- Marion Watras
Brest dans l'oreillette, le podcast qui révèle les dessous de l'art et des patrimoines de Brest.
- Mélanie Bouvet
On a ici la deuxième plus grosse lithothèque de France après Epinal.
- Florent Miane
Il faut imaginer que cette entreprise a aussi accompagné les Brestois par la typographie dans les moments portants de leur vie.
- Mélanie Bouvet
Ce type de presse, l'élitographe l'appelle la bête à cornes. Donc ça la rend encore plus impressionnante.
- Marion Watras
Aujourd'hui, quand les Brestois se donnent rendez-vous à la PAM, c'est souvent pour passer un bon moment entre amis, autour d'un verre ou d'un dîner. Le tiers-lieu qui a ouvert en 2023 est devenu un repère pour bon nombre d'habitants et de visiteurs de passage. On y trouve aussi des boutiques, des ateliers, des espaces de travail et des propositions culturelles. Avant ce nouveau chapitre, le vaste espace de 3200 m2 situé en plein centre-ville était déjà bien connu et fréquenté, mais pour d'autres raisons. De 1928 à 2018, la PAM, pour Papeterie Armoricaine et Morlaisienne, car l'entreprise à déménagé à Morlaix pendant la guerre, abrité une papeterie et une imprimerie. Des générations de Brestois y ont défilé pour acheter leur fourniture de rentrée ou pour imprimer un faire-part de mariage. Aujourd'hui, cette histoire n'a pas totalement disparu. Une poignée de passionnés, réunis au sein de l'association Les Enfants de Gutenberg, animent le musée vivant de l'imprimerie de Brest, sa riche collection constituée de pierres lithographiques, graphique de Une casse typographique, mais aussi d'impressionnantes machines, a été conservée au fil des ans par les propriétaires de l'entreprise, la famille Lebrise, malgré l'évolution des techniques. Grâce aux bénévoles de l'association, elle est aujourd'hui accessible à tous. Il suffit de pousser la porte de la PAM et de descendre quelques marches. Avant de commencer la visite, Mélanie Bouvet, artiste plasticienne et membre des Enfants de Gutenberg, rappelle la différence entre typographie et lithographie, les deux activités principales de l'ancienne imprimerie.
- Mélanie Bouvet
La typographie va servir plutôt à l'impression de texte, donc à l'époque l'impression de documents administratifs, pourquoi pas, d'entêtes de lettres ou d'affiches d'événements. Ce sont en fait des lettres en plomb ou des lettres bois. qu'on assemble ensemble pour créer du texte. On crée notre ligne, notre mot, et on va mettre l'encre sur le relief de la lettre pour pouvoir imprimer par pression. Et la lithographie, elle, elle va plutôt servir à la production d'images. On se sert de pierre qui est calcaire. On dit qu'on va grainer la pierre, donc on la ponce pour qu'elle soit propre et plate, pour avoir une belle surface à dessiner. Parce qu'en lithographie, on ne grave pas, on dessine la pierre. Sur ce dessin, on va faire une transformation chimique. On va mettre un mélange d'acide qui va transformer la pierre. Au moment du tirage, on va mouiller toute la surface de notre pierre. Et quand on va passer l'encre d'imprimerie, qui est grasse, avec notre rouleau, l'encre ne va se déposer que sur le dessin. Et c'est ensuite par pression qu'on va transférer l'encre de la pierre au papier.
- Marion Watras
Sous nos yeux, plus de 2500... pierres lithographiques rangées dans des étagères. Des pierres de mémoire qui portent toutes sur leur surface un motif d'époque. Elles pèsent entre 20 et 80 kilos chacune selon leur taille. Sur leur cote, un numéro, car chaque image est répertoriée dans ce que l'on appelait le cahier de pelure. Florent Miane est enseignant-chercheur à l'Université de Bretagne-Occidentale.
- Florent Miane
Les pierres qu'on a là... Ce qu'elles ont produit, c'est ce qu'on appelle les imprimés éphémères. Ce sont des documents qui n'étaient pas destinés à être conservés. Mais là-dedans, on va trouver des affiches publicitaires, on va trouver des étiquettes alimentaires, donc tout un ensemble de documents qui sont des documents figurés, dans lesquels on va trouver des images, et qui nous renseignent évidemment sur la culture visuelle de toute l'époque. Donc ces documents sont très importants parce qu'en général, ils ne sont pas conservés, il n'y a pas de collectionneurs pour ça, il n'y a pas de musée non plus pour ça. Et donc c'est des lieux comme le nôtre. qui ont pu assurer la conservation de ce genre de documents qui en général finissaient la poubelle. Et donc pour nous, évidemment, c'est quelque chose qui est très très important d'avoir su conserver les pierres sur lesquelles il y avait les dessins et aussi conserver l'ensemble des archives de l'entreprise qui sont aujourd'hui déposées au Centre de Recherche Bretonne et Celtique, ici à Brest, donc à quelques centaines de mètres des pierres, il y a la possibilité. pour le grand public, la bibliothèque est ouverte à tous, de consulter ces documents-là.
