Speaker #1Bienvenue dans C'est normal ou pas ? Le podcast qui parle de ce qu'on ressent quand tout déborde. Ici on explore les émotions, le stress et cette mécanique humaine qu'on ne nous a jamais vraiment appris à comprendre. Si vous avez parfois l'impression de ne plus rien contrôler, le stress qui monte, les crises d'angoisse, les émotions trop fortes, la fatigue qui s'installe et que en silence vous vous demandez Est-ce que c'est normal de réagir comme ça ? Est-ce que je suis trop sensible ? Est-ce que c'est moi le problème ? Alors vous êtes au bon endroit. Je m'appelle Karine Agnès, je suis accompagnante en thérapie, bref. Dans chaque épisode, je vous propose d'explorer ce qui se passe en vous, surtout quand ça déborde. Sans culpabilité, sans recettes toutes faites, juste des éclairages, des outils concrets et de la douceur. On y va ? Dans l'épisode précédent, j'ai évoqué ces phrases qu'on a l'habitude de dire, de lire, d'entendre, qui sonnent comme des vérités et qui pourtant ne prennent pas du tout en compte ni la réalité de nos vécus. ni des coûts internes que cela demande parfois, souvent, d'agir, de passer à l'action ou de rester dans une situation. Elle simplifie à l'extrême des réalités humaines qui, elles, sont bien plus complexes qu'elles ne paraissent. Aujourd'hui, je voulais vous parler plus particulièrement d'une de ces phrases. Quand on veut, on peut. Bon alors, je vais vous le dire tout de suite, je ne la supporte pas. Bien sûr que non, je ne suis pas ni contre l'effort, ni contre la responsabilité personnelle, mais cette phrase y était confrontée personnellement. Ma volonté voulait, mon corps, lui, ne pouvait pas. Alors c'est pas le sujet ici, donc je n'entrerai pas dans les détails, mais cette confrontation entre une envie profonde et sincère et une impossibilité bien réelle a profondément marqué mon expérience et nourri ma réflexion. Et d'ailleurs, elle a participé entre autres à la trajectoire qui m'amène aujourd'hui à vous parler de tous ces sujets d'épuisement et de régulation émotionnelle dans ce podcast. En vrai, cette phrase, je la trouve profondément violente. Alors je vous propose de déconstruire cette idée que quand on veut, on peut. De voir ce que ça peut faire à la personne qui la reçoit et qui n'y arrive pas, ou à soi-même. Quand on y croit, même juste un peu. Quand on veut, on peut, repose sur l'idée implicite que si nous n'y arrivons pas, c'est que nous ne voulons pas assez. Autrement dit que la motivation suffirait et que l'échec serait dû à un manque de volonté. Je suis presque sûre que vous avez des exemples qui contredisent tout cela, et pourtant, une petite voix en vous répète encore parfois « Bah ouais, avec de la motivation, de la volonté, on peut y arriver » ou « J'aurais pu y arriver, je n'ai pas dû faire assez d'efforts, j'ai manqué de volonté » . Pour ma bain, ce qu'elle dit souvent, c'est « J'ai manqué de discipline » . En vrai, cette lecture du monde a un côté confortable. Elle nous rassure parce qu'elle nous donne l'illusion que tout est maîtrisable, contrôlable. Parce que s'il suffit de vouloir pour réussir à faire quelque chose, alors on a le contrôle sur ce qui nous arrive. Je vous invite à aller écouter l'épisode 5 du podcast quand il s'appelait « Souriez, nous stressons » qui parle du modèle ciné du stress. Alors je ne vais pas reprendre tout le modèle ici, mais je le trouve parlant. Et ce qui nous intéresse ici, c'est que la perception du contrôle joue un rôle très important dans la réaction de stress. Maintenant, si on revient à notre sujet, au fait de vouloir, peut-être voulez-vous ou avez-vous déjà voulu très fort que l'organisation du travail change, qu'un proche modifie son comportement, que votre charge de travail diminue, que votre famille fonctionne autrement, que votre chef témoigne d'un peu plus de reconnaissance sur la quantité ou la qualité de votre travail. Dans ces situations, si on regarde bien, les changements attendus ne dépendent pas, ou si peu, de vous. Et quand le changement ne dépend pas de soi, la volonté ne va pas être très utile. Elle ne va même pas aider à diminuer le stress potentiellement ressenti, et bien au contraire va certainement l'augmenter. On va avoir le sentiment de contrôler quelque chose en continuant par exemple d'insister malgré tout, faire encore plus de propositions sur l'organisation, parler et expliquer davantage, être encore plus conciliant, râler plus fort tout en travaillant encore plus, de plus en plus. Et plus on insiste à tenter de faire changer une situation ou une personne, plus la tension entre ce que l'on veut et ce que l'on peut réellement influencer, grandit. En séance, je prends souvent l'image de cette pâte appelée houblec, qui est un mélange d'eau et de fécule de maïs qui a une propriété assez particulière. Plus on la frappe, ou plus on essaie de la traverser