- Speaker #0
Moi, je trouve ça toujours aberrant de dire Marine Le Pen a dit ceci et on passe au sujet suivant. Quand je suis arrivée en France, j'ai dit mais je ne comprends pas. Vous donnez la parole comme ça en direct, matin, midi et soir, en toute décontraction. Mais tu sais, Charline, ici, c'est le pays des Lumières et puis le pays de Voltaire. Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous puissiez le dire. Donc, tu vas te battre pour appeler à la haine, en fait. Moi, j'appelle ça du délit d'expression, en fait.
- Speaker #1
C'était mieux après. Française, français, belge, belge, membre du club, membre du club, auditrice de C'était mieux après, auditeur de C'était mieux après, public chéri mon amour. Ah ils ont la ref, il y en a qui ont la ref. On n'est pas trop vieux Charlie. Alors aujourd'hui n'est pas un jour comme les autres, puisque nous tournons en public à l'occasion de l'apéro du Club de Verre, un épisode de C'était mieux après, en compagnie de la journaliste, humoriste, productrice et docteur en rire radiophonique, Charline VandenEcker, vous pouvez l'applaudir. On va parler ensemble d'humour politique, de service public et de démocratie, de Nicolas Hulot et de Rachida Dati. Et on va se demander où est passé Charlie. Mais avant ça, il faut que je parle de quelqu'un qui a beaucoup compté pour moi et pour Vert. Ce week-end, j'ai dû faire mes adieux à Mamina, ma grand-mère asiatienne adorée. Alors Mamina, vous la connaissiez peut-être parce que je la mentionnais à peu près à chacune de mes interventions, mais aussi parce qu'elle est et restera la voix du générique de ce podcast. C'est elle qu'on entend dans le générique à chaque fois et pour l'éternité. Nous jurez que ce sera mieux ou c'était mieux après. Donc elle m'a fait ce cadeau d'être dans le générique du podcast comme... tant d'autres avant. C'est elle qui m'a offert ma très chère maman, me donnant par là même la possibilité d'exister, ce qui n'est vraiment pas pour me déplaire dans d'autres circonstances que celle-ci. Elle qui m'a donné le goût de la lecture, de la presse et des affaires, puisqu'elle m'a alloué chaque mercredi, entre mes 9 ans et mes 12 ans, de quoi m'acheter Pixou Magazine. Elle aussi qui m'a transmis un certain sens de la répartie, alors que nous joutions chaque dimanche midi de mon adolescence. Elle, fière femme de droite, et moi son petit-fils. qui la contredisait sans cesse et qui ne rêvait que de voir chuter sa classe bourgeoise dans un grand soir qui tarde décidément à venir. Mais à rebours de toutes ces convictions politiques, et sans craindre le regard jugeur de ses saints patrons, Franz-Olivier Gisbert, Serge Dassault et Alain Finkielkraut, Mamina m'a octroyé les quelques centaines d'euros qui me manquaient pour lancer mon propre média écolo. Un média qui, à son tour, ne cesse de contredire le Figaro et le Point, et ça commence à bien faire. Nous qui aimons parfois croire que nos convictions valent plus que tout le reste, nos cœurs vibrent et résonnent en réalité à un tout autre niveau. Mamina nous a fait la preuve que ceux que l'on pense parfois être nos adversaires peuvent se révéler nos plus précieux alliés. Non, on n'a pas besoin d'être d'accord sur tout pour cheminer ensemble et se retrouver dans les moments les plus cruciaux. Mamina m'a fait la preuve que l'amour transcende tout. Et vous pouvez faire confiance à quelqu'un qui en 87 ans a connu à la fois les nazis et Tchad GPT. et qui a respiré le même air que Joseph Goebbels et Pascal Crow. Et il n'y a aucun lien entre ces deux personnages, enfin vous faites les liens que vous voulez. Comme Pierre Desproges l'avait prédit, ma grand-mère a été fauchée à son tour par le croche-pied rigolard de la mort imbécile. Et si elle avait été avec nous ce soir, elle aurait probablement bien ri du portrait malhonnête que je dresse d'elle dans cette vaine tentative de me consoler de sa disparition. Alors prenez soin des vôtres pendant qu'ils sont là, et riez de tout, tout le temps, avec tout le monde. Merci pour elle. Bon, Charlene, je te rassure, toutes les intros du podcast ne sont pas aussi intenses que celles d'aujourd'hui.
- Speaker #0
La mienne a énormément compté aussi, bien sûr, les miennes, et on est toujours très émus d'en parler. Tu as fait une performance, parce que devant un public, de parler comme ça, c'est vraiment très réussi et très fort.
- Speaker #1
Je lui devais bien ça, je te remercie. Toi aussi, tu avais des mamies de droite qui t'ont aidé ?
- Speaker #0
Non, non, non, je crois qu'elles n'étaient pas de droite, non.
- Speaker #1
On salue évidemment les mamies de gauche aussi, toutes les mamies. Je crois que tu vois bien dans quel état je suis aujourd'hui. Toi, tu es dans quel mood en cette fin 2025 ?
- Speaker #0
Je suis dans un mood assez combatif, je dirais. Mais toujours rigolard et combatif. C'est pour ça que je me retrouve beaucoup dans ce que fait Vert, le média aussi. Parce que vous combattez, vous écrivez, vous investiguez, vous conscientisez, toujours avec le sourire et l'humour. Et je me retrouve vachement là-dedans. Et plus ça va, plus je suis en mood un peu bagarre rigolarde. C'est un peu mon mood du moment.
- Speaker #1
Ça se traduit comment dans ton quotidien,
- Speaker #0
ça ? Moi, j'ai la chance de pouvoir écrire et prendre le micro tous les matins. Donc, ça se traduit dans canaliser tout ça dans les mots. En étant, je pense, parfois assez verte dans la teneur, dans le ton de ce que je fais. mais toujours en enrobant ça dans de la blague. Ça se traduit comme ça essentiellement, je dirais.
- Speaker #1
Alors, des mots que tu en as écrits beaucoup au fil des années. Je ne les ai pas tous mis dans ce livre, mais pas mal quand même. Ce livre qui vient de sortir, Un canari dans la mine, dans lequel il y a 80 chroniques sur les 800 que tu as écrits depuis 2020. Ça fait un peu de monde. Alors, un canarie dans la mine, pourquoi ce titre ? Tu peux rappeler historiquement ce que c'est le canarie dans la mine ?
- Speaker #0
C'est une zone de charbonnage à la Louvière en Belgique, et entre Mons et Charleroi, qui est un peu l'équivalent de Florange en Belgique, si vous voulez, des mines, des usines métallurgiques. Et j'ai un aïeul qui a été mineur, et quand tous les mineurs descendaient au fond de la mine, ils embarquaient toujours avec eux un canarie dans une cage. Et quand le canarie cessait de chanter... Quand le silence se faisait, c'était pas bon signe, potentiellement c'est qu'il étouffait ou qu'il était mort, parce que les gaz toxiques étaient montés, et donc il prévient la montée des gaz toxiques, et il prévient du scrisou. C'est donc une petite allégorie de notre époque.
- Speaker #1
Est-ce que c'est toi le canarie dans la mine ? Toi tu chantes encore ?
- Speaker #0
Alors moi je chante encore, on est encore plein de canaris dans la mine, et je pense que vous en êtes un aussi bien sûr. Et on peut être... Pas très rassurant. Non, mais c'est-à-dire qu'il y a un rôle de vigilance. Le canarie, même s'il n'est pas conscient, l'animal en tant que tel, d'être vigilant, il est le petit lanceur d'alerte à son niveau. De toute façon, je pense, assez modeste, chacun, on peut l'être, être un vigilant, être un surveillant démocratique. Déjà, rien que de s'informer et de bien s'informer, c'est déjà quelque chose. C'est un petit peu comme Pierre Rabhi et le colibri, où chacun peut faire sa part. Et je pense que c'est l'équivalent un peu du colibri. Chaque Canary peut un peu faire sa part pour éviter qu'on laisse le moindre centimètre carré de terrain à ceux qui essayent de le faire taire et qui propulsent du gaz toxique dans la mine pour que tout explose.
- Speaker #1
Je ne sais pas si tu as remarqué, mais depuis que Vert ne fait plus de chroniques dans la Terre au carré, les audiences de France Inter se sont effondrées et ont perdu 458 000 auditeurs d'un coup. Je ne sais pas si c'était que les auditeurs de nos chroniques. Mais peut-être. Blague à part, comment tu t'expliques cette baisse qui est quand même assez inédite et peut-être un peu surprenante ?
- Speaker #0
Alors, bon, moi, je ne suis pas toujours la meilleure dans les analyses d'audience radio, il faut que vous le sachiez. Mais ce que je déduis, il y a deux choses. Il y a une première chose qui est systémique, le média radio baisse de toute façon. Et ça, c'est depuis des années, des années, des années. C'est-à-dire que c'est un vieux média. ça montre Bête toujours de dire vieux média parce que je trouve qu'il est à la fois aussi très très moderne. C'est quand même le média qui continue à nous accompagner partout, dans la voiture, dans la salle de bain. Moi, j'ai aussi souvenir d'avoir fait un reportage en Haïti un an après le tremblement de terre. Et l'antenne radio a été la première chose qui a été relevée. C'est grâce à l'antenne radio qu'on a sauvé des vies. Mais il se fait que la radio est de moins en moins écoutée, que beaucoup de gens scrollent en écoutant la radio. Donc, ils préfèrent scroller qu'écouter la radio. Ça, c'est une chose. Ensuite... il y a eu des changements il y a eu des changements à France Inter une nouvelle direction qui a fait des choix qui a tenté des choses et comme je ne suis pas langue de bois je dirais qu'il y a parfois arrêté des choses qui marchaient comme une certaine émission à 17h et donc quand on arrête des trucs qui marchent les gens s'en vont c'est ce que je vous dis et puis après ils testent des trucs qui ne marchent pas forcément bien et il y a un tournant qui est pris parce qu'il y a une nouvelle direction qui fait des choix qui déroutent Les auditeurs, moi je sais que je croise des auditeurs qui me disent « Mais vous êtes toujours sur France Inter, mais à quelle heure ? » Donc là, on a un problème. Donc là, pour l'instant, il n'y a pas péril en la demeure non plus parce que ça reste la première radio la plus écoutée de France. Donc moi, ça m'use toujours d'y être aussi pour ces raisons-là parce que comme je pratique la satire politique, j'aime l'idée d'être dans la première radio de France parce que finalement, elle est dominante. Moi, j'aime bien embêter les dominants. Et c'est une radio qui reste dominante, qui reste mainstream, donc je trouve ça amusant d'y être. Et puis voilà, il y a encore plein de superbes émissions que j'aime beaucoup et je suis toujours auditrice. Je ne vais pas tous vous les citer, mais pendant toute la journée, il y a encore plein de programmes que j'adore et dans lesquels je me reconnais pleinement.
