- Marion Watras
Brest dans l'oreillette, le podcast qui révèle les dessous de l'art et des patrimoines de Brest.
- Gildas
On va fêter nos 30 ans cette année. On est le plus vieux festival de musique électronique en France.
- Manu Le Malin
Et on a toujours tendance à dire qu'on fait encore ça avec des bouts de ficelle. Ce qui n'est pas tout à fait faux. C'est ça la magie d'Astro en fait.
- Gildas
Ce qu'on recherche avant tout, c'est qu'à la sortie, les gens soient souriants et aient passé un moment, une petite parenthèse. Et ces moments de lâcher-prise, de soupape, sont essentiels, et encore plus aujourd'hui, je pense.
- Manu Le Malin
C'est des gens sincères, et c'est ce qu'on ressent sur ce festival.
- Marion Watras
30 ans de musique électro, de fêtes et de liberté, 3 décennies d'énergie collective et d'aventure humaine aussi, voilà résumée l'histoire du festival Astropolis. Après une première édition clandestine près de Lesneven en 1995, le rendez-vous est autorisé. L'année suivante : quatre éditions à Concarneau et puis finalement Astropolis prend ses quartiers à Brest pour ne jamais en repartir. À l'origine de ce pari fou, deux amis, Matthieu Guerre-Berthelot, disparu en 2023, et Gildas Rioualen.
- Gildas
On était une bande de copains étudiants brestois, de la fac, de l'IUT, donc fiers d'être brestois. À l'époque, il y avait très peu de lieux pour les musiques actuelles à Brest. Il y avait le Vauban qui acceptait de temps en temps, mais il n'y avait pas de salle de concert encore. Le jour où on a découvert le manoir de Keroual qui est propriété de la ville de Brest, on s'est dit c'est ici qu'il faut le faire parce qu'on venait du château de Kériolé à Concarneau où on a aussi pendant quatre ans développé le festival et crée ce rayonnement un peu national et international parce qu'on a accueilli à peu près tous les gros artistes de musique électronique durant ces quatre années à Concarneau donc on était super fiers d'arriver en 2001 ici à Brest avec déjà cette expérience et aussi cette reconnaissance d'Astropolis dans les médias au niveau national.
- Marion Watras
Très vite Astropolis se fait un nom auprès du public, des artistes et des partenaires pourtant rien n'était écrit d'avance.
- Gildas
Nous, n otre objectif en arrivant à Brest, ce n'était pas de créer le plus gros festival de musique électronique en France, c'était plutôt de réussir à développer une énergie où les gens se déplacent à Brest et puissent passer 3-4 jours et découvrir notre ville.
- Marion Watras
Entre Astropolis et Brest se crée au fil des années un lien fort. Grâce à tout un réseau de partenaires, les organisateurs investissent petit à petit de nouveaux lieux. Les ateliers des Capucins au jardin de l'Académie de Marine, c'est toute la ville qui vibre au son du festival chaque année. Mais l'écrin emblématique d'Astropolis demeure le manoir et le bois de Keroual.
- Gildas
Ce qui est vraiment très beau au manoir de Keroual, c'est avant tout son parc qui est arboré d'arbres centenaires. C'est un lieu un petit peu féerique et puis on ne voulait pas se retrouver dans un parc des expositions, on venait du château de Kériolet à Concarneau qui est un lieu vraiment magique. On cherchait un lieu comme ça, qui ne soit pas forcément un hangar de tôle, qui ne soit pas forcément un champ ouvert, un lieu où on peut apporter une magie avec de la lumière. On respecte beaucoup ce lieu. Il y a des amoureux et des passionnés des espaces verts qui nous accompagnent. Mais des festivals dans des endroits aussi magiques, il n'y en a pas tant que ça finalement.
- Marion Watras
Fiers d'être Brestois, les cofondateurs d'Astropolis veulent donc avant tout faire découvrir au public leur ville. Autre ambition forte, défendre la culture et les valeurs de la musique électronique.
- Gildas
Finalement, en reprenant l'histoire de la musique électronique, ça a été un long combat. Il fallait d'abord reconnaître cette culture et cette musique. Les gens en avaient peur. Donc il a fallu dédiaboliser un peu tout ça. On a créé énormément d'événements gratuits pour qu'il y ait cette accessibilité pour tous. À l'époque, on a travaillé avec les Jeudis du Port avec une programmation plutôt familiale, ce qui permettait à beaucoup de gens de toute génération de découvrir les musiques électroniques. Et petit à petit, les gens ont vu qu'on n'était pas forcément des sauvages, et que cette musique était aussi festive.
- Marion Watras
Côté programmation, Astropolis a confirmé au fil des années son rôle de défricheur de talents.
