- Speaker #0
J'ai la chance d'être dans l'intimité des femmes à des moments hyper importants de leur existence. C'est un truc de fou, franchement j'ai le plus beau métier du monde. Personne ne fera changer d'avis. A chaque accouchement je suis là. Waouh ! C'est des gens qui se dédoublent. Vous rentrez, vous êtes deux dans une salle d'accouchement, vous sortez, vous êtes trois quoi. C'était mieux après.
- Speaker #1
Bonjour à toutes et à tous, ici Lou Espargillière, je suis rédacteur en chef de Vert ou Vert le Média sur les réseaux. Et vous êtes bien dans « C'était mieux après » , le podcast qui vous réconcilie avec l'avenir. Et d'avenir, il sera question aujourd'hui, puisque je reçois ni plus ni moins la reine du baby game. Mon invitée est sage-femme, autrice de très nombreux ouvrages, podcasteuse, chroniqueuse dans les maternelles XXL sur France 4, et même crossfiteuse. Où trouve-t-elle toute cette énergie ? Je vous le demande. Aujourd'hui, on va parler avec elle de congénescence, de répartition des tâches, d'éco-anxiété, de ménopause et de bébé moche. J'ai le plaisir de recevoir Anna Roy. Bonjour Anna.
- Speaker #0
Bonjour Lou !
- Speaker #1
Alors merci beaucoup d'être parmi nous aujourd'hui avec ton agenda trépidant et ta vie, tes mille vies. Avant qu'on parle de ça, j'aimerais t'interroger sur une question d'actualité. Ça vient juste d'être confirmé par l'INSEE. On fait de moins en moins d'enfants en France et en 2025, pour la première fois, le nombre de décès est supérieur au nombre de naissances. C'est la première fois depuis 1944. On compte désormais 1,6 enfants par femme contre 2 en 2012, donc il n'y a pas si longtemps. Pourquoi selon toi on fait de moins en moins d'enfants comme ça en France ?
- Speaker #0
C'est une question qui est très complexe. Et d'ailleurs, les gens honnêtes disent que ce n'est pas si simple de répondre à cette question. Mais comme on est malhonnête ici... Non mais vraiment, c'est assez compliqué. Moi je pense que c'est vraiment multifactoriel. Je pense qu'il y a à la fois des questions de peur de l'avenir. Alors ça ne veut rien dire. Ça ne veut tout et rien dire. Il y a la peur de l'avenir bien sûr. Il y a la question de la précarité. Et quand je parle de précarité, je ne parle pas de précarité forcément très grave. Mais de gens qui ont des problèmes de logement tout simplement. C'est-à-dire que c'est très difficile de se loger dans les grandes métropoles. Il y a une pression énorme. énorme qui s'exerce sur les femmes. Moi, je pense que ça, ça joue beaucoup. C'est-à-dire qu'on leur demande d'être à la fois parfaite au travail, parfaite dans leur famille, parfaite avec leur mec ou leur meuf, parfaite partout. Et en fait, c'est pas possible. Enfin non, je pense que c'est très multifactoriel, très complexe. Mais je trouve ça, en vrai... Alors, c'est une sage-femme qui parle. En vrai, je trouve ça dommage. Il y a des gens qui disent « on s'en fiche » , en fait. Mais moi, je trouve ça dommage parce qu'en fait, il y a quand même un tiers des femmes qui n'ont pas le nombre d'enfants qu'elles souhaitent. Et c'est sur ce chiffre-là que j'ai envie de m'attarder C'est de me dire, zut, il y a des femmes qui voudraient plus d'enfants et qui ne peuvent pas les avoir parce que la vie est trop dure, trop complexe, parce que les conditions d'accouchement ne sont pas bonnes, parce que plein de choses. Et en vrai, je trouve que ça fait suer.
- Speaker #1
Ce matin, en écoutant Religion France Inter comme tous les matins, j'ai entendu un journaliste économie, que je ne citerai pas, un homme blanc de plus de 50 ans, qui nous expliquait que si les gens font plus d'enfants, c'est parce qu'on est plus en plus individualistes, qu'on passe nos journées sur des smartphones et que finalement on ne vit pas plus mal aujourd'hui qu'il y a 50 ans. Qu'est-ce que tu as envie de répondre à ce genre d'affirmation ?
- Speaker #0
Alors moi, ce n'est pas du tout ce que j'observe. Je passe quand même beaucoup de temps avec les couples, beaucoup de temps avec les femmes, beaucoup de temps avec les gens. Et ce n'est pas du tout pour moi le motif qui revient. Non, non, pas du tout. Là, je crois qu'il faut être très terre à terre. Non, ce n'est pas du tout ça. Enfin, ce n'est pas le sujet. Ce serait trop simple. Alors peut-être qu'on est tous plus individualistes, mais les boomers le sont tout autant, individualistes. Enfin, je veux dire, là, je ne marche pas sur ce truc-là.
- Speaker #1
Et quand Emmanuel Macron, dans ce contexte, nous demande de faire le réarmement démographique de la France, s'il vous plaît, qu'est-ce que tu penses, toi, déjà de ce vocabulaire ? Cette injonction qui est faite...
- Speaker #0
C'est absolument pas... Moi, ça m'a sidéré. Je me suis dit, mais ai-je bien entendu ce qu'il dit ? Ça n'a aucun sens. Et puis surtout, si vous voulez que la natalité augmente, donnez les moyens aux gens d'avoir le nombre d'enfants qu'ils souhaitent. Encore une fois, un tiers des femmes n'ont pas le nombre d'enfants qu'elles souhaitent. Ok, permettons-leur d'avoir le nombre d'enfants qu'elles souhaitent. Et c'est encore une fois sur ce chiffre-là qu'il faut agir. Parce que forcer et contraindre ceux qui n'en veulent pas, ça n'a aucun sens, évidemment. Mais par contre, permettre à celles et ceux qui en veulent, alors là, oui, je trouve que ça a du sens.
- Speaker #1
Alors sur quoi il faudrait agir ? Parce qu'il y a plein de politiques publiques qu'on pourrait mener, notamment, tu l'as un peu dit, la crise du logement. Aujourd'hui, pour des trentenaires qui essayent de se loger, c'est quasiment impossible dans les grandes villes de trouver un trois-pièces ou un endroit où on peut élever un gamin. Il y a tout un tas de politiques publiques qu'on pourrait mener aussi, je ne sais pas, pour rendre moins cher l'accès aux crèches par exemple. C'est quoi un peu les solutions que toi tu vois ?
- Speaker #0
Il y avait l'extension du congé de naissance évidemment, donc ça c'est très bien.
- Speaker #1
On en parlait tout à l'heure, oui.
- Speaker #0
Mais il y a évidemment plein de choses. Je pense que c'est la place de l'enfant qui doit être vue dans notre société.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Je pense qu'il faut partir de l'enfant et des femmes. C'est-à-dire qu'à la fois le suivi du postpartum, c'est une catastrophe. Les femmes sont très seules. C'est vraiment très dur pour les femmes, particulièrement pour les femmes. L'inégalité dans la répartition des tâches et tout ça. Et puis même, c'est la question de l'enfant. En fait, quand vous avez un enfant en bas âge, vous faites chier tout le monde. Mais c'est très particulier. C'est-à-dire qu'en fait, tu vas dans le train, tu fais chier le monde. Tu vas dans le bus, tu fais chier le monde. Tu fais chier tout le temps tout le monde. Tu vas au resto, tu fais chier tout le monde. Donc en fait, quand on a un, deux, moi, ça fait partie des choses qui ont fait que... une source d'emmerdement pour les autres. Et ce n'est pas agréable de sentir ça. Ah oui, ceux qui n'ont pas d'enfants, vous verrez. Ça, c'est très pesant. Je pense qu'il faut changer la place de l'enfant dans la société. Oui, un enfant, ça ne parle pas au bon moment. Ça s'exprime par va, ça pleure, ça crie, ça tapote, etc. Même dans les supermarchés, il n'y a qu'à voir comment les gens sont saoulés. Vraiment, parents en peau de... Si la place de l'enfant est changée, je pense que ça favorisera aussi la natalité. Et puis, encore une fois, mieux accompagner les parents et plus d'égalité dans la répartition des tâches.
- Speaker #1
Mais qu'est-ce qui fait que cette place de l'enfant a changé ? On ne supporte plus la présence de gamins ? Mais elle a déjà supporté. Est-ce qu'on est trop nombreux dans les villes ? Et ça, en fait, on ne l'a jamais eu. Est-ce qu'avant, les enfants restaient à la maison beaucoup plus longtemps ? Et en fait, ils étaient dans la sphère familiale et hurlaient dans la sphère familiale ?