- Speaker #1
Par contre, tu peux écouter La Terre au Carré, depuis que le dernier quart d'heure a été supprimé apparemment.
- Speaker #0
Alors, j'écoute toujours Mathieu Vidard parce qu'il fait toujours un excellent travail, puis Camille Cronier le matin aussi. Et puis, je suis attentive aussi, pour être quand même, moi je reste très positive, il y a quand même les sujets environnementaux, ils rient quand même beaucoup les journaux. C'est-à-dire que par exemple, écoutez le journal de 8 heures d'Hélène Filly, vous verrez qu'elle met vraiment un point d'honneur à très très régulièrement, il y a quand même des très beaux sujets. Il y a aussi Célia Quiré, par exemple, à la rédaction, qui travaille très très bien. Sans d'idées. Ça irrigue beaucoup de programmes. Je pense que le service public et France Inter en particulier reste parmi les médias mainstream l'un des médias qui parle le plus d'environnement et le mieux, notamment aussi avec Mathieu Vidard.
- Speaker #1
Est-ce que l'érosion de l'humour qui fait partie de l'ADN, j'ai cité Pierre Desproges éhontément pendant toute mon introduction, Pierre Desproges, le tribunal des flagrants délires, de l'humour politique, Louis Sregaux, etc. Il y a une longue tradition sur France Inter. Est-ce que finalement, il n'y a pas à la fois une partie du public historique qui se dit « bon, ce n'est plus vraiment ma radio, je ne me sens plus bienvenue » et aussi un effet un peu de l'humour, c'est un peu cette vertu de rendre supportable des faits qui sont intolérables. Et on est d'accord de revenir parce qu'il y a cette respiration de l'humour, notamment dans la matinale.
- Speaker #0
Oui, il y a aussi dans la défection de la radio. et des radios où il y a beaucoup d'informations, ce qu'on appelle une fatigue informationnelle. C'est-à-dire qu'on se réveille quand même avec plusieurs guerres en même temps. En fait, on se réveille avec le bruit de la guerre à la radio, donc il faut pouvoir l'affronter. D'où l'importance de l'humour, surtout de l'humour politique. Effectivement, l'humour est nettement moins politique sur la chaîne. Alors, est-ce que ça explique qu'il y ait une chute d'audience, plutôt une érosion ? Ça, j'en sais rien. Peut-être que oui, il y a une partie du public qui se dit « il y a moins d'humour, je quitte » . Je ne sais pas si on vient sur France Inter autant que ça pour l'humour aussi, mais je te l'accorde, il y a moins d'humour politique, il y a toujours autant d'humoristes mais moins politiques. il y a une volonté de lisser c'est sûr vous êtes informé, vous voyez bien ce qui nous arrive aussi c'est qu'on est vraiment attaqué de façon ultra agressive, tout à fait brutale de toutes parts donc c'est C'est difficile aujourd'hui de faire de l'humour politique sur France Inter. Ce n'est pas de tourpeau, ce n'est pas confortable. Moi, j'ai choisi d'être dans un endroit qui n'est pas confortable parce que j'en ai fait une sorte de matière et de cadre. Ça m'amuse presque, en fait. Ça fait très longtemps que je suis sur cette chaîne, ça fait 12 ans. Donc, c'est presque confortable pour moi de ne pas être dans cette situation confortable. Je ne sais pas si vous comprenez un peu ce paradoxe. C'est-à-dire qu'en ce moment, il y a une commission d'enquête à l'Assemblée nationale sur le service public. On est conchié dans toute une partie de la presse, même par d'autres tendances politiques. On en bave un peu. Et je pense que c'est compliqué aussi pour les jeunes humoristes. On est quand même en moment de crise, un moment économique très dur. Il faut avoir des producteurs courageux, des salles de théâtre courageuses, il faut pouvoir remplir ces salles de théâtre. Et je sais qu'il y a des amis qui me disent « Moi j'ai monté un spectacle un peu politique et j'ai du mal à trouver une salle. » Donc c'est compliqué aussi pour cette jeune génération qui veut faire de l'humour, d'aller faire du politique bien acerbe. Parce qu'on ne vous aidera pas. Et l'algorithme, je termine là-dessus, parce que l'algorithme d'Instagram, par exemple, la jeune génération d'humoristes compte beaucoup sur Instagram pour se faire connaître, remplir ses salles, etc. On en parlera peut-être, mais Meta invisibilise, vous êtes bien placés pour le savoir, les contenus politiques. Donc, si vous faites des chroniques politiques sur Insta, l'algorithme ne va pas vous pousser, il va vous invisibiliser. Donc, c'est extrêmement compliqué.
- Speaker #1
Est-ce que toi tu y crois, ce discours selon lequel les jeunes générations seraient moins sensibles à l'humour politique ou chercheraient plus de l'humour absurde, notamment sur les réseaux ?
- Speaker #0
Non, pas forcément. Là, il faudrait vraiment faire une étude pour le savoir. Je ne pense pas que la jeunesse soit dépolitisée. J'observe juste en regardant de façon assez globale, et j'en reviens peut-être à Métas, c'est peut-être ça aussi, aujourd'hui le moyen pour se faire connaître, c'est les réseaux. Les réseaux invisibilisent le contenu politique. Donc vous allez avoir tendance à faire de la politique par la bande ou pas vraiment en parler. Et ça ne va pas vous pousser à... Alors je suis sûre qu'il y a des jeunes qui sont politisés, mais qui peut-être se disent « si je veux remplir ma salle, mon producteur, il m'a dit, il ne fait pas de politique. » Il y en a qui ne s'aident pas, qui doivent s'autoproduire. C'est extrêmement compliqué et très fragile. Donc je ne leur jetterai pas la pierre, parce que c'est vraiment compliqué là.
- Speaker #1
Alors il t'a pas échappé que le 9 novembre sur Radio Nova, Pierre-Emmanuel Barré a fait une chronique assez salée, très politique, dans laquelle... On peut l'applaudir bien sûr. Chronique dans laquelle, alors il dit beaucoup de choses, mais il dit notamment à un moment, la police c'est Daesh avec la sécurité de l'emploi. Bon je vous invite à aller écouter la chronique si vous voulez le contexte. Et il se trouve que le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, a porté plainte. Qu'est-ce que cette plainte dit du moment qu'on est en train de vivre ? qu'il a vraiment que ça à foutre Laurent Nunez apparemment c'est à dire oui il a porté plainte aussi contre un jeu de société un jeu de société antifasciste qui aurait fait le lien entre la police et le fascisme je
- Speaker #0
pense que c'est ridicule que c'est ridicule et à la fois inquiétant porter plainte pour une blague Nous, on n'est que le thermomètre de la démocratie. Quand on attaque le thermomètre pour essayer de le casser, ça ne résoud rien. Et c'est très alarmant. Donc, ça me scandalise. Je soutiens Pierre-Emmanuel, clairement. Est-ce que vous condamnez les violences,
- Speaker #1
Charlène von der Necker ?
- Speaker #0
On est obligés de dire ça aujourd'hui. J'ai oublié de dire que je condamnais les violences au cas où il y aurait un doute.
- Speaker #1
Est-ce que la France, comme tu l'as dit Les violences,
- Speaker #0
par exemple je remarque qu'ils passent beaucoup de temps à porter plainte Il faudrait peut-être passer du temps aussi à recevoir les plaintes des femmes, par exemple, qui portent plainte pour des violences et des agressions sexuelles. Là, ils sont très prêts pour porter plainte contre des blagueurs, mais pour le reste, c'est compliqué.
- Speaker #1
Des militants écologistes qui sont faits casser la gueule par la police à Céline, c'était un des points de départ de la chronique.
- Speaker #0
Ça sent trop bon ce soir, je trouve. Vous sentez bon. Je trouve que vraiment, vous avez un lectorat... Chez Véron, vous avez un lectorat qui sent bon.
- Speaker #1
qui est très beau, très intelligent qui a tout un tas de qualités je sais pas si tu vois un peu est-ce que la France comme tu l'as déjà dit, on peut dire qu'elle est plus Charlie, on peut plus se moquer de tout,
- Speaker #0
on a plus le droit de se moquer de tout aujourd'hui mais elle est plutôt Charlie Kirk c'est une formule de Charlie de Van Den Eyck c'est une question qu'on me pose souvent en disant qu'est devenu Charlie, c'est vrai que je réponds Charlie est devenu Charlie Kirk les gars je vais écrire ma question suivante alors non non vas-y hum qu'est-ce qui reste de Charlie ? Si, il reste pas mal de choses de Charlie. Sinon, on ne serait pas là, on ne blaguerait pas, on n'aurait pas applaudi à l'évocation de la blague de Pierre-Emmanuel Barré. Je pense que peut-être qu'il n'y a pas plus à Nunez aussi. Un peu avant, il dit que c'est une cuve à pisse. Je pense qu'il ne peut pas porter plainte pour ça, donc il a porté plainte pour une autre blague, mais je me demande si ce n'est pas celle-là. En fait, c'est logique. puisque les flics disent que les écolos militants radicaux ne sont plus la piste. Donc il y avait une logique. Donc Charlie est toujours là. Ça, c'est typiquement une blague Charlie. Oui, cet esprit-là, il est là, mais il a tendance à disparaître et à être grand remplacé par l'esprit Charlie Kirk.
- Speaker #1
L'esprit Charlie Kirk ?
