- Christophe Miossec
Pour beaucoup de Brestois, c'est vraiment le cœur de la ville. C'est une sorte de temple. C'est assez inouï la chance qu'on a d'avoir un endroit pareil.
- Charles Musy
Il y un truc, il y a une espèce de communion avec l'artiste. L'artiste donne plus que ce qu'il donne dans un autre club, en règle générale. Il y a une magie. Est-ce que c'est ce côté vieillot, ringard, que quand les artistes arrivent, ils disent « mais punaise, ça sent du vécu.
- Christophe Miossec
Dans une ville qui n'a pas énormément de bâtiments historiques, le Vauban en est devenu un, c'est assez dingo.
- Marion Watras
Brest serait-elle tout à fait la même sans le Vauban ? Ce qui est certain en tout cas, c'est que le lieu occupe une place très particulière dans le cœur des Brestoises et des Brestois. Il y a son architecture d'abord, caractéristique de la reconstruction, car le Vauban a été construit après-guerre pour dédommager la famille Musy, dont l'auberge du Cheval Blanc avait disparu sous les bombes. Il y a l'authenticité de ces espaces ensuite, le bar, la salle de restaurant, les chambres de l'hôtel. Et puis surtout l'atmosphère unique de sa salle de concert au sous-sol, qui a accueilli les plus grands artistes. C'est donc au Vauban que nous nous asseyons le temps de ce nouvel épisode de Brest dans l'oreillette. Un lieu devenu mythique sous l'impulsion de son chef d'orchestre Charles Musy.
- Charles Musy
C'est un bâtiment assez étonnant parce que quand on passe devant on a l'impression d'être plutôt dans une brasserie parisienne. On n'imagine pas que dans les sous-sols il y ait une salle de concert qui date des années 50. Pour les premières personnes qui rentrent, il y a un immense étonnement. Ils se disent, c'est pas là, c'est pas possible, c'est pas là. Il suffit de descendre les quelques marches à petits carreaux, blancs et noirs, et puis de découvrir cette salle qui est en dessous, qui est restée dans son jus. C'est une salle de bal, avant tout, c'est une salle de bal populaire. Mon père faisait ça tous les dimanches après-midi et tous les samedis soirs. Et à ce moment-là, mon frère, ma soeur et moi, on dormait au premier étage parce que mes parents avaient leur appartement au premier. Tout môme, je vivais des week-ends au rythme des bals populaires, quoi. Ce qui m'a donné l'envie de... Quand mes parents ont arrêté, cette salle-là est restée fermée pendant dix ans. Enfin, je vais faire court, mais j'ai décidé de la rouvrir.
- Christophe Miossec
Je vous reçois depuis tellement d'années, que je sais de quoi je parle, quand on me parle d'humanité, je suis...
- Charles Musy
Beaucoup de gens que j'ai fait au Vauban dans ces années-là n'étaient pas aussi connus que ça. La naissance de Miossec dans cet endroit, déjà, il avait, je me rappelle plus, 17, 18 ans. Il est venu jouer là pour la première fois, c'était des moments incroyables. Il y avait Dominica dans les mêmes années, qui a démarré sa carrière aussi. On a eu Chédid au Vauban, mais quand il démarrait sa carrière, tout ça, ça marque. Les Matmatah ont démarré là. Il y en a des tonnes qui ont démarré là. Après, j'ai eu des gens comme Léo Ferré qui sont passés là. Des Maxime Le Forestier, des Grammarite. Il y en a eu plein, plein, plein, plein. Tout s'est fait sur des rencontres. J'ai rêvé très fort au début. Et puis tout ça, ça s'est réalisé. Donc après, on n'a plus honte d'appeler des artistes. On essaye, ça marche ou ça ne marche pas. Et souvent, ça marche. Parce que l'endroit a dépassé les frontières. Il est connu partout. Et les artistes sont prêts à faire un effort, en tout cas pour que le concert ait lieu quand même là. On a fait Pete Doherty. Pete Doherty, c'est quand même des choses rares de le voir dans des clubs. Je n'aurais jamais imaginé rencontrer Stéphane Echer, des Cali, des Bédabar, tellement des Bérurier noir, tous ces gens-là, je n'aurais jamais imaginé ça.