- Speaker #0
Honnêtement, je n'en sais rien. Et là, pour le coup, je laisse les sociologues, les ethnologues, etc. parler à ma place. Mais je crois vraiment que c'est la question centrale. C'est la question de l'enfant. Qu'est-ce qu'on supporte ? Et puis, il y a une pression. Il y a une pression, c'est-à-dire qu'on met une pression sur les parents pour que leurs enfants soient parfaits et qu'on soit des parents parfaits. Non, mais c'est un truc de fou. Les gens passent un temps fou à se documenter. Alors, ils ont raison. À la fois, il faut s'informer pour être parent.
- Speaker #1
J'écoute les podcasts d'Anna. De fait, c'est vrai.
- Speaker #0
Moi, je ne parle pas d'éducation, mais de fait, sur l'éducation, il y a des schémas d'application. C'est des schémas qui sont soi-disant transposables à tous les enfants, alors que ce n'est pas vrai. Je pense que la place de l'enfant doit être reconsidérée dans notre société. Et d'ailleurs, même on le voit avec les violences faites aux enfants. C'est-à-dire que quelque part, je ne sais pas, l'enfant n'a pas de la place qu'il mérite, je crois vraiment. Et ça, ça ne favorise pas la natalité, j'en suis persuadée.
- Speaker #1
En tant que sage-femme, tu côtoies beaucoup de futurs parents, les jeunes futurs parents. C'est quoi leurs principales angoisses ou leurs principales craintes pour leur enfant ?
- Speaker #0
Mais tout ! C'est vrai que c'est une période de grande anticipeur. C'est vrai que c'est un tel renversement de l'existence, la responsabilité de cette petite personne-là, c'est quand même inouï et énorme. Donc en fait, tout est sujet d'angoisse Et ils sont d'autant plus angoissés qu'on est dans une société performative où il faut être parfait, le meilleur, le plus machin, le plus branché, le plus informé, le plus machin. Et donc effectivement ça fout une pression d'enfer. Il faut qu'ils fassent les enfants des tapis bidules, il faut qu'ils fassent de la diversification alimentaire comme ci ou comme ça, il faut que, C'est chaud hein ? Donc c'est angoisse. Il y a des choses qui sont bien, je dis que tout n'est pas acheté à la poubelle mais quand même il faut se foutre un peu la paix et souvent les parents, hors cadre de la maltraitance évidemment, les parents se débrouillent assez bien en fait.
- Speaker #1
Et alors, il y a une autre angoisse qui me fait un petit peu rire, mais c'est celle d'avoir un bébé moche.
- Speaker #0
Ah non, mais ça, c'est une vraie angoisse.
- Speaker #1
C'est une vraie angoisse ? Oui. Mais alors, quand tu as des jeunes parents qui ont un bébé qui est moche et qui te demandent ton avis, tu réponds quoi ?
- Speaker #0
Alors déjà, il faut dire que bon, la question, je ne vais pas vous l'apprendre, mais la question de la beauté est subjective. Mais de fait, il y a des bébés qui ont vraiment des têtes bizarres. Ce n'est pas le moche, mais ils ont des têtes... Moi, je ne dis rien. Moi, quand un bébé est... Je ne dis rien. En fait, quand je trouve un bébé beau, je le dis. Quand je trouve un bébé moche, je le dis.
- Speaker #1
Et quand on demande ton avis sur un bébé moche ?
- Speaker #0
Je dis que oui, il est adorable, etc. Mais ce n'est pas des bébés moches. C'est vrai qu'il y a des bébés qui ont des drôles de têtes. Je tiens à préciser que vous pouvez regarder vos photos de vous bébé. On peut devenir très beau avec des têtes bizarres. Et l'inverse est vrai aussi.
- Speaker #1
Je précise justement mon petit frère, je le salue constant, qui était un bébé qui ressemblait globalement à un bulldog. et qui est un très bel adulte, donc voilà c'est vraiment mon espoir. Je me dis si j'ai un bébé qui a une tête bizarre moi ça me... Voilà je sais qu'on peut revenir sur ça. On mettra la tête de mon frère dans la version vidéo du podcast. Donc toi tu as deux enfants : Belchior et Auguste qui ont 7 et 9 ans. Est-ce que toi tu t'es posé des questions un peu sur l'état du monde au moment où on te décidait d'avoir des enfants ? Parce qu'on voit qu'aujourd'hui les couples qui sont angoissés pour l'avenir ont tendance à avoir moins d'enfants que les couples qui se fichent un peu de la crise climatique ou pour qui ce n'est pas une préoccupation. Est-ce que toi, ça faisait partie de ta réflexion ou finalement tu as décidé d'avoir des enfants pour toute autre raison ?
- Speaker #0
Non, pas du tout. Moi j'avoue que ça ne faisait pas du tout partie de ma réflexion. J'ai eu des enfants beaucoup plus jeunes que mes potes. Je ne me suis pas vraiment posé la question, j'ai un peu sauté dans le vide sans parachute. Non, je n'ai pas réfléchi. Enfin, je ne sais pas, non, je n'ai jamais pensé à ça. Ça fait complètement inconscient et un peu bête de dire ça.
- Speaker #1
Peut-être pas.
- Speaker #0
Mais non, je n'y ai pas pensé. Il y a quelques moments, on était un peu moins bien informés. Pour le coup, ce qui va me faire flipper, c'est de me dire, ok, potentiellement il va y avoir des guerres. Et ça, j'y crois pour le coup, de façon beaucoup plus plausible. Et je me dis, zut ! Dans quel monde je les balance, etc. Bien sûr j'ai des angoisses. Mais en tout cas au moment de faire des enfants, non. Surtout que moi ce n'était pas un projet d'enfant comme les gens ont parfois, on va arrêter la contraception, on va faire ça. C'est des enfants qui sont venus comme ça et donc je n'ai pas eu de questions à me poser. Ça je crois que ça change aussi un peu la donne. Entre les parents qui... L'enfant arrive et puis les parents où on veut avoir un enfant, on se pose, on réfléchit et tout. Moi je n'ai pas réfléchi.
- Speaker #1
Oui aujourd'hui qu'ils sont là, donc ils devraient connaître si tout se passe bien l'année 2100. Assez loin dans le futur, et notamment dans le futur climatique. Et pas que, tu parlais de la guerre, la montée du fascisme, il y a plein de raisons d'où stresser aujourd'hui. Quand t'imagines leur avenir, est-ce que toi t'arrives à rester optimiste ?
- Speaker #0
Ah non, je me refuse à le faire. Parce que sinon ça m'angoisse trop.
- Speaker #1
Ah oui, tu refuses d'y penser. Tu refuses pas de rester optimiste.
- Speaker #0
Ah non, je refuse d'y penser parce que ça m'angoisse trop. Autant je fais pas la politique de l'autruche sur plein de sujets, mais autant sur ce sujet-là je fais la politique de l'autruche. Parce que d'abord, il faut manquer sacrément de modestie de penser qu'on a soi-même à l'échelle individuelle une prise... sur le cours de l'histoire. Donc moi, je sais que je n'ai pas de prise sur le cours de l'histoire, enfin, microscopique. Et donc, je me dis, bon, ben non, ça m'angoisse trop. Parce que tu vois bien que des fois, l'histoire balaye les trajectoires individuelles. Et moi j'ai eu deux grands-pères qui ont fait la guerre de 40 et qui ont... Enfin je veux dire, donc je sais bien que le cours de l'histoire parfois t'écrase et te dépasse. Et donc bien sûr que j'ai envie de me dire que j'ai une influence sur le monde, mais en fait elle est ridicule, mon petite.
- Speaker #1
Elle n'est pas si ridicule que ça quand même, t'as quand même un porte-voix... Bien sûr, non non, évidemment,
- Speaker #0
je ne dis pas que je ne fais rien, etc. Mais je pense qu'il faut rester modeste, je fais ce que je peux à mon échelle. Mais malheureusement, sur le cours de l'histoire, on voit qu'il y a des puissances qui sont quand même mouse costauds. Et je ne suis pas sûre que...
- Speaker #1
Voilà. Plus facile d'agir sur le climat que sur Vladimir Poutine, probablement. Qu'est-ce que la crise climatique, ça change dans ton métier ?
- Speaker #0
Eh bien, moi, je dirais les vagues de chaleur. Les vagues de chaleur à la fois sur moi et à la fois sur mes patientes. On a des vagues de chaleur qui sont de plus en plus importantes. Et ça, ça a vraiment changé en l'espace de 15 ans. Et de fait, les vagues de chaleur... en particulier à Paris, sont très compliquées à gérer pour les femmes enceintes et les parents de jeunes enfants. Ça paraît tout bête comme ça, mais c'est assez considérable.
- Speaker #1
Donc à la fois pendant la grossesse...