- Gildas
Les artistes qu'on programme à Astropolis, souvent ils sont, certains d'entre eux, sur la scène des Vieilles Charrues cinq ans plus tard, mais sont devenus inaccessibles financièrement pour nous. Comme Geza Feldstein par exemple, qui a reçu des gros prix cette année, qui est reconnu à travers le monde comme étant une grosse star, mais il est passé par chez nous une dizaine de fois. Mais il y a des artistes aussi comme Laurent Garnier qui est une personne que j'ai pu rencontrer début des années 90 justement lorsqu'on militait pour la reconnaissance de cette musique. C'était une très belle rencontre avec Manu Le Malin et musicalement ce sont juste des gens extraordinaires qui sont humbles et qui ont apporté beaucoup à la musique électronique et qui sont devenus résidents du festival. Donc voilà, Astropolis c'est un festival avec des coups de cœur, avec des artistes résidents mais qui font partie de la famille, qui font partie de la racine.
- Marion Watras
Figure emblématique du hardcore français, Manu le Malin, que Gildas Rioualen évoquait à l'instant, est en effet un fidèle parmi les fidèles d'Astropolis depuis la première heure.
- Manu Le Malin
Mon premier souvenir avec Astro, c'est la première Astro. Une fête complètement... déglingos organisée par un crew de jeunes déglingos de Brest qui en découvrant la techno ont vu la lumière et qui ont envie de faire ça ils m'ont proposé de jouer à la première j'ai dit oui bien sûr parce que ça avait l'air d'être une bande super sympa. Je me suis accroché à la roue de la caravane, et je ne les ai plus lâchés. Pourquoi j'ai fait ça ? Parce que je les kiffais. Et à partir du moment où on est parti à Concarneau, je leur ai proposé de prendre en main la scène hardcore, qu'on allait donc appeler mécanique. A l'époque, j'avais la chance de tourner un peu à l'étranger, etc., et de rencontrer les têtes de gondole du hardcore de l'époque, donc Lenny Dee, Marc Acardipane, PCP, et chaque fois que j'avais été voir ces gens-là je leur expliquais que c'était une fête dans un château en plein air et tout mais à chaque fois ils n'étaient pas prêts quand y repartaient en disant mais vous êtes des dingues !
- Marion Watras
Astropolis, qui parallèlement à l'organisation du festival a créé plusieurs labels, joue par ailleurs un grand rôle pour soutenir les artistes émergents et locaux.
- Gildas
Notre programmation c'est plus de 50% d'artistes de la Bretagne. On développe beaucoup d'artistes amateurs pour les guider vers la voie professionnelle. On est ce qu'on appelle un tremplin et ça aussi c'est très excitant parce qu'aujourd'hui un artiste qui veut vivre de sa passion, de sa musique, c'est un chemin de croix.
- Marion Watras
Aujourd'hui, Astropolis, ce sont deux festivals, l'un en été, l'autre en hiver, et puis une association qui propose des événements toute l'année à Brest, de l'Astroboum pour les enfants à des ateliers à la Maison d'Arrêt.
- Gildas
On développe beaucoup d'actions culturelles durant l'année. C'est un peu la partie cachée de notre association. C'est un peu, on va dire, un passage de relais de tout ce qu'on a pu accumuler à travers nos expériences, et ensuite il faut les partager.
- Marion Watras
La vie d'un festival n'est pas un long fleuve tranquille, mais Astropolis a su s'adapter tout au long de ces 30 années. Une vraie satisfaction pour Gildas Rioualen.
- Gildas
On a réussi à traverser les tempêtes. Aujourd'hui oui, Brest brille en tout cas par rapport à la scène de la musique électronique, par rapport aussi à nos activités durant toute l'année. Moi, je suis très heureux et très fier d'avoir pu apporter ce projet-là chez moi ici à Brest et puis d'avoir réussi aussi à mettre en confiance l'ensemble des partenaires et des acteurs pour continuer à se développer.
- Marion Watras
Si le festival se démarque aujourd'hui, c'est finalement grâce à son état d'esprit, si unique, et c'est sans doute Manu Le Malin qui en parle le mieux.
- Manu Le Malin
Je dis toujours Astro, c'est ma famille parce que... En interne, il y a 10-12 ans, je voulais arrêter la musique, etc. Astro, Matthieu et Gildas, ne m'ont pas laissé tomber. Une agence s'est montée, ils ont pris soin de moi. Sans eux, je ne serais peut-être pas là en train de vous parler. J'aurais sans doute arrêté de mixer parce que je n'y croyais plus. Grâce à eux, je suis encore là. C'est aussi parce que c'est des gens qui ont su garder vraiment l'esprit du début. Il y a un côté très fidèle. Il y a beaucoup d'amour à Astro. Ça fait un peu bisounours, mais c'est vrai, il y a beaucoup d'amour. Bien souvent, Gildas, moi-même, ou d'autres membres de l'équipe, ont les larmes aux yeux. C'est comme ça depuis 30 ans. C'est l'histoire d'Astro. Et tant que ce sera là, je continuerai avec eux.
- Marion Watras
C'était Brest dans l'oreillette. un podcast de la Ville de Brest. Cet épisode vous a plu ? Abonnez-vous !