- Christophe Miossec
Je tiens hôtel, bar, restaurant, un grand établissement. Avec tout au fond dedans, plein de concerts bruyants. Je suis le cœur de la ville du Ponant, je suis le patron du Vauban. Je tiens sur mes épaules un monument.
- Marion Watras
Un monument, chante Christophe Miossec sur son album Simplifié. Il faut dire qu'entre l'artiste brestois et le Vauban, c'est une longue et belle histoire.
- Christophe Miossec
C'est une grande part de mon existence en fait, c'est un peu un carambolage de souvenirs. Ce qui me viendrait naturellement en tête, c'est d'avoir tourné un clip avec Jane Birkin, un duo qu'on avait fait. On l'avait tourné ici en fait. Moi ça avait été une journée assez dingue. Et les figurants étaient des récentes.
- Marion Watras
Alors c'était dans la chambre écossaise, la fameuse ?
- Christophe Miossec
Oui, la chambre écossaise qui était gardée.
- Charles Musy
C'est marrant parce que... Parce qu'elle a été faite de briques à brocs, cette chambre, elle n'était pas du tout destinée... C'est Jeanne Birkin qui a craqué sur cette chambre. Quand elle voulait faire son clip avec Miossec, elle lui a demandé où il voulait faire son clip. Christophe lui a dit « je veux que ça se passe au Vauban » . Et du coup, il s'est dit « pourquoi pas dans une chambre ? » . Elle est tombée par hasard sur cette chambre écossaise, elle a flashé dessus et du coup, voilà. Il y a un mythe qui s'est créé autour de cette chambre, elle n'a rien d'extraordinaire, à part son tartan écossais et ses murs bleu clair. Quand on a rénové l'hôtel il y a quelques années, on a été obligé de la refaire copie conforme à l'origine. Donc ouais, c'est rigolo.
- Christophe Miossec
Il n'y a pas beaucoup d'endroits de concert, on se réveille dedans en fait. Quand on dort à l'hôtel, on est là sur place et on joue plusieurs jours d'affilée. On dort, on descend, on prend son petit-déj, on fait la balance, on remonte, on mange. Et quand on reste plusieurs jours, c'est assez dingo, quoi, parce que les... Les Brestois, ils sont vraiment chaleureux, quoi, le public est quand même assez... assez chouette ici, c'est un peu comparable au public du nord de la France, quoi, c'est les publics... Ouais, qui ont le sang chaud.
- Charles Musy
Stéphane Richer, à chaque fois qu'il arrivait, il respirait les tableaux, il dit « Oh là là, ça sent... » Il y a un truc, expliquer quoi, comment, on sent qu'il y a du vécu dans cette salle. Et elle est restée entièrement d'origine, c'est-à-dire que toutes les générations se retrouvent. Vous avez un gamin qui revient du Vauban, il dit à son père, tiens j'ai été voir un concert au Vauban. Le père lui dit, tu sais que j'ai connu maman à côté du poster de Liz Taylor. Et il y a Pépé qui est dans la chambre qui dit... qui dit « moi j'ai connu ta grand-mère devant le poster de Peter Fonda » . Et le gamin, il va devant le poster de Peter Fonda, qui n'a jamais changé de place, il sait que son grand-père, 50 ans avant, dans cette salle, avec les mêmes couleurs, les mêmes carrelages, il y a eu des rencontres. C'est un des derniers endroits à Brest authentiques. La guerre a tout cassé, et donc comme c'est juste une reconstruction après-guerre, c'est un des plus vieux et viel endroit en fait.
- Christophe Miossec
C'est pas une vulgaire boîte de nuit, quoi, en fait. C'est vraiment autre chose. Ça brasse, quoi. Il y a toutes les classes sociales. C'est vraiment la Brestoise.
- Marion Watras
C'était Brest dans l'oreillette, un podcast de la ville de Brest. Merci à Charles Musy et à Christophe Miossec. Réalisation Marion Watras.