- Speaker #0
On sait maintenant, et c'est bien documenté, que la canicule, c'est plus d'accouchements prématurés, c'est plus de bébés de petits poids, c'est plus de complications obstétriques. Enfin, ça a une vraie répercussion sur la santé des femmes. Des petits bébés ?
- Speaker #1
Ils ont un peu fondu dans le ventre de leur mère. Non,
- Speaker #0
mais c'est ouf ! Parce que ça a fait des modifications cardiovasculaires qui ne sont pas bonnes. Donc en fait, ça a de vraies répercussions. Et sinon... qu'est-ce qu'on pourrait dire ? T'aurais d'autres idées toi ? Non moi je crois, moi à part ces vagues de chaleur
- Speaker #1
Avant le début de l'entretien on parlait notamment de ce que ça change dans l'hôpital donc effectivement sur tout le personnel soignant c'est beaucoup plus compliqué dans les vagues de chaleur avec ce sujet de la climatisation notamment. Toi tu disais justement alors toi t'es pour la clim dans l'hôpital et c'est un peu d'opposition avec d'autres de tes collègues ?
- Speaker #0
C'est un sujet d'opposition avec beaucoup de mes potes qui sont très écolos et qui me... moi j'ai honte je vais me faire taber dessus mais c'est grave je suis très pro-clim. Je pense que les populations précaires, les populations vulnérables les malades chroniques et tout ça c'est vraiment presque criminel d'aller dire sur un plateau de télé la clim c'est de la merde en fait non l'être humain il fait pour vivre à des températures à peu près pas extrêmes pas trop chaud, pas trop froid et c'est comme de dire pour des raisons écologiques arrête de te chauffer l'hiver parce que le chauffage c'est pas bon pour la planète je trouve ça honnêtement presque criminel Alors le chauffage n'a pas tout à fait le même impact que la climatisation Je sais que ça n'a pas le même impact mais tu vois, tu ne peux pas dire ça à des populations et précaires, et vulnérables et malades,
- Speaker #1
etc. Ce que tu dis c'est la nuance, c'est-à-dire qu'on ne parle pas de mettre la climatisation comme ça à tout le monde En revanche, je pense que la plupart des gens, même les plus écolos seront assez d'accord pour dire que dans des contextes particuliers notamment dans les maisons de retraite, dans les hôpitaux comme tu dis là où il y a des populations vulnérables c'est une question de survie en fait Exactement
- Speaker #0
Non mais même dans les logements, et je sais pas, il faudrait inventer, moi je suis pas spécialiste du truc, mais... Il faudrait inventer des façons que les gens puissent avoir accès facilement. Parce que typiquement pour ma mère qui a 80 balais qui était à Paris, bah y'avait rien en fait.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Et tu vois elle était extrêmement mal donc il faut qu'elle se fasse, elle était obligée de lui payer un hôtel à Paris pour qu'elle ait la clim, tu vois ? Enfin c'est-à-dire on en est là.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Et donc ça je trouve ça un peu terrible.
- Speaker #1
Ouais mais je suis d'accord avec toi. Là en juin dernier y'a eu une canicule vraiment carabinée à Paris. Voilà. Mais évidemment pas pendant les vacances festivales donc on l'a tout oublié en travaillant. Voilà. Et c'est vrai que c'était, même pour moi, dans un appartement parisien, pas très bien isolé, ancien et tout, c'était un supplice. Et tous les fenêtres, et en fait, c'est dans l'une des villes les plus denses du monde. Donc dehors, il y a plein de gens qui survivent parce que chez eux, c'est encore moins bien isolé et tout. Et puis,
- Speaker #0
il y a la question de la pollution aussi, moi, qui m'inquiète énormément.
- Speaker #1
Qui est liée à celle du climat, d'ailleurs.
- Speaker #0
Oui, ça m'inquiète beaucoup.
- Speaker #1
Donc, ça t'inquiète comment ?
- Speaker #0
Parce que j'imagine bien que la répercussion sur la santé des populations avec ces micro-particules et tout, ouf, ces nanoparticules, même, je n'aime pas du tout ça. Mais bon...
- Speaker #1
Alors justement, je suis allé fouiller un peu dans le dernier rapport du GIEC, que j'ai évidemment lu intégralement pour préparer cette émission, pour regarder un peu les risques justement qui étaient les risques pour les jeunes enfants et même les futurs enfants. Donc il y a évidemment les risques liés à la chaleur, on l'a bien décrit, à la pollution de l'air aussi, donc qui peut créer des maladies respiratoires et la chaleur aggrave la pollution de l'air, donc c'est vraiment lié. Il y a aussi tout un tas de problèmes de santé mentale, ça on y pense un peu moins, mais les vagues de chaleur et tous les événements climatiques extrêmes, une tornade qui détruit ton village ? pas atterri pour la santé mentale, c'était très traumatique. Et il y a aussi évidemment la destruction de la nature qui impacte le cadre de vie, ce n'est pas très sain. Et enfin, il y a aussi quelque chose qui est plus de l'ordre de la sécurité ou la santé économique, qui est que ça rend parfois impossible de travailler en extérieur, et donc notamment pour des populations plus précaires, ça a des difficultés économiques supplémentaires, qui ne sont pas ouf pour le développement d'un enfant. Ça c'était pour la partie un peu désespérante du podcast. On va aller sur quelque chose d'un petit peu plus léger maintenant. Comment tu fais pour être sûr de ne pas dire des conneries ? Parce qu'en fait, quand on produit un tel volume sur des sujets qui sont aussi variés, c'est quoi tes gardes fous ?
- Speaker #0
Moi, je n'ai pas tant de sujets que ça.
- Speaker #1
Tu as une quinzaine de livres sur...
- Speaker #0
Ah non, mais moi, je suis une travailleuse de l'extrême. Vous n'avez même pas idée. Je pense que tout ça, c'est du... comme ça. Mais c'est juste énormément de travail. Je travaille comme un chien, quoi. Un chien galeux. Je travaille. Par exemple, en plus, j'ai un autisme. En fait, quand je suis obsessionnelle d'un sujet, tu vois la ménopause ? J'ai bossé trois ans, mais c'est un truc de malade comme j'ai bossé. Je peux pas te dire, mais c'est... Alors justement, on va parler de la mort du goût. C'était un truc de malade aussi. Tous les sujets, je les ai creusés à fond, quoi. Et après, par exemple, sur le climat, j'étais là : "Oh la la, venir au Vermedia, mais c'est la cata, j'y connais rien." Sur le climat, je suis hyper mal parce que...
- Speaker #1
- Donc t'as lu aussi le rapport du GIEC en fait ? - Bah non !
- Speaker #0
Là pour le coup, j'avais pas le temps donc j'étais mal.
- Speaker #1
*Rires* Mais t'inquiète pas, on t'attend pas au tournant sur le climat. Donc on va parler dans deux minutes de ta morning routine et de la menopause, on va y revenir. Avant ça, autre question sur un autre sujet d'actualité. Donc t'as commencé à en parler tout à l'heure. En France, en gros, on a un système de congés paternité-maternité qui est assez inégalitaire. Grosso modo, on a 16 semaines pour les femmes entre avant et après la grossesse. Et on a cinq semaines pour les hommes, en tout et pour tout. Ce qui incite globalement les femmes à s'occuper des enfants, à rester à la maison et les hommes à retourner rapidement au travail par nécessité économique aussi. Et donc en décembre, l'Assemblée nationale a voté la création d'un nouveau congé de naissance qui permettrait de prendre un à deux mois supplémentaires au papa et à la maman. Donc ça c'est les dernières infos qu'on a. Le premier mois serait payé 70% du salaire net et le deuxième 60%. Est-ce que c'est une vraie bonne avancée selon toi ce nouveau congé de naissance ?
- Speaker #0
Oui quand même. Enfin je veux dire c'est mieux que... pas, tu vois ce que je veux dire ? Est-ce que ça aurait pu être mieux ? Bien sûr, mais c'est mieux que rien. Enfin, c'est mieux que ce qu'il y avait avant.
- Speaker #1
Oui. Et donc, si ça aurait été quoi mieux ? Qu'est-ce qu'il aurait fallu faire de mieux ?
- Speaker #0
Il aurait fallu mieux le rémunérer et moi, je pense quand même alors ça, c'est très débattu, mais je pense qu'il aurait fallu le rendre obligatoire. En même temps, c'est délicat de faire ça parce que je sais que dans certaines professions, tout ça, c'est vraiment pénible mais je me demande, tu vois, si vraiment ça va permettre une vraie répartition, une vraie... Je ne sais pas, on va voir. Je ne veux pas dire... Moi, je pense que c'est plutôt bien Après, reste à voir en pratique. Tu vois, par exemple, sur le mois de congé qui avait été donné aux coparents, c'est super et c'est super dans plein de cas.