- Marion Watras
Et parmi ces centaines d'images, certaines sont particulièrement travaillées.
- Florent Miane
Moi j'ai un petit fait peut-être pour les premières images qu'on a découvertes quand on est dans le fond, c'est-à-dire les étiquettes de bouteilles de vin, qui étaient une des grandes spécialités de la PAM dans les années d'après-guerre, les années 50-60 on va dire. C'est un moment particulier où en fait le vin d'Algérie va être massivement importé en Bretagne qui n'est pas une terre de tradition viticole. C'est du vin de vrac. Les négociants qui vont s'emparer de ce vin en vrac sont extrêmement nombreux. C'est vraiment des centaines de négociants qui ont souvent deux trois barres en fait qui vont alimenter. Tous vendent exactement le même vin, le même produit et donc pour se distinguer ils vont se distinguer sur l'étiquette des bouteilles qui n'est absolument pas représentatif du coup de ce qu'il y a derrière. Et là, les gravisses de la pomme se sont éclatées parce que par rapport aux autres productions de France, où en général le vin de mauvaise qualité a des étiquettes de mauvaise qualité, on trouve une singularité en Bretagne, c'est que ces étiquettes-là sont extraordinairement bien travaillées. C'est presque des affiches de cinéma qui sont toutes petites, réduites, mais avec la même qualité. Il y a un dessin de lettres absolument inventif qui est génial, qui nous renseigne aujourd'hui sur ce que les gens voulaient voir sur ces bouteilles-là, ce qu'ils appréciaient. et sur le talent des graphistes.
- Marion Watras
Les lithographes aussi avaient du talent car, précisons-le, il fallait utiliser une pierre par couleur, d'où un travail de report minutieux et conséquent. En ce qui concerne la typographie, le musée brestois conserve également des pépites, dont l'ensemble des créations de Roger Excoffon, l'un des plus grands graphistes de la seconde moitié du XXe siècle.
- Florent Miane
Personnage absolument extraordinaire qui a fait... Voilà le graphisme, la typo d'Air France, de la SNCF, donc c'est quelqu'un qu'on connaît sans le connaître et qui a fait des lettrages à la fois extrêmement élégants qui ont été utilisés dans tout le monde occidental tellement il a eu de succès, mais qui a fait aussi des caractères très étonnants parce que c'est comme s'il était dessiné au feutre, au stylo plume ou au pinceau. Donc des choses très originales pour l'époque, mais qui montrent bien ce côté aussi, il a travaillé dans les années 50-60, l'univers des Trente Glorieuses, cette espèce de culture populaire qu'on voit à travers les affiches, les étiquettes et qu'on voit aussi dans la typo.
- Marion Watras
Avant de nous quitter, Mélanie Bouvet nous propose de nous rapprocher de la bête à cornes, cette impressionnante presse lithographique. Après l'étape de la transformation chimique qu'elle évoquait tout à l'heure, Mélanie s'apprête... a utilisé la machine pour tirer une lithographie à partir d'un dessin de Marie-Michelle Lucas, également plasticienne et membre active des enfants de Gutenberg.
- Mélanie Bouvet
On prépare le plateau d'ancrage. On étale l'encre sur une pierre avec le rouleau pour avoir un ancrage fin et homogène. Une petite éponge avec de l'eau. Maintenant il faut que la pierre soit toujours mouillée. Parce que l'eau présente sur la pierre va repousser l'encre présente sur le rouleau. Vous installez le papier. On met plein de choses pour protéger le dessin et la pierre. Parce qu'on abaisse le râteau en bois. C'est bon.
- Public
C'est de la gymnastique là.
- Mélanie Bouvet
Un peu, ouais.
- Public
Elle s'est échauffée ce matin.
- Mélanie Bouvet
Ouais, j'ai fait un petit échauffement. Donc là on a baissé le râteau en pression sur la pierre. On a une pédale en bois qui nous permet d'augmenter la pression et je vais pouvoir tourner la roue de la presse pour déplacer le chariot sous le râteau. Les jambes, les bras, c'est complet comme c'est parfait. C'est le moment de vérité. Un peu oui. Ah voilà !
- Marion Watras
Le musée vivant de l'imprimerie propose régulièrement des ateliers. en particulier pour sensibiliser les plus jeunes à ce qu'était l'imprimerie avant le numérique. C'était Brest dans l'oreillette, un podcast de la ville de Brest. Cet épisode vous a plu ? Abonnez-vous !