- Marion Watras
Brest dans l'oreillette, le podcast qui révèle les dessous de l'art et des patrimoines de Brest.
- Nicolas Pouvreau
L'observatoire Marie-Graphie de Brest est reconnu mondialement. Les premières observations ont été faites à l'époque de Louis XIV.
- Laura Paillat
Il y a beaucoup de doctorants et de chercheurs sur le territoire brestois qui ont vraiment envie de faire du lien avec leur population et pas forcément de rester dans leur laboratoire toute la journée.
- Nicolas Pouvreau
C'est ici à Brest qu'est calculé le coefficient de marée.
- Laura Paillat
Chacun apporte un petit peu sa pierre à l'édifice aussi, dans la construction du rayonnement de la ville de Brest, comme étant une place forte de la recherche scientifique.
- Marion Watras
Saviez-vous qu'il existe à Brest un matériel de mesure précieux, labellisé par l'Organisation Météorologique Mondiale ? Bien caché dans un petit local carré situé dans l'enceinte de la base navale, sur la rive gauche de la Pinfeld, juste au pied du château, l'Observatoire Marais Graphique de Brest ne paye pas de mine, pourtant il est connu dans le monde entier. Depuis 300 ans, il mesure en continu les variations des hauteurs d'eau, autrement dit les marées. Nicolas Pouvreau, avec lequel j'ai rendez-vous, connaît cet instrument sur le bout des doigts. experts au CHOM, le service hydrographique et océanographique national, il coordonne l'observation marégraphique en France. Je le suis à l'intérieur du petit bâtiment.
- Nicolas Pouvreau
L'observatoire dans lequel on est aujourd'hui, il a été reconstruit après la Seconde Guerre mondiale. L'observatoire marégraphique historique qui avait été installé dans les années 1840 a été détruit et la Marine nationale avait décidé de prioriser la reconstruction de cet observatoire à Brest, dès 1946, on trouve les documents dans les archives, les Anglais eux-mêmes qualifient l'observatoire, le site de Brest, comme le lieu où ont eu lieu les plus anciennes observations systématiques du niveau de la mer.
- Marion Watras
Trois siècles donc que ce marégraphe enregistre les évolutions du niveau marin et ce n'est pas un hasard s'il a été installé à Brest.
- Nicolas Pouvreau
Je vais reprendre une citation de Laplace. Donc Laplace c'est... Le savant du XVIIIe siècle qui a réussi à mettre en place des équations sur la théorie dynamique de la marée et ce dernier expliquait que le port de Brest était l'un des plus favorables pour faire des observations au niveau de la mer et qu'il devait certainement tous ses avantages du fait qu'on était vraiment à la pointe de la mer et qu'on avait la rade de Brest et puis la Penfeld qui permettaient d'atténuer les effets de la mer.
- Marion Watras
Nicolas Pouvreau a l'habitude d'expliquer le fonctionnement du marégraphe au grand public lors des fêtes maritimes par exemple. Il me propose une petite session de rattrapage.
- Nicolas Pouvreau
Il y a plusieurs instruments qui sont succédés au cours du temps. Les plus anciennes observations étaient faites à l'aide de lectures sur une échelle de marée. Puis on a eu des marégraphes à flotteurs qui sont arrivés au milieu du XIXe siècle. Donc un flotteur qui repose sur la surface de l'eau. Les mouvements font bouger ce flotteur qui est relié avec un système de crémaillère et qui permet d'avoir dessiné sur une feuille de papier le niveau de la mer. Sur une feuille qui est sur un tambour qui tourne de manière régulière. Cette feuille retranscrit la hauteur d'eau en fonction du temps. Depuis les années 90, on est passé à des instruments numériques afin de pouvoir accéder en temps réel aux observations. Cela évite un travail de dépouillement sur les feuilles de papier. C'est ainsi que le Shom aujourd'hui mesure le niveau de la mer à Brest, mais également dans 49 ports en France et dans l'outre-mer, et toutes ces opérations sont diffusées sur le portail data.shome.fr.
- Marion Watras
Précisons que les instruments qui mesurent en continu les battements de la mer sont placés dans un puits de tranquillisation. Il se trouve juste devant nous, au milieu du bâtiment.
- Nicolas Pouvreau
On doit avoir le niveau d'eau le plus calme possible. Actuellement, on voit qu'il y a un petit peu de houle à l'extérieur, donc on voit ces petites vaguelettes à l'extérieur, mais à l'intérieur, on constate qu'on a un niveau d'eau qui est totalement calme. C'était vraiment le besoin à l'origine quand on avait des appareils mécaniques avec ce fameux flotteur, c'était d'avoir le niveau d'eau le plus calme pour éviter qu'il y ait la houle qui fasse des mouvements qui perturbent après le stylet où était raccordé ce flotteur.
- Marion Watras
Voilà donc pour le fonctionnement du marégraphe, mais finalement à quoi cela sert-il d'observer l'évolution du niveau de la mer ?