- Speaker #1
Tu peux juste rappeler ?
- Speaker #0
En fait, avant, il y avait 11 jours ou 10 jours pour les coparents. Et aujourd'hui, il y a un mois, bientôt plus. Et c'est bien dans la majorité des cas. Mais de fait, il y a plein de gens qui en profitent pour poser des vacances. Ce n'est pas forcément en pratique, mais on verra bien. Oui, pardon,
- Speaker #1
j'ai dit la mère et le père, mais évidemment, c'est la mère et le coparent qui soient père ou mère. Oui, donc c'est moins pire que ce qu'il y avait.
- Speaker #0
On aurait pu faire mieux.
- Speaker #1
70% du salaire net, quand tu parles de population précaire, la personne va retourner travailler parce que... Exactement. 70% d'un salaire pas très élevé. Et puis là,
- Speaker #0
on parle de salariés, mais quid des artisans ? Quid des agriculteurs ? Quid de tout ça ? Eux, je veux dire, il y a plein de professions où c'est juste même pas possible d'envisager ça. Donc en fait, c'est toujours ça de pris. Dire que ce sera miraculeux, certainement pas.
- Speaker #1
Donc on l'a dit, tu as deux enfants et... Peut-être que tu incarnes un couple modèle avec leur papa. Est-ce que vous avez réussi à atteindre une juste répartition des tâches ménagères et éducatives ?
- Speaker #0
Non, pour le coup, il en fait beaucoup plus que moi.
- Speaker #1
D'accord, très bien.
- Speaker #0
Donc non, ce n'est pas du tout une juste répartition.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Non, pour le coup, pas du tout.
- Speaker #1
Et comment tu as négocié ça alors, pour celles qui nous écoutent ?
- Speaker #0
Je ne sais pas. Non, c'est une bonne question. Non, je l'ai fait sur la base qu'il avait un boulot qui est beaucoup plus cool que le mien. Et qu'en fait, il est journaliste, il écrit. Et en vrai, je ne trouve pas ça très fatigant comme métier. Je vais me faire tuer. Mais en vrai, il n'a pas la même fatigue physique que moi. Et donc, on se répartit des choses comme ça. Et je pense qu'il peut plus faire le ménage que moi après une journée de visite, par exemple.
- Speaker #1
D'accord, très bien.
- Speaker #0
Non, mais c'est une discussion houleuse. Et puis nous, par contre, on s'est vachement répartis les tâches hyper consciencieusement, hyper sérieusement. On a un couple très fantaisiste, créatif et romantique. Et en fait on a eu besoin de ramener de la rationalité, dire ok on serait parti vraiment clic-clac sinon on s'engueulait tout le temps.
- Speaker #1
Très bien et ben on le salue et on espère que la poussière est faite dans l'appartement.
- Speaker #0
Après c'est pas un martyr loin de là hein.
- Speaker #1
D'accord. Très bien je lui souhaite. Les jeunes papas d'aujourd'hui justement, est-ce qu'ils sont vraiment modernes ? Est-ce qu'il y a vraiment plus d'égalités dans les tâches éducatives et ménagères, en tout cas ceux que tu rencontres ?
- Speaker #0
Pas tant !
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Alors il faut quand même le dire ils sont souvent de très bonne volonté. Mais l'éducation, mais le contexte social, mais etc. fait que... En fait, grosso modo, les femmes assument la large partie des tâches domestiques et des tâches parentales et de la charge mentale en pratique. C'est un peu triste et honnêtement, je ne sais pas comment faire pour que ce soit pas comme ça. Je ne sais pas ce qu'il faudrait faire honnêtement. Et je pense, je ne sais pas qui est responsable de quoi et comment infléchir ce truc-là. C'est de mieux en mieux, mais pas tant.
- Speaker #1
Alors c'est un peu ce que disent les chiffres, les quelques maigres chiffres sur le sujet que j'ai cherché. Effectivement, on voit que les pères en font un peu plus, notamment les jeunes pères. Et plus on va vers la jeune génération, plus c'est égalitaire. Mais notamment au moment de la naissance, il y a un peu un redéséquilibrage qui peut se faire aussi avec de nouveau les femmes qui prennent une plus grande charge.
- Speaker #0
Et d'ailleurs je me suis messé peut-être de la paranoïa, c'est qu'en étant mère de garçon, Je me suis demandé si moi, je n'étais pas en train de fabriquer des... Ça m'a fait flipper.
- Speaker #1
Des masques ?
- Speaker #0
Non, pas des masques. Heureusement, leur père fait vachement le ménage et tout. Donc, je me dis, ouf, il y a ça. Mais je me dis, je les sers tellement. Je n'ai pas une espèce d'adoration, mais j'aurais une adoration pareille pour mes filles. Peut-être que je ne sais pas. Mais bon, c'est de l'autoculpabilisation débile, je pense peut-être. Mais je me suis posé la question, est-ce que notre éducation... Mais non, c'est encore une façon de culpabiliser les femmes et tout ça. Je me suis posé la question de savoir si moi, je n'étais pas en train de fabriquer des hommes qui... auraient l'habitude d'être servis.
- Speaker #1
Je t'avoue, moi qui attends mon premier petit enfant qui sera une fille, je trouve ça assez pratique. La question est réglée.
- Speaker #0
Ouais, tu as de la chance.
- Speaker #1
À priori, elle ne connaîtra pas la plupart des crimes que commettent les hommes. Elle pourra en être victime peut-être.
- Speaker #0
Pour le coup, c'est flippant.
- Speaker #1
Ouais, je compte la mettre aux arts martiaux. On va parler de boxe tout à l'heure avec toi. Est-ce que tu sais ce que c'est le club de verre ?
- Speaker #0
Non !
- Speaker #1
Alors le club c'est 12 000 personnes qui aujourd'hui nous font un don mensuel, qui nous soutiennent tous les mois, qui nous donnent à la fois des sous mais aussi de la force et plein d'infos. Enfin voilà on a une relation exceptionnelle avec ces 12 000 personnes. Et donc c'est grâce aux membres du club que Vert peut être en accès libre gratuit pour tout le monde sans publicité. D'ailleurs tu auras peut-être remarqué qu'il n'y en a pas dans ce podcast et je trouve que ça fait du bien. Ne critique pas les podcasts qui mettent de la publicité. Pour les remercier de leur soutien on leur donne plein de petits trucs et notamment le droit de poser des questions à nos invités pour ce podcast. C'était très très long comme intro sur le club. Et donc on a une question d'Emilie de Geis-Polsheim, dans le Barin, on salue nos barinois sûrs, qui nous demande « Quels pays sont selon vous le plus dans le vrai, je prends ces mots, concernant leur politique de la petite enfance ? Pourquoi la France ne s'en inspire pas ? » Est-ce qu'on a des exemples ailleurs de bonnes politiques ? Oui,
- Speaker #0
il y a toujours cet exemple de la Suède et des pays du Nord de manière générale. Je pense qu'effectivement il y a des choses à prendre chez eux, en particulier sur la longueur politique. des congés post-NATO et sur, de fait, effectivement c'est beaucoup mieux réparti entre les hommes et les femmes, etc. Donc oui, mais ça c'est assez bateau comme réponse.
- Speaker #1
Mais qu'est-ce qu'ils font ? Qu'est-ce qu'il y a dans ces pays qui est si bien ? Alors là,
- Speaker #0
il faudrait regarder exactement la durée, mais tu vois, vraiment, par exemple, tu vas en Suède, c'est impressionnant, tu vois plein de mecs avec des poussettes qui se retrouvent dans les cafés, etc. Et encore une fois, j'insiste sur la place de l'enfant. La place de l'enfant dans ces pays-là n'est pas la même. Un enfant qui crie, un enfant qui hurle, un enfant qui se roule par terre ? Oui, c'est un enfant qui se roule par terre. Et personne n'est là. Et ça, je pense que ça change pas mal la donne. Mais après, moi, j'aime pas trop l'auto-flagellation permanente. En France, il y a des choses bien et qu'il n'y a pas ailleurs non plus. Genre ? J'allais dire un truc complètement idiot. La rééducation du périnée. Non mais je rigole, mais tu vois, je pourrais t'en citer plein. Mais tu vois, il y a des trucs qui sont bien en fait.
- Speaker #1
Ça va pas être si idiot que ça, mais...
- Speaker #0
Non, mais il y a des trucs qui sont bien en France et qui n'existent pas. Enfin, on a un système de santé qui tient quand même vachement la route par rapport à d'autres pays. qui est en train de se casser la gueule, c'est vrai, mais qui tient quand même la route. C'est un beau système de santé.