en force, plus elle devient dure. A l'inverse, lorsqu'on va doucement, elle devient souple et on peut s'y enfoncer. Je trouve cette image particulièrement parlante, parce que c'est un peu comme ça que l'on finit parfois par utiliser sa volonté, en forçant toujours davantage. Et plus on force, plus ça résiste. Plus on tente de contrôler, de convaincre, de retenir, de changer, plus le système se rigidifie, plus on dépense son énergie et plus on s'épuise. Cela peut être le cas dans certaines relations, dans certains conflits, mais aussi dans notre rapport à nous-mêmes. Plus on s'oblige à tenir alors qu'on est épuisé, plus le corps proteste. Plus on cherche à faire disparaître une émotion à tout prix, plus elle semble prendre de place. Alors cette phrase « quand on veut on peut » , qui est souvent présentée comme un proverbe motivant, fonctionne en réalité plutôt comme une injonction. Elle sous-entend que nous devrions être capables de faire. Elle est culpabilisante, et c'est là que la phrase devient néfaste, préjudiciable, dommageable, dangereuse. Ce que j'ai appris de mes expériences passées, c'est que la volonté ne commande pas au réel. La volonté ne commande pas au corps. Elle ne commande pas aux limites biologiques et physiologiques de l'organisme. Elle ne commande pas aux contraintes du réel, aux contextes dans lesquels nous évoluons au quotidien. Et elle ne commande certainement pas aux autres. Beaucoup de nos contextes sociaux, professionnels, familiaux, valorisent la performance, le fait de tenir, de ne rien lâcher, de persévérer coûte que coûte. Pourtant, ce n'est pas comme cela que notre cerveau et notre système nerveux fonctionnent. Nos capacités attentionnelles sont limitées, nous avons besoin d'alternance entre activation et récupération. D'ailleurs, plus nous sommes stressés et épuisés, moins nous avons accès à nos capacités d'autorégulation et à nos capacités cognitives. La volonté est une fonction cognitive. Elle repose sur le cortex préfrontal, or ce cortex est la première zone impactée par la fatigue, le stress chronique et la surcharge. C'est une réalité neurobiologique et ça n'a rien à voir avec le caractère ou la personnalité. Alors quand une personne est en surcharge, lui dire « Allez ! » Quand on veut, on peut, même si ça part d'une bonne intention, ou se dire cette même phrase à soi-même alors qu'on est déjà bien en difficulté, c'est totalement contre-productif. Ça ignore complètement l'état réel de la personne ou de soi-même et de la physiologie. Dire à quelqu'un en surcharge « quand on veut, on peut » , c'est ignorer totalement son état physiologique et ça peut même faire des dégâts même si on ne les voit pas tout de suite. Par exemple, sur le plan professionnel, cela peut nourrir l'hyper-responsabilisation Et le surinvestissement avec des phrases et s'entendre que tout dépend de la personne et qu'elle peut faire juste un petit peu plus d'efforts. Si tu veux évoluer, tu peux. Si tu veux mieux t'organiser, tu peux. Si tu veux réussir, tu peux. Ce qui invisibilise et nie la charge mentale, les inégalités structurelles, les dynamiques d'équipe, les contraintes familiales, les rapports de pouvoir ou encore les contraintes économiques. Du côté personnel, c'est la même chose. et en plus dire des phrases qui signifient Si tu voulais vraiment poser des limites, tu le ferais. Si tu voulais vraiment être plus patient, plus patiente, tu pourrais. Si tu voulais vraiment changer, tu changerais. C'est toucher non pas seulement à la capacité d'agir et à poser des actions, mais à la manière dont nous nous régulons émotionnellement, dont nous interagissons dans nos relations, où il y a parfois de forts enjeux interpersonnels, des risques de conflits, de ruptures, ou tout simplement la manière dont nous avons appris à fonctionner. Autant de compétences qui ne s'acquièrent pas. par la seule volonté et que beaucoup n'ont jamais eu l'occasion d'apprendre. Par exemple, vouloir réguler ses émotions de manière différente ne signifie pas savoir le faire, ni même déjà ce que ça signifie. Aussi, si vous voulez en savoir plus sur ce qu'est la régulation émotionnelle, vous pouvez écouter l'épisode 5 « Pourquoi nous régulons nos émotions » . Et donc, tout remettre à une simple question de motivation, c'est faire comme si tout cela, la physiologie, les dynamiques relationnelles, les contraintes structurelles, l'état de fatigue, la sécurité intérieure, etc. n'existait pas. Et comme on a souvent grandi avec cette idée que tout cela, au mieux ce sont des excuses, au pire n'existe pas, et bien si on n'y arrive pas, même avec toute la meilleure volonté du monde, on culpabilise. Avec la culpabilité, on se critique, on se dévalorise, on s'en veut, et même parfois on a honte. Confondre motivation et capacité crée de la culpabilité, et la culpabilité chronique crée de l'épuisement. Alors