- Marion Watras
Brest dans l'oreillette, le podcast qui révèle les dessous de l'art et des patrimoines de Brest.
- Olivier Thomas
Ici vous avez une espèce de catalogue, quelque part, de l'art funéraire de la deuxième moitié du 19e siècle.
- Christine Berthou-Ballot
Ce cimetière en fait il raconte l'histoire de Brest.
- Olivier Thomas
C'est un lieu de passage, c'est un lieu qui permet aujourd'hui de connecter plusieurs quartiers.
- Christine Berthou-Ballot
Je trouve que c'est un beau lieu de promenade et de réflexion.
- Marion Watras
Pour rejoindre la rue Jean Jaurès, depuis le quartier Saint-Michel ou inversement, le plus court chemin traverse le cimetière de Saint-Martin. En journée, il n'est donc pas rare d'y voir des habitants emprunter les allées entre les tombes pour se rendre à un rendez-vous. Lieu de recueillement pour les familles, c'est aussi un endroit où certains aiment se promener, tout simplement, car le lieu est riche de par les personnalités dont il abrite la dernière demeure, mais aussi au niveau architectural. On dit souvent de lui que c'est un véritable musée de l'art funéraire. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il fait l'objet de visites guidées Ville d'Art et d'Histoire. Après avoir emprunté l'entrée principale du cimetière rue Yves Collet, je me dirige vers la chapelle centrale. C'est là que m'attend Olivier Thomas, architecte des bâtiments de France à la DRAC de Bretagne. Et nous commençons par un peu d'histoire.
- Olivier Thomas
Sa création date de 1794, à une époque où on sort les cimetières du centre-ville, puisque en 1794 le quartier de Saint-Martin n'existe pas. On est encore à l'extérieur des remparts, à l'extérieur de ces premiers faubourgs. Et les cimetières du centre-ville, c'est-à-dire de l'intramuros de l'époque, sont pour la plupart déjà remplis, on n'inhume plus dans les églises, donc il faut trouver de la place pour inhumer, bien évidemment, à cette époque-là. Finalement, la ville s'est construite autour du cimetière, mais il faut bien se dire que En 1794, on était vraiment sur un point haut de la ville avec très certainement une vue très dégagée sur la rade, donc un endroit en plus plutôt propice au recueillement.
- Marion Watras
Encore utilisé aujourd'hui, le cimetière de Saint-Martin rassemble 12 000 sépultures sur 6 hectares. Les tombes les plus anciennes datent des années 1850.
- Olivier Thomas
Parmi les caractéristiques architecturales, on va retrouver beaucoup d'emplois de la pierre de Kersanton, qui est cette pierre qu'on utilisait beaucoup au XIXe siècle, qui était extraite dans les carrières de Loperhet, au fond de la rivière de Daoulas, qui arrivait par bateau à Brest, et qui est une pierre qui avait cette particularité de pouvoir se tailler très facilement une fois qu'elle est extraite, et qui durcit par la suite, ce qui fait que finalement on a des détails de sculptures qui sont très travaillés mais qui ne s'usent pas beaucoup, ou il faut beaucoup de temps en tout cas pour les user. Avec différents styles : on va avoir les tombes sous forme d'obélisques, qui étaient très à la mode, on en retrouve plusieurs. Les tombes évidemment sous forme de chapelles ou de petits monuments funéraires, alors après on a les néo-gothiques, les néo-romans, il y en a plusieurs. On retrouve un peu tous ces styles architecturaux qu'on retrouvait au XIXe siècle, cette époque où les beaux-arts sont très à la mode, et finalement l'éclectisme se retrouve dans le style architectural de l'époque. Et puis on a également les sarcophages, les formes de sarcophages romains, qui sont un petit peu sur des pattes ou des piédestaux, avec le petit pot à feu par-dessus, ou la petite urne, qui est très dessinée.
- Marion Watras
Au cours de ma conversation avec Olivier Thomas, j'apprends qu'au XIXe siècle, il n'était pas rare de faire appel à un architecte pour dessiner la tombe d'un défunt.
- Olivier Thomas
Pendant toute la deuxième moitié du XIXe siècle, les années 1860 jusqu'à peu près la fin du XIXe siècle, on a un architecte et son fils, donc Poilleux père et fils, qui font le dessin de la majorité des monuments. Et notamment, on en a un en face de nous, avec cette petite fille qui prie au sommet d'une petite base néo-gothique qui a gagné un prix à l'Exposition universelle de Londres en 1851. Donc vous voyez, c'est une des plus anciennes qu'on ait, et une reconnaissance quand même de l'architecture funéraire déjà à l'époque. C'était des familles évidemment un peu aisées, avec souvent des marins ou des bourgeois ou des officiers. Mais ça montrait quand même le statut social de la famille bien évidemment. Donc on avait un bon statut social dans la vie, on essayait de le garder dans la mort.
- Marion Watras
Quand on déambule dans les allées du cimetière de Saint-Martin, difficile de ne pas remarquer le monument central, l'ancienne chapelle des morts qui a été construite en 1829.
