'il y a un scarabée, même pas une lucane, un petit truc qui leur est monté sur le pantalon. Et ça y est, ils font des gestes de panique totale. Et là, alors là, l'émotion, le stress est grandissant. Et là, ils peuvent rien faire. Ils font connerie sur connerie à ce moment-là. Le stress les a complètement envahis. Einstein, s'il n'arrive pas à maîtriser son stress en situation de survie imminente, lui d'un scarabée sur le pantalon, il est capable d'être con comme un balai et de ne pas pouvoir faire une division. Alors que quelqu'un de beaucoup moins intelligent qu'Einstein, qui n'a pas 142 QI, eh bien, sera beaucoup plus intelligent dans cette circonstance. Il se dira, c'est qu'un scarabée, tac, nickel, et on continue. et il a géré son stress beaucoup mieux et donc t'as des stress paralysants t'as des stress qui font tomber les gens dans les pommes t'as des stress qui font un effet de tunnelisation c'est à dire qu'ils vont se concentrer sur un sujet
- Speaker #0
précis, du style « Ma montre n'est pas à l'heure, ma montre n'est pas à l'heure. » « Non mais attends, dans trois minutes, tu vas mourir. » « On s'en fout de ton heure de la montre. » « Mais non, attends, il faut que je la remette à l'heure. » « Parce que tu sais, cette montre-là, je l'ai achetée chère. » « Mais on s'en fout. On va peut-être mourir. » Et ils se concentrent sur un problème, mais ce n'est pas le bon problème. Ils n'arrivent pas à faire le tri dans leur tête, dans leurs émotions. Donc tout ça, ça se gère chez nous, comme les gens savent que c'est une fausse situation de survie, ils savent que c'est simulé, ils savent qu'il y a un début et une fin du stage, ce stress-là... qui les envahit, on l'a très rarement. Mais on peut l'avoir. J'en ai recadré à moi tout seul au moins un bon 500. Et des fois, c'est la nature qui fait le programme. Tu vois un chevreuil qui passe, tu parles du chevreuil. Tu n'y attendais pas, mais c'est l'occasion qui fait le larron. Donc tu vas parler du chevreuil, de ses habitudes, de sa nourriture, son cri, son aboiement, etc. Parce que ça vient d'arriver, et puis tout d'un coup, tu marches sur une plante de... comestibles, ah bah attends, arrêtez-vous et tu passes du coq à l'âne, c'est le cas de le dire et après il y a une question qui fuse la nuit se couche à quelle heure, ah bah tu parles combien de temps il nous reste de lumière avec les doigts etc. Donc on est opportuniste en survie et il faut l'être, moi c'est ma façon de voir les choses et des fois ça trouble quelques personnes parce que c'est pas un grand cours magistral avec grand 1 petit a petit b, grand 2 petit a petit b, etc. Non, ça part un peu dans tous les sens. donc j'ai appris grâce à l'écriture de mes livres à un peu plus se structurer mais là aujourd'hui t'as pas de chance non c'est très bien franchement en plus tu suis tout de matram ah bon bah alors c'est nickel comment justement tu as appris tout ça ? sur le tas sur le tas enfin c'est bien alors moi j'ai appris quand il n'y avait pas internet toi t'as pas connu ça ? non oh là là je prends un coup d'yeux là non il n'y avait pas internet ça n'existait pas il n'y avait aucun livre de survie écrit par un français qui existait dans la bibliothèque. Il y avait deux livres de mémoire. C'était des traductions américaines des forces spéciales, donc armées, où tu apprenais à faire du feu avec ta balle que tu démontais avec la poudre grise et on tapait sur deux cailloux. Mais des trucs, moi, je n'ai jamais de balle dans les poches. Je suis désolé, les poudres maintenant, enfin les paillettes qu'il y a, ça ne s'enflamme pas comme ça. Voilà, et même les schémas sur le feu étaient faux. et plein d'erreurs sur les pièges et tout. Je n'ai jamais vu un militaire faire un petit piège pour piéger un animal pour bouffer. Il a sa relation de survie dans le pactage. J'ai appris des anciens, des vieux, qui savent tous les champignons, toutes les plantes, avant qu'ils meurent. Maintenant, ils sont décédés. Et j'ai appris beaucoup. Et puis, j'ai appris sur le terrain en faisant des erreurs. J'ai fait connerie sur connerie. Alors, ça ne m'a pas tué, heureusement. Mais voilà, j'ai appris beaucoup en faisant, en tâtonnant. Moi je me rappelle ici, j'ai appelé à faire du feu tout seul. Donc, d'une façon empirique, en frottant deux morceaux de bois. Je me rappelle avec un copain, on a passé le week-end à frotter un morceau de bois comme ça, sur une table, et à un moment donné, ça fume. T'arrêtes pas, t'arrêtes pas, t'arrêtes pas, on se relayait, on se relayait, mais ça a duré des heures et des heures, et on avait des ampoules. Je me rappelle avoir des ampoules à chaque main, à chaque doigt, je veux dire, t'arrêtes pas, t'arrêtes pas, et tout d'un coup, moi j'ai lâché un peu la drille, le forêt, et là, il est tombé, on avait troué la table. On ne pouvait pas s'arrêter, on pensait que la flamme allait jaillir comme ça. Et non, tu apprends que tu fais de la fumée, de la braise, de la braise passe à flamme, et la flamme, on passe au feu. Il fallait des étapes à respecter. Mais j'ai compris ça ce jour-là. Et puis un jour, je me suis dit, mais pourquoi t'es bête ? Prends ta perceuse, tu mets un morceau de bois, tu y vas avec la perceuse, ça ira peut-être plus vite comme ça. Et puis je me suis aperçu que ce morceau de bois marchait mieux que l'autre. Alors j'ai essayé plein de choses, Et puis je suis arrivé à la conclusion qu'ici, chez nous... C'était le noisier et le lierre qui marchaient très très bien. Un jour en stage, des années plus tard, il y a un sévère qui me dit « Tu devrais lire le livre Le feu avant les allumettes. » Je dis « Ah bon ? » « Tu sais, il y a un livre qui existe, Le feu avant les allumettes. » À cherche sur Internet, tout ça, à tombe sur l'auteur, c'était un archéologue de Bordelais, j'ai oublié le nom, à m'acheter le livre. Je vois, mais alors, il l'a fait avec ses étudiants, avec des schémas très précis, comme un scientifique, comme un chercheur. qui fait des trucs scientifiques, bien ordonnés, il a fait les mêmes expérimentations que moi, ou moi j'ai fait les mêmes que lui, sans le savoir. Et la conclusion, c'était quoi ? Pareil, ouais ! Alors moi je l'ai fait d'une façon complètement empirique, comme ça, bordélique et tout. Mais lui, il l'a fait vraiment avec des classifications, il est arrivé à la même conclusion, j'étais fier. J'ai voulu rentrer en contact avec lui, ça a failli marcher, et puis ça a capoté, je sais pas. Mais peut-être qu'il regardera la vidéo, il aura envie de me contacter. Je suis très fier de ça, parce que... Je ne l'ai pas fait exprès, mais je suis arrivé à la même conclusion.
- Speaker #1
Que penses-tu des émissions télévisées ? Je suis très ravi.