oui, je vous le redis, cette phrase « quand on veut on peut, je ne la supporte plus » , je sens la colère qui monte quand je l'entends avec ces variantes « avec un peu de volonté on y arrive, il suffit d'eux » et toutes les joyeusetés du genre. Et on les rencontre tellement souvent. Perdre du poids, arrêter de fumer, quitter une relation qui fait souffrir, changer de travail, avoir des enfants, ne pas en avoir, mieux dormir, gérer son stress, avoir davantage confiance en soi, sortir d'un burn-out, arrêter de procrastiner, être moins perfectionniste, être moins anxieux, être plus patient, être moins sensible, se remettre au sport, apprendre à dire non. ne plus se mettre autant la pression, comme si tout cela relevait simplement d'une question de volonté. Tout le monde rencontre des limites, et c'est normal. Nous sommes limités par notre corps, notre biologie, nos capacités financières, notre histoire, nos vécus, nos apprentissages. Et c'est rassurant, car cela nous rappelle que nos difficultés ne sont pas le signe d'un manque de volonté ou d'un échec personnel. Et c'est rassurant, car cela nous invite à remplacer le jugement par la compréhension, comprendre ce qui nous freine plutôt que nous reprocher de ne pas en faire davantage. C'est rassurant aussi, car connaître ses limites permet également de mieux identifier ses ressources et sa véritable marge de manœuvre. Et enfin, c'est rassurant, car cela signifie que nous n'avons pas à tout porter, ni à être capable de tout. Et si on arrêtait de répéter ces phrases sans les questionner ? Prendre conscience qu'elles peuvent être blessantes, culpabilisantes, ou faire porter à une personne une responsabilité qui n'est pas entièrement la sienne. Lorsqu'elles sont dites à soi-même, c'est de la pression intériorisée, une exigence abusive envers soi-même, et qui par ailleurs ne prend pas en compte que nous sommes aussi toujours dans des contextes qui nous contraignent plus ou moins fortement. Dans l'épisode précédent, je parlais d'arrêter pour se préserver, de lâcher prise. Aujourd'hui, je complète cette idée avec le fait que savoir arrêter n'est pas un échec de volonté. Mais surtout, il est important de noter qu'accepter qu'on ne puisse pas tout porter, ni être capable de tout, n'est pas renoncer à nos valeurs. C'est reconnaître la réalité, celle de ses capacités, de ses ressources, de ses marges de manœuvre, car il existe une différence essentielle entre ce qui dépend de soi et ce qui ne dépend pas de soi. Quand on agit là où ça dépend de soi, il devient possible d'ajuster ses attentes, de revoir ses priorités et de se poser des frontières claires. D'une manière générale, si une phrase est trop simplificatrice, Si elle évacue toute nuance, toute complexité, c'est un signal d'alerte. Il y a de très grandes chances qu'elle ne soit pas aussi aidante qu'elle en a l'air. Il est évident que tout n'est pas possible même si on le veut assez fort. Et bien sûr que la volonté est une ressource précieuse. Elle nous aide à nous mettre en mouvement, à dépasser certaines peurs, à agir malgré les doutes, à prendre des décisions difficiles ou à changer des choses importantes dans notre vie. Mais elle n'est qu'une ressource parmi d'autres. Elle ne fait pas disparaître les contraintes, les limites ou les réalités. Elle ne transforme pas tout ce que nous voulons en quelque chose que nous pouvons. Alors aujourd'hui, si vous vous reprochez de ne pas réussir quelque chose malgré une envie sincère, posez-vous ces questions. Est-ce vraiment une question de volonté ? Ou est-ce une question de ressources, de contexte ou de limites ? Même si la réponse peut être au départ désagréable, avons-le, il n'est jamais très agréable de ne pas avoir le contrôle sur une situation, se confronter au réel peut permettre de se poser des questions bien plus aidantes, comme « Où se situe réellement ma marge d'action ? » ou « Quelle autre manière d'agir est possible ? » Parce que oui, quand on veut, on peut parfois... Et quand on ne peut pas, ce n'est pas obligatoirement une question de volonté. Vous venez d'écouter C'est normal ou pas ? Si cet épisode vous a parlé, si vous vous êtes reconnu, ou si vous pensez à quelqu'un à qui il pourrait faire du bien, n'hésitez pas à le partager, ou à laisser un petit avis. Ce podcast est là pour ouvrir des portes, mais il ne remplace pas un accompagnement. Ce que vous ressentez a une logique, toujours. Et parfois, ce dont on a besoin c'est d'une vraie écoute, d'un espace sécure où déposer ce qu'on traverse, d'un regard extérieur, d'un coup de pouce, ou simplement d'un peu de soutien. Alors si vous sentez que c'est le moment pour vous, osez faire ce pas. Retrouvez tous les autres épisodes sur vos plateformes habituelles, contactez-moi sur mon site internet carinaniès.fr ou simplement parlez-en autour de vous. Merci d'avoir été là, à très bientôt.