- Speaker #0
C'est-à-dire que c'est... Les nouveaux totems, les nouveaux tapous ? C'est cette méthode... méthode de tout à fait de mauvaise foi qui consiste à, moi j'appelle ça retourner, j'essaye de le formuler de façon la plus claire possible, c'est de dire c'est une méthode systématique de l'extrême droite de s'accaparer le vocable liberté d'expression, de le détourner, de le dévoyer d'une façon qui est vraiment toute pourrie parce que c'est vraiment simplement la retourner comme une crêpe la liberté d'expression et dire... La liberté d'expression, c'est ça. Ce n'est pas Charlie, c'est Charlie Kirk. Il y a plein d'exemples comme ça. Quand le monde vous paraît cul par-dessus-tête, si on doit décrire le monde dans lequel on vit aujourd'hui, on aura juste envie de dire « what the fuck » . C'est un gros niveau de vulgarité.
- Speaker #1
Ça perd l'hypopète.
- Speaker #0
Oui, mon Dieu. Mazette. Comment ? Diable. Toutes les valeurs... C'est facile, ils inversent les valeurs à tous les niveaux. C'est-à-dire... que les écologistes sont les terroristes. C'est la même chose que Charlie Kirk. Vous pouvez tout prendre comme ça, tout retourner. Les antiracistes sont les vrais racistes. Leur argumentaire est aussi bête que ça, en fait. Ils ont inventé la tarte... Celui qui a inventé la tarte Tatin. Ils ont juste inventé la tarte Tatin, en fait. Réinventer la tarte Tatin. C'est pas eux qui ont inventé le fil à couper le beurre, c'est sûr.
- Speaker #1
Je vais te poser la question. t'as beaucoup été posé et qui t'ont ennuyé visiblement mais je redonne un peu d'éléments de contexte le 7 janvier 2015 ça faisait quelques mois que t'étais chroniqueuse dans la matinale de France Inter et donc t'as fait une chronique après l'attentat à Charlie Hebdo où tu as interviewé Mahobé qui était incarné par Guillaume Maurice et donc dans ce livre Au van citoyen que t'as sorti en 2022 tu racontes un peu le contexte avec notamment une direction qui n'était pas forcément très chaude
- Speaker #0
Ah si justement En fait, ils avaient un peu les jetons. C'est ça que tu veux dire. Mais là, j'insiste pour le dire, et je le raconte dans le livre, c'est à leur demande qu'on a fait un sketch le jour de l'attentat. Ça, c'était il y a dix ans. La direction de France Inter, qui est sidérée comme nous et qui est éplorée parce qu'on a toujours été très proches de l'équipe de Charlie. On a travaillé avec Bernard Maris. Je me souviens très bien, certains d'entre vous se rappellent, que le débat écho, c'était Dominique Seux face à Bernard Maris tous les vendredis.
- Speaker #1
C'était déjà Dominique Seux.
- Speaker #0
Oui, c'est que nous espérons. Dominique Seux et Charlie. Ils s'entendaient très bien avec Bernard Maris. Et donc, on est dévastés comme ou, mais en plus, c'est des collègues. Et d'ailleurs, je me rappelle, on est au bistrot en face avec Guillaume, Alex et l'équipe. Et en fait, on applique le précepte de ma grand-mère qui disait toujours « Puisque le malheur nous accable, avalons la douleur » . Et elle buvait un coup. Donc, on est au café, on boit un coup.
- Speaker #1
C'est le dicton de la banlieue de Mons.
- Speaker #0
Et là, la direction m'appelle et me dit « Charline, remontez à la radio parce que c'est la caricature et l'humour qu'on a massacré. Il faut que vous soyez là, il faut qu'on vous entende, il faut que vous fassiez un sketch.
- Speaker #1
T'avais bu combien de pentes de douleur ?
- Speaker #0
Pas trop trop encore, ça va, il était genre 14h. Donc on remonte et je me rappelle très bien, je suis dans le bureau avec Alex et Guillaume et puis l'équipe qui prépare l'émission. Et je me souviens très bien avoir dit, si on fait quelque chose aujourd'hui... Il faut qu'on arrive à leur taille de leur courage et à leur taille de ce qu'ils ont fait. Certainement pas à leur niveau, parce que c'est indépassable. Mais il faut qu'on se montre digne. Si on prend le micro aujourd'hui, on l'aurait pris 15 jours plus tard. Mais là, aujourd'hui, on ne peut pas... Il faut faire un truc à leur taille de leur courage. Et donc, je me souviens, c'est de nos attachés de production. qui travaille avec nous. Son métier n'est pas forcément de faire des blagues. Et je pense qu'à la cantonade, elle a lancé l'idée, elle nous a dit, mais vraiment pour déconner. Pour déconner, elle a dit, fais-tu une interview de Mahomet, dans ces cas-là. Et tout le monde a ri. Et moi, je n'ai pas ri. Je me suis dit, oui, c'est ça qu'il faut faire, en fait. Et donc, je vois bien dans l'équipe, après, la direction était... On a prévenu la direction. On leur a dit, écoutez, c'est ça qu'on va faire. Mais la direction a compris. que c'était ça qu'il fallait faire. Il nous a dit, on vous fait confiance. Voilà, ils savent qu'en plus, on était plusieurs, donc on s'autorégule un peu dans ces cas-là. Et donc aujourd'hui, effectivement, je pense qu'on ne pourrait plus le faire. Enfin, moi, j'essaierai de le faire, je pense, et d'autres aussi. Je suis sûre que Guillaume et consorts aussi le feraient. C'est-à-dire que si on a un micro en direct, on fait ce qu'on veut, en fait. Voilà. Mais si on devait soumettre à un projet, c'est plus difficile. Mais franchement, en disant ce pays et ce monde a changé, on le palpe, l'air est devenu beaucoup plus épais. Donc je déplore qu'aujourd'hui, ce soit peut-être plus compliqué de le faire. Après, il faut voir les circonstances aussi, je ne sais pas. On n'est pas en période d'attentat, on est en paix et je m'en félicite. J'ai dit que je m'en félicitais. Mais il y a à côté de moi qui... Je ne peux pas me non plus... Je le déplore, mais je ne peux pas m'insurger non plus parce qu'on sent tous bien à quel point tout est devenu plus tendu, plus compliqué. On dit polariser, mais même l'apaisement est parfois devenu suspect. Si un matin, j'ai envie de ne pas prendre position pour une fois et d'appeler au calme, je ne vais pas peut-être me faire invectiver en fait. Parce que quand vous choisissez un camp aujourd'hui, même de mauvaise foi, je peux très bien faire une chronique et moi j'ai envie de rire aussi, donc je vais défendre un point de vue. Le point de vue opposé va m'engueuler, va m'invectiver ou m'insulter. Et si je me mets la place dans l'autre camp, c'est l'autre camp. Donc, j'ai affaire à un camp. Mais parfois, quand vous vous mettez au milieu en disant « Restez calme, vous avez fait ça, vous avez fait ça, aujourd'hui, il y a balle au centre quand même » , là, vous prenez les deux camps dans la gueule. Et ça me fait un peu penser à une jeune fille que j'ai interviewée qui a créé les Guerrières de la Paix, qui s'appelle Anna Assouline. qui travaillait sur le conflit israélo-palestinien et qui m'a dit, moi je suis dans le camp de la paix et c'est très dur de tenir le camp de la paix parce que tu te prends les deux dans la tronche. Et ça m'avait sidéré. Et là, pour plein de sujets, je le constate en fait.
- Speaker #1
J'ai relu mes classiques pour cette interview. Ce livre, Au vanne citoyen, je rappelle qu'il date de 2022. Et dans ce livre, tu écris tu expliques que la satire politique est heureusement, pour l'instant, considérée comme une mission de service public. hashtag Maraudevance, est-ce que c'est toujours le cas ?
- Speaker #0
Oui, oui, c'est toujours le cas. Oui, bien sûr. Si ce n'était pas le cas...
- Speaker #1
Plus la même direction, plus la même ministre aussi.
- Speaker #0
Oui, oui, les choses ont changé aussi à ce niveau-là. Mais moi, je ne sens pas, à part autour de moi, bien sûr, où mes camarades ne sont plus là, mais moi, je ne sens pas la différence, en fait. C'est-à-dire que si la satire politique n'était plus dans l'ADN du service public, plus du tout, je ne serais plus là, en fait. Moi, je le pratique toujours encore, tous les matins. Je le pratique d'une manière un peu détournée aussi dans mon émission le samedi soir. Et donc, c'est pour ça que je ne veux pas déserter ce terrain. C'est-à-dire que tant que je suis là, il y a encore de ça sur le service public. Et oui, ça reste sa mission. Évidemment, c'est toujours plus difficile sur le service public, parce que nous, on a des obligations. On est un service public, il y a une charte. Il y a une obligation, on reçoit de l'argent public, c'est pour ça que je disais tout à l'heure que ce n'est pas forcément confortable pour les humoristes qui voudraient se lâcher que dans un sens ou dans tous les sens, j'en sais rien, mais on a des obligations. Les médias de service public sont les seuls médias qui ont un cadre qui est un petit peu défini par la loi, l'État, etc. C'est-à-dire, on le voit avec la commission d'enquête, le pluralisme. D'aller dans un média indépendant serait formidable. Moi, je suis cliente des médias indépendants. J'en lis, j'en soutiens, etc. La preuve, je suis là avec vous et je vous lis avec bonheur. Il y a moins d'obligations dans les médias qui sont indépendants, qui ne sont pas médias publics et ceux qui sont privés. Il y a un regard un peu d'équité, tout ça, mais il n'y a pas ce cadre et cette charte. Donc voilà, c'est un peu plus prise de tête, c'est un peu plus compliqué. Et quand on a... Quand on a un gouvernement avec le ministre de la Culture et de la Communication, Rachida Dati, et une extrême droite qui est dominante dans le débat public, qui est dominante culturellement, qui écrase tout avec des armes, avec des bazookas et avec des armes pas toujours légales en fait, parce que la mauvaise foi, les fake news, etc., c'est une espèce de rouleau compresseur. Croyez-moi qu'on résiste dans le service public, on résiste. le plus possible, mais on a une obligation de pluralisme. Donc si vous entendez un invité à Rennes le matin, c'est une obligation en fait.
- Speaker #1
Est-ce que tu sais ce que c'est le club de verre ?
- Speaker #0
Alors le club de verre... Alors attends, non ça tu me poses une colle. Le club, on est là ce soir, c'est un peu le club ce soir. C'est un peu le club. C'est l'apéro du club. Il y a des donateurs, c'est pas un club des donateurs ? C'est pas le club des super riches, des ultra riches qui donnent à verre ?
