- Marion Watras
Brest dans l'oreillette, le podcast qui révèle les dessous de l'art et des patrimoines de Brest.
- Marina
J'apprécie mon quartier, on a vraiment la Penfeld à deux pas, on a la patinoire à côté, on a vraiment de beaux espaces.
- Philippe
Il y a toutes les générations, alors les étudiants sont bien intégrés.
- Asma
On l'adore, on l'aime beaucoup et le voir se transformer pour nous c'est une bénédiction.
- Marina
Avec la réhabilitation urbaine justement ce quartier s'embellit.
- Asma
Il va finir par vraiment répondre à son nom Bellevue.
- Marion Watras
Ils sont fiers et n'hésitent pas à le dire. Marina, Philippe et Asma œuvrent jour après jour pour faire de leur quartier un lieu où il fait bon vivre. Comme eux, ils sont aujourd'hui plus de 17 000 à habiter Bellevue. Un quartier situé au nord de Brest, l'un des plus récents de la ville, principalement urbanisé dans la seconde moitié du XXe siècle. Un lieu qui n'a cessé de se métamorphoser ces dernières décennies jusqu'à accueillir récemment la nouvelle ligne de tramway. Vivant de par les milliers d'étudiants qui l'accueillent, Bellevue est aussi ponctuée de nombreux espaces verts, à commencer par les rives de Penfeld. C'est ce quartier aux multiples facettes et surtout son histoire et son évolution que nous allons explorer dans ce nouvel épisode de Brest dans l'oreillette. Commençons par revenir 150 ans en arrière, Claire Tracou du service musée patrimoine de la ville de Brest nous raconte à quoi ressemblaient les lieux à la fin du XVIIIe siècle.
- Claire Tracou
Avec le développement de l'artillerie, la puissance des canons, on avait besoin de pouvoir étendre l'enceinte urbaine. Et donc on s'est étendu sur Bellevue, qui à ce moment-là était plutôt une zone agricole très peu occupée. On avait des fermes, des hameaux qui parsemaient le territoire mais essentiellement des champs et un usage agricole du secteur. Ces remparts ont été le premier gros aménagement, avec une porte, une nouvelle porte pour accéder dans la ville de Brest, qui s'est appelée la Porte de Castelnau, et dont aujourd'hui on a encore un vestige visible sur le quartier, juste derrière le stade du Bouguen. On a une partie de la porte qui a été démontée, déplacée, mais qui nous rappelle cette enceinte fortifiée qui maillait vraiment le Bouguin.
- Marion Watras
Les fortifications sont déclassées en 1921, mais les remparts restent en place jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.
- Claire Tracou
Dès la sortie de la guerre, on a un besoin urgent de retrouver des espaces libres pour reloger les Brestois, pour démarrer des grands chantiers. Et l'emprise des fortifications est vue comme l'opportunité idéale. Donc on arrase immédiatement après la guerre les remparts de Brest, dont l'ouvrage du Bouguen. Et on y établit des grandes cités provisoires, c'est la période des baraques.
- Hugues Vigouroux
S'il travaille aujourd'hui aux archives municipales et métropolitaines de Brest, Hugues Vigouroux a grandi dans le quartier de Bellevue dans les années 60. Il a en mémoire, avant l'urbanisation, un espace rural et agricole.
- Speaker #5
Il y avait des chambres bien sûr. L'exemple type c'est Kerbernier. Kerbernier, l'école, moi je fais quitter l'école de Bellevue, c'est une des premières écoles du quartier. On avait les logements marines, les premiers, bien entendu. Kerbernier est à côté de la route, le reste c'était des serres. Et on allait à l'école en passant par la rue de Jean Sans terre. Alors pourquoi on appelait ça la rue de Jean Sans Terre ? Parce que c'était une ferme et il y avait là, quand j'allais à l'école, il y avait un fermier.
- Marion Watras
Après la période des baraques, vient le moment de reloger durablement les Brestois. Une date importante pour le quartier de Bellevue, 1963. C'est la création officielle... Sous l'impulsion du maire de l'époque, Georges Lombard, de la ZUP, la zone à urbaniser en priorité.
- Hugues Vigouroux
L'idée, c'est qu'en fait, il s'agit de faire une deuxième ville. D'ailleurs, c'est ce qu'on appelait B2, Brest 2. C'est un continuum, c'est ça qui est formidable.
- Claire Tracou
C'est effectivement une configuration assez nouvelle de l'urbanisme, pensée avec des grands ensembles collectifs, une mixité sociale, et puis des bâtiments très modernes. Tout un plan d'aménagement du quartier est envisagé sur une période d'une dizaine, voire d'une vingtaine d'années, pour laisser place progressivement à des grands ensembles. Donc on pense de l'habitat collectif, des immeubles qui vont venir s'implanter ici, sur le territoire naturellement vallonné du quartier, on va édifier des grandes tours, des grands ensembles.
