- Marion Watras
Brest dans l'oreillette, le podcast qui révèle les dessous de l'art et des patrimoines de Brest.
- Lénaïg L'Aot Lombard
Dès l'apparition de la photographie, on va voir des ateliers fleurir à Brest.
- Christelle Hall
Elisabeth Dizderi, une femme injustement méconnue, a été une des toutes premières à sortir dans la rue pour prendre des photos.
- Lénaïg L'Aot Lombard
On le sait, il y a une activité très riche de la photographie ici dans notre belle ville.
- Christelle Hall
C'est vrai que Brest et la photo, on voit que c'est une grande histoire d'amour.
- Marion Watras
Il y a tout juste 200 ans, en 1826, Nicephore Niepce inventait la photographie. Quelques années plus tard, aux alentours de 1840, à Brest... Elisabeth Disdéri, née francard, ouvrait avec son mari un studio photo au 65 rue de Siam. L'histoire de cette femme pionnière, Christelle Hall, membre du collectif de photographes brestois Straed, l'a découverte récemment. Avant de nous la raconter, elle nous explique que c'est le nom d'Eugène Disdéri plus que celui d'Elisabeth qui est resté dans les mémoires.
- Christelle Hall
Il était photographe et on peut quand même lui rendre aussi justice puisque c'est quelqu'un qui était très intéressé par les techniques de l'époque qui évoluait très vite, la photographie à tout juste 200 ans. Il pratiquait déjà les daguerréotypes, il était très connu parce qu'il fabriquait ces petits portraits un peu style photo d'identité là, qui était donc facile à vendre et il s'est installé à Brest avec sa femme, mais très vite en fait c'est vraiment tous les deux qui ont officié dans ce studio. puisqu'ils signaient les photos tous les deux.
- Marion Watras
Plus tard, Elisabeth Disdéry sera l'une des premières femmes à sortir dans la rue pour prendre des photos, une démarche très rare à l'époque en France.
- Christelle Hall
Il faut quand même se dire que c'est une femme très indépendante dans une époque où les femmes étaient très corsetées. Elle s'est retrouvée seule très vite, son mari l'a abandonnée avec son seul fils vivant, puisqu'elle a eu comme six enfants et un seul a survécu. Et lui est reparti sur Paris, sur d'autres aventures, il était proche de Napoléon III, enfin bon, il a très très mal fini, mais en tout cas, elle, elle a repris l'affaire et pendant 20 ans, en fait, elle a fait tourner le studio toute seule. Et à un moment donné, pour qui, pourquoi, elle est sortie prendre des photos dans les rues de Brest, mais elle est allée aussi jusqu'à l'abbaye Saint-Mathieu, à Plougastel, où elle a photographié le calvaire. Et on a des photos vraiment extraordinaires de cette époque, qui est très peu documentée en fait. Elle avait surtout une très grande maîtrise de sa technique puisque les photos sont extrêmement bien prises. Il y a vraiment une qualité de cadrage, une qualité de lumière et on a des détails très précis de cette époque.
- Marion Watras
Une grande maîtrise d'une technique particulièrement contraignante, celle du collodion humide.
- Christelle Hall
Cette technique s'appuie sur des produits chimiques. L'instabilité de ces produits est très importante puisque ça réagit à la température de l'air, ça réagit à la moindre lumière. Cette technique impose de sortir avec une énorme chambre, des plaques de verre, de la chimie et de tout développer sur place avec un matériel imposant. Et ça a été très utilisé notamment aux Etats-Unis. On a beaucoup de photos de cette époque, de la conquête de l'Ouest, des guerres de sécession, tout ça. On connaît un peu ces images-là. Mais à Brest, il y avait une femme qui pratiquait aussi cette technique-là. Il faut l'imaginer avec tout son matériel, partant jusqu'à l'abbaye de Saint-Mathieu, sans doute, je ne sais pas en calèche ou en diligence, en tout cas, sans doute pas motorisée. Donc vraiment, on se dit... que ça devait vraiment être une expédition extraordinaire d'aller jusqu là-bas prendre sa photo. On a encore deux spécialistes du collodion humide à Brest et à Plougastel, Laura Aubre et Guy Bescond, qui se sont vraiment exercés sur cette technique. Ils ont mis une dizaine d'années à retrouver toutes les spécificités du collodion humide. Certes, ça a permis de démocratiser la photographie, mais ça a resté quand même dans un cercle d'initiés et de personnes qui savaient maîtriser la photographie grâce à ça.
- Marion Watras
Si le nom d'Elisabeth Disdéri est aujourd'hui peu connu, la qualité de ses photos est bien réelle. D'ailleurs, un musée aux Etats-Unis et pas des moindres lui rend hommage.