- Speaker #1
Non, ce serait cool.
- Speaker #0
Parce que ta villa à Monaco, c'était... Pardon. Il ne fallait peut-être pas en parler.
- Speaker #1
On en parlera après. Le Club de Vert, c'est près de 12 000 personnes aujourd'hui qui sont très belles et très sympas et qui sentent bon en plus comme tu l'as remarqué, et qui nous donnent les moyens au quotidien, avec des sous et de la force, de faire tout ce qu'on fait en accéléré ou gratuitement, sans publicité, sans mécène bizarre.
- Speaker #0
Merci pour cette bière, le Club de Vert.
- Speaker #1
C'est le club qui t'invite. Et donc le club de Vert, ils ont plein d'avantages parce qu'évidemment, on les remercie de plein de manières, notamment celui de pouvoir poser des questions aux invités de C'était mieux après.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Et donc, on a reçu plusieurs questions pour toi, notamment une question de Claire de Lyon qui dit, après le départ de Guillaume Meurice, le choix de rester sur France Inter a pu être vivement critiqué par ceux qui étaient partis, justement. Qu'en penses-tu et comment le vis-tu ?
- Speaker #0
Il a été critiqué par ceux qui sont partis ?
- Speaker #1
C'est ce que dit Claire de Lion.
- Speaker #0
C'est pas revenu à mes oreilles qu'il m'ait critiqué.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a des gens qui t'ont critiqué sur le fait de rester à France Inter ?
- Speaker #0
Oui, pas beaucoup. Honnêtement, pas beaucoup. Généralement, ça venait plutôt de la jante masculine. J'ai remarqué, j'en ai pas eu beaucoup, quelques dizaines. C'était systématiquement des hommes avec une injonction à aller sur Nova. Ça c'était... Mais moi j'ai toujours été très claire là-dessus et mon équipe qui est partie, eux savaient, j'ai été très transparente là-dessus, je les ai défendus bec et ongle jusqu'au bout. D'ailleurs dans un canarie, dans la mine, je reproduis tous mes textes ou sur la chaîne publique derrière les oreilles d'un million d'auditeurs et de ma direction. J'ai combattu ma direction à l'antenne et j'ai défendu Guillaume et mon équipe jusqu'au bout. Et d'ailleurs, ça ne date pas que de cette époque. Moi, cette émission de satire politique, ça fait dix ans que je défends mes chroniqueurs. C'est-à-dire que quand il y a une blague qui fait polémique, etc., c'est moi qui vais dans le bureau de la direction pour les défendre. Depuis dix ans. Donc voilà, ce n'était pas nouveau. Je n'ai pas fait ça à la fin. Ça a toujours été le cas. Donc moi, j'ai été claire avec eux. je leur ai dit... Moi, je vais rester parce que je pense que ça me semble capital que la satire reste sur le service public. D'ailleurs, j'ai déploré qu'ils aient démissionné, en fait. Je comprends très bien qu'ils aient voulu suivre Guillaume. Et je me félicite et je suis ravie qu'ils aient trouvé un autre canal d'expression parce que c'est hyper important. Mais c'est une question que je me suis posée aussi en me disant que c'est la question de résister de l'extérieur ou de l'intérieur. Et c'est une question à laquelle on va tous être confrontés ou peut-être vous êtes déjà confrontés à ça. dans vos entreprises, dans vos familles, dans vos cercles amicaux, dans vos clubs, peut-être même au club de Bridge. Total Energy. Est-ce qu'il y a des salariés de Total Energy, c'est ça ? Oui, parce que ça ne concerne pas que le politique, c'est aussi, je ne sais pas, j'imagine des employés d'Amazon ou des employés de Total Energy qui se disent, en fait, le poste auquel je suis... Si je laisse la place à quelqu'un qui n'a pas les mêmes valeurs, etc., vous pouvez même saboter de l'intérieur cette entreprise, si vous voulez. Donc, c'est une question que j'ai dû me poser très tôt. Je me la suis posée. Il y a un moment, j'ai failli quitter Inter. J'ai réfléchi. Et moi, j'étais là depuis très longtemps. Je les ai tous engagés, en fait. Je les ai tous engagés dans mon émission. Donc, je leur ai dit, je vais être claire avec vous. J'étais là avant vous. Probablement, si je reste, je serai là après vous. Sentez-vous libre.
- Speaker #1
Avec Dominique Seux, par monts et par vents.
- Speaker #0
Oui, mais pas que Dominique Seux. Il y a Fabienne Sintès, Mathieu Vidard, Rebecca Monzoni, Camille Cronier. Je me reconnais encore, bien sûr, dans le service public. C'est une question que je me suis posée avec beaucoup d'acuité dans cette période, au mois de juin, où l'émission Le Grand Dimanche Soir s'est arrêtée. Je n'étais pas la seule sur cette ligne. J'étais encouragée notamment par Walidia. Voilà, par Frédéric Fromet, Constance, Mao Drama, etc. On a les mêmes valeurs, on poursuit les mêmes buts. On n'a pas utilisé la même méthode. Voilà, moi, j'ai décidé de rester dans le service public. Et justement, parce qu'il s'est passé ce qui s'est passé, de continuer. Alors, le canarie dans la mine, c'est aussi si la volière se rétrécit. on va le sentir tout de suite. C'est le meilleur moyen de tester aussi. Je n'ai pas envie de laisser la place vacante. Je n'ai pas envie de laisser le siège libre. Si on laisse le siège libre et qu'on déserte, ils ont gagné. Moi, je me suis dit, d'une certaine manière, tous ceux qui ont démissionné ont offert sur un plateau ce que voulait la direction. Donc, voilà. Je suis très claire là-dessus. Et j'ai très peu hésité. Je suis... Voilà. J'y ai beaucoup réfléchi et mon choix est sûr.
- Speaker #1
J'ai à préciser que j'ai dit par mons et par veau, alors que je voulais dire contre vents et marées. Donc voilà, un petit clip à la principale côte pour le deuxième fois. De grand-mère,
- Speaker #0
ça c'est...
- Speaker #1
Rip l'académie française. Une question qui reprend un peu ce que tu disais tout à l'heure, de Pierre de Guyane. Vu les frilosités croissantes de Radio France, entre parenthèses, humour, écologie, etc., et de l'arrêt de la redevance audiovisuelle, l'avenir n'est-il pas dans les médias indépendants où l'on respire ?
- Speaker #0
Ah bah aussi, mais voilà, la question de résister de l'intérieur ou de l'extérieur, je pense qu'il faut les deux. Heureusement qu'il y a les médias indépendants, on s'en... Heureusement, et de plus en plus.
- Speaker #1
Tu soutiens la revue Cométa ?
- Speaker #0
Oui, bien sûr.
- Speaker #1
De nos amis Serge Michel et d'autres... Oui, tout à fait. Ah oui,
- Speaker #0
mais moi je suis et abonnée et lectrice de médias indépendants, j'adore ça et... Et on va en avoir de plus en plus besoin. Mais on ne peut pas compter que là-dessus parce que les médias indépendants, c'est aussi les citoyens qui mettent le rebol, etc. Il y en a beaucoup et il faut qu'on soit solide pour continuer à les financer. Je pense qu'il faut les deux. Pour l'instant, j'ai l'impression qu'il n'y a pas non plus encore trop péril en la demeure. Et croyez-moi qu'à l'intérieur de Radio France, on est encore très très très nombreux, et même je dirais une majorité, à vouloir tenir le bastion de l'écologie, des valeurs progressistes, de la liberté d'expression. Et d'ailleurs, ça crée des belles synergies parce qu'on se parle de plus en plus, on est de plus en plus soudés, on est de plus en plus vigilants. D'ailleurs, vous le voyez, quand il y a des trucs qui ne vont pas, on se fédère, on gueule, on demande à voir la direction, etc. Et on essaie de renouer la confiance. Tu disais tout à l'heure, en évoquant ta grand-mère, l'actrice du Figaro, en disant « moi, j'ai envie de convaincre et de parler à tout le monde » . Les médias indépendants sont indispensables. Il y a aussi beaucoup, beaucoup de médias d'opinion. La différence avec France Inter, c'est que même si elle est ultra critiquée, enfin je ne sais pas si vous me mettez le mot ultra parce que je ne suis pas sûre qu'elle soit ultra critiquée à ce point-là. Elle est critiquée mais c'est un média qui parle à tout le monde, qui essaye de parler à tout le monde. C'est difficile aujourd'hui. On ne va pas pouvoir parler vraiment à tout le monde et satisfaire tout le monde, c'est impossible. Mais c'est ça que j'aime aussi, c'est encore un média où comme on est écouté par un panel très large, Il y a peut-être encore aussi un moyen de convaincre. Ça, c'est quand même super important, parce que sinon, on n'a plus de choses. Mais qu'est-ce qu'on a en commun, après ? C'est-à-dire que moi, qui suis lectrice de ces médias indépendants, je ne sais pas si ceux qui ne pensent pas comme moi ou qui les critiquent vont aller les lire. On a besoin d'espaces communs. Le service public, c'est encore un espace commun. C'est quand, la dernière fois, qu'on a eu des espaces communs ? Comme on ne regarde plus tellement la télé. qu'on regarde plus les programmes avec l'éclatement du paysage, les podcasts, et tout ça sont des choses hyper positives. On a un choix, on a un luxe incroyable aujourd'hui. Mais on peut regarder, on va pas regarder le film du soir de France 2 ou de TF1 parce qu'on va regarder Netflix, etc. Seulement le lendemain, quand on se croise, évidemment, on peut raconter ce qu'on a vu les uns les autres, mais les lieux de commun, mais bon sang, moi j'ai l'impression que la dernière fois, c'était les Gimiaux. Mais si la dernière fois qu'on a eu un truc en commun, c'était les JO. C'est quoi ? Parce qu'on a regardé des types et des meufs en short qui couraient après une balle ou qui voulaient courir plus vite que l'autre. C'était ça, notre truc commun, franchement.
- Speaker #1
Tant qu'avec Miss France aussi.
- Speaker #0
Eh bien, Miss France, c'est même plus commun.
- Speaker #1
C'est vrai que j'ai eu heureusement. Il y a plusieurs Miss France maintenant.