- Speaker #1
Alors parlons un peu de tes parents à toi. Tu as raconté la libération, avoir reçu une éducation sévère, exigeante, mais aimante, de parents qui étaient hyper gauchistes, je reprends tes mots. Et ils ne voulaient pas que tu fasses médecine, mais plutôt que tu fasses une profession intellectuelle et des études genre normal sup. Est-ce que ça a été un combat de devenir sage-femme ? Oui,
- Speaker #0
un vrai combat. Ils ne m'ont pas adressé la parole pendant trois semaines quand même. Quand j'ai dit « je vais faire médecine » , Je demandais le sel, ils ne me répondaient même pas. Pendant trois semaines, ça a été...
- Speaker #1
C'est dingue parce que médecine, c'est quand même pas spécialement la honte. Ah non,
- Speaker #0
mais pour eux, c'était l'horreur. C'était l'horreur parce qu'il y a pas mal de médecins dans ma famille qui aiment beaucoup le pouvoir, qui aiment beaucoup l'argent. Et donc pour eux, c'était une crucifixion. Comme ils estimaient que j'avais des talents littéraires, d'oratoire et tout, ils étaient là. Mais c'était la pire nouvelle que je puisse leur annoncer.
- Speaker #1
Finalement, tu fais les deux.
- Speaker #0
Moi, je suis très contente. Et puis je trouve que... Eux, ils ont toujours pensé sans avoir les pieds au sol. Et moi, je pense avec les pieds au sol. Eux, ils étaient perdus dans l'huile.
- Speaker #1
Vous vouliez déjà faire sage-femme ? Oui,
- Speaker #0
je voulais être là pour les naissances.
- Speaker #1
Alors raconte, pourquoi tu t'es pris de passion pour ce métier ?
- Speaker #0
C'est incroyable d'être là pour les naissances. Pour les naissances et pour les morts d'ailleurs. C'est à la fois un métier profondément scientifique, technique, médical. Et en même temps saisissant sur le plan métaphysique, sur le plan philosophique, ontologique. C'est un truc de dingue. De voir une personne humaine avec sa propre identité sortir d'un autre corps, non mais c'est un truc de fou. En vrai je m'en remets toujours pas, à chaque accouchement je suis là « Oh, waouh, mais c'est un truc de fou, c'est des gens qui se dédoublent. Vous rentrez, vous êtes deux dans une salle d'accouchement, vous ressortez, vous êtes trois quoi. Et trois vraies personnes, c'est pas genre une petite personne qui est comme ses parents, non. C'est une vraie personne avec sa vraie identité. Non mais c'est un truc de fou, non ? »
- Speaker #1
Donc après toutes ces années...
- Speaker #0
Et en plus il y a les IVG, et en plus il y a l'interruption spontanée de grossesse, enfin j'ai la chance d'être dans l'intimité des femmes à des moments hyper importants de leur existence. Mais quel honneur et quelle... C'est un truc de fou. Franchement, j'ai le plus beau métier du monde. Personne ne fera changer la vie.
- Speaker #1
Alors justement, est-ce que tu peux nous raconter ce que c'est en vrai le métier d'ossage ? En vrai,
- Speaker #0
c'est hyper dur et je ne le conseille à personne. Parce que c'est des conditions... C'est très dur physiquement, c'est très dur psychiquement et c'est très mal payé. Mais en vrai, c'est le plus beau métier du monde. En fait, on s'occupe des femmes de leur puberté, parfois même avant, jusqu'à leur mort. Et dans les moments clés de leur existence. Pendant leurs ménopause, pendant les interruptions spontanées de grossesse, pendant les IVG, pendant le suivi gynéco, quand elles subissent des violences sexuelles, etc. Quand elles accouchent, quand elles sont en postpartum. C'est incroyable d'être là dans ces moments-là. Incroyable. C'est vraiment un honneur. On fait des échographies, on fait plein de choses. Enfin, c'est à la fois très étendu, on a des grandes compétences. Non, c'est vraiment très, très, très, très, très beau métier. Et puis, il y a un truc assez à la noix, mais on est les premières mains qui se posons sur les nouveaux êtres humains. C'est quand même un truc de fou, ça. On est l'arche par laquelle se transmet l'humanité. Il y a un truc très fort là-dedans.
- Speaker #1
Est-ce que tu considères que c'est un métier qui est reconnu à sa juste valeur ?
- Speaker #0
Pas du tout. Et encore, je pense pouvoir m'attribuer ça en partie, mais j'ai vraiment changé la vision de la société sur ce métier. Mais quand j'ai commencé ce métier il y a 15 ans... C'était vraiment les petites connes avec des blouses roses qui font areu areu avec les bébés. C'était vraiment ça dans l'imaginaire collectif. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas, mais toujours un peu. Et preuve en est la façon dont on est payé. Je pense que ça c'est... Un salaire, c'est une valeur qu'on donne à une profession, mais on n'est pas les seuls. Les aides-soignantes, c'est éhonté. Les infirmières, c'est immonde. Enfin, de toute façon, toutes les femmes qui sont dans le CAIR, les instits et tout ça, c'est éhonté la façon dont on est traité et payé. Ça, je trouve ça vraiment scandaleux.
- Speaker #1
En 2021, tu as quitté la célèbre maternité des Bluets. pour exercer plutôt à domicile ? Pourquoi tu as fait ce choix ?
- Speaker #0
En fait, ça me manque l'hôpital et j'ai envie d'y revenir. En fait, j'adore autant... Je suis vraiment une sage-femme de salle d'accouchement. J'adore la salle d'accouchement, c'est mon endroit préféré sur Terre. Et j'adore aussi être à domicile chez les gens parce que je rentre dans leur intimité, c'est moi qui m'invite chez eux et du coup, ils sont tels qu'ils sont nature peinture. Et donc, je trouve ça passionnant parce que je vois des choses qu'on ne voit pas quand ils viennent au cabinet où ils jouent le rôle de patient. Ils s'habillent, ils se lavent, ils se machinent. Quand vous arrivez chez des gens, vous voyez plein de choses que vous ne voyez pas. Je scanne tout Et je comprends plein de choses que je ne comprendrais pas s'ils venaient au cabinet.
- Speaker #1
Les chaussettes qui traînent par terre...
- Speaker #0
Plein de trucs ! Oui, mais même des situations moins drôles, mais des situations de violence où je capte direct qu'il y a un truc qui ne va pas. Enfin, tu vois, ça me facilite vachement mon travail. C'est passionnant d'aller chez les gens.
- Speaker #1
Alors, c'est un métier où tu es beaucoup dans les émotions. Enfin, tu le dis, tu es dans les moments les plus intenses de la vie humaine. C'est quoi la chose la plus dure que tu as vécue en tant que sage-femme dans ton travail ?
- Speaker #0
Ah, c'est hyper... Ça va vraiment plomber l'ambiance. La chose la plus dure, les trois choses les plus dures j'ai le droit. La mort des enfants, c'est très très très très dur. Parce que vraiment ce masque de la mort sur un visage d'enfant, il n'y a rien à dire de plus, je ne souhaite à personne de voir ça. La mort des mères en couche, heureusement c'est extrêmement rare. Et je dirais les accouchements sous X, ça c'est très dur parce que souvent c'est des situations qui sont subies par les femmes. Elles ne sont pas là « ah je vais abandonner mon enfant et je m'en fiche » , pas du tout. Et donc ces moments de séparation entre une mère et son enfant, ça c'est vachement dur aussi. C'est super super dur. Voilà, ça c'est les trois trucs qui sont hyper durs. Et après il y a plein de choses dures, c'est les situations de violence. En fait les femmes elles sont victimes de violences quotidiennement et ça c'est hyper dur aussi. C'est vraiment hyper dur parce que les gens disent « ah oui c'est pas bien, c'est pas bien, le monde est laid » . Non mais en fait vraiment on l'est genre. En fait moi je sais, c'est vrai. C'est pas la même chose de lire un article de journal et d'avoir la naine en face quoi.
- Speaker #1
Et comment tu fais pour garder la bonne distance ?
- Speaker #0
Moi je garde pas du tout la bonne distance en fond. Non, non, moi je me noie dans les... C'est une catastrophe. J'ai pris 50 kilos, c'était la cata. Non, non, moi je me noie dans les histoires, je mets pas de distance thérapeutique, je devrais. Mais je travaille, maintenant j'ai un psy pour essayer d'arriver à créer la juste distance. Mais c'est pas facile du tout. Non, non, il y a plein, moi, la plupart des potes médecins avec qui sont mes potes, ils se bourrent de clopes, ils se bourrent d'alcool, ils se bourrent de chocobons. C'est pas facile quoi. Non, c'est pas facile d'exercer la médecine humainement sans s'abîmer soi-même. C'est sauver ou périr. C'est le même truc que les pompiers, je crois. Il y a un peu un truc comme ça.
- Speaker #1
Et contraire, c'est quoi les choses les plus joyeuses ?