- Speaker #0
Très bien. J'ai fait un peu de télé, moi aussi. C'est très bien, ça me fait de la pub. Les gens, ils viennent au stage et puis ils vivent leur aventure. Ça contribue à démocratiser l'envie d'aller se ressourcer, de se dépasser, etc. Après, ça ne reste que des programmes télé où on construit l'émission, on va chercher des histoires, etc. Donc, le reste qu'on voit à la télé, ce n'est pas vrai. C'est du spectacle. Quand les caméras sont éteintes, il se passe plein de choses. Après, souvent, c'est des jeux par élimination, souvent, c'est des choses un peu sensationnalistes, mais pourquoi pas ? Si c'était si mal que ça, les gens ne regarderaient pas. Donc, oui, je suis obligé de regarder. Et après, les gens ont comme référence ça, de la survie. Donc, si je veux les amener dans ma vision de la survie, le point commun entre eux et moi, c'est les émissions qu'ils ont regardées, que j'ai regardées. Donc, je peux m'appuyer dessus pour leur dire souvent, voilà, Koh-Lanta, ils font comme ça. Ben, moi, j'aurais fait comme ça parce que là, on leur dit de faire comme ça parce qu'il y a les caméras, etc. Puis, il y a un jeu derrière, etc. Bon, ben, dans la vraie survie où on s'entraide, etc. Il n'y a pas d'élimination, il n'y a pas de conseil, il n'y a pas de caméra. Ben, on fait comme ça. Voilà, mais ça me permet d'avoir un terreau commun de discussion pour qu'ils se fassent une idée, mon idée de la survie. Et encore une fois, respect total. Quand je vois, il y a des émissions américaines où ils sont nus carrément, ils survivent 20, 30 jours, 60 jours, je vais dire, ensemble, nus dans une jungle où la moindre épine peut s'infecter et tout ça. Mais c'est respect total. C'est de l'inconscience totale. Mais c'est une surenchère à celui qui fera, le producteur qui fera plus dur, plus haut, plus fort. Mais ils vont avoir des ennuis à un moment donné. Mais respect total aux candidats ou aux gens qui se fantasment. Ils sont très, très forts, ceux qui y arrivent. Et même Koh-Lanta, ce n'est qu'un jeu, ce n'est que de la télé-réalité, mais ma meilleure amie l'a gagné en 2008, et je connais plein de gens qui ont fait Koh-Lanta, etc. Dans mon équipe, j'en ai encore un qui a travaillé avec moi, qui l'a fait deux, trois fois. C'est beaucoup plus dur qu'on ne le pense. Mais pas forcément au sens de la survie telle que moi je l'enseigne, je n'aime pas trop ce mot, et puis je la montre. mais c'est beaucoup plus dur parce qu'on doit survivre aux autres. Et puis, il y a de la tréprise, etc. C'est un jeu de stratégie où on est toujours sur la corde raide, on n'a pas de quoi manger. Et puis, c'est très long. Moi, je ne m'y frotterais pas.
- Speaker #1
Il y a des influenceurs sur la survie, il y a des créateurs de contenu. Qu'est-ce que tu penses un petit peu de tout ça, la communication sur la survie, sur le bushcraft ?
- Speaker #0
Il y a des bons et des mauvais, comme dans toute profession. Il y en a qui sont dans le même état d'esprit que moi, qui ont une vision plutôt raisonnée, modeste, sage, avec un peu de recul, qui prennent un peu de hauteur sur ce que pourrait être une situation de survie et comment on s'en sort raisonnablement. Il y en a d'autres, c'est des délires complets, c'est du n'importe quoi. Moi, j'ai bien aimé. On a été les premiers à faire un abri, moi et mon fils, on a inventé un abri, un pliage un peu particulier avec une bâche. pas déposé de droits d'auteur. Mais apparemment, on a été les premiers. Pourtant, je n'ai pas fait l'ENA, je ne suis pas plus intelligent que la moyenne, mais en se pensant sur un problème, un jour, on a bien réfléchi, et puis, ça, ça marche bien, parce qu'il y a un tapis de sol intégré, tout ça. Je me suis renseigné partout, impossible de trouver. Je ne pense pas que j'ai déjà été vraiment le premier à faire ça. Mais n'empêche que, bon, je n'ai pas trouvé. Et puis, j'ai tourné une petite vidéo pour montrer aux gens, ça durerait une minute, sur Youtube on doit... trouvé encore, et qui, bien des années plus tard, ma femme me dit, tiens, il faut que tu regardes, il y a un mec qui fait le même abri que toi et qui l'explique. Ça dure un quart d'heure l'histoire. Mais c'est long ! Mais c'est long, on s'endort ! On s'endort ! Tout ça pour montrer un truc qui peut être présenté en une minute, soit. Et ben voilà, la culture, c'est comme la coiffiture, comme disait l'autre,
- Speaker #1
plus on en a,
- Speaker #0
plus on l'étale sur la tarpine. Moi, j'ai une chance inouïe, c'est que j'ai eu la chance d'être le premier sur le web, etc. Parce qu'il y a 21 ans de ça, il n'y avait pas grand-chose qui existait pour proposer de la survie au grand public. Donc j'ai une chance, ils m'appellent le pionnier dans le petit univers de la survie. J'ai une chance d'être arrivé un peu en avance par rapport à d'autres. Donc c'est facile après de critiquer, de dire, regardez, moi je suis vieux, je suis père Castor, j'ai plein d'expérience. J'ai eu de la chance. Et puis qu'il y ait des jeunes qui s'intéressent à ça, c'est génial, c'est plutôt sain.
- Speaker #1
Dans cet épisode, j'aimerais bien qu'on distingue la survie, comme on l'a fait, comme tu l'as bien présenté, le bushcraft, l'exploration. Est-ce que tu peux nous expliquer ce que c'est le bushcraft précisément ? Tu l'as dit tout à l'heure rapidement. Plus précisément.
- Speaker #0
Le bushcraft, pour moi, c'est du camping-route. Les premiers bushcrafters du monde, c'était les chercheurs d'or dans le Yukon qui traversaient le Canada, etc. et qui allaient monter leur camp avec leur cabane, avec leur bâche, avec leur mule, avec leur bâté pour chercher de l'or, etc. Ils restaient là 3-4 mois, le temps de la saison, et puis après, ils rentraient au village avec l'or pour négocier le gramme d'or. C'est... C'est l'Australien qui va conquérir un territoire avec sa charrette, etc. Mais il a les fil, il a les haches. C'est un mode de vie provisoire ou permanent, mais qui est maîtrisé. Et puis, un bushrapteur peut tomber en survie. Imaginez, vous avez votre mule avec tout votre pactage, etc. La nourriture pour plusieurs mois, etc. La viande séchée, les céréales, etc. Et là, patatras, la mule se casse la figure. Tout part dans un ravin et là vous vous retrouvez sans rien. Là, vous tombez dans une situation de survie. C'est une situation accidentelle où là, il faut réagir pour pouvoir tenir le coup et sortir de cette situation. Alors on ne peut pas vivre éternellement en situation de survie. Il faut trouver des techniques pour revenir à la civilisation, pour revenir à notre monde un peu plus normal. Voilà, c'est une situation de survie complètement différente du bushcraft, pour ma part.
- Speaker #1
Toi tu fais du bushcraft ? Ouais,
- Speaker #0
on en fait aussi parce que je suis ébéniste, formateur... menuisiers, charpentiers. Donc c'est rigolo de faire des chaises avec des troncs d'arbres, avec plein de cordes. On fait trois, quatre stages de bouche crame dans l'année. On se met bien, côte de bœuf et compagnie. Là, cette année, on a fait une table à feu, c'est-à-dire on fait une grande table avec de la pierre et de la terre, avec à peu près 80 cm de hausse sur un mètre de large. Et puis on fait un petit feu là, c'est notre cuisine. C'est notre piano, quoi. On a fait un four, ils ont fait une tarte aux pommes cette année dans les bois. c'est-à-dire cuite au four. Voilà, on peut arriver à faire des choses incroyables en bouche rafle parce qu'on a du matos. Puis on a le temps, on mange bien, on boit, une bonne bouteille de rouge aussi. On se met bien, c'est du plaisir total.
- Speaker #1
Dans la nature, une reconnexion aussi un peu à la nature. Oui,
- Speaker #0
on entend les oiseaux, on va voir les chevreuils la nuit. On fait vraiment quelque chose de maîtrisé. C'est ça la grosse différence. Mais c'est génial, j'adore faire ça. Mais il y a une grosse différence avec le stage boutique. On ne part que avec son couteau dans la poche.
- Speaker #1
Quels sont les petits bobos qu'il peut y avoir ? Est-ce que toi, tu as déjà été dans une difficulté par rapport ?
- Speaker #0
Les petits bobos avec les clients, c'est essentiellement des coupures. Coupure avec le couteau. Bon petit couteau tout neuf qui n'a jamais servi. Dès qu'on arrive au point, moi je ne suis pas médecin, donc on extrait la personne du bois, de la forêt, de la nature, et il va à l'hôpital et il est vu par un professeur, bien sûr. Et autrement, c'est des brûlures avec le feu de camp. Ils ne font pas attention. C'est pareil, ils vont à l'hôpital. Mais ça arrive très rarement quand nous, on fait de la prévention. Puis après, des petits malaises. Un perdreau de l'année qui ne s'est pas économisé, qui a gratté aux arbres partout, qui a couru pendant trois heures, etc. Ben, fatalement, le taux de sucre, il va descendre à un moment donné. Donc, des fois, il peut y avoir un peu de voile blanc, tout ça. Mais ça, c'est très rare par rapport à quand on a commencé, où les micro-malaises, les malaises vagales, le malaise vagal était beaucoup plus... couramment vus, c'est extrêmement rare maintenant. Je ne sais pas ce qui s'est passé. Il y a peut-être des gens qui sont un peu mieux habitués à cette situation de survie. Je ne sais pas. Ils s'amusent tous à faire de la survie. Je ne sais pas. Mais souvent, le corps a de la mémoire. Donc, quand le corps a l'habitude de vivre telle situation, il trouve mieux des solutions lui-même. Donc, je ne sais pas. C'est ça les accidents. Et puis, Des fois, ça frite un peu aussi. Les stages longs, au bout du troisième jour, on a moins de recul sur la situation, on est plus gracible, on est plus fatigué. Et des fois, le ton monte assez vite. On ne va pas dire que c'est des accidents, mais ça peut devenir un problème qu'il faut gérer. Moi, c'est ce que je leur dis. C'est là où le stage commence. Là,
- Speaker #1
on est là.