- Speaker #0
Mais non, mais même Miss France, elle s'insulte. Il y a deux Miss qui ont perdu leur écharpe. Donc, on a Brigitte Macron qui insulte. Les féministes, et donc à travers les féministes, toutes les femmes, au sommet de l'État, what the fuck, et on a des remises qui s'insultent entre elles. Donc il y a « je suis sale conne » et « je suis sale pute » parce qu'elles se sont traitées de putes. Voilà, donc c'est pour vous dire que les espaces communs et un petit peu de calme, des fois, ça fait du bien.
- Speaker #1
Je suis vraiment... très très d'accord avec toi j'adore les médias indépendants et je suis ravi de m'occuper d'un média indépendant mais c'est vrai qu'il fera chaud le jour où on aura grand placé les grands médias audiovisuels et notamment public et c'est pour ça que je déplore vraiment je déplore grandement que il n'y ait plus de chroniqueurs chez Mathieu Vidard dans la terre au carré et que tu sois plus là que
- Speaker #0
Vert soit plus présent parce que là il y avait une synergie des deux après il y a un mot dans la question qui est super important c'est le mot redevance Tout ça vient du fait qu'il n'y a plus de redevances. S'il y avait encore la redevance, tu serais encore là, tu serais encore à l'atérocarré, il y aurait encore de l'humour, etc. C'est-à-dire que le jour... Je suis encore une victime de Macron. Non mais oui, mais c'est vrai. Le jour où Macron a dit plus de redevances, mais moi je me rappelle très bien du courrier. Je ne sais pas si vous vous rappelez, on a reçu un courrier tous. Parce que la redevance, elle était liée à... Je ne sais plus quelle taxe, pardon. Ah, la taxe d'habitation, merci madame. Elle était liée à la taxe d'invitation. Je me rappelle très bien ce courrier, je l'ai même gardé chez moi, signé Gabriel Attal. Il a été Premier ministre, rappelez-vous, dans une autre vie. Et il dit « pour votre pouvoir d'achat » , un truc comme ça. Donc un truc mais populiste, mais populiste crasse de dire « on va vous retirer la redevance et pour votre pouvoir d'achat, vous pourrez au moins comme ça » . Et après, Blanquer va dire « comme ça, avec votre allogue, vous pourrez acheter un écran plat » . Mais... Et alors, à partir du jour où on n'a plus eu la redevance, on n'a plus sanctuarisé l'argent qui irrigue le service public. Donc maintenant, qu'est-ce qui se passe ? En fait, on est inféodé. On attend de savoir quel va être notre périmètre, ce que va nous donner l'État. Mais ça, c'est pareil pour la sécurité sociale, c'est pareil pour notre santé. Là, ils sont en train, à l'heure où on parle, à passer plus de temps à faire des calculs politiques qu'à faire des calculs de budget. C'est quoi le budget de la Sécurité sociale ? Est-ce qu'on pourrait savoir ? Parce qu'en fait, là, il y a quelqu'un qui est en train de trouver une place aux urgences. Donc, à partir du moment où il n'y a plus eu la redevance, il y a un truc qui a aussi considérablement fragilisé le service public. Et c'est là où j'essaie de me mettre à la place de la présidence de Radio France et des directions, etc. Ils doivent composer avec ça aussi. Et batailler. Et moi, je suis sûre qu'on a servi de gage, en fait. Il fallait donner un gage, parce qu'ils ont vraiment la hache pour tout couper. Et voilà, de toute façon, notre destinée sera, si le RN passe, sans doute d'être privatisé.
- Speaker #1
Tu disais justement, parmi les très nombreuses attaques que vous subissez, il y en a beaucoup qui viennent du même camp, l'extrême droite, à la fois politique et médiatique. Comment vous vivez ces attaques de l'intérieur ? Et alors, quel type d'attaque ? qu'on a des... Des shitstorms, on a des attaques, il y a une commission d'enquête par le petit Eric Chioti.
- Speaker #0
Il y a vraiment une très belle, ils sont très inventifs. Comment je les vis ? Alors moi je les vis différemment je pense parce que je les subis depuis très très longtemps. Et on les subit depuis très longtemps avec mes camarades humoristes dans les missions qu'on avait à 17h, puis le grand dimanche soir, les chroniques etc. Moi je le vis différemment parce que je le vis depuis des années, des années, des années et je suis triste de vous annoncer que je suis un peu blasée en fait moi. Toujours quand même assez vigilante et pour les autres, je m'indigne pour les autres maintenant en fait. Mais moi je suis blasée, ça me touche plus quoi, ça fait trop longtemps. En fait on a été, c'est pour ça que j'ai appelé aussi ce bouquin le canari dans la mine parce qu'on a vraiment été les premiers à subir ça. Les premiers à subir les attaques de l'extrême droite, de pro, etc., ça a été nous, ça a été les humoristes. Parce que c'est très facile de prendre une blague et de la mettre au premier degré. Et d'ailleurs, ce qui est arrivé à Guillaume, et on en est là, ce n'est pas sa blague dans l'émission, parce qu'elle était passée totalement inaperçue. Et à juste titre, en fait, quand on réécoute le contexte, elle a été érigée en bandeau. Donc au premier degré, c'est de l'info par une chaîne de télévision d'extrême droite financée par un oligarque. Donc c'est une manipulation. Et ça, ils le font tout le temps. C'est-à-dire Thomas Legrand, etc. Donc c'est des images volées, conquées. Donc ces attaques-là, je les vois depuis longtemps. Et maintenant qu'on n'est plus là, ils s'en prennent aux journalistes. Voilà, le cas, le grand Cohen, je ne sais pas, l'ISLC, etc., les compléments d'enquête, tout ça. Et après, ils s'en prennent, voilà, et après, hop, à chaque fois, il y a un paratonnerre qui saute, en fait. Et maintenant, ils s'en prennent même un linceau chou. C'est quoi la suite, quoi ?
- Speaker #1
Est-ce que comme Alain Ausha va se cacher en Suisse, si le Rennes arrive pour voir toi, tu vas te cacher en Belgique ?
- Speaker #0
Non, non, non. Moi, je ne vais pas me cacher en Belgique. Déjà, je ne vais pas me cacher. On en revient à la question résister de l'intérieur ou de l'extérieur. Soit je résiste de l'intérieur avec vous en France. En fait, je réfléchis toujours à là où je serai la plus utile. C'est comme ça que je me suis posé la question au moment de rester sur Inter. où est-ce que je suis la plus utile ? Je me poserais la question de où je suis la plus utile. Moi, j'ai plutôt envie de rester en France. Ma vie est en France. Et je n'ai pas envie de déserter. Mais vous savez, en Belgique, ça ne sent pas bon non plus. Je suis retournée il y a 15 jours. J'arrive dans une chaîne de télévision avec un de mes anciens stagiaires en plus, qui est formidable, qui lutte aussi contre la montée de l'extrême droite, etc. De façon très fine. Et qui me dit, tu sais, en fait, Bolloré, nous, notre chaîne va être vendue, Bolloré est intéressée. Donc on est à deux doigts que Bolloré rachète une chaîne de télé en Belgique. Et Pierre-Edouard Sterrin habite Bruxelles. De toute façon, c'est un phénomène européen et mondial. Eux, ils ont créé leur internationale. La nôtre, on a laissé dépérir, mais la leur, elle connaît son printemps.
- Speaker #1
En Belgique, vous avez une curiosité pour les Français. C'est que vous avez un... Un cordon sanitaire contre l'extrême droite, c'est dans les médias wallons ?
- Speaker #0
Oui, en Belgique francophone, oui.
- Speaker #1
Comment ça marche et est-ce que ça fonctionne ?
- Speaker #0
Oui, ça fonctionne. Alors, le cordon sanitaire médiatique, c'est le fait que les médias francophones ne donnent pas la parole en direct, en direct, attention, à l'extrême droite. Donc, il n'y a pas de censure, puisqu'elle a la parole. Mais ça doit être contextualisé. Donc, il doit y avoir un journaliste médiateur. En fait, c'est le rôle du journaliste. C'est d'être un médiateur entre le fait et le public. Sinon, c'est le Far West. Et donc, par exemple, la RTBF applique ça. Et moi, ayant travaillé plusieurs années à la radio, à la RTBF, je l'appliquais. C'est-à-dire que je me souviens très bien qu'on m'a envoyé comme reporter. suivre un congrès du Front National où Marine Le Pen était réélue à la tête du FN. Et je ne pouvais pas envoyer ce qu'on appelle un son brut, donc juste un extrait non contextualisé, juste un extrait, voilà, Marine Le Pen a dit ceci. Moi, je trouve ça toujours aberrant de dire Marine Le Pen a dit ceci, et on passe au sujet suivant. Alors attendez, on va rappeler, on est journaliste, on va rappeler le contexte, quoi. Voilà, Marine Le Pen, extrême. droite. Et donc, ça, ça existe toujours. C'est de plus en plus fragile, mais ça tient. Et la RTBF s'y tient strictement. C'est-à-dire que la RTBF, c'est un média, c'est un éditeur, il a une responsabilité. C'est-à-dire que s'il y a un dérapage en direct, et généralement c'est quand même l'extrême droite qui dérape, qui appelle à la haine ou au rejet de l'autre, etc., il y a une responsabilité éditoriale. Et donc la RTBF dit, moi, pour bien respecter la loi, on va protéger toute la rédaction et tout le monde et on ne va pas donner la parole en direct. Et effectivement, en Belgique francophone, l'extrême droite fait un score qui est très mince. Notre système politique fédéral et de compromis fait que, comme ce cordon n'existe pas en Flandre, dans la communauté germanophone, au moment où on fait un gouvernement fédéral, comme les Flamands sont plus nombreux, etc., Voilà, ben... Premier ministre qui est très à droite.
- Speaker #1
Et donc, dans les médias francophones belges, on considère que l'extrême droite n'est pas une force politique comme les autres ?
- Speaker #0
Oui, exactement. Oui, qu'il y a un appel... Oui, que sous-jacent de ce discours, il peut y avoir des appels à la haine et au rejet qui ne sont pas conformes à la loi et nous respectons la loi. C'est tout simplement ça. Et ce n'est pas pour autant une censure puisque ce qu'ils ont à dire, ils le disent. Dans d'autres endroits.
- Speaker #1
C'est pas comme BFM où on retransmet en direct pendant 1h30 le discours avec les images fournies par le candidat Marine Le Pen ?