- Nicolas Pouvreau
L'observation du niveau de la mer au XVIIe et XVIIIe siècles, c'était pour essayer de comprendre le phénomène des marées, essayer de comprendre les effets de l'interaction de la Lune et du Soleil et d'essayer de prédire la marée. Aujourd'hui encore, le Shom, on observe pour pouvoir améliorer nos prédictions de marée, vérifier que la marée ne change pas, et de pouvoir apporter aux navigateurs et aux plaisanciers et à toute personne qui s'intéresse aux prédictions de marée les meilleures prédictions de marée possibles. Le coefficient de marée que l'on retrouve partout, en fait, il est calculé à un seul endroit, à Brest. C'est le Shom qui le calcule à partir d'équations mises en place par le savant Laplace. Et donc Brest, en plus d'avoir tous ses avantages de longue série d'observations, d'importance sur la mesure, permet de fournir ce coefficient de marée qui est utilisé de Dunkerque à Saint-Jean-de-Luz, sur toutes les côtes françaises.
- Marion Watras
Mais observer les marées a également d'autres intérêts que Nicolas Pouvreau me détaille.
- Nicolas Pouvreau
Des besoins opérationnels sont apparus au début des années 2010, avec la mise en place d'un système d'alerte au tsunami, et puis également la vigilance météorologique vague-submersion, qui est opérée par Météo France et dont le Shom est également partenaire.
- Marion Watras
Et puis, observer l'évolution des hauteurs d'eau, c'est aussi mettre en évidence un des marqueurs du changement climatique.
- Nicolas Pouvreau
On voit que le niveau de la mer a augmenté de 35 cm à Brest depuis le début du XVIIIe siècle. Ce qui est intéressant avec la série de Brest, c'est qu'on a une série sur plus de 300 ans, donc ça nous permet d'appréhender s'il y a des différences de pentes. Et ce qu'on s'aperçoit, c'est qu'entre 1700 et 1900, grosso modo... Le niveau de la mer a pris entre 5 et 10 cm et depuis 1900, le niveau de la mer, cette fois-ci, a pris entre 20 et 25 cm.
- Marion Watras
À travers des outils comme le marégraphe, Brest apparaît aujourd'hui comme une référence en matière de recherche scientifique, notamment dans le domaine de la mer. Preuve de cette reconnaissance, la ville, avec ses partenaires Split en Croatie et Kiel en Allemagne, a remporté le projet européen Science Comes to Town. Pour l'année 2026, objectif rapprocher le monde de la science, des citoyens. A Brest, quatre structures pilotent le projet, la métropole, l'université, Oceanopolis et le Technopole, et une trentaine de partenaires dont le SHOM a également rejoint l'aventure. Laura Payat est chargée de coordination générale de Science Comes to Town pour la métropole.
- Laura Paillat
L'écosystème brestois est particulièrement riche. beaucoup d'entre nous le savions déjà, mais c'est vrai que grâce à ce projet, on se rend bien compte qu'une multitude d'acteurs peuvent parler de science aux citoyens. Les 300 événements que nous devions proposer à minima au public ont largement été finalement atteints assez tôt dans l'année. On s'est basé à la fois sur des événements existants, mais également en proposant des formats tout à fait nouveaux, directement portés par les partenaires bénéficiaires, que sont la métropole, le technopole. Océanopolis et l'UBO.
- Marion Watras
Parmi ces propositions innovantes, l'université des enfants, des mini-conférences de 45 minutes pour les 8-14 ans pilotées par l'UBO ou encore la grande compétition organisée par le Technopole avec une centaine de chercheurs européens. Les exemples ne manquent pas. Maëlle Beneux, chargée de mission en médiation scientifique et communication pour Science Comes to Town, nous en cite un autre.
- Laura Paillat
On peut aussi quand même parler de ce que fait Océanopolis au sein du projet. Ils ont décidé de se saisir de cette année de la science pour organiser chaque mois un événement hors les murs, dans un lieu qui, on va dire, est moins habitué à la science. Je ne dirais pas pas parce que je pense qu'il y a de la science dans tous les lieux, mais où on a moins l'habitude de voir de la science. Par exemple, un centre commercial, un skatepark, une maison d'arrêt, etc. Ils vont amener la science dans ces endroits-là, au travers de jeux, de battles de danse, de battles de rire, de dégustation, en mettant également en lien des acteurs complètement différents, par exemple des professionnels de la danse avec des chercheurs sur l'histoire de la Bretagne. Ils les font travailler ensemble pour essayer d'en faire ressortir de la science et donc proposer quelque chose de plus attractif pour tous les publics. L'idée c'est de pérenniser à la fois les événements qui auront bien marché mais c'est également de pérenniser les liens qui auront été créés entre les différents acteurs. Et donc ce recensement-là, l'idée c'est qu'il continue à être fait pour qu'ensuite les citoyens puissent avoir comme référence cette programmation pour les années à venir.
- Marion Watras
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