- Speaker #0
Et souvent, la difficulté vient de l'autre. La promiscuité, c'est notre force d'être ensemble et c'est aussi notre faiblesse. C'est là où ça devient intéressant.
- Speaker #1
Tu as déjà eu des gens qui ont abandonné ? Comment tu gères justement s'ils veulent abandonner ?
- Speaker #0
Alors, plus le stage est facile, plus il y a d'abandon. Plus il y a d'abandon parce qu'ils sont arrivés au bout de leur vie. Et plus le stage est difficile et loin, moins il y a la possibilité d'abandonner. Et plus bizarrement, les gens repoussent leurs limites et se rendent compte que ça passe. Si quelqu'un veut abandonner, déjà on lui dit OK. Je t'ai entendu, il n'y a pas de souci, tu abandonnes, mais pourquoi tu abandonnes ? Il va te dire pourquoi, etc. Et tu vas dire, ah c'est dommage parce qu'il ne reste plus que quelques heures. que tu puisses finir. Et moi, je suis sûr, vu ton état, vu le niveau de difficulté qu'il y a, tu vas y arriver comme tout le monde. Donc, il va généralement te dire non. Bon, écoute, oui, je vais le dire aux autres, ne t'inquiète pas, on va gérer ça. Et je viens que du temps, en définitive. Parce que des fois, la machine repart, le moral repart, il est reparti dans quelque chose d'autre, et puis il oublie, il voulait abandonner, et ça passe, il perd du temps. Et puis, des fois, c'est... c'est trop dur, la personne est vraiment au bout d'elle-même, etc. Moi, je veux pas tomber dans le pathos, je veux qu'ils reviennent, je veux qu'ils y trouvent du plaisir, dans la difficulté. Donc, fatalement, à un moment donné, je leur dis, ok, prépare tes affaires, et puis, faut qu'ils disent au revoir à tout le monde, etc. Et des fois aussi, les autres font que, ah non, regarde, il reste plus que 8 heures, c'est dommage, allez, on prend toi, et ils reboostent la personne. Et puis des fois, bah non. J'essaye de... de le mettre devant l'évidence que lui, il va y arriver, il n'y a pas de souci. Et puis, je vais essayer de trouver les moyens qui tiennent et qui s'oublient lui-même, qui s'écoutent un peu moins. Parce que des fois, on se dit, je ne pourrais plus avancer.
- Speaker #1
Ça fait mal de sortir de son confort.
- Speaker #0
Et puis des fois, les gens se rendent compte de leur réalité. C'est-à-dire qu'ils se croyaient très forts, et puis du coup, ils n'ont rien dans le coffre. Et là, ça fait mal au moral, ça.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui est le plus dur ? Il doit y avoir des gens qui doivent avoir des phobies, les araignées, le mental qui lâche. Qu'est-ce qui est la plus grande difficulté pour toi dans les stages ? Alors,
- Speaker #0
moi, le plus dangereux pour moi, c'est un stagiaire qui a un très, très gros mental. Parce que pour moi, le mental est plus fort que le physique. Une image, tu regardes l'arrivée des ultra-trails, des marathons, etc. Maintenant, de moins en moins, les gens sont de mieux en mieux préparés. Mais il y a quelques années de ça, tu voyais quelqu'un qui arrivait, mais... titubant, avec les jambes complètement désarticulées, il tombait, il voulait finir à quatre pattes, tout ça. Le corps lui disait stop, j'en peux plus. Mais le mental était encore plus fort que ça. Le mec, il finissait en rampant, mais il finissait. Quitte à en mourir, il finissait. Le mental était beaucoup plus fort et le mental est beaucoup plus fort que le physique. Donc quelqu'un qui arrive remonté à bloc, mais qui n'a rien encore, c'est plus dangereux que l'inverse.
- Speaker #1
Tu penses que les gens et notre société actuelle a besoin de se reconnecter un peu à la nature. et de justement revoir ces difficultés mentales et physiques ?
- Speaker #0
Alors moi, quand j'ai commencé les stages de survie, je ne pensais pas pouvoir véhiculer ça. La reconnexion à la nature, le rechintage avec nos ancêtres, tout ça. Et si au fur et à mesure des stages, je me suis aperçu que les gens avaient besoin de ça. Et la plupart du temps, les gens me disent « Ouais, j'ai refait du feu comme à la préhistoire en frottant deux morceaux de bois. » On s'est coupé de nos ancêtres, on s'est coupé de la nature, on s'est coupé... des de la pachamama mais en très peu de temps la modernité fait qu'on a une vie mais on vit dans le luxe suprême on à la clim on a le chauffage on a le frigo on a avec un peu d'argent on peut s'acheter plein de choses pour pouvoir tenir c'est la vie est très très facile quoi qu'on en dise et malgré tout bas on est anxieux on a peur de l'avenir et c'est Bon, ben voilà, si on a peur de l'avenir, si on a peur de soi-même, de l'autre, on se reconnecte avec ce qu'on savait faire avant, ce que nos ancêtres nous ont transmis, etc. C'est toujours bien, à un moment donné dans la vie, c'est viscéral, il faut qu'on revienne à la base, il faut qu'on revienne à la terre. On vient tous de la terre. Et de vivre hors sol constamment, ça ne marche pas. À un moment donné, on pète un câble. Et se réancrer, comme dirait, on est dans le sud-ouest, à un moment donné.
- Speaker #1
À un moment donné.
- Speaker #0
se réancrer avec la terre, avoir les ongles noirs le dimanche soir quand on sort du stage, d'avoir refait des gestes ancestraux, d'avoir goûté des plantes sauvages, comestibles ou qui te soignent, etc. Et bien, ça te fait beaucoup plus apprécier ta vie moderne. Tu relativises beaucoup plus. Alors, ça dure un petit moment, mais ça fait du bien. Ça reconnecte avec vraiment l'essentiel.
- Speaker #1
C'est intéressant ce que tu dis par rapport aux ancêtres, de reconnexion à nos ancêtres. Est-ce que tu vois justement des gens qui ne connaissent rien en survie et qui ont un instinct qui prend le dessus et qui arrivent justement à trouver des solutions par eux-mêmes, qui ont peut-être même ce côté de prédation, une chasse ou autre ?
- Speaker #0
Alors moi, j'ai vu un Bordelais une fois qui n'avait jamais vu l'océan de sa vie. Bordeaux l'a emmené à trois quarts d'heure, même pas. Même pas. Le Porsche est à 30 minutes, 35 minutes. Il n'avait jamais été à l'océan. Donc magie, je l'amène en Bordeaux. L'exotisme total. Le mec, première question, il me dit « Mais attends, tu sais quoi ? La différence entre un pain et un chêne. » « Ouh, je me suis dit toi, reste à côté de moi, prends des notes, et puis pose-moi toutes les questions que tu veux. » Ah, il a été pénible, il m'a posé 2000 questions dans le week-end. Mais tout compte fait, il les a posé les questions. Il n'avait pas peur de les poser les questions. Donc, il a refait un peu son éducation, on va dire, rurale en un week-end. Il a refait tout ça. Il a rattrapé le retard. Mais c'était beau à voir parce que le mec, il a osé poser les questions. Et sur les 2000 questions qu'il m'a posées, il y en avait peut-être 20 qui étaient très intéressantes pour l'ensemble du groupe. Mais le groupe n'osait pas trop les poser parce que tu as peur. Tu sais, en France, on a peur de poser des questions. On a peur de passer pour le con de service. On nous a appris ça en classe. Et là, lui, il osait. Il osait, il osait, il osait. Donc, il a nourri tout le groupe. Tout compte fait, son utilité pour le groupe, c'était ça. C'est de poser des questions et puis moi, j'apportais les réponses que je pouvais apporter. Oui, il y a des gens qui se révèlent. Souvent, les filles. Les filles s'imposent des barrières. Elles se disent, non, moi, je ne peux pas y arriver. Je suis une fille. Je ne sais pas faire ça. c'est un truc de mec. À... à se mettre des barrières infranchissables parce qu'elles sont une fille, parce qu'on les a éduquées comme ça, etc. Et là, non, elle a ses chevaux. Elle a à se rendre compte qu'un petit bout de 45 kilos, j'ai eu dernièrement une nana, elle faisait 45 kilos, elle me disait, un petit bout de femme, tu leur donnes l'équivalent d'une pomme à manger dans la journée, elles, elles n'ont pas faim. Ça y est, elles ont mangé ce qu'il fallait. Elles sont même contentes parce qu'elles vont avoir leur entreplat pour l'été, nickel, elles vont migrer un petit peu. Mais ils ont une pêche d'enfer, c'est une petite mécanique. Je leur dis, vous, vous avez un moteur de deux chevaux, quoi. Tout en rondeur, et puis, voilà, vous êtes souple dans les virages, vous ne faites jamais un tonneau. Là, le grand mec, le rugbyman, il fait du... C'est une Ferrari, le mec. Ah, il est beau, c'est un statut grec, c'est sûr. Mais il faut qu'il mange 5000 calories tous les 24 heures, autrement, il ne tient pas. Et 24 heures après, tu vois, le mec, il est complètement éteint, il n'en peut plus, il a faim. Et puis, il a des boules parce que toute la grande fête qu'il a faite la semaine, il va la perdre pendant le week-end parce que je ne lui donne pas à manger. Il n'a pas cherché, il n'a pas trouvé suffisamment à manger pour pouvoir tenir dans l'état dans lequel il est. Donc, tout compte fait, les femmes se révèlent.