- Speaker #0
Non, vraiment pas. Et d'ailleurs, ça, c'est quelque chose qui m'a profondément choquée quand je suis arrivée en France. Et c'est pour ça que l'extrême droite m'emmerde régulièrement aussi. C'est à chaque fois que je répète la même chose. C'est que quand je suis arrivée en France, je me disais, mais je comprends pas. Vous donnez la parole comme ça en direct, matin, midi et soir, en toute décontraction. Je disais ça il y a 10 ans. Aujourd'hui, il y a des médias. d'extrême droite maintenant. Mais à l'époque où il n'y avait même pas ces news, je ne trouvais déjà pas ça normal, en fait. Et surtout pas ni républicain ni démocratique, en réalité. Alors, il vient d'une monarchie. Et on me disait toujours, oui, mais tu sais, Charline, ici, c'est le pays des Lumières et puis le pays de Voltaire. Et il y a cette phrase de Voltaire. Alors, il faudrait quand même qu'on vérifie si Voltaire a vraiment écrit ça parce qu'on n'a jamais vraiment trouvé de traces. J'adorerais que quelqu'un me trouve vraiment. Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous puissiez le dire. Et j'ai dit, OK, très bien, magnifique phrase. Bravo, je m'incline. Il y a juste que... Donc, tu vas te battre pour appeler à la haine, en fait. Et tu vas même, éventuellement, te battre jusqu'à la mort pour que la personne en face de toi puisse dire à mort les Arabes, par exemple. C'est un concept, mais vraiment, je vous laisse libre. Mais voilà, pour moi, là, il y a une limite. C'est-à-dire que... On en revient au début de notre conversation où on parlait de la liberté d'expression, de Charlie, Charlie Kirk, de retourner la liberté d'expression comme une crêpe. Moi, j'appelle ça du délit d'expression, en fait. C'est du délit parce que ça tombe sous le coup de la loi. Et ce n'est pas de la liberté qu'ils exercent, c'est de l'impunité. On a le droit de le dire, qu'est-ce que tu vas faire ? Qu'est-ce que tu vas faire ? Il y a des juges. Ah oui, mais les juges sont rouges, bien sûr.
- Speaker #1
C'est quoi la frontière entre humoriste et militant ?
- Speaker #0
Je dirais que le militant, son but premier, son premier objectif, c'est de faire passer un message politique. Et si ce n'est pas rigolo, s'il trouve la blague, tant mieux. S'il ne la trouve pas, il doit faire passer le message. Il veut obtenir un but, c'est de faire passer son message politique en un et de faire rire en deux. Je pense que les humoristes politiques et les satiristes ont des valeurs, des convictions, partagent des principes et les font passer aussi. Mais l'humoriste a à cœur de le faire passer. Vraiment, il faut qu'on... Si je fais passer le message, il faut vraiment qu'on rigole. Pour moi, ça, c'est la différence. Et après, il y a un autre exemple, l'humour militant. C'est par exemple, dans une manif, un slogan rigolo sur une pancarte. Ça, c'est de l'humour militant.
- Speaker #1
Sophia Aram, elle est humoriste ou militante ?
- Speaker #0
Elle est pamphlétaire. Elle est pamphlétaire. Je pense qu'elle le dit elle-même qu'elle ne fait plus d'humour et qu'elle ne fait plus de blagues. Elle le dit elle-même. Pamphlétaire, je pense que... Il y a une petite boîte. Je croyais qu'il y avait des sablés de la mère-coulard.
- Speaker #1
Ça ne se mange pas. Les choses ne sont pas selon telles on l'est.
- Speaker #0
Vous n'avez pas assez donné, le club vert. Tout est passé dans ma pierre et rien dans les biscuits.
- Speaker #1
On va jouer à un petit jeu. Tu connais le Kiss, Marry, Kill. il y a des variantes il y a le fuck my reekill etc alors
- Speaker #0
C'est un petit jeu. J'ai raison de le faire ou pas ?
- Speaker #1
Tu vas piocher trois petits noms, trois papiers. Tu vas nous les montrer et nous les lire un par un. Après, tu vas choisir laquelle de ces trois personnes, puisqu'il y a des gens sur ces petits papiers, tu veux Kiss, embrasser, Marry, épouser ou Kill, tuer. De manière métaphorique, bien sûr.
- Speaker #0
Je rappelle que je condamne les violences. Laurence Bloch.
- Speaker #1
Laurence Bloch, ancienne directrice de France Inter ou Radio France Merger en août ?
- Speaker #0
Pardon ? Alors, elle a été directrice de France Inter. Ensuite, elle a pris sa retraite. On l'a retrouvée numéro 2 de Radio France. Après, elle a pris sa retraite. Et on l'a retrouvée à la tête d'une mission pour un rapport sur la holding auprès de Rachida Dati. Et là, elle a pris sa retraite. Donc, logiquement, comptez jusqu'à 3, elle sera ministre de la Culture.
- Speaker #1
Ça va peut-être pas plus mal, non ?
- Speaker #0
Non, Laurence Bloch, Kiss.
- Speaker #1
Attends, il faut que tu prennes les autres.
- Speaker #0
Quoi ?
- Speaker #1
Tu peux pas Kiss tout le monde.
- Speaker #0
Je dois hiérarchiser. Ok, d'accord. Non, non, franchement, elle nous a mis à l'antenne. Alex, Guillaume, tout le monde et moi. C'est elle qui nous a dit, le jour de Charlie, faites ceci, voilà. Je pense qu'elle s'est quand même bagarrée jusqu'où c'était possible pour qu'on puisse garder l'émission. J'aurais pas le fin mot de l'histoire et je ne sais pas qui, quoi, on saura peut-être jamais. Jamil Lechelague, ok, Kiss aussi, mais il faut... Tu peux pas Kiss tout le monde en fait.
- Speaker #1
Tu peux pas Kiss tout le monde ! Il va falloir faire des choix.
- Speaker #0
Non mais c'est un peu... Jamil,
- Speaker #1
le terroriste de France Inter qu'on a connu aussi contre toi. Ouais, ouais,
- Speaker #0
bien sûr.
- Speaker #1
Grâce à ton émission.
- Speaker #0
Ah bah Gérald Darmanin !
- Speaker #1
Tu peux pas Kiss tout le monde, tu peux pas choisir de Kiss et Gérald Darmanin. Gérald Darmanin, ancien ministre de l'Intérieur, ancien ministre des Comptes publics, intérieur, justice.
- Speaker #0
Ouais, ouais. Je condamne les violences, donc je pourrais le gifler, mais je l'ai déjà fait en fait. Je l'ai fait symboliquement avec humour dans des chroniques.
- Speaker #1
Avec Guillaume Meurice, le tandem de la... C'est pas un secret. Ouais,
- Speaker #0
ouais.
- Speaker #1
Je t'invite à revoir cette chronique qui est à la fois très drôle et très embarrassante. C'est assez dur à regarder. Parce qu'on se met à la place... Moi, je suis un peu empathique. On se met à la place de Gérald Darmanin.
- Speaker #0
Voilà. Cette fois-là, j'ai eu ce qu'on appelle une discussion éditoriale dans le bureau de Laurence Bloch. Je la mets en numéro 2. J'aime beaucoup Laurence Bloch. Je la kisse aussi. Mais s'il faut mettre... S'il faut mettre une hiérarchie, c'est un collègue, Jamil Lechlag, il exerce sa liberté d'expression. Jamil Lechlag, tu es... C'est un canarie dans la mine, donc c'est hyper important.
- Speaker #1
Ce sont les grands remplaçants sur Radio Nova, qui ont été attaqués au titre de l'article 40 par un député RN.
- Speaker #0
Ah bon ?
- Speaker #1
Parce qu'il a dit qu'il embauchait que des Noirs et des Arabes et qu'il y avait un Blanc pour la mixité. Et il y a un député RN, un obode, qui a fait un article 40 pour discrimination en l'embauche et incitation au ratisme. Oui,
- Speaker #0
parce que quand il n'y a que des blancs, ça ne dérange personne, évidemment. Donc voilà, je vous ai fait une petite hiérarchie.
- Speaker #1
Donc c'est qui tu kisses ?
- Speaker #0
Là, je les mets comme ça. Je fais comme ça, et lui je le mets là.
- Speaker #1
Ok, donc attends, pardon. Kiss, Jamil Le Slag, marry, Laurence Bloch. Attends,
- Speaker #0
marry c'est quoi ? Épouser. Ah oui, non, alors j'épouse Jamil.
- Speaker #1
Très bien.
- Speaker #0
J'épouse Jamil.
- Speaker #1
T'embrasses Laurence Bloch.
- Speaker #0
J'embrasse Laurence Bloch.
- Speaker #1
Et tu kills Gérald Darmanin. Alors t'es la deuxième personne à vouloir tuer Gérald Darmanin dans ce podcast.
- Speaker #0
Mais je me demande bien pourquoi.
- Speaker #1
Je ne sais pas pourquoi tout le monde le pioche déjà.
- Speaker #0
Je pense parce que Kiss Gérald Darmanin, on a vu que c'était dangereux.
- Speaker #1
Allez revoir cette chronique.
- Speaker #0
Ce n'est pas Laurent Nunez qui va m'aider étant donné qu'il passe son temps à porter plainte contre des blagueurs.
- Speaker #1
Humoriste politique, c'est un peu tester les limites. Ça fait partie de l'exercice. Est-ce que tu as déjà eu un vrai shitstorm ?
- Speaker #0
Oh mais plein, tu rigoles ? depuis 12 ans à France Inter mais c'est régulier dans la compte C'est quoi ton top 3 des shitstorms ?