- Christelle Hall
Ces photos, c'est là que c'est vraiment extraordinaire, elles sont au musée Kodak à Rochester aux Etats-Unis. Elles ont fait l'objet d'une acquisition, elles sont donc conservées aux Etats-Unis parce qu'Elisabeth Disdéri a eu quand même confiance je pense de la qualité de ces photos et elle en a fait un livre qui s'appelle « Brest et ses environs » en 1856. Ce sont des photos originales parce qu'on ne pouvait pas les reproduire. C'est vraiment des photos uniques. On peut les voir sur le site du musée de Rochester. Elles ont été numérisées et en tapant son nom, on retrouve ces photos.
- Marion Watras
Deux siècles se sont écoulés depuis l'invention de la photographie mais du XIXe à aujourd'hui, elle continue d'occuper une place bien particulière à Brest.
- Christelle Hall
Il y a énormément de photographes à Brest, peut-être parce que c'est une ville de lumières. On sait qu'ici, on peut avoir des lumières incroyables et que ça attire la photographie, que ça donne envie de faire de la photographie. Et aussi, je pense, parce que quelque part, la présence de la marine a aussi fait qu'il y a beaucoup de studios qui se sont installés pour photographier des officiers de marine, leurs familles ou autres. Parce qu'il faut aussi comprendre que... Se faire photographier à l'époque, c'était un coût certain. Peut-être que les deux sont liés, mais en tout cas, c'est vrai qu'ici, il y a un art photographique qui perdure. Beaucoup d'associations dans tous les quartiers. On peut trouver toutes sortes de pratiques dans les environs.
- Marion Watras
Cette analyse sur les liens entre Brest, la photographie et la marine nationale, Lénaïg L'Aot Lombard la partagent. Elle est l'adjointe de l'administrateur au musée national de la marine de Brest.
- Lénaïg L'Aot Lombard
Dans les années 60, en fait en 1860, on va décider de créer un atelier de photographie à Brest pour la marine sous la direction justement des constructions navales.
- Marion Watras
D'ailleurs il reste aujourd'hui encore des traces de l'activité de cet atelier. Des reproductions de ces clichés sont visibles. au musée de la Marine à Brest. Quant aux originaux, trop fragiles pour être exposés, ils sont conservés en lieu sûr.
- Lénaïg L'Aot Lombard
Le musée national de la Marine conserve dans ses réserves, en région parisienne, 125 tirages sur papier albuminé, issus de cet atelier de photographie de la Marine, ainsi que 2 400 négatifs sur plaques de verre, dont 800 concernent Brest. On y voit en fait une commande du ministère de la Marine qui à l'époque investit, on est sous le second empire, il y a un gros investissement qui est fait dans les infrastructures et donc c'est un but de documentation. Le pont qu'on appelle le pont impérial, le pont tournant à l'époque, mais aussi les bassins, l'activité du port et puis tout un tas de bâtiments destinés à la construction navale.
- Marion Watras
Précisons qu'à Brest, d'autres établissements culturels possèdent des fonds photographiques remarquables comme le musée des Beaux-Arts ou encore la médiathèque patrimoniale. Quant à la maison de la photographie, elle poursuit une autre ambition. Ouvert en novembre 2023 au 1 rue Henri Moreau dans le quartier de Saint-Martin, ce lieu est géré par l'association Rade movie dont la présidente est justement Lénaïg L'Aot Lombard.
- Lénaïg L'Aot Lombard
Ce projet est né d'un constat qu'il manquait un lieu pour la photographie à Brest. Et on voulait créer avec Dominique Leroux, qui est le directeur artistique de la Maison de la Photographie, un lieu dédié, ouvert à tous, et qui s'inscrit aussi dans une dynamique culturelle avec les acteurs de la photographie et plus généralement de la culture et du patrimoine à Brest. L'idée est vraiment de créer un lieu d'exposition sur la photographie, toutes les formes de photographie. C'est vrai que ce mot regroupe finalement beaucoup de visions différentes et donc on va aussi bien avoir de la photographie artistique justement, documentaire, de reportages engagés, voilà c'est toutes les formes de photographie qui sont présentées.
- Marion Watras
Outre les expositions à la Maison de la Photographie le 8ème art est régulièrement mis à l'honneur à Brest, aux ateliers des Capucins notamment mais aussi chaque début d'année à travers le festival Pluie d'Images sur toutes les communes de la métropole C'était Brest dans l'oreillette un podcast de la ville de Brest Cet épisode vous a plu ? Abonnez-vous !