- Speaker #1
Que penses-tu de la chasse et est-ce que tu penses que ça peut être un prolongement du bouffe-craft, de la survie ?
- Speaker #0
C'est clair qu'un chasseur peut tomber dans une situation de survie beaucoup plus souvent que quelqu'un qui ne chasse pas parce que le chasseur passe... pas mal de temps dans la nature, donc si jamais il se retrouve tout seul, isolé, sans moyen de communication, il va falloir qu'il trouve des solutions. Donc j'ai pas mal de chasseurs qui viennent dans ce stage. Après, moi je m'entends bien avec les chasseurs de là où on fait les salles de survie, ils m'ont appris beaucoup de choses sur les traits animaux, le pistache, tout ça, j'en apprends encore. Je n'ai aucun souci avec ça, on partage le même terrain de jeu, on va dire. Après, pour être vulgaire, Moi, je considère que dans une société, il y a plusieurs points de vue. Et si on veut opposer, encore une fois, alors que dans certains pays, c'est la même chose, mais si on veut opposer les écolos avec les chasseurs, en France, on aime bien ça. Il y a autant de cons chez les écolos que chez les chasseurs. Le problème, c'est que le con chasseur, il est armé. On vaut mieux être amis avec lui. C'est ce que je dis aux écolos. Mais partant de là, moi, j'ai plutôt de très, très bonnes relations avec le monde de la chasse. et puis Factuellement, oui, certes, il n'y a plus assez de chasseurs. Il y a un problème de déséquilibre entre certaines espèces animales et le nombre d'animaux prélevés. Après, il faut que tout le monde trouve sa place, en définitive. Moi, honnêtement, je préfère voir un renard qui gambade ou un sanglier passé vivant que... que mort. Après, paradoxalement, le sanglier ou le chevreuil, j'aime bien l'avoir en broche aussi. Donc, voilà, il faut assumer aussi. Moi, ce que j'aime bien faire passer comme message aux clients, c'est que il y a des gens qui sont contre la chasse. Apprenez à les connaître. Moi, je préfère beaucoup plus la chasse à l'arc. Je connais très bien les chasseurs, les derniers chasseurs cueilleurs d'Afrique, les Hadzabés. qui chassent à l'arc, ils chassent pour manger. Vraiment, là, s'ils ne chassent pas, ils ne bouffent pas. Donc, je dois retirer mon chapeau parce qu'il faudrait voir les arcs. D'ailleurs, les clients peuvent venir avec moi en Dordogne. J'ai ramené un de mes arcs que j'ai fabriqué chez eux, etc. Et on tire sur une cible à 20 mètres, sur un lapin en mousse. Et pour chasser un élan ou un coup doux avec ce genre de flèche, respect total. Et ils y arrivent. Je préfère vraiment ce type de chasse qui me... rapproche du monde de l'Indien, je ne sais pas si tu te souviens, que chasser avec un fusil. Après, je comprends très bien aussi qu'on puisse avoir un fusil aussi, mais ça me fait moins peur quelqu'un que je croise dans la forêt avec un arc, même s'il est à poulies, qu'avec un fusil de calibre 12 avec une Brennex. Une Brennex, ça peut faire très mal. Mais après, partant de là, bientôt j'ai la réunion de chasse de mon secteur. pour avoir les tendances, pour apprendre, pour me montrer aussi. On s'apprécie. Il n'y a pas de tout silence. On se partage. Dès que je suis à un stage, dans un coin où je sais qu'il y a de la chasse, je téléphone au président de la société de chasse. Il me dit « Ok, d'accord, on ne viendra pas là. On sait que tu es là. » On se partage. L'important, c'est la communication. Il faut se parler.
- Speaker #1
Je suis chasseur à l'art. Et c'est trop bien. C'est trop bien parce que j'apprends vraiment à connaître la nature, à aller au contact des animaux. Je fais des sorties, tu vois, une dizaine, une quinzaine d'animaux. Tu ne peux pas tous les prélever, mais tu ne vas en prélever qu'un. Tu vas le travailler, tu vas essayer de ne pas refaire ses ruses. Et quand tu le tues, paradoxalement, c'est un peu triste. Moi, je suis triste quand je le tue, mais par contre, je suis fier.
- Speaker #0
Pour moi, mais ça n'engage que moi, je pense, mais quand on est tireur à l'arc, chasseur, on se rapproche beaucoup plus du match 50-50 les ruses de l'animal, son intelligence, et nous, notre arme, et notre intelligence aussi. On est plutôt à égalité, donc c'est plus intéressant pour moi. Après, je comprends très bien que quand la FED te dit de chasser, de prélever 85 sangliers, parce que on est envahi, alors que l'année dernière, il y en avait 30 à prélever sur le territoire, parce qu'on n'en sort plus, qu'avec l'arc, etc., on soit un peu déficit, on ne va jamais y arriver. Donc c'est sûr qu'avec les fusils, ça va beaucoup plus vite. Quoique, je ne sais pas. Mais voilà, donc je comprends très bien. Mais ce que je voulais dire aussi, et important, c'est que j'ai beaucoup de clients qui viennent et qui disent « Ah non, les chasseurs, viandards, mauvais chasseurs, bon chasseur, pas... » Tout ce qu'on entend tout le temps. Et je dis « Mais tu manges de la viande ? » « Bah oui, mais tu sais d'où elle vient la viande ? Comment elle a été élevée, etc. » Parce que le sec haché, il ne pousse pas sur les arbres. Donc voilà, il faut assumer aussi de manger de la viande, de prélever l'écorché. de le vider, de le préparer, de le faire cuire et de le manger, tu sais d'où l'animal vient et tu retisses un lien aussi avec la nature en faisant ça. Parce que moi, je préfère manger quelque chose dont je sais la provenance et d'où il vient, il a une belle vie, sauvage, etc. Il a bien vécu que de manger une vache de réforme ou alors un poulet qui a été élevé en batterie en 30 jours, ou en 25 jours. À l'autre bout de l'Europe. et qui n'a jamais vu le soleil de sa vie, qui a été élevé sur du grillage, qui n'a jamais planté le bec dans la terre, et puis qui se vend en nuggets, on ne se prend même plus le coup, même plus si c'est des poussins ou si c'est du poulet. Tout se discute, mais tout se comprend aussi, ça remet les choses à leur place aussi. Ou alors, il faut assumer, j'hésite à rien.
- Speaker #1
Tout à l'heure, on parlait de l'instinct de prédateur, de nos instincts un peu primaires. Juste pour te dire que moi, quand je chasse à l'arc, j'ai une montre qui prend mon rythme cardiaque. Quand je dors et quand je suis au repos, je suis entre 65 et 70. Quand je chasse à l'arc et que je fais une approche sur un chevreuil, que je vais approcher très lentement, à pas de loup, il m'arrive de descendre à 30, 32 battements par minute. Donc t'imagines, je pense que c'est vraiment en nous aussi. Cet instinct tout à l'heure que tu disais, primaire de la préhistoire, c'est pas si loin.