- Olivier Thomas
C'est une chapelle néo-classique de plan octogonal et qui servait à l'origine de chapelle pour les enterrements. La cérémonie se passait généralement ici, puis après on allait sur la tombe. Aujourd'hui elle sert de columbarium, c'est-à-dire les personnes qui se font incinérer, parce qu'évidemment il y a une évolution aujourd'hui des pratiques funéraires. Et donc aujourd'hui, on a sur tout le pourtour intérieur de cette chapelle, des cavurnes qui permettent l'inhumation des personnes qui se font incinérer.
- Marion Watras
Pour poursuivre cette découverte du cimetière de Saint-Martin, je rejoins Christine Berthou-Ballot, cheffe de projet Ville d'Art et d'Histoire. Elle connaît bien le lieu et les personnalités qui y sont enterrées. De l'artiste Pierre Perron à l'ingénieur et homme politique Albert Loupe, beaucoup ont marqué l'histoire de Brest.
- Christine Berthou-Ballot
On peut finalement feuilleter comme un livre ouvert cette histoire avec les personnalités qui sont enterrées ici. Donc on va retrouver bien sûr l'histoire de la marine avec des officiers de marine enterrés. On va aussi avoir l'histoire de la seconde guerre mondiale avec des résistants et aussi des traces de bombes et de bombardements sur certaines tombes. Et puis bien sûr l'histoire administrative aussi de la ville avec beaucoup de maires de Brest qui sont enterrés à Saint-Martin. Et enfin aussi évidemment des tombes de la bourgeoisie brestoise.
- Marion Watras
Première étape, sur la droite, après l'entrée principale, la tombe de la résistante Alice Coudol.
- Christine Berthou-Ballot
Elle a d'abord fait du commerce forain avec ses parents, donc elle s'est beaucoup promenée, elle a eu beaucoup de mobilité dans le Finistère Nord en particulier, et c'est ce qui a attiré un pharmacien de Lesneven qui faisait partie du réseau Alliance, et qui a vu tout l'intérêt qu'il pouvait tirer de cette mobilité de ville en ville. Elle a été recrutée comme ça et elle a passé des messages pour Paul Masson par exemple ou même Jules Lesven qu'elle a rencontré aussi. Elle a fait vivre ce réseau Alliance pendant des années. Alors évidemment, ça s'est mal terminé pour elle puisqu'elle a été arrêtée en 1943. Elle a été déportée en Allemagne en 1944. Elle a été portée disparue mais en fait elle avait été fusillée et donc son corps a été retrouvé en 1945 et ramené à Brest à ce moment-là et enterré dans ce cimetière. Alors on va aller au carré 9, on va remonter peut-être, ça va être plus simple.
- Marion Watras
Nous dépassons les jardiniers qui s'activent et arrivons près de la tombe de Jean Cras.
- Christine Berthou-Ballot
Jean Cras, c'est un officier de marine, mais qui a une particularité, c'est que c'est aussi un musicien. Et donc, il s'est inspiré, en fait, pour sa musique, de ses missions militaires. Et il est connu, évidemment, pour l'instrument de navigation, la règle de Cras, qu'il a brevetée en 1921. Et tout au long de sa vie, donc, il va allier son métier d'officier marine et sa passion la musique et il nous reste des partitions de sa musique par exemple comme Polyphème, un opéra où il a beaucoup produit. C'est une musique qui était tombée un peu dans l'oubli et qu'on redécouvre aujourd'hui petit à petit. C'est très apaisant aussi cette musique en fait.
- Marion Watras
Plus loin c'est un obélisque en granit des Abers qui attire notre attention.
- Christine Berthou-Ballot
Nous sommes devant le monument d'Auguste Salaün-Penquer et de sa femme Léocadie Hersent. C'est un très beau monument, une colonne. Auguste Salaün-Penquer a été maire de Brest de 1871 à 1891, 10 ans. C'est l'instigateur, entre autres, du Musée des Beaux-Arts de Brest. La particularité de ce monument, c'est d'avoir les insignes et l'écusson de la ville de Brest. mais il y a aussi un très beau médaillon qui représente Salaün-Penquer et qui a été fait par Bartholdi, qui est le sculpteur de la statue de la liberté à New York. C'est aussi une particularité. Ce monument rend aussi hommage à son épouse, Léocadie Hersent. Elle a toujours été inspirée par la littérature romantique. Elle va ouvrir à Brest un salon littéraire. dans lequel elle va accueillir José-Maria de Heredia par exemple, mais aussi Victor Hugo qui viendra dans ce salon. Voilà donc deux personnalités quand même très marquantes de l'histoire de la ville, avec un monument, on l'a dit, imposant.
- Marion Watras
Avant d'achever cette visite, nous faisons une dernière étape.
- Christine Berthou-Ballot
Je voulais terminer cette déambulation rapide par une tombe un peu... originale on va dire, c'est celle du Père Le Sauce. Donc lui c'est le fondateur de la maison des jésuites à Brest en 1856. Il va développer des oeuvres sociales importantes et en particulier pour le personnel de maison d'ailleurs. Et encore aujourd'hui en fait sa tombe fait l'objet de vénérations et il est réputé pour exaucer les vœux que vous faites. Voilà donc c'est la touche d'originalité que je voulais donner à cette déambulation.
- Marion Watras
C'était Brest dans l'oreillette, un podcast de la ville de Brest. Cet épisode vous a plu ? Abonnez-vous !