- Speaker #0
C'est merveilleux. Une naissance. Une naissance dans un contexte qui est favorable. De voir les... C'est extrêmement... Moi, je peux faire des pages à ses volants en sortant de garde tellement c'est cool. De voir l'apparition d'un nouvel être quand les gens sont contents. C'est aussi très touchant de voir l'amour qui devient concret. L'amour entre deux qu'on arrive à percevoir, sentir et de le voir de l'extérieur. C'est vraiment... et tout d'un coup, hop, ça devient un petit humain qui se pose là, qu'on voit les parents pleurent, tout le monde pleure. C'est super. Non, franchement, l'accouchement, c'est tellement bien. En tout cas, c'est très contracté, quoi. Il n'y a pas d'émotion plate dans ce métier.
- Speaker #1
En novembre 2020, tu avais initié le hashtag « Je suis maltraitante » pour dénoncer les conditions de travail des soignants, et l'impact sur les patients. Tu avais publié une pétition qui avait été signée par 130 000 personnes, je crois, à l'époque. Quelle était la situation que tu dénonçais à ce moment-là, et comment ça a évolué depuis 2020 ?
- Speaker #0
En fait, il y a une maltraitance institutionnelle. Tout le monde le sait. On le voit dans les EHPAD, on le voit dans les crèches, on le voit dans les hôpitaux, etc. Et en fait, il y a aussi... Et c'est ça qui est terrible, c'est que du coup, nous, on devient les vecteurs de cette maltraitance institutionnelle. C'est-à-dire qu'on maltraite... Quand, par exemple, moi, je dis à une femme... qui se tordent de douleur. Je reviens dans 5 minutes, je viens vous apporter votre antidouleur et que je reviens 4 heures après. Je veux dire, c'est de la maltraitance. Quand je dis à une femme, je viens d'annoncer à un couple que leur enfant est mort, que je me casse et que je ne reviens pas, c'est de la maltraitance. Quand une femme accouche sans péridurale et que je la laisse dans son bain toute seule hurler de douleur, c'est de la maltraitance. Je pourrais multiplier comme ça. Bien sûr, il y a des situations de maltraitance volontaire, mais il y a de la maltraitance comme ça qu'on subit. Et ça, c'est très, très dur. Voilà. Et donc l'idée c'était évidemment d'améliorer les conditions de travail. Est-ce que les conditions de travail se sont améliorées ? Certainement pas. La réponse est non. Après les sages-femmes ont donné des trucs. Les sages-femmes ont obtenu des trucs à la suite de ce mouvement, mais malheureusement pas...
- Speaker #1
Donc c'est un service public qu'on laisse se dégrader ?
- Speaker #0
C'est pas du tout positif, là. Je suis désolée, je dis un truc pas positif, mais c'est vrai que j'ai vachement peur pour notre médecine. Parce que pour le coup, on avait vraiment un joyau, comme nos biens nationaux. C'était quand même un truc dont on pouvait être super fiers. C'est notre système de santé français. Et là, je me dis zut, zut, zut. Et quand il va falloir reconstruire tout ça, je ne sais pas comment on va faire. c'est-à-dire que là on laisse On dirait, ok, médecine à deux vitesses, il y aura la médecine des riches et la médecine des pauvres, et c'est ok. Bah non, en fait, c'est pas ok du tout. Ça, ça me fait vraiment chier. Et je vois que je sais pas comment on peut arrêter ce mouvement, tu vois. Il n'y a qu'à voir l'état de nos hôpitaux. Tu vas dans certains hôpitaux publics, tu te dis, mais c'est une blague, on est où, là ?
- Speaker #1
Et toi, tu veux quand même retourner à l'hôpital, alors ?
- Speaker #0
Ouais, parce que j'adore l'hôpital. C'est la vie, encore.
- Speaker #1
Est-ce que tu sais déjà
- Speaker #0
L'hôpital public, c'est sûr. Moi, j'aime beaucoup Port-Royal. J'aime beaucoup les gros hôpitaux publics. J'aime bien l'adrénaline, j'aime bien le travail d'équilibre, j'aime bien tout ça.
- Speaker #1
Alors on est en 2026, on pourrait penser qu'il y a beaucoup de choses et que tout a été dit plus ou moins sur les femmes, qu'on a levé beaucoup de tabous et de choses qui étaient indicibles pendant longtemps. C'est quoi le plus gros tabou autour de la maternité qui subsiste encore aujourd'hui ?
- Speaker #0
Le plus gros tabou sur la maternité ? Ah c'est une bonne question. Moi j'en ai tellement pas des tabous. Est-ce qu'il y en a pour les femmes ? Je sais pas. Non j'avoue, je suis désolée, tu me dis pas ?
- Speaker #1
Est-ce que les fausses couches c'est quelque chose qui est aussi... Bah oui, pardon.
- Speaker #0
Oui oui, bien sûr, c'est la mort périnatale. c'est le tabou parce que ça pour le coup personne n'a envie d'entendre parler de ces histoires c'est le tabou la mort donc des enfants pendant la grossesse et pendant les premiers mois de vie ouais bien sûr et ça même quand moi j'ai des potes quand je veux raconter ma journée ils veulent pas que je raconte ma journée ils disent écoute t'es sympa mais en fait non quoi en fait ça fait trop peur aux gens et donc là je sais je vais sortir un livre sur le sujet mais je sais que personne va le lire et puis personne voudra m'inviter parce que c'est juste j'en suis sûr tu verras ce que je te dis tu verras que j'aurai raison parce que c'est trop dur. Et qu'on ne veut pas que ça sorte. Et c'est dommage, parce que pour les couples qui vivent ça, ce serait super si les gens acceptaient de se confronter à ça pour pouvoir mieux les soutenir. Et puis, en fait, c'est très fréquent. Enfin, c'est assez fréquent.
- Speaker #1
Et comment on peut faire, du coup, pour...
- Speaker #0
Il faudrait lever ce tabou, il faudrait en parler. Mais c'est vachement dur, puisque ça fait peur aux gens. C'est un sujet qui fait peur aux gens. Je crois que, tu sais, les soins palliatifs et tout, dès que tu parles de trucs comme ça, tu fais chuter tes audiences.
- Speaker #1
et donc en fait je pense qu'il y a un truc de on n'a pas envie d'en parler quoi ok bah écoute si ça sort on pourra je te promets qu'on trouvera une manière d'en parler d'une manière ou d'une autre Alors j'ai vraiment besoin de toi sur cette question-là, on en a parlé un tout petit peu avant l'entretien. Moi j'ai un peu stressé quand j'ai découvert l'existence du Baby Clash, donc c'est ce dont parle le livre qui est derrière toi, je pense qu'on le voit sur la caméra qui se filme. Donc le Baby Clash, c'est ce moment où un couple peut voler en éclats après avoir eu un enfant, parce que c'est un changement absolument majeur, la relation change, notre statut en tant qu'individu change, et il se trouve, comme je te le disais, que ma femme est également la cofondatrice de Vert, et donc on a regardé avec beaucoup d'intérêt ce sujet du Baby Clash, en se disant que si on se Baby Clashait... Ce serait peut-être un peu la sauce pour notre propre comédien. Est-ce que tu as des recommandations ? Tu m'as dit que tu avais travaillé avec pas mal de couples d'entrepreneurs. Alors, comment on fait pour ne pas se baby-clasher, a fortiori quand on travaille déjà ensemble toute la journée ?
- Speaker #0
Alors, quand on travaille ensemble toute la journée, le grand risque de ces couples qui travaillent ensemble, mais d'ailleurs, ça ne concerne pas que des entrepreneurs, je pense aussi aux artisans, aux commerçants, aux agriculteurs et tout, c'est qu'en fait, grosso modo, soit ils sont à fond dans leur travail et ils sont ensemble dans leur travail et ils parlent de boulot, soit ils parlent de l'enfant. Et ils parlent de l'enfant quand ils sont au boulot, et ils parlent du boulot quand ils sont avec l'enfant. Donc en fait, il n'y a plus aucun espace pour leur couple, pour le plaisir autre. Parce qu'en fait, tu vas voir, mais un enfant genre, ça a été une vraie surprise pour moi, mais ça prend un temps de disponibilité psychique, de disponibilité physique et tout, mais de malade mental. Et donc en fait, faire coexister autre chose que le travail et les enfants, en vrai, c'est un vrai défi pour tout le monde. Et je pense que le couple, c'est vrai, tu peux faire disparaître ton couple. Donc il faut faire gaffe, mais à la fois. Sur les couples d'entrepreneurs qui bossent ensemble et qui ont traversé des crises ensemble, ils en ont vu d'autres et ils ont l'habitude de gérer des situations un peu de crise ou des situations un peu compliquées.
- Speaker #1
Quand on a failli déposer le bilan 3-4 fois, généralement.