- Speaker #1
Mon top 3 des shitstorms ? Non mais en plus, moi je pense que je dois être celle qui en a reçu le plus, parce que dès qu'un de mes chroniqueurs était embarqué dans une shitstorm, moi animant l'émission et étant productrice de l'émission et responsable éditorial de l'émission, je me prenais la shitstorm avec. Donc la numéro 1 c'est celle de Guillaume. Ça c'est clair, la numéro 1 c'est celle de Guillaume. La numéro 2, c'est la mienne. C'est quand Eric Zemmour n'était pas encore candidat, qu'il sortait un bouquin et qu'il avait placardé partout dans Paris, de façon sauvage, un grand Z noir. J'avais pris un bic et j'avais dit, partout en France, vous prenez l'affiche avec le grand Z noir, vous ajoutez OB. J'aime bien, c'est du fun activisme. Vous aimez ça aussi, le lol activisme ? C'est de l'activisme, mais lol. Et puis, à côté, ils avaient placardé une de ces affiches, mais hors la loi. En plus, ils étaient déjà multicondamnés à l'époque. Et donc, j'avais dit, il faut faire ça, parce que ne lui mettez pas une petite moustache, il ne faut pas le faire. Moi, évidemment, pour dire qu'il ne faut pas le faire, je l'ai fait. C'est-à-dire qu'il y a eu un coup de vent et le stylo a ripé. Et donc, évidemment, l'extrême droite n'a découpé que ça. Et ça, c'était une énorme chistophe. J'ai failli me faire virer à mon avis à ce moment-là.
- Speaker #0
et puis à l'âge d'un petit débat quand j'étais petit il y avait je crois une campagne pour les européennes dans les années 90 à Strasbourg sur les affiches où je me promenais, il y avait Jean-Marie Le Pen qui devait être à côté du candidat du coin ou je sais pas quoi et je lui avais dessiné une moustache parce qu'à l'époque on était enfants antifascistes c'était avant 2002 et tout et il y a des policiers qui étaient passés et qui m'avaient du coup mis un peu la pression et moi je me souviens c'est la première fois que j'ai eu un lien avec la police et que j'ai eu peur de la police
- Speaker #1
Ils m'ont laissé partir,
- Speaker #0
ils disaient « Vous savez que ça c'est 500 francs d'amende » . Et moi j'étais terrifié, je devais avoir 8 ou 9 ans, 500 francs c'était beaucoup. Et finalement ils m'ont laissé partir. Peut-être qu'il fallait lui faire des oreilles de piquet.
- Speaker #1
Peut-être qu'il fallait lui faire des oreilles de piquet.
- Speaker #0
C'était la petite parenthèse fascisme.
- Speaker #1
On leur dit que c'est le moustache de Charlot.
- Speaker #0
C'est quoi ton troisième shitstorm ?
- Speaker #1
Et mon troisième shitstorm, je crois que c'est François Fillon. Donc là c'est à la télévision, c'est l'émission politique avec David Pujadas et Léa Salamé. Ils ont quand même été assez couillus pour me faire venir à la fin de l'émission politique en télé, à genre deux mois de l'élection présidentielle, pour faire une chronique face aux candidats. Et il y avait François Fillon. Et il avait terminé en disant « Je pense pas que l'humour ait sa place dans cette émission. »
- Speaker #0
Il avait dit « J'aime beaucoup Charlie Nevant de Necler et j'aimerais bien la voir en spectacle. »
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Il avait dit « J'aimerais bien la voir en spectacle, mais l'humour n'a pas sa place ici, etc. » Donc ça avait déclenché une énorme shitstorm. C'était il y a longtemps. C'était un fillon, quoi. Et alors, ouf, il y a le canard sur l'affaire d'EcoStar, de Pénélope, tout. Il sort de la primaire de droite. Comme quoi, franchement, à droite, ils aiment les voyous, ils aiment les bad boys. C'est comme Sarko aujourd'hui. Il faut vraiment passer par la case prison pour fédérer. C'est vraiment inquiétant. Et donc, du coup, il revient à l'émission politique. Donc, je dois refaire une chronique devant lui. Et là, je commence en disant, écoutez, monsieur Fillon, je ne suis toujours pas monté sur scène. Je suis navré. Mais en revanche, votre spectacle à vous depuis deux mois est vraiment très réussi. Ausha Storm, évidemment.
- Speaker #0
En parlant de choses qui ont mal vieilli, tu as raconté que l'émission Ushuaïa de Nicolas Hulot t'avait éduqué à l'environnement. Tu étais un peu amoureuse de lui.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai.
- Speaker #0
À 14 ans, tu es partie pendant deux semaines sur un vieux gréement autour d'Ouessant et Molen avec la fondation Nicolas Hulot.
- Speaker #1
Tout à fait. En fait, moi, quand j'étais gamine, je vous ai dit que je viens d'une zone de charbonnage en Belgique. Je n'ai aucun contact avec la nature à part 10 mètres carrés de pelouse dans mon jardin. Donc c'est un monde qui m'a étrangée, la nature, le monde, comme beaucoup de gens dans des milieux de classe moyenne à tendance populaire et dans des régions de mines et tout ça, le seul divertissement et le seul échappatoire c'est la télévision en fait. Et donc tu allumes la télévision et puis tu vois... à travers l'écran, la beauté du monde, etc. Et là, je dois... Aujourd'hui, c'est difficile de le dire même, mais c'est vrai que Nicolas Hulot m'a vraiment éveillée à la beauté de la nature. Il disait que l'émerveillement impose spontanément le respect. Et donc, il a créé cette fondation. Et comme il avait fait un appel pour que plein de jeunes aillent faire ce qu'on appelle des missions découvertes, donc je suis partie sur... Fleur de l'ampole, un vieux gréement, mollet, noé, sable J'ai trouvé la faune, la flore, rencontré un ornithologue, plein de grands scientifiques et tout. Et ça a été... Ma conscience écologique s'est éveillée très tôt grâce à la télévision. C'est là où je parle de... Même si c'était TF1 et un média privé sponsorisé par Rune Poulenc, c'est là où je parle d'émotions communes et de choses communes. Je serais peut-être... pas aller vers un média indépendant à l'époque pour tu vois j'étais trop jeune et donc et c'est à ce moment là que je me vois là j'ai adhéré à sa fondation je me suis beaucoup impliqué et voilà je suis j'ai une conscience écolo et
- Speaker #0
j'oeuvre pour l'écologie depuis que j'ai de 14 ans alors comment ça se traduit ça prend quelle place dans ta vie et dans ta tête l'écologie bas
- Speaker #1
C'est-à-dire que c'est devenu presque de l'inné, en fait. C'est-à-dire que moi, très, très tôt, je triais, enfin, je veux dire, à 14 ans. Donc, on était en... Waouh ! On était en 92. Moi, je triais déjà tous mes déchets, etc. Alors qu'en France, tout le système de recyclage est arrivé beaucoup plus tard. Tout ça, c'est allé du côté de l'Allemagne, etc. Pardon ?
- Speaker #0
Tu rebouchais les mines ?
- Speaker #1
Non, mais je faisais parfois des conneries parce que je regardais les petits tutos pour économiser l'eau, parce qu'en plus sur un voilier, tu prends vraiment à tout économiser. Et je faisais du bricolage, par exemple dans la cuvette des toilettes. J'avais 15 ans et je démontais la cuvette.
- Speaker #0
Tu as mis une brique dedans.
- Speaker #1
Et je mettais une bouteille d'eau remplie pour qu'il y ait moins. Et après, je coinçais le mécanisme des toilettes, je me faisais engueuler. Comme je le recommençais, mon père a trouvé un système.
- Speaker #0
Aujourd'hui, tu as installé les toilettes sèches dans les couloirs de Radio France. Non, je ne suis pas là.
- Speaker #1
Après, je dois faire mon autocritique. Il y a des choses pour lesquelles ma conscience s'est éveillée plus tard. C'est-à-dire la conscience que prendre l'avion était absolument dévastateur. Autant le tri des déchets, j'avais bien intégré, et économiser l'absence, j'avais bien intégré. autant Autant tout ce qui est l'avion, le feu de bois ou de ces choses là me sont venus un petit peu plus tard. Mais ouais ça fait partie de mon quotidien.
- Speaker #0
C'est un truc qui est très récurrent dans tes chroniques avec les quatre titres. Sécher l'école ou sécher à l'école.
- Speaker #1
Non mais là pour quelqu'un qui a oublié d'éteindre... Là tout à l'heure je suis sortie de Radio France, j'avais un collègue qui avait oublié d'éteindre ça, je deviens folle.
- Speaker #0
Je t'entends dire que t'as quand même un peu plus d'impact quand tu fais des chroniques sur l'écologie à des centaines de milliers de personnes que quand t'éteins la lumière mais faisons les deux absolument t'as écrit que l'humour ça permettait de lutter contre l'éco-anxiété mais est-ce que ça peut donner envie d'agir ou est-ce que ça permet juste de supporter des infos intolérables en fait dans ce livre il y a un truc qui n'est pas réglé c'est le pouvoir un peu contre-révolutionnaire de l'humour qui permet d'accepter des situations qui sont très difficiles du coup est-ce que ça est impuissante ou est-ce que ça peut donner envie d'agir l'humour
- Speaker #1
Je pense que c'est les deux et au bon endroit. C'est-à-dire que tu fais par exemple allusion au fait que l'humour nous permet de mieux accepter la difficulté du monde, l'anxiété, etc. Certes, le meilleur exemple que je donne dans le livre, c'est le Covid. En fait, on a tous fait plein de blagues sur le Covid dès qu'on a été enfermés. Parce que ça nous a permis de supporter la situation. Mais si on ne l'avait pas supporté la situation avec l'humour, on aurait peut-être gueulé. Parce que c'est vrai que quand on y réfléchit bien, on a quand même été des bons toutous à la niche.
- Speaker #0
Tu dis justement que ça nous a empêchés de mettre... Les blagues sur la gestion du Covid nous ont empêchés de mettre des claques à Agnès Buzyn, qui était ministre de la Santé à l'époque.
- Speaker #1
En fait, l'humour, c'est un rôle de catharsis. Ça canalise la colère. Moi, je me rappelle quand je me suis fait convoquer pour la chronique face à Darmanin, j'ai plaidé qu'en fait... si je n'avais pas fait des blagues ou vitrioles sur lui, devant lui, et que les auditeurs ont entendu ça. C'est comme face à François Fillon, avec Guillaume, on a écrit une chronique qui finissait par « Monsieur et Madame Ranglard ont un fils » . Ah bon, je ne vois pas, j'avais pas un Ranglard Jean-François. Et en fait, l'auditeur, il entend, c'est rare que ce soit dit en face. Maintenant, ça arrive un peu, parce qu'avec les réseaux sociaux, etc., les gens s'apprêtent à filmer. Et on va dire à Macron ceci, et ça va être filmé. Mais c'est encore relativement récent. Donc j'avais plaidé de ça. J'avais dit, mais c'est ça où on lui fout vraiment une claque. Choisissez, soit c'est une violence symbolique à travers les mots, soit vraiment, je le crois, je lui fous un coup de boule. Qu'est-ce que vous préférez ? Je préfère quand même une blague.