- Speaker #0
Mais après, alors là, je... J'extrapole, mais il faut admettre aussi l'échec. Et dans notre société, on n'est pas forcément échec. Et quand tu chasses à l'arc, quand tu fais une approche, etc., il y a 9 chances sur 10 que l'animal parte avant ou ne soit pas positionné comme il faut, etc. Et ça, les gens, ils n'ont plus l'habitude de l'échec. Il faut tout de suite réussir. Un échec, c'est le monde des lacs qui disait ça, je ne perds pas, j'apprends. Un échec sert à apprendre les choses. Moi, ça m'est arrivé de participer à des chasses avec les Hadzabés, ces fameux chasseurs-cueilleurs d'Afrique, les derniers d'Afrique. Il y en a qui disent du monde. Moi, je pense que c'est d'Afrique. Il y en a d'autres que je connais qui sont encore des chasseurs-cueilleurs. Bon, ils ont un taux de réussite monstrueux par rapport à moi. Mais on va dire un animal dans un rayon de 30 mètres, ils ont une chance sur cinq de l'avoir. Moi, c'est une chance sur 20. 30 mètres à l'arc. Avec un arc, c'est un morceau de bois petit peu tordu. L'essence du bois, c'est un congolo, tu diras. Si tu peux faire un bon arc avec ça, ils arrivent, ils bandent l'arc comme ça, ils tirent, ils ne visent même pas. Ils prennent un 3 doigts quand même. Mais alors, ils bandent comme ça, et ils sont là. Comme ça, tout ce qu'il ne faut pas faire. Boum, dans le mille. Bon, respect. Je ne sais pas comment ils font, mais ils ont dû naître avec un arc dans les mains. Donc voilà, mais je pourrais en parler des heures. Je délègue pas mal de stages qui sont encadrés par mon équipe. Une fois que je les ai faits 3-4 fois, je me suis dit tiens, toi tu as voyagé dans ce pays, viens avec moi la prochaine fois et puis ça sera pour toi le stage, tu l'encadreras. Les hadzabés, je me les garde quand même.
- Speaker #1
Quelles sont les choses les plus dangereuses que tu aies vues par rapport à la faune et la flore ?
- Speaker #0
Il y a peu de temps de ça, avec ma femme et mes enfants, on s'est fait charger par un éléphant en Ouganda. Ça a duré que quelques secondes, mais le truc qui fait 6 tonnes qui t'arrive dessus, tes trois pattes, c'est impressionnant. C'est impressionnant, c'est un bus qui arrive là. Mais parce qu'on était trop près. Il nous a vus, il a écarté les oreilles, il a commencé à barrir et puis à balancer la tête. Et puis à un moment donné, on n'a pas compris. Et il a commencé à nous penser dessus. Bon, là, on a vite compris qu'on était trop près. J'ai eu très peur un jour. C'est la première fois que je dis ça. C'était au Sri Lanka. Ma femme avait vu qu'il y avait une super cascade, ce qu'on va voir toujours dans les endroits un peu reculés, voir si on peut y faire quelque chose, s'il y a moyen de monter un tableau de survie dans cette région, s'il y a des tribus ou des communautés qui possèdent encore des techniques très anciennes, etc. Et là, elle m'avait dit, il y a une super cascade dans le coin, il faut y aller. Il y avait un chemin qui allait avec le GPS, on essaye, on essaye. Et à un moment donné, oui, on arrive à la cascade. Sauf qu'on était au-dessus de la cascade. Et là, il y avait une chute de 100 mètres au moins. Au moins, je ne sais pas. Et là, ma fille décide de... Mais je vais aller voir. Et là, je ne sais pas pourquoi, mais la panique. J'ai eu peur pour elle. J'ai eu le vertige pour elle. Alors, comment je ne venais pas ? Mais là, que ce soit ma fille, je ne sais pas, elle avait 15, 16 ans, qui s'avance trop. Elle était trop près. Mais alors, j'ai cru mourir. J'ai cru mourir. Alors qu'elle n'avait pas pris de risque. Tiens, Paul, tout allait bien. Regardez, voilà, la hauteur du truc. Mais moi, j'étais en retrait, mais il a fallu que j'aille la voir, que je lui tienne la main, reviens, reviens, et j'en pouvais plus. Je suis au bout de ma vie. Et c'est la première fois et la dernière fois que ça m'a fait cette sensation. Ça vient de me... Je raconte jamais ce truc-là, mais ça vient de me ressortir. Après, j'ai perdu mon fils dans le désert du Namib, en Amélie. On explorait une zone, et puis il avait 13-14 ans. Alors tu chasses pas avec un chien parce que t'es à l'arc.
- Speaker #1
J'en ai un quand même pour ma compagnie de temps en temps.
- Speaker #0
Tu vois quand tu vas te balader avec ton chien, il va à droite, à gauche, machin, il est jamais avec toi. Quand t'as un ado c'est pareil, tu marches jamais assez vite, tu vas jamais où il faut, il va, il vient, machin, mais toute la journée il nous a fait ça. Et puis à la fin de la journée, bah ça y est on avait vu la zone, il est super, je peux faire ça avec les clients là, là, là. Bon c'est bon on rentre au 4x4 quoi. Et Alexis il est où ? Ah il est là-bas loin. Alexis, reviens, reviens, on rentre au 4x4. Lui, il nous répond, on va attendre, il ne revient pas. Ça prend 10 minutes, un quart d'heure, il ne revient pas. Bon, je vais à l'endroit où je l'ai vu, pour voir ses traces, pour voir où il est parti, pour savoir s'il lui est arrivé un problème sur le chemin, les 10 minutes de marche qu'il y a. Tu vas au dernier endroit où tu l'as vu, pas de traces, puis alors dans les dunes, c'est compliqué les traces. C'est un zèbre, c'est un oryx, c'est Alexis qui est passé par là. Et donc je reviens voir ma femme, je lui dis, là je ne sais pas où il est. Donc il y a une grande chance qu'il soit rentré dans la forêt, il y a une forêt désertique là où on va, et qu'il rejoigne la rivière à sécher pour rentrer, mais il y a une chance sur cent qu'il se casse la gueule, qu'il croise une panthère, il y a une panthère, il y a des hyènes, il y a plein d'épineux, il n'a pas de téléphone, il n'a pas d'eau avec lui, il est en short. basket, c'est pas possible ça on va se séparer en deux tu prends la route qu'on voulait prendre pour rentrer tu fais des traces partout sur le sol et moi je rentre dans la forêt et j'essaie de le retrouver j'ai sillonné la forêt pendant une heure, une heure et demie et c'est très long pareil, à un moment donné, la nuit commence à tomber j'y arriverai pas je vois pas, j'ai beau crier son nom il me répond pas, j'y vois de moins en moins je rentre au 4x4, je préviens les secours et puis je reprends le... Le lit de la rivière a séché, c'est que du sable, c'est très dur à marcher dans le sable, tu les rates un peu. Et puis là, je vois au loin deux silhouettes, je regarde bien, c'était ma femme qui l'avait retrouvée. Et il s'est excusé. Je lui dis, c'est peut-être un petit peu trop tôt là, il faut que je digère. Mais là, oui, c'était vraiment une situation où c'était tendu pour moi. Parce que j'avais perçu que ça pouvait battre. Lui, il ne s'en est pas aperçu. Ma femme, peut-être pas. Mais moi, je savais qu'il y avait une chance sur cent. Ça se passe mal, là, ce qu'il avait fait. Et quand elle avait traversé l'endroit le plus large de la forêt, il me dit, je ne pensais pas que c'était si large. Ben oui, mais moi, je l'avais vu que c'était si large. Et qu'il pouvait vraiment dévier, se perdre, et puis faire des mauvaises rencontres.
- Speaker #1
Comment tu arrives à concilier ta vie de famille avec ton entreprise, tous tes voyages ?
- Speaker #0
Alors, pour moi, c'est clair, tout est lié. Comme je te l'ai dit tout à l'heure, je ne travaille jamais ou je travaille toujours. Je ne ferme pas la porte à 6h le soir du bureau. Le siège social est au bout de la maison. Deux pièces dédiées à l'entreprise. Ma femme, c'est un peu plus dur pour elle. Elle a besoin de couper. Après, mes enfants sont nés dedans. Mon fils a un mois. Il était en Tunisie. Il a voyagé comme nous, un peu à la route. Ma fille a 25 ans maintenant. Elle travaille avec nous depuis le mois de septembre dernier. Agir rigoureux. les entreprises, les demandes un peu spéciales. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle a toujours voyagé. Pour elle, c'est normal. Donc, quelque part, moi, je vis très bien. Après, ça ne correspond pas forcément à tout le monde. Mais c'est, comme je le redis, c'est un métier passionnant. On ne compte pas 16 heures. Des fois, on ne travaille pas pendant 2-3 jours alors qu'on est en semaine et il faudrait. Et puis, d'autres fois, on passe... pas mal de week-ends au téléphone ou devant l'ordinateur ou carrément dans la forêt. Moi, je vis, je dors une petite centaine de nuits par an dans les bois, dans la nature. Donc, voilà, c'est autant de nuits que je ne suis pas avec ma femme. Mais bon, apparemment, ça ne le dépêche pas, ça lui fait un peu de répit. Mais non, non, moi, ça me va. C'est ma façon de voir la vie.