- Marion Watras
Jusqu'alors séparé du centre-ville par le vallon du Moulin à Poudre, le quartier est relié dès 1963 par le pont Schumann. Un ouvrage d'art haut de 40 mètres, construit en moins de 18 mois. En parallèle, l'urbanisation de Bellevue s'accompagne de la construction de différents équipements.
- Hugues Vigouroux
Cette construction qui se fait petit à petit avec, alors de l'enseignement bien entendu, les écoles, on pourrait en parler, mais aussi le développement sportif. Une des premières piscines, c'est Kerallet. Tous ces éléments-là se mettent en place petit à petit pour créer ce B2 là, qui était en fait... Une deuxième ville dans la ville ?
- Claire Tracou
Un des enjeux au moment de l'aménagement de la ZUP, c'est d'y implanter aussi un centre universitaire. À ce moment-là, on n'a pas de véritable université à Brest, et c'est une demande qui est fortement appuyée par des professeurs du territoire. Donc avec l'aménagement du quartier, on pense l'implantation d'une université. On pense aussi des nouveaux équipements avant-gardistes, à l'image de cette nouvelle ville qui vient vraiment à côté de Brest. Et la patinoire le représente assez bien. Elle ouvre dans les années 70 et à ce moment-là, c'est un équipement complètement novateur. C'est du jamais vu dans le Grand Ouest et elle a un succès énorme du fait de cette nouveauté. On a déjà 26 000 entrées très rapidement dans les premiers jours d'ouverture du site.
- Marion Watras
Mais qui dit grands ensembles ne dit pas uniformisation. Si le cœur de quartier se construit autour de la place Napoléon III, les différents secteurs de Bellevue gardent leur identité propre. D'ailleurs, aujourd'hui encore, le Bergot, Kerbernier, Kérallet, Quizac, Kergoat, Lanredec et le Bouguen sont des noms qui ont du sens pour les habitants.
- Claire Tracou
Le quartier, il est marqué par l'existence de secteurs qu'ils définissent. et qui reprennent le nom des anciens hameaux agricoles qui étaient présents sur ce grand terrain à la sortie de Brest, assez excentrés de Brest puisqu'il y avait le vallon du Moulin à Poudre qui créait une véritable frontière avec le centre-ville où s'était développé Brest. Et aujourd'hui, effectivement, Kéralay, Le Bouguin, Kizak portent une véritable identité. Ils ont été pensés comme des petits ensembles au sein du nouveau quartier.
- Speaker #0
Autre caractéristique du Bellevue d'aujourd'hui, la présence de nombreux espaces verts, à commencer par les rives de Penfeld.
- Hugues Vigouroux
Quand on part de n'importe où se balader, le dimanche ou autre, on n'a pas besoin d'aller à des kilomètres, on descend aux rives.
- Speaker #4
Le quartier de Bellevue, c'est vrai qu'il a toujours été marqué avec sa proximité avec la Pinfeld, donc déjà en amont de la Penfeld, on avait une utilisation des rives. Il y a eu très tôt une chapelle qui montrait une implantation humaine ici. Il y a eu différentes industries qui se sont installées sur les bords de Penfeld, dont évidemment pour la construction navale, le stockage de bois dans l'eau saumâtre. Et puis aujourd'hui, ça reste une très grande force d'avoir la présence de ce fleuve juste ici et tous ces vallons verts qui raccordent le quartier de Bellevue aux rives de Penfeld et qui créent quand même un paysage plus verdoyant qu'on ne pourrait croire dans le quartier.
- tramway
Prochaine station, rive de Penfeld.
- Marion Watras
Depuis les années 60, Bellevue n'a cessé d'évoluer. Après le grand renouvellement urbain des années 2020, l'arrivée de la deuxième ligne de tramway constitue la dernière étape en date de cette métamorphose.
- Marina
C'est un plus pour le quartier, c'est vraiment très bien.
- Asma
Le tram a permis encore d'embellir plus le quartier, d'ouvrir, on a l'impression qu'il y a plus de lumière.
- Claire Tracou
Le quartier a déjà été raccordé pour une première marche par le pont Schumann qui a créé cette première liaison au-dessus du vallon du Moulin à Poudre. Et maintenant, l'arrivée du tram raccorde pleinement le centre-ville de Brest avec ce quartier et vient aussi recomposer les avenues en donnant des nouveaux regards, une piétonnisation de certains espaces, une fluidité dans la traversée du quartier qu'on n'avait pas jusqu'ici.
- Marion Watras
Pour continuer la découverte de Bellevue, je vous invite à consulter le livret Parcours, imaginés par des habitants En lien avec le service Musée patrimoine et la mairie de quartier, disponible en ligne sur brest.fr, il propose trois balades patrimoniales. Cet épisode vous a plu ? Abonnez-vous !