- Speaker #0
Et puis le côté business du couple parental, ça ne leur fait pas peur, ils ont déjà une partie business dans leur couple. Donc c'est à la fois bien et à la fois un grand danger.
- Speaker #1
On a déjà les tableaux Excel qui sont prêts, il suffit juste qu'on les intitule et décolonne. Ok, très bien, je note tes petits conseils. J'ai besoin d'autres conseils. Je l'ai dit, tu es sage-femme à domicile, écrivaine, etc. Je ne refais pas toute la liste. J'ai lu que 4 jours par semaine, tu te couchais à 21h pour te lever à 5h du matin et écrire. Justement, comment tu fais pour faire exister d'autres choses dans ta vie ?
- Speaker #0
J'ai un côté obsessionnel, je l'ai dit. J'aime beaucoup faire la fête. J'ai 3 soirs par semaine qui sont... sanctuarisé pour ça. Forcément. Jeudi, vendredi, samedi. Donc là, je me couche à pas d'heure et je me lève quand c'est possible de me lever. Mais sinon, les autres soirs, je me couche extrêmement tôt, 21h30, 21h45, 22h max, et je me lève à 5h pour me permettre d'écrire ou de travailler. Parce que j'adore, je sais pas pourquoi, j'ai un truc hyper bizarre, mais j'adore bosser quand la ville dort. C'est peut-être des trucs qui me... Parce que j'ai fait beaucoup de garde-nuit et j'adorais les gardes-nuits et je pense que c'est un truc que j'ai gardé. J'adore quand la ville dort. être moi là à créer tout ça, je trouve ça hyper excitant.
- Speaker #1
Donc ouais, s'aménager un espace où les enfants ne sont pas là parce qu'ils sont en train de pioncer.
- Speaker #0
Ah ouais, parce qu'alors, penser qu'on peut bosser, moi j'adore les parents, parce que souvent ils me disent, non non mais Anna, nous ça va être différent, on va télétravailler, on va faire venir notre enfant dans notre boîte et tout. Je suis là, hum hum hum, non, en fait ça ne marche pas du tout quoi. Donc moi je n'arrête pas.
- Speaker #1
Peu de heures par jour, 20 heures par jour, tu t'occupes de ton gamin.
- Speaker #0
Non mais c'est un truc de fou, mais oui. et avant qu'ils aient de l'autonomie dans ce qu'ils font en vrai moi il a fallu du temps et encore j'ai de la chance parce qu'ils sont deux donc ils s'occupent vachement l'un l'autre C'est une bonne paire. Ça, c'est un vrai conseil. Franchement, moi qui étais enfant unique, je pense que j'ai beaucoup plus sollicité mes parents que là, les deux frères, ils sont tous ensemble.
- Speaker #1
Et comment tu fais la teuf trois soirs par semaine ? Tu les couches et tu vas en boîte ?
- Speaker #0
Ah non, mais ça, c'est sanctuarisé. Parce que de toute façon, sinon, d'abord, mon couple aurait volé en éclat. Et mes enfants savent que ça me met d'extrêmement bonne humeur. C'est-à-dire, les lendemains de fête, je ne suis pas du tout... je suis au contraire dopée et je sais que je refais la fête le soir donc je suis hyper contente Donc tout le monde en bénéficie. Ah non, non, ça c'est vraiment un truc sur lequel je... Mais après, encore une fois, c'est moi. Il y a des gens pour qui la vie sociale n'a aucun... Il y a des gens qui adorent le repli, qui adorent le cocon, qui adorent etc. pour qui c'est très structurant. Moi, c'est pas du tout mon cas, ça m'angoisse. Le cocon, le repli, le machin, on est sous sa couette à regarder une série. Ah ! C'est pas du tout mon truc. Peut-être un jour.
- Speaker #1
Et avec toutes ces mille activités que tu fais, après quoi tu cours finalement ? Pourquoi est-ce que tu fais tout ce que tu fais ?
- Speaker #0
Je ne sais pas.
- Speaker #1
Tu veux être la meilleure version de toi-même ?
- Speaker #0
Non, non, pas du tout. Alors là, je n'ai pas du tout de trucs performatifs. Non, non, je ne veux pas du tout. L'idée, c'était ce que je m'étais promis pendant mon... C'était de servir les femmes, c'est tout. Pas plus, pas moins. Non, non, je ne cours après rien, moi. Non, non, puis là, j'ai envie d'avoir une vie beaucoup plus douce, beaucoup plus simple. J'ai envie de faire de la littérature, j'ai l'impression d'avoir beaucoup donné, j'ai envie de continuer à donner, mais aussi de me donner un peu à moi-même.
- Speaker #1
C'est un projet de roman d'amour, c'est ça ?
- Speaker #0
Ouais, c'est trop bien. Qu'est-ce que je m'éclate, on est dans une écriture Non mais c'est génial parce que le roman on peut dire n'importe quoi C'est un espace de liberté, alors que la vulgarisation scientifique, tu fais tout le temps gaffe à ce que tu dis, mais c'est comme toi dans les médias, tu ne peux jamais dire des conneries. Alors que là, je peux dire ce que je veux. C'est trop bien. C'est un beau roman d'amour, c'est une belle histoire d'amour. Franchement, ça va être cool,
- Speaker #1
je crois. Tu ne nous en dis rien, on ne peut pas savoir de quoi il va s'agir.
- Speaker #0
Ah bah non, on verra.
- Speaker #1
On ne spoilait pas. Et donc j'ai lu aussi que tu étais accro à la boxe et au crossfit. Et alors je me suis dit, après avoir manipulé avec précaution des petits bébés toute la journée il faut que t'ailles casser les gueules en fin de journée
- Speaker #0
Non, pas du tout. C'est parce que j'étais très, très, très sportive. J'ai pris 50 kilos. J'ai fait certainement une dépression très sévère et j'avais complètement arrêté le sport et j'ai repris le sport. Et en fait, je vois les bénéfices concrets. Vous savez, il y a toutes les médecins sur les plateaux télé qui disent ouais, c'est super bon pour la santé mentale, etc. J'étais là, ouais, mon cul, etc. et en fait c'est un vrai truc, maintenant j'en ai besoin donc ça améliore vraiment la santé physique et mentale et ma grande surprise c'est que le crossfit ça sert vraiment de faire du muscle de façon très très rapide c'est à dire que moi j'ai perdu beaucoup mon temps avec des activités qui me convenaient pas ou qui étaient trop contenues etc le crossfit c'est suffisamment pour moi mais alors t'arrives à placer ça quand dans tes semaines ? ah non mais là pour le coup, mais non mais ça c'est une passion qui m'a appris ça c'est que maintenant je mens à mon travail ou je mens à mon mec non mais c'est vrai, c'est à dire que je banalise deux fois trois heures ou trois fois deux heures par semaine où c'est du temps uniquement pour moi et je ne déroge jamais à cette règle donc je prends ce temps Et ça, j'invite vraiment les femmes qui ont une tendance à s'oublier. Les hommes ne s'oublient pas. Ils n'ont même pas besoin qu'on leur dise de prendre du temps pour eux. Ils prennent du temps pour eux. Ils prennent du temps pour eux en se mettant sur un canapé, en se crôlant sur machin. Ils prennent du temps en allant au chiotte. Enfin, ils prennent toujours du temps pour eux. Les femmes, malheureusement, on a besoin de leur dire et de faire, franchement, prenez du temps pour vous. Au début, on ne sait pas quoi faire. géré dans les magasins j'étais là qu'est-ce que je vais faire et maintenant c'est un temps que j'utilise et que je trouve trop cool je ne mets jamais ces rendez-vous avec moi-même ok donc tu recommandes sport de combat Ah non, chacun trouve. Il y en a qui préfèrent la natation, le pilates ou je ne sais pas quoi. Moi, j'adore le crossfit. Il y a un côté...
- Speaker #1
J'ai lu la boxe aussi. Oui,
- Speaker #0
et la boxe, j'aime beaucoup. Mais en vrai, c'est un vrai truc, c'est qu'à partir de 30 ans, on perd 1% de sa messe musculaire par an.
- Speaker #1
Ne m'en parle pas, c'est une angoisse existante.
- Speaker #0
Et en vrai, c'est con parce que ça dégénère la santé. Donc, je trouve que c'est bien de faire du muscle. Il faut faire du muscle. C'est la recommandation, mais c'est vrai. Tu as quel âge, toi ?
- Speaker #1
J'ai 35 ans.
- Speaker #0
Ah ben voilà, tu vois, ça y est, t'as déjà perdu 5%. J'espère que tu fais du muscle. Non, je rigole.