- Speaker #0
Justement, sur l'écologie comme sur d'autres sujets, est-ce que c'est quelque chose qui donne envie d'agir ? qui justement... fait qu'on tolère des choses qui sont intolérables.
- Speaker #1
Au moins, à minima, ça permet d'encourager ou de ne pas décourager ceux qui agissent. Comme ça aide... En fait, je me dis modestement, quand je fais des chroniques sur l'environnement, je ne vais pas forcément faire changer d'avis ceux qui trouvent que l'écologie est punitive. Je ne vais pas les faire changer forcément d'avis, mais je vais déjà peut-être faire du bien à ceux qui agissent, ceux qui sont militants, activistes, qui se font latter la tronche par les flics à Sainte-Solene, qui se font invectiver, qui se font traiter de terroristes, sur France Inter, première chaîne de radio de France, ils entendent de temps en temps quelqu'un, et même, je pense, sur cette chaîne, beaucoup de gens encore, qui disent « Vous n'êtes pas seuls ! » Et continuons à agir et faisons-le ensemble, etc. Et donc, à minima, ça permet de continuer à fédérer les forces, à apporter des valeurs. Et ça, j'ai l'impression qu'aujourd'hui, c'est déjà pas rien, en fait. C'est déjà presque un combat de le faire.
- Speaker #0
Donc, je dis, tu es journaliste, humoriste. Maintenant, tu es un peu podcasteuse avec ton émission Bistroscopie, qui est dans sa troisième saison. Tu as reçu des dizaines d'invités, tous plus passionnants les uns que les autres. Est-ce que tu as des petits tips pour nous ? Tu vois, ça fait une heure que je discute. T'as pensé quoi du podcast jusqu'à maintenant ? C'est quoi un peu tes tuyaux ?
- Speaker #1
Non, je ne me permettrais pas de vous donner des conseils parce que ça s'est très bien passé. J'ai trouvé l'entretien très riche. Et puis, ce n'est pas encore tout à fait le même métier. C'est là où je défends beaucoup la radio. Tu parles de podcast, mais en fait, ce n'est pas vraiment un podcast. C'est écoutable en podcast, bien sûr, mais c'est une émission de radio. C'est-à-dire que j'ai des contraintes en radio que les podcasts n'ont pas. Je dois commencer à l'heure, finir à l'heure, à un moment il y a un disque qui arrive, je suis à la radio de service public, donc il y a des tas de codes et de mécaniques qui sont inhérentes à la radio, de rappeler qui est l'invité, parce que quand tu écoutes un podcast, tu sais que tu vas écouter Manon Fleury dans le podcast.
- Speaker #0
C'est le cas avec Taryn Vandeneker dans C'était mieux après.
- Speaker #1
Oui voilà, c'est ça. Il y a une grammaire de la radio qui est différente.
- Speaker #0
Et toi tu tournes ça dans un bistrot.
- Speaker #1
Oui, ouais, ouais. J'ai voulu sortir des...
- Speaker #0
Je t'aurais par hasard sur toi, en train de tourner ton podcast dans un bistrot.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
C'était les mercredis, ça, non ?
- Speaker #1
Oui, parfois le jeudi matin, ouais.
- Speaker #0
Alors pourquoi dans un bistrot ? Parce que du coup, c'est pas en direct, c'est dans un bistrot, il y a des bruits de... C'est un vrai bistrot, il y a vraiment des gens qui sont en train de manger à côté.
- Speaker #1
parce que je trouve ça chouette de De sortir du studio, c'est moins guindé. Parce qu'un studio, ça fout un peu la trouille. Mine de rien, il y a beaucoup d'invités, même des gens, des grands artistes ou des grands intellectuels qui ont l'habitude de parler. C'est vrai que quand tu les mets dans un studio, ils peuvent avoir un balai dans le cul. Et donc au bistrot, ça donne une autre tonalité à l'entretien. On oublie presque qu'on est à la radio, on discute. C'est un lieu plus... Ça donne une autre couleur à l'entretien, plus détendu. Et un bruit d'ambiance, puis je me suis dit, comme c'est diffusé le samedi soir à 19h15, potentiellement, j'ai envie d'entendre le bruit, potentiellement, c'est le moment où on sort boire un verre. Moi, j'aime bien que la radio, comme la radio, ça reste diffusée en direct, même si parfois l'émission est enregistrée, au moment où c'est diffusé, c'est le commun. Vous entendez tous la même chose au même moment. Donc, on communie, en fait. Et voilà, moi qui suis athée... Ma manière de communier, j'aime bien encore l'idée de voir et d'entendre les choses en même temps que tout le monde, de réagir en même temps que tout le monde. Tu communies au bistrot avec la personne ? Et je communie au bistrot. Bah ouais, c'est des beaux lieux les bistrots.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a un truc, un sujet sur lequel tu es un peu réac ?
- Speaker #1
Ah, bonne question. Peut-être, mais je suis mal placée pour le dire, mais peut-être. Je crois que c'est à vous de me le dire, en fait. Si un jour vous l'entendez. Pourquoi Charlie ne peut-il pas me le dire ? Je pense qu'il y a une partie de ceux qu'on appelle les réacs qui ne se rendent pas du tout compte qu'ils le sont. Donc c'est possible, c'est pas impossible que je le sois sur l'un ou l'autre dossier, mais je vais malheureusement ne pas m'en rendre compte ou être dans le déni, donc je compte sur vous pour m'alerter.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui était mieux avant ?
- Speaker #1
Il y a des choses qui étaient mieux avant quand même, c'est sûr. Mais le fait que j'ai du mal à répondre est plutôt positif sur l'époque qu'on vit aujourd'hui, non ?
- Speaker #0
Peut-être que c'est une époque formidable, peut-être que c'est la meilleure de toutes. Qu'est-ce qui n'était pas mieux avant ?
- Speaker #1
Alors là, il y a un milliard de choses. Oui, l'égalité homme-femme. la conscience écologique. Quand on voit, il y a quand même la génération de mes parents qui roulaient au diesel en fumant sa clope dans l'habitacle. Là, on pourrait passer beaucoup de temps. Je suis quand même assez ravie de vivre dans cette époque, malgré toutes les critiques qu'on peut faire.
- Speaker #0
Oui. Qu'est-ce qui sera mieux après ?
- Speaker #1
Je pense que ce sera... L'écologie et l'égalité homme-femme, parce que ça va te perdre, en fait. Voilà, l'égalité, la conscience de mieux vivre ensemble. Plus de salsion et de Khmer Vert, du coup. Non, je suis très optimiste. Je pense qu'on arrive, c'est un point de vue tout à fait personnel, j'enfonce une porte ouverte parce que ça crève les yeux qu'on arrive vers des temps très durs où il est possible qu'on vive une vague très réactionnaire parce que de toute façon, elle arrive de l'Est et de l'Ouest. comme deux immenses tsunamis où il va être difficile de résister. Mais on résistera parce qu'il faut... Moi, je suis en train de mener une réflexion en me disant potentiellement, on peut perdre une bataille qui arrive, mais il faut qu'on perde avec panache. C'est toujours ce que je dis à ceux qui découragent. De dire, ouais, mais là, franchement, est-ce qu'on n'a pas... Tu ne penses pas qu'on a perdu, qu'il vaut mieux attendre un peu et puis on regagnera celle d'après ? Il faut juste essayer, pendant que la vague arrive, de se réorganiser, etc. Je fais OK, mais si jamais on doit mettre un genou à terre pendant un moment et perdre, perdons avec panache.
- Speaker #0
Rappelez-vous Mamina, née en 1938 en Alsace, qui a connu les nazis. Je pense qu'à l'époque, on sentait la vague arriver. Peut-être qu'on ne se disait pas tout de suite que ça allait mieux. Mais c'est aller mieux. Et c'est re-aller moins bien, mais ça va re-aller mieux. Et j'apprécie beaucoup ton optimisme.
- Speaker #1
Je suis certaine.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui donne de la force en ce moment ?
- Speaker #1
Ce qui me donne de la force, je pense que c'est de voir émerger une forme de contre-culture et de poche de résistance comme ce soir, en fait. De voir que cette salle est pleine, qu'on est en plein hiver, qu'on est un mardi soir, que vous êtes fatigués, que c'est la fin de l'année. et que vous êtes là, et qu'on voit bien le rouleau compresseur qu'il y a en face, mais qu'on fait du slalom, qu'on essaie de trouver la parade, qu'on essaie d'être espiègle. Je pense que l'espièglerie est une arme, quelque chose qui fait tenir aussi. Ça, ça me donne beaucoup de force.
- Speaker #0
Merci beaucoup. Merci pour la force, pour l'optimisme. Merci à vous toutes et tous.
- Speaker #1
Merci à vous.
- Speaker #0
Merci à toute l'équipe qui m'a aidé à préparer cette émission. Colline Vigo à l'organisation et à la prépa, Arnaud Huc et Monsef Arbadji à la réalisation, Julie Lelievre et Margot Desmond à la diffusion. Merci infiniment aux presque 12 000 membres du club qui nous permettent de faire ce podcast et tellement d'autres choses en accès libre, gratuit et sans publicité. Donc, c'est les Sos qui nous regardent. Si vous voulez nous rejoindre, rejoindre cette team de gens qui sont beaux et qui sentent bon, et nous aider à faire des miracles au quotidien, vous pouvez aller sur www.ver.eco et vous trouverez plein de boutons pour rejoindre le club. Je ne sais pas où vous nous écoutez et où vous nous regardez, mais en tout cas, je suis sûr qu'il y a un petit bouton avec une petite cloche pour avoir tous les prochains épisodes et nous suivre. Merci de nous lire, de nous suivre, de nous soutenir. Je vous souhaite une bonne soirée et une bonne fin d'année à toutes et tous. Au revoir.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #2
C'était mieux avant ?
- Speaker #0
C'était mieux après.
- Speaker #2
Après ? Je ne sais pas ce qu'il fallait dire. Bon, alors tu effaces. C'était mieux après.