- Speaker #1
Ok. J'ai un petit jeu à te proposer. Alors, c'est très simple. Je vais te donner un objet, tu vas devoir choisir après entre les différents objets, celui que tu gardes. Il y en a 20, l'objet qui te semble le plus utile en survie. On commence avec un savon biodégradable ou alors un carnet avec un crayon.
- Speaker #0
Je peux développer ma réponse ou pas ?
- Speaker #1
Oui, vas-y, bien sûr.
- Speaker #0
Bon, moi j'ai une proportion à supporter la crasse assez exceptionnelle. Donc je prendrais le carnet et le crayon. Parce qu'en survie, on peut donner plein d'informations à nos... supposer ce cours qui pourrait arriver si tu décides de changer d'endroit, etc. Tu peux laisser plein d'indices, tu peux dire dans quelle direction tu es parti, etc. Donc, un crayon, c'est bien utile.
- Speaker #1
Un carnet et un crayon ou une moustiquaire ?
- Speaker #0
Alors, la moustiquaire, ça dépend où tu te trouves. Mais la moustiquaire, tu peux jouer à MacGyver avec cet outil-là. Ça peut te permettre de ne pas être piqué par les moustiques, l'animal le plus dangereux du monde, je précise. Et puis, ça peut se servir de filet pour... attraper des poissons ou des choses comme ça. Ça m'est déjà arrivé et ça marche pas mal. D'ailleurs, je vais m'en servir dans une quinzaine de jours sur une plage en Calaislande.
- Speaker #1
Donc tu prends la moustiquaire ?
- Speaker #0
La moustiquaire,
- Speaker #1
oui. La moustiquaire ou une scie pliante ?
- Speaker #0
Non. Ça dépend où on est aussi. Si on est dans le Périgord, il y a du silex, on peut fabriquer un couteau. Pas facile. Une scie, allez, vas-y.
- Speaker #1
La scie ou la trousse de secours ?
- Speaker #0
Bah, je vais pas te dire. Toujours des capas. Non, la cipliante, toujours.
- Speaker #1
La cipliante ou des allumettes ?
- Speaker #0
Non, cipliante.
- Speaker #1
Je m'en doutais. La cipliante ou un sifflet ?
- Speaker #0
Non, cipliante.
- Speaker #1
Cipliante ou des rations de survie ? On va dire quatre rations de survie.
- Speaker #0
Rations de survie style militaire ?
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Bah... Est-ce qu'ils ont des cachetons pour purifier l'eau ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Ben non, alors la cipliante toujours.
- Speaker #1
Cipliante ou des vêtements techniques ?
- Speaker #0
Bon, cipliante.
- Speaker #1
Cipliante ou un sac étanche ?
- Speaker #0
Ben, ça dépend, si on n'a rien pour mettre dedans. Donc, je suis toujours la cipliante.
- Speaker #1
Cipliante ou une boussole ?
- Speaker #0
Non, cipliante.
- Speaker #1
Cipliante ou couverture de survie, le terme ?
- Speaker #0
Ça dépend aussi, hein. Plein de choses. Mais non, je suis toujours à 6 pliantes.
- Speaker #1
6 pliantes ou un tarc ?
- Speaker #0
6 pliantes encore.
- Speaker #1
6 pliantes ou pas à corde ?
- Speaker #0
Non, 6 pliantes.
- Speaker #1
Là, je vais te faire douter. 6 pliantes ou couteau ?
- Speaker #0
Couteau.
- Speaker #1
Couteau ou langue frontale ?
- Speaker #0
Couteau.
- Speaker #1
Couteau ou briquet ?
- Speaker #0
Couteau.
- Speaker #1
Couteau ou gourde ?
- Speaker #0
Ah, contenant, alors... Les fameux stages biticouto, on ne prend pas de contenant. Donc dans la jungle, c'est assez facile, mais en France, c'est pas facile de faire un contenant.
- Speaker #1
Gourd d'inox. On te fait hésiter.
- Speaker #0
Stoloniak ? Non, couteau quand même.
- Speaker #1
Couteau ou un système de filtration d'eau.
- Speaker #0
Non, non. Ah ouais, alors attends, si j'ai pas de contenant... Ah, ça devient de plus en plus complexe parce que ça s'enchaîne. Donc si j'ai un couteau, je peux faire un contenant. Maintenant, pas terrible avec le peu de trucs qui me restent, des fringues, des choses comme ça. Et donc, je peux faire du feu assez facilement. Je peux faire bouillir l'eau. Je garderai un couteau.
- Speaker #1
Couteau ou pierre à feu ?
- Speaker #0
Couteau.
- Speaker #1
Bon. Il faudrait un couteau, du coup. Ça serait ton objet indispensable, selon toi, dans la survie ?
- Speaker #0
Non, moi, je dis aux gens... Alors, attends, je vais te dire ça. Si j'ai un couteau, j'arriverai à faire pas mal de choses avec. Parce que j'ai l'habitude, etc. Et le savoir-faire que j'ai, encore une fois, il n'y a rien d'exceptionnel. Tout le monde peut y arriver. C'est comme n'importe quel métier. Il faut s'entraîner, il faut bûcher, et puis on y arrive. On arrive à avoir un certain niveau. Mais moi, les gens, je leur dis, partez jamais en randonnée ou dans la nature sans avoir votre fond de sac. C'est un truc qui fait un kio. C'est une bâche, deux sur trois, achetez n'importe quel magasin de bricolage. Voilà, à 5 euros. C'est un couteau, c'est des pastilles pour purifier son eau, un petit filtre pour... purifier son eau aussi. Parce que ça pèse rien. Il faut avoir tout ça dans son fond de sac. Puis trois sortes de feux. Le briquet, le fire steel, et puis une loupe souple. Ça va très bien comme ça. Si le briquet ne marche pas, parce que le briquet peut ne pas marcher, si il y a du soleil, vous pouvez faire du feu assez facilement avec votre loupe. Et puis, le téléphone. Excellent outil de survie. Ce téléphone pour téléphoner au secours. Tout bêtement. Et un couteau, bien sûr. Voilà. Et le tout fait que... Ça pèse un kilo et on ne tombe jamais en situation de survie.
- Speaker #1
Il y a des clients, des fois, qui t'ont dit ou qui t'ont importé des objets qui n'avaient aucun sens en survie.
- Speaker #0
Ah ben, ouais, ouais, tout le temps. Tout le temps, ils arrivent avec leurs gadgets, là, des trucs, vous savez, c'est les couteaux où il y a les manches creux, là. Ils arrivent avec une scie comme ça, ils ne savent pas s'en servir. Enfin, voilà, ça se casse au bout du troisième clic, tac, ça se casse. Ils viennent avec un petit truc. pour affûter leur couteau qui est grand comme ça, on ne peut rien faire avec. Ils viennent avec plein de petits gadgets. Mais en réalité, la grande leçon, c'est qu'on a peur de ce qu'on ne connaît pas et on se rassure avec nos objets. Le meilleur objet le plus rassurant du monde, c'est notre téléphone. Toujours connecté aux autres, aux gens, au monde. Voilà, et ça... Mais il y a plein de gens qui viennent avec leur doudou, quoi. Dont ils ne se séparent jamais. Il y en a qui viennent avec des oreillers, il y en a qui viennent... Il y en a un, il est parti en stage un jour avec un billet de 50 euros. Il l'a perdu. Mais qu'est-ce que tu voulais foutre avec 50 euros ? Ils nous ont tout perdu dans la forêt. Parce qu'ils croient que ça va leur servir. Mais non. Mais en réalité, ça les rassure.
- Speaker #1
Parce que toi, tu as justement un petit objet dont tu ne te sépares pas.
- Speaker #0
C'est mon couteau. C'est un couteau style couteau suisse. Il n'y a pas beaucoup d'outils dessus, mais il y a tout ce qu'il fout. et ciao Non, mais il y a tout ce qu'il faut. Il y a une belle lame, il y a une belle scie, il y a un bon poinçon, il y a deux, trois outils qui me servent toujours. Et puis, c'est le couteau que Markham m'a offert. Il est dans une petite pièce, on n'offre jamais un couteau comme ça. Il y a 25 ans. Il est toujours dans la poche.
- Speaker #1
Est-ce que tu te souviens de ta toute première expédition ?