- Speaker #1
je note prendre 3 fois 2 heures par semaine pour aller faire du crossfit sur mes heures de travail et mentir à tous mes collègues ton nouveau dada c'est la ménopause Tu lances d'ailleurs un nouveau podcast qui est intitulé Bouffée de chaleur, avec le réseau de radio ICI. Est-ce que tu peux nous expliquer pourquoi ce sujet et pourquoi un podcast sur ce sujet ?
- Speaker #0
C'est un des derniers bastions à prendre sur le féminisme. Autant si l'expérience est toujours valorisée chez un homme, l'expérience n'est jamais valorisée chez une femme. Il y a vraiment un phénomène de ménopause sociale. C'est ultra tabou, donc les femmes n'en parlent pas et souffrent en silence. Il y a un million de femmes, tu vois, ça c'est des vrais chiffres que j'ai calculés. Grosso modo, il y a 25% des femmes qui souffrent sévèrement de leur ménopause et c'est quand même un million de femmes par an qui sont concernées et personne n'en parle. Donc il y a vraiment un travail à faire sur la ménopause, vraiment un gros travail. Donc moi je fais partie des voix, mais je ne suis pas la seule, qui font émerger ce sujet dans la place publique. Donc j'ai écrit un bouquin, je fais un podcast et j'ai envie de tous les gens à en parler de plus en plus et à faire ce travail collectif exactement comme il y a eu pour le postpartum. Tout le monde dit c'est Anarwa, c'est Anarwa. Non, ce n'est pas qu'Anarwa, c'est un collectif de femmes qui ont fait émerger ce sujet et en ont fait un sujet important. Il faut faire la même chose pour amener nos pauses. Et donc, podcast ici, c'est trop bien, parce que ce podcast, c'est des journalistes géniaux. Ils sont partout en France, avec des témoignages de femmes très divers. C'est trop cool.
- Speaker #1
D'accord. Et donc, on peut écouter ça à partir de quand ?
- Speaker #0
Là, ça y est, c'est tous les 15 jours. Il y a un épisode, bouffée de chaleur. Vous pouvez télécharger l'application Radio France. Très belle maison, Radio France. Et vous avez les podcasts, c'est trop bien.
- Speaker #1
Très belle maison, attaquée malheureusement. Oui,
- Speaker #0
c'est une très belle maison. et des journalistes vraiment d'une grande valeur
- Speaker #1
On est bien d'accord, Abba.
- Speaker #0
Je suis très impressionnée, moi, par la qualité des gens qui y travaillent.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Vraiment. Et sans être payée, là aussi, correctement.
- Speaker #1
On entre dans la dernière séquence de cette émission. Vraiment, la séquence, la signature de cette émission. Ma première question, est-ce qu'il y a un truc, un sujet sur lequel tu es un petit peu réac ?
- Speaker #0
Ah bah oui, j'allais dire l'acryl, mais on l'a déjà dit.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Ouais, je suis assez réac sur le côté, tu vois, je suis un peu moraliste. C'est-à-dire qu'on doit être au service de... On ne fait pas n'importe quoi de sa vie. Tu vois, j'ai un côté assez réac. Genre, si tu veux faire du commerce, réfléchis bien. Parce que j'ai un côté quand même assez moraliste. Tu vois, les moralistes du XVIIe, c'est un peu moi.
- Speaker #1
Je ne vois pas trop les moralistes du XVIIe. Mais tu vois,
- Speaker #0
c'est l'idée qu'on ne fait pas n'importe quoi de sa vie, qu'on réfléchit, que les choses ont du sens. Mais alors après, est-ce que c'est réac, ça ? Oui, un peu.
- Speaker #1
Au XVIIe siècle, on peut dire que c'est un petit peu réac. Voilà.
- Speaker #0
Non mais il y a vraiment un truc de... Toutes les vies ne se valent pas et tout ce qu'on fait dans la vie ne se vaut pas. Il y a vraiment des métiers où des gens, je leur dis, mais je les mets face à leurs responsabilités. Je pense qu'il faut être au service. Et être au service, ce n'est pas très à la mode en ce moment. Je trouve qu'il faut être au service d'eux.
- Speaker #1
Je ne trouve pas que les gens qui bossent dans les crypto-monnaies ont la même valeur que des sages-femmes.
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
C'est dur quand même. Qu'est-ce qui était mieux avant ?
- Speaker #0
Qu'est-ce qui était mieux avant ? Notre système de santé, vraiment. Alors, il y avait des trucs pourris, mais genre l'hôpital, je pense, il y a 30 ans. Je ne l'ai pas connu malheureusement, mais j'en ai beaucoup de récits et je pense que c'était vraiment super. Parce qu'il y avait de l'argent qui était investi, on avait vraiment un système de santé sublime. Je peux pleurer moi, quand je vois des hôpitaux désaffectés qui ont été désaffectés, comme l'Hôtel Dieu par exemple, comme l'Aenec et tout, je me dis waouh, mais ça devait être tellement beau, tellement génial. Alors peut-être que je fantasme, mais n'empêche que...
- Speaker #1
On peut mettre des clopes dedans.
- Speaker #0
Ouais, non mais en vrai je pense qu'on avait des très beaux hôpitaux et un très beau système de santé
- Speaker #1
Qu'est-ce qui était pas mieux avant ?
- Speaker #0
On avait pas les antibiotiques Alors les antibiotiques c'est pas automatique, blablabla, il faut pas en donner tout le temps. N'empêche que les gens mourraient pour des infections à la con, et en fait les antibiotiques c'est trop bien. Et ça fait pas si longtemps en vrai. Donc les antibiotiques, trop bien.
- Speaker #1
Eh ben on salue les antibiotiques aussi, on les remercie.
- Speaker #0
Promis Sarkozy.
- Speaker #1
Et puis, qu'est-ce qui sera mieux après ?
- Speaker #0
Je sais pas. Qu'est-ce qui sera mieux après ? Ah non,
- Speaker #1
c'est la dernière question, tu peux pas t'en sortir comme ça.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui sera mieux après ? Franchement.
- Speaker #1
La place des enfants dans la société ?
- Speaker #0
Non, moi, je crois pas. Je pense qu'on va se reprendre un bon coup de braquet pas cool, là.
- Speaker #1
Ah ouais ?
- Speaker #0
Ah ouais ? Non, tu penses pas toi ? Non, il y a plein de choses chouettes, en vrai. Mais je... Encore une fois, le cours de l'histoire, mais c'est peut-être parce qu'il y a eu trop d'histoires dans ma famille trop dures. Mais non, non, moi, là, je sens qu'on est sur une mauvaise pente. Puis de toute façon, ça fait quoi ? Ça fait presque 100 ans qu'on n'a pas eu de guerre.
- Speaker #1
Ouais. C'est vrai qu'il serait temps, là. Bah non, mais de fait... Non, mais attends, ça, c'est vraiment la dernière question de l'émission, justement pour trouver un truc un petit peu sympa et optimiste. Qu'est-ce qui sera mieux après ?
- Speaker #0
En fait, qu'est-ce qui est mieux après ? Qu'est-ce qui est mieux maintenant ? Quand même, la place des femmes, c'est franchement... Donc non, je dirais la place des femmes. C'est hyper bateau. Sortiront les violons, mais de base. C'est pas un petit peu... Absolument. La place des femmes, je pense que c'est vraiment de mieux en mieux. Il faut s'en réjouir. Et la place des enfants. Il y a un truc autour qui circule. Enfin, j'espère. Non, c'est vraiment mieux, ça.
- Speaker #1
Voilà. Merci pour cette dernière réponse qui était bien mise aussi. Merci infiniment, Anna, d'avoir été parmi nous aujourd'hui. Merci infiniment aussi à l'équipe qui m'a aidé à préparer cet épisode. Donc on a à la préparation... Colin Vigo, on a Arnaud Huc et Monsef Arbaji à la réalisation, et on a Julie Lelièvre et Margot Desmond. à la diffusion. Merci aussi infiniment aux 12 000 belles personnes qui constituent le Club de Vert et qui nous permettent de faire des miracles au quotidien. Si vous voulez rejoindre le Club, nous soutenir, pouvoir poser vos questions, vous allez sur www.vert.eco et vous trouverez un bouton pour rejoindre le Club. Et pour ne rater aucun épisode, suivez ce podcast, activez la petite cloche, s'il y a une petite cloche là où vous nous écoutez. Et quant à nous, on se retrouve dans deux semaines avec une nouvelle ou un nouvel invité, je ne vous dis pas, qui sera probablement exceptionnel. J'espère que d'ici là, vous vous porterez bien. et encore une fois, merci de nous suivre et de nous écouter. Merci Anna. Merci beaucoup.
- Speaker #2
C'était mieux avant ? Après ? Je ne sais pas ce qu'il fallait dire. Bon alors tu effaces. C'était mieux après ?
- Speaker #0
C'était mieux après.