- Speaker #0
Alors, expédition à l'étranger, vraiment la plus longue, ça a été quand j'ai fait le tour de l'Europe à pied.
- Speaker #1
Tu peux nous en parler un peu plus ?
- Speaker #0
Alors j'avais, pour faire vite, c'était l'année d'après que le mur de Berlin soit tombé. Donc le mur de Berlin est tombé en 1989. J'ai fait une saison d'animation vraiment trop longue. C'était à Biarritz, là je me rappelle, dans un centre de vacances, où quand t'es animateur, tu te payes les vieux, les anciens avant-saison, au mois de mai, mai-juin. Après t'as les familles au mois de juillet, avec les gamins qui gueulent, tout ça, machin. Après au mois d'août... tu as les Aoussiens, les bourrins, entre guillemets, je schématise, je caricature. Et au mois de septembre, on revue. Et là, tu n'en peux plus, tu es fatigué. Les anciens, ils ne sont pas patients, ils ne comprennent rien, ils ne vont pas vite. Ils ne me disent pas bonjour, ils ne disent pas merci. Je caricature aussi. Mais là, tu fais un câble. Et donc, je dis, je prends mon sac à dos, je vais dans la nature, je n'en peux plus. Mais j'ai eu, j'étais à Berit, je me suis souvenu que le mur de Berlin était tombé l'année d'avant. Et à l'époque, on ne savait pas, il n'y avait pas Internet, tout ça, on ne savait pas ce qui se passait de l'autre côté du mur. C'est un grand fantasme, on ne savait pas. Je suis allé voir de l'autre côté du mur ce qui se passe, comment ils vivaient, quel est le paysage là-bas et tout. Et je suis parti sur les chemins, à dormir dans les bois, à plus vouloir voir quelqu'un. J'ai saturé de l'être humain. Chaque fois que j'avais quelqu'un passer, je me disais, j'espère que je ne vais pas avoir à parler, parce que comme tu le constates, je parle beaucoup. En tant qu'animateur, tu te parles tout le temps, tout le temps, tout le temps, tout le temps, j'en pouvais plus. plus voir quelqu'un, donc je bivouaquais dans les bois, comme ça, en ermite, et puis je montais, je montais, je montais... Tu es parti à pied ? À pied, voilà. Et puis après, une fois que j'ai vu l'autre côté du mur, j'ai continué. Les pays du Nord, Pologne, tout ça, Roumanie, puis je suis redescendu sur la Baltique, j'ai calé un peu en Albanie, on ne pouvait pas y rentrer, donc j'ai contourné, j'étais en Italie, je suis revenu en Hollande, j'ai erré comme ça dans l'Europe, et progressivement, je me suis re-sociabilisé quand même. J'ai réappris à apprécier l'être humain. C'est là que je me suis aperçu 10 personnes, il y en avait une qui voulait peut-être du mal, mais les 9 autres te donnaient... Et j'ai vécu des histoires humaines incroyables. Je suis revenu chez mes parents, mais remonté à bloc. Je me suis dit, l'homme, l'être humain est bon tout comme ça.
- Speaker #1
Que recherches-tu justement quand tu pars comme ça, faire des explorations, quand tu...
- Speaker #0
Alors moi, c'est clair, je vais dans un coin où les gens ne vont pas forcément, les touristes, etc. Et puis je vais au bout des routes, puis quand il n'y a plus de route, il y a un chemin. Bon, je vais au bout du chemin, puis quand il n'y a plus de chemin, il y a un sentier. Je vais essayer d'aller au bout du sentier. Et des fois, au bout du sentier, il y a un paysage de malade, où tu rencontres quelqu'un incroyable, et qui t'apprend beaucoup de choses, qui te ressource, et tout compte fait, la magie opère. Et c'est notre source de développement, ça. Donc il faut le temps. Il faut le temps parce que des fois, la plupart du temps, tu te trompes. Tu es au bout du sentier, là, tu as une décharge, ou tu as quelque chose qui ne te plaît pas, ou tu n'as rien. Ah mince, tu fais demi-tour et tu as perdu deux jours. Mais tout comme ça, tu as tenté le coup. Tu ne regrettes rien, parce que tu as été au bout du bout, tu as gratté, tu as gratté, tu as gratté. Et puis tant pis, ça n'a pas marché. Et puis tu réessayes un autre truc, un autre sentier, puis tu grattes. Et puis là, waouh, c'est fascinant et tout. t'apprends et t'es bien et tu restes 2-3 jours dans ce coin-là, parce que tu creuses encore, tu te sens bien. Et pour moi, c'est ça le voyage. Le voyage, c'est d'aller au bout des chemins, au bout des sentiers, et puis des fois, la magie, elle opère. Et puis, bizarrement, c'est... Alors les gens, ils disent souvent, « Ah, t'as du bol, toi ! T'as du bol ! » T'as toujours de la chance. Ouais, non, mais la chance, j'ai juste provoqué. Et des fois, ça marche, et des fois, ça marche pas. Ça marche pas la plupart du temps. Mais des fois, quand ça marche, ben tu dis ouais j'ai eu de la chance ben non
- Speaker #1
tu l'as provoqué la chance tu as été dans 83 pays quelle est la plus belle chose que tu as vu ?
- Speaker #0
j'en sais rien j'ai vu plein de petites belles choses partout mais je vais te dire des grands trucs mais comme ça sans réfléchir le désert en Namibie là c'est un truc incroyable tu prends n'importe quelle photo ça marche C'est instagrammable. Les rencontres, c'est les hadzabés, franchement, les derniers chasseurs-cueilleurs d'Afrique, tu prends une grosse claque. Toi, tu appelles ça un stage de survie quand tu amènes tes clients. Eux, c'est leur vie. Donc là, ils vivent comme il y a 30 000 ans. Donc, d'avoir connu ces gens-là, c'est incroyable. Donc ça, c'est plutôt l'humain. Après, qu'est-ce que je pourrais te dire ? Voilà.
- Speaker #1
prends le temps d'observer la nature justement quand tu pars comme ça dessus. Je veux dire, tu te poses et tu regardes.
- Speaker #0
Moi, je suis capable de rester pendant une demi-journée, regarder une fourmi découper son petit bout de feuille et rentrer à la fourmilière. Dans un mètre carré, ça me va. L'aventure est partout, même là. Et puis après, les grands espaces, je ne sais pas, le Sahara, le Wadi Rum en Jordanie, c'est un des plus beaux déserts du monde. Il est assez petit, 400 000 hectares, mais tu as des paysages. Ils ont tourné Seul sur Mars, là-bas. Il y a des dunes rouges. C'est le désert de Laurence d'Arabie, avec plein d'histoires dedans. C'est incroyable. Petra, tu vois, on revient à Indiana Jones. Quand j'ai en Jordanie, mes clients, je leur dis, on ne peut pas aller en Jordanie sans aller voir Petra. Référence à l'Arche d'Alliance, etc. Ça, c'est l'une des merveilles. Pourtant, c'est de l'architecture, ce n'est plus de la nature. Ah si, les Waurani, je ne vous en ai pas parlé en Équateur, la plus grande forêt du monde. avoir des warrunners, rien que d'y aller c'est un voyage en soi parce qu'il faut deux jours et demi pour les atteindre t'as du bus, t'as du 4x4, t'as de la pirogue pour arriver au début du stage de survie. Et t'as des mecs qui t'accueillent en tenue traditionnelle, dans leur hutte. Bon, ils ont des pirogues à moteur, ils ont un petit groupe électrogène avec une ampoule. Ils prennent le meilleur de notre monde, quoi. Mais ils gardent le meilleur du leur. Et ils te racontent l'histoire quand les Blancs sont arrivés. Eux, ils savent encore quand ils ont vu les Blancs pour la première fois. C'est récent, c'est pas Christophe Colomb, c'est maintenant, quoi. Et le mec il te dit, voilà, la première fois que je l'ai vu, on leur a tiré dessus avec nos lances, ils sont passés avec leur avion, on tirait dessus avec la lance, on croyait que c'était la fin du monde quoi. Puis ils ont réussi à comprendre que c'est des êtres humains, pareil qu'eux, etc. Il y a toute une saga comme ça, là t'es au coin du feu, le mec il te raconte ça avec des gestes et tout, tu passes un moment de dingue au milieu de la plus grande forêt du monde, t'entends les haras, les tapirs. pêche le piranhas, incroyable, incroyable. Et ça,
- Speaker #1
pour bien expliquer à ceux qui nous écoutent, ce sont des formations de survie que tu proposes.
- Speaker #0
Oui, oui, oui. Alors là, moi, je mets juste les gens en situation, c'est-à-dire que je les amène à l'endroit où j'ai eu les yeux grands comme ça, le sourire jusqu'aux oreilles, et j'ai appris énormément de choses, même si je leur passe des techniques de survie dans la forêt, mettons, dans la forêt amazonienne. Après, ce que je sais, moi, en technique de survie dans la forêt amazonienne, Ce n'est pas le dixième que les Waorani connaissent. Des fois, tu as un petit gamin de 11 ans, de 8 ans, qui est pieds nus, t-shirt, short, et qui passe les 5 nuits et 6 jours du stage avec toi, et c'est lui qui t'apprend un truc. 10 trucs à l'heure. Il connaît tout de son environnement. Moi, je me mets juste en situation, je suis juste un passeur. Je les mets juste en contact avec ces gens-là qui m'ont tant appris.
- Speaker #1
Tu as vu la nature changer ?
- Speaker #0
Oui, je le vois assez souvent. Ce qui m'a le plus frappé en Amazonie, tu vois, les Waurani, c'est que j'ai vu des plantes qui existent en France, qui sont endémiques de l'Europe et qui sont arrivées en forêt amazonienne. Comme nous, on peut dire l'inverse aussi. Il y a des plantes qui sont américaines, enfin, la tomate, la patate. Et puis la datura, il y a plein de plantes sauvages qui colonisent nos forêts et nos champs qui viennent d'Amérique. L'inverse est vrai aussi. Et après, chez les hadzabés en Afrique, la saison des pluies n'arrive plus systématiquement à la même semaine. Ça se décale, c'est plus chanlant. Des fois, tu vas en saison sèche et il y a un gros orage. C'est bien, ça fait une bonne respiration dans la saison sèche. Et tu te dis, l'orage, il n'a rien à faire à cette période de l'année. Et puis, vis-à-vis de ça, en période de pluie, il peut faire très beau une journée. Alors que ça n'arrivait pas avant.
- Speaker #1
Il y a un détail dans la nature ou un animal qui te fascine, que tu adores observer ?
- Speaker #0
Alors, chez nous, dans nos contrées, c'est le béreau. J'adore. Je trouve qu'il est fascinant. Puis moi, il m'est arrivé un truc, dans mon périgord, les gens faisaient de l'orientation de nuit, et puis je leur avais dit, à minuit, vous rentrez, il y a trois boussoles à chercher, si vous n'avez pas trouvé à minuit, vous rentrez. À minuit et quart, il y en avait un toujours qui n'était pas rentré, bon, je me mets à aller le chercher. Et puis j'étais sur un chemin, un gros chemin assez large, dans la nuit, et puis je marchais pour aller en direction de la zone où il y avait le supposé client que je cherchais. et là tout d'un coup, dans ma langue frontale deux héros, mais deux jeunes, super beaux, blancs et noirs et tout. Les deux jeunes héros, donc ils sont un peu blous, ils s'arrêtent net, comme moi je me suis arrêté. Je les regarde, et puis ils se regardent comme ça. Alors j'ai supposé que c'était deux frères. Je me suis dit, qu'est-ce qu'on fait ? Puis ils me re-regardent, alors ils me voyaient pas sûrement. Dans ma tête, ils m'ont reconnu. N'importe quoi, comme quoi, le manque de nourriture des fois. Ils m'ont reconnu. Et dans ma tête, je me suis dit, tiens, ils ont dit c'est tribunal bon c'est pas le mec dangereux quoi Et ils se sont mis à remarcher. Et on s'est croisés, mais à un mètre. Quand ils m'ont croisé, ils m'ont regardé du style, mais j'ai cru qu'ils me disaient, « Salut, mec, salut, salut, bonne route, hein ? » Et puis hop, ils sont partis, tranquillos, quoi. Donc voilà, des fois, il y a des trucs qui se font dans la forêt. Incroyable. Alors après, c'est ma folie qui ressort un peu, parce que je ne pense pas que les réos aient pensé, mais ils n'ont vraiment pas paniqué. Ils ont marché tranquilles. « Salut, salut, mec, salut. » Voilà, c'est des petits moments comme ça magiques. Puis après, à l'étranger, il y avait un animal qui me résistait, c'était la panthère. Je n'avais jamais vu une panthère de ma vie. Pourtant, j'ai passé des heures et des heures à observer dans les réserves, etc. À chaque fois, la panthère me glissait entre les doigts. Non, je ne la voyais pas. Chaque fois, je voyais tous les animaux, mais... Et un jour, c'est cette année, on va dans une réserve où apparemment, il y avait des lions endémiques qui savaient grimper aux arbres. Des lions, là, c'est le seul endroit au monde où les lions savent grimper aux arbres. Et elles l'apprennent à leur petit, etc. On fait tous les arbres de la réserve, hein. Immenses arbres, on n'en pouvait plus. Pas un lion dans un arbre, pas un lion. Eh bien, on est tombés sur une panthère. Voilà. qui n'avait rien à faire ici, et on est tombé dessus. Donc ça a duré 10 secondes, et enfin j'ai vu ma panthère. La panthère, je trouve ça fascinant, c'est beau, c'est puissant, c'est discret, c'est royal, plus que le lion pour moi.
- Speaker #1
Quel message t'aimerais faire passer aux gens ? Qu'est-ce que t'aimerais qu'on retienne de toi ?
- Speaker #0
De moi, j'en sais rien. Mais le message que je voudrais faire passer aux gens, c'est que... Il ne faut pas avoir peur de la nature. La nature nous donne tout depuis la nuit des temps. Elle est hyper puissante. Elle nous survivra. C'est nous qui sommes fragiles, ce n'est pas elle. Donc si on sauvegarde un peu notre environnement, c'est notre environnement, ce n'est pas la nature. Si on sauvegarde la nature, on se sauvera nous. Et puis après, ne pas avoir peur en ses capacités de résilience. Et surtout, l'homme est bon. Ce n'est pas le chemin le plus facile. Mais il faut croire en l'autre. Si on croit en son prochain, c'est presque religieux le message. Pas du tout un gourou, mais si on croit en son prochain, il nous le rendra. Ce n'est pas le chemin le plus facile, je l'accorde. Le chemin le plus facile, c'est se recruglier sur soi-même, dire l'autre est un ennemi potentiel et moi, je garde tout ce que je possède. Non, partager, faut donner. Et puis, fatalement, on nous le rend. J'ai appris ça avec l'expérience.
- Speaker #1
Qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour la suite ?
- Speaker #0
Je ne sais pas que ça continue comme ça, qu'on ait plein de clients. J'ai les meilleurs clients de la Terre. Non, c'est vrai, j'ai une super clientèle, les gens sont sympas et j'ai le plus de chance possible avec eux. Un petit rêve, c'est que peut-être que ma fille reprenne la boîte. Ce serait plus vieux.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a des projets que tu souhaites encore mettre en place ? peut-être des voyages que tu aimerais faire ?
- Speaker #0
On est toujours en train de voyager et puis de mettre au point notre plus gros stage de l'année, toujours notre plus gros stage de l'année, qui est le Terra Inconita. Les gens payent et ils ne savent pas où je les emmène. On a inventé ça avant l'émission, en plus. Il est toujours plein et puis il faut toujours un gros travail de préparation parce que ils nous font confiance, c'est un gros saut dans le vide pour eux, donc on ne les emmène pas à Vesoul Nord. on va un peu plus loin toujours des grandes aventures donc il faut qu'on mette ça au point donc fatalement ça implique des voyages des mises au point des repérages un peu plus poussés que la moyenne pour les emmener et les transformer Que veux-tu dire aux gens qui nous ont regardés qui
- Speaker #1
hésitent à te contacter à peut-être se lancer dans l'aventure je pense qu'il y en a beaucoup Ben je mors pas
- Speaker #0
Non je suis quelqu'un de très sympa non je suis pas enfin tout le monde peut faire tous les stages il faut se mettre dans la tête que Tout le monde peut être capable d'aller du début à la fin d'un de nos stages, même le plus long, le plus dur. Après, ça sera peut-être moins facile pour ceux qui sont moins entraînés ou moins aguerris à l'inconfort, etc. Mais c'est faisable. Il n'y a rien d'insurmontable. Voilà. Donc, allez-y, venez.
- Speaker #1
Top. En tout cas, je mettrai toutes tes coordonnées dans la description. Un grand merci pour cette interview, pour le temps accordé. Je pense que tu as fait... C'est beaucoup de passion et d'informations à travers cette émission. N'hésitez pas à vous abonner, c'est super important. Je remercie également Timothée qui est derrière la caméra. Et moi, je vous dis à très vite pour une prochaine émission. Ciao !